{"id":72647,"date":"2011-01-08T06:53:44","date_gmt":"2011-01-08T06:53:44","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/01\/08\/leconomie-en-phase-maniaque-la-crise-ne-la-concerne-plus\/"},"modified":"2011-01-08T06:53:44","modified_gmt":"2011-01-08T06:53:44","slug":"leconomie-en-phase-maniaque-la-crise-ne-la-concerne-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/01\/08\/leconomie-en-phase-maniaque-la-crise-ne-la-concerne-plus\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9conomie en phase maniaque : la crise ne la concerne plus"},"content":{"rendered":"<p><p>Dans <em>Foreign Policy<\/em>, Peter Cowen et Jayme Lemke consacrent, le <a href=\"http:\/\/www.foreignpolicy.com\/articles\/2011\/01\/05\/10_percent_unemployment_forever?print=yes&#038;hidecomments=yes&#038;page=full\" class=\"gen\">5 janvier 2011<\/a> un article \u00e0 la situation \u00e9conomique US sous le titre : \u00ab<em>10 percent unemployment forever? Why the good news about the economy doesn&rsquo;t necessarily mean that jobs are coming back anytime soon.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;article rappelle divers signes d&rsquo;am\u00e9lioration de la situation financi\u00e8re et \u00e9conomique des USA, au niveau du fonctionnement de la machine \u00e9conomique, des b\u00e9n\u00e9fices, etc. Un seul point ne bouge quasiment pas : le ch\u00f4mage. (Les deux auteurs ne font gu\u00e8re allusion \u00e0 la crise abyssale des finances publiques.) D&rsquo;o\u00f9 le d\u00e9veloppement sur un ch\u00f4mage structurel autour de 10% officiel aux USA, soit entre 15% et (plut\u00f4t) 20% r\u00e9els.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>The story runs as follows. Before the financial crash, there were lots of not-so-useful workers holding not-so-useful jobs. Employers didn&rsquo;t so much bother to figure out who they were. Demand was high and revenue was booming, so rooting out the less productive workers would have involved a lot of time and trouble  plus it would have involved some morale costs with the more productive workers, who don&rsquo;t like being measured and spied on. So firms simply let the problem lie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Then came the 2008 recession, and it was no longer possible to keep so many people on payroll. A lot of businesses were then forced to face the music: Bosses had to make tough calls about who could be let go and who was worth saving. (Note that unemployment is low for workers with a college degree, only 5 percent compared with 16 percent for less educated workers with no high school degree. This is consistent with the reality that less-productive individuals, who tend to have less education, have been laid off.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In essence, we have seen the rise of a large class of zero marginal product workers, to coin a term. Their productivity may not be literally zero, but it is lower than the cost of training, employing, and insuring them. That is why labor is hurting but capital is doing fine; dumping these employees is tough for the workers themselves  and arguably bad for society at large  but it simply doesn&rsquo;t damage profits much. It&rsquo;s a cold, hard reality, and one that we will have to deal with, one way or another.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 leur conclusion \u00ab<em>Analysts still disagree on how rapidly the U.S. economy will recover. But they&rsquo;re missing the point. The era of low unemployment may be in our rearview mirror for a long time to come.