{"id":72813,"date":"2011-03-04T09:41:43","date_gmt":"2011-03-04T09:41:43","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/04\/le-faux-nez-libyen\/"},"modified":"2011-03-04T09:41:43","modified_gmt":"2011-03-04T09:41:43","slug":"le-faux-nez-libyen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/04\/le-faux-nez-libyen\/","title":{"rendered":"Le faux-nez libyen"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le faux-nez libyen<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t4 mars 2011  L&rsquo;on croirait pouvoir dire, citant le proverbe, qu&rsquo;\u00e0 quelque chose malheur est bon, et on croirait pouvoir le proposer comme commentaire de la crise libyenne <strong>par rapport<\/strong> aux pays du bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste (donnons-leur les initiales BAO, ou bloc BAO, pour faire bref). Nous voulons dire par l\u00e0 que cette crise libyenne, qui fait \u00e9videmment partie de cette <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_la_chaine_crisique_au_temps_crisique__24_02_2011.html\" class=\"gen\">cha\u00eene crisique<\/a> qui commence en Tunisie en d\u00e9cembre 2010, semble \u00e0 premi\u00e8re vue rompre d&rsquo;une fa\u00e7on constructive,  qu&rsquo;on pardonne le cynisme ironique involontaire de ces appr\u00e9ciations,  cette m\u00eame cha\u00eene des crises incompr\u00e9hensibles dans leur d\u00e9roulement, trop rapides pour voir figurer les puissances, et notamment le fameux bloc BAO dont on sait qu&rsquo;il pr\u00e9tend conduire et r\u00e9gler les affaires du monde. Nous voulons dire que, pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9part de la chose, en d\u00e9cembre 2010, le reste du monde (ROW, par rapport aux pays de la cha\u00eene crisique) semble <strong>exister<\/strong> et <strong>tenir un r\u00f4le<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux remarques pour expliciter ce jugement g\u00e9n\u00e9ral et, sans doute, d&rsquo;apparence iconoclaste, irrespectueuse, inappropri\u00e9e, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Avant la crise libyenne, les crises de la cha\u00eene crisique semblent filer comme du sable entre les doigts des grands de ce monde habitu\u00e9s aux conf\u00e9rences au sommet et \u00e0 leurs communiqu\u00e9s. C&rsquo;est le <em>perfect storm<\/em> d\u00e9crit fort \u00e0 propos par la Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat Clinton, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-pour_qui_souffle_le_perfect_storm__07_02_2011.html\" class=\"gen\">d\u00e9but f\u00e9vrier<\/a> \u00e0 Munich. Tout le monde regarde, personne ne comprend, personne ne voit venir ni ne voit passer ; l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_histoire_accelere_01_02_2011.html\" class=\"gen\">Histoire<\/a> semble acc\u00e9l\u00e9rer et le temps semble se contracter, m\u00eame pour <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_amiral_mullen_et_la_contraction_du_temps_22_02_2011.html\" class=\"gen\">l&rsquo;amiral Mullen<\/a>. Aucune des crises qui d\u00e9filent ne semble se fixer en un mod\u00e8le compr\u00e9hensible, qui permettrait de dire des choses intelligentes, autres que d\u00e9mocratisation et dictateur, qui justifierait par exemple une r\u00e9union des ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res du bloc BAO et associ\u00e9s. (A-t-on not\u00e9 que, durant les deux premiers mois de cette cha\u00eene crisique, il n&rsquo;y a pas eu de r\u00e9union de crise notable, de sommet, etc. Lorsque Hillary parle de son ouragan parfait, c&rsquo;est \u00e0 une r\u00e9union qui n&rsquo;a, au d\u00e9part, rien \u00e0 voir avec la cha\u00eene crisique. C&rsquo;est la r\u00e9union annuelle de la <em>Wehrkunde<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Voici la crise libyenne. On s&rsquo;attend \u00e0 ce que les choses se passent comme dans les autres crises, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;abord d&rsquo;une fa\u00e7on indescriptible et impr\u00e9visible, \u00e0 n&rsquo;y rien comprendre et en n&rsquo;ayant m\u00eame pas le temps de constater cette incompr\u00e9hension, et d&rsquo;ailleurs sans y pr\u00eater trop d&rsquo;attention aux d\u00e9buts de la contestation, \u00e0 cause des autres crises ; et puis les \u00e9v\u00e9nements se pr\u00e9cipitent, se durcissent, sollicitent notre attention et l&rsquo;on d\u00e9couvre qu&rsquo;on se trouve en pr\u00e9sence d&rsquo;un dictateur mod\u00e8le,  un vrai, un