{"id":72474,"date":"2010-11-18T14:39:39","date_gmt":"2010-11-18T14:39:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/18\/le-fabuleux-destin-du-ratio-3-du-pib\/"},"modified":"2010-11-18T14:39:39","modified_gmt":"2010-11-18T14:39:39","slug":"le-fabuleux-destin-du-ratio-3-du-pib","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/18\/le-fabuleux-destin-du-ratio-3-du-pib\/","title":{"rendered":"Le fabuleux destin du ratio \u201c3% du PIB\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Le fabuleux destin du ratio 3% du PIB<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis longtemps (bien avant la crise) les m\u00e9dias nous parlent de la dette publique qui ne cesse de d\u00e9raper. Ils nous parlent de d\u00e9ficit et de dette publics et les comparent au PIB. Mais d&rsquo;o\u00f9 vient cet indicateur ? Et pourquoi 3% comme cela est \u00e9crit dans le trait\u00e9 de Maastricht ? Comment un d\u00e9ficit chronique peut-il \u00eatre acceptable ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 1er octobre 2010 le journal <em>La Tribune<\/em> publiait un article r\u00e9pondant \u00e0 ces trois questions. L&rsquo;auteur, Guy Abeille, est l&rsquo;un des deux hommes qui, en juin 1981, a propos\u00e9 cet outil au nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais. Car il ne s&rsquo;agissait \u00e0 l&rsquo;origine que d&rsquo;un outil de gestion politicienne et, \u00e0 un moindre degr\u00e9, de mesure, qui fut d\u00e9fini sur demande urgente de Fran\u00e7ois Mitterrand qui souhaitait \u00ab<em>disposer d&rsquo;une r\u00e8gle, simple, utilitaire, mais marqu\u00e9e du chr\u00eame de l&rsquo;expert, et par l\u00e0 sans appel, vitrifiante, qu&rsquo;il aura(it) beau jeu de brandir \u00e0 la face des plus coriaces de ses visiteurs budg\u00e9tivores<\/em>\u00bb. Las, cet outil de gestion fut rapidement converti en support de communication pour politicien en mal de notori\u00e9t\u00e9. Puis il fut canonis\u00e9 sur la sc\u00e8ne internationale par le trait\u00e9 de Maastricht et depuis lors repris dans le monde entier pour devenir un crit\u00e8re \u00e9conomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;article est savoureux et illustre parfaitement les th\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s par Dedefensa  (<a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/actualites\/economie\/france\/20101001trib000554871\/pourquoi-le-deficit-a-3-du-pib-est-une-invention-100-francaise.html\" class=\"gen\">Lien<\/a> de l&rsquo;article.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;auteur commence par rappeler les principaux faits de la p\u00e9riode 1974-1981 (premier choc p\u00e9trolier cons\u00e9cutif \u00e0 la guerre du Kippour, plan Fourcade, aust\u00e9rit\u00e9 Barre, relance, second choc p\u00e9trolier) qui conduisirent aux premiers d\u00e9ficits budg\u00e9taires (limit\u00e9s en moyenne \u00e0 30 milliards de francs chaque ann\u00e9e) et d\u00e9peint le contexte pr\u00e9-\u00e9lectoral qui occasionna un premier d\u00e9rapage (d\u00e9ficit de 55 milliards en 1981). Il d\u00e9crit ensuite les semaines qui suivirent les \u00e9lections durant lesquelles les nouveaux ministres sollicit\u00e8rent fortement Fran\u00e7ois Mitterrand au point qu&rsquo;on se mit rapidement \u00e0 parler d&rsquo;un d\u00e9ficit pr\u00e9visionnel de 100 milliards de francs pour l&rsquo;ann\u00e9e 1982.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuis il en vient \u00e0 la d\u00e9finition proprement dite de cet indicateur et du fameux crit\u00e8re des 3%. Voici son histoire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>C&rsquo;est dans ces circonstances qu&rsquo;un soir, tard, nous (moi-m\u00eame, et Roland de Villepin, cousin de Dominique) appelons Pierre Bilger devenu le tout r\u00e9cent n\u00b02 de la Direction du Budget \u00e0 son retour du poste de directeur de cabinet de Maurice Papon<\/em> []. <em>Form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ENSAE, nous sommes consid\u00e9r\u00e9s dans la faune locale comme appartenant \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, rare au Budget, des \u00e9conomistes (les autres sont des \u00e9narques, ces grands albatros de l&rsquo;administration g\u00e9n\u00e9raliste), et plus sp\u00e9cialement, car passablement m\u00e2tin\u00e9s de math\u00e9matiques (nous sommes des ing\u00e9nieurs de l&rsquo;\u00e9conomie, en quelque sorte), de la sous-esp\u00e8ce des \u00e9conomistes manieurs de chiffres &#8211; sachant faire des additions, nous plaisante-t-on, en r\u00e9f\u00e9rence, \u00e9videmment, aux agr\u00e9g\u00e9s-sachant-\u00e9crire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Bilger nous informe en quelques mots du ballet budg\u00e9taire \u00e9lys\u00e9en en cours, et il nous fait savoir que le Pr\u00e9sident a urgemment et personnellement demand\u00e9 \u00e0 disposer d&rsquo;une r\u00e8gle, simple, utilitaire, mais marqu\u00e9e du chr\u00eame de l&rsquo;expert, et par l\u00e0 sans appel, vitrifiante, qu&rsquo;il aura beau jeu de brandir \u00e0 la face des plus coriaces de ses visiteurs budg\u00e9tivores. Il s&rsquo;agit de faire vite. Villepin et moi nous n&rsquo;avons gu\u00e8re d&rsquo;id\u00e9e, et \u00e0 vrai dire nulle th\u00e9orie \u00e9conomique n&rsquo;est l\u00e0 pour nous apporter le soutien de ses constructions, ou pour m\u00eame orienter notre r\u00e9flexion. Mais commande est tomb\u00e9e du plus haut. Nous posons donc, d&rsquo;un neurone perplexe, l&rsquo;animal budg\u00e9taire sur la table de dissection. Nous palpons du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9penses, leur volume, leur structure, avec dette, sans dette, tel regroupement, tel autre, ou leur taux d&rsquo;accroissement compar\u00e9 \u00e0 celui de l&rsquo;\u00e9conomie. Il y aurait bien moyen de d\u00e9tailler \u00e0 la main quelques ratios consommables, mais tout cela est lourd et fleure son labeur : norme flasque, sans impact, aucune n&rsquo;est frappante comme une arme de jet, propre \u00e0 marquer l&rsquo;arr\u00eat aux meutes d\u00e9pensi\u00e8res. Nous retournons la b\u00eate du c\u00f4t\u00e9 des recettes : imp\u00f4ts d&rsquo;Etat sur revenu national ? mais les imp\u00f4ts fluctuent avec la conjoncture, plusieurs sont d\u00e9cal\u00e9s d&rsquo;un an&#8230; Surtout, nous ne pouvons \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;attraction des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, dont la fiscalit\u00e9 d&rsquo;Etat n&rsquo;est gu\u00e8re qu&rsquo;une part : peut-on valablement se cantonner \u00e0 elle ? Le d\u00e9bat ne manquera pas de na\u00eetre, \u00e0 juste titre, et prendra vite le tour d&rsquo;un brouhaha technique. Tout \u00e7a sera confus et sans force probante, au rebours du principe-\u00e9tendard que nous avons re\u00e7u commande de faire surgir pour ostension publique. La route des recettes est coup\u00e9e. Une seule voie nous reste : le d\u00e9ficit.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Le d\u00e9ficit, d&rsquo;abord, du citoyen lambda au Pr\u00e9sident de format courant, \u00e7a parle \u00e0 tout le monde : \u00eatre en d\u00e9ficit, c&rsquo;est \u00eatre \u00e0 court d&rsquo;argent; ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, tirer aujourd&rsquo;hui un ch\u00e8que sur demain, qui devra rembourser. Ensuite, le d\u00e9ficit a depuis Keynes acquis ses lettres de noblesse \u00e9conomique : il figure vaillamment dans les th\u00e9ories, il est une des plus visiblement op\u00e9ratoires variables des mod\u00e8les. Lui seul, c&rsquo;est \u00e9vident, a la carrure et la nettet\u00e9 pour nous tirer d&rsquo;affaire. Le d\u00e9ficit ! mais qu&rsquo;en faire ? \u00e0 quelle contrainte le plier pour en extraire une norme ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Le coup est vite jou\u00e9. La bou\u00e9e tous usages pour sauvetage du macro-\u00e9conomiste en mal de r\u00e9f\u00e9rence, c&rsquo;est le PIB: tout commence et tout s&rsquo;ach\u00e8ve avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui \u00eatre raisonnablement rapport\u00e9. Donc ce sera le ratio d\u00e9ficit sur PIB. Simple; \u00e9l\u00e9mentaire m\u00eame, confirmerait un d\u00e9tective fameux. Avec du d\u00e9ficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est pourtant largement critiquable, entre autres pour les deux raisons suivantes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t \u00ab<em>On commencera par noter que le d\u00e9ficit est un solde; c&rsquo;est \u00e0 dire non pas une grandeur \u00e9conomique premi\u00e8re, mais le r\u00e9sultat d&rsquo;une op\u00e9ration entre deux grandeurs.