{"id":72231,"date":"2010-09-01T13:12:48","date_gmt":"2010-09-01T13:12:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/01\/ils-se-sont-tant-aimes\/"},"modified":"2010-09-01T13:12:48","modified_gmt":"2010-09-01T13:12:48","slug":"ils-se-sont-tant-aimes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/01\/ils-se-sont-tant-aimes\/","title":{"rendered":"Ils se sont tant aim\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Ils se sont tant aim\u00e9s<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t1er septembre 2010  Est-ce possible ? Est-il possible que, jusqu&rsquo;au bout, et passant d&rsquo;un pr\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;autre avec d\u00e9sinvolture et brio, Tony Blair, l&rsquo;homme de la guerre en Irak, ait eu partie li\u00e9e avec Washington  cette fois, pour le lancement de ses m\u00e9moires ? R\u00e9ussir \u00e0 lancer ses m\u00e9moires (titre : <em>A Journey<\/em>) le jour o\u00f9 un pr\u00e9sident des USA nous annonce, pour la deuxi\u00e8me fois en sept ans et \u00e0 notre grand soulagement, que tout est fini en Irak, et fort bien fini ma foi, c&rsquo;est un exploit qu&rsquo;il faut saluer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Quoique, tout de m\u00eame, <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/world\/2010\/sep\/01\/obama-formally-ends-iraq-war\" class=\"gen\">Obama<\/a> y mette une certaine modestie Ce n&rsquo;est pas <em>Mission accomplished<\/em> (Bush, 1er mai 2003) mais \u00ab<em>Now it&rsquo;s time to turn the page<\/em>\u00bb, ce qui vous a une allure bien plus litt\u00e9raire. Dans tous les cas, les USA ont de la suite dans les id\u00e9es et nous montrent qu&rsquo;ils contr\u00f4lent bien les \u00e9v\u00e9nements, jusqu&rsquo;\u00e0 les terminer autant de fois que n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Pour l&rsquo;ambassadeur de France en Irak, bien r\u00e9align\u00e9 selon la nouvelle tendance fran\u00e7aise dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre (l&rsquo;OTAN plus que jamais, les USA plus que jamais, la civilisation occidentaliste-am\u00e9ricaniste plus que jamais, au bout du compte une promotion prochaine au tableau d&rsquo;avancement du Quai) : \u00ab<em>Bien s\u00fbr, les Irakiens disent que l&rsquo;intervention alli\u00e9e de 2003 leur a co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher en vies humaines et en destruction d&rsquo;infrastructures, mais ils rappellent aussi qu&rsquo;elle a lib\u00e9r\u00e9 le pays.<\/em> [] <em>L&rsquo;Irak est le vrai laboratoire de la d\u00e9mocratie dans le monde arabe. C&rsquo;est l\u00e0 que se joue l&rsquo;avenir de la d\u00e9mocratie dans la r\u00e9gion. Potentiellement, l&rsquo;Irak peut devenir un mod\u00e8le politique pour ses voisins. Et, qu&rsquo;on le veuille ou non, tout cela a \u00e9t\u00e9 obtenu gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention am\u00e9ricaine de 2003.<\/em>\u00bb (Interview de Boris Boillon, 40 ans, ambassadeur de France de la g\u00e9n\u00e9ration Sarko, en Irak depuis un an, dans <em>Le Figaro<\/em> du 30 ao\u00fbt 2010). (Pour info, voir <em>War in Context<\/em>, ce <a href=\"http:\/\/warincontext.org\/2010\/08\/31\/a-ruined-country\" class=\"gen\">31 ao\u00fbt 2010<\/a> pour quelques coups d&rsquo;oeil sur ce vrai laboratoire de la d\u00e9mocratie dans le monde arabe.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais venons-en au commentaire de John Rentoul, que nous pr\u00e9sentons dans <em>Ouverture libre<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tony_blair_et_la_haine_tenace_01_09_2010.html\" class=\"gen\">1er septembre 2010<\/a>, sur la haine tenace qui s&rsquo;attache, dans le monde m\u00e9diatique britannique, \u00e0 l&rsquo;ancien Premier ministre, et qui se manifeste encore \u00e0 l&rsquo;occasion de la sortie de <em>A Journey<\/em>. C&rsquo;est, en effet, un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant, qui \u00e9claire notre \u00e9poque et la pens\u00e9e occidentaliste et am\u00e9ricaniste,  les deux intimement m\u00eal\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 ne faire plus qu&rsquo;une, bien