{"id":72195,"date":"2010-08-18T11:32:08","date_gmt":"2010-08-18T11:32:08","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/18\/lage-sombre\/"},"modified":"2010-08-18T11:32:08","modified_gmt":"2010-08-18T11:32:08","slug":"lage-sombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/08\/18\/lage-sombre\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00c2ge sombre"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;\u00c2ge sombre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t18 ao\u00fbt 2010  Il y a une attitude bien diff\u00e9rente, entre les USA et le reste, dans l&rsquo;affrontement et l&rsquo;appr\u00e9ciation de ce qui est la crise g\u00e9n\u00e9rale (section \u00e9conomie) continu\u00e9e, \u00e9ventuellement vers son second paroxysme. Lorsque nous parlons des USA et du reste, nous voulons parler essentiellement des deux ensembles de ce que nous nommons le bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement les USA et l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Europe a connu un regain de cette crise g\u00e9n\u00e9rale l&rsquo;automne dernier, lors de la crise grecque et de ce que l&rsquo;on a nomm\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9ralement la crise de l&rsquo;euro. Ce fut une pouss\u00e9e paroxystique de ce qui reste une situation de crise g\u00e9n\u00e9rale depuis le 15 septembre 2008. Les USA connaissent aujourd&rsquo;hui une telle pouss\u00e9 paroxystique, et elle se place, elle aussi, dans le cadre d&rsquo;une crise qui n&rsquo;a pas cess\u00e9 depuis le 15 septembre 2008. C&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;avis,  cette continuit\u00e9 de la crise,  de quelques \u00e9conomistes devenus plus nombreux ces derniers temps, dont, par exemple, Robert Reich (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_spectre_de_la_grande_depression_plus_que_jamais_16_08_2010.html\" class=\"gen\">16 ao\u00fbt 2010<\/a>, sur <em>Ouverture libre<\/em>), qui d\u00e9fend cette th\u00e8se, lui, depuis le d\u00e9but :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Not since the government began to measure the ups and downs of the busines cycle has such a deep recession been followed by such anemic job growth. Jobs came back at a faster pace even in March 1933 after the economy started to recover from the depths of the Great Depression. Of course, that job growth didn&rsquo;t last long. That recovery wasn&rsquo;t really a recovery at all. The Great Depression continued. And that&rsquo;s exactly my point. The Great Recession continues.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes donc \u00e0 peu pr\u00e8s d&rsquo;accord. La crise n&rsquo;a jamais cess\u00e9 depuis septembre 2008, et elle se manifeste par des paroxysmes \u00e9pisodiques, dont la succession accro\u00eet la gravit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la situation. C&rsquo;est l\u00e0 une vision sch\u00e9matique qui gagne du terrain aujourd&rsquo;hui. Mais il y a de tr\u00e8s grandes diff\u00e9rences dans les r\u00e9actions, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans <strong>la psychologie de la crise<\/strong>. C&rsquo;est le domaine qui nous int\u00e9resse principalement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les pays europ\u00e9ens, les dirigeants, voire les populations ont r\u00e9agi d&rsquo;une fa\u00e7on ponctuelle \u00e0 leur paroxysme. En un sens, l&rsquo;alerte et la crise dans la crise de l&rsquo;automne dernier n&rsquo;\u00e9taient pas vraiment une surprise dans leur principe. Certes, on ignorait o\u00f9 ce nouveau paroxysme allait frapper mais le principe du paroxysme qui ressurgit \u00e9tait tacitement admis comme une possibilit\u00e9 s\u00e9rieuse. C&rsquo;est-\u00e0-dire que cette possibilit\u00e9 \u00e9tait install\u00e9e dans les psychologies, et cela reste le cas, l&rsquo;id\u00e9e que la crise se poursuivait et que la crise se poursuit. Pour autant, on n&rsquo;a pas ressenti de sentiment catastrophique irr\u00e9m\u00e9diable, et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on parle d&rsquo;une r\u00e9action ponctuelle. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, les Europ\u00e9ens supportent la crise comme un \u00e9v\u00e9nement install\u00e9 et continu, irr\u00e9m\u00e9diable en un sens. M\u00eame un pays comme l&rsquo;Allemagne, qui proclame aujourd&rsquo;hui une reprise selon une logique qui est largement contestable et n&rsquo;enchante gu\u00e8re ses partenaires, la proclame pour son compte propre, en se diff\u00e9renciant <em>de facto<\/em> du reste de l&rsquo;Europe ; l&rsquo;Allemagne se comporte comme si elle \u00e9tait l&rsquo;exception (\u00e9videmment) glorieuse, qui confirmait par cons\u00e9quent la r\u00e8gle, \u00e0 savoir que la crise g\u00e9n\u00e9rale continue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes USA, autant les commentateurs que les dirigeants, ont r\u00e9agi diff\u00e9remment. Pendant un laps de temps d&rsquo;au moins une ann\u00e9e (du printemps 2009 \u00e0 ces derniers mois), la plupart d&rsquo;entre eux ont r\u00e9agi d&rsquo;une fa\u00e7on structurelle, en laissant voir leur conviction que la crise \u00e9tait finie et que le probl\u00e8me concernait la sorte de reprise qui allait s&rsquo;imposer. (Sauf quelques exceptions comme Reich.) Devant l&rsquo;\u00e9vidence des chiffres et des situations, le terme favori employ\u00e9 \u00e9tait charg\u00e9 d&rsquo;une contradiction r\u00e9v\u00e9latrice, et d&rsquo;une ironie douloureuse : <em>a jobless recovery<\/em> La reprise avait lieu mais elle ne r\u00e9duisait pas du tout le ch\u00f4mage \u00e0 mesure, rompant le lien sacr\u00e9 entre la richesse et le travail. On pouvait se demander quelle sorte de reprise est-ce l\u00e0 si elle ne r\u00e9duit pas le ch\u00f4mage. Certains (Reich), tr\u00e8s rares, posaient cette question, mais le courant g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait bien que la machine repartait. D&rsquo;ailleurs, les commentaires qui accompagn\u00e8rent la crise europ\u00e9enne de l&rsquo;euro montr\u00e8rent bien que l&rsquo;esprit \u00e9conomiste de comp\u00e9tition, avec le supr\u00e9matisme am\u00e9ricaniste qui va de soi, r\u00e9gnait \u00e0 nouveau. C&rsquo;\u00e9tait rencontrer exactement la pr\u00e9vision de Niall Ferguson, que nous rappelions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_fantome_qui_ne_veut_pas_mourir_16_08_2010.html\" class=\"gen\">16 ao\u00fbt 2010<\/a>, d&rsquo;apr\u00e8s un article de Ferguson du 27 d\u00e9cembre 2008 dans le <em>Financial Times<\/em> (le style de l&rsquo;article \u00e9tait celui d&rsquo;une projection\/pr\u00e9diction, ce pourquoi nous d\u00e9signons Ferguson comme un mage plut\u00f4t que comme un historien : il r\u00e9digeait l&rsquo;article comme s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9but 2010 alors qu&rsquo;il l&rsquo;\u00e9crivait fin 2008,  et il employait \u00e0 dessein le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_de_l_appointe_du_systeme_31_12_2008.html?admin=1\" class=\"gen\">terme<\/a> de <em>Great Repression<\/em>) : \u00ab<em>By year end<\/em> [2009]<em>, it was possible for the first time to detect  rather than just to hope for  the beginning of the end of the Great Repression. The downward spiral in America&rsquo;s real estate market and the banking system had finally been halted by radical steps that the administration had initially hesitated to take. At the same time, the far larger economic problems in the rest of the world had given Obama a unique opportunity to reassert American leadership.