{"id":71930,"date":"2010-06-03T09:01:25","date_gmt":"2010-06-03T09:01:25","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/03\/dialogues-7-propos-dun-historien-visionnaire\/"},"modified":"2010-06-03T09:01:25","modified_gmt":"2010-06-03T09:01:25","slug":"dialogues-7-propos-dun-historien-visionnaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/03\/dialogues-7-propos-dun-historien-visionnaire\/","title":{"rendered":"<em>DIALOGUES<\/em>-7 : Propos d&rsquo;un \u201chistorien visionnaire\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\"><em>DIALOGUES<\/em>-7 : Propos d&rsquo;un historien visionnaire <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPuisque nous y sommes, restons-y, je veux dire dans le domaine de l&rsquo;historien visionnaire. J&rsquo;y suis, vous vous en doutez, juge et partie, sans dissimuler une seconde. Par cons\u00e9quent, je suis et je poursuis, et m\u00eame j&rsquo;entra\u00eene le propos vers d&rsquo;autres voies, et au galop s&rsquo;il le faut  c&rsquo;est la t\u00e2che de l&rsquo;historien visionnaire, apr\u00e8s tout<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVous avez fait, dans votre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-dialogues-6_a_propos_de_l_historien_visionnaire_22_05_2010.html\" class=\"gen\"> texte<\/a> pr\u00e9c\u00e9dent, une description que je qualifierais de pr\u00e9cise des cat\u00e9gories d&rsquo;historien. Vous l&rsquo;avez fait en scientifique, en partant du principe, qui est le v\u00f4tre, qu&rsquo;il faut s&rsquo;en tenir aux faits observables, et pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ceux que vous observez. Vous verrez que ma conception est diff\u00e9rente de la v\u00f4tre, ce qui est par d\u00e9finition,  cette diff\u00e9rence,  tout le sel de nos dialogues. Vous verrez que je ne r\u00e9ponds pas point par point \u00e0 vos arguments mais en use pour faire avancer la r\u00e9flexion et, surtout, pour la replonger dans le cours de l&rsquo;Histoire. A mon sens, il est peu utile de d\u00e9finir des cat\u00e9gories si l&rsquo;on ne confronte pas ces cat\u00e9gories aux t\u00e2ches dont elles ont la charge, dans le temps o\u00f9 elles devraient se manifester principalement. Il s&rsquo;agit donc de l&rsquo;Histoire et de son flux temp\u00e9tueux, dans ce texte, autant que de m\u00e9thodologie pour la comprendre,  ou, mieux dit, pour la saisir. La fonction d&rsquo;historien n&rsquo;est pas une invention rationnelle d&rsquo;<em>homo sapiens<\/em>, c&rsquo;est une n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;esprit humain plac\u00e9 devant le caract\u00e8re indicible, terrifiant et extraordinaire de son destin.<\/p>\n<h3>L&rsquo;historien visionnaire est un dissident<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJe ne crois pas que nos soci\u00e9t\u00e9s, particuli\u00e8rement la n\u00f4tre, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 cette heure, g\u00e9n\u00e8rent \u00e0 la fois des historiens scientifiques [] mais aussi des historiens intuitifs ou mieux encore visionnaires, comme vous \u00e9crivez. Nos soci\u00e9t\u00e9s modernistes, qui sont constitu\u00e9es en syst\u00e8mes (anthropotechnique pour la n\u00f4tre, certes), et la n\u00f4tre (celle du temps courant) pr\u00e9cis\u00e9ment, g\u00e9n\u00e8rent des historiens officiels ; et puis il y a les autres, ceux qui apparaissent selon des parcours souvent chaotiques, en dissidents de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ils \u00e9voluent. Les premiers ont des dipl\u00f4mes et sont professeurs en Sorbonne. (Hier, ils \u00e9taient historiographes et chroniqueurs, attach\u00e9s \u00e0 un prince ou \u00e0 un seigneur, sinon \u00e0 un roi, pour faire le r\u00e9cit <em>de visu<\/em> de sa carri\u00e8re, avec quelques arguments flatteurs le plus souvent.) Les autres deviennent ce qu&rsquo;on en fera peut-\u00eatre (historiens visionnaires) dans la pratique solitaire d&rsquo;un esprit et d&rsquo;une \u00e2me confront\u00e9s au myst\u00e8re du monde, parcourus d&rsquo;angoisse, \u00e9clair\u00e9s par des visions soudaines (ou des intuitions On verra cela plus loin),  sans chaire en Sorbonne et sans succ\u00e8s de librairie (je crois que <a href=\"http:\/\/lesamesdeverdun.com\/\" class=\"gen\">le livre<\/a> <em>Les \u00c2mes de Verdun<\/em> n&rsquo;a pas atteint 300 exemplaires vendus, en deux ans).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, aux jours d&rsquo;aujourd&rsquo;hui dirais-je pr\u00e9cis\u00e9ment, ma conviction est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;historiens visionnaires, comme on dit, dans le circuit, en Sorbonne et dans les lieux similaires, y compris dans les grandes maisons d&rsquo;\u00e9dition. On se veut rigoureux, scientifiques, et s&rsquo;en tenir aux faits s&rsquo;il vous pla\u00eet. C&rsquo;est-\u00e0-dire,  je traduis, pardonnez-moi, \u00e0 la fa\u00e7on des salons parisiens et des <em>talk-shows<\/em> qui font de l&rsquo;audience,  qu&rsquo;on a pour mission implicite, et r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e pour cela, de d\u00e9fendre l&rsquo;ordre existant et de le justifier par une approche factuelle astucieuse des faits du pass\u00e9, consid\u00e9r\u00e9s comme incontestablement et scientifiquement observ\u00e9s. (Je pr\u00e9f\u00e8re, quant \u00e0 moi, les chroniqueurs d&rsquo;hier, attach\u00e9s \u00e0 un prince, qui jouaient cartes sur table. Apr\u00e8s tout, cela a \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nous donner un Machiavel face \u00e0 Laurent de M\u00e9dicis, ce qui n&rsquo;est pas si mal,  et l&rsquo;on en cherche un, aujourd&rsquo;hui, dans cette bouillie pour les chats, qui soit l&rsquo;\u00e9quivalent du centi\u00e8me de ce que fut Machiavel.) La limite du syst\u00e8me se trouve dans une frange d&rsquo;historiens d&rsquo;opposition, qui font, souvent avec talent sans aucun doute, dans la nostalgie, dans le pass\u00e9isme, qui acceptent d&rsquo;un cur joyeux et plein d&rsquo;entrain l&rsquo;\u00e9tiquette de contre-r\u00e9volutionnaires et contre diverses choses d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ils ne sont pas vraiment dangereux (<em>dito<\/em>, pour le syst\u00e8me) et on les lit, le soir \u00e0 la veill\u00e9e, l&rsquo;esprit attrist\u00e9 et apais\u00e9, en regrettant le bon vieux temps d&rsquo;avant. Lecture faite, on ne descend pas dans la rue, on va se coucher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe vous parle d&rsquo;une autre sorte qui est inclassable dans aucune cat\u00e9gorie,  donc insaisissable, donc silencieusement ha\u00efe du syst\u00e8me et discr\u00e8tement mais efficacement mise \u00e0 l&rsquo;index par lui. On ne se fait pas historien visionnaire, on est happ\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre, souvent sans le savoir ni l&rsquo;avoir voulu, parce que l&rsquo;\u00e9poque et son chaos vous appellent et vous distinguent. On est choisi, en un sens, selon un processus qu&rsquo;on peut d\u00e9tailler \u00e0 mesure, o\u00f9 se m\u00e9langent des faits improbables et des circonstances inattendues, des situations et des impulsions personnelles mais <strong><em>aussi<\/em><\/strong> un appel irr\u00e9sistible venu d&rsquo;en dehors de soi,  aussi et surtout, disons&#8230; Ainsi commence une aventure qui s&rsquo;av\u00e9rera n\u00e9cessairement solitaire et dissidente, et dont l&rsquo;origine est rarement, si rarement qu&rsquo;on peut parler d&rsquo;exception, un dipl\u00f4me d&rsquo;historien et une chaire en Sorbonne. La chose est si peu une cat\u00e9gorie d&rsquo;historien qu&rsquo;on en trouve bien peu qu&rsquo;on pourrait d\u00e9crire \u00e0 son origine comme historien ; ce n&rsquo;est que plus tard, lorsqu&rsquo;on a vu l&rsquo;un ou l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;uvre, qu&rsquo;on se dit : Mais c&rsquo;est bien s\u00fbr, voil\u00e0 un historien visionnaire.  Si vous voulez, l&rsquo;historien visionnaire se trouve partout, sauf chez les historiens asserment\u00e9s du syst\u00e8me en cours et en vogue. Autant que philosophe, psychologue, m\u00e9decin de la psychologie, voire musicien \u00e0 ses heures, un Friedrich Nietzsche est \u00e9galement, et peut-\u00eatre d&rsquo;abord, un historien visionnaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNietzsche et sa fameuse intuition de l&rsquo;\u00e9ternel retour, identifi\u00e9 alors que l&rsquo;homme est adoss\u00e9 au fameux rocher de Sils-Maria, devant le paysage de l&rsquo;Engadine, et vision qui renvoie justement \u00e0 une conception de l&rsquo;Histoire. Ce n&rsquo;est pas un hasard, voyez-vous, si Nietzsche eut sa vision, son intuition, justement <strong>l\u00e0<\/strong>, adoss\u00e9 \u00e0 ce rocher de granit, devant les paysages grandioses de l&rsquo;Engadine, alors que la recherche de ce qui est haut impr\u00e8gne toute son uvre. (Je parle de lui, pas de ses lecteurs dont un certain nombre le conformeront \u00e0 leurs vues.) Voil\u00e0 qui nous fournit une transition bienvenue pour nous conduire au probl\u00e8me de l&rsquo;intuition, ins\u00e9parable de l&rsquo;historien visionnaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire au probl\u00e8me de l&rsquo;intuition par rapport aux\/contre les faits.<\/p>\n<h3>Le fait \u00e0 la moulinette de la postmodernit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe probl\u00e8me de l&rsquo;intuition par rapport aux\/contre les faits&rsquo; ? Commen\u00e7ons par la fin Pourquoi les faits avec des guillemets ? En tant que scientifique, vous pr\u00eatez grande attention aux faits, et cela se comprend, c&rsquo;est m\u00eame \u00e0 l&rsquo;honneur de votre rigueur th\u00e9orique de scientifique. Mais il se pourrait que je propose une bien mauvaise nouvelle : un fait, aujourd&rsquo;hui, cela n&rsquo;existe plus gu\u00e8re selon l&rsquo;appr\u00e9ciation strictement scientifique qu&rsquo;on a coutume de lui donner.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans son d\u00e9sordre et dans le caract\u00e8re incontr\u00f4lable qu&rsquo;a acquis le syst\u00e8me qui nous poss\u00e8de et nous emporte, notre \u00e9poque est involontairement du genre iconoclaste, ce qui permet de se donner un peu de champ. On rencontre, chemin faisant dans cette confusion, quelques sacr\u00e9es v\u00e9rit\u00e9s bien revigorantes. Ainsi d\u00e9couvre-t-on que les faits ne sont plus ce qu&rsquo;ils \u00e9taient, ou, du moins, ce qu&rsquo;on avait coutume de croire qu&rsquo;ils \u00e9taient. Le syst\u00e8me de la communication, dans la folie d\u00e9vastatrice que lui inspire la crise syst\u00e9mique o\u00f9 il se d\u00e9bat, a bris\u00e9 l&rsquo;objectivit\u00e9 de l&rsquo;information et des faits, ou plut\u00f4t ce qu&rsquo;on pr\u00e9sentait sous