{"id":72074,"date":"2010-07-12T10:13:43","date_gmt":"2010-07-12T10:13:43","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/07\/12\/reductio-ad-absurdum\/"},"modified":"2010-07-12T10:13:43","modified_gmt":"2010-07-12T10:13:43","slug":"reductio-ad-absurdum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/07\/12\/reductio-ad-absurdum\/","title":{"rendered":"<em>Reductio ad absurdum<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\"><em>Reductio ad absurdum<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t12 juillet 2010  Nous nous arr\u00eatons \u00e0 deux chroniqueurs que nous tenons comme \u00e9tant de grande qualit\u00e9, et sur deux analyses d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements semblables, avec des d\u00e9veloppements assez g\u00e9n\u00e9raux. Les deux chroniqueurs sont l&rsquo;Am\u00e9ricain Leon T. Hadar et l&rsquo;Indien M K Bhadrakumar. Leurs deux textes sont autant d&rsquo;excellentes analyses, on l&rsquo;a dit, sur une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements similaires, d\u00e9bouchant sur des conclusions exactement inverses. Leurs deux analyses sont justes, leurs \u00e9tats d&rsquo;esprit et leurs positions disons intellectuelles g\u00e9n\u00e9rales sont proches, leurs deux conclusions sont bonnes,  pourtant, exactement inverses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Hadar publie sur <em>Huffington.post<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.com\/leon-t-hadar\/welcome-to-the-post-unipo_b_639629.html\" class=\"gen\">8 juillet 2010<\/a> : \u00ab<em>Welcome to the Post-Unipolar World: Great for the U.S. and for the Rest<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t M K Bhadrakumar publie sur <em>Atimes.com<\/em>, le <a href=\"publiehttp:\/\/www.atimes.com\/atimes\/Central_Asia\/LG10Ag02.html\" class=\"gen\">10 juillet 2010<\/a> : \u00ab<em>US-Russia reset on the skids.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les deux articles commentent, chacun \u00e0 leur fa\u00e7on, le r\u00e9cent voyage d&rsquo;Hillary Clinton en Europe de l&rsquo;Est et dans le Caucase du Sud, ou, d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la politique US dans cette partie du monde. Les deux chroniqueurs abordent la question qu&rsquo;ils examinent selon une perspective diff\u00e9rente mais toujours selon une conception g\u00e9n\u00e9rale assez proche qui est une hostilit\u00e9 marqu\u00e9e \u00e0 la politique h\u00e9g\u00e9monique et belliciste des USA,  ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (C&rsquo;est bien de cette fa\u00e7on qu&rsquo;il faut d\u00e9finir les deux chroniqueurs, nous dirions comme des analystes antisyst\u00e8mes.) Leurs conclusions sont oppos\u00e9es mais nullement ferm\u00e9es \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation comparative (entre elles).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHadar consid\u00e8re essentiellement la question des relations entre les USA et la G\u00e9orgie dans leur \u00e9volution actuelle, notamment avec l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-misha_de_la_rose_au_croissant_02_07_2010.html\" class=\"gen\">\u00e9volution<\/a> de la G\u00e9orgie vers des pays comme l&rsquo;Iran et la Turquie, et les effets sur la situation g\u00e9n\u00e9rale. Son point de vue est r\u00e9aliste-optimiste, appuy\u00e9 sur le constat que la position de domination (unipolarit\u00e9) des USA est aujourd&rsquo;hui totalement battue en br\u00e8che,  l&rsquo;\u00e9volution de la G\u00e9orgie en \u00e9tant l&rsquo;une des cons\u00e9quences. Hadar pense que les USA vont devoir ent\u00e9riner ce recul de leur influence, en tirer les cons\u00e9quences et, ce faisant, permettre (involontairement) \u00e0 une situation plus \u00e9quilibr\u00e9e et plus harmonieuse de s&rsquo;\u00e9tablir. Ce constat g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;il fait est int\u00e9ressant : \u00ab<em>In a way, the collapse of the American-controlled unipolar system  and before that, the end of the bipolar system of the Cold War  should help us recognize that international relations have ceased to be a zero-sum-game under which gains of other global powers become by definition a loss for America, and vice versa.