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis quelques semaines, cette fiction de la reprise qui va bien, m\u00eame <em>jobless<\/em>, est en train de s&rsquo;effondrer aux USA devant l&rsquo;\u00e9vidence de la situation catastrophique. Du coup, le jugement, qui continue \u00e0 \u00eatre structurel, est en train de devenir \u00e9galement catastrophique. On a donn\u00e9, sur ce site ces derniers jours, beaucoup d&rsquo;exemples de cette tendance qui se g\u00e9n\u00e9ralise aujourd&rsquo;hui, qui confirme une psychologie fortement marqu\u00e9e. Cette tendance n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas exempte de contradictions r\u00e9v\u00e9latrices, non pas entre optimistes et pessimistes, mais entre diverses formes de catastrophismes. On en donne un exemple ici<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2010\/08\/09\/opinion\/09krugman.html?\" class=\"gen\">8 ao\u00fbt 2010<\/a>, Paul Krugman signe un commentaire dont le titre fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;expression employ\u00e9e dans les termes anglo-saxons pour d\u00e9signer les p\u00e9riodes les plus terribles de l&rsquo;Histoire : <em>the Dark Age<\/em>,  \u00ab<em>America Goes Dark<\/em>\u00bb (ce qu&rsquo;on pourrait traduire, comme nous le proposions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-vent_de_panique_et_de_fureur_10_08_2010.html\" class=\"gen\">10 ao\u00fbt 2010<\/a> par L&rsquo;Am\u00e9rique s&rsquo;enfonce dans la nuit). Krugman parlait de la crise g\u00e9n\u00e9rale, dans son sens le plus large, du ch\u00f4mage aux infrastructures g\u00e9n\u00e9rales du pays (la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tiers_monde_made_in_usa__17_08_2010.html\" class=\"gen\">tiersmondisation<\/a>), au sentiment g\u00e9n\u00e9ral de perte de coh\u00e9sion. Krugman exprime un sentiment qui se r\u00e9pand tr\u00e8s rapidement, y compris dans la presse <em>mainstream<\/em>. (Nous exposions ce sentiment le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_trou_noir_11_08_2010.html\" class=\"gen\">11 ao\u00fbt 2008<\/a>, en constatant combien la crise g\u00e9n\u00e9rale \u00e9taient appr\u00e9ci\u00e9e effectivement de plus en plus en termes structurels et fondamentaux.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Un autre commentateur, qui n&rsquo;est pas un \u00e9conomiste mais qui s&rsquo;occupe de question d&rsquo;armement, qui est de tendance droitiste marqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;inverse de Krugman, Eric Palmer, fait un commentaire sur le <em>Dark Age<\/em>, mais en l&rsquo;annon\u00e7ant curieusement pour le reste du monde alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Am\u00e9rique. Le <a href=\"http:\/\/dodwatch.blogspot.com\/2010\/08\/americas-collapse-will-move-world-into.html\" class=\"gen\">14 ao\u00fbt 2010<\/a>, il annonce que \u00ab<em>America&rsquo;s collapse will move the World into the dark ages<\/em>\u00bb Il rench\u00e9rit, sans plus s&rsquo;en expliquer (pourquoi l&rsquo;effondrement des USA m\u00e8ne-t-il d&rsquo;abord, voire presque exclusivement, \u00e0 l&rsquo;\u00c2ge Sombre pour le monde ? N&rsquo;est-ce pas d&rsquo;abord l&rsquo;\u00c2ge Sombre pour l&rsquo;Am\u00e9rique, comme dit Krugman ?) \u00ab<em>If the U.S. does not reverse its path in the most drastic of ways, the world risks slipping into a kind of dark ages. One can argue that we are well on our way toward that change in world history.<\/em>\u00bb L\u00e0-dessus Palmer donne ses conseils pour limiter les d\u00e9g\u00e2ts, ou pour changer l&rsquo;Am\u00e9rique, ou pour rompre avec la pente catastrophique, ou pour se retirer du destin catastrophique que les \u00e9lites US, socialistes, interventionnistes, etc., ont impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<em>American Dream<\/em> : \u00ab<em>If you feel it is good for American policy, reject the two major parties. Do not vote for them. Do not give them money. The destructive actions of Democratic and Republican party loyalists can only be defined as treason.