plus que l&rsquo;aventure irakienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Laissons de c\u00f4t\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 de la catastrophe irakienne (la d\u00e9structuration totale de ce pays, les centaines de milliers de morts, la division psychologique et ethnique, les <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_guerre_des_3000_milliards_au_moins_28_02_2008.html\" class=\"gen\">$milliers de milliards<\/a> qu&rsquo;a co\u00fbt\u00e9 cette guerre et sa <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-transformation_de_la_guerre_le_complexe_contre_le_systeme_08_03_2008.html\" class=\"gen\">responsabilit\u00e9<\/a> directe dans la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique, etc.). Comme nous dit l&rsquo;ambassadeur de France, \u00ab<em>Il faut absolument, quand on parle de l&rsquo;Irak, raisonner sans id\u00e9ologie<\/em>\u00bb,  et comme, aujourd&rsquo;hui, rechercher la v\u00e9rit\u00e9 est sans aucun doute une attitude id\u00e9ologique,  recherche \u00e0 proscrire absolument. Par cons\u00e9quent, proscrivons, et laissons les Fran\u00e7ais \u00e0 leur alignement sans fin, puisque leur pays a d\u00e9finitivement quitt\u00e9 la sc\u00e8ne de l&rsquo;Histoire, volontairement, par cet \u00e9puisement psychologique qui caract\u00e9rise ses p\u00e9riodes de capitulation et de collaboration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contre le texte de Rentoul est du plus grand int\u00e9r\u00eat. Il semble donc que les Britanniques, tout align\u00e9s qu&rsquo;ils soient sur les USA (mais le sont-il plus que les Fran\u00e7ais, aujourd&rsquo;hui ?), soient ceux qui aient le plus de choses int\u00e9ressantes \u00e0 dire. <em>In fine<\/em>, Rentoul plaide en partie pour Tony Blair, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour une certaine franchise de Tony Blair. Il ne repousse certainement pas, ni les erreurs, ni le r\u00e9sultat catastrophique de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak. Il \u00e9num\u00e8re ces erreurs, avec notamment cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente au virtualisme tout puissant (\u00ab<em>US-British intelligence experiencing the phenomenon of groupthink<\/em>\u00bb) mais conclut tr\u00e8s vite, et justement \u00e0 notre sens, que cela n&rsquo;explique en rien la haine constante contre Tony Blair de la part du groupe socio-professionnel, sinon id\u00e9ologique, qui \u00e9tait au d\u00e9part le plus proche de lui parce que le Premier ministre semblait si compl\u00e8tement l&rsquo;un des siens dans sa capacit\u00e9 de fabriquer une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 mesure de leurs conceptions \u00e0 tous, de leur enfermement rationnel et \u00e9videmment id\u00e9ologique. Aussi, observe justement Rentoul, ces observations (les erreurs de Blair, le r\u00e9sultat catastrophique de l&rsquo;aventure irakienne, etc.), ne suffisent pas \u00e0 l&rsquo;explication qu&rsquo;on recherche, et il faut d&rsquo;autres hypoth\u00e8ses : \u00ab<em>But those explanations did not fill the psychic hole in the here and now  so people preferred to say that they had been deceived than that they shared a mistaken assumption.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt justement, \u00e9videmment, dans ce constat d&rsquo;absence d&rsquo;une explication rationnelle et consciente et dans la suggestion d&rsquo;un constat plut\u00f4t irrationnel et inconstant,  justement, nous tenons bien l\u00e0 notre explication de la rage anti-Blair. (On pourrait juger plus appropri\u00e9e cette expression de rage anti-Blair, qui est d&rsquo;ailleurs dans le titre de Rentoul : \u00ab<em>Where does Blair rage come from?<\/em>\u00bb Il est plus question, d&rsquo;abord, de rage que de haine contre Blair, tel que Rentoul d\u00e9crit le ph\u00e9nom\u00e8ne. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose ; la rage vient directement d&rsquo;une frustration, comme une \u00e9motion incontr\u00f4l\u00e9e qu&rsquo;on s&#8217;emploie \u00e0 rationaliser ensuite ; la haine s&rsquo;\u00e9labore d&rsquo;une fa\u00e7on plus froide, plus contr\u00f4l\u00e9e, sentiment presque rationnel en soi au bout du compte, non exempt de calcul,  comme, par exemple, celui d&rsquo;une rage incontr\u00f4l\u00e9e qu&rsquo;on voudrait habiller des atours de la raison, m\u00eame d&rsquo;une fa\u00e7on si n\u00e9gative.