{"id":72849,"date":"2011-03-17T05:32:06","date_gmt":"2011-03-17T05:32:06","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/17\/signification-de-la-reference-tchernobyl\/"},"modified":"2011-03-17T05:32:06","modified_gmt":"2011-03-17T05:32:06","slug":"signification-de-la-reference-tchernobyl","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/17\/signification-de-la-reference-tchernobyl\/","title":{"rendered":"Signification de la \u201cr\u00e9f\u00e9rence Tchernobyl\u201d"},"content":{"rendered":"<p><p>Bien entendu, la r\u00e9f\u00e9rence de la catastrophe de Tchernobyl (avril 1986, en Ukraine alors partie de l&rsquo;URSS) est dans tous les esprits avec la catastrophe japonaise. (Le <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/worldnews\/asia\/japan\/8387051\/Japan-nuclear-plant-Just-48-hours-to-avoid-another-Chernobyl.html\" class=\"gen\">16 mars 2011<\/a>, dans le <em>Daily Telegraph<\/em> : \u00ab<em>Japan nuclear plant: Just 48 hours to avoid another Chernobyl<\/em>\u00bb.) Mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence technique sur l&rsquo;\u00e9ventuelle comparaison des deux catastrophes. Ce qu&rsquo;on mentionne peu, c&rsquo;est qu&rsquo;en plus d&rsquo;\u00eatre la plus grande catastrophe nucl\u00e9aire (civile) de l&rsquo;histoire, Tchernobyl fut aussi, et d&rsquo;abord chronologiquement, et avec des suites consid\u00e9rables, une catastrophe politique pour le pouvoir sovi\u00e9tique et un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable pour la politique de r\u00e9forme radicale de Gorbatchev qu&rsquo;il faut dans ce cas s\u00e9parer du pouvoir sovi\u00e9tique pour l&rsquo;y opposer. La catastrophe japonaise pourrait l&rsquo;\u00eatre, dans le m\u00eame sens d&rsquo;une catastrophe politique, pour le pouvoir du Syst\u00e8me am\u00e9ricaniste-occidentaliste en g\u00e9n\u00e9ral, dont fait partie le Japon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le 28 avril 1986 par une courte d\u00e9p\u00eache de l&rsquo;agence Tass qui suivait le constat fait, dans la journ\u00e9e, de l&rsquo;augmentation de la radioactivit\u00e9 dans l&rsquo;espace su\u00e9dois pour une cause \u00e0 ce moment encore inconnue, suivi aussit\u00f4t d&rsquo;une alerte nucl\u00e9aire en Su\u00e8de. A partir de l\u00e0, certaines interventions publiques de divers \u00e9l\u00e9ments du pouvoir sovi\u00e9tique laiss\u00e8rent passer des bribes d&rsquo;information avant que la catastrophe ne commence \u00e0 \u00eatre mesur\u00e9e, aux sens propre et figur\u00e9, dans le courant du mois de mai avec l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un nuage nucl\u00e9aire, notamment en Europe occidentale. Gorbatchev envoya un message personnel \u00e0 Reagan le 29 avril 1986 ; des entretiens eurent lieu le 30 avril 1986 entre Fran\u00e7ois Mitterrand et Margaret Thatcher, respectivement avec les ambassadeurs d&rsquo;URSS \u00e0 Paris et \u00e0 Londres ; une conf\u00e9rence de presse, fait exceptionnel pour les pratiques sovi\u00e9tiques, fut donn\u00e9e \u00e0 Washington le 1er mai 1986 par un membre de l&rsquo;ambassade sovi\u00e9tique ; Boris Eltsine, alors chef du PC de Moscou, donna une interview le 2 mai 1986 \u00e0 la TV allemande ARD, en pure langue de bois (\u00ab<em>L&rsquo;incident est la cons\u00e9quence d&rsquo;une erreur humaine Nous prenons des mesures pour qu&rsquo;il ne se reproduise pas<\/em>\u00bb) ; etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;URSS fut fortement attaqu\u00e9e pour son manque de transparence, et la politique de Gorbatchev (<em>glasnost<\/em>, pour transparence) fut mise en cause \u00e0 cette occasion. Pourtant, ces diverses interventions montraient qu&rsquo;au contraire le syst\u00e8me r\u00e9agissait diff\u00e9remment par rapport \u00e0 ses pratiques habituelles (<em>blackout<\/em> total, n\u00e9gation compl\u00e8te de la r\u00e9alit\u00e9). Certes, il r\u00e9agissait de fa\u00e7on parcellaire, et semblait-il selon les lignes de la propagande sovi\u00e9tiques, mais il r\u00e9agissait ; d&rsquo;autre part, il apparut que cette r\u00e9action de propagande \u00e9tait une simple r\u00e9action par d\u00e9faut selon les normes du syst\u00e8me plut\u00f4t qu&rsquo;une d\u00e9marche consciente de dissimulation, parce que personne, dans l&rsquo;appareil de contr\u00f4le et de direction de l&rsquo;URSS, n&rsquo;\u00e9tait