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observera que ce constat implique un sch\u00e9ma diplomatique qui se d\u00e9tourne d&rsquo;une politique de l&rsquo;id\u00e9al de la puissance&rsquo; au profit d&rsquo;une politique de l&rsquo;id\u00e9al de la perfection&rsquo; (selon la classification de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-genie_latin_et_germanisme_de_guglielmo_ferrero_1917_08_12_2008.html\" class=\"gen\">Guglielmo Ferrero<\/a>). D&rsquo;une fa\u00e7on plus prosa\u00efque, bien entendu, on parlera du passage de l&rsquo;unipolarit\u00e9 \u00e0 la multipolarit\u00e9, mais cette d\u00e9finition nous para\u00eet en l&rsquo;esp\u00e8ce insuffisante et doit \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e. L&rsquo;\u00e9volution ainsi d\u00e9crite ne tient plus compte de la seule notion <strong>quantitative<\/strong> de la puissance ; on dirait plut\u00f4t qu&rsquo;on \u00e9largit cette notion, qu&rsquo;on la remplace m\u00eame d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, par une notion <strong>qualitative<\/strong> de l&rsquo;\u00e9quilibre et de l&rsquo;harmonie o\u00f9 la puissance n&rsquo;est plus qu&rsquo;un facteur parmi d&rsquo;autres. Ce n&rsquo;est pas parce que les USA perdent ici (leur influence sur la G\u00e9orgie) qu&rsquo;ils perdent objectivement, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale. La G\u00e9orgie, r\u00e9align\u00e9e, mieux int\u00e9gr\u00e9e r\u00e9gionalement, moins trouble-f\u00eate irresponsable, contribue \u00e0 renforcer une \u00e9ventuelle situation d&rsquo;\u00e9quilibre et d&rsquo;harmonie qui devrait satisfaire les USA : \u00ab[I]<em>nternational relations have ceased to be a zero-sum-game under which gains of other global powers become by definition a loss for America, and vice versa.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette approche implique, selon Hadar, que le voyage d&rsquo;Hillary Clinton que nous mentionnions plus haut n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un artifice de communication sans le moindre effet ni la moindre cons\u00e9quence. C&rsquo;est exactement <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-diplomatie_communication_et_schizophrenie_08_07_2010.html\" class=\"gen\">notre avis<\/a>, sur le fait du voyage lui-m\u00eame,  mais pas sur l&rsquo;appr\u00e9ciation r\u00e9aliste-optimiste de Hadar.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM K Bhadrakumar, au contraire, a une approche qu&rsquo;on pourrait qualifier, au regard de l&rsquo;\u00e9volution tr\u00e8s rapide des choses, de diplomatique-utopiste, tr\u00e8s diff\u00e9rente de la vision r\u00e9aliste-optimiste de Hadar. Cet excellent analyste est un ancien diplomate indien (ambassadeur \u00e0 Moscou, \u00e0 Ankara, etc.) et, pour lui, les mots qui sont dits comptent et valent pour ce qu&rsquo;ils disent,  ou semblent dire dans le cas qui nous occupe. Ainsi interpr\u00e8te-t-il le voyage d&rsquo;Hillary Clinton comme un acte diplomatique <strong>r\u00e9el<\/strong>, qui marque une \u00e9volution r\u00e9elle de la diplomatie US, ou bien, si l&rsquo;on veut, un d\u00e9veloppement parall\u00e8le r\u00e9el de la diplomatie US, par rapport \u00e0 la ligne suivie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM K Bhadrakumar en d\u00e9duit que la diplomatie US n&rsquo;est pas si engag\u00e9e qu&rsquo;elle le dit dans un red\u00e9marrage (<em>reset<\/em>) fructueux des relations avec la Russie puisque, parall\u00e8lement, elle continue activement \u00e0 d\u00e9baucher et\/ou \u00e0 r\u00e9activer des concurrences des pays limitrophes de la Russie avec la Russie (Ukraine et G\u00e9orgie), \u00e0 tenter de contrer les projets de liaison \u00e9nerg\u00e9tiques russes, \u00e0 relancer le syst\u00e8me anti-missiles en Pologne, etc. Cette description conduit M K Bhadrakumar \u00e0 observer que les USA suivent peut-\u00eatre plusieurs diplomatie \u00e0 la fois,  mais cela constat\u00e9 tout de m\u00eame avec une certaine incertitude confinant \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension. D&rsquo;o\u00f9 ce passage, qui pourrait se traduire par la question : mais que veulent exactement les USA ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Intriguing questions arise. Was Uncle Sam really as intense as he seemed about the reset? Was its real purpose merely to extract Russia&rsquo;s cooperation in isolating Iran? What is the balance sheet of the reset so far for Russia? With all the happenings of the past fortnight, does the reset hold out the prospect of putting the US-Russia relationship on a sure footing, let alone a real partnership? If not, what next?<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que M K Bhadrakumar traduit finalement, en d\u00e9sespoir de cause, par la retranscription de la fine remarque d&rsquo;Hillary Clinton expliquant, lors de son s\u00e9jour en Ukraine, que les USA \u00e9taient apr\u00e8s tout capables de faire deux diplomaties parall\u00e8les \u00e0 la fois (\u00ab[T]<em>he US can walk and chew gum at the same time<\/em>\u00bb). Parlant de la diplomatie US vis-\u00e0-vis de la Russie depuis un an, avec ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 lors de la tourn\u00e9e d&rsquo;Hillary, M K Bhadrakumar \u00e9crit : \u00ab<em>It seems highly probable that Uncle Sam was chewing gum all through the walk.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette identification d&rsquo;une diplomatie machiav\u00e9lique et \u00e0 double jeu de Washington est encombr\u00e9e tout de m\u00eame de nombreuses approximations, qui trahissent le malaise de l&rsquo;analyse uniquement diplomatique par rapport aux faits, notamment techniques. Consid\u00e9rer le d\u00e9ploiement \u00e9pisodique d&rsquo;une poign\u00e9e de <em>Patriot<\/em> sans aucune valeur strat\u00e9gique ni politique en Pologne, les embrassades avec Saakachvili ou la visite en Ukraine comme des initiatives capables d&#8217;embarrasser les Russes est tr\u00e8s largement exag\u00e9r\u00e9. (Le seul cas des <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-du_triangle_au_carre_du_duo_au_quadrille_25_06_2010.html\" class=\"gen\">relations<\/a> entre la Pologne et la Russie, et d&rsquo;autres, situe la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e9chelle des \u00e9v\u00e9nements consid\u00e9r\u00e9s.) La r\u00e9f\u00e9rence faite par M K Bhadrakumar aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es \u00e0 Washington pour la ratification de START-II est bien r\u00e9elle mais ces difficult\u00e9s, loin d&rsquo;\u00eatre organis\u00e9es par l&rsquo;administration pour contrarier la Russie dans le cadre de cette diplomatie contradictoire qu&rsquo;il identifie, sont le fait des humeurs maximalistes du Congr\u00e8s et embarrassent principalement, si pas exclusivement l&rsquo;administration Obama, tout en mettant la Russie dans une position de force par rapport aux promesses d&rsquo;Obama. Quant \u00e0 compter sur la Turquie et le Br\u00e9sil pour remplacer la Russie pour des bons offices aupr\u00e8s de l&rsquo;Iran de la part des USA (autre hypoth\u00e8se de M K Bhadrakumar), voil\u00e0 qui para\u00eet pour le moins plus proche de l&rsquo;utopie que de la r\u00e9alit\u00e9. Il suffit