{"id":72291,"date":"2010-09-17T18:27:36","date_gmt":"2010-09-17T18:27:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/17\/la-transversale-delaware-bruxelles\/"},"modified":"2010-09-17T18:27:36","modified_gmt":"2010-09-17T18:27:36","slug":"la-transversale-delaware-bruxelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/09\/17\/la-transversale-delaware-bruxelles\/","title":{"rendered":"La transversale Delaware-Bruxelles"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La transversale Delaware-Bruxelles<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t17 septembre 2010  On se permet ici de lier deux \u00e9v\u00e9nements qui para\u00eetraient \u00e0 premi\u00e8re vue fort \u00e9loign\u00e9s. Le premier est la journ\u00e9e des primaires r\u00e9publicaines aux USA, notamment celles de l&rsquo;Etat du Delaware qui a fait grand bruit avec la d\u00e9signation surprenante d&rsquo;une repr\u00e9sentante de <em>Tea Party<\/em>, Christine O&rsquo;Donnell. (Nous en avons beaucoup parl\u00e9, notamment le 16 septembre 2010 \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_zeste_de_citron_16_09_2010.html\" class=\"gen\">deux<\/a> <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-metaphysique_de_tea_party_16_09_2010.html\" class=\"gen\">reprises<\/a>.) Le second de ces deux \u00e9v\u00e9nements est le sommet des chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement de l&rsquo;UE \u00e0 Bruxelles, le 16 septembre, dont, par contre, nous n&rsquo;avons gu\u00e8re parl\u00e9 et dont nous allons parler aussit\u00f4t.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sommet du 16 septembre \u00e9tait prioritairement consacr\u00e9 aux partenariats strat\u00e9giques. L&rsquo;UE en compte plus d&rsquo;une quinzaine. Certains sont essentiels (la Chine, la Russie, les USA), d&rsquo;autres beaucoup moins. Quoi qu&rsquo;il en soit, le partenariat strat\u00e9gique est, selon une de nos sources europ\u00e9ennes et compte tenu des limitations \u00e9videntes que conna\u00eet la politique ext\u00e9rieure de l&rsquo;UE par ailleurs, \u00ab<em>la poutre essentielle, le mat\u00e9riel fondamental de la politique ext\u00e9rieure de l&rsquo;Europe, dans tous les cas de ce qui constitue de facto la politique ext\u00e9rieure de l&rsquo;Europe<\/em>\u00bb. Effectivement, les neuf derniers mois de l&rsquo;UE, avec le nouveau dispositif diplomatique en place sous la direction de Lady Ashton, les concurrences diverses entre Etats membres et leurs affirmations diplomatiques propres, les contraintes de la crise g\u00e9n\u00e9rale et l&rsquo;impopularit\u00e9 de l&rsquo;Europe dans nombre d&rsquo;opinions publiques des Etats membres, etc., montrent les limites d&rsquo;une politique europ\u00e9enne <strong>possible<\/strong>. Dans ce cas, les partenariats strat\u00e9giques constitueraient, par \u00e9limination dirait-on, l&rsquo;essentiel de la politique ext\u00e9rieure, les structures par lesquelles l&rsquo;\u00e9ventuelle puissance de l&rsquo;Europe pourrait \u00eatre affirm\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais il est urgent de d\u00e9terminer \u00e0 la fois les priorit\u00e9s et le contenu de ces partenariats strat\u00e9giques. (Comme disait hier assez astucieusement dans une conf\u00e9rence de presse le pr\u00e9sident de l&rsquo;UE von Rompuy : l&rsquo;Europe a des partenariats strat\u00e9giques, elle n&rsquo;a pas de strat\u00e9gie.) Ces choix constitueraient \u00e9videmment des orientations \u00e9videntes pour la politique ext\u00e9rieure, une fa\u00e7on de donner des consignes et un \u00e9lan \u00e0 cette politique, enfin une obligation d&rsquo;effectivement concevoir une strat\u00e9gie. D&rsquo;o\u00f9, terminait notre source, l&rsquo;importance de ce