{"id":72165,"date":"2010-08-07T08:31:16","date_gmt":"2010-08-07T08:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/07\/du-dedans-au-dehors-la-crise-de-la-frontiere\/"},"modified":"2010-08-07T08:31:16","modified_gmt":"2010-08-07T08:31:16","slug":"du-dedans-au-dehors-la-crise-de-la-frontiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/07\/du-dedans-au-dehors-la-crise-de-la-frontiere\/","title":{"rendered":"Du dedans au dehors : la \u201ccrise de la fronti\u00e8re\u201d"},"content":{"rendered":"<p><p>Sans doute n&rsquo;y a-t-il pas plus caract\u00e9ristique de ce qu&rsquo;il reste d&rsquo;importance g\u00e9opolitique dans notre temps o\u00f9 toutes les structures se trouvent plong\u00e9es dans le plus grand d\u00e9sordre, que les crises des fronti\u00e8res. L&rsquo;on n&rsquo;en trouve pas une qui soit plus importante que la crise de la fronti\u00e8re entre le Mexique et les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA cette lumi\u00e8re, le texte de George Friedman que nous reprenons aujourd&rsquo;hui (voir <em>Ouverture libre<\/em> de ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-arizona_borderlands_and_us-mexican_relations_07_08_2010.html?admin=1\" class=\"gen\">7 ao\u00fbt 2010<\/a>) nous para\u00eet du plus haut int\u00e9r\u00eat. Friedman expose la perspective historique de la crise de la fronti\u00e8re entre les USA et le Mexique depuis les origines des USA et la place dans son contexte actuel,  selon sa conception de g\u00e9opoliticien : \u00ab<em>It is in fact a geopolitical issue between two nation-states. Over the past decades, Washington has tried to avoid turning immigration into an international matter, portraying it rather as an American law enforcement issue. In my view, it cannot be contained in that box any longer.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Effectivement, cet \u00e9clairage est bienvenu, sinon fondamental. La crise de la fronti\u00e8re est <strong>aussi<\/strong> une crise entre les USA et le Mexique,  mais peut-\u00eatre pas <strong>d&rsquo;abord<\/strong>, et nous dirions plut\u00f4t <strong>\u00e9galement<\/strong>&#8230; Friedman presse pour qu&rsquo;elle soit consid\u00e9r\u00e9e par les USA comme telle, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour qu&rsquo;elle soit consid\u00e9r\u00e9e comme une crise g\u00e9opolitique internationale et non plus comme une affaire de maintien de l&rsquo;ordre interne aux USA (\u00ab<em>an American law enforcement issue<\/em>\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFriedman met tr\u00e8s justement en \u00e9vidence combien la crise de l&rsquo;immigration mexicaine (le flot d&rsquo;immigrants mexicains vers les USA) n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la question courante de l&rsquo;immigration, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle est aggrav\u00e9e et encore plus transform\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on extraordinairement puissante par la guerre des cartels. Le cas est \u00e9vident, et souvent ignor\u00e9 comme nombre d&rsquo;\u00e9vidences : en principe, les immigrants qui s&rsquo;installent dans un pays (aux USA, terre d&rsquo;immigration par excellence, pour ce cas) s&rsquo;int\u00e8grent plus ou moins bien, apportent plus ou moins d&rsquo;avantages, plus ou moins de probl\u00e8mes ; mais tout cela devient autant de questions internes au pays d&rsquo;accueil, parce que les immigrants n&rsquo;ont plus que des liens distants, ou plus de liens du tout avec leurs pays d&rsquo;origine ; ils ont eux-m\u00eames d\u00e9structur\u00e9 leur appartenance physique et politique (plus difficilement culturelle) avec leur pays d&rsquo;origine. Avec l&rsquo;immigration mexicaine sur la fronti\u00e8re, ce n&rsquo;est pas du tout le cas, pour des raisons g\u00e9ographiques et historiques, parce que leur pays reste \u00e9videmment pr\u00e9sent \u00e0 la fronti\u00e8re et que les territoires US o\u00f9 ils entrent sont d&rsquo;anciens territoires mexicains (pour cette raison, la perspective historique rappel\u00e9e par Friedman est pr\u00e9cieuse).