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut noter que les derni\u00e8res nouvelles \u00e0 propos de l&#8217;emploi, datant d&rsquo;hier, ne contredisent certainement pas cette analyse. (Voir le <em>Daily Telegraph<\/em> de ce <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/finance\/economics\/8246178\/US-jobs-data-hand-investors-reality-check.html\" class=\"gen\">8 janvier 2011<\/a> : \u00ab<em>The US economy created fewer jobs than forecast last month, disappointing investors who in recent weeks have seen signs that the recovery is strengthening. Companies hired 103,000 people in December, the Labor Department said on Friday, compared with an expectation of about 150,000.<\/em> [] <em>Testifying to the Senate Budget Committee, Federal Reserve Chairman Ben Bernanke said that if the improvement in the labour market continues at this pace, we&rsquo;re not going to see sustained declines in the unemployment rate.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<h4>Notre commentaire<\/h4>\n<p> En 1931, le pr\u00e9sident Hoover s&rsquo;effrayait de la mont\u00e9e du ch\u00f4mage devant Andrew Mellon, son secr\u00e9taire au tr\u00e9sor et l&rsquo;une des grandes fortunes d&rsquo;Am\u00e9rique. Mellon lui r\u00e9pondit s\u00e8chement que le ch\u00f4mage grandissant \u00e9tait en train d&rsquo;\u00e9liminer du march\u00e9 du travail les bons \u00e0 rien et les tire-au-flanc, tous les inutiles qui grevaient les finances des grandes entreprises et, surtout, les b\u00e9n\u00e9fices de leurs actionnaires. Franklin Delano Roosevelt mit fin au mod\u00e8le Mellon, au grand dam du capitalisme am\u00e9ricaniste, pourtant bien contraint d&rsquo;accepter la formule sous peine d&rsquo;implosion du pays, c&rsquo;est-\u00e0-dire des ch\u00f4meurs certes, mais aussi des banques, des grandes entreprises et de leurs actionnaires. Le capitalisme am\u00e9ricanisme, quintessence de l&rsquo;\u00e9conomisme de la modernit\u00e9, ou quintessence de la modernit\u00e9 tout court, gardait encore quelques liens avec la r\u00e9alit\u00e9, notamment sociale. Aujourd&rsquo;hui, il semble que le mod\u00e8le Mellon ait trouv\u00e9 son prolongement d\u00e9cisif, avec le capitalisme am\u00e9ricaniste devenu quintessence de l&rsquo;\u00e9conomisme de la postmodernit\u00e9, ou quintessence de la postmodernit\u00e9 tout court, en rompant toutes les amarres avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale, c&rsquo;est-\u00e0-dire humaine. En quelque sorte, ce que nous d\u00e9crivent Cowen-Lemke, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie qui a compl\u00e8tement quitt\u00e9 la sph\u00e8re de la r\u00e9alit\u00e9 courante pour sa propre sph\u00e8re,  virtualiste, si l&rsquo;on veut. L&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;est plus irr\u00e9elle, elle est dans sa r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 elle, qui est la r\u00e9alit\u00e9-en-soi pour l&rsquo;\u00e9conomie. Elle s&rsquo;est d\u00e9barrass\u00e9e de la plus encombrante des amarres qui la tenaient \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, l&#8217;emploi, ou la destin\u00e9e des <em>sapiens<\/em> dans son propre cadre \u00e9conomique consid\u00e9r\u00e9 comme un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs essentiels, sinon l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment constitutif essentiel de la civilisation,  voire, apr\u00e8s tout, comme la civilisation elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne parle plus aujourd&rsquo;hui, parce qu&rsquo;on sait se tenir, de bons \u00e0 rien et de tire-au-flanc, mais, par exemple, de <em>zero marginal product workers<\/em> ou, plus aimablement encore, de <em>less-productive individuals<\/em>. Il n&rsquo;est plus question de d\u00e9finir le <em>sapiens<\/em> au travail en termes psychologiques ou de comportements humains par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie,  et, dans ce cas, des psychologies et des comportements d\u00e9favorables \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie,  mais en termes \u00e9conomiques purs appliqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain. Nous