sommet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEh bien, de quel sommet s&rsquo;agit-il ? Nous devons avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que notre source, malgr\u00e9 tout le respect que nous lui devons, s&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre tromp\u00e9e de sommet puisque, pas une fois, le mot roms n&rsquo;\u00e9tait sorti de sa bouche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Comme l&rsquo;on sait, ce fut effectivement un sommet essentiellement consacr\u00e9 \u00e0 cette communaut\u00e9 des roms, \u00e0 l&rsquo;occasion tr\u00e8s pol\u00e9mique de la politique du pr\u00e9sident Sarkozy \u00e0 cet \u00e9gard, sur ce qu&rsquo;il est convenable d&rsquo;en penser, sur les r\u00e9actions furieuses et \u00e9videmment d\u00e9plac\u00e9es de la vice-pr\u00e9sidente de la Commission, sur l&rsquo;air outrag\u00e9 mais vite am\u00e9nag\u00e9 du pr\u00e9sident Barroso et ainsi de suite. Lorsqu&rsquo;on sut que la politique fran\u00e7aise avait \u00e9t\u00e9, directement ou indirectement qui sait, compar\u00e9 \u00e0 celle des nazis, l&rsquo;horreur et la consternation furent \u00e0 leur comble. Jean-Michel Aphatie, qui n&rsquo;est jamais si bon que quand il reconna\u00eet des qualit\u00e9s au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, loua implicitement la pugnacit\u00e9 de ce pr\u00e9sident, annon\u00e7ant que cela chauffe \u00e0 Bruxelles et qu&rsquo;on fait chauffer les tanks. C&rsquo;\u00e9tait dans <em>Le Grand Journal<\/em> de <em>Canal +<\/em>, hier soir. (\u00ab<em>Le meilleur journal t\u00e9l\u00e9 et celui o\u00f9 l&rsquo;on parle le plus de politique<\/em>\u00bb, selon Philippe Gildas, ancien de la station,  et le comble est que c&rsquo;est peut-\u00eatre vrai.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSarko a donc fait fl\u00e8che de tout bois, il a affich\u00e9 une posture furieuse et d\u00e9termin\u00e9e, il a parl\u00e9 franc et net, il a d\u00e9fendu la France, il a affirm\u00e9 la souverainet\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale,  il nous a sauv\u00e9s, en quelque sorte. D&rsquo;une fa\u00e7on qu&rsquo;on pourrait croire objective et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, comme on dit Bravo l&rsquo;artiste, Eric Ciotti, secr\u00e9taire national de l&rsquo;UMP charg\u00e9e de la s\u00e9curit\u00e9, a observ\u00e9, en vrai philosophe de la politique, que \u00ab[\u00e7a] <em>a rompu avec l&rsquo;ambiance un peu terne de Bruxelles. Le pr\u00e9sident a dit les choses: il a refus\u00e9 que la France soit attaqu\u00e9e, stigmatis\u00e9e. Il a eu raison d&rsquo;exprimer un peu sa col\u00e8re&#8230; Le langage diplomatique c&rsquo;est bien, mais \u00e0 un moment, il faut pouvoir se dire les choses. Le pr\u00e9sident Sarkozy est un homme de v\u00e9rit\u00e9, de transparence,<\/em> [qui a le m\u00e9rite de savoir] <em>mettre les choses sur la table<\/em>\u00bb Voil\u00e0 un brave, dira-t-on plus tard, comme l&rsquo;on parlerait d&rsquo;un grognard qui fut \u00e0 Austerlitz.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSarkozy n&rsquo;eut de cesse d&rsquo;expliquer qu&rsquo;au cours du repas de Bruxelles, tous les autres chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement, nous disons bien <strong>tous<\/strong>, avaient affirm\u00e9 leur soutien \u00e0 la France victime d&rsquo;une attaque aussi vile. (Et comme Sarko, c&rsquo;est la France, c&rsquo;est le pr\u00e9sident qui obtint ce soutien.) Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais rentra \u00e0 Paris avec le secret espoir,  et cet espoir justifi\u00e9 par son h\u00e9ro\u00efsme,  que cette l&rsquo;attitude qu&rsquo;il avait montr\u00e9e \u00e0 Bruxelles se traduirait par une hausse de sa cote de popularit\u00e9 dans les sondages. On ne peut pas emp\u00eacher cette sorte d&rsquo;appr\u00e9ciation, sans n\u00e9cessairement la condamner m\u00eame si elle ressemble au r\u00e9sultat d&rsquo;un calcul.