{"id":72509,"date":"2010-11-28T12:56:08","date_gmt":"2010-11-28T12:56:08","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/28\/extrait-metaphysique-des-trois-mousquetaires\/"},"modified":"2010-11-28T12:56:08","modified_gmt":"2010-11-28T12:56:08","slug":"extrait-metaphysique-des-trois-mousquetaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/11\/28\/extrait-metaphysique-des-trois-mousquetaires\/","title":{"rendered":"Extrait : m\u00e9taphysique des <em>Trois Mousquetaires<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">En forme d&rsquo;avant-propos&hellip;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi Alexandre Dumas ? Parce qu&rsquo;on en parla beaucoup au d\u00e9but de cette ann\u00e9e et qu&rsquo;il me parut aga\u00e7ant, sans doute, de lire en g\u00e9n\u00e9ral que sa premi\u00e8re vertu \u00e9tait celle d&rsquo;\u00eatre mul\u00e2tre, comme celle d&rsquo;Obama est d&rsquo;\u00eatre un Africain-Am\u00e9ricain, &ndash; tout cela, motif d&rsquo;exultation de nos \u00e9lites de notre parisien \u00ab\u00a0parti des salonards\u00a0\u00bb. Il m\u00e9ritait mieux que cela, Dumas, par exemple qu&rsquo;on tent\u00e2t de parler de son &oelig;uvre en des termes nouveaux. (Quoi qu&rsquo;il en soit, s&rsquo;il faut un argument plus formel, apr\u00e8s tout, il suffit de rappeler qu&rsquo;on doit c\u00e9l\u00e9brer dimanche prochain, 5 d\u00e9cembre 2010, le 140\u00e8me anniversaire de sa mort, le 5 d\u00e9cembre 1870&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi parler des <em>Trois Mousquetaires<\/em> ? D&rsquo;abord et \u00e9videmment, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une des &oelig;uvres ma&icirc;tresse de Dumas, singuli\u00e8rement lorsqu&rsquo;elle est consid\u00e9r\u00e9e dans le cycle dont ce titre n&rsquo;indique en r\u00e9alit\u00e9 que la premi\u00e8re partie (<em>Les Trois Mousquetaires<\/em>, puis <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>, puis <em>Le vicomte de Bragelonne<\/em> &ndash; ou <em>Dix ans plus tard<\/em>, autre titre envisag\u00e9 par Dumas pour cette troisi\u00e8me partie, que je trouve pour ma part comme beaucoup plus appropri\u00e9, et qu&rsquo;il m&rsquo;arrive d&#8217;employer \u00e0 la place du <em>Vicomte de Bragelonne<\/em>). Ensuite, parce qu&rsquo;un d\u00e9tail fortuit attira mon attention sur l&rsquo;extraordinaire universalit\u00e9 de la notori\u00e9t\u00e9 de cette &oelig;uvre. Il s&rsquo;agit du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Slumdog_Millionaire\">film<\/a> <em>Slumdog Millionnaire<\/em>, ou <em>Le pouilleux millionnaire<\/em> au Qu\u00e9bec, o&ugrave; l&rsquo;on traduit encore les titres anglais en fran\u00e7ais ; film anglais de Danny Boyle, adapt\u00e9 du roman de l&rsquo;\u00e9crivain indien Vikas Swarup, <em>Les Fabuleuses Aventures d&rsquo;un Indien malchanceux qui devint milliardaire<\/em>. Le film, r\u00e9alis\u00e9 en 2008, re\u00e7ut de nombreux Oscars en 2009.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui m&rsquo;apparut extraordinaire \u00e0 la r\u00e9flexion, c&rsquo;est que l&rsquo;action qui se situe \u00e0 Mumba\u00ef, en Inde, nous montre, au d\u00e9but, en une rapide s\u00e9quence, des enfants des taudis ayant pour seule lecture une bande dessin\u00e9e sur <em>Les Trois Mousquetaires<\/em> ; et cette m\u00eame action se terminant par la victoire du jeune h\u00e9ros, l&rsquo;un de ces enfants des taudis lecteur des <em>Trois Mousquetaires<\/em> en BD, au jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 figurant dans le film comme le plus populaire en Inde, avec comme derni\u00e8re \u00e9preuve (tout ou rien pour 20 millions de roupies) de r\u00e9pondre \u00e0 un choix propos\u00e9e par cette question : \u00ab\u00a0Deux des Mousquetaires se nomment Athos et Porthos. Qui est le troisi\u00e8me ? Aramis ? Le cardinal de Richelieu ? D&rsquo;Artagnan ? Planchet ?\u00a0\u00bb. Ne nous attardons pas \u00e0 la question, qui est un pi\u00e8ge classique des <em>Trois Mousquetaires<\/em>, qui nous paraissent si souvent \u00eatre quatre. (C&rsquo;est Aramis, bien s&ucirc;r, pour r\u00e9pondre \u00e0 la question ; d&rsquo;Artagnan, qui fait partie de la Compagnie des Gardes de monsieur des Essards, ne recevant qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame fin du livre l&rsquo;ordre de charge de Richelieu cr\u00e9ant capitaine des Mousquetaires du Roi un personnage dont le nom est laiss\u00e9 en blanc, mission donn\u00e9e \u00e0 d&rsquo;Artagnan d&rsquo;inscrire ce nom ; et d&rsquo;Artagnan, apr\u00e8s sa proposition faite \u00e0 ses trois amis l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre d&rsquo;y mettre leur nom, voyant ceux-ci refuser, chacun, cette distinction qui e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 une mont\u00e9e en grade pour chacun d&rsquo;eux, et entendant leur r\u00e9ponse comme une sorte de vote, et exprim\u00e9e comme telle, pour que la distinction lui revienne \u00e0 lui, d&rsquo;Artagnan ; et d&rsquo;Artagnan ainsi conduit \u00e0 d\u00e9cider qu&rsquo;il inscrira son propre nom, d&rsquo;ailleurs selon les v&oelig;ux \u00e0 peine dissimul\u00e9s de Richelieu, et devenant ainsi capitaine des Mousquetaires du Roi apr\u00e8s la fin du livre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui m&rsquo;appara&icirc;t extraordinaire, c&rsquo;est qu&rsquo;une fiction indienne accorde, dans une situation typiquement indienne (quoique modernis\u00e9e&hellip;), et comme un fait allant de soi et sans n\u00e9cessit\u00e9 de quelque ordre que ce soit pour l&rsquo;intrigue, une telle notori\u00e9t\u00e9 nationale et populaire aux livres et aux h\u00e9ros de Dumas, jusqu&rsquo;\u00e0 en faire le sujet de l&rsquo;ultime question d&rsquo;un jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e0 audience si massive&hellip; Pour un si grand pays, \u00e0 la culture si sp\u00e9cifique, si profonde et si traditionnelle, <em>a priori<\/em> si \u00e9loign\u00e9e de nos cultures occidentales, cela m&rsquo;apparut comme un signe de la magie du livre (du cycle) et des personnages de Dumas, une magie universelle sans aucun doute. Cette dimension en sugg\u00e9rait d&rsquo;autres, d\u00e9passant le seul fait de la litt\u00e9rature et de sa notori\u00e9t\u00e9 terrestre, pour atteindre \u00e0 une symbolique universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme je me trouvais d\u00e9j\u00e0 dans une relecture approfondie et compl\u00e8te du cycle dans son entier apr\u00e8s une premi\u00e8re lecture qui m&rsquo;avait alert\u00e9 \u00e0 ce propos, l&rsquo;ensemble m&rsquo;est peu \u00e0 peu apparu sous un autre visage, sous une autre forme, dans une autre dimension. C&rsquo;est de cela dont il est question ci-dessous. L&rsquo;analyse du cycle d&rsquo;Alexandre Dumas que je pr\u00e9sente conduit \u00e0 consid\u00e9rer ce cycle comme une repr\u00e9sentation symbolique du cycle de l&rsquo;existence, de la d\u00e9cadence et de la chute de notre civilisation, tandis que la r\u00e9alisation du cycle lui-m\u00eame par l&rsquo;\u00e9crivain doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un \u00ab\u00a0acte de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb \u00e0 ce destin funeste de notre civilisation. Pour tout cela, bien entendu, j&rsquo;estime que l&rsquo;on peut parler d&rsquo;une \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique des <em>Trois Mousquetaires<\/em>\u00ab\u00a0, en accordant \u00e0 cette &oelig;uvre une actualit\u00e9 extraordinaire au regard de la situation de crise terminale de notre civilisation que nous vivons. C&rsquo;est l\u00e0 un point d&rsquo;une capitale importance&hellip; La r\u00e9flexion ci-dessous doit \u00eatre lue, non pas comme un essai litt\u00e9raire et historique dat\u00e9 dans le temps, mais comme un travail liant fermement et <strong>d\u00e9cisivement<\/strong> la litt\u00e9rature, la m\u00e9tahistoire et notre crise terminale pr\u00e9sente et si pressante, comme un exemple qui vaut pour aujourd&rsquo;hui de ce que peut \u00eatre un acte de r\u00e9sistance face \u00e0 cette crise \u00e9pouvantable. (Ce point est certes beaucoup mieux \u00e9clair\u00e9 par le contexte de ce texte, qui est en r\u00e9alit\u00e9 un extrait de la derni\u00e8re partie de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, dernier d\u00e9tail, mais essentiel, bien entendu, comme on le comprend avec la remarque entre parenth\u00e8ses qui pr\u00e9c\u00e8de: ce passage est extrait de la derni\u00e8re partie de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, intitul\u00e9e <em>\u00ab\u00a0Contre-civilisation\u00a0\u00bb et r\u00e9sistance<\/em>. (Voir les diverses publications concernant <em>La gr\u00e2ce<\/em> dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/section-la_grace_de_l_histoire.html\">la rubrique<\/a> <em>ad hoc<\/em> o&ugrave; figure l&rsquo;extrait pr\u00e9sent.) Accessoirement mais non sans importance, sa publication doit aussi rassurer les lecteurs du livre en cours de r\u00e9daction sur sa continuit\u00e9, sans que je songe une seconde \u00e0 dissimuler la g\u00eane o&ugrave; je me trouve du retard consid\u00e9rable par rapport \u00e0 ce qui \u00e9tait initialement annonc\u00e9&hellip; Que le lecteur, et particuli\u00e8rement celui qui a souscrit pour la lecture et l&rsquo;\u00e9dition compl\u00e8te de l&rsquo;ouvrage, se rassure, &ndash; s&rsquo;il le peut et s&rsquo;il a assez d&rsquo;indulgence pour cela ; ce retard-l\u00e0 est pour la bonne cause, celle de la r\u00e9flexion et du travail suppl\u00e9mentaires. Dans tous les cas, ceci, \u00e0 l&rsquo;occasion de cette publication : l&rsquo;arriv\u00e9e sur le site de la cinqui\u00e8me partie de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> (la partie intitul\u00e9e &laquo;<em>La transversale de la technologie<\/em>&raquo;) est une question de <strong>jours<\/strong>, &ndash; je le jure solennellement, selon les modalit\u00e9s de la gr\u00e2ce qui m&rsquo;est accord\u00e9e de poursuivre mon travail&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici donc l&rsquo;extrait en question, sorti de la partie <em>\u00ab\u00a0Contre-civilisation\u00a0\u00bb et r\u00e9sistance<\/em>, chapitre 24, Cinqui\u00e8me Partie en plus de l&rsquo;Introduction (et derni\u00e8re partie avant la conclusion) de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. Bien entendu, cette version du passage n&rsquo;est pas d\u00e9finitive, &ndash; rien n&rsquo;est jamais d\u00e9finitif tant que le travail complet n&rsquo;est pas achev\u00e9, &ndash; et l&rsquo;on pourrait trouver dans le texte final des modifications&hellip; Dans tous les cas, prenez ce texte pour ce qu&rsquo;il est, et aussi comme une incitation \u00e0 ne pas perdre espoir, et \u00e0 continuer \u00e0 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/abonnement.html\">souscrire<\/a> pour <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, pour soutenir l&rsquo;auteur&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">M\u00e9taphysique des <em>Trois Mousquetaires<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce domaine de r\u00e9sistance \u00e0 la dictature de l&#8217;empire du syst\u00e8me du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb est d&rsquo;une si extr\u00eame importance qu&rsquo;on y trouve des mod\u00e8les extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9s, des signes bien plus qu&rsquo;occasionnels de la structure de cette r\u00e9sistance, voire de son inspiration par des r\u00e9f\u00e9rences sup\u00e9rieures. L&rsquo;un de ces signes est la reproduction symbolique, &ndash; on peut m\u00eame parler de r\u00e9p\u00e9tition symbolique, &ndash; rendant compte d&rsquo;ailleurs d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements souterrains r\u00e9els, du processus de d\u00e9gradation de la civilisation, de sa subversion et de son investissement par l&#8217;empire du syst\u00e8me du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb, des cons\u00e9quences de la chose et des interf\u00e9rences d'\u00a0\u00bbactes de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb sur le destin de cette aventure &ndash; ce que je d\u00e9signerais pour notre facilit\u00e9 ici comme le \u00ab\u00a0processus de subversion, de chute et de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb dans notre civilisation, sous les coups du syst\u00e8me du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb. (Dans ce sch\u00e9ma, il est essentiel de noter que les \u00ab\u00a0actes de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb ne sont pas du tout une volont\u00e9 de restauration mais une volont\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer le processus de la chute en sachant que cette chute est n\u00e9cessaire pour entra&icirc;ner dans sa catastrophe le courant de subversion originel et le r\u00e9duire ; et, dans ce cas, ces m\u00eames \u00ab\u00a0actes de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb avec comme dessein d&rsquo;ouvrir des voies vers la nouvelle situation d&rsquo;apr\u00e8s la rupture radicale et l&rsquo;effondrement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A ce point il me faut pr\u00e9ciser une conception, dont j&rsquo;userai plus loin de son application pour d\u00e9tailler un de ces actes de r\u00e9sistance, inspir\u00e9s, sup\u00e9rieurs, et indicatifs pour notre avenir. J&rsquo;avance en effet l&rsquo;observation qu&rsquo;il existe dans notre histoire et dans l&rsquo;Histoire per\u00e7ue comme m\u00e9tahistoire en g\u00e9n\u00e9ral, pour qui sait les distinguer, une reproduction cyclique de ce \u00ab\u00a0processus de subversion, de chute et de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, d&rsquo;une part comme s&rsquo;il se produisait sous des formes diff\u00e9rentes autour de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement central qu&rsquo;on a d\u00e9crit (avant, pendant et apr\u00e8s les \u00ab\u00a0trois r\u00e9volutions\u00a0\u00bb du tournant XVIII\u00e8me-XIX\u00e8me si\u00e8cles), pour accompagner cet \u00e9v\u00e9nement central ; d&rsquo;autre part, comme si cette reproduction cyclique voulait figurer comme une sorte de symbole, un avertissement, une tentative d&rsquo;\u00e9clairement des esprits de la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, pour nous en pr\u00e9venir avant qu&rsquo;il ait lieu, pour nous \u00e9clairer l\u00e0-dessus une fois qu&rsquo;il est en cours ou approche de son terme. Ainsi y aurait-il \u00e9galement, si l&rsquo;on veut, reproduction, \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9poques depuis la Renaissance, \u00e0 d&rsquo;autres paliers, du \u00ab\u00a0processus de subversion, de chute et de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb pris comme une sorte de <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> maistrienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire une reproduction pour d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements et d&rsquo;autres domaines du processus de la R\u00e9volution fran\u00e7aise d\u00e9crit par Joseph de Maistre (<strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> de cet \u00e9v\u00e9nement catastrophique, jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, pour conduire aux conditions nouvelles qui sont attendues) ; et, plus largement, <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> du processus des trois r\u00e9volutions, dont la fran\u00e7aise, \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque de la charni\u00e8re entre XVIII\u00e8me et XIX\u00e8me si\u00e8cles. De cette fa\u00e7on, on pourrait penser que la p\u00e9riode actuelle, du d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, avec la crise centrale que nous vivons, est \u00e9galement une reproduction de la p\u00e9riode de type maistrienne qu&rsquo;il importe de vivre jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accomplissement de la catastrophe, sans espoir de contre-attaque \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du processus ni de r\u00e9forme, en \u00e9cartant m\u00eame contre-attaque \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du