{"id":72151,"date":"2010-08-02T08:17:09","date_gmt":"2010-08-02T08:17:09","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/02\/la-victoire-suite-et-fin\/"},"modified":"2010-08-02T08:17:09","modified_gmt":"2010-08-02T08:17:09","slug":"la-victoire-suite-et-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/02\/la-victoire-suite-et-fin\/","title":{"rendered":"La victoire, suite et fin"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">La victoire, suite et fin<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 ao&ucirc;t 2010 &mdash; La question de la \u00ab\u00a0fin de la guerre\u00a0\u00bb en tant qu&rsquo;outil efficace de r\u00e9gulation des relations internationales, ou la question de \u00ab\u00a0la fin de la victoire\u00a0\u00bb (la victoire \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb), abord\u00e9e par Andrew J. Bacevich (voir <em>Ouverture libre<\/em>, ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_fin_du_concept_de_victoire__31_07_2010.html\">31 juillet 2010<\/a>), est un th\u00e8me essentiel de r\u00e9flexion. Notre appr\u00e9ciation est, depuis longtemps, qu&rsquo;effectivement la guerre en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne majeur et planifi\u00e9 est devenue \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb par inefficacit\u00e9 pratique et dangerosit\u00e9 substantielle pour ceux qui l&rsquo;entreprennent. Nous avons d\u00e9velopp\u00e9 ce th\u00e8me \u00e0 plusieurs reprises et l&rsquo;analyse du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-clausewitz_ko_debout_rubrique_analyse_volume_20_n04_du_25_octobre_2004_07_01_2005.html?admin=1\">7 janvier 2005<\/a> situe bien notre r\u00e9flexion \u00e0 ce sujet..<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette question importante conduit la r\u00e9flexion au th\u00e8me fondamental de la politique de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb contre l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de perfection\u00a0\u00bb, selon les concepts propos\u00e9s par Guglielmo <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_11_novembre_11_11_2008.html \">Ferrero<\/a>. Cela \u00e9claire d&rsquo;une lumi\u00e8re plus insistante l&rsquo;interrogation de Bacevich sur la capacit\u00e9 des USA \u00e0 <strong>comprendre<\/strong> la fin du concept de \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0fin de la guerre\u00a0\u00bb (de type classique). Les deux th\u00e8mes doivent \u00eatre li\u00e9s pour mieux embrasser la question de l&rsquo;existence politique ontologique de la guerre dans notre \u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son analyse, Bacevich met en \u00e9vidence que les le\u00e7ons politiques du XX\u00e8me si\u00e8cle montrent le caract\u00e8re devenu \u00ab\u00a0improductif\u00a0\u00bb de la guerre. Les deux guerres mondiales notamment, avec l&rsquo;immensit\u00e9 de leurs pertes et de leurs destructions pour quelque participant que ce soit, y compris le \u00ab\u00a0vainqueur\u00a0\u00bb (sauf les USA en 1945, mais pour des raisons sp\u00e9cifiques qui \u00e9clairent le reste du propos), ont engendr\u00e9 cette situation d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9versible dans les conditions strat\u00e9giques, technologiques et politiques actuelles et normalement pr\u00e9visibles. (Ce constat est d&rsquo;autant plus fort qu&rsquo;apparaissent des crises eschatologiques majeures, concernant la question des ressources naturelles ou de la crise climatique, et les premi\u00e8res manifestations de ce type de crise, comme celle de l'\u00a0\u00bb<em>oil spill<\/em>\u00a0\u00bb du Golfe du Mexique, montrent que les effets sont politiques, psychologiques, sociaux, \u00e9conomiques, bureaucratiques, etc., bien plus que strat\u00e9giques et militaires.