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em> The underlying fear of those opposing this process is not economic (although it is frequently expressed that way), but much deeper: It is the fear that the massive population movement will ultimately reverse the military outcome of the 1830s and 1840s, returning the region to Mexico culturally or even politically.<\/em> [] <em>Migration to the United States is a normal process. Migration into the borderlands from Mexico is not. The land was seized from Mexico by force, territory now experiencing a massive national movement  legal and illegal  changing the cultural character of the region. It should come as no surprise that this is destabilizing the region, as instability naturally flows from such forces.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ce qui est plus discutable dans le texte de Friedman, c&rsquo;est qu&rsquo;ayant fort justement d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il importe de consid\u00e9rer ce probl\u00e8me non plus du seul point de vue int\u00e9rieur (respect de la loi US) mais \u00e9galement du point de vue g\u00e9opolitique international (crise g\u00e9opolitique entre les USA et le Mexique), l&rsquo;auteur oublie de signaler que la dimension int\u00e9rieure US demeure et qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re de la dimension ext\u00e9rieure qu&rsquo;il met en \u00e9vidence elle change elle-m\u00eame de dimension. Cette dimension int\u00e9rieure passe de la simple question du respect de la loi (\u00ab<em>an American law enforcement issue<\/em>\u00bb) \u00e0 la question bien plus d\u00e9licate de la situation des Etats par rapport \u00e0 l&rsquo;action du gouvernement central. Washington consid\u00e8re l&rsquo;affaire du point de vue int\u00e9rieur, sans plus, mais les Etats concern\u00e9s (Arizona, Nouveau-Mexique, Texas, Californie, etc.), eux, subissent cette crise dans le domaine fondamental de leur int\u00e9grit\u00e9, sinon de leur souverainet\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la fois d&rsquo;un point de vue int\u00e9rieur et d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur. Lorsque Friedman \u00e9crit que cette affaire est en fait \u00ab<em>a geopolitical issue between two nation-states<\/em>\u00bb, de notre point de vue il n&rsquo;a pas raison En l&rsquo;occurrence, les USA n&rsquo;ont pas une attitude d&rsquo;Etat-nation (et, de notre point de vue, ils ne le sont pas, comme le montrent justement les grands traits de la crise), d&rsquo;ailleurs pas plus que le Mexique qui serait plut\u00f4t, lui, un Etat en faillite (<em>failed State<\/em>) du fait de l&rsquo;affaiblissement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du centre et de la place pro\u00e9minente prise par les cartels de la drogue. Les seules entit\u00e9s \u00e0 ressentir une situation de souverainet\u00e9, d&rsquo;ailleurs mise en danger, souvent par des \u00e9v\u00e9nements qui ne sont pas sans justification historique, ce qui accro\u00eet leur malaise, sont les Etats de l&rsquo;Union sur la fronti\u00e8re. Comme Friedman l&rsquo;observe,  mais chaque fois en passant, sans poser le probl\u00e8me,  Washington se fiche comme d&rsquo;une guigne dans cette affaire du sort des Etats. (\u00ab<em>There were costs to the United States in this immigrant movement, in health care, education and other areas, but business interests saw these as minor costs while Washington saw them as costs to be borne by the states.<\/em> [] [<em>The second fault lines emerged in United States on the topic<\/em>] <em>between the federal government, which saw the costs as trivial, and the states, which saw them as intensifying over time.