processus ou r\u00e9forme qui ne ferait que prolonger, voire sauver un syst\u00e8me qui doit \u00eatre d\u00e9truit. Dans ce cas, la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb est d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9clairage intuitif de la catastrophe, sa d\u00e9monstration dans ses dimensions les plus profondes du mal qu&rsquo;elle manifeste, et l&rsquo;indication de l&rsquo;orientation qu&rsquo;il importe de favoriser une fois la catastrophe r\u00e9alis\u00e9e. L&rsquo;un de ces \u00e9pisodes cycliques doit se r\u00e9v\u00e9ler terminal et, bien que cette impression existe pour chacun d&rsquo;eux dans la reproduction cyclique, la dimension de celui que nous vivons, son universalit\u00e9 absolue, sa puissance autant que les puissances qu&rsquo;il implique, semblent indiquer que celui-l\u00e0 est le \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour mesurer l&rsquo;importance de ce mouvement de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb si particulier, il m&rsquo;appara&icirc;t important de d\u00e9tailler ce que je consid\u00e8re comme un cas important de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb dans le cadre de la litt\u00e9rature, par l&rsquo;inclusion, la justification et la description d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement du cycle, du \u00ab\u00a0processus de subversion, de chute et de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, d\u00e9crit dans une grande &oelig;uvre de la litt\u00e9rature du XIX\u00e8me si\u00e8cle, selon l&rsquo;interpr\u00e9tation que je vais proposer au lecteur&hellip; C&rsquo;est qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9, et avec la r\u00e9serve de ma faible \u00e9rudition en g\u00e9n\u00e9ral, qui me ferait rater bien d&rsquo;autres exemples, &ndash; en v\u00e9rit\u00e9, je n&rsquo;en trouve pas un de plus sensationnel, de plus significatif, que cette &oelig;uvre qui pourrait pr\u00e9tendre \u00eatre parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Il s&rsquo;agit du cycle des <em>Trois Mousquetaires<\/em> (<em>Les Trois Mousquetaires<\/em>, <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>, <em>Le Vicomte de Bragelonne<\/em> ou <em>Dix ans plus tard<\/em>), dont j&rsquo;ai une perception qui, naturellement, s&rsquo;attache au propos g\u00e9n\u00e9ral de cette th\u00e8se que je d\u00e9veloppe. Le cycle pr\u00e9sente l&rsquo;avantage, qui est aussi un indice pr\u00e9monitoire, de ne pas \u00eatre li\u00e9 \u00e0 une intrigue terrestre fondamentale pour le justifier et le structurer, d&rsquo;une fa\u00e7on qui l&#8217;emprisonnerait \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements terrestres m\u00eame dans le sens le plus haut qu&rsquo;il pourrait avoir, et d&rsquo;ainsi le contraindre d\u00e9cisivement tout de m\u00eame (au contraire, par exemple, du cas de Monte Cristo, pour Edmond Dant\u00e8s et sa vengeance terrestre \u00e0 mener \u00e0 bien) ; quant au mythe de l&rsquo;amiti\u00e9 des quatre amis, \u00e0 la d\u00e9finition du genre de \u00ab\u00a0cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e\u00a0\u00bb, tout cela est bien l\u00e9ger et parfois contradictoire pour justifier et soutenir les cinq mille pages du cycle. Cela nous justifie de voir ailleurs, et il y a \u00e0 voir ; et cela nous laisse le champ libre pour nous \u00e9lever en v\u00e9rit\u00e9, pour emprunter la voie de la m\u00e9taphysique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je voudrais en rendre compte ici pour illustrer l&rsquo;id\u00e9e que, contrairement \u00e0 la philosophie rationaliste et moderniste qui pr\u00e9tend donner le ton \u00e0 la s\u00e9quence historique, l&rsquo;expliquer p\u00e9remptoirement et la conduire avec autorit\u00e9 en l&rsquo;enfermant dans ses bornes, la cr\u00e9ation litt\u00e9raire est susceptible de rendre compte des grandes v\u00e9rit\u00e9s dissimul\u00e9es dans les catacombes de cette \u00e9poque impitoyable ; je n&rsquo;h\u00e9siterais pas \u00e0 mettre ce constat sur le compte d&rsquo;une plus grande ouverture de l&rsquo;esprit artiste aux grands flux des intuitions supra rationnelles, de l&rsquo;intuition haute. Je me garde bien, en observant cela \u00e0 propos du cycle des <em>Trois Mousquetaires<\/em>, de faire un cas d&rsquo;esp\u00e8ce avec un nom (Alexandre Dumas), mais bien en m&rsquo;attachant \u00e0 une &oelig;uvre immens\u00e9ment c\u00e9l\u00e8bre pour une cause qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement justifi\u00e9e, et ignor\u00e9e par contre pour la cause o&ugrave; elle devrait \u00eatre immens\u00e9ment c\u00e9l\u00e8bre, tout cela \u00e0 propos de la litt\u00e9rature, l\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;esprit artiste est le plus proche de l&rsquo;esprit des id\u00e9es. (\u00ab\u00a0Pour la cause\u00a0\u00bb, ajouterais-je, que peut-\u00eatre m\u00eame l&rsquo;auteur lui-m\u00eame n&rsquo;a pas recherch\u00e9e sp\u00e9cifiquement, mais je parle d&rsquo;une oeuvre, quelque chose qui ne lui appartient plus, \u00e0 l&rsquo;auteur, et qui est d\u00e9sormais offerte \u00e0 notre perception.) Ainsi m&rsquo;importe-t-il, selon une perspective sans aucun doute sublime, de voir dans ce cycle, bien plus que le genre \u00ab\u00a0de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e\u00a0\u00bb, une parabole sur les questions que j&rsquo;ai soulev\u00e9es. Il n&rsquo;est de meilleure introduction \u00e0 cette interpr\u00e9tation que d&rsquo;en revenir au \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, ou bien encore aux \u00ab\u00a0petits-ma&icirc;tres\u00a0\u00bb qui en sont la cat\u00e9gorie mondaine annonciatrice, &ndash; ces petits-ma&icirc;tres apparus avec les <em>mazarinades<\/em> du temps de la Fronde, qui est aussi le cadre puissant de <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em> (durant les ann\u00e9es de la Fronde, qui se d\u00e9roule dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de la d\u00e9cennie 1640, vingt ans apr\u00e8s <em>Les Trois Mousquetaires<\/em>, dont le r\u00e9cit se termine en 1629,).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a dans ce cycle ces trois \u00e2ges de la trag\u00e9die de la modernit\u00e9 (perversion, chute et r\u00e9sistance), rassembl\u00e9s en une temps historique o&ugrave; il y eut effectivement une rupture entre l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;avant et l&rsquo;\u00e2ge de la modernit\u00e9, avec les jugements et les perceptions qui vont avec. (Je pr\u00e9cise, en me r\u00e9p\u00e9tant s&rsquo;il le faut pour \u00e9carter toute ambigu\u00eft\u00e9, ma conviction qu&rsquo;il ne faut pas s&rsquo;en tenir \u00e0 la chronologie historique g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9cise ; cette id\u00e9e des \u00ab\u00a0trois \u00e2ges\u00a0\u00bb, &ndash; avant la rupture, la rupture elle-m\u00eame, apr\u00e8s la rupture, &ndash; est une formule qui se retrouve et se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, dans diff\u00e9rents domaines, de la Renaissance aux \u00ab\u00a0trois r\u00e9volutions\u00a0\u00bb, et apr\u00e8s, pour marquer la progression vers la modernit\u00e9 dans tous les domaines, qui ne se fait pas de mani\u00e8re ordonn\u00e9e et coordonn\u00e9e, qui se fait pour chaque chose \u00e0 sa fa\u00e7on et chaque chose en son temps mais qui suit, &ndash; sans aucun doute, &ndash; un sch\u00e9ma universel puissant d\u00e9terminant ce rythme et ce fractionnement. Tout cela renvoie, \u00e0 l&rsquo;identique, comme par un effet de miroir adapt\u00e9, \u00e0 la chronologie g\u00e9n\u00e9rale du ph\u00e9nom\u00e8ne dans le plein champ m\u00e9tahistorique tel que nous le d\u00e9taillons tout au long de ce r\u00e9cit, de la Renaissance au d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Je prend alors le cas des <em>Trois Mousquetaires<\/em>, pour marquer le r\u00f4le prescient de la litt\u00e9rature, et parce que, dans ce cas \u00e9galement, le processus de passage \u00e0 la modernit\u00e9 est bien d\u00e9taill\u00e9 dans les aspects du comportement et des m&oelig;urs, de l&rsquo;\u00e9volution des caract\u00e8res, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire une description litt\u00e9raire de la d\u00e9vastation \u00e0 laquelle le ph\u00e9nom\u00e8ne nous soumet.