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn trouvera sans aucun doute une certaine v\u00e9rit\u00e9 dans le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/The_Ghost_Writer\" class=\"gen\">film<\/a> de Roman Polanski <em>The Ghostwriter<\/em>, dont le h\u00e9ros, l&rsquo;ancien Premier ministre britannique Adam Lang, est \u00e9videmment une fiction \u00e0 peine fictive de Tony Blair. (On sait qu&rsquo;on pourrait soup\u00e7onner qu&rsquo;il y a un lien entre la sortie de ce film et la r\u00e9activation de l&rsquo;affaire des ennuis de Polanski avec la justice de Californie. <em>Si non \u00e8 vero<\/em>) Le th\u00e8me du film est celui de cet ex-Premier ministre britannique Lang manipul\u00e9 et m\u00eame dirig\u00e9 en toute conscience par la CIA, ce qui le conduisit \u00e0 faire ce qu&rsquo;il fit pour la cause US en Irak, \u00e0 propos des anti-missiles, etc. L&rsquo;hypoth\u00e8se est tellement peu sollicit\u00e9e qu&rsquo;elle est courante et banale, tant toutes les \u00e9lites occidentalistes, au Royaume-Uni et dans nombre d&rsquo;autres pays, dont la France, ont fait l&rsquo;objet pendant un demi-si\u00e8cle d&rsquo;une p\u00e9n\u00e9tration syst\u00e9matique des divers services d&rsquo;influence US. Mais ce qui nous int\u00e9resse, c&rsquo;est l&rsquo;image d&rsquo;un personnage, Adam Lang, soumis \u00e0 des pressions diverses qui rel\u00e8vent en bonne part de cette <em>Blair rage<\/em> ou de l&rsquo;activit\u00e9 de la <em>Blair-hating community<\/em> (ou <em>Lang rage<\/em> et <em>Lang-hating community<\/em>) ; et son comportement, qui pourrait faire penser qu&rsquo;il y a des aspects indiscutables de sinc\u00e9rit\u00e9 dans sa pens\u00e9e, qu&rsquo;il y a du d\u00e9sarroi chez lui, de l&rsquo;incompr\u00e9hension pour ce qu&rsquo;il juge \u00eatre de l&rsquo;acharnement injuste. Cela, sans aucun doute, n&rsquo;est pas \u00e9tranger \u00e0 la psychologie de Blair, sans qu&rsquo;on soit tenu de voir cela comme exceptionnel tant, effectivement, ce m\u00e9lange de faiblesse, de duplicit\u00e9, de d\u00e9sarroi et de sinc\u00e9rit\u00e9 caract\u00e9rise parfaitement le comportement humain. Ces remarques sont plus que jamais actuelles dans une \u00e9poque o\u00f9 la raison humaine, qui gouverne et tente de maquiller toutes ces pens\u00e9es tributaires d&rsquo;une psychologie \u00e9puis\u00e9e, est \u00e0 la fois absolument totalitaire dans ses affirmations de certitude, et totalement emprisonn\u00e9e par le syst\u00e8me qu&rsquo;elle pr\u00e9tend contr\u00f4ler et dont l&rsquo;inspiration n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la puissance de ce que nous nommons la mati\u00e8re d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Tous ces gens qui r\u00e9v\u00e8rent naturellement la raison humaine et les doctrines complaisantes qui en sont issues sont par cons\u00e9quent d&rsquo;efficaces idiots utiles du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTony Blair fut l&rsquo;un d&rsquo;eux, complice et serviteur du syst\u00e8me, sans le moindre doute. Cela ne le prive pas de ses qualit\u00e9s humaines, de ses comportements de sinc\u00e9rit\u00e9, confortant par l\u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un homme bien plus victime de ses faiblesses et de sa psychologie \u00e9puis\u00e9e qu&rsquo;habit\u00e9 par le mal (<em>Evil<\/em>, disons), selon le r\u00e9ductivisme forcen\u00e9 qui caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui nos jugements sur les grandes querelles du monde,  dans un sens ou l&rsquo;autre ; l&rsquo;\u00e9nervement hyst\u00e9rique d&rsquo;une \u00e9poque drogu\u00e9e par les syst\u00e8mes du technologisme et, surtout dans ce cas, de la communication, fait le reste, pour pousser dans des voies catastrophiques. (Nous nous attachons consid\u00e9rablement \u00e0 cette question du mal dans notre prochain num\u00e9ro du 10 septembre 2010 de <em>dde.crisis<\/em>, nous r\u00e9f\u00e9rant notamment et fortement aux conceptions du philosophe Plotin qui voyait le mal ou la source de tous les maux dans la mati\u00e8re, l&rsquo;homme n&rsquo;\u00e9tant mauvais que par proximit\u00e9, par faiblesse, et nullement en soi.)