{"id":72023,"date":"2010-06-29T20:43:01","date_gmt":"2010-06-29T20:43:01","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/29\/lentetement-afghan-et-notre-structure-crisique\/"},"modified":"2010-06-29T20:43:01","modified_gmt":"2010-06-29T20:43:01","slug":"lentetement-afghan-et-notre-structure-crisique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/06\/29\/lentetement-afghan-et-notre-structure-crisique\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u201cent\u00eatement afghan\u201d et notre structure crisique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;ent\u00eatement afghan et notre structure crisique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t29 juin 2010  On voit par ailleurs, dans <em>Ouverture libre<\/em> de ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_paradoxe_afghan__29_06_2010.html?admin=1\" class=\"gen\">29 juin 2010<\/a>, des cas bien remarquables de ce que Arianna Huffington baptise <em>the paradox of Afghanistan<\/em>,  ou paradoxe afghan, pour faire bref. Il consiste en gros \u00e0 exposer toutes les raisons du monde pour lesquelles il ne faut pas faire quelque chose (la guerre en Afghanistan), en concluant que, par cons\u00e9quent, il faut faire ce quelque chose (la guerre en Afghanistan).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe afghan n&rsquo;est pas un simple syllogisme (y compris celui qui r\u00e9pond \u00e0 la logique mais n&rsquo;a aucune r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle, qui devient sophisme lorsqu&rsquo;il est dit avec intention de tromper). Il d\u00e9veloppe implicitement, sinon explicitement, un raisonnement d&rsquo;apparence illogique : aux deux propositions les conditions de la guerre en Afghanistan sont catastrophiques pour nous et nous n&rsquo;avons pas de raisons ni de moyens, ni la volont\u00e9 suffisantes pour faire l&rsquo;effort qui permettraient de transformer ces conditions, r\u00e9pond cette \u00e9tonnante conclusion : donc nous devons poursuivre la guerre jusqu&rsquo;\u00e0 la victoire finale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Nous allons d&rsquo;abord nous attacher \u00e0 tenter de comprendre cette forme d&rsquo;esprit qui conduit \u00e0 des raisonnements si fallacieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Ensuite, nous examinons le r\u00f4le de ce que nous nommons notre structure crisique, \u00e0 propos de quoi notre lecteur et ami <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum-_vienne_la_nuit_sonne_l_heure__28_06_2010.html\" class=\"gen\">Jean-Paul Baquiast<\/a> nous demande quelques explications.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le premier point concerne la forme d&rsquo;esprit. Nous \u00e9cartons d&rsquo;autorit\u00e9 tous les arguments politiques et strat\u00e9giques ext\u00e9rieurs sur les motifs cach\u00e9s, les ambitions de puissance, etc. Non que cela n&rsquo;existe pas mais nous jugeons que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un point o\u00f9 les effets de la catastrophe en phase finale de la guerre en Afghanistan surpasseront, et de beaucoup, et de fa\u00e7on absolument d\u00e9cisive, tous les gains hypoth\u00e9tiques et potentiels qu&rsquo;il y aurait \u00e0 y rester, m\u00eame en limitant les d\u00e9g\u00e2ts. Il s&rsquo;agit en effet de l&rsquo;enjeu de la coh\u00e9sion de l&rsquo;OTAN, voire de l&rsquo;enjeu de l&rsquo;\u00e9quilibre du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme dans son entier et de son possible effondrement, qui sont dans la balance de ce qui devient une possible d\u00e9faite catastrophique en Afghanistan. Il n&rsquo;y a plus \u00e0 argumenter l\u00e0-dessus, entre d&rsquo;\u00e9ventuels enjeux strat\u00e9giques relatifs et les enjeux fondamentaux de l&rsquo;existence m\u00eame du syst\u00e8me. L&rsquo;esprit qui conduit cet ent\u00eatement afghan nous int\u00e9resse donc bien plus que les arguments et les circonstances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA notre sens, il s&rsquo;agit d&rsquo;une pens\u00e9e d\u00e9structur\u00e9e. Il n&rsquo;y a plus ni mauvaise foi, ni tromperie pour soi-m\u00eame, ni sottise av\u00e9r\u00e9e. Il y a rupture dans l&rsquo;esprit entre les deux propositions et la conclusion. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, les deux propositions font partie d&rsquo;un monde, la conclusion d&rsquo;un autre monde. Nous ne pensons pas que ce dysfonctionnement soit d&rsquo;ordre id\u00e9ologique, m\u00eame avec toutes les outrances possibles, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;ordre du jugement et de l&rsquo;interpr\u00e9tation de la perception mais qu&rsquo;il est bien de l&rsquo;ordre de la pathologie. Il existe une logique d&rsquo;un monde (constats catastrophiques, concernant sans discussion le monde r\u00e9el de la guerre en Afghanistan) et une autre logique d&rsquo;un autre monde (cr\u00e9ation virtualiste, <em>hubris<\/em>, suffisance occidentaliste, illusions humanistes, etc.). Le ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant est \u00e9videmment le dysfonctionnement, la d\u00e9connexion entre les deux. La cons\u00e9quence est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas illogisme, il y a deux logiques sans rapport entre elles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ressort \u00e9videmment de cette d\u00e9connexion que la perception de la guerre d&rsquo;Afghanistan selon les deux mondes est diff\u00e9rente, sinon contradictoire, et de m\u00eame le jugement implicite sur la guerre, sur la situation de l&rsquo;Afghanistan, etc., propres \u00e0 ces deux d\u00e9marches. Dans un cas, on juge la r\u00e9alit\u00e9, qui est celle d&rsquo;une crise extr\u00eamement vigoureuse, d&rsquo;une guerre qui para\u00eet quasiment ingagnable et qui n&rsquo;est pas loin de rec\u00e9ler une d\u00e9faite pour le bloc USA-OTAN ; dans le second cas, on juge un jugement d\u00e9j\u00e0 form\u00e9 et qui ne peut \u00eatre que confirm\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on ne peut que confirmer la perspective que l&rsquo;Afghanistan est un accident d&rsquo;une marche irr\u00e9sistible de la modernit\u00e9, qui sera r\u00e9duit d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre,  jusqu&rsquo;\u00e0 la plus <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-pourquoi_pas_une_solution_finale_en_afghanistan_n__29_06_2010.html\" class=\"gen\">extr\u00eame<\/a> s&rsquo;il le faut,  pour poursuivre ou parachever le triomphe de la modernit\u00e9. Dans le premier cas, effectivement, il s&rsquo;agit d&rsquo;une crise, avec son caract\u00e8re impr\u00e9visible, pressant, invitant \u00e0 prendre des positions audacieuses parce que n\u00e9cessaires, etc. Dans le second cas, ce n&rsquo;est pas une crise mais un incident dans une marche irr\u00e9sistible, et il n&rsquo;est pas question de modifier quoi que ce soit \u00e0 quoi que ce soit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme on le comprend ais\u00e9ment, il ne s&rsquo;agit pas de la m\u00eame sorte de raisonnement, donc il s&rsquo;agit de perceptions n\u00e9cessairement diff\u00e9rentes. Entre les deux, aucune confrontation, aucun \u00e9change, aucun compromis ne sont possibles. Il existe un sas, ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;image, une enceinte d&rsquo;une double rang\u00e9e de barbel\u00e9s, ou un mur comme celui que les Isra\u00e9liens \u00e9difient entre les Palestiniens et eux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une impossibilit\u00e9 de communication de soi-m\u00eame avec soi-m\u00eame, chez ceux qui d\u00e9crivent les conditions apocalyptiques de la guerre en Afghanistan et en concluent qu&rsquo;il faut plus que jamais y rester parce qu&rsquo;ainsi la victoire sera mieux \u00e0 port\u00e9e de la main. Mais il nous faut signaler un autre aspect important qui, \u00e0 une lumi\u00e8re que nous voudrions sp\u00e9cifique et \u00e0 laquelle nous accordons une place importante, prend une importance tout simplement essentielle. Dans un cas (le monde des r\u00e9alit\u00e9s), nous d\u00e9crivons l&rsquo;Afghanistan comme une crise, ce que les constats des \u00e9v\u00e9nements courants tels qu&rsquo;ils sont v\u00e9hicul\u00e9s par le syst\u00e8me de la communication conduisent \u00e0 mettre en \u00e9vidence ; dans l&rsquo;autre cas (le monde de la conclusion sur la victoire finale), il y a l&rsquo;observation fondamentale que l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;est pas une crise mais un accident, ce qui conduit toute la suite du raisonnement, paralyse le jugement et d\u00e9forme la perception.