<\/em> [] <em>un m\u00eame d\u00e9ficit peut \u00eatre obtenu par diff\u00e9rence entre des masses dont l&rsquo;ampleur est sans comparaison : 20 milliards sont aussi bien la diff\u00e9rence entre 50 et 70 milliards qu&rsquo;entre 150 et 170. Or<\/em> [] <em>on conviendra qu&rsquo;il ne peut \u00eatre tout \u00e0 fait indiff\u00e9rent \u00e0 la marche de l&rsquo;\u00e9conomie que la masse des d\u00e9penses et recettes publiques soit d&rsquo;une certaine ampleur (moins de 35% du PIB, comme aux USA ou au Japon) plut\u00f4t que d&rsquo;une autre, bien plus grande (nettement plus de 50% comme en France ou dans les pays scandinaves)<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t \u00ab<em>La deuxi\u00e8me observation touche \u00e0 la pertinence du ratio lui-m\u00eame: ne divise-t-on pas des choux par des carottes ? Car un d\u00e9ficit n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une dette : il est le chiffre exact de ce qu&rsquo;il faut, tout de suite, emprunter, c&rsquo;est \u00e0 dire, cigale, aller demander \u00e0 d&rsquo;autres; et donc de ce qu&rsquo;il faudra \u00e9pargner &#8211; au fil des ann\u00e9es suivantes &#8211; pour rembourser ceux qui auront pr\u00eat\u00e9. Autrement dit, afficher un pourcentage de d\u00e9ficit par rapport au PIB, c&rsquo;est mettre en rapport le flux partitionn\u00e9, \u00e9chelonn\u00e9 des \u00e9ch\u00e9ances \u00e0 honorer dans les ann\u00e9es futures avec la seule richesse produite en l&rsquo;ann\u00e9e origine. Il y a discordance des temps<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s avoir achev\u00e9 la critique de cet indicateur, l&rsquo;auteur poursuit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Press\u00e9s, en mal d&rsquo;id\u00e9e, mais conscients du garant de s\u00e9rieux qu&rsquo;apporte l&rsquo;exhibition du PIB et de l&#8217;emprise que sur tout esprit un peu, mais pas trop, frott\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie exerce sa pr\u00e9sence, nous fabriquons donc le ratio \u00e9l\u00e9mentaire d\u00e9ficit sur PIB, objet bien rond, jolie chim\u00e8re (au sens premier du mot), conscients tout de m\u00eame de faire, assez couverts par le statut que nous conf\u00e8rent nos \u00e9tudes, un peu joujou avec notre bo\u00eete \u00e0 outils. Mais nous n&rsquo;avons pas mieux. Ce sera ce ratio. Reste \u00e0 le flanquer d&rsquo;un taux. C&rsquo;est affaire d&rsquo;une seconde. Nous regardons quelle est la plus r\u00e9cente pr\u00e9vision de PIB projet\u00e9e par l&rsquo;INSEE pour 1982. Nous faisons entrer dans notre calculette le spectre des 100 milliards de d\u00e9ficit qui bouge sur notre bureau pour le budget en pr\u00e9paration. Le rapport des deux n&rsquo;est pas loin de donner 3%.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>C&rsquo;est bien, 3% ; \u00e7a n&rsquo;a pas d&rsquo;autre fondement que celui des circonstances, mais c&rsquo;est bien. 1% serait maigre, et de toute fa\u00e7on insoutenable : on sait qu&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 largement au del\u00e0, et qu&rsquo;en \u00e9clats a vol\u00e9 magistralement ce seuil. 2% serait, en ces heures ardentes, inacceptablement contraignant, et donc vain; et puis  comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqu\u00e9. Tandis que trois est un chiffre solide; il a derri\u00e8re lui d&rsquo;illustres pr\u00e9c\u00e9dents (dont certains qu&rsquo;on v\u00e9n\u00e8re). Surtout, sur la route des 100 milliards de francs de d\u00e9ficit, il marque la derni\u00e8re fronti\u00e8re que nous sommes capables de concevoir (autre qu&rsquo;en temps de guerre) \u00e0 l&rsquo;aune des d\u00e9ficits d&rsquo;o\u00f9 nous venons et qui ont forg\u00e9 notre horizon.