{"id":72009,"date":"2010-06-25T13:19:36","date_gmt":"2010-06-25T13:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/25\/lirresistible-attrait-de-la-force\/"},"modified":"2010-06-25T13:19:36","modified_gmt":"2010-06-25T13:19:36","slug":"lirresistible-attrait-de-la-force","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/25\/lirresistible-attrait-de-la-force\/","title":{"rendered":"L&rsquo;irr\u00e9sistible attrait de la force"},"content":{"rendered":"<p><p>Il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant de reprendre int\u00e9gralement le texte de George Friedman du 22 juin 2010, dans notre rubrique <em>Ouverture libre<\/em> \u00e0 la date du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-germany_and_russia_move_closer_25_06_2010.html\" class=\"gen\">25 juin 2010<\/a> parce que, comme nous l&rsquo;appr\u00e9cions dans notre <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-du_triangle_au_carre_du_duo_au_quadrille_25_06_2010.html\" class=\"gen\">25 juin 2010<\/a>, cette analyse contient \u00ab<em>nombre de remarques int\u00e9ressantes s&rsquo;inscrivant dans une vision d&rsquo;ensemble marqu\u00e9e par une totale incompr\u00e9hension de la situation europ\u00e9enne<\/em>\u00bb. C&rsquo;est charg\u00e9 de cette appr\u00e9ciation audacieuse que nous voudrions d\u00e9velopper un commentaire concernant cette analyse de Friedman,  et d&rsquo;abord, l&rsquo;esprit qui y pr\u00e9side, par cons\u00e9quent l&rsquo;\u00e9valuation des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;on y trouve<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;analyse de Friedman est celle d&rsquo;un g\u00e9opoliticien. Le g\u00e9opoliticien est l&rsquo;homme qui se veut r\u00e9aliste, brutalement r\u00e9aliste, lorsqu&rsquo;il prend en compte les facteurs qui d\u00e9terminent la marche de la politique du monde. Il proclame la raison comme seule guide de sa pens\u00e9e, m\u00eame s&rsquo;il se trouve que cette raison a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e, notamment par des facteurs psychologiques, de fa\u00e7on \u00e0 le conduire \u00e0 des analyses brutales ou, mieux, \u00e0 la recommandation de politiques brutales en fonction des analyses qu&rsquo;il faut. Le g\u00e9opoliticien ne s&rsquo;appuie pas tant sur les r\u00e9alit\u00e9s que sur une perception brutale des r\u00e9alit\u00e9s, en s&rsquo;en tenant aux facteurs qui favorisent cette brutalit\u00e9 ; cela fait, il proclame qu&rsquo;il ne fait que suivre la logique de sa raison. En r\u00e9alit\u00e9, il est sous l&#8217;empire d&rsquo;une raison qu&rsquo;il a charg\u00e9e de sa perception brutale du monde et donc d\u00e9form\u00e9e \u00e0 mesure. Cette perception brutale, elle, est le produit d&rsquo;une psychologie bien sp\u00e9cifique, que nous connaissons bien, qui est la psychologie de l&rsquo;am\u00e9ricanisme tout enti\u00e8re baign\u00e9 par le syst\u00e8me de l&rsquo;id\u00e9al de puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyse de Friedman privil\u00e9gie les rapports de puissance selon sa perception de g\u00e9opoliticien, certes Mais comme il se trouve dans une \u00e9poque o\u00f9 la d\u00e9finition de la puissance a quitt\u00e9 les eaux de la g\u00e9opolitique pour celle de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">psychopolitique<\/a>, sa perception semble compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e, et elle l&rsquo;est r\u00e9ellement en se portant sur des aspects tr\u00e8s particuliers dans le sens d&rsquo;un grossissement qui d\u00e9forme la r\u00e9alit\u00e9. L\u00e0-dessus se m\u00ealent les complications de la psychologie que l&#8217;empire de la raison dissimule en g\u00e9n\u00e9ral sous le masque de la rationalit\u00e9, et qui n&rsquo;en sont que plus redoutablement faussaires pour cela. Ainsi Friedman est-il poursuivi par une obsession bien am\u00e9ricaniste, qui est celle de la puissance militaire et technologique allemande, fond\u00e9e \u00e0 la fois sur le souvenir des deux Guerres