le nom d&rsquo;objectivit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est au fond, selon mon point de vue, une bonne nouvelle car le concept d&rsquo;objectivit\u00e9 est, \u00e0 mon sens toujours, une trouvaille de l&rsquo;esprit subversif de la modernit\u00e9 pour d\u00e9guiser ses insuffisances et travestir sa perception d\u00e9form\u00e9e du monde, et, ainsi, selon sa bonne vieille m\u00e9thode, faire de n\u00e9cessit\u00e9 vertu. Le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld nous avait averti, fin 2001,  au moins faisait-il preuve de franchise en nous annon\u00e7ant que, dans la bataille qui s&rsquo;ouvrait apr\u00e8s 9\/11, les autorit\u00e9s officielles, consid\u00e9rant l&rsquo;information elle-m\u00eame comme une partie fort importante de cette bataille, ferait usage du mensonge comme d&rsquo;autres se servent d&rsquo;un fusil. (Voir notre texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-je_doute_donc_je_suis_13_03_2003.html?admin=1\" class=\"gen\">13 mars 2003<\/a>, o\u00f9 Rumsfeld, finaud, citait Winston Churchill en temps de guerre : \u00ab<em>La v\u00e9rit\u00e9 est une chose trop pr\u00e9cieuse pour ne pas la prot\u00e9ger de quelques mensonges.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, le fait objectif n&rsquo;existe plus. On interpr\u00e8te, on d\u00e9forme, presque \u00e0 visage d\u00e9couvert, et rien n&rsquo;y change. Que dire d&rsquo;un discours du pr\u00e9sident iranien Ahmadinejad o\u00f9, selon les linguistes les plus honorables (le professeur US Juan Cole, par exemple), il n&rsquo;a jamais dit qu&rsquo;il voulait rayer Isra\u00ebl de la carte mais s&rsquo;en est pris simplement au r\u00e9gime sioniste  d\u00e9marche classique de nos humanistes occidentaux partisans \u00e0 chaque occasion d&rsquo;un d\u00e9saccord du <em>regime change<\/em> de l&rsquo;interlocuteur ? Cela, tandis que ce discours reste quasi universellement, y compris dans les d\u00e9clarations les plus officielles, celui ou le m\u00eame Ahmadinejad annonce qu&rsquo;il va d\u00e9clencher un nouvel Holocauste ? Vous le savez, les exemples abondent de cette sorte de falsification constante. Encore le cas Ahmadinejad est-il un cas simple. Dans certaines autres situations, on ne sait litt\u00e9ralement plus o\u00f9 se trouve la r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame dans les canaux et r\u00e9seaux officiels. Comment un historien scientifique pourrait-il rapporter le destin de la guerre de 2003 contre l&rsquo;Irak ? Victoire US, d\u00e9faite US ? Vous savez ce que j&rsquo;en pense, qui n&rsquo;est pas loin de ce que vous en pensez je crois, mais il faut bien admettre que l&rsquo;opinion adverse (victoire US) peut aussi bien avancer des faits qui pourraient \u00eatre jug\u00e9s convaincants ; c&rsquo;est vrai qu&rsquo;\u00e0 partir de 2007, les pertes US se sont radicalement r\u00e9duites, la pseudo-guerre civile a pris des apparences plus discr\u00e8tes, le gouvernement soutenu par les USA a affirm\u00e9 sa position On sait ce qu&rsquo;il faut penser de tout cela,  mais les faits? Les faits, finalement, sont bien trompeurs, lorsqu&rsquo;on arrive \u00e0 les identifier, et il faut une interpr\u00e9tation \u00e0 mesure pour leur faire dire une r\u00e9alit\u00e9, voire une v\u00e9rit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa technique elle-m\u00eame est soumise \u00e0 la m\u00eame \u00e9trange subjectivit\u00e9. Vous citiez le cas d&rsquo;un canon ou l&rsquo;autre, \u00e0 propos duquel un historien technique pourrait nous donner des faits indubitables