{"id":72403,"date":"2010-10-27T10:49:51","date_gmt":"2010-10-27T10:49:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/10\/27\/pour-une-europe-forteresse\/"},"modified":"2010-10-27T10:49:51","modified_gmt":"2010-10-27T10:49:51","slug":"pour-une-europe-forteresse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/10\/27\/pour-une-europe-forteresse\/","title":{"rendered":"Pour une Europe forteresse"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Pour une Europe forteresse<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tNDLR: Ce texte constitue la troisi\u00e8me version, modifi\u00e9e apr\u00e8s discussion, d&rsquo;un premier projet publi\u00e9 sur divers.  La discussion reste ouverte. Le document reprend en les actualisant un certain nombre des points d\u00e9velopp\u00e9s dans le livre de Jean-Paul Baquiast, <em>L&rsquo;Europe et le vide de puissance<\/em>. Voir aussi de Jean Claude Empereur, un autre \u00e9clairage sur la m\u00eame question : <em>Pour une vision g\u00e9opolitique europ\u00e9enne<\/em> <a href=\"http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=518&#038;r_id=\" class=\"gen\">http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=518&#038;r_id=<\/a> <\/p>\n<h4>Plan<\/h4>\n<p>Avant propos. Le pr\u00e9tendu mur de la Dette<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIntroduction. Est-il bien opportun de proposer la mise en place d&rsquo;une Europe Forteresse? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tChapitre 1. Faire de l&rsquo;Europe une forteresse <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1.1. Que faut-il entendre par forteresse ? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1.2. Le 21e si\u00e8cle, si\u00e8cle des menaces <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1.3. Le devoir de se fortifier<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tChapitre 2. Strat\u00e9gies <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2.1. Epargner pour investir sur fonds propres : un grand fonds strat\u00e9gique europ\u00e9en<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques mots sur la dette<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tInvestir pour quoi faire? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2.2.  Construire un appareil politico-administratif moderne<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2.3. Faire de l&rsquo;Europe la championne de la n\u00e9cessaire coop\u00e9ration internationale. <\/p>\n<h3>Avant propos  Le pr\u00e9tendu mur de la Dette<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPeu de Fran\u00e7ais savent que la Loi n\u00b073-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, dite aussi Loi Pompidou-Giscard, pr\u00e9cisait dans son article 25 que \u00ab<em>Le Tr\u00e9sor public ne peut \u00eatre pr\u00e9sentateur de ses propres effets \u00e0 l&rsquo;escompte de la Banque de France<\/em>\u00bb. La mesure avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme destin\u00e9e \u00e0 limiter les risques d&rsquo;inflation et la croissance de d\u00e9ficits budg\u00e9taires consacr\u00e9s \u00e0 financer des d\u00e9penses courantes. Mais il est clair qu&rsquo;en fait, elle \u00e9tait surtout destin\u00e9e \u00e0 conserver aux banques le privil\u00e8ge de cr\u00e9er de la monnaie pour l&rsquo;Etat, en percevant les int\u00e9r\u00eats de ces pr\u00eats et plus directement, en conservant le pouvoir de contr\u00f4ler indirectement  les politiques publiques.   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe texte a \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9 le 4 ao\u00fbt 1993 \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;entr\u00e9e de la France dans la monnaie unique europ\u00e9enne et le transfert d&rsquo;une partie des comp\u00e9tences de la Banque de France \u00e0 la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE). Mais \u00e0 la demande de certains Etats-membres, plus particuli\u00e8rement de l&rsquo;Allemagne, la BCE n&rsquo;est pas pour le moment autoris\u00e9e \u00e0 racheter la dette des Etats. Ceux-ci sont donc oblig\u00e9s de s&rsquo;adresser aux capitaux priv\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl en r\u00e9sulte des pertes (en termes d&rsquo;int\u00e9r\u00eats de la dette) consid\u00e9rables pour les Tr\u00e9sors publics. De plus, les budgets des Etats sont soumis en permanence au contr\u00f4le des agences de notation. Pour ne pas voir d\u00e9grader leurs notations, ce qui augmenterait le montant des int\u00e9r\u00eats \u00e0 verser, les Etats s&rsquo;engagent dans des politiques de r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques aux cons\u00e9quences sociales d\u00e9sastreuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on objecte, m\u00eame \u00e0 gauche, le pr\u00e9tendu mur de la dette \u00e0 tout projet public, m\u00eame lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;investissements tr\u00e8s rentables comme cr\u00e9er de nouvelles universit\u00e9s ou percer les Alpes pour faciliter le ferro-routage. Qui b\u00e9n\u00e9ficie de ces politiques? Les banques et les bourses d&rsquo;abord, interm\u00e9diaires oblig\u00e9es lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de couvrir les d\u00e9ficits publics, les possesseurs de capitaux sp\u00e9culatifs ensuite. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour faire un peu de g\u00e9opolitique, on ajoutera que ces banques et beaucoup de fonds sp\u00e9culatifs ne sont pas principalement europ\u00e9ens, comme ils le pr\u00e9tendent parfois. Ils gravitent autour de Wall Street. Ils sont donc l&rsquo;\u00e9manation du complexe militaro-politico-\u00e9conomique am\u00e9ricain. Or celui-ci a toujours voulu faire de l&rsquo;Europe une base arri\u00e8re dans sa comp\u00e9tition avec le reste du monde. Le pouvoir politico-\u00e9conomique am\u00e9ricain, pour sa part, ne s&rsquo;est jamais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent inqui\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un pr\u00e9tendu mur de la dette. Les candidats du parti r\u00e9publicain et des Tea Parties aux \u00e9lections de mi-mandat en parlent, mais s&rsquo;ils viennent au pouvoir ils ne changeront rien. Les d\u00e9ficits de l&rsquo;administration f\u00e9d\u00e9rale ont toujours \u00e9t\u00e9 report\u00e9s sur les cr\u00e9anciers non am\u00e9ricains en dollar, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s bas. Si les pr\u00eateurs venaient \u00e0 manquer, la Banque f\u00e9d\u00e9rale de r\u00e9serve viendrait en relai. Elle a toujours achet\u00e9 ou vendu des bons du tr\u00e9sor am\u00e9ricain en fonction des besoins de financement. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, ce processus de domination tend aujourd&rsquo;hui \u00e0 se d\u00e9traquer, parce que les d\u00e9ficits budg\u00e9taires am\u00e9ricains actuels sont principalement consacr\u00e9s \u00e0 financer les budgets militaires, or ceux-ci qui sont de moins en moins producteurs d&rsquo;innovations. Mais la volont\u00e9 am\u00e9ricaine d&rsquo;assujettir l&rsquo;Europe \u00e0 travers la dette (les agences de notation) et le FMI ne d\u00e9sarme pas. Elle s&rsquo;exprime avec toujours autant de force \u00e0 travers les milieux europ\u00e9ens gagn\u00e9s \u00e0 sa cause qui influencent en permanence les Etats et les institutions de l&rsquo;Union. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl en r\u00e9sulte qu&rsquo;aucune politique visant \u00e0 faire sauter le mur de la dette et \u00e0 redonner aux Etats et \u00e0 l&rsquo;Europe les moyens de l&rsquo;ind\u00e9pendance et de la puissance ne sera tol\u00e9r\u00e9e. Sortir de l&rsquo;Union europ\u00e9enne comme le r\u00e9clament les populistes de gauche et d&rsquo;extr\u00eame droite ne changera rien. Si l&rsquo;Europe voulait vraiment, crise aidant, se d\u00e9barrasser de l&#8217;emprise am\u00e9ricaine, elle ne pourrait le faire qu&rsquo;en restant group\u00e9e et en adoptant des politiques \u00e9conomiques, budg\u00e9taires et r\u00e9glementaires communes. Les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, plut\u00f4t que demeurer telles un troupeau de moutons apeur\u00e9s \u00e0 la vue du loup, ne pourront survivre qu&rsquo;en se constituant en forteresse imprenable. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes fondations d&rsquo;une telle Forteresse Europe devraient reposer sur une gestion politique de l&rsquo;euro. Faute de pouvoir utiliser l&rsquo;euro pour fortifier sa puissance, comme le font les Etats-Unis avec le dollar, l&rsquo;Union europ\u00e9enne n&rsquo;offre aux citoyens des Etats europ\u00e9ens aucune perspective les rendant sensibles \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sente pour eux l&rsquo;appartenance \u00e0 un ensemble politique dot\u00e9 d&rsquo;une monnaie unique. Rappelons que nous avons pr\u00e9c\u00e9demment rappel\u00e9 la position fermement d\u00e9fendue par le prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie le regrett\u00e9 Emile Allais, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, selon laquelle, il fallait redonner pleinement aux Etats la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er de la monnaie pour financer leurs investissements strat\u00e9giques. Autrement dit, passer par dessus le mur de la dette, en montrant ainsi son caract\u00e8re enti\u00e8rement fictif. <\/p>\n<h3>Introduction : Est-il bien opportun de proposer la mise en place d&rsquo;une Europe Forteresse? <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe terme d&rsquo;Europe Forteresse ou de Forteresse Europe est g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 par les Europ\u00e9ens partisans du libre-\u00e9change pour stigmatiser (on stigmatise beaucoup en ce moment) des compatriotes \u00e9go\u00efstes, aveugles aux n\u00e9cessit\u00e9s et contraintes de la mondialisation, voulant s&rsquo;enfermer sur eux-m\u00eames en esp\u00e9rant ainsi \u00e9chapper \u00e0 la comp\u00e9tition avec le reste du monde. Faut-il pr\u00e9ciser cependant que beaucoup de ceux qui raillent le concept de Forteresse Europe sont g\u00e9n\u00e9ralement les repr\u00e9sentants d&rsquo;entrepreneurs  pour qui le libre-\u00e9change signifie d\u00e9localiser dans les pays pauvres toutes les activit\u00e9s industrielles et de service europ\u00e9ennes. Ils emploient dans des conditions indignes une main-d&rsquo;oeuvre locale \u00e0 $1 par jour, pour revenir en Europe \u00e9couler 10 \u00e0 30 fois plus cher les produits de leurs activit\u00e9s. Ils se gardent bien de r\u00e9investir en Europe les b\u00e9n\u00e9fices ainsi r\u00e9alis\u00e9s. Le plus souvent ils les mettent \u00e0 l&rsquo;abri dans des paradis fiscaux afin de sp\u00e9culer sur l&rsquo;\u00e9nergie, les mati\u00e8res premi\u00e8res, les produits alimentaires et les dettes des Etats. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous pensons pour notre part que redonner toute sa l\u00e9gitimit\u00e9 au concept de  Forteresse Europe serait au contraire indispensable aujourd&rsquo;hui, alors que les opinions publiques europ\u00e9ennes ne se per\u00e7oivent pas encore comme appartenant \u00e0 une puissance g\u00e9opolitique sp\u00e9cifique, en comp\u00e9tition  avec d&rsquo;autres puissances disposant d&rsquo;atouts pouvant \u00eatre sup\u00e9rieurs aux siens. Seules des populations assi\u00e9g\u00e9es peuvent \u00eatre sensibles \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de b\u00e2tir une forteresse leur permettant de r\u00e9sister. Malheureusement les Europ\u00e9ens ne se consid\u00e8rent pas encore comme assi\u00e9g\u00e9s. Pourtant ils le sont. Non pas d&rsquo;abord par d&rsquo;autres populations, mais par des forces politiques, \u00e9conomiques, environnementales  contre lesquelles ils ne savent comment se d\u00e9fendre. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette prise de conscience des dangers s&rsquo;impose pour que les opinions acceptent les changements permettant \u00e0 l&rsquo;Europe de valoriser ses propres avantages et se renforcer. Devrait-elle le faire sur le mode de la forteresse passive, enferm\u00e9e dans ses murailles et incapables de r\u00e9sister aux agressions par la mobilit\u00e9 et l&rsquo;offensive ? Certainement pas. Plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9voquer la ligne Maginot, nous pr\u00e9f\u00e9rerions rappeler le vieux souvenir des forteresses volantes am\u00e9ricaines de la 2e guerre mondiale (Flying Fortress) qui \u00e9taient \u00e0 la fois bien  d\u00e9fendues et capables d&rsquo;actions offensive tr\u00e8s efficaces.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes bonnes \u00e2mes feront valoir une autre objection, s&rsquo;inspirant de la morale. Si les Europ\u00e9ens pr\u00e9tendaient se barricader derri\u00e8re des murs, \u00e0 partir desquels ils pourraient lancer des offensives leur permettant de se d\u00e9fendre sur un mode plus actif, ne feraient-ils pas preuve d&rsquo;un \u00e9go\u00efsme odieux, au regard de tous les peuples mis\u00e9rables? Admettons qu&rsquo;effectivement, avec le concept de Forteresse Europe, sous-entendant le passage \u00e0 ne v\u00e9ritable \u00e9conomie de guerre, comme nous le verrons, les Europ\u00e9ens voudraient d&rsquo;abord se prot\u00e9ger de ceux qui veulent les assujettir et s&#8217;emparer de ce qui leur reste de ressources. Ce ne serait pas en se laissant d\u00e9pouiller de tout, en gardant portes et fen\u00eatres grandes ouvertes, comme c&rsquo;est le cas actuellement, qu&rsquo;ils pourraient contribuer \u00e0 la survie de l&rsquo;humanit\u00e9. Mais rien n&rsquo;interdirait \u00e0 l&rsquo;Europe, si elle devenait capable de se prot\u00e9ger elle-m\u00eame, d&rsquo;adopter des causes plus universelles, en y apportant des moyens renouvel\u00e9s. Ceci avait d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 esquiss\u00e9 avant la crise actuelle en mati\u00e8re de protection de l&rsquo;environnement, d&rsquo;aide \u00e0 la lutte contre la faim et la maladie, de soutien aux droits de l&rsquo;homme.    <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour bien faire comprendre le sens que nous souhaitons donner au concept de Forteresse Europe, il faudrait l&rsquo;enrichir des propri\u00e9t\u00e9s dont  notre groupe (voir Jean-Claude Empereur, <a href=\"http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=518\" class=\"gen\">http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=518<\/a>) a par ailleurs propos\u00e9 de doter l&rsquo;Europe: une Europe puissante, ind\u00e9pendante, souveraine et solidaire (solidaire d&rsquo;abord en interne mais aussi,  dans la limite du possible, \u00e0 l&rsquo;international). Aucune de ses propri\u00e9t\u00e9s n&rsquo;est incompatible avec ce que devrait \u00eatre selon nous la Forteresse Europe. Le concept serait totalement compatible avec celui d&rsquo;Europe-puissance, que nous avons souvent \u00e9voqu\u00e9 dans d&rsquo;autres \u00e9crits et conf\u00e9rences. Les Europ\u00e9ens sont les seuls au monde \u00e0 se m\u00e9fier de la puissance, sans doute du fait qu&rsquo;ils se souviennent encore des conflits du 20e si\u00e8cle d\u00e9coulant d&rsquo;affrontement entre puissances. Aujourd&rsquo;hui pourtant, outre la superpuissance am\u00e9ricaine qui fait tout pour le rester, les grands Etats ne se cachent pas de vouloir devenir ou redevenir des puissances. C&rsquo;est notamment le cas de la Chine, de l&rsquo;Inde du Br\u00e9sil et de la Russie. Ces Etats se comportent tous,  ouvertement ou de facto, pour devenir des forteresses  en plaidant cependant pour le libre-\u00e9change et la non-intervention, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour que les autres Etats ne puissent se fortifier. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCompte tenu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la pr\u00e9sente note vise \u00e0 pr\u00e9ciser pourquoi l&rsquo;Europe, associ\u00e9e  dans de nombreux  domaines la Russie, devrait s&rsquo;affirmer comme une Forteresse en termes g\u00e9opolitiques. Elle propose ensuite un certain nombre de moyens pour y parvenir. <\/p>\n<h3>Chapitre 1. Faire de l&rsquo;Europe une forteresse <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa g\u00e9opolitique vise \u00e0 rapprocher la politique, interne ou internationale, de la g\u00e9ographie, c&rsquo;est-\u00e0-dire  de la prise en consid\u00e9ration des espaces g\u00e9ographiques et de tous les facteurs impliqu\u00e9s par ceux-ci. Par le terme traditionnel de forteresse, appliqu\u00e9 \u00e0 une entit\u00e9 de type \u00e9tatique, on d\u00e9signe la capacit\u00e9 permettant \u00e0 celle-ci de ne d\u00e9pendre que d&rsquo;elle-m\u00eame dans la prise des grandes d\u00e9cisions la concernant. On parle aussi, comme nous l&rsquo;avons dit, de souverainet\u00e9 et de puissance. Ceci ne peut se concr\u00e9tiser que sur le plan g\u00e9ographique, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te toute enti\u00e8re, d&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre prioritairement en compte la g\u00e9opolitique. Si Forteresse europ\u00e9enne il y a , elle sera n\u00e9cessairement et prioritairement g\u00e9opolitique.  Il s&rsquo;agira d&rsquo;un objectif difficile \u00e0 atteindre, dans un monde globalis\u00e9 aux multiples acteurs  Mais il trouvera toute sa signification quand on constatera qu&rsquo;y renoncer  conduirait \u00e0 la d\u00e9pendance et \u00e0 la servitude. <\/p>\n<h4>1.1. Que faut-il entendre par forteresse ? <\/h4>\n<p>Le concept de forteresse convient sans discussion  quand il s&rsquo;agit de d\u00e9crire de tr\u00e8s grands Etats, disposant d&rsquo;un territoire, d&rsquo;une population, de ressources et d&rsquo;ambitions imp\u00e9riales. Ces attributs en font des acteurs incontestables sur la sc\u00e8ne internationale. La puissance en termes g\u00e9opolitique suppose d&rsquo;abord des moyens militaires. M\u00eame s&rsquo;ils ne sont pas utilis\u00e9s, ils imposent le respect. Elle suppose aussi aujourd&rsquo;hui  la ma\u00eetrise d&rsquo;un grand nombre de  sciences et technologies \u00e9mergentes dites duales, civiles et militaires, gage d&rsquo;ind\u00e9pendance et de d\u00e9veloppement.  Le tout se traduit par de programmes strat\u00e9giques, visant \u00e0 ne laisser \u00e0 aucune autre puissance la possibilit\u00e9 d&rsquo;imposer ses propres choix \u00e9conomiques, politiques et civilisationnels.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, le monde s&rsquo;organise sur le mode dit multipolaire. Un certain nombre de grandes entit\u00e9s ou p\u00f4les g\u00e9opolitiques affirment dor\u00e9navant non seulement leur droit \u00e0 l&rsquo;existence mais leur volont\u00e9 de puissance. Les Etats-Unis, depuis 1945 jusqu&rsquo;aux derni\u00e8res ann\u00e9es, constituaient au plan mondial la seule v\u00e9ritable superpuissance. On a m\u00eame parl\u00e9 d&rsquo;hyperpuissance. D\u00e9sormais , pour diverses raisons sur lesquelles ils n&rsquo;ont plus prise, ils voient leur influence se r\u00e9duire. Ils demeurent une superpuissance. Mais \u00e0 ce rang ils seront sans doute rejoints par la Chine. D&rsquo;autres grandes puissances s&rsquo;affirmeront aussi: l&rsquo;Inde, peut-\u00eatre le Br\u00e9sil. Par ailleurs d&rsquo;anciennes grandes puissances demeureront tr\u00e8s pr\u00e9sentes et influentes: le Japon, la Russie&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis la seconde guerre mondiale, aucun Etat europ\u00e9en \u00e0 lui seul  ne pourrait pr\u00e9tendre se comporter en superpuissance ni m\u00eame en grande puissance. La France l&rsquo;a compris. L&rsquo;Allemagne est en train de redevenir une puissance mondiale et souhaite l\u00e9gitimement s&rsquo;affirmer comme telle. Mais elle demeure tr\u00e8s prudente quand il s&rsquo;agit d&rsquo;exercer son influence. Par contre, regroup\u00e9s au sein de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, les Etats europ\u00e9ens disposeraient de la plupart des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires \u00e0 la puissance mondiale.  Ils poss\u00e8dent  globalement un certain nombre d&rsquo;atouts leur permettant de s&rsquo;imposer dans le dialogue\/comp\u00e9tition entre les autres grandes puissances. Parmi ces atouts figure cet acquis collectif de puissance que repr\u00e9sente la r\u00e9ussite exceptionnelle de la monnaie unique. Pourquoi ne s&rsquo;en servent-ils pas?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl leur manque la volont\u00e9 de s&rsquo;organiser afin de mutualiser leurs forces et mettre en uvre  les politiques communes ad\u00e9quates. Aucune vision ne transcende chez eux les r\u00e9flexes isolationnistes nationaux. Le concept de puissance, utilis\u00e9 sans h\u00e9sitation par les p\u00f4les g\u00e9opolitiques non europ\u00e9ens, leur demeure \u00e9tranger. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux grandes raisons peuvent expliquer ce manque surprenant d&rsquo;ambition: les mauvais souvenirs h\u00e9rit\u00e9s des conflits intraeurop\u00e9ens et des guerres coloniales ayant marqu\u00e9 l&rsquo;Europe au 20e si\u00e8cle, la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et persistante des Etats-Unis pour que ne se construise pas une entit\u00e9 europ\u00e9enne ind\u00e9pendante \u00e9chappant \u00e0 leur influence. Plus le syst\u00e8me am\u00e9ricain sera en crise, moins il admettra l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;Europe en tant que puissance. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut ajouter un facteur auquel bien peu d&rsquo;Europ\u00e9ens sont sensibles: les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et financiers mondialis\u00e9s, notamment par la voix de leurs repr\u00e9sentants tr\u00e8s actifs \u00e0 Bruxelles et dans les capitales europ\u00e9ennes,  ne veulent pas que l&rsquo;Europe prenne conscience de la puissance que leur donnerait la monnaie unique, l&rsquo;euro, pour financer ses propres investissements \u00e0 partir de ses propres \u00e9pargnes. Nous l&rsquo;avons rappel\u00e9 dans notre avant-propos. Inutile d&rsquo;y revenir.  <\/p>\n<h4>1.2. Le 21e si\u00e8cle, si\u00e8cle des menaces<\/h4>\n<p>Le 21e si\u00e8cle sera, plus encore que les pr\u00e9c\u00e9dents, le si\u00e8cle des menaces, certaines pouvant m\u00eame d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en catastrophes plus ou moins \u00e9tendues. Ces menaces sont mondiales. Elles ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9valuations scientifiques s\u00e9rieuses, mais il faut les rappeler car les opinions europ\u00e9enne ont tendance \u00e0 refuser de les voir, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elles s&rsquo;imaginent ne pas se trouver en premi\u00e8re ligne face \u00e0 la mont\u00e9e des risques:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t l&rsquo;\u00e9puisement in\u00e9luctable des ressources naturelles, \u00e0 commencer par les plus essentielles: eau, terres agricoles, mati\u00e8res premi\u00e8res, sources d&rsquo;\u00e9nergies fossiles&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t les transformations en cours du milieu g\u00e9ophysique et biologique: r\u00e9chauffement, mont\u00e9e du niveau des mers, r\u00e9duction sinon disparition de la biodiversit\u00e9&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t  l&rsquo;accroissement du nombre des accidents de type industriel. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t le maintien dans les pays les plus fragiles d&rsquo;une croissance d\u00e9mographique excessive, encore loin de l&rsquo;\u00e9quilibre dit de transition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA ces menaces de type \u00e9cosyst\u00e9mique s&rsquo;ajouteront des menaces socio-politiques. Elles d\u00e9couleront du caract\u00e8re de plus en plus mal ressenti de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 de fait marquant les soci\u00e9t\u00e9s humaines pour l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des ressources de plus en plus rares. Il ne para\u00eet pas r\u00e9aliste d&rsquo;esp\u00e9rer la mise en place de politiques de redistribution efficaces, d\u00e9cid\u00e9es au plan international,  alors que ces menaces se pr\u00e9ciseront et s&rsquo;ajouteront les unes aux autres. Le monde verra donc se maintenir, sinon s&rsquo;accro\u00eetre, les in\u00e9galit\u00e9s entre pays riches et pays pauvres. Par ailleurs, dans tous les pays, riches et pauvres, se maintiendront des in\u00e9galit\u00e9s qui seront de plus en plus mal ressenties, entre minorit\u00e9s dominantes et populations domin\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConcernant les ressources, il ne para\u00eet pas r\u00e9aliste de pouvoir compter, dans ce m\u00eame d\u00e9lai de 10 \u00e0 20 ans, sur les sciences et technologies  pour fournir des solutions applicables \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Si certaines innovations prometteuses se faisaient  jour, leurs retomb\u00e9es ne pourraient  qu&rsquo;\u00eatre locales, renfor\u00e7ant l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 mondiale face aux risques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn cons\u00e9quence, on ne voit pas comment pourrait diminuer le nombre des conflits de toutes sortes entre ceux qui ont et ceux qui n&rsquo;ont pas, conflits attis\u00e9s par les oppositions entre religions, philosophies, murs. Ils pourront se traduire par des guerres de diff\u00e9rentes intensit\u00e9s et sans doute aussi  par des guerres civiles internes. Bien plus s\u00fbrement encore, pour des raisons relevant quasiment de d\u00e9terminismes anthropologiques, on verra aussi se multiplier les actions de type terroriste politico-religieux, s&rsquo;en prenant aux institutions et pouvoirs en place.<\/p>\n<h4>1.3. Le devoir de se fortifier<\/h4>\n<p>Les Etats ou groupes d&rsquo;Etats qui n&rsquo;auront pas compris la n\u00e9cessit\u00e9 de se donner les moyens de la puissance, technologique, politique et le cas \u00e9ch\u00e9ant militaire, risqueront de se faire imposer des formes modernes de colonisation ou plus simplement de se dissoudre. Seule cette puissance, autrement dit la mise en place de la Forteresse Europe \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment,  permettra de conserver ou obtenir l&rsquo;acc\u00e8s, par la n\u00e9gociation ou en cas d&rsquo;\u00e9chec, par la force:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t aux ressources primaires, eau, terres agricoles, mati\u00e8res premi\u00e8res (y compris terres rares)  et \u00e9nerg\u00e9tiques<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t aux espaces strat\u00e9giques, que ce soit sur la Terre (voies de communication par exemple), sur mer  ou dans l&rsquo;Espace. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance de quelques d\u00e9cennies,  aux territoires \u00e9pargn\u00e9s par l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des crises climatiques et \u00e9cosyst\u00e9miques.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Forteresse Europe  sera par ailleurs n\u00e9cessaire pour faire na\u00eetre, conserver ou,  \u00e0 d\u00e9faut, attirer les cerveaux indispensables \u00e0 la construction du capitalisme cognitif au sens donn\u00e9 \u00e0 ce terme par le Pr. Moulier Boutang. Dans un monde globalis\u00e9, ces cerveaux par d\u00e9finition mobiles ne s&rsquo;investiront que l\u00e0 o\u00f9 ils y trouveront des incitations favorables \u00e0 leur propre valorisation.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAjoutons qu&rsquo;elle sera n\u00e9cessaire pour assurer la protection des valeurs repr\u00e9sentant le coeur des civilisations cimentant chaque Etat ou groupe d&rsquo;Etats. Chacun \u00e0 les siennes. Pour l&rsquo;Europe, il s&rsquo;agit entre autres de la d\u00e9mocratie, des droits de l&rsquo;homme, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes, de la libert\u00e9 d&rsquo;expression et de la la\u00efcit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tChacun des grands ensembles composant le monde multipolaire en train de s&rsquo;organiser sera confront\u00e9, de fa\u00e7on plus ou moins brutale, aux menaces et aux besoins \u00e9voqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment. Il r\u00e9agira dans un premier temps de fa\u00e7on \u00e9go\u00efste, en vue de la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats. Dans un second temps, (pr\u00e9vision optimiste), si les menaces se concr\u00e9tisent en catastrophes plus ou moins \u00e9tendues, ces ensembles pourront peut-\u00eatre s&rsquo;accorder sur des politiques globales de sauvetage mutualis\u00e9es au niveau de la plan\u00e8te.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour \u00eatre en mesure de faire face \u00e0 ces menaces ou participer \u00e0 ces politiques de sauvetage, l&rsquo;Europe qui ne pourra compter sur l&rsquo;aide de personne, devra entreprendre les r\u00e9formes radicales lui permettant de se comporter en grande puissance mondiale. Autrement dit, elle devrait au plus t\u00f4t se fortifier en vue d&rsquo;une puissance et d&rsquo;une comp\u00e9titivit\u00e9 qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas encore. <\/p>\n<h3>Chapitre 2. Strat\u00e9gies <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRappelons-le, pour l&rsquo;Europe, devenir une forteresse g\u00e9opolitique  ne signifierait pas poursuivre le r\u00eave impossible de dominer de quelque fa\u00e7on que ce soit le monde. Il s&rsquo;agirait seulement de se mettre \u00e0 m\u00eame de jouer une partition honorable dans un monde devenu comme rappel\u00e9 en introduction multipolaire. De plus, nombreuses sont les  voies permettant d&rsquo;atteindre \u00e0 une tel statut.  Certaines ne seraient  pas accessibles \u00e0 l&rsquo;Europe, pour diverses raisons. D&rsquo;autres au contraire seraient \u00e9minemment conformes \u00e0 ce qu&rsquo;il faut bien appeler son g\u00e9nie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous en pr\u00e9senterons ici trois: \u00e9pargner pour investir  sur fonds propres  construire un appareil politico-administratif moderne   faire de l&rsquo;Europe la championne de la n\u00e9cessaire coop\u00e9ration internationale. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tINTERTITRE2 = 2.1. Epargner pour investir sur fonds propres: un grand fonds strat\u00e9gique europ\u00e9en<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous reprenons ici avec quelques modifications des propositions pr\u00e9sent\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment (<a href=\"http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=446\" class=\"gen\">http:\/\/www.europesolidaire.eu\/article.php?article_id=446<\/a> ) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComment mobiliser l&rsquo;\u00e9pargne europ\u00e9enne au service d&rsquo;investissements strat\u00e9giques \u00e0 long terme? La France pour sa part lance actuellement un Grand emprunt de 35 milliards, et elle dispose d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;un Fonds strat\u00e9gique d&rsquo;investissement (FSI) de quelques milliards, mais avec toutes leurs limites tant hexagonales ( projets franco-fran\u00e7ais), qu&rsquo;en termes de montants ( mod\u00e9r\u00e9s par n\u00e9cessit\u00e9)  et de contraintes de financement ou de remboursement aux pr\u00e9teurs (fran\u00e7ais et \u00e9trangers) via le budget de l&rsquo;Etat et la Dette Publique (donc in fine par les contribuables) \u00e0 des taux n\u00e9cessairement \u00e9lev\u00e9s.  