<\/em>\u00bb) On ne peut se d\u00e9partir de l&rsquo;impression que Friedman, lui aussi, parce qu&rsquo;il est g\u00e9opoliticien et que son int\u00e9r\u00eat s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 la question g\u00e9opolitique de la fronti\u00e8re, se fiche comme d&rsquo;une guigne du sort des Etats (les Etats de l&rsquo;Union),  et aussi de leur comportement, de leur \u00e9volution, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette description g\u00e9n\u00e9rale, Friedman parle de l&rsquo;attitude et de la situation des USA, de l&rsquo;attitude et de la situation du Mexique (des Mexicains plut\u00f4t,  des immigrants et des dirigeants, \u00e9ventuellement des cartels), mais nullement de l&rsquo;attitude et de la situation de l&rsquo;Arizona <strong>en tant que tel<\/strong>. Dans sa logique de g\u00e9opoliticien, l&rsquo;Arizona fait partie int\u00e9grante des USA, donc son probl\u00e8me est trait\u00e9 par l&rsquo;analyse qu&rsquo;il fait des USA. Justement pas, et c&rsquo;est ce qui fait le sel et la gravit\u00e9 de l&rsquo;affaire : l&rsquo;Arizona (et d&rsquo;autres Etats avec lui) n&rsquo;a pas du tout l&rsquo;attitude et la situation des USA (Washington). Curieusement, Friedman le signale en passant mais n&rsquo;en tire aucune cons\u00e9quence. Le fait que la crise de la fronti\u00e8re est d&rsquo;abord g\u00e9opolitique, mais aussi culturelle et politique dans un cadre international, a <strong>aussi<\/strong> un impact sur l&rsquo;attitude et la situation de l&rsquo;Arizone <strong>en tant que tel<\/strong>, dans un sens compl\u00e8tement diff\u00e9rent de l&rsquo;attitude et de la situation des USA (Washington). Si Washington \u00e9volue dans le sens que Friedman souhaite et consid\u00e8re que cette crise de la fronti\u00e8re est g\u00e9opolitique, entre deux Etats-nation, Washington ratera \u00e0 nouveau une dimension fondamentale, qui est que la crise g\u00e9opolitique l&rsquo;est aussi pour l&rsquo;Arizona (et d&rsquo;autres Etats de l&rsquo;Union) <strong>en tant que tel<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela est d&rsquo;autant plus important que, l\u00e0 aussi selon notre point de vue diff\u00e9rent de celui de Friedman, la g\u00e9opolitique n&rsquo;a pas (n&rsquo;a plus) l&rsquo;influence d\u00e9terminante qu&rsquo;on est accoutum\u00e9 \u00e0 lui pr\u00eater, au profit d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 que nous qualifions de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">psychopolitique<\/a>. Le syst\u00e8me de la communication, c&rsquo;est-\u00e0-dire la pr\u00e9sentation et la perception des conflits et des m\u00e9sententes, est l&rsquo;un des deux facteurs dominants de notre situation (avec le syst\u00e8me du technologisme qui repr\u00e9sente la dynamique de notre \u00e9volution). Dans les situations de crise, la communication exacerbe les incompr\u00e9hensions et les perceptions antagonistes et pousse \u00e0 des d\u00e9cisions sous la pression de ces facteurs irrationnels. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;est le nud de l&rsquo;affaire, et ce nud deviendra inextricable lorsque la dimension g\u00e9opolitique (en fait le conflit USA-Mexique) sera devenue \u00e9vidente parce que, justement, les perceptions sont diff\u00e9rentes,  notamment, celle de l&rsquo;Arizona et celle de Washington. Ainsi en revient-on \u00e0 la centralit\u00e9 de la crise structurelle des USA (centre <em>versus<\/em> Etats), dans laquelle l&rsquo;immigration de reconqu\u00eate des Mexicains joue un r\u00f4le d\u00e9structurant fondamental (et d&rsquo;ailleurs bienvenue puisque cette pouss\u00e9e d\u00e9structurante s&rsquo;attaque \u00e0 une structure monstrueuse de puissance que sont les USA). Mais l&rsquo;on comprend Friedman : g\u00e9opoliticien froidement r\u00e9aliste, il reste un am\u00e9ricaniste de cur et d&rsquo;\u00e2me et ne parvient pas \u00e0 imaginer, ou plut\u00f4t \u00e0 accepter l&rsquo;id\u00e9e que la question de la coh\u00e9sion structurelle des USA <strong>en tant que telle<\/strong> puisse devenir une crise majeure.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 7 ao\u00fbt 2010 \u00e0 08H30<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans doute n&rsquo;y a-t-il pas plus caract\u00e9ristique de ce qu&rsquo;il reste d&rsquo;importance g\u00e9opolitique dans notre temps o\u00f9 toutes les structures se trouvent plong\u00e9es dans le plus grand d\u00e9sordre, que les crises des fronti\u00e8res. L&rsquo;on n&rsquo;en trouve pas une qui soit plus importante que la crise de la fronti\u00e8re entre le Mexique et les USA. 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