d&rsquo;aller demander aux <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-obama_l_iran_et_la_fureur_bresilienne_30_06_2010.html\" class=\"gen\">Br\u00e9siliens<\/a> ce qu&rsquo;ils en pensent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;impression que nous retirons dans ce cas d&rsquo;un raisonnement forc\u00e9 dont on voit bien qu&rsquo;il repose simplement sur des paroles (celles de Clinton) d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9es parce qu&rsquo;elles rel\u00e8vent d&rsquo;une gesticulation de communication plus que d&rsquo;une diplomatie, et de l&rsquo;usage jusqu&rsquo;\u00e0 la corde d&rsquo;un capital d&rsquo;influence des USA d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fortement identifi\u00e9 \u00e0 une peau de chagrin en phase ultime. Le r\u00e9sultat, effectivement, semble se r\u00e9sumer \u00e0 ces seules gesticulations de communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous conduit \u00e0 une conclusion similaire pour les deux articles, selon laquelle nous dirions qu&rsquo;ils ne sont pas faux mais qu&rsquo;ils concernent un pays et une diplomatie qui n&rsquo;existent pas. Hadar a raison, selon notre point de vue, d&rsquo;exalter une politique d&rsquo;\u00e9quilibre et d&rsquo;harmonie, selon un sch\u00e9ma que les USA devraient suivre, mais qu&rsquo;ils ne suivront jamais parce qu&rsquo;il leur est impossible, par conformation psychologique, d&rsquo;abandonner une politique de puissance. La <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-diplomatie_communication_et_schizophrenie_08_07_2010.html\" class=\"gen\">d\u00e9finition<\/a> qu&rsquo;Hillary Clinton donne de la multipolarit\u00e9 selon Washington est \u00e0 cet \u00e9gard suffisamment \u00e9difiante (avec notre appr\u00e9ciation comment\u00e9e dans le texte cit\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Nous ne pouvons pas permettre que les Etats-Unis soient absents quelque part dans ce grand monde. Nous sommes pr\u00eats \u00e0 travailler avec tous les pays et \u00e0 appliquer le principe de l&rsquo;approche multilat\u00e9rale pour la r\u00e9solution des probl\u00e8mes internationaux,<\/em> [a d\u00e9clar\u00e9 Hillary Clinton le 28 mai dernier]\u00a0[] <em>Je veux souligner que nous essayons ainsi d&rsquo;acqu\u00e9rir de nouveaux alli\u00e9s et partenaires pour assurer les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. Dans la plupart des cas nos int\u00e9r\u00eats correspondent aux int\u00e9r\u00eats universels et r\u00e9pondent aux int\u00e9r\u00eats des gens partout dans le monde. Et \u00e0 mon avis nous devons engager le monde entier dans la r\u00e9solution des probl\u00e8mes communs<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Ainsi, les USA veulent-ils \u00eatre pr\u00e9sents partout dans le monde<\/em> <strong><em>au nom<\/em><\/strong> <em>de la multipolarit\u00e9,  alors qu&rsquo;au temps de l&rsquo;unipolarit\u00e9, les Etats-Unis \u00e9taient pr\u00e9sents partout dans le monde,<\/em> <strong><em>au nom<\/em><\/strong> <em>de leur unipolarit\u00e9. Ils veulent de nouveaux alli\u00e9s, de nouveaux amis, au nom des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricanistes, notamment et essentiellement parce que ces int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricanistes sont \u00e0 la fois universels et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous, alli\u00e9s et amis. La multipolarit\u00e9 \u00e0 laquelle adh\u00e8rent les USA impliquent donc que les USA sont partout pr\u00e9sents, que leurs int\u00e9r\u00eats sont universels et confondus avec ceux des autres, ce qui implique que les autres doivent \u00e9voluer dans un sens favorable aux int\u00e9r\u00eats des USA, lesquels sont d&rsquo;autant plus justifi\u00e9s qu&rsquo;ils sont eux-m\u00eames universels.