Il existe \u00e9galement un Fonds europ\u00e9en d&rsquo;investissement (FEI), mais aux moyens fort r\u00e9duits, orient\u00e9 exclusivement sur les PME\/PMI, et \u00e9manation de la Banque europ\u00e9enne d&rsquo;investissement (BEI), donc l\u00e0 encore \u00e0 capitaux publics.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proposons ici un projet \u00e0 la fois beaucoup  plus ambitieux et beaucoup moins contraignant, \u00e0 savoir la mise en place  d&rsquo;un Fonds strat\u00e9gique europ\u00e9en dot\u00e9 en r\u00e9gime de croisi\u00e8re d&rsquo;environ 1.500 \u00e0 2.000 milliards d&rsquo;euros de fonds propres ( soit l&rsquo;\u00e9quivalent des r\u00e9serves de change de la Chine ou du PIB fran\u00e7ais ), avec des capitaux investis d&rsquo;une mani\u00e8re permanente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais comment \u00e9chapper \u00e0 la contrainte du \u00ab mur de la dette \u00bb \u00e9voqu\u00e9e dans notre avant-propos?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques mots sur la dette<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tReprenons les bases de la gestion des finances publiques d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9es dans des articles pr\u00e9c\u00e9dents. L&rsquo;Etat (ce terme d\u00e9signe ici la puissance publique en g\u00e9n\u00e9ral, qu&rsquo;elle soit nationale ou europ\u00e9enne) proc\u00e8de \u00e0 des d\u00e9penses de fonctionnement (paiements des fonctionnaires par exemple) et \u00e0 des d\u00e9penses d&rsquo;investissements (contribuer au financement d&rsquo;une voie ferr\u00e9e ou d&rsquo;une nouvelle universit\u00e9, par exemple). Pour financer ces d\u00e9penses, il fait appel \u00e0 l&rsquo;imp\u00f4t et, si l&rsquo;imp\u00f4t ne suffit pas, \u00e0 l&#8217;emprunt. Les d\u00e9penses de fonctionnement, qui sont utiles mais ne rapportent pas de retours en argent, doivent \u00eatre financ\u00e9es par l&rsquo;imp\u00f4t. Les d\u00e9penses d&rsquo;investissement peuvent au contraire produire des b\u00e9n\u00e9fices ou retours sur investissements (\u00eatre amorties) pendant de nombreuses ann\u00e9es. Elles co\u00fbtent cher au d\u00e9but et rapportent \u00e0 la fin, le tout s&rsquo;\u00e9quilibrant sur la dur\u00e9e. Il est donc logique que l&rsquo;Etat fasse appel \u00e0 l&#8217;emprunt pour les financer. Il remboursera cet emprunt au fur et \u00e0 mesure de la dur\u00e9e d&rsquo;amortissement du bien. Les sommes rembours\u00e9es correspondront aux tranches de capital annuelles auxquelles s&rsquo;ajoutera l&rsquo;int\u00e9r\u00eat destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer le pr\u00eateur. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe processus, qui est aussi celui suivi par les agents \u00e9conomiques (entreprises et particuliers), lesquels sont oblig\u00e9s de proportionner leurs d\u00e9penses \u00e0 leurs recettes, se heurte au fait que les recettes de l&rsquo;Etat (les imp\u00f4ts) sont g\u00e9n\u00e9ralement insuffisantes pour couvrir les d\u00e9penses. Le budget de l&rsquo;Etat affiche alors un d\u00e9ficit. Ce d\u00e9ficit peut rester constant et faible, inf\u00e9rieur \u00e0 un certain pourcentage du montant du produit national brut ou du montant du budget. Dans ce cas, il n&rsquo;oblige pas l&rsquo;Etat  \u00e0 r\u00e9duire ses d\u00e9penses. Il  peut emprunter les sommes n\u00e9cessaires en fin d&rsquo;exercice budg\u00e9taire pour attendre les rentr\u00e9es de l&rsquo;exercice suivant. Si le d\u00e9ficit est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et croissant, il peut l\u00e9gitimement inqui\u00e9ter. En bonne gestion, l&rsquo;Etat se trouve alors oblig\u00e9 d&rsquo;examiner ses d\u00e9penses afin de r\u00e9duire les postes qui peuvent l&rsquo;\u00eatre sans dommage pour la collectivit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTrois voies s&rsquo;offrent \u00e0 lui pour ce faire. La premi\u00e8re consiste \u00e0 r\u00e9duire ses d\u00e9penses de fonctionnement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9marche saine de rationalisation, tant du moins que l&rsquo;Etat ne se prive pas des moyens humains et mat\u00e9riels lui permettant d&rsquo;exercer pleinement ses responsabilit\u00e9s. La deuxi\u00e8me voie consiste \u00e0 r\u00e9duire ses d\u00e9penses d&rsquo;investissement voire vendre des \u00e9l\u00e9ments de son capital. La d\u00e9marche, si elle porte sur des investissements rentables \u00e0 terme, peut s&rsquo;av\u00e9rer d\u00e9sastreuse. L&rsquo;Etat ne cr\u00e9era pas ou fera dispara\u00eetre les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;actifs qui seraient n\u00e9cessaires aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Les plus p\u00e9nalis\u00e9es seront les cat\u00e9gories de populations n&rsquo;ayant pas les moyens de faire appel au march\u00e9 (aux entreprises priv\u00e9es) pour satisfaire leurs besoins \u00e9l\u00e9mentaires. Une troisi\u00e8me voie enfin consisterait \u00e0 ne pas payer les int\u00e9r\u00eats des emprunts. Ceux-ci peuvent \u00eatre tr\u00e8s importants. On a calcul\u00e9 (chiffre non garanti par nous) que la France a vers\u00e9 depuis 1980 1176 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;int\u00e9r\u00eats. Sa dette actuelle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 1149 milliards d&rsquo;euros. 1176 &#8211; 1149 = 27. Si la France se pr\u00eatait \u00e0 elle-m\u00eame, au lieu de se trouver face au mur de la dette pr\u00e9sent\u00e9 comme devant \u00e9craser les g\u00e9n\u00e9rations futures, elle se retrouverait avec 27 milliards d&rsquo;exc\u00e9dents. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais comment ne pas payer d&rsquo;int\u00e9r\u00eats? La solution pratiqu\u00e9e dans le monde entier au 20e si\u00e8cle, jusque dans les ann\u00e9es 1980, consistait \u00e0 emprunter sans indexer sur le niveau des prix le montant des int\u00e9r\u00eats \u00e0 verser. Il suffisait ensuite de laisser jouer l&rsquo;inflation. L&rsquo;Etat ne remboursait que des sommes tr\u00e8s inf\u00e9rieures non seulement au montant des int\u00e9r\u00eats mais m\u00eame au montant des capitaux. L&rsquo;inflation pr\u00e9sente cependant des inconv\u00e9nients divers que les Etats modernes, sauf en p\u00e9riode de guerre, cherchent \u00e0 \u00e9viter. De plus, les pr\u00eateurs se m\u00e9fient dor\u00e9navant des emprunts non index\u00e9s.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl existe par contre  une autre m\u00e9thode permettant \u00e0 l&rsquo;Etat d&#8217;emprunter sans payer d&rsquo;int\u00e9r\u00eats excessifs. Il consiste \u00e0 emprunter pour son compte. Il s&rsquo;agit de la m\u00e9thode dite des Bons du Tr\u00e9sor, ou toute autre formes d&#8217;emprunts publics  distribu\u00e9s dans la collectivit\u00e9 par l&rsquo;interm\u00e9diaire des comptables publics. Cette modalit\u00e9 n&rsquo;oblige pas \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer des banques destin\u00e9es \u00e0 servir d&rsquo;interm\u00e9diaire. Elle n&rsquo;oblige pas non plus \u00e0 s&rsquo;adresser \u00e0 des pr\u00eateurs exigent des int\u00e9r\u00eats trop \u00e9lev\u00e9s. Elle peut se faire \u00e0 des taux fixes rapportant aux pr\u00eateurs un revenu faible mais garanti par l&rsquo;Etat. Une telle perspective n&rsquo;int\u00e9ressera pas les d\u00e9tenteurs de capitaux sp\u00e9culatifs mais toutes les cat\u00e9gories sociales disposant d&rsquo;un petit capital et souhaitant le placer. Bien \u00e9videmment elle n&rsquo;aura de succ\u00e8s que si l&rsquo;Etat peut, d&rsquo;une part garantir \u00e0 long terme le remboursement et d&rsquo;autre part montrer qu&rsquo;il consacre les sommes ainsi emprunt\u00e9es \u00e0 des investissements rentables au lieu de les utiliser  pour  couvrir ses d\u00e9penses de fonctionnement ou financer des investissements dispendieux et inutiles. Pour rembourser le montant de tels emprunts libell\u00e9s en bons du Tr\u00e9sor ou titres \u00e9quivalents, l&rsquo;Etat se tournera vers la Banque centrale charg\u00e9e d&rsquo;assurer sa tr\u00e9sorerie, en proc\u00e9dant alternativement \u00e0 de la cr\u00e9ation ou du retrait de monnaie. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;Etat g\u00e8re convenablement ses emprunts, ses investissements et les remboursements correspondants, il \u00e9conomisera les sommes qu&rsquo;il aurait du payer aux banques ou aux fonds sp\u00e9culatifs nationaux ou \u00e9trangers pour obtenir les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires. Ces banques et fonds pourront cependant, dans un tel syst\u00e8me, continuer \u00e0 sp\u00e9culer. Mais ils perdront le revenu garanti et facilement gagn\u00e9 correspondant aux int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s par l&rsquo;Etat. Autrement dit, la profession financi\u00e8re toute enti\u00e8re cherchera, avec de faux pr\u00e9textes, \u00e0 \u00e9viter que l&rsquo;Etat puisse se conduire en bon p\u00e8re de famille, comme expliqu\u00e9 ci-dessus. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;interdiction faite \u00e0 l&rsquo;Etat d&rsquo;\u00e9mettre des bons du Tr\u00e9sor (d\u00e9nomm\u00e9s effets dans le vocabulaire de la Loi de 1973) et de les pr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;escompte, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 remboursement anticip\u00e9, devant la Banque de France. Comme nous l&rsquo;avons vu, cette interdiction a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9e au plan europ\u00e9en, o\u00f9 la BCE ne peut en pratique racheter des titres de la dette de certains Etats, les obligeant \u00e0 emprunter \u00e0 des taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s aupr\u00e8s des march\u00e9s  sans mentionner les politiques de d\u00e9membrement des puissances publiques impos\u00e9es par ces m\u00eames march\u00e9s, relay\u00e9s par le FMI. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;urgence qu&rsquo;il y a \u00e0 convaincre les Europ\u00e9ens qu&rsquo;ils disposent de ressources susceptibles d&rsquo;\u00eatre mobilis\u00e9es en investissements rentables \u00e0 long terme, et que pour mobiliser ces ressources, il leur suffirait de s&rsquo;appuyer sur les  Etats et sur la BCE. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tInvestir pour quoi faire ? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOr l&rsquo;Europe que l&rsquo;on dit ruin\u00e9e poss\u00e8de de nombreuses ressources potentielles, tant en termes de ressources humaines que de comp\u00e9tences scientifiques et techniques ou  de capacit\u00e9s industrielles. Ces ressources sont sous-employ\u00e9es du fait d&rsquo; une structuration insuffisante de l&rsquo;offre de produits et services au niveau europ\u00e9en, aggrav\u00e9e par un ch\u00f4mage massif et une absence de protection face \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re non soumise aux taxes sociales. En fait, ces ressources dispara\u00eetront d&rsquo;ici quelques ann\u00e9es si rien n&rsquo;est fait pour les prot\u00e9ger. L&rsquo;Europe doit donc investir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa liste des \u00e9quipements et besoins \u00e0 financer a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie depuis longtemps. Il s&rsquo;agit: 1. de d\u00e9velopper sur le rythme adopt\u00e9 dor\u00e9navant par la Chine les universit\u00e9s, les grandes Ecoles et les laboratoires de recherche; 2. de lancer de grands projets structurants: infrastructures de transport, de t\u00e9l\u00e9communication et d&rsquo;habitat, \u00e9nergies sous leurs diverses formes, espace, d\u00e9fense; 3. d&rsquo;initialiser des fili\u00e8res industrielles d\u00e9bouchant sur des produits de consommation ou d&rsquo;\u00e9quipement \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e et \u00e9conomes en \u00e9nergie et mati\u00e8res premi\u00e8res (concernant par exemple les nano-objets,  la robotique, les v\u00e9hicules \u00e9lectriques, les industries culturelles et les loisirs num\u00e9riques&#8230;. ).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tInsistons sur le fait qu&rsquo;il ne s&rsquo;agira pas de financer des d\u00e9penses de consommation, mais de d\u00e9penses d&rsquo;investissement, rentables entre 5 et 20 ans selon les secteurs. Ils ne g\u00e9n\u00e9reront donc pas d&rsquo;inflation, mais de la prosp\u00e9rit\u00e9, sans compromettre d&rsquo;autres politiques europ\u00e9ennes comme celles de la lutte contre la d\u00e9gradation des \u00e9cosyst\u00e8mes. Les projets \u00e0 vocation transeurop\u00e9enne ou paneurop\u00e9enne seront privil\u00e9gi\u00e9s. Des partenariats avec des pays europ\u00e9ens voisins, notamment la Russie, devront \u00eatre envisag\u00e9s, s&rsquo;ils se r\u00e9v\u00e8lent strat\u00e9giquement utiles. Il en sera de m\u00eame (voir ci-dessous) de projets int\u00e9ressant divers Etats africains m\u00e9diterran\u00e9ens ou sub-sahariens. Il faudra bien pr\u00e9ciser qu&rsquo;un tel fonds n&rsquo;aurait rien \u00e0 voir avec un accroissement des d\u00e9ficits budg\u00e9taires publics aujourd&rsquo;hui non sans raisons mis \u00e0 l&rsquo;index. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour investir, il faut des capitaux. Reprenons le raisonnement expos\u00e9 un peu plus haut. L&rsquo;Europe ne devra pas sauf marginalement faire appel aux financements non europ\u00e9ens. Ceux-ci ne s&rsquo;int\u00e9resseront aux investissements en Europe qu&rsquo;\u00e0 condition de les contr\u00f4ler, transformant ainsi l&rsquo;\u00e9conomie europ\u00e9enne en \u00e9conomie domin\u00e9e de type coloniale. Leur contr\u00f4le sera \u00e9conomique, mais aussi politique et finalement culturel. Ainsi les d\u00e9tenteurs des p\u00e9trodollars risquent d&rsquo;investir au service des Etats et mouvances qui gravitent autour d&rsquo;eux. Les fonds chinois ou provenant d&rsquo;autres pays \u00e9mergents ne seront pas davantage d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous avons employ\u00e9 ci-dessus l&rsquo;expression d&rsquo;investissements sur fonds propres: il s&rsquo;agira de faire appel pour l&rsquo;essentiel aux \u00e9pargnes d\u00fbment authentifi\u00e9es comme europ\u00e9ennes. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne s&rsquo;agira pas non plus d&rsquo;engager les Etats dans des politiques d&#8217;emprunt les obligeant \u00e0 passer par l&rsquo;interm\u00e9diaire des banques, fussent-elles europ\u00e9ennes. Celles-ci pr\u00e9l\u00e8veront tout \u00e0 fait l\u00e9gitimement d&rsquo;ailleurs un int\u00e9r\u00eat qui s&rsquo;ajoutera, les ann\u00e9es passant, au co\u00fbt du remboursement. Le total, pesant sur les budgets et donc sur les citoyens, deviendra vite insupportable. Pour parler clair, les Etats devront pouvoir emprunter \u00e0 un taux non sup\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration offerte par les actuels livrets de caisses d&rsquo;\u00e9pargne.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn objecte que l&rsquo;Europe ne poss\u00e8de pas d&rsquo;\u00e9pargne mobilisable. C&rsquo;est \u00e9videmment faux. Rien qu&rsquo;en France, les diverses \u00e9pargnes mobili\u00e8res et immobili\u00e8res peuvent \u00eatre \u00e9valu\u00e9es \u00e0 4.000 milliards d&rsquo;euros. Le dixi\u00e8me, soit 400 milliards, pourrait ainsi \u00eatre mobilis\u00e9 volontairement par leurs d\u00e9tenteurs, s&rsquo;ils trouvaient dans des participations \u00e0 un organisme public europ\u00e9en un rendement garanti sup\u00e9rieur \u00e0 celui fourni par les caisses d&rsquo;\u00e9pargne. Etendu \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe, le dispositif pourrait collecter entre 1500 et 2000 milliards, d\u00e9bloqu\u00e9s par tranches annuelles de 500 milliards.