ne sommes plus au stade de la question de savoir si tel ou tel <em>sapiens<\/em> peut s&rsquo;adapter \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, mais au stade de la r\u00e9ponse qui implique l&rsquo;exclusion automatique du processus \u00e9conomique de tel ou tel rouage qui ne convient pas,  dont il s&rsquo;av\u00e8re, apr\u00e8s rapide enqu\u00eate de routine, comme on dirait pour la chronique, que ce rouage est un \u00eatre humain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de s&rsquo;exclamer d&rsquo;horreur et d&rsquo;indignation. On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 beaucoup fait, y compris sur ce site, et depuis bien longtemps, et bien avant que ce site n&rsquo;existe. Il importe d&rsquo;observer surtout que se cr\u00e9e un \u00e9tat d&rsquo;esprit qui authentifie, justifie, substantive et rationalise le mod\u00e8le Mellon en une normalit\u00e9 \u00e9conomique, conforme \u00e0 un m\u00e9canisme qu&rsquo;aucun caract\u00e8re subjectif ne menace, alors que les remarques du secr\u00e9taire au tr\u00e9sor faite au pr\u00e9sident Hoover \u00e9tait d&rsquo;abord le produit de l&rsquo;humeur d&rsquo;un homme avec tout ce qu&rsquo;il y a de subjectif dans cette occurrence. En un sens, Mellon-1931 \u00e9tait encore humain, alors que le mod\u00e8le Mellon-2011 est largement au-del\u00e0 de son inspirateur puisqu&rsquo;il \u00e9carte d\u00e9cisivement toute consid\u00e9ration humaine en tant que telle. R\u00e9p\u00e9tons-le : <em>sapiens<\/em> n&rsquo;est pas un \u00eatre humain qui est emprisonn\u00e9 dans une machinerie et qui s&rsquo;y adapte plus ou moins, il est d\u00e9sormais une pi\u00e8ce m\u00e9canique de cette machinerie, qui s&rsquo;est adapt\u00e9 mais qui reste constamment menac\u00e9 d&rsquo;\u00eatre expuls\u00e9 comme pi\u00e8ce inutile s&rsquo;il ne suit pas le rythme, ou bien il est d\u00e9j\u00e0 expuls\u00e9 de la m\u00e9canique (ch\u00f4meur, dissident), et ainsi soit-il Et le sentiment qu&rsquo;on recueille de l&rsquo;analyse ci-dessus est bien qu&rsquo;apr\u00e8s tout, l&rsquo;\u00e9conomie, de plus en plus devenue elle-m\u00eame un syst\u00e8me-en-soi dans le Syst\u00e8me-en-soi g\u00e9n\u00e9ral, tendrait de moins en moins \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter de devoir vivre avec un 10% (en r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e8s de 20% ou plus de 20%) de ch\u00f4mage structurel (cela aux USA, puisque la chose reste la r\u00e9f\u00e9rence ind\u00e9passable).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn distingue ici une d\u00e9marche de l&rsquo;\u00e9conomie comme syst\u00e8me-en-soi qui s&rsquo;aligne sur le comportement pathologique g\u00e9n\u00e9ral du Syst\u00e8me, qui peut et doit \u00eatre avantageusement compar\u00e9 \u00e0 la maniaco-d\u00e9pression humaine. Nous avons explor\u00e9 cette analogie dans notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>dde.crisis<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.edde.eu\/publication-ddecrisis_du_10_decembre_2010.html\" class=\"gen\">10 d\u00e9cembre 2010<\/a> sur le virtualisme (voir aussi notre <em>Note d&rsquo;analyse<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_le_virtualisme_ddecrisis_21_12_2010.html\" class=\"gen\">21 d\u00e9cembre 2010<\/a>), en parlant du virtualisme comme le passage de l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode maniaque. Exactement comme nous l&rsquo;observions d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 propos des directions politiques, l&rsquo;\u00e9conomie en tant que syst\u00e8me-en-soi adopte cette voie, mais d&rsquo;une fa\u00e7on plus radicale encore car elle est persuad\u00e9e de tenir tous les leviers du fonctionnement du syst\u00e8me \u00e0 elle seule, ne d\u00e9pendant ni des votes des populations, ni des troubles politiques