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais soyons justes, c&rsquo;est-\u00e0-dire assez \u00e9quilibr\u00e9 Toutes ces \u00e9minences et excellences ne parl\u00e8rent pas que des roms. On passa aussi en revue les autres sujets, mais tr\u00e8s vite, par obligation et n\u00e9cessit\u00e9, m\u00eame si certains d&rsquo;entre eux aurait voulu s&rsquo;y attarder pour tenter de faire avancer des probl\u00e8mes importants o\u00f9 l&rsquo;on est tr\u00e8s loin de la conceptualisation n\u00e9cessaire (de la strat\u00e9gie r\u00e9clam\u00e9e par von Rompuy). Dans tous les cas, rien de ce qu&rsquo;on attendait et rien de ce qu&rsquo;il aurait <strong>fallu<\/strong> en attendre. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi ne fut-il gu\u00e8re question,  ou, disons, si peu par rapport \u00e0 ce qui paraissait n\u00e9cessaire,  des partenariats strat\u00e9giques \u00e0 ce sommet de l&rsquo;UE. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, notre source avait anticip\u00e9 involontairement cette issue en pr\u00e9cisant, lors de notre entretien \u00e0 ce propos, avant le sommet, que le plus caract\u00e9ristique dans la situation actuelle est tout de m\u00eame que personne n&rsquo;avait vraiment d&rsquo;id\u00e9es pr\u00e9cises \u00e0 ce propos, sur l&rsquo;orientation, les choix \u00e0 faire, etc., et que cela refl\u00e9tait, selon elle, \u00ab<em>le vide de la situation politique actuelle, l&rsquo;impuissance souvent visible des dirigeants<\/em>\u00bb. Le sommet d\u00e9montra la justesse du propos par l&rsquo;absurde ; on se r\u00e9unissait pour tenter effectivement d&rsquo;en parler sur le fond, de d\u00e9terminer une position, l\u00e0 o\u00f9 personne n&rsquo;en avait vraiment et o\u00f9 il fallait avancer pour tenter d&rsquo;en d\u00e9terminer une ; on n&rsquo;en parla que fort peu, \u00e0 cause d&rsquo;une circonstance qu&rsquo;on jugeait urgente, ce qui correspondait finalement \u00e0 une certaine r\u00e9alit\u00e9 de la situation puisqu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral personne ne savait gu\u00e8re quoi en dire pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 moins d&rsquo;une discussion approfondie qui n&rsquo;eut pas lieu Ainsi soit-il.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela act\u00e9, quel rapport avec le Delaware et la d\u00e9signation de Christine O&rsquo;Donnell, de <em>Tea Party<\/em>, \u00e0 ce point qu&rsquo;on se permette de parler de transversale ? Le rapport est dans ceci que les deux \u00e9v\u00e9nements ont montr\u00e9 une d\u00e9marche assez similaire dans l&rsquo;appr\u00e9ciation et l&rsquo;interpr\u00e9tation des choses fondamentales par rapport aux choses secondaires. Le vrai probl\u00e8me que signale <em>Tea Party<\/em>, au travers de son affirmation politique et \u00e9lectorale, ce sont la col\u00e8re du public et sa rupture antagoniste avec l&rsquo;<em>establishment<\/em> ; mais ce vrai probl\u00e8me est en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9vacu\u00e9 derri\u00e8re les appr\u00e9ciations symboliques et id\u00e9ologiques, comme, par exemple, l&rsquo;appr\u00e9ciation que nous en donne <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tea_party_et_la_narrative_moraliste_du_systeme_17_09_2010.html\" class=\"gen\">Michael Tomasky<\/a>. Le vrai probl\u00e8me qui devait \u00eatre \u00e9voqu\u00e9, ou \u00e0 tout le moins illustr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union de l&rsquo;UE de Bruxelles, c&rsquo;\u00e9tait celui des partenariats strat\u00e9giques et, <em>in