<\/em> [] <em>This is an election year. Maybe the most important one yet. You must vote and your vote must be for America. One last thing; it is the United States of America and not the United Federal Government of America. If we fail all of this, America will be no more.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes deux approches \u00e0 la fois similaires et contradictoires repr\u00e9sentent les deux extr\u00eames du spectre politique US ; d&rsquo;une part, la gauche interventionniste et keyn\u00e9sienne ; d&rsquo;autre part, la droite anti-Washington (mais pourtant pro-Pentagone m\u00eame si anti-JSF dans le cas de Palmer,  comment s&rsquo;en sortir ?), dont la logique pousse \u00e0 la d\u00e9centralisation et \u00e0 la d\u00e9volution. Mais est-ce si important ? Ceci nous importe d&rsquo;abord, qui est de montrer que si les raisonnements diff\u00e8rent, s&rsquo;opposent, parfois selon des th\u00e8mes curieusement emport\u00e9s, ils se rejoignent dans une vision catastrophique qui concerne les USA tels qu&rsquo;ils existent (ou sont en train de se d\u00e9faire).<\/p>\n<h3>L&rsquo;Histoire \u00e0 plein r\u00e9gime<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons depuis longtemps affirm\u00e9 et r\u00e9affirm\u00e9 que nous nous refusons \u00e0 pr\u00e9voir des \u00e9v\u00e9nements ponctuels parce que, \u00e0 notre sens, nous ne le pouvons pas,  <strong>personne<\/strong> d&rsquo;humain ne le peut. Les \u00e9v\u00e9nements ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la ma\u00eetrise humaine, s&rsquo;ils lui ont jamais \u00e9t\u00e9 soumis vraiment. Il existe des causes techniques et rationnelles (voir notre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_impossible_revolution__24_09_2009.html\" class=\"gen\">appr\u00e9ciation<\/a> sur l&rsquo;impossible r\u00e9volution) mais aussi, \u00e0 notre sens, des causes sur-rationnelles qui tiennent \u00e0 la manifestation de grands courants historiques et m\u00e9tahistoriques, au-del\u00e0 de l&rsquo;entendement de notre raison, qui se fait aujourd&rsquo;hui avec une force inou\u00efe. La seule projection sur l&rsquo;avenir que nous ferions est une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale fond\u00e9e sur ce que nous jugeons \u00eatre une forte possibilit\u00e9 et, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0, une probabilit\u00e9 : si les USA se d\u00e9sagr\u00e8gent, la situation du monde se modifiera radicalement, bien au-del\u00e0 de la question du rapport des forces et des habituelles p\u00e9rip\u00e9ties g\u00e9opolitiques ; le bouleversement de cette d\u00e9sagr\u00e9gation <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_avenir_des_usa_14_10_2009.html\" class=\"gen\">touchera<\/a> notre fondement, l&rsquo;essence m\u00eame de notre psychologie ; et cette d\u00e9sagr\u00e9gation est en train, \u00e0 notre sens, de passer du stade du possible au stade du probable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA propos de ces divers points sur la possibilit\u00e9 et l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;anticiper, la psychologie joue un r\u00f4le fondamental. Elle constitue en effet une fonction humaine \u00e0 la fois d\u00e9pendant et ne d\u00e9pendant pas de la conscience, \u00e0 la fois porteuse de facteurs identifiables et d&rsquo;autres qui ne le sont pas, \u00e0 la fois sous le contr\u00f4le de la raison et lui \u00e9chappant compl\u00e8tement. Elle est le processus central des rapports entre l&rsquo;\u00eatre humain et des forces ext\u00e9rieures de domaines divers, dont certaines non identifi\u00e9es, et ce processus est conscient dans certains cas, inconscients dans d&rsquo;autres. Elle exerce une influence, dans les deux sens, qui est \u00e0 la