{"id":72698,"date":"2011-01-27T05:00:20","date_gmt":"2011-01-27T05:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/01\/27\/les-usa-en-train-de-perdre-le-moyen-orient\/"},"modified":"2011-01-27T05:00:20","modified_gmt":"2011-01-27T05:00:20","slug":"les-usa-en-train-de-perdre-le-moyen-orient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/01\/27\/les-usa-en-train-de-perdre-le-moyen-orient\/","title":{"rendered":"Les USA en train de perdre le Moyen-Orient"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Les USA en train de perdre le Moyen-Orient<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLes derni\u00e8res manuvres US pour s&rsquo;assurer la mainmise sur le Liban ont \u00e9chou\u00e9. L&rsquo;\u00e9viction de leur poulain Saad Hariri, au profit d&rsquo;un premier ministre soutenu par le parti chiite du Hezbollah, est un revers absolument colossal pour Washington. Revers qui s&rsquo;inscrit  logiquement dans le reflux massif de la puissance US et qui marque, sans doute, le d\u00e9but d&rsquo;une longue \u00e9clipse de l&rsquo;influence de Washington au Moyen-Orient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9volution de la situation libanaise repr\u00e9sente ainsi, en quelque sorte, la pointe de l&rsquo;iceberg que constitue l&rsquo;effacement progressif  des acteurs traditionnels du Moyen-Orient, tels qu&rsquo;Isra\u00ebl ou les vieux pays arabes achet\u00e9s d\u00e8s l&rsquo;origine par les USA (comme l&rsquo;Egypte, la Jordanie ou l&rsquo;Arabie Saoudite), au profit du <em>northern tier<\/em>, compos\u00e9 de l&rsquo;Iran d&rsquo;abord, mais aussi la Syrie, la Turquie et le Qatar principalement, tous hostiles \u00e0 l&rsquo;influence US \u00e0 des degr\u00e9s divers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tReste toutefois une derni\u00e8re \u00e9tape pour confirmer le basculement libanais: la liquidation d&rsquo;un Tribunal sp\u00e9cial pour le Liban (TSL) t\u00e9l\u00e9guid\u00e9 par Washington et Tel-Aviv pour accuser le Hezbollah, justement, du meurtre du p\u00e8re de Saad, Rafic Hariri, le 14 f\u00e9vrier 2005.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette accusation est en effet la derni\u00e8re manuvre US en date pour tenter d&rsquo;en finir avec un parti chiite incontr\u00f4lable que Washington consid\u00e8re, avec la finesse d&rsquo;analyse que l&rsquo;on sait, comme une simple excroissance iranienne.<\/p>\n<h3>Obsession sanglante<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn se souvient ainsi qu&rsquo;en 2006, cette obsession US contre le Hezbollah avait connu un paroxysme sanglant avec le d\u00e9clenchement d&rsquo;une guerre commandit\u00e9e par Washington \u00e0 Isra\u00ebl dont l&rsquo;objectif \u00e9tait d&rsquo;an\u00e9antir l&rsquo;aile militaire du parti chiite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn conna\u00eet la suite. Cette guerre s&rsquo;\u00e9tait sold\u00e9e par la mort de plus de 1200 civils libanais; celle d&rsquo;une petite soixantaine de combattants du Hezbollah et par la mise en d\u00e9route d&rsquo;une arm\u00e9e isra\u00e9lienne d\u00e9cid\u00e9ment bien plus \u00e0 l&rsquo;aise face \u00e0 des enfants arm\u00e9s de fronde. D\u00e9\u00e7us, les Am\u00e9ricains avaient alors chang\u00e9 leur fusil d&rsquo;\u00e9paule et mont\u00e9 la farce du TSL (*).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe quotidien <em>Al-Akhbar<\/em> du 21 janvier dernier (p.4), souligne ainsi que \u00ab<em>nombre de responsables am\u00e9ricains qui travaillent sur le dossier estiment que le TSL peut \u00eatre utilis\u00e9 comme un moyen de pression contre l&rsquo;Iran : soit par le d\u00e9mant\u00e8lement du Hezbollah, soit par la  rupture de l&rsquo;alliance syro-iranienne, qui est le premier pas vers la red\u00e9finition de la carte r\u00e9gionale. Ainsi, les deux principaux alli\u00e9s arabes de Washington, l&rsquo;Egypte et l&rsquo;Arabie Saoudite, retrouveraient un certain poids r\u00e9gional.