{"id":72237,"date":"2010-09-02T10:59:21","date_gmt":"2010-09-02T10:59:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/02\/le-declin-de-lamerique-realite-ou-illusion\/"},"modified":"2010-09-02T10:59:21","modified_gmt":"2010-09-02T10:59:21","slug":"le-declin-de-lamerique-realite-ou-illusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/02\/le-declin-de-lamerique-realite-ou-illusion\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9clin de l&rsquo;Am\u00e9rique: r\u00e9alit\u00e9 ou illusion?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Le d\u00e9clin de l&rsquo;Am\u00e9rique: r\u00e9alit\u00e9 ou illusion? <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLes observateurs des Etats-Unis s&rsquo;accordent en g\u00e9n\u00e9ral aujourd&rsquo;hui \u00e0 reconnaitre le d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine. Ceci qu&rsquo;ils soient am\u00e9ricains ou \u00e9trangers, qu&rsquo;ils le d\u00e9plorent ou qu&rsquo;ils s&rsquo;en r\u00e9jouissent. Mais en prenant un peu de recul, ne faudrait-il pas se demander si la crise &#8211; sinon l&rsquo;effondrement &#8211; des USA, que nous observons et commentons tous, ne serait pas en fait une illusion. Le coeur du syst\u00e8me de puissance am\u00e9ricain ne demeure-t-il pas plus fort que jamais?  Encore faudrait-il savoir l&rsquo;identifier l\u00e0 o\u00f9 il r\u00e9side dor\u00e9navant. <\/p>\n<h3>Sur l&rsquo;<em>Imposture am\u00e9ricaine<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUn bon repr\u00e9sentants des auteurs qui d\u00e9crivent la fin de la puissance am\u00e9ricaine, apr\u00e8s avoir pr\u00e9c\u00e9demment analys\u00e9 ses modalit\u00e9s et les risques qu&rsquo;elle faisait courir au reste du monde, est Jean-Philippe Immarigeon.  Jean Philippe Immarigeon est un analyste politique tr\u00e8s vers\u00e9 en g\u00e9opolitique. Il est chroniqueur \u00e0 la <em>Revue de D\u00e9fense Nationale<\/em> et publie le blog <em>American parano<\/em> dont nous conseillons la fr\u00e9quentation (<a href=\"http:\/\/americanparano.blog.fr\/\" class=\"gen\">http:\/\/americanparano.blog.fr\/<\/a>). M\u00eame s&rsquo;il est relativement connu aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un petit nombre d&rsquo;esprits cultiv\u00e9s, sa r\u00e9putation n&rsquo;est pas encore selon nous \u00e0 la hauteur de ce que m\u00e9riterait la finesse et le caract\u00e8re tr\u00e8s document\u00e9 de ses \u00e9crits. Il est vrai que l&rsquo;establishment politique et m\u00e9diatique euro-atlantique a du le classer parmi les repr\u00e9sentants de l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme primaire, afin de ne pas lui donner la parole. Pourtant sa d\u00e9marche nous para\u00eet tout \u00e0 fait scientifique, et d\u00e9pourvue d&rsquo;animosit\u00e9: essayer de comprendre d&rsquo;o\u00f9 provient, comment s&rsquo;articule et par quelles voies s&rsquo;exprime l&rsquo;illusion bizarre qui anime la plupart des Am\u00e9ricains, celle d&rsquo;\u00eatre les  porteurs d&rsquo;un nouvel \u00e9vangile devant lequel le reste du monde devra s&rsquo;incliner. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn dehors de son blog pr\u00e9cit\u00e9, au titre significatif bien qu&rsquo;ambigu,  <em>American parano<\/em> (sont-ce les Am\u00e9ricains qui sont parano\u00efaques ou nous m\u00eames qui les adorons sans jamais les critiquer?) Jean Philippe Immarigeon avait \u00e9crit deux livres qui pr\u00e9cisaient  brillamment ses r\u00e9ticences \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;americano-manie: <em>American parano<\/em> consacr\u00e9 meilleur essai politique pour 2006 par le magazine