{"id":72439,"date":"2010-11-09T07:21:58","date_gmt":"2010-11-09T07:21:58","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/09\/la-turquie-a-t-elle-encore-sa-place-dans-lotan\/"},"modified":"2010-11-09T07:21:58","modified_gmt":"2010-11-09T07:21:58","slug":"la-turquie-a-t-elle-encore-sa-place-dans-lotan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/09\/la-turquie-a-t-elle-encore-sa-place-dans-lotan\/","title":{"rendered":"La Turquie a-t-elle encore sa place dans l&rsquo;OTAN ?"},"content":{"rendered":"<p><p>Une interview du n\u00b02 du minist\u00e8re grec de la d\u00e9fense, Panagiotis A. Beglitis, en visite \u00e0 Washington, par le Washington <em>Times<\/em> ce <a href=\"http:\/\/www.washingtontimes.com\/news\/2010\/nov\/7\/greece-frets-over-turkeys-ties-to-iran\/print\/\" class=\"gen\">7 novembre 2010<\/a>, met en question non seulement l&rsquo;attitude de la Turquie vis-\u00e0-vis du probl\u00e8me du syst\u00e8me anti-missiles de l&rsquo;OTAN (BMDE) dont le principe doit \u00eatre adopt\u00e9 \u00e0 Lisbonne les 18-19 novembre, mais la politique g\u00e9n\u00e9rale de la Turquie, voire la pr\u00e9sence de la Turquie dans l&rsquo;OTAN. L&rsquo;ambassadeur grec \u00e0 Washington, tout en \u00e9tant plus mod\u00e9r\u00e9, a soutenu la substance de ces opinions de Beglitis. Tout cela est dit alors que les liens entre la Gr\u00e8ce et Isra\u00ebl se sont spectaculairement resserr\u00e9s depuis la brouille entre la Turquie et Isra\u00ebl, avec un exercice militaire conjoint en Gr\u00e8ce le mois dernier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>I&rsquo;m a bit pessimistic about the Turkish future, Greek Deputy Defense Minister Panagiotis A. Beglitis said in an interview with The Washington Times. Mr. Beglitis was in Washington on Thursday for meetings with Joint Chiefs of Staff Chairman Adm. Mike Mullen and other Pentagon officials.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mr. Beglitis said Turkey&rsquo;s government recently \u00ab\u00a0objected to mentioning Iran as a potential threat in a NATO text concerning\u00a0\u00bb missile-defense doctrine. Also, they objected very, very recently to [the Security Council] of the United Nations concerning sanctions against Iran. They voted against sanctions. That&rsquo;s the reality. We have to pay attention to that, he said.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mr. Beglitis said he does not know what the future holds for Turkey&rsquo;s place within NATO, but he said Greece share[s] the same concerns with many, many colleagues within the alliance. I can tell you I would not be surprised to see a Turkey outside of the Western institutions and playing an autonomous strategic role in the whole region.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Dans le m\u00eame texte, le Washington <em>Times<\/em>, proche des <em>neocons<\/em>, mentionne un avis compl\u00e8tement extr\u00eame d&rsquo;un <em>neocon<\/em> notoire, Bernard Lewis, certainement le plus fi\u00e9vreusement extr\u00eame et exalt\u00e9 de ce groupe pour ce qui concerne les questions du Moyen-Orient. Lewis va jusqu&rsquo;\u00e0 envisager que la Turquie et l&rsquo;Iran \u00e9changent leur r\u00f4le, la Turquie devenant une r\u00e9publique islamiste radicale et l&rsquo;Iran une d\u00e9mocratie exemplaire (sans doute, non, certainement apr\u00e8s l&rsquo;attaque r\u00e9glementaire, pr\u00e9ventive et radicale des forces USA\/Isra\u00ebl contre l&rsquo;Iran qu&rsquo;on nous promet depuis 2005). \u00ab<em>The signs so far are alarming, said Middle East scholar Bernard Lewis, speaking Thursday before the Association for the Study of the Middle East and Africa. It looks as though the present rulers of Turkey have decided to reverse the processes which began with the creation of the Turkish republic and to turn in another direction. Mr. Lewis said he could envision a not-impossible situation in which Turkey and Iran may change places, in which Turkey becomes the Islamic republic and Iran becomes the Western democracy.