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose ne manque pas de piquant lorsque l&rsquo;on songe que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la maladresse de la politique US qui a favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de cet axe syro-iranien en jetant T\u00e9h\u00e9ran et Damas dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre avec leur inscription dans le fameux Axe du Mal version US <\/p>\n<h3>Options limit\u00e9es<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tReste \u00e0 savoir si le nouveau premier ministre libanais aura les \u00e9paules pour liquider le TSL. Najib Mikati est un homme de pouvoir, d&rsquo;exp\u00e9rience, et qui mesure sans doute l&rsquo;enjeu. S&rsquo;il a re\u00e7u le soutien du Hezbollah, c&rsquo;est qu&rsquo;il a aussi re\u00e7u le mandat de liquider le TSL, et qu&rsquo;il l&rsquo;a accept\u00e9. Mais les pressions US vont \u00eatre \u00e9normes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu plan strat\u00e9gique, Washington reste en effet encore et toujours obs\u00e9d\u00e9e par son projet de remodelage du Moyen-Orient initi\u00e9 par les <em>neocons<\/em> avec les guerres contre l&rsquo;Irak. L&rsquo;id\u00e9e est d&rsquo;asseoir une domination am\u00e9ricaine d\u00e9finitive sur la r\u00e9gion au travers de r\u00e9gimes dot\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7ade parlementaire mais surtout inf\u00e9od\u00e9s au diktat US histoire, in fine, de soumettre totalement ce Nouveau Moyen-Orient \u00e0 la dictature des march\u00e9s et \u00e0 celle des multinationales du Syst\u00e8me bien s\u00fbr.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOr pour les Etats-Unis, asseoir d\u00e9finitivement cette domination dans un Nouveau Moyen-Orient passe par l&rsquo;\u00e9radication du Hezbollah<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tlibanais. Mais la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;axe du <em>northern tier<\/em> contrecarre tous ses plans. Conjugu\u00e9e aux d\u00e9bandades am\u00e9ricaines en Irak et en Afghanistan, la situation US est d\u00e9sormais devenue intenable. La tentation sera donc peut-\u00eatre grande pour les Etats-Unis de donner un grand coup de balai en favorisant le d\u00e9clenchement d&rsquo;une guerre r\u00e9gionale qui, seule, pourrait permettre de remettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le m\u00eame article d&rsquo;Al Akhbar cit\u00e9 plus haut, \u00ab<em>un expert fran\u00e7ais qui a travaill\u00e9 pendant des ann\u00e9es sur le dossier libanais<\/em>\u00bb, affirme d&rsquo;ailleurs \u00e0 cet \u00e9gard que \u00ab<em>seule une guerre r\u00e9gionale peut venir \u00e0 bout de la structure militaire du Hezbollah<\/em>\u00bb. Pour l&rsquo;expert, les jeux sont d&rsquo;ailleurs faits et il faut donc s&rsquo;attendre \u00e0 une \u00ab<em>grande vague de violence dans la r\u00e9gion<\/em>\u00bb.<\/p>\n<h3>Tel Aviv en embuscade<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOr qui dit guerre r\u00e9gionale, dit Isra\u00ebl. Car l&rsquo;Etat h\u00e9breu partage depuis longtemps l&rsquo;obsession am\u00e9ricaine d&rsquo;en finir avec le Hezbollah. De plus, la strat\u00e9gie isra\u00e9lienne a toujours \u00e9t\u00e9 de placer l&rsquo;Etat h\u00e9breu dans l&rsquo;il du cyclone, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;en faire la seule zone de calme dans une r\u00e9gion r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9vast\u00e9e par la guerre et maintenue en instabilit\u00e9 permanente. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour Isra\u00ebl \u00e9tant de maintenir en permanence son leadership \u00e9conomique, et de conserver son r\u00f4le de gendarme r\u00e9gional en renvoyant p\u00e9riodiquement ses concurrents \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de pierre si besoin est.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIsra\u00ebl sera donc toujours favorable \u00e0 l&rsquo;option militaire, du moins sur le papier. Car dans les faits, l&rsquo;aventure de 2006 a quelque peu<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\ttemp\u00e9r\u00e9 ses ardeurs. Tel Aviv a compris qu&rsquo;il n&rsquo;avait tout simplement pas les moyens de venir \u00e0 bout, seule, du Hezbollah. Si guerre il doit y avoir, il faut donc qu&rsquo;elle soit totale et, surtout, soutenue par un engagement sans  faille des moyens US. Sauf que l\u00e0 encore, les plans des \u00e9tats-majors se heurtent aux r\u00e9alit\u00e9s du terrain. Epuis\u00e9s par les fronts irakien et afghan, les Etats-Unis ne sont plus en mesure de soutenir un tel effort.