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, on peut ajouter que le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, sp\u00e9cifiquement depuis le 11 septembre 2001, a montr\u00e9 le r\u00f4le ambigu, voire fratricide, que tient la technologie dans les conflits. Cette situation est notamment due au d\u00e9cha&icirc;nement de conflits voulu par les USA, soutenus voire pouss\u00e9s, sinon manipul\u00e9s dans certains cas, par Isra\u00ebl. (Les manigances ou non de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, l&rsquo;un par rapport \u00e0 l&rsquo;autre, n&rsquo;ont qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat secondaire pour notre propos. L&rsquo;essentiel est bien la similitude de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit, \u00e9ventuellement pour des raisons diff\u00e9rentes, des deux pays vis-\u00e0-vis du ph\u00e9nom\u00e8ne de la guerre et de l&#8217;emploi des technologies.) Le r\u00e9sultat de ces deux situations est que la guerre dite \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0conventionnelle \u00e0 haut niveau\u00a0\u00bb est devenue en soi une activit\u00e9 contre-productrice et sans grand sens politique, pour des effets n\u00e9gatifs catastrophiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce constat est d&rsquo;autant mieux mis en \u00e9vidence que l&rsquo;activisme obsol\u00e8te des USA et d&rsquo;Isra\u00ebl a fait surgir une nouvelle sorte d'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb, ou ce qui para&icirc;t \u00eatre une nouvelle sorte d'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb. L&rsquo;adaptation des groupes ou des nations confront\u00e9s aux USA et \u00e0 Isra\u00ebl a fait na&icirc;tre le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab\u00a0G4G\u00a0\u00bb (guerre de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb), confirmant puissamment l&rsquo;obsolescence de la guerre conduit selon les r\u00e8gles classiques. La G4G est en effet plus un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb qu&rsquo;une nouvelle cat\u00e9gorie de guerre, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de forces tr\u00e8s puissantes (US et isra\u00e9liennes essentiellement) menant une guerre obsol\u00e8te, avec leurs adversaires exploitant les avantages de l&rsquo;obsolescence en retournant contre ces deux pays, en un effet pervers nullement limit\u00e9s au domaine militaire, leurs propres puissances. De ce point de vue, la G4G est, d&rsquo;un point de vue technique et op\u00e9rationnel, plus une \u00ab\u00a0non-guerre\u00a0\u00bb efficace dans de nombreux domaines qu&rsquo;une nouvelle forme de guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme nous le signalons plus haut, nous avons largement d\u00e9velopp\u00e9 cette th\u00e8se. Dans l&rsquo;article signal\u00e9 plus haut (<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-clausewitz_ko_debout_rubrique_analyse_volume_20_n04_du_25_octobre_2004_07_01_2005.html?admin=1\">7 janvier 2005<\/a>), nous faisions le bilan d&rsquo;une \u00e9volution psychologique et strat\u00e9gique fondamentale au long du XX\u00e8me si\u00e8cle, conduisant \u00e0 cette quasi-\u00ab\u00a0impossibilit\u00e9 de la guerre\u00a0\u00bb dans sa dimension totale (ce qui rejoint bien entendu l&rsquo;id\u00e9e d'\u00a0\u00bbimpossibilit\u00e9 de la victoire\u00a0\u00bb). Il y a aussi une autre dimension, qui va dans le m\u00eame sens et compl\u00e8te le propos sur l&rsquo;obsolescence de la guerre, que nous avions d\u00e9velopp\u00e9e avec ce que nous nommons le virtualisme, qui est dans ce cas une cons\u00e9quence d&rsquo;une \u00e9volution psychologique et d&rsquo;une \u00e9volution du syst\u00e8me de la communication. La doctrine \u00ab\u00a0z\u00e9ro-mort\u00a0\u00bb privil\u00e9giant \u00ab\u00a0la protection des forces\u00a0\u00bb sur \u00ab\u00a0la projection des forces\u00a0\u00bb (voir notre texte repris de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_defensa_volume_14_n07_du_10_decembre_1998_la_culture_zero-mort_10_12_1998.html?admin=1\">10 d\u00e9cembre 1998<\/a>) avait install\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990 une inefficacit\u00e9 suppl\u00e9mentaire de l&rsquo;usage de la force militaire de haut niveau chez les puissances les plus partisanes de poursuivre l&rsquo;usage de la guerre conventionnelle (USA et Isra\u00ebl), qui a fortement accentu\u00e9 la tendance. A cela s&rsquo;est ajout\u00e9 le <em>diktat<\/em> du syst\u00e8me de la communication, conduisant \u00e0 la \u00ab\u00a0virtualisation\u00a0\u00bb de la guerre. Ainsi avons-nous