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est justement la formule qu&rsquo;applique M K Bhadrakumar pour tenter de comprendre et d&rsquo;expliquer la politique \u00e0 double <em>chewing gums<\/em> de Washington, ce qui serait plus accord\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral la politique de puissance des USA. Mais sa d\u00e9monstration est elle aussi fautive parce qu&rsquo;elle ne concerne que des affirmations vides de sens et de moyens, ce dont on s&rsquo;est aper\u00e7u depuis un certain temps d\u00e9j\u00e0, comme Hadar lui-m\u00eame, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit des USA et de leur puissance d\u00e9clinante \u00e0 un rythme tr\u00e8s rapide. La d\u00e9monstration de M K Bhadrakumar concerne, elle aussi, un pays et une diplomatie qui n&rsquo;existent plus. Les deux analyses, pourtant rigoureuses, pourtant sorties de plumes r\u00e9put\u00e9es, d\u00e9bouchent sur des conclusions sans rapport avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa d\u00e9monstration essentielle faite \u00e0 cette occasion concerne la compl\u00e8te inexistence de relations internationales g\u00e9n\u00e9rales contr\u00f4l\u00e9es, essentiellement dans le chef des USA, par cons\u00e9quent dans une mesure tr\u00e8s importantes concernant les relations internationales g\u00e9n\u00e9rales en raison de la place qu&rsquo;y ont tenue les USA, de la m\u00e9thodologie parfaitement \u00e0 leur image qu&rsquo;ils ont impos\u00e9e \u00e0 ces relations. Le probl\u00e8me n&rsquo;est donc plus d&rsquo;identifier le contenu des relations internationales g\u00e9n\u00e9rales mais bien de se convaincre qu&rsquo;elles n&rsquo;ont plus de contenu coh\u00e9rent.<\/p>\n<h3>Pr\u00e9sence active du rien et du vide<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTous les analystes des relations internationales, lorsqu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 de nouvelles donn\u00e9es, les appr\u00e9cient selon l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe des intentions, une coordination, une capacit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution et des moyens correspondants, pour chacun des acteurs impliqu\u00e9s. Le cas est particuli\u00e8rement important pour les USA, \u00e0 cause de la place fondamentale que tient ce pays dans les relations internationales g\u00e9n\u00e9rale. Il reste qu&rsquo;on d\u00e9couvre que deux analystes de sensibilit\u00e9s, de formes d&rsquo;esprit et d&rsquo;engagement aussi proches (selon les r\u00e9f\u00e9rences actuelles) qu&rsquo;un Hadar et un M K Bhadrakumar aboutissent, sur le m\u00eame dossier, \u00e0 des conclusions pas loin d&rsquo;\u00eatre diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. L&rsquo;un conclut que les USA se d\u00e9sengagent partout, l&rsquo;autre que les USA pratiquent une diplomatie complexe et machiav\u00e9lique qui, pour le moins, implique une pr\u00e9sence active.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre appr\u00e9ciation est qu&rsquo;en lieu et place de ces deux conclusions, nous substituerons le <strong>rien<\/strong>, ou le <strong>vide<\/strong>, qui est aujourd&rsquo;hui la caract\u00e9ristique fondamentale de la politique ext\u00e9rieure des USA. Cette politique n&rsquo;est plus conduite par une volont\u00e9, par une vision du monde et des objectifs, mais elle est plut\u00f4t <strong>remorqu\u00e9e<\/strong> par des impulsions venues des diff\u00e9rents centres de pouvoir US confront\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements divers qui se produisent et sur lesquels cette m\u00eame politique n&rsquo;a aucune prise par simple impuissance \u00e0 coordonner son jugement et son action, encha\u00een\u00e9e \u00e0 son absence de volont\u00e9, d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, et de toutes les