fine<\/em>, de l&rsquo;impuissance actuelle de la communaut\u00e9  politique qui nous dirige \u00e0 prendre une attitude \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 susciter une politique europ\u00e9enne, \u00e0 justifier fondamentalement la construction europ\u00e9enne \u00e0 cet \u00e9gard alors qu&rsquo;elle affirme que c&rsquo;est une chose essentielle, et ainsi de suite ; mais ce vrai probl\u00e8me fut \u00e9lud\u00e9, donc non r\u00e9solu, par le m\u00eame processus que dans le cas pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;observons pas une similitude de circonstances, ni m\u00eame d&rsquo;intention, ni de quoi que ce soit de ce genre. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une similitude m\u00e9thodologique s&rsquo;exprimant par une similitude dans l&rsquo;encha\u00eenement des circonstances, aboutissant \u00e0 un r\u00e9sultat \u00e9quivalent d&rsquo;\u00e9carter une r\u00e9alit\u00e9 politique extr\u00eamement importante et pressante, pour la remplacer par une autre r\u00e9alit\u00e9, charg\u00e9e de symbolisme, de moralisme, etc., mais dont on peut douter qu&rsquo;il soit imp\u00e9ratif d&rsquo;en discuter \u00e0 cette heure-l\u00e0, et dans ces circonstances-l\u00e0. Il y a alors l&rsquo;\u00e9vocation, consid\u00e9r\u00e9e comme bien plus pressante, des probl\u00e8mes soulev\u00e9s par cette autre r\u00e9alit\u00e9 au nom de certains principes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9videmment fabriqu\u00e9s, eux-m\u00eames, \u00e0 la place o\u00f9 on les met et au moment o\u00f9 on les affiche, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;ils dissimulent conjoncturellement les vrais probl\u00e8mes ; et cette dissimulation des vrais probl\u00e8mes, dans la mesure o\u00f9 leur exposition, \u00e0 ce moment et dans ces circonstances, mettrait en \u00e9vidence essentiellement l&rsquo;impuissance et la paralysie des gens de la communaut\u00e9  politique qui nous dirige.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela d\u00e9finit une \u00e9poque.<\/p>\n<h3>La tactique de la d\u00e9flexion-r\u00e9duction<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9blayons d&rsquo;abord. Il ne peut nous venir \u00e0 l&rsquo;esprit de juger comme insignifiants et sans int\u00e9r\u00eat le probl\u00e8me du populisme impliqu\u00e9 dans les jugements de Tomaski sur <em>Tea Party<\/em>, les probl\u00e8mes de l&rsquo;immigration et de la souverainet\u00e9 nationale impliqu\u00e9s dans le probl\u00e8me des roms tels qu&rsquo;il fut r\u00e9sum\u00e9 par les invectives de la Commissaire europ\u00e9enne \u00e0 la justice. Tout cela existe et m\u00e9rite de l&rsquo;attention. Dans les circonstances \u00e9voqu\u00e9es, pourtant, il se trouve que le r\u00f4le principal que tout cela joue,  sans assurer aucun r\u00e9sultat d\u00e9cisif dans les domaines concern\u00e9s,  est d&rsquo;assurer une <strong>d\u00e9flexion<\/strong> arbitraire des n\u00e9cessit\u00e9s, marqu\u00e9e qualitativement par une <strong>r\u00e9duction<\/strong> forc\u00e9e arbitrairement de l&rsquo;importance de ces n\u00e9cessit\u00e9s. Cette circonstance r\u00e9ussit, essentiellement, \u00e0 cause du poids terroriste que le <em>corpus<\/em> moralisant qui remplace aujourd&rsquo;hui la politique exerce sur les volont\u00e9s, les \u00e9nergies, voire sur les intelligences. Dites le mot nazi, l&rsquo;expression nettoyage ethnique, le mot populisme, et la marche, le discours, voire m\u00eame la respiration du sujet,  on parle d&rsquo;un chef d&rsquo;Etat ou de gouvernement, sont absolument fig\u00e9s, voire paralys\u00e9s,  et les explications qui s&rsquo;imposent se traduisent par des invectives et des entretiens fi\u00e9vreux, dans un climat de tension et d&rsquo;antagonisme, comme