Lire, et <em>Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain<\/em> (2007). Depuis cependant a \u00e9clat\u00e9 la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique mondiale de 2007\/2008 dont le syst\u00e8me am\u00e9ricain a \u00e9t\u00e9 le principal responsable, dans le m\u00eame temps que l&rsquo;Am\u00e9rique accumulait les \u00e9checs ou les impasses militaires. L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Barack Obama, universellement pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme le sauveur du syst\u00e8me,  semble n&rsquo;avoir rien arrang\u00e9. Il convenait donc de reprendre avec de nouveaux arguments l&rsquo;analyse du d\u00e9clin am\u00e9ricain, tout en posant en filigrane la question de savoir pourquoi l&rsquo;atlantisme continuait en Europe \u00e0 s\u00e9duire tellement les \u00e9lites. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est ce que fait le 3e essai de Jean Philippe Immarigeon,  publi\u00e9 en 2009,  <em>L&rsquo;imposture am\u00e9ricaine. Splendeur et mis\u00e8re de l&rsquo;Oncle Sam<\/em> (BE Bourin \u00e9diteur, 2009) qui  se termine par un chapitre intitul\u00e9 <em>Terminus Am\u00e9rique<\/em> et par cette phrase \u00ab<em>Il ne sera pas une seconde fois l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>\u00bb qui en r\u00e9sume le sens g\u00e9n\u00e9ral. Ce livre m\u00e9rite quelques mots de pr\u00e9sentation avant que nous en venions en seconde partie au th\u00e8me m\u00eame du pr\u00e9sent article. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ouvrage comporte 4 chapitres. Le premier, <em>l&rsquo;Am\u00e9rique d\u00e9faite<\/em>, recense les \u00e9checs enregistr\u00e9 depuis l&rsquo;\u00e9lection de Barack Obama: l&rsquo;impuissance profonde de celui-ci malgr\u00e9 les promesses, initiales; le recul de la diplomatie am\u00e9ricaine face \u00e0 la Russie dans le Caucase et en Europe orientale; l&rsquo;incapacit\u00e9 de la plus forte arm\u00e9e du monde \u00e0 l&#8217;emporter en Irak et en Afghanistan, malgr\u00e9 le vertige de la puissance mat\u00e9rielle, navale et a\u00e9rienne; la crise financi\u00e8re d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant en crise \u00e9conomique qui frappe en premier chef les \u00e9pargnants am\u00e9ricains; l&rsquo;imposture de la mondialisation lib\u00e9rale qui fait triompher partout le <em>made in China<\/em> en g\u00e9n\u00e9rant des d\u00e9serts industriels et un appauvrissement g\u00e9n\u00e9ral en Am\u00e9rique m\u00eame;  l&rsquo;approche enfin de la crise environnementale qui va sans doute voir l&rsquo;Am\u00e9rique incapable malgr\u00e9 ses affirmations de se d\u00e9sengager de son addiction aux \u00e9nergies fossiles. Les \u00e9checs en Irak et en Afghanistan sont d&rsquo;un lugubre pr\u00e9sage pour la puissance am\u00e9ricaine (comme pour ceux, ajouterons-nous, qui pensent pouvoir s&rsquo;abriter derri\u00e8re elle): la guerre du faible au fort, dite aussi de 4e g\u00e9n\u00e9ration, se r\u00e9v\u00e8le capable de frapper d&rsquo;impuissance les  armements les plus sophistiqu\u00e9s. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un message \u00e0 m\u00e9diter pour les pays qui n&rsquo;auront pas pris conscience de cette nouvelle menace mondiale et ne se pr\u00e9parent pas \u00e0 l&rsquo;affronter.