d\u00e9sign\u00e9 la guerre du Kosovo (mars-juin 1999) comme \u00ab\u00a0la premi\u00e8re guerre virtualiste\u00a0\u00bb (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_defensa_volume_15_n01_du_10_septembre_1999_la_premiere_guerre_virtualiste_10_09_1999.html?admin=1\">10 septembre 1999<\/a>), qui mettait d&rsquo;autres conditions compl\u00e9mentaires tendant \u00e0 l&rsquo;inefficacit\u00e9, voire \u00e0 l&rsquo;impuissance de la puissance de haut niveau dans la guerre. (On voudra bien ne pas oublier que l&rsquo;OTAN fut \u00e0 deux doigts d&rsquo;\u00e9chouer au Kosovo, que ce sont les pressions russes d\u00e9but juin 1999 qui forc\u00e8rent Milosevic \u00e0 capituler. La cause militaire essentielle de cette tr\u00e8s mauvaise situation de l&rsquo;OTAN tenait \u00e0 la crainte US des pertes [\u00ab\u00a0z\u00e9ro-mort\u00a0\u00bb], qui conduisit \u00e0 de tr\u00e8s fortes restrictions op\u00e9rationnelles.) Un montage m\u00e9diatique colossal transforma l&rsquo;image de la guerre du Kosovo (\u00ab\u00a0premi\u00e8re guerre virtualiste\u00a0\u00bb) et introduisit l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on pouvait effectivement abdiquer certaines d\u00e9marches essentielles de la guerre tout en continuant \u00e0 pr\u00e9tendre qu&rsquo;on faisait la guerre. Cette posture faussaire a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la tendance g\u00e9n\u00e9rale, reprise par Bacevich.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En un sens, huit ans plus tard, la crise de G\u00e9orgie du 7 ao&ucirc;t 2008 a paradoxalement renforc\u00e9 cette id\u00e9e de l&rsquo;obsolescence de la guerre conventionnelle de haut niveau. Conditionn\u00e9 par les pens\u00e9es am\u00e9ricanistes dominantes, tout le monde y vit d&rsquo;abord le contraire, une r\u00e9surgence terrible de la situation des conflits classiques, mais la suite a tr\u00e8s vite montr\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;en \u00e9tait rien. On fit grand cas d&rsquo;un article de Michael Binyon, le 16 ao&ucirc;t 2008 dans le <em>Times<\/em> de Londres, qu&rsquo;on disait clairement inspir\u00e9 par les experts de l&rsquo;OTAN et les partisans de la poursuite des conflits de haut niveau : &laquo;<em>Modern wars normally follow a familiar pattern. When the fighting is over, diplomats negotiate a ceasefire, troops retire, peacekeepers are inserted and negotiations begin to prevent renewed hostilities. Georgia&rsquo;s war over a mountain enclave seems to ignore the trend. This conflict threatens to trigger a struggle that, if badly handled, could consume an entire continent.<\/em>&raquo; Finalement, au contraire. Les Russes jou\u00e8rent \u00e0 fond l&rsquo;apparence d&rsquo;un conflit local posant de telles pr\u00e9misses \u00e0 un conflit de haut niveau mais ils cherchaient essentiellement \u00e0 \u00ab\u00a0faire peur\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;OTAN et aux USA, par ailleurs sans aucune capacit\u00e9 militaire pour riposter, pour obtenir une restauration politique de leur statut de puissance. Ils r\u00e9ussirent leur op\u00e9ration et la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb de G\u00e9orgie resta une op\u00e9ration locale dont les composants politiques et psychologiques, pour l&rsquo;effet recherch\u00e9, \u00e9taient fondamentaux. En aucun cas, il ne fut question du retour \u00e0 une \u00ab\u00a0guerre totale\u00a0\u00bb. L&rsquo;argument se r\u00e9v\u00e8le contre-argument et conforte la th\u00e8se d\u00e9velopp\u00e9e ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, la th\u00e8se est largement document\u00e9e et accept\u00e9e, sur le d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 sa quasi impossibilit\u00e9, de la guerre \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0conventionnelle \u00e0 haut niveau\u00a0\u00bb, pour des raisons imp\u00e9ratives de survie et d&rsquo;un blocage de la psychologie et du syst\u00e8me de communication. (On pourrait y ajouter les conditions humaines et sociologiques devenues impossibles, avec les exigences totalement paralysantes de la planification bureaucratique. Si les USA voulaient aujourd&rsquo;hui envahir l&rsquo;Iran par la