qui concerneraient la bataille de Verdun. C&rsquo;\u00e9tait au temps heureux o\u00f9 semblait exister cette objectivit\u00e9 des faits (mais \u00e9tait-ce bien le cas ?). Imaginez la situation, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;un de ces historiens scientifiques plac\u00e9 devant la t\u00e2che de faire un historique du programme JSF. La dissimulation et le faux semblant sont partout, au point o\u00f9 l&rsquo;on peut parler de virtualisme, au point o\u00f9 Lockheed Martin, le Pentagone, <em>Aviation Week<\/em>, <em>dedefensa.org<\/em>, ont chacun leur v\u00e9rit\u00e9,  et, franchement, je ne mettrais pas un euro sur celle de Lockheed Martin O\u00f9 sont les faits ? Quelle source est fiable ? Silence assourdissant, en fait de r\u00e9ponse Seuls l&rsquo;engagement, la responsabilit\u00e9 du choix au nom d&rsquo;une vision g\u00e9n\u00e9rale, peuvent nous satisfaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 la situation de notre \u00e9poque C&rsquo;est pour cette raison d&rsquo;une r\u00e9volution du syst\u00e8me de la communication, avec son effet sur la perception, pulv\u00e9risant le concept d&rsquo;objectivit\u00e9 des faits, qu&rsquo;il nous est enfin <strong>r\u00e9v\u00e9l\u00e9<\/strong> (parce que je crois que cette situation existe depuis longtemps, mais jusqu&rsquo;alors habilement dissimul\u00e9e) que nous manquons cruellement d&rsquo;historiens proph\u00e9tiques, qui n&rsquo;accordent pas aux faits l&rsquo;importance souvent int\u00e9ress\u00e9e que leur donnent les historiens scientifiques, qui les interpr\u00e8tent selon leur vision justement. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on r\u00e9\u00e9dite beaucoup aujourd&rsquo;hui Joseph de Maistre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLaissons donc les faits dans leur situation incertaine et passons, puisqu&rsquo;il est question d&rsquo;historien visionnaire, \u00e0 l&rsquo;intuition<\/p>\n<h3>L&rsquo;intuition fait de l&rsquo;historien visionnaire un missionnaire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;intuition, naturellement, c&rsquo;est notre plat de r\u00e9sistance. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;intuition vaut, \u00e0 mon sens, bien plus que quelques vagues formules. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne construit, bien plus structur\u00e9 qu&rsquo;on ne croit, qui ne se contente pas du vague pour le d\u00e9finir. L&rsquo;intuition est \u00e0 la fois un trait de lumi\u00e8re et une construction attentive, minutieuse, \u00e9quilibr\u00e9e. Je dirais que ce trait de lumi\u00e8re se m\u00e9rite par le travail qu&rsquo;on fait pour le recevoir, et qu&rsquo;il vous r\u00e9compense ensuite en orientant votre travail \u00e0 venir dans un sens r\u00e9volutionnaire qui envahit peu \u00e0 peu votre pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exp\u00e9rience que j&rsquo;en ai, tout \u00e0 fait consciente, presque rationnellement explicable dans ses attendus avec, \u00e0 son terme, le myst\u00e8re du contenu de l&rsquo;intuition, se marie intimement avec Verdun. J&rsquo;ai consacr\u00e9 tout un chapitre du m\u00eame <a href=\"http:\/\/lesamesdeverdun.com\/\" class=\"gen\">livre<\/a> d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, <em>Les \u00c2mes de Verdun<\/em>, au ph\u00e9nom\u00e8ne de ce que je consid\u00e8re comme une intuition (le chapitre III, P.105-133, <em>Sur le chemin de Froideterre<\/em>). J&rsquo;y parle de la for\u00eat aux essences changeantes, du ciel d&rsquo;une clart\u00e9 superbe, du temps si propice qu&rsquo;il