d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, un lunatique et un sanglant. Le colonel Kadhafi, sorte d&rsquo;Amin Dada postmoderne, transforme cette crise insaisissable et incompr\u00e9hensible en quelque chose d&rsquo;assez classique, o\u00f9 l&rsquo;on peut enfin parler sans avoir trop l&rsquo;impression d&rsquo;usurper son temps de parole de d\u00e9mocratie, de barbarie et de civilisation. La crise commence \u00e0 prendre figure humaine. On s&rsquo;installe dans la dur\u00e9e des massacres et du chaos, l&rsquo;U.S. Navy d\u00e9place des vaisseaux, le prix du p\u00e9trole flambe et l&rsquo;or atteint des records, l&rsquo;ONU se r\u00e9unit, l&rsquo;UE d\u00e9cide une r\u00e9union d&rsquo;urgence et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce sens, on pourrait croire que la crise libyenne a interrompu une cha\u00eene d&rsquo;incompr\u00e9hensions \u00e9pouvantables, celle-l\u00e0 qui faisait dire \u00e0 l&rsquo;amiral Mullen \u00ab<em>It&rsquo;s stunning to me that it&rsquo;s moved so quickly<\/em>\u00bb La situation est dramatique, sans nul doute, mais elle est <strong>reconnue<\/strong>. On parle aussit\u00f4t de catastrophes ou d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements connus, de la crise humanitaire \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une intervention militaire, de mesures concr\u00e8tes passant par les canaux habituels et rassurants de l&rsquo;ONU, comme les sanctions contre la Libye, ou les mesures encore plus courantes de blocage des avoirs du colonel Kadhafi. On se trouve en territoire familier, m\u00eame s&rsquo;il  est glissant, sanglant et bien incertain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes m\u00e9dias suivent le m\u00eame chemin. On ne s&rsquo;interroge plus sur la  cause des choses, ce qui est une d\u00e9marche toujours d\u00e9licate, mais sur leur r\u00e9alisation. La question de savoir pourquoi cette crise s&rsquo;est d\u00e9clench\u00e9e apr\u00e8s beaucoup d&rsquo;autres, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, est remplac\u00e9e par la question de savoir si l&rsquo;U.S. Navy va s&rsquo;en tenir \u00e0 trois navires pr\u00e8s des c\u00f4tes libyennes, si elle ne va pas rameuter son porte d&rsquo;avions d&rsquo;attaque (le USS <em>Enterprise<\/em>), ce qui serait le signe d&rsquo;une r\u00e9elle possibilit\u00e9 d&rsquo;attaque. Ainsi \u00e9carte-t-on des sp\u00e9culations trop mena\u00e7antes pour l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;esprit et ach\u00e8ve-t-on de tenter, sans r\u00e9elle intention de tromper, d&rsquo;installer l&rsquo;id\u00e9e que nous en sommes revenus aux crises classiques, celles o\u00f9 les puissances tiennent leur r\u00f4le et \u00e9talent leur autorit\u00e9 incontest\u00e9e, celles o\u00f9, depuis la fin de la Guerre froide, le bloc BAO fait sonner son glaive et ses armadas vengeresses au nom de sa sup\u00e9riorit\u00e9 morale incontestable Mais tout cela ne fut qu&rsquo;un feu de paille et, d\u00e9j\u00e0, les illusions de cette interpr\u00e9tation arrangeante se dissipent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crise libyenne a, semble-t-il, fort peu de chances d&rsquo;\u00e9voluer comme le font en g\u00e9n\u00e9ral les crises avec ce genre de pays, depuis une petite vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. Les rumeurs d&rsquo;intervention militaire ont commenc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9pandre le 28 f\u00e9vrier 2011, parce que trois navires de l&rsquo;U.S. Navy se rapprochaient des c\u00f4tes libyennes,  d&rsquo;ailleurs, selon un sch\u00e9ma de d\u00e9ploiement assez logique et sans r\u00e9elle surprise, surtout en conformit\u00e9 avec la pr\u00e9sentation qui en \u00e9tait faite d&rsquo;une mission de sauvegarde et d&rsquo;\u00e9vacuation de citoyens US de Libye. Ces rumeurs ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es par la proposition britannique, assez incons\u00e9quente et fort peu mesur\u00e9e si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat des forces arm\u00e9es de ce pays, d&rsquo;\u00e9tablir une zone d&rsquo;interdiction de vol au-dessus de la Libye. Aussit\u00f4t, les d\u00e9mentis et les d\u00e9n\u00e9gations se sont succ\u00e9d\u00e9s, et David Cameron lui-m\u00eame devait pr\u00e9cipitamment battre en retraite lundi soir. On sait qu&rsquo;il existe de multiples obstacles sur la route de cette intervention classique, que ce soit <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-dogfight_pour_une_no_fly_zone_ii_ligue_arabe_03_03_2011.html\" class=\"gen\">hors<\/a> du bloc BAO ou <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_crise_libyenne_et_l_extreme_nervosite_de_l_ouest_04_03_2011.html\" class=\"gen\">\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/a> de celui-ci.