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe second chapitre, <em>Cette promesse d&rsquo;un monde parfait<\/em>, s&rsquo;efforce d&rsquo;aller plus en profondeur \u00e0 la recherche des causes quasiment psychologiques qui ont rendu les Am\u00e9ricains si certains de porter le message dont le monde a besoin et si fragiles en ne percevant pas les failles de cette certitude. Pour Immarigeon, le biais qui depuis les origines a fauss\u00e9 le regard port\u00e9 par les Am\u00e9ricains sur le monde tient \u00e0 un d\u00e9tournement du cart\u00e9sianisme. Celui-ci est pr\u00e9sent\u00e9 comme une philosophie  mieux vaudrait dire tout simplement une croyance  selon laquelle existe un monde en soi inconnu mais parfaitement rationnel, <em>Res extensa<\/em>, que la raison <em>Res cogitans<\/em> doit \u00eatre capable de d\u00e9chiffrer. Les P\u00e8res fondateurs de la R\u00e9publique am\u00e9ricaine s&rsquo;en seraient inspir\u00e9s, ouvrant un vaste champ aux  recherches et aux innovations techno-scientifiques, auxquelles les Am\u00e9ricains continueraient aujourd&rsquo;hui \u00e0 faire massivement confiance. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA priori, connaissant les ravages que fait actuellement dans la science et la pens\u00e9e am\u00e9ricaines la mont\u00e9e apparemment difficile \u00e0 contenir  du cr\u00e9ationnisme et des mythologies \u00e9vang\u00e9liques, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;exc\u00e8s de rationalisme qui nous inqui\u00e9terait. Mais Jean Philippe Immarigeon replace ce rationalisme excessif dans le d\u00e9bat que connaissent bien nos lecteurs, entre la science physique r\u00e9aliste, pour qui il existe un univers en soi dont la science doit d\u00e9couvrir les lois, et la physique quantique pour qui le r\u00e9el est toujours relatif, construit par l&rsquo;interaction al\u00e9atoire entre un observateur\/acteur et un observ\u00e9. Pour lui, la science am\u00e9ricaine, et plus largement la technostructure scientifico-industrielle qui ont fait la puissance et aussi la faiblesse de l&rsquo;Am\u00e9rique, se sont rattach\u00e9s au r\u00eave d\u00e9terministe de la relativit\u00e9 einstenienne compl\u00e9t\u00e9 de la croyance \u00e0 de pr\u00e9tendues variables cach\u00e9s, pour refuser l&rsquo;ind\u00e9termination de la physique quantique jug\u00e9e intuitivement comme europ\u00e9enne, autrement dit contraires aux valeurs am\u00e9ricaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans entrer dans ce d\u00e9bat \u00e9pist\u00e9mologique, on peut convenir plus simplement, avec Jean Philippe Immarigeon,  qu&rsquo;une interpr\u00e9tation d\u00e9formante du cart\u00e9sianisme ou de la rationalit\u00e9 a conduit les Am\u00e9ricains \u00e0 se percevoir comme des enfants  non seulement du <em>melting pot<\/em> migratoire mais du d\u00e9veloppement technologique, commenc\u00e9 d\u00e8s le 19e si\u00e8cle avec les chemins de fer et les villes nouvelles. Mais de la foi en la technologie, ils sont pass\u00e9s rapidement au scientisme, \u00e0 la croyance en un progr\u00e8s universel que l&rsquo;Am\u00e9rique providentielle apporterait au monde et qui donnerait une unit\u00e9 nouvelle au genre humain. Ils ont pu le faire sans grandes difficult\u00e9s, vu qu&rsquo;un immense continent aux ressources encore vierges s&rsquo;ouvraient \u00e0 quelques millions de pionniers. Au  m\u00eame moment, les autres parties du monde affrontaient des raret\u00e9s grandissantes et des d\u00e9mographies galopantes. L&rsquo;optimisme messianique ne pouvait gu\u00e8re y avoir cours<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa contrepartie de la croyance en un monde parfait que la raison individuelle suffit \u00e0 faire d\u00e9couvrir entra\u00eene la croyance en la n\u00e9cessit\u00e9 de laisser jouer l&rsquo;ordre naturel. Les institutions am\u00e9ricaines ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues d\u00e8s les origines pour favoriser  le lib\u00e9ralisme capitaliste. Il existe une Terre vierge qui sera reconstruite par les initiatives des individus, s&rsquo;appuyant sur les sciences et les techniques. Mais il faudra pour cela que les individus acceptent la r\u00e8gle commune impos\u00e9e par les institutions.  