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela nous am\u00e8ne \u00e0 la probl\u00e9matique de la structure crisique, qui nous importe comme second aspect de cette r\u00e9flexion. (Puisque nous y sommes, cela nous permet de donner quelques informations fragmentaires suppl\u00e9mentaires sur cette chose,  la structure crisique,  pour tenter de r\u00e9pondre au moins en partie \u00e0 l&rsquo;interrogation signal\u00e9e plus haut. Il ne s&rsquo;agit toujours que d&rsquo;une progression de la pens\u00e9e sur une piste intuitive.)<\/p>\n<h3>De l&rsquo;effet fratricide \u00e0 l&rsquo;antagonisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis le choc du 11 septembre 2001, qui est essentiellement un choc du syst\u00e8me de la communication, choc r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par ce syst\u00e8me et exploit\u00e9 par lui, une <em>narrative<\/em> virtualiste a \u00e9t\u00e9 construite par ce m\u00eame syst\u00e8me de la communication. On en conna\u00eet les caract\u00e8res, les \u00e9pisodes, etc., car nous en avons souvent parl\u00e9, aussi bien <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_virtualisme_analyse_et_active_des_doutes_de_john_hamre_a_la_bulle_de_gw_30_09_2003.html\" class=\"gen\">\u00e0 propos<\/a> du ph\u00e9nom\u00e8ne du <em>groupthinking<\/em> que, plus fondamentalement, \u00e0 l&rsquo;occasion de r\u00e9v\u00e9lations comme celle du journaliste Ron Suskind dont nous avons parl\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_virtualisme_repere_a_washington_23_10_2004.html\" class=\"gen\">23 octobre 2004<\/a>, opposant la <em>faith-based community<\/em> (virtualisme) \u00e0 la <em>reality-based community<\/em>. Suskind rapportait ces propos d&rsquo;un officiel de la Maison-Blanche, datant de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2002, et qui est une sorte de d\u00e9finition concr\u00e8te, mais \u00e9videmment d\u00e9form\u00e9e par nombre d&rsquo;illusions, du virtualisme :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>We&rsquo;re an empire now, and when we act, we create our own reality. And while you&rsquo;re studying that reality  judiciously, as you will &#8212; we&rsquo;ll act again, creating other new realities, which you can study too, and that&rsquo;s how things will sort out. We&rsquo;re history&rsquo;s actors and you, all of you, will be left to just study what we do.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette construction virtualiste est effectivement le fait d&rsquo;un syst\u00e8me de la communication complexe, int\u00e9grant aussi bien des technologies diverses comme les r\u00e9seaux et les divers moyens d&rsquo;images fixes ou anim\u00e9es, des informations avec leur rapidit\u00e9 de transmission et l&rsquo;importance du flot de transmission, des commentaires, des r\u00e9flexions humaines, des effets secondaires divers (publicit\u00e9, ouvrages litt\u00e9raires, films, etc.). Ce syst\u00e8me de la communication a pris tant de puissance et a suscit\u00e9 une telle dynamique, int\u00e9gr\u00e9e dans une complexit\u00e9 quasiment incontr\u00f4lable, qu&rsquo;il a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 sa propre politique de communication, qui est devenue une politique autonome hors du contr\u00f4le humain. Ce syst\u00e8me de la communication fait bien entendu partie du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est m\u00eame son principal composant avec le syst\u00e8me du technologisme qui est le sous-syst\u00e8me de la puissance pure. Il a donc int\u00e9gr\u00e9 la consigne g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l&rsquo;occasion de 9\/11, d&rsquo;exalter les \u00e9v\u00e9nements sensationnels, les \u00e9v\u00e9nements de crise, \u00e0 partir de l&rsquo;axiome de d\u00e9part qui correspond aux certitudes de la construction virtualiste que tous ces \u00e9v\u00e9nements de crise seraient \u00e0 la gloire et \u00e0 l&rsquo;avantage du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chevauch\u00e9e fantastique n&rsquo;a pas dur\u00e9 longtemps. A partir de fin 2003-2004, les \u00e9v\u00e9nements ont chang\u00e9 de sens. Le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral a commenc\u00e9 \u00e0 reculer sur tous les fronts, subissant \u00e9chec sur \u00e9chec. Le syst\u00e8me de la communication, lui, a poursuivi sa politique autonome d&rsquo;exaltation des \u00e9v\u00e9nements de crise. Faire quatre ou cinq fois en trois ans la publicit\u00e9 d&rsquo;une information de source ind\u00e9termin\u00e9e sur une attaque imminente contre l&rsquo;Iran qui, jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, ne se produit pas, amoindrit jusqu&rsquo;\u00e0 la caricature