fa\u00e7ons son absence de moyens. On a d\u00e9j\u00e0 vu tous les succ\u00e9dan\u00e9s utilis\u00e9s selon les occasions et les n\u00e9cessit\u00e9s ; cela nous a conduit \u00e0 consid\u00e9rer la tourn\u00e9e de Clinton comme un simple acte de communication pour tenter de faire survivre l&rsquo;id\u00e9e que les USA ont <strong>aussi<\/strong>, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur politique russe, une politique anti-russe qui serait une resuc\u00e9e de la politique,  d\u00e9j\u00e0 elle-m\u00eame une non-politique,  de l&rsquo;\u00e9poque GW Bush. Le r\u00e9sultat est bien s\u00fbr qu&rsquo;en attisant un peu plus la m\u00e9fiance des Russes, les Am\u00e9ricains n&rsquo;obtiennent dans les pays visit\u00e9s que des engagements de fa\u00e7ade, disons un accueil poli et rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne s&rsquo;agit plus des USA en action, d&rsquo;une mani\u00e8re sp\u00e9cifique, mais du syst\u00e8me qui les habitent, qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9 et dont ils sont devenus la cr\u00e9ature, qui se divise lui-m\u00eame, \u00e0 cause de la crise terminale o\u00f9 il est plong\u00e9, en divers courants soit indiff\u00e9rents et non coordonn\u00e9es, soit concurrents ou antagonistes, de toutes les fa\u00e7ons dans le plus complet d\u00e9sordre. (Le cas le plus \u00e9vident, que nous soulignons souvent, est la dimension fratricide que le syst\u00e8me de la communication d\u00e9veloppe contre le syst\u00e8me du technologisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation des relations internationales g\u00e9n\u00e9rales et l&rsquo;\u00e9volution de la politique des USA sont devenues un r\u00e9bus que les analystes des relations internationales ne peuvent plus r\u00e9soudre avec leurs instruments habituels parce que la chose \u00e9chappe effectivement \u00e0 la situation classique. L&rsquo;on peut encore comprendre la politique chinoise, la politique turque et la politique russe ; un peu moins la politique des puissances europ\u00e9ennes, mais tout de m\u00eame appr\u00e9ciable du point de vue de la logique, essentiellement hors de leurs relations avec les USA ; un peu moins encore la politique de l&rsquo;UE mais pour cette raison pr\u00e9cise que l&rsquo;UE veut avoir une politique ext\u00e9rieure pour le seul soucis de tenter d&rsquo;exister, bien plus que pour des r\u00e9sultats politiques. Le cas am\u00e9ricaniste, lui, est compl\u00e8tement sorti de la logique de la politique des relations internationales g\u00e9n\u00e9rales. M\u00eame les cas les plus flagrants, comme le cas de l&rsquo;alignement US sur Isra\u00ebl, n&rsquo;ont pas une signification diplomatique et strat\u00e9gique r\u00e9elle mais une signification conjoncturelle et accidentelle, sans rapport avec les relations internationales puisque li\u00e9, par exemple et pour cet exemple, \u00e0 la simple comptabilit\u00e9 des caisses des partis politiques ; pour le cas consid\u00e9r\u00e9, notamment avec la derni\u00e8re rencontre Obama-Netanyahou, c&rsquo;est le march\u00e9 habituel convenu, c&rsquo;est-\u00e0-dire la promesse des donateurs juifs am\u00e9ricains en faveur des candidats d\u00e9mocrates, contre le soutien US affirm\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl,  <strong>rien<\/strong> de plus (Voyez M.J. Rosenberg le <a href=\"http:\/\/politicalcorrection.org\/fpmatters\/201007070003\" class=\"gen\">7 juillet 2010<\/a> : \u00ab<em>The Netanyahu-Obama summit was not a serious event but a purely political one. Each leader accomplished what he needed:<\/em> [] <em>Obama can inform the chairs of the House and Senate campaign committees that they can tell disgruntled donors that his relations with Netanyahu are good as gold.