<\/p>\n<h3>L&rsquo;inconnue<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour ce qui nous concerne, nous pensons donc que l&rsquo;option d&rsquo;une guerre r\u00e9gionale est peu probable, car elle aurait certainement pour cons\u00e9quence de pr\u00e9cipiter la chute de l&rsquo;Empire et de ses satellites. Dans un premier temps, les Etats-Unis vont donc sans doute intensifier leur pression sur le Liban pour tenter de maintenir \u00e0 flots l&rsquo;option TSL. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi cette option prend l&rsquo;eau, le pragmatisme commanderait ensuite aux Etats-Unis de prendre acte de leur perte d&rsquo;influence au Moyen-Orient et, pour tenter de sauver ce qui peut l&rsquo;\u00eatre, de composer avec la puissance iranienne et plus g\u00e9n\u00e9ralement le <em>northern tier<\/em>. On sait d&rsquo;ailleurs que Washington a d\u00e9j\u00e0 n\u00e9goci\u00e9 en secret l&rsquo;appui de T\u00e9h\u00e9ran pour reconduire al-Maliki \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Irak, cela au grand dam de son alli\u00e9 traditionnel saoudien qui soutenait le candidat adverse. Pourtant, ni les Etats-Unis ni Isra\u00ebl ne sont des puissances v\u00e9ritablement pragmatiques s&rsquo;agissant de ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme leurs int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. Ce sont des Etats dinosaures gouvern\u00e9s par l&rsquo;id\u00e9al de la puissance et dont les choix politiques sont domin\u00e9s par les \u00e9motions, par l&rsquo;instinct, c&rsquo;est-\u00e0-dire en dehors des contingences du r\u00e9el. Et c&rsquo;est bien l\u00e0 tout le probl\u00e8me.<\/p>\n<h3>Une nouvelle \u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;heure, le Liban entre toutefois dans une nouvelle \u00e8re apr\u00e8s un r\u00e8gne des Hariri qui aura litt\u00e9ralement ruin\u00e9 le pays (2 milliards de dollars de dette au sortir de la guerre, contre pr\u00e8s de 60 aujourd&rsquo;hui, et toujours pas d&rsquo;eau courante ni d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans la plupart des r\u00e9gions).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est donc heureux que l&rsquo;opposition form\u00e9e par le Hezbollah et ses alli\u00e9s chr\u00e9tiens du CPL, du g\u00e9n\u00e9ral Michel Aoun, ait pris l&rsquo;initiative dans les affaires libanaises. Car n&rsquo;en d\u00e9plaise aux \u00e9ditorialistes de la presse-<em>Pravda<\/em>, ils forment la seule force structurante du pays, la seule force v\u00e9ritablement souverainiste.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Pierre Vaudan<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t(*) Rappelons que l&rsquo;assassinat du premier ministre Rafik Hariri avait, dans un premier temps, \u00e9t\u00e9 imput\u00e9 \u00e0 la Syrie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les Am\u00e9ricains voulaient chasser les Syriens du Liban. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette accusation et la r\u00e9solution onusienne qui suivi qui forc\u00e8rent Damas \u00e0 se retirer du Pays du C\u00e8dre. Le 26 avril 2005, le dernier soldat syrien quittait ainsi le Liban apr\u00e8s 30 ans de pr\u00e9sence, lib\u00e9rant la voie \u00e0 l&rsquo;attaque isra\u00e9lienne qui devait survenir un an plus tard. Or aujourd&rsquo;hui, le Tribunal sp\u00e9cial pour le Liban (TSL) s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 accuser tr\u00e8s opportun\u00e9ment des membres indisciplin\u00e9s du Hezbollah, d&rsquo;o\u00f9 la d\u00e9mission en bloc des ministres du parti chiite qui ont conduit \u00e0 la chute du petit Saad Hariri.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les USA en train de perdre le Moyen-Orient Les derni\u00e8res manuvres US pour s&rsquo;assurer la mainmise sur le Liban ont \u00e9chou\u00e9. L&rsquo;\u00e9viction de leur poulain Saad Hariri, au profit d&rsquo;un premier ministre soutenu par le parti chiite du Hezbollah, est un revers absolument colossal pour Washington. Revers qui s&rsquo;inscrit logiquement dans le reflux massif de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[4810,5611],"class_list":["post-72698","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-hariri","tag-liban"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72698\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}