la possibilit\u00e9 de cette attaque ou bien en fait une perspective apocalyptique monstrueuse qui terrorise tout le monde, c&rsquo;est selon, tout en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-en_cas_d_attaque_contre_l_iran_un_appel_a_l_insubordination_des_chefs_militaires_us_31_08_2007.html\" class=\"gen\">exacerbant<\/a> les luttes <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-mullen_en_super-fallon_pas_d_attaque_contre_l_iran_c_est_compriset_8747_03_07_2008.html?admin=1\" class=\"gen\">\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/a> du syst\u00e8me entre partisans et adversaires de cette attaque. Proclamer la nouvelle strat\u00e9gie victorieuse de McChrystal \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2009 en Afghanistan pour aboutir \u00e0 la crise de ces derniers jours ridiculise les capacit\u00e9s de l&rsquo;appareil militaire US plus s\u00fbrement qu&rsquo;une grande victoire des talibans sur le terrain, et aggrave donc la crise. L\u00e0 aussi s&rsquo;est install\u00e9e un effet fratricide entre syst\u00e8me de la communication exaltant les succ\u00e8s (inexistants) du syst\u00e8me central et le syst\u00e8me du technologisme subissant les effets des \u00e9checs de ses entreprises, mis involontairement en \u00e9vidence par la communication fratricide. (C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on retrouve une trace du dysfonctionnement des logiques signal\u00e9es plus haut \u00e0 propos de l&rsquo;Afghanistan, entre une logique d\u00e9crivant une situation de crise et une autre d\u00e9crivant l&rsquo;\u00e9vidente n\u00e9cessit\u00e9 de poursuivre jusqu&rsquo;\u00e0 la victoire finale.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais, justement, y a-t-il crises ? C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 le syst\u00e8me de la communication a \u00e9t\u00e9 le plus involontairement machiav\u00e9lique. En manipulant la communication des diverses crises pour les mettre en \u00e9vidence, les faire durer, les relancer, etc., en croyant servir le syst\u00e8me en g\u00e9n\u00e9ral, il institutionnalise ces crises, il en fait des structures longues, suscitant \u00e9trangement le contraire de ce qu&rsquo;est une crise : au lieu d&rsquo;\u00eatre courte et d\u00e9cisive, la crise devient longue et ind\u00e9cise, \u00e0 force de se signaler par des effets d&rsquo;annonce non suivies d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements r\u00e9els. Cela ne veut pas dire que la crise n&rsquo;existe plus, cela veut dire qu&rsquo;elle est devenue la substance m\u00eame de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Il n&rsquo;y a plus de relations entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Iran, mais une crise iranienne ; il n&rsquo;y a plus de guerre en Afghanistan mais une crise afghane. C&rsquo;est-\u00e0-dire que s&rsquo;installe sur la dur\u00e9e, non pas un \u00e9v\u00e9nement complexe, manuvrable, autour duquel on peut travailler, mais un \u00e9v\u00e9nement autonome, institutionnalis\u00e9, avec la r\u00e9putation de pouvoir exploser \u00e0 n&rsquo;importe quel moment, c&rsquo;est-\u00e0-dire trop instable pour pouvoir \u00eatre ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette tendance a \u00e9t\u00e9 si forte que les crises s&rsquo;accumulant et s&rsquo;institutionnalisant, ont fini par cr\u00e9er un syst\u00e8me crisique (anthropocrisique ?) autonome, d\u00e9tach\u00e9 du syst\u00e8me de la communication lui-m\u00eame. Cette structure crisique, \u00e0 son tour, intervient pour susciter la transformation des \u00e9v\u00e9nements en crises, les institutionnalise en tant que telles ; elle les accueille sur la dur\u00e9e et les nourrit. Elle est, elle, totalement \u00e9trang\u00e8re et, encore plus que fratricide, elle est totalement antagoniste du syst\u00e8me du technologisme. Elle vit sa propre vie qui est de nourrir et d&rsquo;entretenir les crises d\u00e9clench\u00e9es par le syst\u00e8me central. C&rsquo;est elle qui met en \u00e9vidence les r\u00e9alit\u00e9s de la crise afghane qu&rsquo;affronte le syst\u00e8me central, comme on a vu plus haut, laquelle crise suscite \u00e9trangement comme r\u00e9ponse de la part du syst\u00e8me central qui tient \u00e0 d\u00e9fendre la puissance du syst\u00e8me du technologisme, qu&rsquo;il faut plus que jamais rester sur place puisque (plut\u00f4t que parce que) la victoire est certaine, parce qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il s&rsquo;agit d&rsquo;un accident et non d&rsquo;une crise. Ainsi la structure crisique accentue-t-elle la crise afghane en for\u00e7ant le syst\u00e8me \u00e0 la nier et \u00e0 demeurer sur place, encore plus prisonnier de cette crise, constamment affaibli par elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on veut, la structure crisique est un monstre n\u00e9 du syst\u00e8me de la communication et prot\u00e9geant la nature crisique, n\u00e9cessairement hostile au syst\u00e8me central, des diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements. Son effet fratricide est redoubl\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;antagonisme de l&rsquo;hostilit\u00e9 compl\u00e8te. Aucune parade n&rsquo;est possible contre cette structure puisqu&rsquo;elle r\u00e9pond elle-m\u00eame aux r\u00e8gles du syst\u00e8me de la communication. Et, en tout cela, elle n&rsquo;a aucune responsabilit\u00e9 qui la fasse comptable de quoi que ce soit puisqu&rsquo;elle n&rsquo;est que l&rsquo;effet de la crise centrale du syst\u00e8me, qui n&rsquo;a pas tenu sa promesse de 2001-2002 de l&rsquo;annexion rapide et compl\u00e8te du monde, \u00e0-la-<em>neocon<\/em>. D\u00e8s que le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral est entr\u00e9 dans le stade actif de sa propre crise autodestructrice, ses composants principaux sont entr\u00e9s dans une relation fratricide in\u00e9vitable \u00e0 cause de leurs missions respectives, et la structure crisique a \u00e9t\u00e9 le rejeton antagoniste d&rsquo;une relation devenue fratricide. Aujourd&rsquo;hui, elle tend \u00e0 prendre une place de plus en plus importante, \u00e0 la mesure des crises qu&rsquo;elle int\u00e8gre, et l&rsquo;importance de cette place se mesurant dans la force des pressions des diverses crises sur le syst\u00e8me central en constant affaiblissement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela se passe quasiment en circuit ferm\u00e9, les acteurs ext\u00e9rieurs jouant, consciemment ou pas, le r\u00f4le d&rsquo;incitateur des \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs fratricides du syst\u00e8me, exactement selon le vieux et sage principe strat\u00e9gique qu&rsquo;il faut savoir retourner contre lui-m\u00eame la force de son adversaire. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, nous ne tenons pas des concepts tels que la structure crisique comme fondamentaux ; il s&rsquo;agit d&rsquo;outils g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le syst\u00e8me central pour alimenter son processus d&rsquo;autodestruction, qui est la marque principale de son activit\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Le facteur int\u00e9ressant est que ces cr\u00e9ations autodestructrices acqui\u00e8rent une certaine autonomie vis-\u00e0-vis de leurs g\u00e9niteurs pour renforcer leur efficacit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;essentiel, bien entendu, il appara\u00eet que notre syst\u00e8me est irr\u00e9m\u00e9diablement et irr\u00e9vocablement destin\u00e9 \u00e0 sa propre autodestruction, et il effectue cette mission \u00e0 une vitesse bien plus \u00e9lev\u00e9e que l&rsquo;on pouvait penser, avec des trouvailles qui prouvent la f\u00e9condit\u00e9 de l&rsquo;esprit du suicidaire. C&rsquo;est certainement un bien grand myst\u00e8re de d\u00e9terminer pourquoi un syst\u00e8me d&rsquo;une telle puissance mat\u00e9rielle, d&rsquo;une puissance \u00e9videmment invincible si elle est mani\u00e9e avec subtilit\u00e9 et habilet\u00e9, est conduit \u00e0 produire un destin absolument contraire \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats pour l&rsquo;essentiel, jusqu&rsquo;\u00e0 devenir absolument autodestructeur comme il l&rsquo;est aujourd&rsquo;hui. La stupidit\u00e9, la rapacit\u00e9, l&rsquo;aveuglement, l&rsquo;hyst\u00e9rie et la vanit\u00e9 de la racaille qui le sert ne sont \u00e9videmment pas une explication suffisante,  il ne peut \u00eatre question de leur faire l&rsquo;honneur de le croire une seule seconde.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ent\u00eatement afghan et notre structure crisique 29 juin 2010 On voit par ailleurs, dans Ouverture libre de ce 29 juin 2010, des cas bien remarquables de ce que Arianna Huffington baptise the paradox of Afghanistan, ou paradoxe afghan, pour faire bref. 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