voie terrestre et livrer une guerre \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0conventionnelle \u00e0 haut niveau\u00a0\u00bb, il leur faudrait un peu plus d&rsquo;un million d&rsquo;hommes combattants, &ndash; soit une masse de 3 \u00e0 4 millions d&rsquo;hommes avec le soutien selon la planification envisag\u00e9e par la bureaucratie. La seule constitution par mobilisation de cette force, avant d&rsquo;envisager l&rsquo;attaque, prendrait au moins <strong>quatre ans<\/strong>, et plus s&ucirc;rement <strong>5 \u00e0 6 ans<\/strong>, selon les analyses faites.) Reste donc le cas des deux pays cit\u00e9s par Bacevich, les USA et Isra\u00ebl, qui refusent cette abdication.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La question de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bacevich estime effectivement que ces deux pays, &ndash; Isra\u00ebl et les USA, &ndash; continuent, contre l&rsquo;\u00e9vidence, \u00e0 d\u00e9velopper l&rsquo;id\u00e9e, les conceptions et les moyens d&rsquo;une gu\u00e8re \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0conventionnelle \u00e0 haut niveau\u00a0\u00bb. Nous serions assez accord\u00e9s \u00e0 cette analyse, tout en observant que les autres pays sont oblig\u00e9s de suivre en partie cette voie, par exemple au niveau de l&rsquo;\u00e9quipement, parce qu&rsquo;aucun d&rsquo;eux n&rsquo;a r\u00e9ussi \u00e0 imposer sa propre fa\u00e7on de voir. D&rsquo;autre part, aucun pays n&rsquo;a vraiment tent\u00e9 de d\u00e9velopper sa \u00ab\u00a0propre fa\u00e7on de voir\u00a0\u00bb, qui serait une autre fa\u00e7on d&rsquo;envisager la guerre, ou ce qui doit en tenir lieu aujourd&rsquo;hui. Cette r\u00e9serve est d&rsquo;autre part compr\u00e9hensible <em>de facto<\/em> puisque cette fa\u00e7on de ne pas s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 \u00ab\u00a0une autre fa\u00e7on d&rsquo;envisager la guerre, ou ce qui doit en tenir lieu aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb traduit simplement, justement, une position consistant \u00e0 mettre en cause l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 la guerre classique, comme Bacevich lui-m\u00eame l&rsquo;observe. Simplement, nous soup\u00e7onnons que ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat est plut\u00f4t passif, sans aucune \u00e9laboration, et rend compte de la confusion g\u00e9n\u00e9rale qui r\u00e8gne dans les conceptions \u00e0 cet \u00e9gard autant que la soumission, \u00e9galement passive et sans engagement marqu\u00e9 (sauf dans le cas britannique pendant l&rsquo;\u00e9poque blairiste), au <em>leadership<\/em> US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On ne peut s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 un simple d\u00e9bat autour d&rsquo;une conception de la guerre, ou de l&rsquo;absence d\u00e9sormais de \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb possible. Ce qui est en jeu est tout autre, et de bien plus de hauteur. Dans ce cas, Isra\u00ebl joue le r\u00f4le d&rsquo;appendice circonstanciel, ce qui nous fait douter de son influence fondamentale sur les USA, &ndash; ce qui revient \u00e0 avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que les pressions et man&oelig;uvres de manipulation d&rsquo;Isra\u00ebl sur les USA pour orienter la politique US vers la guerre n&rsquo;ont pas d&rsquo;importance fondamentale parce que cette politique US est <strong>de toutes les fa\u00e7ons<\/strong> orient\u00e9e vers la guerre. Il s&rsquo;agit en effet de la politique de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb, que nous r\u00e9f\u00e9ren\u00e7ons plus haut. Selon notre th\u00e8se (voir nos textes dans la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/section-la_grace_de_l_histoire.html\">rubrique<\/a> <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>), les USA ont pris la succession de l&rsquo;Allemagne, dans la p\u00e9riode 1918-1945, comme v\u00e9hicule porteur, traduisant en termes politiques actifs et en activit\u00e9s militaires d\u00e9structurantes la dynamique historique de puissance. Nous d\u00e9signons souvent ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme un \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb qui, au travers du syst\u00e8me du technologisme assist\u00e9 d\u00e9sormais du syst\u00e8me de la communication quand celui-ci n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0fratricide\u00a0\u00bb, inspire et impose aux relations internationales une politique de puissance marqu\u00e9e par le d\u00e9cha&icirc;nement guerrier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A notre sens, les USA sont <strong>devenus<\/strong> cette politique, le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ayant achev\u00e9 sa pl\u00e9nitude de cette fa\u00e7on. Bush et 9\/11 n&rsquo;ont fait que pousser au paroxysme de sa logique cette combinaison arriv\u00e9e \u00e0 la pl\u00e9nitude, avec ce que Harlan K. Ullman a nomm\u00e9 \u00ab\u00a0la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_c_ur_du_sujet_29_05_2009.html\">politique<\/a> de l&rsquo;id\u00e9ologie et de l&rsquo;instinct\u00a0\u00bb. Il nous para&icirc;t alors difficile, sinon impossible, que les USA entendent la voix de ce qui pourrait \u00eatre jug\u00e9e comme \u00ab\u00a0la raison\u00a0\u00bb et abandonnent la voie guerri\u00e8re, parce qu&rsquo;ils attenteraient ainsi \u00e0 l&rsquo;essence m\u00eame de ce qu&rsquo;ils sont devenus. Les d\u00e9boires guerriers rencontr\u00e9s constituent autant de chocs psychologiques que militaires, budg\u00e9taires, politiques, etc. Chaque fois, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quilibre m\u00eame des conceptions am\u00e9ricanistes fond\u00e9es sur l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de la puissance\u00a0\u00bb qui re\u00e7oit un choc. Pour autant, aucune le\u00e7on n&rsquo;en est retir\u00e9e, sinon l&rsquo;observation paradoxale qu&rsquo;il faut continuer, aller plus loin, taper plus fort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Ce serait donc accepter la th\u00e8se que les USA, proches de la folie \u00e0 cet \u00e9gard, pourraient aller jusqu&rsquo;aux aventures militaires extr\u00eames, entra&icirc;nant le reste avec eux, &ndash; et prouvant par l&rsquo;absurde, soit d&rsquo;une guerre apocalyptique, soit d&rsquo;un suicide, soit des deux \u00e0 la fois, que la guerre comme les USA la con\u00e7oivent constitue plus que jamais une sorte de \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb ? En th\u00e9orie oui, mais il existe deux terribles freins qui risquent de transformer l&rsquo;aventure en un d\u00e9sordre chaotique, si ce n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait, voire de l&#8217;emp\u00eacher. Leurs effets sont tels que nul ne peut plus dire ce qu&rsquo;il sortira de l&rsquo;aventure am\u00e9ricaniste, sinon que ces deux freins mettent gravement, sinon d\u00e9cisivement en cause l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de la th\u00e8se ci-dessus sur la course vers une guerre apocalyptique et auto-destructice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le premier frein est la d\u00e9gradation prodigieusement rapide de la gestion, de l&rsquo;alimentation et du maniement op\u00e9rationnel de l&rsquo;outil militaire. Les mots-clef de l&rsquo;\u00e9tat actuel du Pentagone sont : paralysie et impuissance. Cette situation joue un r\u00f4le sur la situation des forces mais, bien plus encore pour notre propos, sur la planification d&rsquo;\u00e9ventuelles op\u00e9rations. D&rsquo;autre part, cette situation entra&icirc;ne une capacit\u00e9 d&rsquo;inertie de la bureaucratie qui la rend capable de retarder voire de compromettre tout \u00e0 fait une op\u00e9ration qui lui serait demand\u00e9e par le pouvoir politique, jusqu&rsquo;\u00e0 mettre la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans une situation imm\u00e9diatement tr\u00e8s dangereuse, dans une dimension strat\u00e9gique impr\u00e9vue ou n\u00e9glig\u00e9e (cas du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-afghanistan_si_mexico_no__02_08_2010.html\">Mexique<\/a>). Enfin, le type d&rsquo;occurrence que nous envisageons (type \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb) est effectivement une intervention risqu\u00e9e ou une intervention d&rsquo;un caract\u00e8re dramatique, du type que la bureaucratie, notoirement