Jean Philippe Immarigeon cite Cioran (<em>Histoire et utopie<\/em>, Gallimard 1960) qui indiquait que l&rsquo;utopie entra\u00eene une organisation de la pens\u00e9e, un encadrement des pulsions et des go\u00fbts, le formatage des comportements, des connaissances et du savoir. Sans comparer ce qui n&rsquo;est pas comparable, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;utopie sur le mode am\u00e9ricain \u00e0 celle propos\u00e9e en son temps par les staliniens, force est de reconna\u00eetre qu&rsquo;une telle philosophie politique \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9e de celle r\u00e9gnant encore en Europe, dans la suite de la r\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 3e chapitre de <em>l&rsquo;Imposture am\u00e9ricaine<\/em>, Un moment am\u00e9ricain, insiste sur ce que l&rsquo;auteur, \u00e0 l&rsquo;instar de notre ami Philippe Grasset, appelle le vertige de l&rsquo;id\u00e9al de puissance, s&rsquo;accomplissant dans la ru\u00e9e sur les machines. Il s&rsquo;agit finalement d&rsquo;un id\u00e9al de r\u00e9gression consid\u00e9rant la m\u00e9canisation comme une fin en soi, le progr\u00e8s \u00e9tant li\u00e9 au triomphe de la ferraille. L&rsquo;Europe  avait tent\u00e9 de r\u00e9sister, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle. Elle avait commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir les limites de la science, ou plus exactement du scientisme. En d\u00e9veloppant l&rsquo;ind\u00e9terminisme de la m\u00e9canique quantique (dont les chercheurs \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;origine exclusivement europ\u00e9ens), elle avait refus\u00e9 les d\u00e9terminismes sommaires obligeant \u00e0 penser le monde comme une totalit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;Europe s&rsquo;est suicid\u00e9 durant la seconde guerre mondiale, l&rsquo;Allemagne ayant dans l&rsquo;ensemble et d\u00e8s 1914 c\u00e9d\u00e9 au r\u00eave de la puissance par la ferraille et les autres pays europ\u00e9ens n&rsquo;ayant pas su trouver des voies propres. Tous ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de faire appel et de soumettre \u00e0 la puissance mat\u00e9rielle am\u00e9ricaine qui venait de s&rsquo;affirmer non plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du seul continent am\u00e9ricain mais \u00e0 celle du monde. A partir de la victoire des Etats-Unis en 1945, le complexe militaro-industriel (CMI) formatant la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine a pu penser que le monde lui \u00e9tait d\u00e9sormais ouvert.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe quatri\u00e8me chapitre, <em>Terminus Am\u00e9rique<\/em>, est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on un retour sur le premier. Il montre les illusions vite d\u00e9menties par l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un Francis Fukuyama et du CMI pour qui l&rsquo;Am\u00e9rique devenue hyperpuissance signait la fin de l&rsquo;histoire. Mais l&rsquo;histoire ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e. Le 11 septembre 2001 en a convaincu de fa\u00e7on traumatisante l&rsquo;ensemble des Am\u00e9ricains. L&rsquo;offensive contre l&rsquo;Irak, aujourd&rsquo;hui transf\u00e9r\u00e9e en Afghanistan n&rsquo;a pas sign\u00e9 la fin de l&rsquo;hyperpuissance, mais sa consid\u00e9rable