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains explorateurs de ce cycle d&rsquo;ampleur consid\u00e9rable (pr\u00e8s de 5.000 pages), se gardant du concept de la litt\u00e9rature pure, et d&rsquo;ailleurs souvent trompeuse en faisant croire \u00e0 son apparente neutralisation et \u00e0 son d\u00e9tachement de forme, ont appr\u00e9ci\u00e9 <em>Les Trois Mousquetaires<\/em> et le reste du point de vue plus original du cycle de la vie, allant de la jeunesse et de l&rsquo;\u00e9clat superbe de l&rsquo;amiti\u00e9 et de l&rsquo;aventure (<em>Les Trois Mousquetaires<\/em>), aux arrangements et compromis de la vie arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9, mais toujours avec son support de l&rsquo;amiti\u00e9 et de l&rsquo;aventure (Vingt ans apr\u00e8s), \u00e0 la vieillesse et \u00e0 la mort, avec son cort\u00e8ge de fatalit\u00e9 et de m\u00e9lancolie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, bien que la gloire terrestre se f&ucirc;t montr\u00e9e fort g\u00e9n\u00e9reuse pour les h\u00e9ros du cycle (<em>Le Vicomte de Bragelonne<\/em>, qui m\u00e9riterait plut\u00f4t son autre titre de <em>Dix ans plus tard<\/em>, &ndash; pour bien montrer combien le facteur du temps, et pour notre cas du temps <strong>m\u00e9tahistorique<\/strong>, p\u00e8se sur tout cela). L&rsquo;approche est plus originale et se d\u00e9tache nettement de celle, flamboyante, du genre \u00ab\u00a0de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e\u00a0\u00bb, s\u00e9duisante certes, mais bien trop contrainte et born\u00e9e pour rendre compte de l&rsquo;ampleur de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je suis inclin\u00e9 \u00e0 suivre ce sch\u00e9ma, mais en le d\u00e9tachant volontairement des destins individuels des h\u00e9ros, fussent-ils sublimes ; c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs parce qu&rsquo;ils sont sublimes que je me sens d&rsquo;autant plus conduit \u00e0 m&rsquo;en d\u00e9tacher ; puisque, sublimes effectivement, ils deviennent symboles qui d\u00e9passent leurs propres personnages et s&rsquo;inscrivent en v\u00e9rit\u00e9 dans l&rsquo;Histoire selon l&rsquo;entendement symbolique qu&rsquo;il m&rsquo;importerait de leur donner, passant de l&rsquo;individualit\u00e9 \u00e0 la collectivit\u00e9. Le \u00ab\u00a0cycle de la vie\u00a0\u00bb qui va de la jeunesse au cr\u00e9puscule de la vie des quatre amis, devient le symbole du \u00ab\u00a0cycle de la rupture de la civilisation\u00a0\u00bb, ramassant et condensant en un demi-si\u00e8cle (1626 \u00e0 1676) les si\u00e8cles qui s\u00e9parent la fin de la Renaissance de la rupture accomplie des trois r\u00e9volutions (1825) et, au-del\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 notre crise pr\u00e9sente. On voit alors que la litt\u00e9rature, bien plus que les sciences diverses qui pr\u00e9tendent nous restituer notre pass\u00e9 et son pass\u00e9 (celui de la litt\u00e9rature), est capable, par sa dimension esth\u00e9tique et son travail intuitif, de nous en restituer la plus profonde v\u00e9rit\u00e9. Elle se place alors tout proche de l'\u00a0\u00bbhistorien proph\u00e9tique\u00a0\u00bb, d&rsquo;une branche de l&rsquo;histoire r\u00e9solument proscrite par la science historique qui domine aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier livre du cycle, <em>Les Trois Mousquetaires<\/em>, pourrait \u00eatre le roman de l&rsquo;amiti\u00e9 et de l&rsquo;aventure mais il ne le serait que parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9poque o&ugrave; la grandeur des caract\u00e8res et la hauteur des m&oelig;urs permettent \u00e0 ces vertus de donner toute leur f\u00e9condit\u00e9. Il y a une telle place accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;honneur et une telle d\u00e9sinvolture chaleureuse, et une telle fermet\u00e9 d\u00e9sinvolte dans l&rsquo;exercice de la vertu de l&rsquo;honneur, il y a un tel sens constant de la trag\u00e9die qu&rsquo;est le destin du monde (et l&rsquo;honneur est l\u00e0 pour en appr\u00e9cier mieux les vertus), et une telle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 pour aborder les contraintes de la trag\u00e9die ainsi sans jamais laisser son caract\u00e8re y c\u00e9der par l&rsquo;abaissement de l&rsquo;\u00e9motion, que cette \u00e9poque-l\u00e0 nous para&icirc;t, \u00e0 nous gens de la modernit\u00e9, d&rsquo;un autre univers, d&rsquo;une autre \u00e2me litt\u00e9ralement, &ndash; l&rsquo;\u00e9poque de la qualit\u00e9 qui ignore la quantit\u00e9, l&rsquo;\u00e9poque du caract\u00e8re individuel qui n&rsquo;acquiert ses vertus que dans le sens d&rsquo;une collectivit\u00e9 marqu\u00e9e par l&rsquo;honneur, dans le sens de l&rsquo;art de vivre qui est celui du h\u00e9ros, qui est l&rsquo;art de vivre la trag\u00e9die du monde. Ces \u00eatres ne sont pas sans faiblesse ni imperfections, mais ils en prennent la mesure et se font un devoir de les ma&icirc;triser ; leur exercice de la violence est sans cesse polic\u00e9e par le respect et l&rsquo;estime de l&rsquo;adversaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les relations des Mousquetaires avec Richelieu, leur ennemi d&rsquo;apparat et de circonstance, ces relations marqu\u00e9es par une estime r\u00e9ciproque qui n&rsquo;ira qu&rsquo;en s&rsquo;amplifiant, comme l&rsquo;on dit de la rencontre aristocratique arrang\u00e9e par la vertu collective, est le leitmotiv, la basse continu imperceptible mais structurelle, l&rsquo;essence m\u00eame du r\u00e9cit que bien peu distinguent. Ces relations \u00e9pisodiques qui sont plut\u00f4t des rencontres de circonstance apparaissent dans la perspective comme le signe de la reconnaissance de leur r\u00e9f\u00e9rence de ce que sont la hauteur de la conception du monde, la grandeur du service, la noblesse du caract\u00e8re. Tout cela n&rsquo;appara&icirc;t pleinement qu&rsquo;\u00e0 la lecture de ce qui suit, &ndash; <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em> et <em>Dix ans plus tard<\/em>, &ndash; comme cet axe fondamental de l&rsquo;estime entre Richelieu (alors disparu) et les Mousquetaires, qui devient alors, pour les seconds, le regret hautain d&rsquo;une \u00e9poque de grande hauteur, d\u00e9sormais enfuie, quand les Mousquetaires l&rsquo;\u00e9voqueront entre eux ou avec leurs survivants. Ne nous attardons pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique (on a r\u00e9habilit\u00e9 un peu Louis XIII r\u00e9cemment, l&rsquo;esprit r\u00e9visionniste s&rsquo;exer\u00e7ant ainsi sur des mati\u00e8res peu risqu\u00e9es) pour lire ceci, puisque ce qui nous importe est la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9tahistorique ; ceci, lorsque Athos dit \u00e0 son fils Raoul : &laquo; <em>Raoul, souvenez-vous de cette chose, s&rsquo;il a fait le roi petit il a fait la royaut\u00e9 grande&hellip;<\/em> [&hellip;] <em>Ce r\u00e8gne est pass\u00e9, Raoul, ce ministre tant redout\u00e9, tant craint, tant ha\u00ef de son ma&icirc;tre, est descendu dans la tombe, tirant apr\u00e8s lui le roi qu&rsquo;il ne voulait pas laisser vivre seul, de peur sans doute qu&rsquo;il ne d\u00e9truis&icirc;t son &oelig;uvre, car un roi n&rsquo;\u00e9difie que lorsqu&rsquo;il a pr\u00e8s de lui soit Dieu, soit l&rsquo;esprit de Dieu.<\/em> [&hellip;] <em>Raoul, sachez distinguer toujours le roi de la royaut\u00e9 ; le roi n&rsquo;est qu&rsquo;un homme, la royaut\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;esprit de Dieu ; quand vous serez dans le doute de savoir qui vous devez servir, abandonnez l&rsquo;apparence mat\u00e9rielle pour<\/em> <strong><em>le principe invisible<\/em><\/strong><em>, car<\/em> <strong><em>le principe invisible<\/em><\/strong> <em>est tout&hellip;<\/em> &raquo; (Parlant de \u00ab\u00a0principe invisible\u00a0\u00bb, Athos parle en initi\u00e9 relevant de la Tradition universelle autant qu&rsquo;il parle, pour le particulier, selon la \u00ab\u00a0th\u00e9orie des deux corps du Roi\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e pour la royaut\u00e9 de droit divin en France ; tout cela bien plus qu&rsquo;en croyant relevant d&rsquo;une religion, Athos, m\u00eame si les religions ont \u00e9videmment des liens avec la Tradition autant qu&rsquo;avec de telles th\u00e9ories.