si le sort du monde en d\u00e9pendait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose n&rsquo;est pas nouvelle mais elle prend aujourd&rsquo;hui des dimensions d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de gouvernement et, dans les circonstances pressantes que nous connaissons, d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de civilisation. Ce qui fait toute la diff\u00e9rence, c&rsquo;est \u00e9videmment la disproportion consid\u00e9rable entre les probl\u00e8mes consid\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Dans le cas am\u00e9ricaniste, on \u00e9carte le probl\u00e8me colossal de la rupture entre l&rsquo;opinion publique et la population d&rsquo;une part, et l&rsquo;<em>establishment<\/em> d&rsquo;autre part, au profit d&rsquo;une enqu\u00eate terroriste sur les v\u00e9ritables sentiments de l&rsquo;organisation qui exprime cette rupture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Dans le cas europ\u00e9en, on \u00e9carte le probl\u00e8me r\u00e9current et non moins colossal de l&rsquo;existence et de l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;Europe, pour un probl\u00e8me d&rsquo;une importance discutable, d\u00e9pendant de lois nationales, qui n&rsquo;aurait jamais d\u00fb \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s dans les termes o\u00f9 il le fut, et qui aurait d\u00fb \u00eatre r\u00e9solu d&rsquo;un simple haussement d&rsquo;\u00e9paules de la part des autorit\u00e9s nationales face \u00e0 une Commissaire europ\u00e9enne \u00e9nerv\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les deux cas, la rh\u00e9torique et l&rsquo;\u00e9motion s&rsquo;attachant \u00e0 la moralisation terroriste de la politique, jusqu&rsquo;\u00e0 transformer la politique en rh\u00e9torique moralisante et \u00e9motionnelle, ont acquis une telle puissance de pression sur les psychologies qu&rsquo;elles imposent effectivement des changements complets d&rsquo;orientation et de choix des priorit\u00e9s. (Cette id\u00e9e joue \u00e9galement dans l&rsquo;\u00e9nervement de la Commissaire europ\u00e9enne, vice-pr\u00e9sidente de surcro\u00eet, venue d&rsquo;un petit pays o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence morale, \u00e9galitaire par d\u00e9finition, est particuli\u00e8rement importante dans la mesure o\u00f9 elle para\u00eet combler les diff\u00e9rences de puissance et de souverainet\u00e9 entre Etats membres.) Bien entendu, ce proc\u00e9d\u00e9 ne date pas non plus d&rsquo;hier mais il est aujourd&rsquo;hui favoris\u00e9 au maximum, d&rsquo;une part par la puissance du syst\u00e8me de la communication qui r\u00e9pand la <em>narrative<\/em> moralisante, d&rsquo;autre part par la complaisance des hommes politiques, fort heureux de n&rsquo;avoir pas \u00e0 affronter les probl\u00e8mes fondamentaux qui s&rsquo;accumulent et face auxquels ils sont d\u00e9sarm\u00e9s sans qu&rsquo;on puisse leur faire reproche de cette pirouette. De m\u00eame que la pression du syst\u00e8me de la communication qui rel\u00e8ve de l&rsquo;automatisme syst\u00e9mique, cette complaisance n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement consciente tant est grande la moralisation terroriste, et tant est facile l&rsquo;acceptation par la psychologie de cette tactique de d\u00e9flexion-r\u00e9duction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe constat plus g\u00e9n\u00e9ral auquel on est conduit est qu&rsquo;il y a l\u00e0 un processus m\u00e9canique, favoris\u00e9, voire m\u00eame instrumentalis\u00e9 par le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, notamment par le syst\u00e8me de la communication qui est une des deux branches du syst\u00e8me. En d\u00e9veloppant cette pression permanente, le