v\u00e9ritablement inform\u00e9, voire ne r\u00e9alisait la v\u00e9ritable ampleur de la catastrophe. On observera que cette situation n&rsquo;est pas objectivement tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de la catastrophe japonaise, l&rsquo;ignorance ou la dissimulation \u00e9tant simplement plus sophistiqu\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de notre Syst\u00e8me, avec une langue de bois plus \u00e9labor\u00e9e, et une information certes tr\u00e8s abondante mais contradictoire, sinon erratique, avec de nombreuses contestations de telle ou telle version. Tout ce contexte \u00e9tait essentiel, pour la situation en URSS en 1986, o\u00f9 Gorbatchev tentait d&rsquo;imposer presque d&rsquo;une fa\u00e7on <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-au_temps_de_gorbatchev_et_de_la_glasnost_12_05_2008.html\" class=\"gen\">dissidente<\/a> sa politique r\u00e9formiste \u00e0 un syst\u00e8me compl\u00e8tement hostile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement et tr\u00e8s rapidement, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution et \u00e0 la mise \u00e0 jour des conditions r\u00e9elles de la catastrophe nucl\u00e9aire avec ses cons\u00e9quences en Ukraine, sur les pays voisins, en Europe occidentale, etc., les cons\u00e9quences politiques en URSS furent fondamentales pour l&rsquo;attaque de Gorbatchev contre le syst\u00e8me sovi\u00e9tique. Tchernobyl se r\u00e9v\u00e9la, avant l&rsquo;heure, un \u00e9v\u00e9nement antiSyst\u00e8me \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du syst\u00e8me sovi\u00e9tique. La chose fut principalement \u00e9vidente dans deux domaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t  La catastrophe de Tchernobyl fut paradoxalement d&rsquo;une aide consid\u00e9rable pour Gorbatchev et pour sa politique. Gorbatchev put argumenter aupr\u00e8s de sa bureaucratie et de l&rsquo;appareil, qu&rsquo;il mit en accusation \u00e0 cette occasion, qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de passer sous silence cette sorte d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ; qu&rsquo;il valait mieux alors jouer \u00e0 fond le jeu de l&rsquo;information ouverte (<em>glasnost<\/em>) pour garder le contr\u00f4le des \u00e9v\u00e9nements et ne pas \u00eatre attaqu\u00e9 par le syst\u00e8me de la communication occidental pour informations insuffisantes ou propagande,  comme cela avait \u00e9t\u00e9 effectivement le cas en marge des premi\u00e8res d\u00e9clarations publiques sovi\u00e9tiques. Ces arguments port\u00e8rent avec force, contre un syst\u00e8me totalement sur la d\u00e9fensive, en m\u00eame temps qu&rsquo;apparaissaient ses carences d&rsquo;organisation (voir plus loin) parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;ampleur de la catastrophe apparue peu \u00e0 peu. Gorbatchev ne manqua pas en outre de mettre en \u00e9vidence que l&rsquo;impact de la position officielle du syst\u00e8me sur la population <strong>sovi\u00e9tique<\/strong> avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreux \u00e0 cause de ces fausses informations ou ces informations de propagande, discr\u00e9ditant d&rsquo;autant le syst\u00e8me. En effet, Tchernobyl marqua un \u00e9v\u00e9nement prodigieux, la naissance et l&rsquo;affirmation d&rsquo;une fa\u00e7on massive d&rsquo;une v\u00e9ritable opinion publique ayant droit de cit\u00e9 en URSS, avec laquelle il fallait compter et pour laquelle les mesures polici\u00e8res et de censure habituelles n&rsquo;avaient plus aucune efficacit\u00e9. Ce dernier point fut un facteur d\u00e9cisif dans le d\u00e9veloppement public de la politique de <em>glasnost<\/em> de Gorbatchev, elle-m\u00eame facteur d\u00e9cisif de sa pouss\u00e9 r\u00e9formiste radicale qui d\u00e9truisit le syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le deuxi\u00e8me point concerna les responsabilit\u00e9s du syst\u00e8me sovi\u00e9tique dans des ph\u00e9nom\u00e8nes divers de faiblesse manifeste, l&rsquo;incomp\u00e9tence, l&rsquo;ignorance et la dissimulation \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du syst\u00e8me et pour le syst\u00e8me lui-m\u00eame des conditions et de l&rsquo;ampleur de la catastrophe. Cette situation mettait totalement en question la politique de d\u00e9fense civile, de la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e et d&rsquo;une