faisait ce jour-l\u00e0, d&rsquo;un marcheur \u00e0 la fois assur\u00e9e et rassur\u00e9e, mais nullement press\u00e9, des jeux de lumi\u00e8re dans une clairi\u00e8re paradoxalement si sombre, plong\u00e9e dans un clair-obscur qui la faisait ressembler \u00e0 une cath\u00e9drale, et sur le pourtour de laquelle se trouvaient, enterr\u00e9s dans la mousse et l&rsquo;herbe, les restes d&rsquo;un ouvrage en b\u00e9ton qui faisait partie du syst\u00e8me de d\u00e9fense fran\u00e7ais C&rsquo;est alors que je vis ces jeunes gens si cruellement massacr\u00e9s un si\u00e8cle plus t\u00f4t, que j&rsquo;aurais pu les reconna\u00eetre, les nommer, que je les ressentis \u00e0 la fois comme mes p\u00e8res, mes fr\u00e8res et mes fils. C&rsquo;est alors que la bataille de Verdun acquit pour moi une dimension humaine et intime, \u00e0 partir de laquelle je pouvais m&rsquo;\u00e9lancer pour tenter d&rsquo;en distinguer l&rsquo;essence historique, et m\u00eame m\u00e9tahistorique, le <strong>sens<\/strong> fondamental. C&rsquo;est l\u00e0 le trait de lumi\u00e8re dans le brouillard ; une fois que vous en avez go\u00fbt\u00e9 l&rsquo;\u00e9clat qui est comme une source f\u00e9conde, commence le travail de reconstruction sur la voie qui vous est ainsi ouverte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 l&rsquo;intuition,  \u00e0 la fois l&rsquo;exaltation de l&rsquo;\u00e2me et le renforcement de l&rsquo;esprit, jusqu&rsquo;\u00e0 la vision d&rsquo;un pass\u00e9 dont on ne sait en rien pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;exactitude factuelle (que savais-je et que sais-je de ces soldats qui furent dans cet ouvrage lors de la bataille et de leur destin ?) mais dont on ressent soudain l&rsquo;extraordinaire v\u00e9rit\u00e9 par la puissance de sa proximit\u00e9 de vous, parce que l&rsquo;instant spirituel r\u00e9duit le temps jusqu&rsquo;au n\u00e9gligeable. En un sens, vous revoyez le pass\u00e9 tel qu&rsquo;il devait \u00eatre en v\u00e9rit\u00e9 et tel qu&rsquo;il \u00e9tait dans sa profondeur cach\u00e9, \u00e9clair\u00e9 par la puissance et le contenu de l&rsquo;intuition, et nullement tel qu&rsquo;il fut \u00e0 peu pr\u00e8s, selon les faits r\u00e9pertori\u00e9s et catalogu\u00e9s par les historiens scientifiques,  et que nous importe alors ce pass\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s Il s&rsquo;agit, pour un individu, d&rsquo;une exp\u00e9rience panth\u00e9iste, \u00e0 laquelle tout participe, le ciel, le monde, la for\u00eat, ses propres connaissances, son imagination et ses sensations. Litt\u00e9ralement, vous avez la perception <strong>\u00e0 la fois<\/strong> de tenir le monde dans votre main et d&rsquo;\u00eatre totalement int\u00e9gr\u00e9 dans son unit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus exister en tant que vous-m\u00eame, dans ce monde ainsi d\u00e9couvert dont la beaut\u00e9, l&rsquo;harmonie vous extasient. Cela se passe sur les lieux d&rsquo;un carnage dont les esprits pleins de faits vous disent qu&rsquo;il n&rsquo;a aucun sens. Vous comprenez alors que ces esprits contrefaits n&rsquo;y entendent rien, qu&rsquo;ils sont sourds \u00e0 l&rsquo;histoire du monde, et que tout cela, au contraire, \u00e0 un sens A vous de le trouver, vous \u00e0 qui l&rsquo;intuition ouvre la voie. L&rsquo;historien visionnaire est un missionnaire, en ce sens qu&rsquo;il a une mission.