<\/p>\n<h3>Comment sauver la raison?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question centrale, \u00e0 la lumi\u00e8re de cet \u00e9pisode qui ne fait que dupliquer tant d&rsquo;autres \u00e9pisodes de la m\u00eame sorte, n&rsquo;est plus en r\u00e9alit\u00e9 : comment sauver le monde ?  question pourtant d&rsquo;actualit\u00e9,  mais bien : comment sauver la raison humaine ? La t\u00e2che est tout ensemble bien plus consid\u00e9rable et bien plus importante. Il est en effet question, au bout du compte et tous comptes bien faits, de la vanit\u00e9 humaine, et de la bonne conscience qu&rsquo;elle nourrit, qu&rsquo;il s&rsquo;agit surtout de ne pas d\u00e9cevoir. (<em>Sort of<\/em>,  il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu d\u00e9part, ils adoraient tous Tony Blair,  nous parlons de cette immense cohorte de lib\u00e9raux, des progressistes aux adorateurs du march\u00e9 libre, des lib\u00e9raux interventionnistes aux d\u00e9mocrates muscl\u00e9s pas tr\u00e8s loin des <em>neocons<\/em>, des conservateurs s\u00e9duits par le c\u00f4t\u00e9 churchillien du jeune Blair. Jeune, fringant, virtualiste en diable, plein d&rsquo;entrain, Blair repr\u00e9sentait une aube nouvelle, un soleil qui se levait sur l&rsquo;ex-Empire sur lequel le soleil ne se l\u00e8ve jamais, sur les relations transatlantiques r\u00e9nov\u00e9es, sur l&rsquo;Europe de la Commission europ\u00e9enne, sur la France de BHL et de Nicolas Baverez. Il y eut le Kosovo et, si la couleuvre fut assez rude \u00e0 dig\u00e9rer au milieu du <em>carpet bombing<\/em> de pr\u00e9cision de l&rsquo;USAF, on finit par extirper quelques vertus consid\u00e9rables de cette bouillie pour chat, au prix d&rsquo;une performance <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_defensa_volume_15_n01_du_10_septembre_1999_la_premiere_guerre_virtualiste_10_09_1999.html\" class=\"gen\">virtualiste<\/a> des <em>spin doctors<\/em> de Blair qui \u00e9tablit une r\u00e9f\u00e9rence dans ce domaine. La vertu de Blair en sortit indemne, et indemne l&rsquo;admiration de la cohorte signal\u00e9e plus haut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt puis ce fut l&rsquo;Irak. Certes, on s&rsquo;active depuis 5-6 ans, notamment avec l&rsquo;aide de troupes fra\u00eeches (les Sarko&rsquo;s <em>boys<\/em>), \u00e0 r\u00e9parer l&rsquo;image enlumin\u00e9e de la civilisation am\u00e9ricaniste et occidentaliste (voir les paroles du jeune et s\u00e9millant ambassadeur de France). Mais quoi, la nappe reste aussi macul\u00e9e de t\u00e2ches qu&rsquo;une cravate de Berrurier et, d\u00e9cid\u00e9ment, l&rsquo;Irak continue \u00e0 faire extr\u00eamement d\u00e9sordre. Si les gogos et les Fran\u00e7ais ont accept\u00e9 la <em>narrative<\/em> Petraeus (victoire par subit renversement, sur un tapis de dollars), les Britanniques ne l&rsquo;ont pas achet\u00e9e du tout. Ils restent sur une guerre d\u00e9sastreuse, faussaire, b\u00e2cl\u00e9e sinon massacr\u00e9e, aboutissant \u00e0 un chaos dont nul ne peut dire ce qu&rsquo;il en restera et dont certains, au fond de leurs cauchemars les plus terribles, finissent par se demander s&rsquo;il n&rsquo;est pas pire que le temps de Saddam. De ce point de vue, il n&rsquo;y a pas eu du tout, chez les Britanniques, et particuli\u00e8rement dans toute la cohorte lib\u00e9rale-progressiste, de recyclage type-Kosovo.