tr\u00e8s grande importance pour la puissance strat\u00e9gique de l&rsquo;URSS, politique essentiellement d\u00e9velopp\u00e9e pour le cas d&rsquo;attaque nucl\u00e9aire. (L&rsquo;efficacit\u00e9 ou non de la d\u00e9fense civile \u00e9tait l&rsquo;argument essentiel autour duquel se discutait la possibilit\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 une attaque nucl\u00e9aire massive, donc la justification ou non qu&rsquo;un conflit nucl\u00e9aire massif pouvait \u00eatre men\u00e9 sans impliquer la destruction totale r\u00e9ciproque, qu&rsquo;il pouvait \u00eatre gagnable sans an\u00e9antir ses participants.) A partir de l\u00e0, le complexe militaro-industriel, la bureaucratie militaire et celle du Parti, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout le syst\u00e8me, furent mis en accusation pour leur d\u00e9sordre, leur incomp\u00e9tence, leur paralysie et leur impuissance, tant face \u00e0 la catastrophe elle-m\u00eame, que pour l&rsquo;information, la protection et l&rsquo;\u00e9vacuation des populations ; la strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale des militaires, qui justifiaient des d\u00e9penses militaires consid\u00e9rables, \u00e9tait elle-m\u00eame discr\u00e9dit\u00e9e. Tchernobyl donnait \u00e0 Gorbatchev un second argument formidable pour faire la promotion de la <em>glasnost<\/em> et recommander la d\u00e9structuration compl\u00e8te du syst\u00e8me. Comme on l&rsquo;a vu, ce fut un succ\u00e8s complet, au point qu&rsquo;il d\u00e9passa les ambitions initiales de Gorbatchev. A partir de Tchernobyl, le syst\u00e8me est sur la d\u00e9fensive, voire en compl\u00e8te d\u00e9route, et il ne cessera plus de l&rsquo;\u00eatre,  et son sort est scell\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est inutile de pr\u00e9ciser, tant l&rsquo;\u00e9vidence est de la partie, que ces diverses circonstances se retrouvent d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, m\u00eame si souvent sous une forme diff\u00e9rente, dans la catastrophe japonaise. L&rsquo;opinion publique est elle-m\u00eame concern\u00e9e dans le m\u00eame sens qu&rsquo;en URSS en 1986. (\u00ab<em>No home. No help. No hope: Now Japan&rsquo;s despair turns to anger<\/em>\u00bb, le <a href=\"http:\/\/www.independent.co.uk\/news\/world\/asia\/no-home-no-help-no-hope-now-japans-despair-turns-to-anger-2244153.html\" class=\"gen\">17 mars 2011<\/a> dans <em>The Independent<\/em>.) A c\u00f4t\u00e9 des conditions objectives terribles de la catastrophe, c&rsquo;est toute la comp\u00e9tence, la responsabilit\u00e9 du Syst\u00e8me qui sont mises en cause. La seule diff\u00e9rence marquante et essentielle d&rsquo;avec 1986, c&rsquo;est que le Japon, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus largement le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste-occidentaliste en g\u00e9n\u00e9ral, n&rsquo;a pas de Gorbatchev pour pousser \u00e0 sa r\u00e9forme fondamentale, qui lui donnerait une toute petite chance de sauver son existence, comme l&rsquo;esp\u00e9rait Gorbatchev (malgr\u00e9 son \u00e9chec final) pour le syst\u00e8me sovi\u00e9tique. Cette fois, les conditions de d\u00e9sordre et d&rsquo;incomp\u00e9tence feront sentir leurs effets sans frein, jusqu&rsquo;au bout, avec le seul avantage (pas pour le Syst\u00e8me, certes) que le syst\u00e8me de la communication laisse beaucoup plus passer la critique et la contestation. Les situations de crise exacerbent les positions antagonistes et les r\u00e9actions extr\u00eames,  et Dieu sait que la situation japonaise en est une,  avec des sources et de moyens importants de communication d&rsquo;habitude ex\u00e9cutants des consignes du Syst\u00e8me, suivant dans ce cas une politique beaucoup plus autonome, jusqu&rsquo;\u00e0 une critique radicale du Syst\u00e8me, \u00e0 cause de l&rsquo;urgence de la circonstance et de leurs propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 17 mars 2011 \u00e0 05H30<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien entendu, la r\u00e9f\u00e9rence de la catastrophe de Tchernobyl (avril 1986, en Ukraine alors partie de l&rsquo;URSS) est dans tous les esprits avec la catastrophe japonaise. (Le 16 mars 2011, dans le Daily Telegraph : \u00abJapan nuclear plant: Just 48 hours to avoid another Chernobyl\u00bb.) 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