prudente et conservatrice, ne go&ucirc;te gu\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le second frein se trouve dans les effets terribles que la \u00ab\u00a0politique de l&rsquo;id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb suscitent au sein de la structure du pays, des Etats-Unis eux-m\u00eames. Ce pays est \u00e9minemment et absolument d\u00e9mocratique, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire de la d\u00e9mocratie achev\u00e9e, pouss\u00e9e \u00e0 son stade ultime de corruption vis-\u00e0-vis des centres de pouvoir et d&rsquo;argent, et pourtant \u00e9galement stade ultime de d\u00e9magogie et d&rsquo;encha&icirc;nement \u00e0 \u00ab\u00a0la dictature de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb selon Tocqueville. Il ne peut ignorer les cons\u00e9quences des effets de sa politique ext\u00e9rieure de puissance sur la situation int\u00e9rieure, et les effets sur la stabilit\u00e9 de sa direction, parce que ces effets ont des cons\u00e9quences pratiques directes et imm\u00e9diates, notamment \u00e9lectorales, avec des mouvements populaires de plus en plus incontr\u00f4lables. Cette situation peut indirectement et gravement peser sur une d\u00e9cision de politique ext\u00e9rieure qui impliquerait un aspect radical, voire ce qui serait per\u00e7u comme un aspect suicidaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait est que les constats de Bacevich, qui constituent le d\u00e9veloppement et la confirmation de constats d\u00e9j\u00e0 faits depuis plus de dix ans, sont propos\u00e9s alors que la situation des USA s&rsquo;est consid\u00e9rablement aggrav\u00e9e. Parall\u00e8lement, les m\u00eames observations de Bacevich nous rappellent que la \u00ab\u00a0d\u00e9pendance\u00a0\u00bb US d&rsquo;une politique belliciste est plus qu&rsquo;une tendance et certainement pas un accident, mais bien une attitude compl\u00e8tement structurelle, par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0politique de l&rsquo;id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb suivie par les USA. Il est certain qu&rsquo;il y a dans tout cela d&rsquo;amples raisons et de nombreux arguments pour observer qu&rsquo;il est impossible de pr\u00e9voir quelle va \u00eatre le destin de cette politique, sinon \u00e0 faire le constat qu&rsquo;elle se trouve confront\u00e9e \u00e0 des contradictions tr\u00e8s actives qui nous rapprochent, chaque jour et tr\u00e8s rapidement, d&rsquo;une situation insupportable jusqu&rsquo;\u00e0 une situation de rupture. Ce qui doit en \u00eatre conclu est que l&rsquo;issue de cette aventure n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement \u00e0 attendre, &ndash; bien que l&rsquo;hypoth\u00e8se subsiste \u00e9videmment, &ndash; du c\u00f4t\u00e9 de ce que peut produire d&rsquo;irrationnel cette politique (une attaque massive d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e), mais que des facteurs explosifs annexes ou compl\u00e9mentaires (au niveau de la situation interne des USA, par exemple) peuvent provoquer le choc qui marquerait le paroxysme d\u00e9sint\u00e9grateur de cette politique. En d&rsquo;autres mots, cette politique peut s&rsquo;effondrer de ses propres exc\u00e8s par des aventures catastrophiques, comme elle peut s&rsquo;effondrer \u00e0 la suite d&rsquo;exc\u00e8s qui viendraient d&rsquo;un autre domaine qu&rsquo;elle aurait massivement influenc\u00e9 et qui la d\u00e9stabiliserait, qui la d\u00e9structurerait de l&rsquo;int\u00e9rieur. Nous serions plut\u00f4t et largement partisans de la deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se, qui r\u00e9pond mieux au caract\u00e8re insaisissable, impr\u00e9visible et de d\u00e9sordre de notre \u00e9poque.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La victoire, suite et fin 2 ao&ucirc;t 2010 &mdash; La question de la \u00ab\u00a0fin de la guerre\u00a0\u00bb en tant qu&rsquo;outil efficace de r\u00e9gulation des relations internationales, ou la question de \u00ab\u00a0la fin de la victoire\u00a0\u00bb (la victoire \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb), abord\u00e9e par Andrew J. 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