perte d&rsquo;influence. Dans le m\u00eame temps, selon Jean Philippe Immarigeon, l&rsquo;Am\u00e9rique montrant au monde les failles de sa puissance militaire  commence \u00e0 se convaincre des limites su scientisme organisationnel. Obama avait voulu annoncer \u00e0 l&rsquo;univers entier le retour de la puissance am\u00e9ricaine et de son message tut\u00e9laire. Mais n&rsquo;y croient plus que ceux y trouvant des avantages mat\u00e9riels imm\u00e9diats. Obama n&rsquo;aura pas r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9former l&rsquo;Am\u00e9rique, quitte \u00e0 la modifiant de fond en comble comme avait tent\u00e9 de le faire Gorbatchev pour l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Il s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 peu de choses pr\u00e8s ce qu&rsquo;il \u00e9tait sans doute d\u00e8s le d\u00e9but, un pantin (<em>puppet<\/em>) otage et alibi de forces le d\u00e9passant. C&rsquo;en serait donc fini du r\u00eave am\u00e9ricain. Il serait temps que les Europ\u00e9ens s&rsquo;en rendent compte et cherchent ailleurs d&rsquo;autres voies de salut. <\/p>\n<h3>Ne nous r\u00e9jouissons pas trop t\u00f4t<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQue dire de l&rsquo;argumentation d\u00e9velopp\u00e9e par ce livre? Il ne s&rsquo;agit pas de la simple reprise des critiques  multiples d\u00e9velopp\u00e9es depuis le Plan Marshall par ceux qui ont toujours refus\u00e9 l&rsquo;inf\u00e9odation \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme  am\u00e9ricain. Ses analyses se situent plut\u00f4t dans la tradition d&rsquo;un Tocqueville m\u00e2tin\u00e9 de De Gaulle et  admirateur de la r\u00e9volution de 1789, donc dans la meilleure tradition de l&rsquo;esprit et de la culture fran\u00e7aise. Elles nous int\u00e9ressent particuli\u00e8rement ici puisque nous sommes de ceux qui pensent que l&rsquo;Europe ne se fera jamais tant qu&rsquo;elle ne se lib\u00e9rera pas de sa r\u00e9v\u00e9rence b\u00e9ate \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Am\u00e9rique. On ajoutera que le livre ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un essai \u00e9crit sur un coin de table, un soir de mauvaise humeur contre l&rsquo;obamania qui avait saisi le monde au lendemain  de l&rsquo;\u00e9lection de ce dernier. Par l&rsquo;abondance du travail critique soulign\u00e9 par le nombre des sources et r\u00e9f\u00e9rences consult\u00e9es par l&rsquo;auteur, nous sommes en face d&rsquo;un travail d&rsquo;historien qui apprendra beaucoup de choses \u00e0 ses lecteurs. Nous devrions donc en tant que qu&rsquo;europ\u00e9en soucieux de voir l&rsquo;Europe s&rsquo;affranchir enfin de la tutelle am\u00e9ricaine, nous r\u00e9jouir de ce message d&rsquo;espoir. Notre tuteur  l&rsquo;Oncle Sam, en grande partie ill\u00e9gitime,  s&rsquo;enfon\u00e7ant dans la paralysie, nous pourrions enfin nous attacher \u00e0 la construction trop longtemps diff\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une Europe puissante, ind\u00e9pendante et solidaire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais deux raisons, d&rsquo;in\u00e9gale importance, nous emp\u00eachent de nous r\u00e9jouir. D&rsquo;une part, comme le souligne Philippe Grasset, nous sommes tellement impliqu\u00e9s dans le syst\u00e8me de domination am\u00e9ricaine que toute diminution de la puissance am\u00e9ricaine fera de nous les premi\u00e8res victimes des ennemis que l&rsquo;Am\u00e9rique s&rsquo;est forg\u00e9s et qu&rsquo;elle se r\u00e9v\u00e8le incapable de contenir. Nous pensons en particulier \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9misme islamiste. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la m\u00e9ga-crise am\u00e9ricaine est en grande partie due \u00e0 la crise bien plus g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;un syst\u00e8me mondial fond\u00e9 sur le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, face notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement des ressources environnementales, dont la Chine et bien d &lsquo;autres puissances seront comme nous les agents et les victimes. Il nous faudra donc ne pas nous borner \u00e0 nous affranchir des Etats-Unis pour trouver les voies du salut. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais d&rsquo;autre part, et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un peu de r\u00e9flexion s&rsquo;impose, nous ne sommes pas persuad\u00e9s de la justesse de l&rsquo;affirmation de Jean-Philippe Immarigeon et de ceux qui comme lui se font les chroniqueurs du d\u00e9clin de l&rsquo;Am\u00e9rique. Nous commen\u00e7ons en ce qui nous concerne \u00e0 nous demander si la puissance, ou plus exactement l&rsquo;hyperpuissance am\u00e9ricaine, n&rsquo;est pas tout simplement en train de changer de formes et de supports, sans rien perdre de sa virulence mena\u00e7ante. Lorsque l&rsquo;on regarde les dessous g\u00e9opolitiques des cartes, que constate-t-on?  Les diff\u00e9rents Complexes militaro-industriels am\u00e9ricains, ceux de l&rsquo;armement, de l&rsquo;\u00e9nergie, des technologies de la communication, sont plus pr\u00e9sents et actifs que jamais, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du monde globalis\u00e9. Certes, ils peuvent faire des erreurs occasionnelles, mais ils r\u00e9ussissent toujours \u00e0 convaincre les \u00e9pargnants et contribuables du reste du monde \u00e0 soutenir leurs investissements et leurs profits, aussi destructeurs d&rsquo;ailleurs que puissent \u00eatre ceux-ci \u00e0 terme pour le bon \u00e9quilibre de la plan\u00e8te. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, le <em>soft power<\/em> des industries dites culturelles am\u00e9ricaines continue \u00e0 formater les esprits \u00e0 grande \u00e9chelle en se d\u00e9ployant sur les r\u00e9seaux multim\u00e9dias de l&rsquo;infosph\u00e8re et de la cognosph\u00e8re. Quant aux agences de renseignement et de contr\u00f4le des comportements, que ces derniers soient traditionnels  ou num\u00e9riques, elles \u00e9tendent leurs r\u00e9seaux aux activit\u00e9s de milliards d&rsquo;hommes. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir aux pouvoirs pris par la SAIC (<a href=\"http:\/\/www.saic.com\/\" class=\"gen\"> http:\/\/www.saic.com\/<\/a>) Science Application International Corporation. Sous des aspects bien innocents, il s&rsquo;agit d&rsquo;une formidable machine \u00e0 contr\u00f4ler les cerveaux, y compris \u00e9videmment les cerveaux europ\u00e9ens, face \u00e0 laquelle les imitations que cherche \u00e0 s&rsquo;en donner la Chine, par exemple, ne font pas le poids. On pourra lire ce qu&rsquo;en disait il y a dix ans d\u00e9j\u00e0 le r\u00e9seau Voltaire, bien inform\u00e9 sur ce point. Depuis la SAIC et ses ramifications n&rsquo;ont fait que cro\u00eetre et embellir. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn fait, selon notre outil d&rsquo;analyse, pr\u00e9sent\u00e9 dans notre livre Le paradoxe du Sapiens, la puissance am\u00e9ricaine trouve aujourd&rsquo;hui sa base dans le d\u00e9veloppement mondial d&rsquo;un superorganisme de type anthropotechnique, associant sous des formes difficiles \u00e0 identifier  des technologies \u00e9mergentes et des int\u00e9r\u00eats humains. Les Humains dans un tel syst\u00e8me sont repr\u00e9sent\u00e9s par une \u00e9lite de super-riches, milliardaires en $ jouant sur la sc\u00e8ne internationale avec la plus grande aisance. Ils sont principalement am\u00e9ricains mais ils recrutent quelques associ\u00e9s et complices dans d&rsquo;autres parties du monde, dans les pays \u00e9mergents ou \u00e9merg\u00e9s comme en Europe. Tout leur est pr\u00e9texte \u00e0 renforcer leur pouvoir sur le monde, au risque \u00e9videmment d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer par leurs comp\u00e9titions internes la survenue des catastrophes \u00e9cologiques et humaines que l&rsquo;on connait. C&rsquo;est ainsi, au del\u00e0 de l&rsquo;exemple des pollutions p\u00e9troli\u00e8res un temps \u00e0 l&rsquo;affiche, il faut souligner la fa\u00e7on dont ils profitent de la crise environnementale pour mettre en place des solutions de g\u00e9oing\u00e9nierie parfaitement hasardeuses et dangereuses. Elles seront pr\u00e9sent\u00e9es comme devant lutter contre le r\u00e9chauffement climatique et relever de l&rsquo;initiative commerciale (<em>market driven<\/em>). Mais ce seront les citoyens  du monde entier qui en supporteront les co\u00fbts, avant d&rsquo;en faire les frais. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;analyse des nouvelles formes de la puissance am\u00e9ricaine, il faut \u00e9viter tout ang\u00e9lisme. Les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et humains co-associ\u00e9s de fa\u00e7on symbiotique dans ce nouveau syst\u00e8me anthropotechnique ne veulent ou ne peuvent \u00e9videmment pas tenir compte des d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux de leur course \u00e0 la puissance: l&rsquo;effondrement de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine pauvre par exemple, comme l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Europe envahie notamment par un islamisme de combat qu&rsquo;ils contribuent en permanence \u00e0 renforcer. C&rsquo;est pourquoi nous nous \u00e9tonnons de ne pas voir sous la plume de Jean-Philippe Immarigeon la moindre allusion au l&rsquo;hypoth\u00e8se quasiment d\u00e9montr\u00e9e selon laquelle les attentats du 11 septembre auraient \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par le syst\u00e8me de pouvoir am\u00e9ricain. Le MIC y a trouv\u00e9 des arguments pour envahir l&rsquo;Irak et se donner des ennemis contre lesquels mobiliser les sciences et les technologies du complexe. Certes l&rsquo;op\u00e9ration n&rsquo;a pas tout a fait tourn\u00e9 comme le voulaient sans doute ses promoteurs. Mais \u00e0 voir l&rsquo;importance que conserve le budget militaire am\u00e9ricain et la bonne volont\u00e9 des \u00e9pargnants du reste du monde \u00e0 financer le d\u00e9ficit f\u00e9d\u00e9ral, on peut penser que si perdants il y a, ils sont ailleurs qu&rsquo;au sein d&rsquo;une hyperpuissance am\u00e9ricaine plus pr\u00e9sente que jamais. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe ne sont pas  les grands \u00e9mergents, Chine ou Inde, plus que jamais emp\u00eatr\u00e9s dans leurs probl\u00e8mes et en retard de technologies, qui la menaceront. Avis aux Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9clin de l&rsquo;Am\u00e9rique: r\u00e9alit\u00e9 ou illusion? Les observateurs des Etats-Unis s&rsquo;accordent en g\u00e9n\u00e9ral aujourd&rsquo;hui \u00e0 reconnaitre le d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine. Ceci qu&rsquo;ils soient am\u00e9ricains ou \u00e9trangers, qu&rsquo;ils le d\u00e9plorent ou qu&rsquo;ils s&rsquo;en r\u00e9jouissent. 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