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;intuition  Ce n&rsquo;est pas un hasard ni quelque chose que nous imaginons, compl\u00e8tement construit dans notre esprit Ce trait de lumi\u00e8re que j&rsquo;\u00e9voque, c&rsquo;est le terme de la d\u00e9marche d&rsquo;un \u00eatre qui am\u00e9nage les conditions int\u00e9rieures de lui-m\u00eame et ext\u00e9rieures autour de lui-m\u00eame pour <strong>ouvrir<\/strong> une porte, pour recevoir une r\u00e9v\u00e9lation. L&rsquo;intuition n&rsquo;est pas en nous, elle est n\u00e9cessairement hors de nous D&rsquo;o\u00f9 vient-elle, qui est-elle,  <em>quo vadis<\/em>? Vous admettrez que c&rsquo;est un Myst\u00e8re, pour le moins, tout \u00e0 fait \u00e9patant. Il permet d&rsquo;\u00e9largir d\u00e9cisivement votre regard, de lancer votre esprit dans son envol, et, aux adversaires du domaine, de ricaner leur appr\u00e9ciation critique de ceux qui se prennent pour des historiens visionnaires. Tout le monde est content.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl en r\u00e9sulte une <strong>lib\u00e9ration<\/strong> de l&rsquo;esprit de toutes les conventions et les normes des \u00e9tablissements, universitaires et autres, de notre soci\u00e9t\u00e9. Votre vision du pass\u00e9 n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le pass\u00e9 <em>stricto sensu<\/em>,  le pass\u00e9 acad\u00e9mique, si vous voulez, qu&rsquo;on cultive en Sorbonne,  mais avec une v\u00e9rit\u00e9 du monde qui vous est offerte en un instant. A partir de l\u00e0, vous travaillez, vous r\u00e9fl\u00e9chissez, vous avancez, vous construisez, vous b\u00e2tissez avec votre raison la coh\u00e9rence terrestre de ce que l&rsquo;intuition vous a laiss\u00e9 entrevoir, paradoxalement avec tant de force. Vous \u00eates compl\u00e8tement un homme de votre temps et, appuy\u00e9 sur le pass\u00e9, vous embrassez votre temps et vous pouvez parler aux autres de ce que votre temps leur r\u00e9serve, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce pass\u00e9 red\u00e9couvert. L&rsquo;historien visionnaire n&rsquo;est pas un futurologue mais dans sa vision, bien entendu, s&rsquo;inscrit notre avenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;historien visionnaire n&rsquo;est pas une cat\u00e9gorie du savoir mais une n\u00e9cessit\u00e9 pour des temps historiques dont le fondement \u00e9chappe \u00e0 notre raison parce que notre raison s&rsquo;est cru lib\u00e9r\u00e9e des fondements du monde en croyant avoir les siens propres. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;on s&rsquo;en m\u00e9fie et qu&rsquo;on tente de le tenir \u00e0 distance, aujourd&rsquo;hui plus que jamais, dans nos temps apocalyptiques. Il n&rsquo;est rien en lui-m\u00eame mais il est une partie d&rsquo;une entreprise de r\u00e9sistance contre la construction d&rsquo;une fausse r\u00e9alit\u00e9,  cela, pour revenir aux caract\u00e8res pressants de notre crise, puisque jamais les entrepreneurs en construction de la fausse r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 aussi florissants. Ainsi ai-je \u00e9tabli un lien entre Verdun, enterr\u00e9 sous la poussi\u00e8re des docteurs de la Sorbonne d\u00e9comptant le nombre d&rsquo;obus et le trac\u00e9 des tranch\u00e9es, et la crise terrifiante qui bouleverse notre monde. Nous sommes bien loin des faits et de la science historique.