mondiales (surtout la Seconde, bien entendu) et sur la complicit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;id\u00e9al de puissance et au syst\u00e8me du technologisme (dont la g\u00e9opolitique est la projection politique), qui furent les guides des conceptions de puissance de l&rsquo;Allemagne avant que ce pays ne sombr\u00e2t, et qui furent repris par l&rsquo;ambition g\u00e9opolitique du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, lorsqu&rsquo;il est question de l&rsquo;aspect strictement militaire de la s\u00e9curit\u00e9 en Europe, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une assise de puissance militaire et de puissance technologique pouvant \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans la puissance militaire, l&rsquo;Allemagne p\u00e8se fort peu et la France p\u00e8se beaucoup,  alors que Friedman donne une place exclusive \u00e0 l&rsquo;Allemagne et qualifie la France de <em>junior partner<\/em>. Plus encore, il semble constamment oublier que la France est, avec la Russie, la <strong>seule<\/strong> puissance nucl\u00e9aire autonome en Europe, ce qui conduit n\u00e9cessairement \u00e0 rel\u00e9guer l&rsquo;Allemagne dans une autre cat\u00e9gorie, sans comparaison possible. (Bien \u00e9videmment, ces remarques n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le personnel en fonction de direction,  c&rsquo;est de cette fa\u00e7on qu&rsquo;il faudrait d\u00e9signer nos directions politiques,  notamment en France, o\u00f9 il est d&rsquo;une exceptionnelle m\u00e9diocrit\u00e9. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, les attributs de puissance, d&rsquo;influence, de l\u00e9gitimit\u00e9, de souverainet\u00e9, sont fix\u00e9s dans des situations fig\u00e9es par les crises en cours, et l&rsquo;action des directions politiques est d&rsquo;une pi\u00e8tre importance. La puissance de la France en Europe est quelque chose qui d\u00e9passe la direction politique de ce pays et l&rsquo;effondrement d&rsquo;une puissance militaire US qui est bas\u00e9e sur une imposture g\u00e9n\u00e9rale, d\u00e9passe \u00e9galement l&rsquo;action des directions politiques, lorsqu&rsquo;elles tentent d&rsquo;en avoir une.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, toutes ces lourdes conceptions g\u00e9opolitiques et ces pr\u00e9jug\u00e9s d&rsquo;une psychologie infect\u00e9e par l&rsquo;esprit de la puissance conduisent-il Friedman \u00e0 faire de la d\u00e9marche russo-allemande une fin en soi, les autres partenaires (France et Pologne) n&rsquo;\u00e9tant l\u00e0 que comme faire valoir ou alibis. C&rsquo;est le contraire, justement, qui est d\u00e9fendable. Si cette d\u00e9marche a un sens et un avenir politique, si elle est poursuivie avec s\u00e9rieux, on comprendra alors que le cas est celui o\u00f9 l&rsquo;Allemagne aura servi de faire valoir et d&rsquo;alibi \u00e0 la Russie pour nouer une alliance g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 la France (et la Pologne d&rsquo;ailleurs) auraient, <strong>du point de vue<\/strong> de la s\u00e9curit\u00e9, une importance plus grande que l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEncore tout cela n&rsquo;est-il pas d\u00e9cisif, mais rectifi\u00e9 par rapport aux obsessions de Friedman. Ce qui serait \u00e9ventuellement d\u00e9cisif dans la d\u00e9marche en cours qu&rsquo;on d\u00e9crit dans notre <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-du_triangle_au_carre_du_duo_au_quadrille_25_06_2010.html\" class=\"gen\">25 juin 2010<\/a>, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;aspect de la puissance ainsi constitu\u00e9e (qu&rsquo;elle soit ou non avec l&rsquo;Allemagne, et plut\u00f4t avec la France), mais l&rsquo;aspect de s\u00e9curit\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 nous retombons sur l&rsquo;incompr\u00e9hension totale de la psychologie am\u00e9ricaniste pour la notion de s\u00e9curit\u00e9, telle que nous l&rsquo;observons dans notre <em>F&#038;C<\/em>. La