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A la fin de ce premier tome du cycle (<em>Les Trois Mousquetaires<\/em>) se situe l&rsquo;\u00e9pisode tragique, lugubre et grandiose, presque d&rsquo;une solennit\u00e9 m\u00e9taphysique, de l&rsquo;ex\u00e9cution de <em>Milady<\/em>. Un cr\u00e9tin \u00ab\u00a0goncourtis\u00e9\u00a0\u00bb (<em>dito<\/em>, ayant re\u00e7u le Prix Goncourt), compl\u00e8tement de notre temps, qui se crut autoris\u00e9 \u00e0 faire une pi\u00e8ce sur la dame, parle de <em>Milady<\/em> comme d&rsquo;une \u00ab\u00a0femme fatale\u00a0\u00bb \u00e0 la mode hollywoodienne, une sorte de Lana Turner lanc\u00e9e dans la m\u00e9tahistoire (laquelle Turner interpr\u00e9ta effectivement le r\u00f4le dans une version hollywoodienne et cauchemardesque de la chose). Tout ce que ces esprits touchent, ils le font petit et bas&hellip; Laissons cela. <em>Milady<\/em> repr\u00e9sente le Mal, dans sa mat\u00e9rialisation la plus forte, la plus fourbe et la plus trompeuse ; sa chair, reconnue par tous comme superbement d\u00e9sirable, semble alors irr\u00e9m\u00e9diablement pervertie par la proximit\u00e9 de la mati\u00e8re, \u00ab\u00a0source de tous les maux\u00a0\u00bb, dont elle s&rsquo;est faite la servante&hellip; Son ex\u00e9cution par le bourreau de B\u00e9thune constitue un acte d&rsquo;exorcisme \u00e9crasant mais aussi in\u00e9vitable que la v\u00e9rit\u00e9 du Ciel, un acte m\u00e9taphysique, &ndash; et l&rsquo;on se souvient alors de ce que Joseph de Maistre et Charles Baudelaire disent de la dimension m\u00e9taphysique de la peine de mort et de la fonction de bourreau. Cette c\u00e9r\u00e9monie tragique suscite un \u00e9puisement terrible de l&rsquo;affectivit\u00e9 et de la psychologie de ceux qui ont inspir\u00e9, voulu et organis\u00e9 cet acte terrible, nos Mousquetaires r\u00e9unis et soud\u00e9s comme ils ne furent jamais, et l&rsquo;on comprend alors qu&rsquo;ils ne peuvent que se s\u00e9parer apr\u00e8s une telle fusion dans une occurrence aussi terrible. L&rsquo;acte a pris en eux tout ce qu&rsquo;ils avaient de fonction vitale collective, ils sont psychiquement exsangues. Ils ont tranch\u00e9 la t\u00eate de leur <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_de_la_raison_humaine_ddecrisis_18_07_2010.html\">serpent qui persiflait<\/a> avant l&rsquo;heure mais l&rsquo;effort semble les avoir vid\u00e9s de toute cette belle \u00e9nergie qui les nourrissait. Effectivement, ils se s\u00e9parent et disparaissent dans l&rsquo;ombre des aventures d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9es&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est alors, <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>, que se situe, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cycle et dans la logique de l&rsquo;interpr\u00e9tation m\u00e9tahistorique de ce cycle que nous proposons, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la rupture du monde que nous retrouvons \u00e0 diverses occasions, avec <em>mazarinades<\/em> et petits-ma&icirc;tres comme pr\u00e9curseurs du persiflages et des persifleurs dont nous avons tant parl\u00e9. La politique (c&rsquo;est le temps de la Fronde) \u00e9volue radicalement, sans qu&rsquo;il faille accabler tous les acteurs de cette m\u00e9tamorphose, au contraire avec certains qui portent haut des vertus incontestables. L&rsquo;autorit\u00e9 et la hi\u00e9rarchie sont soumises \u00e0 rude \u00e9preuve, comme des r\u00e9f\u00e9rences elles-m\u00eames soudain priv\u00e9es de ces certitudes qui font qu&rsquo;une vertu et une valeur sont effectivement, en m\u00eame temps, des r\u00e9f\u00e9rences que leur l\u00e9gitimit\u00e9 met \u00e0 l&rsquo;abri de toute contestation. Le d\u00e9sordre r\u00e8gne et l&rsquo;on sent bien que pour r\u00e9tablir, il faudra une main de fer qui, n\u00e9cessairement, sacrifiera certaines de ces vertus qui faisaient qu&rsquo;autorit\u00e9 et hi\u00e9rarchie n&rsquo;avaient besoin que de l&rsquo;honneur et de la hauteur pour s&rsquo;imposer ; et l&rsquo;on sait que la main de fer est celle de Louis XIV, dont l&rsquo;\u00e9clat solaire dissimulera la v\u00e9rit\u00e9 des concessions que ce souverain dut faire aux exigences de la modernit\u00e9 naissance pour affirmer la restauration de l&rsquo;ordre ; c&rsquo;est sous son empire, notamment, que les m&oelig;urs des petits-ma&icirc;tres vont commencer \u00e0 se r\u00e9pandre et \u00e0 infecter les valeurs chevaleresques avec le poison du sarcasme et du brio nihiliste des salons. (Le serpent qui persiflait, le vrai, n&rsquo;est plus tr\u00e8s loin.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les amis mousquetaires se sont s\u00e9par\u00e9s comme on l&rsquo;a vu plus haut et, au d\u00e9but du passage (au d\u00e9but de <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>), au milieu des grondements et du bouillonnement de la Fronde, c&rsquo;est comme si leur monde, et leur monde propre en v\u00e9rit\u00e9, \u00e9tait en pleine dissolution, en compl\u00e8te d\u00e9structuration. Au d\u00e9but du livre, d&rsquo;Artagnan est seul, amer, presque atone, oublieux des autres et comme r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de robot militaire par cette rupture vitale. Conduisant hors de la Bastille le comte de Rochefort, vieil ennemi devenu ami et lib\u00e9r\u00e9 sur ordre de Mazarin, on entend d&rsquo;Artagnan, nous-m\u00eames stup\u00e9faits par cette situation o&ugrave; tout se passe comme si les Mousquetaires n&rsquo;avaient jamais exist\u00e9, dans ce dialogue apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9puisement de divers sujets plus pressants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em> A propos, et vos amis, faut-il parler d&rsquo;eux aussi ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>Quels amis ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>Athos, Porthos, Aramis, les avez-vous donc oubli\u00e9s ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>A peu pr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>Que sont-ils devenus ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>Je n&rsquo;en sais rien.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&mdash; <em>Vraiment !<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu plus loin, on d\u00e9crit \u00ab\u00a0d&rsquo;Artagnan \u00e0 quarante ans\u00a0\u00bb (titre du chapitre), comme un homme r\u00e9duit, diminu\u00e9 sans ses amis qui l&rsquo;ont quitt\u00e9 (Dumas l&rsquo;annonce en \u00e9pilogue des <em>Trois Mousquetaires<\/em> et donne des dates, puisque le d\u00e9part d&rsquo;Athos est situ\u00e9 en 1633), &ndash; d&rsquo;Artagnan comme un homme <strong>d\u00e9structur\u00e9<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;image du monde qu&rsquo;ils formaient \u00e0 quatre ; et l&rsquo;on songe que, plus qu&rsquo;un homme, plus que leur monde \u00e0 eux quatre, c&rsquo;est bien un destin collectif qui est en train d&rsquo;\u00eatre <strong>d\u00e9structur\u00e9<\/strong>. Ce n&rsquo;est nullement le vieillissement naturel que d\u00e9crit Dumas mais bien une sorte de d\u00e9cadence historique et ontologique, une d\u00e9viation fatale dont d&rsquo;Artagnan est le symbole. Jamais les Mousquetaires n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 plus proches de la chute, comme en une victoire posthume du Mal, de <em>Milady<\/em> dont l&rsquo;ex\u00e9cution semble leur avoir jet\u00e9 un sort. Le passage est saisissant, justement, par le symbolisme qu&rsquo;on peut, qu&rsquo;on devrait lui trouver : en d\u00e9crivant un homme promis \u00e0 la plus haute destin\u00e9e et qui semble chuter \u00e0 cause de circonstances dont nul n&rsquo;a mesur\u00e9 les cons\u00e9quences, Dumas semble d\u00e9crire un monde, une civilisation touch\u00e9e par le m\u00eame terrible travers&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>D&rsquo;Artagnan n&rsquo;avait pas manqu\u00e9 aux circonstances mais les circonstances avaient manqu\u00e9 \u00e0 d&rsquo;Artagnan. Tant que ses amis l&rsquo;avaient entour\u00e9, d&rsquo;Artagnan \u00e9tait rest\u00e9 dans sa jeunesse et sa po\u00e9sie ; c&rsquo;\u00e9tait une de ces natures fines et ing\u00e9nieuses qui s&rsquo;assimilent facilement les qualit\u00e9s des autres. Athos lui donnait de sa grandeur, Porthos de sa verve, Aramis de son \u00e9l\u00e9gance. Si d&rsquo;Artagnan e&ucirc;t continu\u00e9 de vivre avec ces trois hommes, il f&ucirc;t devenu un homme sup\u00e9rieur. Athos le quitta le premier, pour se retirer sur cette petite terre dont il avait h\u00e9rit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Blois ; Porthos, le second, pour \u00e9pouser sa procureuse ; Aramis, le troisi\u00e8me, pour entrer d\u00e9finitivement dans les ordres et se faire abb\u00e9. A partir de ce moment, d&rsquo;Artagnan, qui semblait avoir confondu son avenir avec celui de ses trois amis, se trouva isol\u00e9 et faible, sans courage pour poursuivre une carri\u00e8re dans laquelle il sentait qu&rsquo;il ne pouvait devenir quelque chose qu&rsquo;\u00e0 la condition que chacun de ses amis lui c\u00e9derait, si cela peut se dire, une partie du fluide \u00e9lectrique qu&rsquo;il avait re\u00e7u du ciel.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les amis mousquetaires \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s et r\u00e9duits, au bord de l&rsquo;ab&icirc;me, comme balay\u00e9s, &ndash; mais voici qu&rsquo;ils se retrouvent, et les voici \u00e0 nouveau, comme un torrent vital, retrouv\u00e9s, r\u00e9incarn\u00e9s&hellip; (Les retrouvailles de D&rsquo;Artagnan et d&rsquo;Athos, sublimes ; d&rsquo;Artagnan, rendu \u00e0 la vie et au monde par une nouvelle mission et par l&rsquo;intuition qu&rsquo;il a de leur renaissance \u00e0 tous quatre, galope vers le domaine d&rsquo;Athos redevenu comte de La F\u00e8re, pour retrouver Athos ; mais une angoisse soudain l&rsquo;envahit, le d\u00e9vore, le d\u00e9truit : ne va-t-il pas retrouver un Athos vieilli, d\u00e9labr\u00e9, retomb\u00e9 dans son vice de l&rsquo;alcool par la solitude, d\u00e9j\u00e0 perdu ? Miracle ! Il retrouve le comte de La F\u00e8re magnifique, superbe et sublime ; la joie et l&rsquo;\u00e9motion de D&rsquo;Artagnan sont infinies : &laquo;<em>Me voici, ami ! me voici, cher Athos, dit d&rsquo;Artagnan en balbutiant et presque chancelant<\/em>.&raquo;) Ils sont ensemble \u00e0 nouveau, tous quatre, souvent dans des camps oppos\u00e9s dans leurs nouvelles chevauch\u00e9es, mais qu&rsquo;importe cela qui ne fait qu&rsquo;illustrer la confusion d&rsquo;une \u00e9poque o&ugrave; tout change. Leur amiti\u00e9 qui avait \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9e rena&icirc;t et semble \u00e0 la fois plus diverse, plus m&ucirc;re, plus complexe et travers\u00e9e d&rsquo;antagonismes, mais non moins solide et superbe qu&rsquo;elle n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 vingt ans avant ; malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge, malgr\u00e9 l&rsquo;usure et en d\u00e9pit de la rupture qu&rsquo;on a vue et qui s&rsquo;est r\u00e9par\u00e9e dans leurs retrouvailles, malgr\u00e9 les diff\u00e9rends politiques, les man&oelig;uvres d&rsquo;une aventure qui est plus politique qu&rsquo;aventureuse, le lien qui les tient \u00e0 nouveau r\u00e9siste superbement. Ce sont moins les assauts \u00ab\u00a0du temps qui passe\u00a0\u00bb qui les assaillent que ceux des temps nouveaux qui arrivent, qui sont ceux, \u00e0 n&rsquo;en point douter, de la modernit\u00e9 triomphante ; contre cela, la r\u00e9sistance de cette amiti\u00e9 qui prend l&rsquo;allure de la d\u00e9fense d&rsquo;une haute fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, &ndash; \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, ce mot qui est n\u00f4tre, &ndash; est magnifique et pleine d&rsquo;une col\u00e8re vigoureuse, et nullement marqu\u00e9e de l&rsquo;affaiblissement avant l&rsquo;abdication de la vieillesse. A la fin de <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em> et tout au long de <em>Dix ans plus tard<\/em>, les mousquetaires, vieillis, fourbus, souvent s\u00e9par\u00e9s par les circonstances et adversaires selon les inadvertances, semblent moins d\u00e9sempar\u00e9s et dispers\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la dissolution qu&rsquo;au d\u00e9but de <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>, selon le portrait terrible qu&rsquo;on a vu de d&rsquo;Artagnan. L&rsquo;\u00e9tude de caract\u00e8re est belle, avec des caract\u00e8res si diff\u00e9rents, qui passent de l&rsquo;arch\u00e9type au symbole sans jamais sombrer dans le st\u00e9r\u00e9otype.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Leurs aventures sont \u00e9tonnantes car, dans ce passage (<em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>), c&rsquo;est surtout hors de France (en Angleterre) que ces Fran\u00e7ais en d\u00e9cousent, comme s&rsquo;ils pressentaient que les \u00e9v\u00e9nements fran\u00e7ais de la Fronde ont en fait une r\u00e9sonnance europ\u00e9enne, dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;Europe est compl\u00e8tement la civilisation occidentale et que c&rsquo;est sur ce plateau des \u00e9v\u00e9nements du monde qu&rsquo;il faut laisser sa trace. Certains sont v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0europ\u00e9ens\u00a0\u00bb, et parfaitement conscients de l&rsquo;enjeu de leur combat. Athos se bat pour sauver Charles Ier d&rsquo;Angleterre comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un destin annonciateur de celui de Louis XVI, &laquo; <em>parce que tous les gentilshommes sont fr\u00e8res, parce que vous<\/em> [d&rsquo;Artagnan] <em>\u00eates gentilhomme, parce que les rois de tous les pays sont les premiers entre les gentilshommes, parce que la pl\u00e8be aveugle, ingrate et b\u00eate prend toujours plaisir \u00e0 abaisser ce qui lui est sup\u00e9rieur<\/em>&hellip; &raquo;. L&rsquo;on voit qu&rsquo;il n&rsquo;est d\u00e9sormais plus question du \u00ab\u00a0principe invisible\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de sauver un roi un peu comme l&rsquo;on sauve les meubles. Athos, le grand Athos, le comte de La F\u00e8re, celui qui parle \u00e0 Dieu pour eux quatre, que d&rsquo;Artagnan consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0un demi-dieu\u00a0\u00bb et qui consid\u00e8re d&rsquo;Artagnan comme son fils spirituel, Athos sait mieux qu&rsquo;aucun de ses amis exprimer la profondeur m\u00e9tahistorique des p\u00e9riodes que nous d\u00e9crivons, qui symbolise ce passage \u00e0 la modernit\u00e9, cette \u00ab\u00a0rupture furieuse\u00a0\u00bb&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est lui encore, Athos, qui r\u00e9glera les comptes en fixant les enjeux avec l&rsquo;incroyable force que donne la lucidit\u00e9 de la conviction la plus haute qui est fille directe de l&rsquo;intuition haute, dans <em>Dix ans plus tard<\/em>, dans une sc\u00e8ne stup\u00e9fiante de hauteur et de libert\u00e9 d&rsquo;esprit, celles qu&rsquo;ont par leur essence m\u00eame les esprits aristocratiques ; en m\u00eame temps, il met un point final au cycle en achevant le constat du basculement, ou de l&rsquo;annonce du basculement forc\u00e9 dans la dynamique terrifiante du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb, contre lequel le puissant \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis XIV\u00a0\u00bb ne pourra rien, et plut\u00f4t d\u00e9j\u00e0 emport\u00e9 par ses premiers tourbillons que r\u00e9sistant au d\u00e9cha&icirc;nement qui s&rsquo;annonce. Le comte de La F\u00e8re fait la le\u00e7on au jeune roi Louis XIV, qui l&rsquo;\u00e9coute, tremblant d&rsquo;une fureur