fois identifiable et \u00e0 la fois insaisissable. C&rsquo;est le maillon faible de ceux qui pr\u00e9tendent que la raison humaine ma\u00eetrise le monde, et la clef d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la th\u00e8se de ceux qui pr\u00e9tendent le contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous int\u00e9resse dans ce qui a \u00e9t\u00e9 vu pr\u00e9c\u00e9demment des r\u00e9actions europ\u00e9ennes et am\u00e9ricanistes, justement, c&rsquo;est le contraste consid\u00e9rable des psychologies dont t\u00e9moignent les attitudes tr\u00e8s diff\u00e9rentes face aux regains paroxystiques de la crise. Du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, il y a une activit\u00e9 forcen\u00e9e, d\u00e9sordonn\u00e9e, qui refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;ensemble europ\u00e9en priv\u00e9 de colonne vert\u00e9brale, de coh\u00e9sion, voire de <strong>conviction<\/strong> Ce dernier mot est important. M\u00eame si toute l&rsquo;Europe officielle et dirigeante respire au rythme du lib\u00e9ralisme am\u00e9ricaniste, le r\u00e9v\u00e8re comme un croyant s&rsquo;agenouille devant la Sainte-Croix ou en direction de La Mecque,  elle le fait d&rsquo;une fa\u00e7on conjoncturelle, sans vraiment s&rsquo;interroger, notamment sans s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 en v\u00e9rifier les fondements ou \u00e0 s&rsquo;alarmer de leur absence. On pourrait juger qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9action de serviles esclaves id\u00e9ologiques et consentants, ce qui fut le cas mais qui l&rsquo;est de moins en moins parce que les \u00e9v\u00e9nements sont trop s\u00e9rieux. Notre jugement passerait alors de l&rsquo;id\u00e9ologie apprise dans les instituts US par tous ces dirigeants qui s&rsquo;y rendent en troupeaux moutonniers, \u00e0 la psychologie fondamentale qui se d\u00e9couvre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout se passe comme si cette psychologie fondamentale, celle dont la raison n&rsquo;est pas la ma\u00eetresse, commen\u00e7ait \u00e0 exsuder un sentiment profond mais jusqu&rsquo;alors cach\u00e9, qui tend \u00e0 consid\u00e9rer le lib\u00e9ralisme am\u00e9ricaniste comme quelque chose dont les Europ\u00e9ens ne sont pas responsables. Ils l&rsquo;ont adopt\u00e9, ils ne jurent que par lui mais, fondamentalement, ils n&rsquo;en sont pas responsables. Cela ne se dit pas, cela ne se r\u00e9alise pas, mais cela se p\u00e8se dans les r\u00e9actions, notamment celles qu&rsquo;on a d\u00e9crites. En un sens, les Europ\u00e9ens ne lient pas leur destin fondamental au destin de cette doctrine. Cela ne signifie pas une seconde qu&rsquo;ils \u00e9viteront la crise, y compris ses cons\u00e9quences catastrophiques, y compris pour eux-m\u00eames,  on le comprend \u00e9videmment tant cela va de soi ; cela signifie qu&rsquo;ils en ont une autre perception.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu c\u00f4t\u00e9 US, on le voit aussit\u00f4t, c&rsquo;est le fondement m\u00eame qui est en jeu, c&rsquo;est leur c\u00f4t\u00e9 existence de Dieu. La crise est celle d&rsquo;une conception \u00e9conomique sacralis\u00e9e, donc c&rsquo;est celle de l&rsquo;existence m\u00eame, de l&rsquo;essence des USA, pas moins. M\u00eame les plus farfelus, ou les plus croyants, ent\u00e9rinent cela. Quand Palmer pr\u00e9voit l&rsquo;\u00c2ge sombre pour le reste du monde, ce qui para\u00eet un peu culott\u00e9 dans la forme o\u00f9 il pr\u00e9sente la chose, on s&rsquo;aper\u00e7oit aussit\u00f4t qu&rsquo;il le pr\u00e9voit en fonction d&rsquo;un pr\u00e9suppos\u00e9 de taille : parce que les USA se sont effondr\u00e9s, ce qui nuance le culottage. Cela revient au m\u00eame, par le biais de la persistante suffisance de la sup\u00e9riorit\u00e9 US : la condition de la crise finale, justement, c&rsquo;est l&rsquo;effondrement des USA, et nous sommes sur la bonne voie. (Reste \u00e0 voir ce que serait l&rsquo;\u00c2ge sombre pour le reste dans ce cas ; si c&rsquo;est la fin de cette civilisation qui s&rsquo;est trouv\u00e9e r\u00e9duite au syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme \u00e9tendu au reste, alors bravo, et nous sommes preneurs de l&rsquo;\u00c2ge sombre car il ne peut <strong>rien<\/strong> y avoir de pire que la barbarie que nous nous infligeons \u00e0 nous-m\u00eames aujourd&rsquo;hui.