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les Turcs ne r\u00e9agissent pas, sinon indirectement. Par exemple, le quotidien <em>H\u00fcrriyet<\/em> publie, le <a href=\"http:\/\/www.hurriyetdailynews.com\/n.php?n=turkey-to-nod-missile-system-if-its-expectations-are-met-2010-11-08\" class=\"gen\">8 novembre 2010<\/a>, un texte plut\u00f4t optimiste sur la question des anti-missiles BMDE de l&rsquo;OTAN tout en maintenant d&rsquo;une fa\u00e7on cat\u00e9gorique l&rsquo;exigence de ne pas nommer les pays contre lesquels ce syst\u00e8me est dirig\u00e9. Par ailleurs, le texte pr\u00e9cise qu&rsquo;on n&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9but du processus, que le syst\u00e8me est loin, tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre un v\u00e9ritable syst\u00e8me anti-missiles, enfin et surtout il contredit implicitement mais cat\u00e9goriquement Beglitis sur l&rsquo;atmosph\u00e8re au sein de l&rsquo;OTAN<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>In verbal rhetoric, the U.S. administration has said the missile system will provide protection against Iran. Turkey, however, objects to any country being cited as a threat.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>That should not be interpreted as Turkey showing privileged treatment to Iran. It could be Georgia or Russia. What matters is the validity of the principles and the alliance&rsquo;s capacity-building potential in the face of a threat posed by proliferation of ballistic missiles, the sources said. Not only Iran, but 30 other countries also have that ballistic capability. It is not possible for Turkey to accept a view that lacks any ground. Our alliance with NATO is one case, our neighborly relationship with bordering countries is another. They do not contradict one another and, to the contrary, they complement each other, the sources said.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Sources said it was not true that Turkey was left alone in adopting the principles. An underestimated number of countries are supporting the principles. One or two countries are insistent about the name while the others have a closer approach to us.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h4>Notre commentaire<\/h4>\n<p> Il est incontestable que la question du syst\u00e8me BMDE dans l&rsquo;OTAN est un des tr\u00e8s grands sujets internes de l&rsquo;OTAN, et sans aucun doute le plus pol\u00e9mique. Une source de l&rsquo;OTAN observait r\u00e9cemment pour nous : \u00ab<em>La position particuli\u00e8re de la Turquie sur cette question n&rsquo;est pas anodine. C&rsquo;est un point fondamental de la pol\u00e9mique interne \u00e0 l&rsquo;OTAN sur les anti-missiles et il faut le suivre avec attention car il aura sans doute des effets et des cons\u00e9quences importantes<\/em>\u00bb Cela signifie que nous ne sommes ni dans le domaine technique, ni dans le domaine strat\u00e9gique seuls, mais bien dans le domaine politique englobant toute la probl\u00e9matique de la chose. On comprend ais\u00e9ment qu&rsquo;il y a, en arri\u00e8re-plan mais \u00e0 peine, l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la Turquie, avec ses effets dans ses relations avec les USA, ses relations avec l&rsquo;Iran par rapport \u00e0 la position occidentaliste-am\u00e9ricaniste g\u00e9n\u00e9rale et d&rsquo;autres positions au sein de l&rsquo;Alliance. Tout cela est sujet \u00e0 des pol\u00e9miques feutr\u00e9es intenses, comme le montre le d\u00e9saccord flagrant sur le BMDE au sein de l&rsquo;OTAN entre les d\u00e9clarations du vice-ministre grec (la Turquie est isol\u00e9e) et celles de sources turques (la Turquie n&rsquo;est pas du tout isol\u00e9e).