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne sera certes pas envisageable de proposer de l&rsquo;\u00e9pargne forc\u00e9e sous la forme des emprunts de guerre de 1914-18. Il faudra par contre faire appel \u00e0 la fois au patriotisme europ\u00e9en des petits et moyens \u00e9pargnants et des entreprises, mais aussi \u00e0 leur int\u00e9r\u00eat personnel. Pour cela, il sera indispensable de les s\u00e9curiser, en mettant en place au niveau le plus officiel des institutions europ\u00e9ennes le  Fonds strat\u00e9gique europ\u00e9en  mentionn\u00e9 ci-dessus. Il devra \u00eatre convenablement transparent et contr\u00f4l\u00e9, tant dans son fonctionnement global que dans le choix des op\u00e9rations qu&rsquo;il financera. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Union europ\u00e9enne dispose \u00e0 cet \u00e9gard de quelques pr\u00e9c\u00e9dents, notamment les financements de la recherche\/d\u00e9veloppement. Les proc\u00e9dures n&rsquo;en sont pas sans d\u00e9fauts, mais les Etats europ\u00e9ens seraient suffisamment experts et  int\u00e8gres pour assurer une s\u00e9curisation du syst\u00e8me ici propos\u00e9, malgr\u00e9 l&rsquo;ampleur nouvelle de l&rsquo;ambition( on peut en douter, mais quand on compare les comportements s\u00e9rieux des Etats europ\u00e9ens  avec ceux ne fut-ce que de l&rsquo;Etat f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain qui a tol\u00e9r\u00e9 sinon encourag\u00e9 le pillage des \u00e9pargnes des citoyens, il n&rsquo;y a pas de quoi avoir honte. Nous avons nos mafias mais pas \u00e0 cette \u00e9chelle)  Le Fonds garantira par exemple un rendement de 3.5% environ aux investisseurs, pour  des pr\u00eats \u00e0 dur\u00e9e illimit\u00e9e , mais remboursables sous certaine conditions (\u00e0 l&rsquo;exemple des TSDI ou titres subordonn\u00e9s \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e ). Le financement sera r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle, au profit de projets offrant le maximum de valeur ajout\u00e9e intellectuelle ou technique. En outre, les int\u00e9r\u00eats per\u00e7us pourront \u00eatre d\u00e9fiscalis\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, l&rsquo;Europe se devant pour sa propre stabilit\u00e9 de financer le d\u00e9veloppement d&rsquo;investissements productifs au Maghreb et en Afrique subsaharienne, des fonds d&rsquo;investissements analogues pourraient \u00eatre propos\u00e9s, en liaison avec le Fonds europ\u00e9en, \u00e0 certains de nos voisins africains, mais cette fois-ci  plus directement investis dans des PME \u00e0 caract\u00e8re industriel et commercial, avec \u00e9galement un avantage fiscal \u00e9ventuel \u00e0 la cl\u00e9 pour les investisseurs. <\/p>\n<h4>2.2.  Construire un appareil politico-administratif moderne<\/h4>\n<p>Mettre en place un fonds europ\u00e9en d&rsquo;investissement, fut-il aussi ambitieux que celui d\u00e9crit ci-dessus, pourrait se faire sans modifier le trait\u00e9 de Lisbonne. Il suffirait qu&rsquo;un certain nombre d&rsquo;Etats, de pr\u00e9f\u00e9rence membres de l&rsquo;euro, acceptent  de s&rsquo;entendre au sein des institutions europ\u00e9ennes actuelles pour  faire fonctionner ce fonds en respectant les engagements pris aupr\u00e8s des pr\u00e9teurs et des emprunteurs. Mais il est \u00e9vident qu&rsquo;une r\u00e9forme approfondie de la constitution europ\u00e9enne, permettant de faire \u00e9chapper l&rsquo;Union europ\u00e9enne \u00e0 son actuel statut ambigu de F\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;Etats nations, pour en faire un v\u00e9ritable Etat f\u00e9d\u00e9ral, s&rsquo;imposera t\u00f4t ou tard. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Europ\u00e9ens ne sont pas totalement d\u00e9munis en mati\u00e8re d&rsquo;institutions publiques. Ils disposent d&rsquo;un avantage comp\u00e9titif consid\u00e9rable, au regard de la plupart des autres pays,  except\u00e9 certains pays anglo-saxons. Ils peuvent s&rsquo;appuyer sur un appareil politico-administratif de grande qualit\u00e9. Rappelons que sans un tel appareil \u00e9tatique, aucune nation ou aucun groupe de nation ne pourra, dans le pr\u00e9sent si\u00e8cle, faire face aux crises, aux menaces et aux besoins de d\u00e9veloppement. Cet appareil \u00e9tatique lui-m\u00eame sera impuissant s&rsquo;il n&rsquo;est pas prolong\u00e9 par une administration et des juridictions comp\u00e9tentes et honn\u00eates, aux effectifs suffisamment nombreux et bien r\u00e9partis, prot\u00e9g\u00e9s contre la corruption par des statuts inviolables. Nous sommes l\u00e0 dans l&rsquo;ordre de l&rsquo;institutionnel, aussi indispensable \u00e0 la puissance bien comprise que l&rsquo;\u00e9conomique ou le scientifique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Etats europ\u00e9ens, pour l&rsquo;essentiel, \u00e0 la suite d&rsquo;une histoire de plusieurs si\u00e8cles (remontant en fait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque romaine), poss\u00e8dent chacun pour ce qui les concerne de telles capacit\u00e9s institutionnelles. Elles les ont laiss\u00e9 un peu d\u00e9p\u00e9rir ces derni\u00e8res ann\u00e9es, sous les offensives du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme financier mondial, mais les racines en demeurent. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, l&rsquo;Europe a fait depuis un demi-si\u00e8cle, seule tentative analogue au monde, l&rsquo;effort consid\u00e9rable consistant \u00e0 cr\u00e9er des institutions communautaires, aussi bien dans le domaine politique qu&rsquo;administratif et juridictionnel. Ces institutions ont jou\u00e9 un r\u00f4le important au service de la construction europ\u00e9enne. Mais elles atteignent aujourd&rsquo;hui leurs limites. Elles ne permettent pas l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;Europe-puissance \u00e9voqu\u00e9e dans cette note. Du fait cependant qu&rsquo;elles existent, elles fourniraient les bases permettant de construire l&rsquo;appareil \u00e9tatique et administratif dont l&rsquo;Europe a d\u00e9sormais besoin. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour cela, il ne s&rsquo;agira pas de supprimer les institutions nationales, mais de transf\u00e9rer certaines de leurs attributions et ressources au profit d&rsquo;un Etat f\u00e9d\u00e9ral europ\u00e9en. Celui-ci serait con\u00e7u sur un mod\u00e8le assez voisin, aux diff\u00e9rences culturelles pr\u00e8s, de ce qu&rsquo;est l&rsquo;Etat f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain. Les modalit\u00e9s d&rsquo;instauration d&rsquo;un tel Etat f\u00e9d\u00e9ral europ\u00e9en ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es en d\u00e9tail par les mouvements f\u00e9d\u00e9ralistes europ\u00e9ens (voir par exemple Le Publius Blog <a href=\"http:\/\/the-federalist.bravereflections.com\/\" class=\"gen\">http:\/\/the-federalist.bravereflections.com\/<\/a>) . Pr\u00e9cisons seulement ici  qu&rsquo;un tel Etat f\u00e9d\u00e9ral, outre un Pr\u00e9sident et une Chambre de repr\u00e9sentants \u00e9lus au suffrage europ\u00e9en universel, serait pourvu d&rsquo;un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et d&rsquo;une administration plac\u00e9s sous la responsabilit\u00e9 du Pr\u00e9sident et\/ou de la Chambre. De plus, pour pouvoir fonctionner, il devrait \u00eatre dot\u00e9, par d\u00e9l\u00e9gation des Etats nationaux, d&rsquo;une administration et des budgets correspondants \u00e0 environ la moiti\u00e9 des effectifs et des ressources fiscales des Etats membres, calcul\u00e9s au prorata de leur taille. Ce point serait  \u00e9videmment fondamental. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de le d\u00e9montrer ici. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes minist\u00e8res f\u00e9d\u00e9raux \u00e0 cr\u00e9er seraient charg\u00e9s des grandes responsabilit\u00e9s essentielles \u00e0 toute puissance \u00e9tatique digne de ce nom: d\u00e9fense, diplomatie, \u00e9conomie et finances, recherche et formation sup\u00e9rieure, industrie, \u00e9quipements, agriculture, etc. . La future administration europ\u00e9enne devra, entre autres t\u00e2ches de comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale, assurer un protectionnisme \u00ab\u00a0raisonn\u00e9\u00a0\u00bb aux fronti\u00e8res ext\u00e9rieures de l&rsquo;Union (raisonn\u00e9: ie. d\u00e9fini sur la base d&rsquo;accords de r\u00e9ciprocit\u00e9 avec les autres grands ensembles mondiaux ). Il s&rsquo;agira de ma\u00eetriser les flux de biens et services, flux financiers et flux migratoires, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e comme \u00e0 la sortie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes comp\u00e9tences f\u00e9d\u00e9rales n&rsquo;interdiraient pas  que les Etats membres de la F\u00e9d\u00e9ration puissent disposer dans chacun des domaines communs d&rsquo;un certain nombre de responsabilit\u00e9s nationales et r\u00e9gionales s&rsquo;exer\u00e7ant dans le cadre d&rsquo;une subsidiarit\u00e9 d\u00e9finie selon les besoins. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exp\u00e9rience de la vie politique europ\u00e9enne montre cependant qu&rsquo;une telle r\u00e9forme ne serait pas admise d&#8217;embl\u00e9e par les institutions nationales en place non plus que par des opinions mal inform\u00e9s par des m\u00e9dias politiquement conservateurs. Par contre, dans l&rsquo;imm\u00e9diat et sans attendre, dans le cadre du trait\u00e9 de Lisbonne actuel, interpr\u00e9t\u00e9 avec souplesse, des politiques  dites de coop\u00e9ration renforc\u00e9e permettraient de mener des actions \u00e0 ambition f\u00e9d\u00e9rale sans revoir enti\u00e8rement les Trait\u00e9s. Par ailleurs, le cadre de l&rsquo;Eurogroupe et  la Banque Centrale europ\u00e9enne (BCE) pourraient offrir aux Etats ayant adopt\u00e9 l&rsquo;euro, la possibilit\u00e9 de se comporter avec la m\u00eame efficacit\u00e9 que les Etats-Unis et la Chine dans les domaines mon\u00e9taires et financiers. Il suffirait seulement que les opinions et les gouvernements se d\u00e9cident \u00e0 le faire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRappelons aux h\u00e9sitants que la cr\u00e9ation d&rsquo;un Etat f\u00e9d\u00e9ral europ\u00e9en, qui serait aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement  combattue par les eurosceptiques et les souverainistes, devrait devenir in\u00e9luctable dans l&rsquo;hypoth\u00e8se inspirant ce document. L&rsquo;aggravation des difficult\u00e9s et des  menaces pesant sur les Europ\u00e9ens fera que la solution f\u00e9d\u00e9rale indispensable \u00e0 la puissance appara\u00eetra comme l&rsquo;unique recours, avant l&rsquo;effondrement et l&rsquo;anarchie. L&rsquo;affaiblissement concomitant des Etats-Unis, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour encore ennemis d\u00e9termin\u00e9s d&rsquo;une Europe-puissance, sera en ce sens une bonne nouvelle car elle rendra moins imm\u00e9diat le risque d&rsquo;une tutelle am\u00e9ricaine qu&rsquo;avait \u00e0 juste titre combattue en son temps le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.  <\/p>\n<h4>2.3. Faire de l&rsquo;Europe la championne de la n\u00e9cessaire coop\u00e9ration internationale<\/h4>\n<p>Nous avons dans les paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents esquiss\u00e9 un avenir assez sombre, fait de crises et de conflits risquant de s&rsquo;aggraver r\u00e9guli\u00e8rement au fil des d\u00e9cennies. Nous avons expliqu\u00e9 que si l&rsquo;Europe devait traverser ces crises sans dispara\u00eetre, elle devrait commencer par se muscler, en devenant ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas encore, une v\u00e9ritable puissance g\u00e9ostrat\u00e9gique. Mais participer \u00e0 la construction d&rsquo;une sorte de Forteresse-Europe enti\u00e8rement centr\u00e9e sur la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats ne s\u00e9duira pas les nombreux  citoyens europ\u00e9ens habitu\u00e9s \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer aux  valeurs altruistes d\u00e9coulant aussi bien de la tradition chr\u00e9tienne que de la rationalit\u00e9 la\u00efque n\u00e9e du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Nous pensons que l&rsquo;Europe, confront\u00e9e \u00e0 des situations dramatiques pouvant pousser \u00e0 la r\u00e9surgence d&rsquo;instincts particuli\u00e8rement destructeurs, devra donner l&rsquo;exemple de la coop\u00e9ration au service de valeurs universelles. Elle pourra de cette fa\u00e7on tendre la main aux forces morales issues d&rsquo;autres civilisations et cultures qui \u00e9prouveraient le m\u00eame besoin. Il ne s&rsquo;agira d&rsquo;ailleurs en l&rsquo;esp\u00e8ce que d&rsquo;un altruisme int\u00e9ress\u00e9, du type de ceux bien d\u00e9crits par la science qui poussent des individus d&rsquo;une m\u00eame esp\u00e8ce \u00e0 s&rsquo;unir face \u00e0 des dangers communs.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette perspective, l&rsquo;Europe pourrait apporter aux autres peuples et forces politiques du monde partageant les valeurs universalistes les produits d&rsquo;une exp\u00e9rience non n\u00e9gligeable au service des institutions internationales et de la coop\u00e9ration culturelle, technique et scientifique. Sur des points tr\u00e8s concrets comme l&rsquo;\u00e9tude de solutions consid\u00e9r\u00e9es  actuellement comme quelque peu utopiques mais qui s&rsquo;imposeront sans doute dans quelques ann\u00e9es, elle pourrait proposer les changements en profondeur \u00e9tudi\u00e9s d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 par des \u00e9conomistes europ\u00e9ens d&rsquo;avant garde. Nous pensons en particulier \u00e0 la mise en place d&rsquo;une fiscalit\u00e9 universelle mondiale (bas\u00e9e par exemple sur les transactions \u00e9conomiques num\u00e9riques) ou d&rsquo;un revenu universel de subsistance, dit Revenu social garanti (RSG). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous pensons aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation de ce que l&rsquo;on nomme les externalit\u00e9s positives et n\u00e9gatives, t\u00e2che hercul\u00e9enne mais sans laquelle il ne pourra jamais y avoir de consensus relatifs \u00e0 la croissance et \u00e0 la d\u00e9croissance. Le terme d&rsquo;externalit\u00e9 d\u00e9signe les \u00e9l\u00e9ments de co\u00fbts et de b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9sultant des activit\u00e9s humaines ou du fonctionnement des m\u00e9canismes de la nature, non comptabilis\u00e9s par les syst\u00e8mes mondiaux de comptabilit\u00e9 \u00e9conomico-budg\u00e9taire et qui par cons\u00e9quent ne sont pas ou ne seront pas prises en compte par les institutions internationales existantes ou \u00e0 cr\u00e9er: ONU, FAO, BIT,  OMS&#8230;ou future \u00e9ventuelle Agence de l&rsquo;environnement. Nous renvoyons sur ces points aux ouvrages de Yann Moulier Boutang.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour une Europe forteresse NDLR: Ce texte constitue la troisi\u00e8me version, modifi\u00e9e apr\u00e8s discussion, d&rsquo;un premier projet publi\u00e9 sur divers. La discussion reste ouverte. 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