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, Blair est bien l&rsquo;homme qui a bris\u00e9 leur r\u00eave. Avant l&rsquo;Irak, ils croyaient \u00e0 l&rsquo;interventionnisme lib\u00e9ral et \u00e0 l&rsquo;exportation vertueuse, au prix d&rsquo;un peu de casse, de la d\u00e9mocratie et des droits de l&rsquo;homme ; depuis, ils ont un mal affreux \u00e0 y croire encore, d&rsquo;autant qu&rsquo;on peut y ajouter l&rsquo;Afghanistan qui est du m\u00eame domaine. Il faut vraiment \u00eatre sarkozyste, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans aucune conception, sans scrupule, sans analyse, sans foi et \u00e9ventuellement sans loi, sans rien du tout enfin, pour sortir de tels discours que celui de l&rsquo;ambassadeur qui a encombr\u00e9 les pages du <em>Figaro<\/em> (\u00ab<em>Sans la libert\u00e9 de bl\u00e2mer, il n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00e9loge flatteur<\/em>\u00bb). La terrible fureur anti-Blair que rapporte Rentoul, c&rsquo;est celle des certitudes utopistes trahies, donc de l&rsquo;amour d\u00e9\u00e7u. Blair est un bouc-\u00e9missaire en la circonstance,  mais attention, un bouc-\u00e9missaire, non parce que la th\u00e9orie est fausse, et la certitude utopiste en r\u00e9alit\u00e9 une illusion infond\u00e9e, mais parce que Blair n&rsquo;a pas su faire, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas su distinguer combien, dans cette aventure irakienne, combien c&rsquo;\u00e9tait une folie de laisser la direction et l&rsquo;inspiration des affaires aux militaires et illumin\u00e9s washingtoniens, combien cela risquait de tout compromettre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCar, c&rsquo;est bien l&rsquo;essentiel Les certitudes utopistes,  m\u00eame si l&rsquo;expression peut para\u00eetre proches d&rsquo;un oxymore \u00e0 certains,  restent des certitudes et ne peuvent \u00eatre prises pour des illusions. Face au d\u00e9sastre irakien, la raison humaine, qui nourrit le progressisme interventionniste et toutes les branches annexes au nom de la morale humanitaire qui en est la d\u00e9coration n\u00e9cessaire pour entretenir la bonne conscience, proclame qu&rsquo;elle a raison et que ce sont ses archers, ses soldats et ses mercenaires qui n&rsquo;ont pas su y faire. La haine anti-Blair n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un sacrifice de l&rsquo;ex-Premier ministre sur l&rsquo;autel de la raison humaine toujours grosse de ses certitudes modernistes et postmodernistes, humanitaires et moralisantes. Certes, le sacrifice est dor\u00e9 et Blair se porte bien, et lui aussi croit toujours aux certitudes modernistes et postmodernistes, humanitaires et moralisantes. (Aussi comprend-il bien mal que les cohortes lib\u00e9rales et progressistes de la presse londonienne lui en veuillent autant.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPersonne dans ce camp-l\u00e0, qui est celui de la raison humaine triomphante, sauce am\u00e9ricaniste-occidentaliste, n&rsquo;a rien appris, parce que personne n&rsquo;a rien compris, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 comprendre \u00e0 propos de v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 connues avant qu&rsquo;on ne les d\u00e9montre en les appliquant rudement, et qui survivront \u00e9videmment puisqu&rsquo;il suffit d&rsquo;affirmer qu&rsquo;ici ou l\u00e0 (Irak, Afghanistan), elles ont \u00e9t\u00e9 bien mal appliqu\u00e9es. Tony Blair est dans la charrette de ceux qui n&rsquo;ont pas su faire. Plus personne ne l&rsquo;aime. Grande est la fureur des amours trahies et d\u00e9\u00e7ues, si grande qu&rsquo;elle en devient haineuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils se sont tant aim\u00e9s 1er septembre 2010 Est-ce possible ? Est-il possible que, jusqu&rsquo;au bout, et passant d&rsquo;un pr\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;autre avec d\u00e9sinvolture et brio, Tony Blair, l&rsquo;homme de la guerre en Irak, ait eu partie li\u00e9e avec Washington cette fois, pour le lancement de ses m\u00e9moires ? R\u00e9ussir \u00e0 lancer ses m\u00e9moires (titre&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[831,705,9827,10003,3961,10004,5905,2742,7618,5535,10002,4387],"class_list":["post-72231","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-a","tag-blair","tag-humaine","tag-interventionnistes","tag-john","tag-journey","tag-liberaux","tag-memoires","tag-progressistes","tag-raison","tag-rentoul","tag-tony"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72231\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}