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me point \u00e0 observer est que la Gr\u00e8ce est devenue, en quelques mois, la courroie de transmission des USA (et d&rsquo;Isra\u00ebl) contre la Turquie et son \u00e9volution. C&rsquo;est d&rsquo;abord la preuve que cette \u00e9volution turque est s\u00e9rieuse et qu&rsquo;elle inqui\u00e8te, voire panique certains milieux occidentalistes-am\u00e9ricanistes durs. Le probl\u00e8me est de savoir si la Gr\u00e8ce est une courroie de transmission s\u00fbre, si elle joue ce r\u00f4le selon les avantages qu&rsquo;elle y trouve ou selon les n\u00e9cessit\u00e9s o\u00f9 elle se trouve \u00e0 la suite de son effondrement financier (avec l&rsquo;aide active des USA, cet effondrement). Apr\u00e8s tout, ce r\u00f4le a certains d\u00e9savantages, notamment celui de compromettre le rapprochement entre la Gr\u00e8ce et la Turquie, surtout depuis 2004.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, ces interventions mettent en \u00e9vidence que la position (l&rsquo;\u00e9volution) de la Turquie est une affaire tr\u00e8s s\u00e9rieuse, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme telle par Washington, et trait\u00e9e dans cette capitale selon la parano\u00efa qui est devenue l&rsquo;attitude <em>as usual<\/em> de cette puissance en crise profonde et r\u00e9agissant en g\u00e9n\u00e9ral selon cette humeur particuli\u00e8re, et ce comportement si particulier de s&rsquo;affirmer plus h\u00e9g\u00e9monique que jamais alors qu&rsquo;elle l&rsquo;est de moins en moins. Bien s\u00fbr le Washington <em>Times<\/em> est de tendance <em>neocon<\/em>, mais il relaie dans ce cas une consigne du Pentagone vu les conditions de la visite de Beglitis \u00e0 Washington. La citation de Bernard Lewis, elle, situe bien le degr\u00e9 de cette parano\u00efa qui est commune aux <em>neocons<\/em>, certes (Lewis est certainement l&rsquo;un de ceux qui correspond le mieux \u00e0 la d\u00e9finition du genre par Dennis Kucinich : \u00ab<em>megalomaniacal neoconservatives who are more in need of mental attention.<\/em>\u00bb) ; mais elle semble indiquer que cette parano\u00efa \u00e0 ce m\u00eame degr\u00e9 n&rsquo;est pas absente de la politique officielle du Pentagone sur cette question, ce qui ne peut \u00e9tonner en aucune mani\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa partie est loin d&rsquo;\u00eatre jou\u00e9e, aussi bien sur les anti-missiles que sur les options plus radicales et plus importantes \u00e9voqu\u00e9es notamment par Beglitis (rien que cela : la place de la Turquie dans les grandes institutions occidentalistes-am\u00e9ricanistes comme l&rsquo;OTAN). L\u00e0 aussi, la chose est s\u00e9rieuse, car Beglitis n&rsquo;a pas dit cela sans avoir, directement ou indirectement, le feu vert de ses interlocuteurs US, notamment et surtout au Pentagone (c&rsquo;est effectivement le Pentagone que l&rsquo;\u00e9volution de la Turquie pr\u00e9occupe surtout, et, par cons\u00e9quent, Isra\u00ebl \u00e9galement). C&rsquo;est une vieille tactique du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme de trouver des relais pour faire dire tout haut ce que lui-m\u00eame (le Pentagone dans ce cas) pense tout bas mais ne peut exprimer officiellement. On assiste donc \u00e0 une radicalisation de la querelle, du c\u00f4t\u00e9 du Pentagone et de ses satellites divers, selon l&rsquo;habituelle d\u00e9rive politique de pression de toutes les fa\u00e7ons possibles. Il est difficile de penser que la Turquie c\u00e9dera et il plus engageant d&rsquo;envisager que, tout en gardant une attitude apparente mod\u00e9r\u00e9e et conciliatrice sans rien c\u00e9der sur l&rsquo;essentiel, ce pays va chercher de plus en plus \u00e0 