<\/p>\n<h3>La gr\u00e2ce d&rsquo;\u00eatre des historiens visionnaires<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMa conclusion pour ce propos me ram\u00e8ne au contenu de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, qui est l&rsquo;enfant de cette exp\u00e9rience. Ce contenu m\u00eame, qui tente de d\u00e9crire un formidable accident historique qui rompt une civilisation,  la premi\u00e8re civilisation occidentale accouchant de la seconde dans un acte de rupture d&rsquo;une force inou\u00efe,  qui prend le pouvoir en installant dans l&rsquo;Histoire en cours l&rsquo;imposture de l&rsquo;id\u00e9al de puissance A partir de l\u00e0, s&rsquo;installe une situation de crise permanente, parce que l&rsquo;Histoire est confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;imposture d\u00e9sormais install\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est alors qu&rsquo;il nous faut des historien visionnaires, parce que les historiens scientifiques s&rsquo;av\u00e8rent impuissants \u00e0 rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne et, pr\u00e9tendant tout de m\u00eame d\u00e9crire l&rsquo;histoire du monde, nous entra\u00eenent dans une voie g\u00e9n\u00e9rale compl\u00e8tement faussaire. D&rsquo;une fa\u00e7on bien significative qui repousse la cat\u00e9gorisation r\u00e9ductrice, j&rsquo;identifierais ces historiens visionnaires \u00e0 ceux qu&rsquo;Andr\u00e9 Compagnon nomme les antimodernes. (1) Il s&rsquo;agit non pas de r\u00e9actionnaires au sens restreint mais de modernistes d\u00e9\u00e7us, qui connaissent la chanson (\u00e0 propos de P\u00e9guy, Compagnon \u00e9crit : \u00ab<em>Celui qui peut dire nous modernes tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne<\/em>\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette cat\u00e9gorie s&rsquo;installe pleinement, justement, au moment de cette rupture correspondant au passage du XVIII\u00e8me au XIX\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9j\u00e0 avec Joseph de Maistre, Chateaubriand, etc. Cette r\u00e9f\u00e9rence me permet de bien situer mon sentiment \u00e0 propos de ce que nous nommons aujourd&rsquo;hui les historiens visionnaires, en d\u00e9signant la lign\u00e9e moderne (ou antimoderne) du domaine. Leur r\u00e9surgence, \u00e0 partir de r\u00e9f\u00e9rences d&rsquo;un pass\u00e9 plus lointain qui assure la continuit\u00e9 d&rsquo;une vision m\u00e9tahistorique du monde, r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;Histoire, au moment o\u00f9 l&rsquo;Histoire subit l&rsquo;attaque corruptrice de l&rsquo;id\u00e9al de puissance. Il s&rsquo;agit bien de cela, pour mon compte, lorsque je parle <strong>aujourd&rsquo;hui<\/strong> des historiens visionnaires de notre \u00e9poque moderniste et postmoderniste ; une cat\u00e9gorie dress\u00e9e, une veine activ\u00e9e pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi d&rsquo;une entreprise subversive plant\u00e9e au cur de l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame ; une vision m\u00e9tahistorique pour annoncer enfin les grands \u00e9branlements caus\u00e9s par la riposte de l&rsquo;Histoire contre l&rsquo;imposture.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t(1) <em>Les antimodernes<\/em>, Andr\u00e9 Compagnon, Gallimard, 2004. <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_raison_d_etre_extrait_de_la_rubrique_de_defensa_de_defensa_volume_20_n20_du_10_juillet_2005_21_07_2005.html?admin=1\" class=\"gen\">Voir aussi<\/a> nos propres r\u00e9f\u00e9rences, sur ce site, \u00e0 partir de notre texte de pr\u00e9sentation en page d&rsquo;accueil.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DIALOGUES-7 : Propos d&rsquo;un historien visionnaire Puisque nous y sommes, restons-y, je veux dire dans le domaine de l&rsquo;historien visionnaire. J&rsquo;y suis, vous vous en doutez, juge et partie, sans dissimuler une seconde. 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