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa force de la perception psychologique de la fin des USA, qui est pr\u00e9sente aujourd&rsquo;hui jusque chez les commentateurs les plus rectilignes par rapport \u00e0 la ligne du Parti, est un ph\u00e9nom\u00e8ne conjoncturel fondamental parce qu&rsquo;il assure un lien serr\u00e9 avec l&rsquo;aspect structurel de la situation. Si l&rsquo;on veut, la r\u00e9action psychologique touche d\u00e9sormais l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;existence des USA, et nullement par hostilit\u00e9 mais par amour, par passion soudain d\u00e9couvrant l&rsquo;irr\u00e9m\u00e9diable. En ce sens, les r\u00e9actions actuelles, aux USA, sont bien plus profondes, bien plus catastrophiques, bien plus eschatologiques m\u00eame, que celles qui accompagn\u00e8rent 9\/15. Elles commencent \u00e0 envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;effondrement comme l&rsquo;issue in\u00e9luctable. Les modalit\u00e9s de la chose se feront d&rsquo;elles-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crise ne fait qu&rsquo;un depuis 9\/15 (et depuis 9\/11, et depuis au-del\u00e0, certes), et les \u00e9v\u00e8nements techniques ne d\u00e9crivent que sa progression conjoncturelle. Les psychologies, elles, disent que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement s&rsquo;est transform\u00e9 dans son \u00e9volution, d&rsquo;un accident catastrophique en un effondrement ontologique. D&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s caract\u00e9ristique, qui marque l&rsquo;\u00e9chec en profondeur du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;\u00e9volution psychologique des Europ\u00e9ens nous dit qu&rsquo;ils la suivent sans s&rsquo;y trouver fondamentalement impliqu\u00e9s, m\u00eame s&rsquo;ils en subissent et en subiront les effets catastrophiques. Ils sont conformes en cela \u00e0 leur destin, qui ent\u00e9rine leur abdication devant la puissance du syst\u00e8me marqu\u00e9 par leur servilit\u00e9 courante \u00e0 cet \u00e9gard. Les Am\u00e9ricains, eux, sont touch\u00e9s au cur et ils savent d\u00e9sormais qu&rsquo;ils jouent l&rsquo;essence m\u00eame de leur existence dans le cadre du projet qu&rsquo;ils ont lanc\u00e9 il y a deux si\u00e8cles. Les Europ\u00e9ens n&rsquo;ont pas la plus mauvaise position, car il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 faire dans le cadre de ce syst\u00e8me qui s&rsquo;effondre, sinon \u00e0 en acc\u00e9l\u00e9rer la chute, ce qu&rsquo;ils font d&rsquo;une fa\u00e7on inconsciente en s&rsquo;abstenant de chercher \u00e0 le r\u00e9former \u00e0 leur fa\u00e7on. Ils ne sont pas plus vertueux pour cela ni n&rsquo;ont droit \u00e0 notre plus grande consid\u00e9ration ; mais ils servent d&rsquo;idiots utiles. L&rsquo;essentiel est ceci : la machinerie de l&rsquo;Histoire tourne aujourd&rsquo;hui \u00e0 pleine r\u00e9gime, quelles que soient nos susceptibilit\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00c2ge sombre 18 ao\u00fbt 2010 Il y a une attitude bien diff\u00e9rente, entre les USA et le reste, dans l&rsquo;affrontement et l&rsquo;appr\u00e9ciation de ce qui est la crise g\u00e9n\u00e9rale (section \u00e9conomie) continu\u00e9e, \u00e9ventuellement vers son second paroxysme. 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