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Nous remontons chez Bilger avec notre 3% du PIB, dont nous sommes heureux, sans aller jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00eatre fiers. Et lui faisant valoir que, vu l&rsquo;heure (\u00e7a, on ne le lui dit pas) et foi d&rsquo;\u00e9conomistes, c&rsquo;est ce qu&rsquo;actuellement nous avons de plus s\u00e9rieux, de plus fond\u00e9 en magasin. En tout cas de plus pr\u00e9sentable. Puis nous rentrons chez nous, vaquer. On sait ce qu&rsquo;il en est advenu.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet outil mal taill\u00e9, command\u00e9 en urgence par Mitterrand et destin\u00e9 \u00e0 calmer les ardeurs de ses ministres, aurait pu et d\u00fb rester inconnu du grand public. Las, il \u00e9chappa au contr\u00f4le de son commanditaire et de ses cr\u00e9ateurs pour devenir un support de communication du fait de l&rsquo;ambition d\u00e9bordante d&rsquo;un jeune politicien, Laurent Fabius, qui venait \u00ab<em>d&rsquo;inaugurer le titre, jusque l\u00e0 inconnu au bataillon, de Ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9<\/em> [] <em>ce qui lui donne(ait), tout de m\u00eame, droit de pr\u00e9sence aux conseils des ministres, et, car il l&rsquo;a(vait) obtenu, signature des lois de finances sans le ternissant voisinage de Jacques Delors, son ministre de pr\u00e9tendue tutelle.<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>C&rsquo;est en ao\u00fbt que Fabius, prince soyeux du verbe, pour la premi\u00e8re fois dans toute l&rsquo;histoire de la langue publique universelle (car nul encore nulle part, serait-ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, n&rsquo;a jamais avanc\u00e9 ce ratio), r\u00e9f\u00e8re le d\u00e9ficit au PIB a pour le rendre b\u00e9nin sans doute, et couvrir sa rudesse d&rsquo;une gaze savante : car enfin, ces 2,6% du PIB qu&rsquo;il cite aux journalistes sans s&rsquo;y appesantir, presque comme en passant, comme une chose qui serait dans les murs, et du moins ne saurait inqui\u00e9ter qui a fait des \u00e9tudes et sait de quoi il parle, ces 2,6%, que p\u00e8sent-ils au fond, sinon le poids d&rsquo;une pinc\u00e9e de PIB?  et non la centaine de milliards de francs que rajout\u00e9s aux autres il faudra un jour, avant la fin des temps, ou avant la faillite, par l&rsquo;imp\u00f4t rembourser.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mais l&rsquo;automne d\u00e9j\u00e0, ses bourrasques; et le Franc balay\u00e9 avec les premi\u00e8res feuilles: il faut d\u00e9valuer (dans la govlangue on dit r\u00e9ajuster), non sans avoir \u00e2prement n\u00e9goci\u00e9, n\u00e9goci\u00e9 et plaid\u00e9, comme de juste, comme chaque fois, avec l&rsquo;Allemagne<\/em> []. <em>Dans le combat des influences qui se joue cet automne, Delors reprend la main. Il ose parler de pause (un spectre hante la gauche, celui de Blum en f\u00e9vrier 37 demandant une pause n\u00e9cessaire dans la mont\u00e9e des finances publiques&#8230;). Et il est le premier \u00e0 faire express\u00e9ment savoir que le d\u00e9ficit ne doit plus franchir les 3% du PIB, et cela pour l&rsquo;ensemble des comptes publics (il sera bien le seul \u00e0 \u00eatre aussi strict, et pr\u00e9cis, et complet). Fabius ne saurait lui abandonner cette paternit\u00e9, qui est un empi\u00e8tement et une d\u00e9possession. Et d&rsquo;affirmer hautement, trois semaines plus tard : Pour le budget, j&rsquo;ai toujours pos\u00e9 comme r\u00e8gle que le d\u00e9ficit n&rsquo;\u00e9tait acceptable qu&rsquo;\u00e0 condition de ne pas d\u00e9passer un montant raisonnable, de l&rsquo;ordre de 3% du PIB.