syst\u00e8me de la communication permet effectivement de mettre \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;une \u00e9ventuelle appr\u00e9ciation critique les crises fondamentales qui sont le produit de l&rsquo;autre branche du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, le syst\u00e8me du technologisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes tr\u00e8s rares cas o\u00f9 ce dispositif est contourn\u00e9, sont les cas de crises extr\u00eames, explosives (r\u00e9f\u00e9rendum sur l&rsquo;Europe de mai 2005, avec le non fran\u00e7ais, crise de l&rsquo;effondrement de Wall Street du 15 septembre 2008). Mais l&rsquo;on voit que le syst\u00e8me reprend tr\u00e8s rapidement et ais\u00e9ment le dessus et toute son influence sur les hommes politiques qui, \u00e0 nouveau, n&rsquo;attendent que ce r\u00e9pit pour abandonner leur \u00e9ventuelle entreprise de r\u00e9formisme. (Un cas typique se trouve dans le comportement de Sarkozy qui, dix jours apr\u00e8s 15\/9, le 25 septembre 2008 \u00e0 Toulon, pronon\u00e7a un discours o\u00f9 il mettait en cause le syst\u00e8me capitaliste tel qu&rsquo;il existe. Ces ambitions r\u00e9formistes radicales dur\u00e8rent jusqu&rsquo;en novembre. D\u00e9but 2009, elles avaient disparu.) Le constat est donc qu&rsquo;en toutes les occasions, le syst\u00e8me r\u00e9duit les volont\u00e9s  et l&rsquo;autonomie de d\u00e9cision des hommes politiques, sans la moindre r\u00e9sistance de leur part, et m\u00eame au contraire. Cela semble \u00eatre paradoxalement de plus en plus vrai, \u00e0 mesure que s&rsquo;approfondit la crise, parce que le syst\u00e8me se fait de plus en plus pressant et les capacit\u00e9s de r\u00e9sistance \u00e0 ces pressions des hommes politiques, de plus en plus r\u00e9duites. Bien s\u00fbr, dans cette circonstance, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de d\u00e9flexion et de r\u00e9duction que constitue la rh\u00e9torique moralisante est utilis\u00e9 \u00e0 point.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela ne signifie pas <strong>seulement<\/strong> que nos dirigeants politiques sont prisonniers (et le plus souvent, prisonniers consentants). Ils le sont depuis longtemps, prisonniers, mais il appara\u00eet de plus en plus probable que cet emprisonnement est de plus en plus renforc\u00e9, au point qu&rsquo;on peut sugg\u00e9rer qu&rsquo;ils resteront prisonniers jusqu&rsquo;au bout, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 catastrophique de fonctionnement du syst\u00e8me. Ils sont prisonniers, m\u00eame pour \u00eatre emp\u00each\u00e9s d&rsquo;intervenir en faveur d&rsquo;une tentative de r\u00e9forme <em>in extremis<\/em> du syst\u00e8me ; le syst\u00e8me repousse toute possibilit\u00e9 d&rsquo;intervention, s&rsquo;estimant autosuffisant et suffisamment puissant pour surmonter sa propre crise, et facilitant ainsi d\u00e9cisivement son effondrement, selon sa d\u00e9marche suicidaire. L&rsquo;effondrement du syst\u00e8me se r\u00e9alisera sans que les dirigeants politiques qui se trouvent dans une position de gestion op\u00e9rationnelle de ce syst\u00e8me ne puissent faire quoi que ce soit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<BR<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La transversale Delaware-Bruxelles 17 septembre 2010 On se permet ici de lier deux \u00e9v\u00e9nements qui para\u00eetraient \u00e0 premi\u00e8re vue fort \u00e9loign\u00e9s. Le premier est la journ\u00e9e des primaires r\u00e9publicaines aux USA, notamment celles de l&rsquo;Etat du Delaware qui a fait grand bruit avec la d\u00e9signation surprenante d&rsquo;une repr\u00e9sentante de Tea Party, Christine O&rsquo;Donnell. 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