s&rsquo;appuyer sur certains de ses nouveaux amis, que ce soit au Proche-Orient, que ce soit la Russie, que ce soit <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_turquie_l_ouest_et_l_est_l_otan_et_la_chine_et_d_autres_choses_encore_18_10_2010.html\" class=\"gen\">la Chine<\/a>. Il est \u00e0 noter qu&rsquo;avec la Russie, la Turquie a actuellement une relation brusquement compliqu\u00e9e ; alors que la Russie est devenue plus anti-Iran que la Turquie, elle durcit par contre sa position sur le syst\u00e8me BMDE de l&rsquo;OTAN, comme elle l&rsquo;a fait savoir r\u00e9cemment, sp\u00e9cifiquement \u00e0 la Turquie. (Voir Novosti le <a href=\"http:\/\/www.spacewar.com\/reports\/NATO_Defense_Shield_In_Turkey_May_Threaten_Iran_Russia_999.html\" class=\"gen\">8 novembre 2010<\/a> : \u00ab<em>Possible deployment of the elements of NATO missile defense shield in Turkey is targeted against Iran and may pose a threat to Russia&rsquo;s security, Russian experts said on Saturday.<\/em>\u00bb) Cela donne une position g\u00e9n\u00e9rale extr\u00eamement complexe, o\u00f9 la Turquie est plut\u00f4t tr\u00e8s r\u00e9ticente concernant le BMDE, alors que la Russie la critique pour son intention possible, tout de m\u00eame, d&rsquo;accepter ce syst\u00e8me. Selon ce que sera l&rsquo;habilet\u00e9 de la Turquie, cette situation peut \u00eatre un dilemme tr\u00e8s difficile pour elle, ou, au contraire, un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;un jeu qui lui permettrait d&rsquo;asseoir sa position r\u00e9ticente au BMDE de l&rsquo;OTAN sur des \u00e9l\u00e9ments qu&rsquo;elle pr\u00e9senterait comme hors de ses bonnes intentions et qui sont importants (l&rsquo;hostilit\u00e9 de la Russie, puissance avec laquelle l&rsquo;OTAN veut \u00e9tablir de bonnes relations). L&rsquo;affaire des anti-missiles BMDE ne fait que commencer dans sa nouvelle phase OTAN et le cas de la Turquie ne fait que se d\u00e9velopper et s&rsquo;affirmer d&rsquo;une importance fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observera, d&rsquo;une fa\u00e7on encore plus g\u00e9n\u00e9rale, qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une situation typique de la nouvelle forme des relations internationales, que nous avons d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9e de d\u00e9finir, justement au travers de l&rsquo;\u00e9volution des positions de la Turquie et de la Russie, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_ordre_nouveau_s_appelle_desordre_21_10_2010.html\" class=\"gen\">21 octobre 2010<\/a>. L&rsquo;ordre approximatif, selon les donn\u00e9es g\u00e9opolitiques classiques, y est remplac\u00e9 par le d\u00e9sordre syst\u00e9matique instaur\u00e9 \u00e0 la fois par l&rsquo;installation de l&rsquo;\u00e8re <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">psychopolitique<\/a>, le d\u00e9veloppement des grandes crises eschatologiques, l&rsquo;effondrement rapide de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie US dans ce que ce facteur avait d&rsquo;une certaine stabilit\u00e9, m\u00eame fond\u00e9e sur des donn\u00e9es compl\u00e8tement d\u00e9structurantes. Il s&rsquo;agit du constat que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un ordre multipolaire rempla\u00e7ant l&rsquo;ordre unipolaire des USA n&rsquo;est pas r\u00e9ellement \u00e0 consid\u00e9rer selon nous, au contraire du constat que le caract\u00e8re essentiel qui caract\u00e9rise les relations internationales est d\u00e9sormais le d\u00e9sordre et la compl\u00e8te impr\u00e9visibilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 9 novembre 2010 \u00e0 07H21<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une interview du n\u00b02 du minist\u00e8re grec de la d\u00e9fense, Panagiotis A. 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