rendue muette par une sorte de respect incompr\u00e9hensible, &ndash; devant ces paroles formidables d&rsquo;Athos (\u00ab\u00a0J&rsquo;ai oblig\u00e9 des rois&hellip;\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Oh, vous m&rsquo;\u00e9couterez, sire. Je suis vieux, et je tiens \u00e0 tout ce qu&rsquo;il y a de vraiment grand et de vraiment fort dans votre royaume. Je suis un gentilhomme qui a vers\u00e9 son sang pour votre p\u00e8re et pour vous sans avoir jamais rien demand\u00e9 ni \u00e0 vous ni \u00e0 votre p\u00e8re. Je n&rsquo;ai fait de tort \u00e0 personne dans ce monde, et j&rsquo;ai oblig\u00e9 des rois ! Vous m&rsquo;\u00e9couterez ! Je viens vous demander compte de l&rsquo;honneur d&rsquo;un de vos serviteurs que vous avez abus\u00e9 par un mensonge ou trahi par une faiblesse<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Louis, bl\u00eame de fureur rentr\u00e9e, de honte, de frustration \u00e9pouvantable, qui ne parvient pas \u00e0 arr\u00eater ce torrent parce que c&rsquo;est le torrent de la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9tahistorique qui d\u00e9ferle sur lui, &ndash; qu&rsquo;importe le cas, en effet, qui les oppose, et o&ugrave; le jeune Louis n&rsquo;a pas le beau r\u00f4le, ayant c\u00e9d\u00e9 \u00e0 des caprices bien trop humains, de ceux qu&rsquo;un roi qui a Dieu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s ne peut se permettre au risque d&rsquo;appr\u00eater la Chute&#8230; Athos, comte de La F\u00e8re, lui, parle pour une \u00e9poque qui s&rsquo;en va, une civilisation en train d&rsquo;\u00eatre trahie, mais sans la moindre nostalgie, sans c\u00e9der un pouce \u00e0 la d\u00e9faite de la vieillesse et du temps qui passe, au contraire, en faisant sonner sa col\u00e8re comme un avertissement qui nous concerne tous, en annon\u00e7ant des temps terribles \u00e0 venir et faisant comprendre que le temps n&rsquo;est pas seulement pour l&rsquo;homme le comptable d&rsquo;une \u00e9volution biologique et d&rsquo;une id\u00e9ologie in\u00e9luctable ; Athos qui s&rsquo;exclame, proph\u00e9tique : prenez garde, ce que vous \u00eates en train de perdre vous pr\u00e9cipitera dans les plus grands malheurs, et, au-del\u00e0, vous attendent, vous et vos descendants, la revanche de l&rsquo;Histoire et de Celui qui la conduit&hellip; (Et, bien entendu, je ne fais nulle diff\u00e9rence du point de vue de la continuit\u00e9, \u00e0 ce point d&rsquo;Athos contre Louis XIV, entre le roi Louis XIV et les r\u00e9volutionnaires de 1789 qui vont parachever l&rsquo;&oelig;uvre mal\u00e9fique de destruction. Dans ce cas, il faut \u00eatre un niais pour amuser la galerie avec des notions comme \u00ab\u00a0royalistes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, etc.) Imagine-t-on une personnalit\u00e9 sociale, politique ou du rang osant parler en ces termes \u00e0 un pi\u00e8tre pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, en une quelconque ann\u00e9e de consid\u00e9rable disgr\u00e2ce du d\u00e9but du XXI\u00e8me ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Fils de Louis XIII, vous commencez mal votre r\u00e8gne, car vous le commencez par le rapt et la d\u00e9loyaut\u00e9 ! Ma race et moi nous sommes d\u00e9gag\u00e9s envers vous de toute cette affection et de tout ce respect que j&rsquo;avais fait jurer \u00e0 mon fils dans les caveaux de Saint-Denis en pr\u00e9sence des restes de vos nobles a\u00efeux. Vous \u00eates devenu notre ennemi, sire, et nous n&rsquo;avons plus affaire d\u00e9sormais qu&rsquo;\u00e0 Dieu, notre seul ma&icirc;tre. Prenez-y garde !<\/em>  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le roi \u00e9ructe, s&#8217;embrase, mais rien n&rsquo;y fait. Athos termine, d\u00e9gaine son \u00e9p\u00e9e, la rompt sur son genou et, \u00ab\u00a0tristement\u00a0\u00bb, laisse tomber les deux morceaux sur le parquet, &ndash; &laquo; <em>et saluant le roi qui \u00e9touffait de rage et de honte, il sortit du cabinet.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a des passages, voire des dizaines de pages, dans <em>Dix ans apr\u00e8s<\/em> (les trois volumes du <em>Vicomte de Bragelonne<\/em>, ou pr\u00e8s de 3.000 pages), qui sont d&rsquo;un ennui consternant et d&rsquo;une frivolit\u00e9 \u00e0 mesure, lorsque nous sommes plong\u00e9s dans les intrigues de cour autour du jeune Louis qui organise son pouvoir et ses premi\u00e8res affaires de c&oelig;ur. (Je me permets d&rsquo;\u00e9crire cela qui pourrait choquer certains parce que je l&rsquo;ai ressenti de cette fa\u00e7on, avec une force n\u00e9gative inou\u00efe par contraste avec le reste ; allant jusqu&rsquo;\u00e0 sauter l&rsquo;un ou l&rsquo;autre passage, ou du moins sacrifiant \u00e0 ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0la lecture en diagonale\u00a0\u00bb.) On dirait qu&rsquo;Alexandre Dumas a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9 par la futilit\u00e9 propre de la situation qu&rsquo;il d\u00e9peint, par son caract\u00e8re d&rsquo;amollissement, de perversion des valeurs de l&rsquo;aristocratie, tout cela \u00e9tant le moyen n\u00e9cessaire par lequel passait le projet de Louis XIV d&rsquo;annihiler la puissance potentielle de la noblesse dont il avait pu go&ucirc;ter les effets terribles durant la Fronde, et qu&rsquo;il entendait r\u00e9duire. La fr\u00e9quentation de Monsieur fr\u00e8re du roi et de Madame sa femme, la redoutable et tr\u00e8s fine Henriette, s&oelig;ur de Charles II d&rsquo;Angleterre, de La Valli\u00e8re, de monsieur de Saint-Aignan, de monsieur de Guise, de tant d&rsquo;autres, semble \u00eatre comme un th\u00e9\u00e2tre qui est en train d&rsquo;\u00eatre mont\u00e9 pour installer une nouvelle \u00e9poque dont le terme sera la R\u00e9volution, &ndash; nullement \u00e0 cause des vices de la monarchie de droit divin ni de la bassesse que n&rsquo;ont pas n\u00e9cessairement les acteurs de la pi\u00e8ce, mais plut\u00f4t parce que l&rsquo;\u00e9volution des forces telluriques, de la mati\u00e8re qui s&rsquo;anime en une dynamique d\u00e9structurante, de la dialectique des petits-ma&icirc;tres avant les persifleurs qui corrodent d\u00e9j\u00e0 la psychologie, sont en train de corrompre <em>in fine<\/em>, avec une force d\u00e9vastatrice, les vertus de la monarchie de droit divin et de sa noblesse jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;ensemble du processus fasse directement le lit de la R\u00e9volution. (Il y a complicit\u00e9 entre cette d\u00e9cadence et le r\u00e8gne, qui s&rsquo;annonce, de &laquo; <em>la guillotine permanente<\/em> &raquo;, exprimant la continuit\u00e9 de cette dynamique du d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais soudain, dans le cours de ce r\u00e9cit devenu \u00e9tonnamment abaissant, au milieu de cet ennui de l&rsquo;\u00e9mollience en cours des choses, un \u00e9clair cr\u00e9pite et nous redresse. C&rsquo;est tel passage sur d&rsquo;Artagnan, ou sur d&rsquo;Artagnan et Porthos, ou encore sur Aramis (apr\u00e8s le d\u00e9but de <em>Dix ans plus tard<\/em> qui met en sc\u00e8ne Athos et son fils Raoul, puis d&rsquo;Artagnan, tout cela sans la rupture affreuse et terrible observ\u00e9e entre <em>Les Trois Mousquetaires<\/em> et <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>). Le contraste entre les deux situations nous fait bien mesurer la puissance extraordinaire du changement qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 dans les \u00e2mes et dans la situation g\u00e9n\u00e9rale du monde &ndash; et, par contraste bouleversant, la puissance que repr\u00e9sentent nos h\u00e9ros qui sont les t\u00e9moins privil\u00e9gi\u00e9s du naufrage de la civilisation dans les rets multiples et comme in\u00e9luctables de la modernit\u00e9, nos h\u00e9ros incomparablement plus pr\u00e9sents, actifs et bouillonnants qu&rsquo;au d\u00e9but de <em>Vingt ans apr\u00e8s<\/em>&ndash; m\u00eame si l&rsquo;on parle incomparablement moins d&rsquo;eux, parce que leur pr\u00e9gnance le plus souvent invisible se fait partout sentir et fait ressortir d&rsquo;autant