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on veut un symbole de la v\u00e9ritable attitude g\u00e9n\u00e9rale suivie durant la crise, jusqu&rsquo;ici, et aussi un symbole de l&rsquo;\u00e9volution du bloc BAO, ou de la communaut\u00e9 internationale \u00e0 cet \u00e9gard, le nouveau ministre fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res fait l&rsquo;affaire. Jupp\u00e9 conduit la diplomatie fran\u00e7ais avec calme et autorit\u00e9, retrouvant des accents et des r\u00e9flexes de sa g\u00e9n\u00e9ration,  celle des Chirac et des Villepin,  qui se r\u00e9f\u00e9rait encore \u00e0 ce qu&rsquo;il restait de vivace de la diplomatie gaullienne dans la diplomatie fran\u00e7aise. Apr\u00e8s l&rsquo;affreux interm\u00e8de Alliot-Marie, sans la moindre signification, l&rsquo;arriv\u00e9e de Jupp\u00e9 impose une rupture compl\u00e8te avec la diplomatie hyst\u00e9rique, postmoderne et li\u00e9e aux caprices des \u00e2mes de salons et du parti des salonnards repr\u00e9sent\u00e9s par Kouchner, mais en fait celui-ci n&rsquo;agissant que comme courroie de transmission du penchant dans ce sens, tr\u00e8s bling bling, du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. R\u00e9pondant \u00e0 une sollicitation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de Sarko en pleine d\u00e9route, Jupp\u00e9 est pass\u00e9 au Quai d&rsquo;Orsay \u00e0 ses conditions, et on le voit avec son comportement dans l&rsquo;affaire libyenne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe comportement est un reflet d&rsquo;une attitude g\u00e9n\u00e9rale, ou plut\u00f4t d&rsquo;une auto restriction g\u00e9n\u00e9rale que s&rsquo;imposent en g\u00e9n\u00e9ral les divers acteurs p\u00e9riph\u00e9riques de la crise. Il y a moins d&rsquo;exclamations humanitaires, d&rsquo;anath\u00e8mes incendiaires, d&rsquo;\u00e9ventuels enthousiasmes guerriers (\u00e0 part le service minimum des <em>neocons<\/em> avec une lettre ouverte \u00e0 Obama). Il y a une r\u00e9elle retenue g\u00e9n\u00e9rale, loin du climat \u00e9chevel\u00e9e des ann\u00e9es Bush. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat, certainement non quantifiable parce que nullement du domaine quantitatif mais fondamentalement du domaine qualitatif,  et, selon notre perception, certainement le constat le plus important.<\/p>\n<h3>Face au cur grondant de la crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale que nous percevons dans ce tableau d&rsquo;une mobilisation \u00e0 la fois contrainte et r\u00e9ticente est qu&rsquo;un poids consid\u00e9rable, qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la crise libyenne, p\u00e8se sur les acteurs ext\u00e9rieurs de cette crise libyenne. La r\u00e9action classique de l&rsquo;interpr\u00e9tation du syst\u00e8me de la communication am\u00e9ricaniste-occcidentaliste telle qu&rsquo;on pouvait la voir s&rsquo;esquisser aurait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9volte pour la d\u00e9mocratisation, contre un dictateur entretenant un Etat-voyou ou un Etat en faillite, quelles qu&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 auparavant les relations de nos pays avec ce dictateur (on ne juge pas ici l&rsquo;hypocrisie d&rsquo;une telle r\u00e9action hypoth\u00e9tique et standard, on en d\u00e9crit le d\u00e9roulement souvent rencontr\u00e9). On trouve effectivement cette interpr\u00e9tation, exprim\u00e9e ou sugg\u00e9r\u00e9e c&rsquo;est selon, mais elle n&rsquo;est en rien d\u00e9cisive pour le jugement g\u00e9n\u00e9ral de la crise, y compris dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de la presse-Syst\u00e8me qui gouverne l&rsquo;opinion conforme aux int\u00e9r\u00eats du Syst\u00e8me. De ce point de vue, l&#8217;embarras est manifeste et tient, \u00e0 notre sens, \u00e0 ce trait caract\u00e9ristique d&rsquo;une perception diffuse qu&rsquo;il est impossible de s\u00e9parer la crise libyenne de son contexte qui est celui de ce que nous nommons la cha\u00eene crisique. Cet embarras se manifeste notamment par les \u00e9changes tr\u00e8s vifs entre partenaires du bloc BAO, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_crise_libyenne_et_l_extreme_nervosite_de_l_ouest_04_03_2011.html\" class=\"gen\">notamment<\/a> entre Washington et Londres, \u00e0 propos de la <em>No Fly Zone<\/em> (sans m\u00eame parler d&rsquo;une intervention militaire plus cons\u00e9quente, qui est hors de toute sp\u00e9culation s\u00e9rieuse).