divers, et persuad\u00e9e au contraire de tenir \u00e0 sa merci tous les autres pouvoirs pour la prot\u00e9ger et lui laisser poursuivre son \u00e9volution. Ainsi traite-t-elle avec de plus en plus de vigueur les <em>sapiens<\/em> entr\u00e9s en d\u00e9pression \u00e0 partir de 2007-2008, les plus touch\u00e9s \u00e9tant recrach\u00e9s et condamn\u00e9s comme <em>zero marginal product workers<\/em>, et leur impose-t-elle, pour rester dans son cadre, de s&rsquo;inscrire eux-m\u00eames dans l&rsquo;\u00e9pisode maniaque qui est celui de l&rsquo;exub\u00e9rance dans un monde fictif,  comme, effectivement, les individus affect\u00e9s de cette pathologie exigent de leur entourage son entr\u00e9e dans cette fiction maniaque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;un point de vue plus g\u00e9n\u00e9ral, il s&rsquo;agit, de la part de l&rsquo;\u00e9conomie consid\u00e9r\u00e9e comme syst\u00e8me-en-soi, de repousser la crise, de lui jeter l&rsquo;anath\u00e8me. Ainsi va la <em>narrative<\/em> : il y a eu un accident (en 2008), d&rsquo;ailleurs plus du aux incomp\u00e9tents (<em>zero marginal product workers<\/em>), aux emprunteurs inconsid\u00e9r\u00e9s et aux gouvernements qui r\u00e9gulent trop les march\u00e9s, l&rsquo;\u00e9conomie comme syst\u00e8me-en-soi en a triomph\u00e9 et d\u00e9sormais tout continue dans le meilleur des mondes et vers des lendemains qui chantent Avec 10, 20 ou 30% de ch\u00f4mage, qu&rsquo;importe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne sommes pas principalement victimes de l&rsquo;app\u00e2t du gain, de la rapacit\u00e9, du brigandage, de la corruption, comme cela pouvait \u00eatre encore consid\u00e9r\u00e9 (cela se discute) du temps du secr\u00e9taire au tr\u00e9sor Mellon. Tout cela existe, mais c&rsquo;est accessoire. Nous sommes face \u00e0 un syst\u00e8me-en-soi qui se trouve, exactement comme la psychologie d&rsquo;un \u00eatre humain touch\u00e9 par la pathologie, dans une phase maniaque profonde, qui le fait vivre dans l&rsquo;ivresse et dans une <em>narrative<\/em> extraordinaire. Il ne cherche qu&rsquo;une chose : conforter son ivresse dans sa <em>narrative<\/em>, et il fera tout pour cela. L&rsquo;\u00e9conomie postmoderniste ne veut plus entendre parler de crise et encore moins de crise syst\u00e9mique (y compris les crises des finances publiques dans tous les Etats du monde). Elle roule, et roulera de plus en plus \u00e0 pleins gaz, recrachant les <em>sapiens<\/em> divers qui l&rsquo;encombrent (<em>zero marginal product workers<\/em>, <em>less-productive individuals<\/em>). Voil\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e. Le probl\u00e8me, qui touche aux limites d&rsquo;un \u00e9pisode maniaque dans la maniaco-d\u00e9pression, est que sa <em>narrative<\/em> n&rsquo;est pas l&rsquo;univers et que la crise g\u00e9n\u00e9rale et eschatologique du Syst\u00e8me-en-soi se d\u00e9veloppe, elle, et elle aussi \u00e0 pleins gaz Nous irions m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 dire que ce d\u00e9ni de crise de la part de l&rsquo;\u00e9conomie comme syst\u00e8me-en-soi est une bonne chose \u00e0 cet \u00e9gard. Cela nous \u00e9vitera de plus en plus les digressions pompeuses, complexes et assur\u00e9es des \u00e9conomistes expliquant une crise \u00e9conomique, et l&rsquo;illusion que cette crise g\u00e9n\u00e9rale et eschatologique ne d\u00e9pend que de l&rsquo;\u00e9conomie et des chiffres faussaires et trafiqu\u00e9s qui l&rsquo;accompagnent.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 8 janvier 2011 \u00e0 06H52<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans Foreign Policy, Peter Cowen et Jayme Lemke consacrent, le 5 janvier 2011 un article \u00e0 la situation \u00e9conomique US sous le titre : \u00ab10 percent unemployment forever? 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