plus la faiblesse de la plupart de ces puissants du jour. Ce changement terrible de la civilisation parvient \u00e0 emprisonner, \u00e0 rendre complice du d\u00e9sastre m\u00eame les plus brillants, ceux qu&rsquo;on aurait pu croire comptables de la Tradition, comme le Roi-Soleil lui-m\u00eame&#8230; La terrible catastrophe qui prend forme compl\u00e8te le reste pour faire de ce cycle, effectivement, une synth\u00e8se de la s\u00e9quence m\u00e9tahistorique de l&rsquo;installation du syst\u00e8me du d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re, sous la forme de la modernit\u00e9. On saisit parfaitement l&rsquo;intensit\u00e9 de ce moment historique, puisqu&rsquo;en m\u00eame temps que le Roi-Soleil met en place un moment de civilisation sublime qui va \u00e9clairer le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et faire croire \u00e0 un envol, il met en place tous les \u00e9l\u00e9ments de sa corrosion, de son pourrissement qui conduisent \u00e0 la chute finale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il y a les 300 derni\u00e8res pages finales du troisi\u00e8me Tome de <em>Dix ans plus tard<\/em> et du cycle lui-m\u00eame qui, soudain, apparaissent comme un \u00e9blouissement, malgr\u00e9, &ndash; ou \u00e0 cause, apr\u00e8s tout, de la trag\u00e9die qui en fait le th\u00e8me. Il n&rsquo;est nullement question, \u00e0 notre estime, de la nostalgie accompagnant la vieillesse ultime et la mort de ces h\u00e9ros ; il est question de la trag\u00e9die de l&rsquo;Histoire en cours d&rsquo;affrontement fondamental. Le contraste avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de ressemble au contraste accusateur entre la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb et la civilisation assassin\u00e9e, l&rsquo;imposture qui s&rsquo;annonce et corrode d\u00e9j\u00e0 la hauteur encore en place. Ces 300 pages nous content la fin de nos Mousquetaires, leur vieillesse en agonie, leurs morts constituant autant d&rsquo;actes symboliques d&rsquo;une trag\u00e9die pure, d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements m\u00e9tahistoriques, achevant le r\u00e9cit selon la parabole que nous avons choisie, dans des \u00e9v\u00e9nements qui, loin de sugg\u00e9rer l&rsquo;ach\u00e8vement sugg\u00e8rent au contraire un affrontement en pleine force ; leurs morts qui ne se d\u00e9roulent nullement en-dehors des temps nouveaux o&ugrave; ils se trouvent, mais en leur c&oelig;ur, et en pleine contestation de ces temps nouveaux&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(\u00ab\u00a0Leurs morts\u00a0\u00bb, certes, sauf pour le corps d&rsquo;Aramis, et rien que pour son corps, ultime survivant du destin commun. L&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Aramis \u00e9tait morte avec Porthos, entrant ainsi dans l&rsquo;unit\u00e9 sublime des quatre h\u00e9ros malgr\u00e9 les r\u00e9serves que la carri\u00e8re d&rsquo;Aramis avait suscit\u00e9es sous la plume de l&rsquo;auteur : &laquo; <em>Aramis, silencieux, glac\u00e9, tremblant comme un enfant craintif<\/em>&hellip;[&hellip;] <em>On e&ucirc;t dit que quelque chose de Porthos mort venait de mourir en lui.<\/em> &raquo; Aramis et d&rsquo;Artagnan, ces adversaires acharn\u00e9s et de circonstances (mais comme le sont Athos et d&rsquo;Artagnan \u00e0 un autre moment), ont l&rsquo;un et l&rsquo;autre des phrases qui vont au fond ; et d&rsquo;Artagnan, dans un \u00e9lan, lors d&rsquo;une rencontre dont tous deux savent qu&rsquo;elle est la derni\u00e8re : &laquo; <em>Aimons-nous pour quatre, nous ne sommes plus que deux<\/em> &raquo; ; et Aramis, passant soudain au tutoiement qu&rsquo;il n&rsquo;y eut jamais entre eux : &laquo; [D&rsquo;Artagnan,] <em>si tu savais comme je t&rsquo;ai aim\u00e9 !<\/em> &raquo;&hellip; D&rsquo;o&ugrave; la derni\u00e8re phrase si myst\u00e9rieuse, mais finalement lumineuse, du cycle, exactement apr\u00e8s les derniers mots, \u00e9galement si myst\u00e9rieux, de d&rsquo;Artagnan mourant (&laquo; <em>Athos, Porthos, au revoir ! &ndash; Aramis, \u00e0 jamais, adieu !<\/em> &raquo;) ; et comme pour redresser, contredire radicalement, de la main de Dieu, ces avant-derni\u00e8res paroles justement, la phrase qui cl\u00f4t le cycle et les 5.000 pages : &laquo; <em>Des quatre vaillants hommes dont nous avons cont\u00e9 l&rsquo;histoire, il ne restait plus qu&rsquo;un seul corps, Dieu avait repris les \u00e2mes.<\/em> &raquo; Nous suivons le conseil d&rsquo;Athos \u00e0 son fils : lorsque le discernement chancelle, il faut abandonner les apparences mat\u00e9rielles et \u00e9pouser l&rsquo;essentiel, qui est le \u00ab\u00a0principe invisible\u00a0\u00bb, &ndash; leurs quatre \u00e2mes, en v\u00e9rit\u00e9, &ndash; dont celle d&rsquo;Aramis, s\u00e9par\u00e9 de sa mati\u00e8re, son corps, repr\u00e9sentant ce qu&rsquo;il y avait de fautif dans son comportement, par la seule proximit\u00e9 du mal, &ndash; encore que, cette appr\u00e9ciation du comportement d&rsquo;Aramis pr\u00eaterait largement \u00e0 discuter si l&rsquo;on voulait parler politique, &ndash; mais l\u00e0 n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel, comme on le comprend&hellip;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces moments path\u00e9tiques et tragiques, \u00e0 la lumi\u00e8re o&ugrave; nous avons choisi de consid\u00e9rer l&rsquo;&oelig;uvre, ach\u00e8vent effectivement la parabole du passage de la civilisation \u00e0 la \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb qui constitue l&rsquo;essentiel de notre th\u00e8se. Ce n&rsquo;est en aucun cas une d\u00e9faite tragique, une capitulation, un an\u00e9antissement, encore moins un vieillissement nostalgique et abandonn\u00e9e, mais bien un acte ultime et sublime de ces personnages qui ont symbolis\u00e9, en un raccourci esth\u00e9tique et historique saisissant, tout le drame dont nous vivons aujourd&rsquo;hui les soubresauts terribles, et la r\u00e9sistance que des \u00e2mes hautes doivent opposer \u00e0 la force mal\u00e9fique qui en est la source. L&rsquo;ensemble de ces remarques rencontre le constat que nous sugg\u00e9rions plus haut selon lequel la litt\u00e9rature, lorsqu&rsquo;elle est parcourue d&rsquo;un souffle m\u00e9taphysique, parvient \u00e0 saisir les plus puissantes v\u00e9rit\u00e9s m\u00e9taphysiques d&rsquo;un passage essentiel de la chute d&rsquo;une civilisation ; elle les concentre et en rassemble dans un r\u00e9cit symbolique et hyperbolique qui embrasse les p\u00e9rip\u00e9ties essentielles de la Chute, sans trop s&rsquo;attacher aux \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9s historiques\u00a0\u00bb que l&rsquo;on doit laisser aux historiens asserment\u00e9s du syst\u00e8me &ndash; impuissants, par contrat statutaire dirait-on, \u00e0 travailler hors des limites permises par ce m\u00eame syst\u00e8me, &ndash; et pour cause, pour ce qui concerne la permission. Pour eux, ces pauvres gens, dont la mission est de nier la Chute, <em>The Harder They Fall<\/em>&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En forme d&rsquo;avant-propos&hellip; Pourquoi Alexandre Dumas ? Parce qu&rsquo;on en parla beaucoup au d\u00e9but de cette ann\u00e9e et qu&rsquo;il me parut aga\u00e7ant, sans doute, de lire en g\u00e9n\u00e9ral que sa premi\u00e8re vertu \u00e9tait celle d&rsquo;\u00eatre mul\u00e2tre, comme celle d&rsquo;Obama est d&rsquo;\u00eatre un Africain-Am\u00e9ricain, &ndash; tout cela, motif d&rsquo;exultation de nos \u00e9lites de notre parisien \u00ab\u00a0parti&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[2791,10413,10410,3482,10415,2631,10416,3969,8386,2622,10411,2755],"class_list":["post-72509","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-grace-de-lhistoire","tag-alexandre","tag-aramis","tag-athos","tag-chute","tag-dartagnan","tag-de","tag-dumas","tag-grace","tag-lhistoire","tag-la","tag-porthos","tag-resistance"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72509"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72509\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}