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIci l&rsquo;auteur s&rsquo;arr\u00eate et souligne le d\u00e9rapage qui vient de se produire:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ici, une station s&rsquo;impose: ainsi viennent de na\u00eetre, et, pire, d&rsquo;infiltrer les esprits comme un contaminant, les notions de d\u00e9ficit acceptable et de montant raisonnable : tomber en tr\u00e8s lourd d\u00e9ficit, cela ne s&rsquo;analyse qu&rsquo;en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e dont on parle et non au parcours d&rsquo;endettement sur lequel on s&rsquo;inscrit, et, ainsi myopement circonscrit, ce n&rsquo;est plus un d\u00e9faut de ressources qu&rsquo;il faudra, au plus vite, remonter, c&rsquo;est un acte par nature conforme \u00e0 la raison, aux Lumi\u00e8res pour un peu, mais \u00e0 la condition, bien entendu, car on est aussi l&rsquo;ennemi pond\u00e9r\u00e9 de tout ce qui est exc\u00e8s, qu&rsquo;on ne rajoute gu\u00e8re \u00e0 tout ce qu&rsquo;on doit d\u00e9j\u00e0 que, bah, bon an mal an, une centaine de milliards &#8211; acceptable, raisonnable&#8230; superbes d\u00e9placements du sens: ou ce que la langue assouplie \u00e0 l&rsquo;ENA fait de la rh\u00e9torique d&rsquo;Ulm.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les mois qui suivirent, plusieurs ministres  Fabius, Delors,, Mauroy  se mirent \u00e0 communiquer autour de ce 3% du PIB, banalisant ainsi l&rsquo;usage jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;en juin 1982, Fran\u00e7ois Mitterrand les rejoigne et ainsi sanctifie l&rsquo;outil d\u00e9voy\u00e9. L&rsquo;auteur, Guy Abeille, se fait alors amer :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Le processus d&rsquo;acculturation est maintenant achev\u00e9 ; on a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9porter le curseur: ce qui est raisonnable, ce n&rsquo;est pas de voir dans le d\u00e9ficit un accident, peut-\u00eatre n\u00e9cessaire, mais qu&rsquo;il faut corriger sans d\u00e9lai comme on soigne une blessure ; non, ce qui est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 raisonnable c&rsquo;est d&rsquo;ajouter chaque ann\u00e9e \u00e0 la dette seulement une centaine de milliards (en francs 1982). C&rsquo;est cela, d\u00e9sormais, qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb: en dessous de 3% du PIB, dors tranquille citoyen, la dette se dilate, mais il ne se passe rien &#8211; quand le sage montre la lune, l&rsquo;imb\u00e9cile regarde le doigt, dit le proverbe chinois ; quand le sage montre l&rsquo;endettement, l&rsquo;incomp\u00e9tent dipl\u00f4m\u00e9 regarde le 3% du PIB.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Puis un jour le trait\u00e9 de Maastricht parut sur le m\u00e9tier. Ce 3%, on l&rsquo;avait sous la main, c&rsquo;est une commodit\u00e9; en France on en usait, pensez ! Chiffre d&rsquo;expert ! Il passe donc \u00e0 l&rsquo;Europe; et de l\u00e0, pour un peu, il s&rsquo;\u00e9tendrait au monde.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d&rsquo;un calcul \u00e0 la demande mont\u00e9 faute de mieux un soir dans un bureau, le voil\u00e0 paradigme : sur lui on ne s&rsquo;interroge plus, il tombe sous le sens (\u00e0 vrai dire tr\u00e8s en dessous), c&rsquo;est un crit\u00e8re vrai. Construction contingente du discours, autorit\u00e9 de la parole savante, l&rsquo;\u00e9vidence comme leurre ou le bocal de verre (celui dans lequel on s&rsquo;agite, et parade, sans en voir les parois): Michel Foucault aurait ador\u00e9.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\"><em>Bilbo<\/em><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fabuleux destin du ratio 3% du PIB Depuis longtemps (bien avant la crise) les m\u00e9dias nous parlent de la dette publique qui ne cesse de d\u00e9raper. Ils nous parlent de d\u00e9ficit et de dette publics et les comparent au PIB. Mais d&rsquo;o\u00f9 vient cet indicateur ? Et pourquoi 3% comme cela est \u00e9crit dans&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[10345,10348,8842,4568,2651,10346,6717,8846],"class_list":["post-72474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-10345","tag-abeille","tag-bilbo","tag-delors","tag-du","tag-guy","tag-mitterrand","tag-pib"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72474"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72474\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}