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe ce point de vue, la crise libyenne, avec son \u00e9pouvantail \u00e9ventuellement sanglant Kadhafi, qui para\u00eet au centre des pr\u00e9occupations de tous ces acteurs, n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;accessoire. Ce n&rsquo;est pas nier ses caract\u00e8res violent, chaotique, furieux et cruel, \u00e9ventuellement d\u00e9ment, mais observer qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une partie d&rsquo;un tout. Cette crise ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e du reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la cha\u00eene crisique qui s&rsquo;est empar\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements depuis d\u00e9cembre 2010. Nous ne parlons certainement pas d&rsquo;une analyse consciente \u00e0 cet \u00e9gard, encore moins exprim\u00e9e, mais bien de la pression sur les psychologies des acteurs concern\u00e9s (notamment les directions politiques am\u00e9ricanistes-occidentalistes), ces psychologies orient\u00e9es dans ce sens et conduisant l&rsquo;esprit \u00e0 percevoir effectivement cette crise en l&rsquo;associant \u00e9troitement \u00e0 son contexte, sans que cela soit conceptualis\u00e9 ni m\u00eame dit en aucune fa\u00e7on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette attitude est substantiv\u00e9e par certains commentaires qui renvoient manifestement \u00e0 des conceptions politiques pr\u00e9cises. Ainsi de Seumas Milne, dans le <em>Guardian<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/commentisfree\/2011\/mar\/02\/intervention-libya-poison-arab-revolution\" class=\"gen\">2 mars 2011<\/a>, qui d\u00e9nonce toute tentative d&rsquo;intervention qui risquerait d&rsquo;\u00e9largir le conflit et renforcerait la position de Kadhafi en lui permettant de s&rsquo;appuyer sur une rh\u00e9torique anti-imp\u00e9rialiste, et qui constituerait finalement une menace contre ce qui a jusqu&rsquo;ici \u00e9t\u00e9 un mouvement d\u00e9mocratique, enti\u00e8rement organique et repr\u00e9sentatif, \u00e0 travers toute la r\u00e9gion. Citant l&rsquo;accusation du pr\u00e9sident y\u00e9m\u00e9nite, homme-lige des USA et d&rsquo;Isra\u00ebl aujourd&rsquo;hui en bien mauvaise posture et \u00e0 la recherche d&rsquo;arguments d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, selon lequel le mouvement de protestation dans les pays arabes a \u00e9t\u00e9 maniganc\u00e9 par Tel Aviv sous la supervision de Washington, Milne conclut : \u00ab<em>That is easily dismissed as a hallucinogenic fantasy now. It would seem less so if the US and Britain were arming the Libyan opposition. The Arab revolution will be made by Arabs, or it won&rsquo;t be a revolution at all.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur le fond m\u00eame des \u00e9v\u00e9nements et en s&rsquo;\u00e9cartant du seul cas du d\u00e9bat sur une intervention militaire en Libye, cette analyse ne fait que tenter d&rsquo;habiller de rationalit\u00e9 d\u00e9mocratique quelque chose qui d\u00e9passe largement nos capacit\u00e9s de pr\u00e9vision et d&rsquo;anticipation. De toutes parts ne cessent de se confirmer, d\u00e9sormais comme une \u00e9vidence, les appr\u00e9ciations selon lesquelles personne parmi les grands acteurs de la communaut\u00e9 internationale n&rsquo;a rien vu venir des actuels \u00e9v\u00e9nements et que tout le monde ignore ce qui va suivre. Le secr\u00e9taire au Foreign Office Hague rapport\u00e9 effectivement que les services de renseignement britanniques n&rsquo;avaient rien pr\u00e9vu des \u00e9v\u00e9nements en cours. Le Premier ministre Cameron a confirm\u00e9 la chose, conduisant son porte-parole \u00e0 faire cette mise au point, qui embrasse \u00e9galement l&rsquo;avenir : \u00ab<em>It is a reasonable thing to say <\/em>[<em>about<\/em>] <em>recent events in that region  there were not lots of people who predicted those events. What happens next is<\/em> <strong><em>also very uncertain.<\/em><\/strong>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9vidence de l&rsquo;inconnu, cette puissance du sentiment de se trouver \u00e0 marche forc\u00e9e sur une <em>terra incognita<\/em>, m\u00eame face \u00e0 la crise libyenne qu&rsquo;on croyait un instant avoir identifi\u00e9e, p\u00e8sent avec une force inou\u00efe sur la psychologie des principaux acteurs. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment principal, le moteur fondamental des attitudes constat\u00e9es, de cette prudence g\u00e9n\u00e9rale, de cette confusion \u00e0 propos de mesures militaires qui furent jusqu&rsquo;ici, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le principal instrument politique d&rsquo;une politique am\u00e9ricaniste-occidentaliste toute enti\u00e8re conduite par la force brute et l&rsquo;id\u00e9al de puissance. Face \u00e0 la crise libyenne, ils se sentent tous plac\u00e9s devant un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement bien plus consid\u00e9rable dont ils n&rsquo;ont rien vu venir, dont ils ne savent rien et dont ils ne peuvent rien pr\u00e9voir. Face \u00e0 la crise libyenne, la pression de leur psychologie leur fait intuitivement pr\u00e9voir que l&rsquo;appr\u00e9hension de cette crise d\u00e9bouche \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre, par un biais ou un autre, sur le contexte g\u00e9n\u00e9ral de la cha\u00eene crisique, qui n&rsquo;est que l&rsquo;expression en cours de la crise g\u00e9n\u00e9rale du Syst\u00e8me dont ils sont eux-m\u00eames complices et victimes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>In illo tempore<\/em>, on aurait pu avancer que l&rsquo;actuelle prudence tient \u00e0 la r\u00e9ticence face \u00e0 l&rsquo;interventionnisme, \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9rence,  et c&rsquo;est certainement, pour une bonne part, le fond de la d\u00e9marche classiquement fran\u00e7aise, sans rapport avec Sarko, d&rsquo;un Alain Jupp\u00e9. Mais on sait, au moins depuis le Kosovo et 9\/11, que cette sorte de retenue, pour cette sorte de raisons, ne forme certainement pas l&rsquo;habitude ni l&rsquo;unanimit\u00e9 (la France ayant toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 part dans ces occurrences) de la politique du bloc BAO d\u00e9guis\u00e9 en communaut\u00e9 internationale. Pourtant, la retenue est l\u00e0 et bien l\u00e0. L&rsquo;explication que nous proposons se trouve par cons\u00e9quent tenir \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments nouveaux qui se sont impos\u00e9s depuis d\u00e9cembre 2010, que Clinton a regroup\u00e9 dans l&rsquo;identification d&rsquo;un <em>perfect storm<\/em>. Confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;une des cons\u00e9quences de l&rsquo;ouragan, les psychologies sont obscur\u00e9ment averties que l&rsquo;on se trouve \u00e0 un point de convergence capital, celui o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvre que le <em>perfect storm<\/em> ne concerne pas un pays, une r\u00e9gion, une cha\u00eene d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, mais qu&rsquo;il concerne finalement le Syst\u00e8me dans son enti\u00e8ret\u00e9, dont nos pays sont les principaux repr\u00e9sentants. Il nous para\u00eet probable que c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que nos dirigeants sont plac\u00e9s ainsi devant un \u00e9v\u00e9nement crisique qui touche leurs psychologies dans ce sens, ouvrant ces m\u00eames psychologies sur la perspective de la grande crise du Syst\u00e8me. Outre ce qu&rsquo;elle est, la crise libyenne est une porte ouverte sur le grondement du cur en fusion de notre crise centrale.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le faux-nez libyen 4 mars 2011 L&rsquo;on croirait pouvoir dire, citant le proverbe, qu&rsquo;\u00e0 quelque chose malheur est bon, et on croirait pouvoir le proposer comme commentaire de la crise libyenne par rapport aux pays du bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste (donnons-leur les initiales BAO, ou bloc BAO, pour faire bref). Nous voulons dire par l\u00e0 que cette&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[10859,8294,10893,10888,10891,10887,5427,7603,8355,4137,3014,3701],"class_list":["post-72813","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-chaine","tag-crisique","tag-dictateur","tag-fly","tag-kadhafi","tag-no","tag-perfect","tag-prevision","tag-psychologies","tag-storm","tag-systeme","tag-zone"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72813"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72813\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72813"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}