s\u00e9curit\u00e9 ne d\u00e9pend nullement de la puissance mais d&rsquo;un \u00e9quilibre o\u00f9 la puissance a sa place, mais aussi la l\u00e9gitimit\u00e9 des uns et des autres, le respect des souverainet\u00e9s des uns et des autres, et ainsi de suite. Les facteurs \u00e9trangers \u00e0 la puissance brutale, et souvent antagonistes de la puissance brutale, y ont une place consid\u00e9rable, d\u00e9pendant aujourd&rsquo;hui de la perception, donc de la psychologie et du traitement qu&rsquo;en fait le syst\u00e8me de la communication. Dans ce conglom\u00e9rat des caract\u00e8res n\u00e9cessaires pour imposer et renforcer la s\u00e9curit\u00e9, la psychologie et la perception qui en d\u00e9coule jouent un r\u00f4le bien plus important que la puissance elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est essentiellement pour cette raison que l&rsquo;initiative actuelle, si elle est d\u00e9velopp\u00e9e et men\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on s\u00e9rieuse, conduira \u00e0 des situations bien diff\u00e9rentes de celles que pr\u00e9voit Friedman. Loin d&rsquo;avoir comme effet principal de reconstituer un axe de puissance au centre de l&rsquo;Europe avec l&rsquo;Allemagne comme pivot, et d&rsquo;ainsi poser la question d&rsquo;un renouveau de puissance de l&rsquo;Allemagne qui est un mythe constant de la pens\u00e9e g\u00e9opoliticienne, elle conduirait de fa\u00e7on compl\u00e8tement diff\u00e9rente \u00e0 \u00e9tablir des conditions qui mettraient en question puis en cause la pr\u00e9sence US en Europe,  celle-ci \u00e9tant promise \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue de plus en plus comme usurpatrice, ill\u00e9gitime, etc. C&rsquo;est l&rsquo;enjeu principal de l&rsquo;initiative en cours et la raison pour laquelle il faudra un courage consid\u00e9rable aux Europ\u00e9ens impliqu\u00e9s, Allemands compris, pour la poursuivre lorsque surgiront les premi\u00e8res objections am\u00e9ricanistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant aux Russes, notre conviction, qui est moins \u00e9tay\u00e9e sur des faits ou des confidences que sur une perception intuitive de la logique des \u00e9v\u00e9nements, est que leur objectif est bien de rechercher le recul maximal de l&rsquo;influence US en Europe, par tous les moyens. L\u00e0 encore, il ne s&rsquo;agit nullement d&rsquo;une d\u00e9marche d&rsquo;affirmation de puissance, comme nombre d&rsquo;analystes s&#8217;empresseraient de conclure, mais de la conviction russe qu&rsquo;aucun \u00e9quilibre de s\u00e9curit\u00e9 ne peut \u00eatre \u00e9tabli dans une zone o\u00f9 les USA sont pr\u00e9sents.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 25 juin 2010 \u00e0 13H19<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant de reprendre int\u00e9gralement le texte de George Friedman du 22 juin 2010, dans notre rubrique Ouverture libre \u00e0 la date du 25 juin 2010 parce que, comme nous l&rsquo;appr\u00e9cions dans notre F&#038;C du 25 juin 2010, cette analyse contient \u00abnombre de remarques int\u00e9ressantes s&rsquo;inscrivant dans une vision d&rsquo;ensemble marqu\u00e9e par&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[2],"tags":[2748,3015,2631,2651,2687,1268,8516,2778,2622,6201,2779,2730,3014,4268],"class_list":["post-72009","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bloc-notes","tag-allemagne","tag-communication","tag-de","tag-du","tag-france","tag-friedman","tag-geopolitique","tag-ideal","tag-la","tag-psychopolitique","tag-puissance","tag-russie","tag-systeme","tag-technologisme"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72009","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72009"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72009\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72009"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72009"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72009"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}