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNul ne peut plus comprendre la politique ext\u00e9rieure des USA s&rsquo;il s&rsquo;y attache comme \u00e0 une politique ext\u00e9rieure, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a <strong>rien<\/strong> \u00e0 comprendre. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une structure bris\u00e9e, pulv\u00e9ris\u00e9e, dont les composants \u00e9pars sont anim\u00e9s au gr\u00e9 des circonstances. Il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;une sorte de siphon, d&rsquo;un r\u00e9ceptacle,  ou d&rsquo;un \u00e9gout, c&rsquo;est selon le sentiment qu&rsquo;on en a,  o\u00f9 se trouvent rassembl\u00e9s tous les avatars et les d\u00e9chets sans fin de la Grande R\u00e9publique, des exigences de ses militaires aux exigences du lobby pro-sioniste, des exigences des r\u00e9publicains pro-guerres qui font craindre aux d\u00e9mocrates de perdre des voix aux \u00e9lections, aux exigences des p\u00e9troliers qui ne trouvent plus assez d&rsquo;espace dans le Golfe du Mexique,  des exigences du syst\u00e8me de la communication aux exigences du syst\u00e8me de la communication, facteur \u00e9videmment omnipr\u00e9sent. Il n&rsquo;existe plus aucune coh\u00e9sion pour satisfaire toutes ces exigences, comme ce fut le cas lorsqu&rsquo;existait une politique ext\u00e9rieure structur\u00e9e, mais des pouss\u00e9es \u00e9pisodiques, selon les exigences du jour, dont les acteurs ne s&rsquo;int\u00e9ressent pas une seconde de savoir s&rsquo;ils ne contredisent pas aujourd&rsquo;hui ce qui a \u00e9t\u00e9 fait hier. Tout cela est bien entendu de plus en plus contenu dans les limites des moyens disponibles, en chute libre, et de la cr\u00e9dulit\u00e9 de plus en plus r\u00e9duite et us\u00e9e de ceux qui re\u00e7oivent \u00e9pisodiquement les assurances am\u00e9ricanistes. Chercher quelque chose de structur\u00e9, une architecture quelconque, voire m\u00eame un mouvement impliquant un d\u00e9veloppement d&rsquo;une quelconque novation, est d\u00e9sormais une entreprise absolument vaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa politique ext\u00e9rieure de l&rsquo;Am\u00e9rique est aujourd&rsquo;hui \u00e0 mi-chemin entre le chaos et l&rsquo;entropie, et elle h\u00e9site sans fin, \u00e0 l&rsquo;image de son pr\u00e9sident dont on se demande plus que jamais s&rsquo;il <strong>croit<\/strong> \u00e0 quelque chose (voir Paul Woodward, de <em>War in Context<\/em>, ce <a href=\"http:\/\/warincontext.org\/2010\/07\/11\/opaque-obama\/\" class=\"gen\">11 juillet 2010<\/a>) Cette situation ind\u00e9cise rend fort difficile de distinguer, dans la non-politique US, les actes r\u00e9els, qui sont du domaine de la pure r\u00e9action, et les effets engendr\u00e9s, qui sont un ph\u00e9nom\u00e8ne contingent issu d&rsquo;actes d\u00e9j\u00e0 eux-m\u00eames contingents. L&rsquo;intuition, avec l&rsquo;exp\u00e9rience et une bonne connaissance de la psychologie instinctive et souvent primaire des acteurs de la chose, sont les seuls outils disponibles pour tenter de mener \u00e0 bien la t\u00e2che de l&rsquo;explication. L&rsquo;analyse rationnelle, au contraire, introduit des facteurs faussaires suppl\u00e9mentaires en appliquant un outil coh\u00e9rent \u00e0 une situation qui, par sa nature, nous trompe ainsi un peu plus puisqu&rsquo;on ne fait que tenter de donner une image coh\u00e9rente de l&rsquo;incoh\u00e9rence. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reductio ad absurdum 12 juillet 2010 Nous nous arr\u00eatons \u00e0 deux chroniqueurs que nous tenons comme \u00e9tant de grande qualit\u00e9, et sur deux analyses d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements semblables, avec des d\u00e9veloppements assez g\u00e9n\u00e9raux. Les deux chroniqueurs sont l&rsquo;Am\u00e9ricain Leon T. Hadar et l&rsquo;Indien M K Bhadrakumar. 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