{"id":72884,"date":"2011-03-29T12:33:01","date_gmt":"2011-03-29T12:33:01","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/29\/psychologie-de-fukushima\/"},"modified":"2011-03-29T12:33:01","modified_gmt":"2011-03-29T12:33:01","slug":"psychologie-de-fukushima","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/03\/29\/psychologie-de-fukushima\/","title":{"rendered":"Psychologie de Fukushima"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Psychologie de Fukushima<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t29 mars 2011  Nous ne sommes pas toujours en accord avec les commentaires de Michael Tomasky, qui dirige l&rsquo;\u00e9dition US du <em>Guardian<\/em>, mais cette fois (ce <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/commentisfree\/michaeltomasky\/2011\/mar\/25\/barack-obama-libya\" class=\"gen\">25 mars 2011<\/a>) nous l&rsquo;avons \u00e9t\u00e9  (en accord) sans gu\u00e8re de restriction. Tomasky s&rsquo;exclamait furieusement \u00e0 propos et \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;Obama, lui qui est pourtant un fervent admirateur du m\u00eame. Pour Tomasky, Obama a commis la plus grave faute de sa pr\u00e9sidence en traitant, si l&rsquo;on veut, l&rsquo;affaire libyenne par-dessus la jambe, c&rsquo;est-\u00e0-dire, au minimum, en ne pronon\u00e7ant m\u00eame pas une allocution t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e solennelle, \u00e0 l&rsquo;heure de grande \u00e9coute du d\u00e9but de soir\u00e9e, pour annoncer solennellement l&rsquo;engagement US en Libye. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>I am absolutely ready to punch the wall over the fact that Obama hasn&rsquo;t spoken to the American people about the Libya exercise.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>You&rsquo;re a president. You launch a war. Granted it&rsquo;s not much of a war. But you are sending Americans into a position where they might die. And you don&rsquo;t go on television and explain to the American people why you&rsquo;ve made this decision?<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>I find this incomprehensible. Reagan sent troops into Grenada on October 25, 1983. Two nights later, he was on television explaining why. Bush Sr. ordered strikes on Panama that began on December 19, 1990. The next night, he was on TV explaining why. This is really, truly unbelievable to me, and the worst thing Obama has done as pr\u00e9sident<\/em> [] <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>This Libya action is already not very popular. Well, uh&#8230;maybe people would be helped if their president went on television and told them what we&rsquo;re doing there. Sheesh.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela est bel et bon. Nous ajouterions qu&rsquo;il y avait quelque chose de compl\u00e8tement ind\u00e9cent, de compl\u00e8tement d\u00e9plac\u00e9, alors que l&rsquo;attaque commen\u00e7ait, de voir le pr\u00e9sident US, tout de m\u00eame parti en Am\u00e9rique Latine, jouant au football avec des gamins d&rsquo;une <em>favelas<\/em> de Rio de Janeiro. Ce que Tomasky reproche \u00e0 Obama, c&rsquo;est de n&rsquo;avoir \u00e0 aucun moment donn\u00e9 le sentiment, par la <strong>solennit\u00e9<\/strong> qu&rsquo;il aurait mise dans l&rsquo;annonce de la d\u00e9cision de la participation US, de l&rsquo;importance et de la gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. On doute que l&rsquo;intervention de 26 mars d&rsquo;Obama sur le sujet de la Libye ait chang\u00e9 le jugement de Tomasky : il s&rsquo;agissait de son habituelle allocution du samedi et ce qu&rsquo;il y a dit \u00e9tait d&rsquo;une banalit\u00e9 consternante et convenue \u00e0 la fois. Peut-\u00eatre en sera-t-il consid\u00e9r\u00e9 diff\u00e9remment avec son discours, plus solennel, hier <a href=\"http:\/\/www.rawstory.com\/rs\/2011\/03\/28\/obama-gears-up-for-hard-sell-on-libya\/\" class=\"gen\">28 mars 2011<\/a> en d\u00e9but de soir\u00e9e, \u00e0 Washington, devant la National Defense University, mais nous nous ne le jurerions <a href=\"http:\/\/news.antiwar.com\/2011\/03\/28\/obama-lauds-historic-war-in-libya\/\" class=\"gen\">en aucune fa\u00e7on<\/a>. Dans tous les cas, nous ne nous attarderons pas \u00e0 une \u00e9valuation car ce point pr\u00e9cis\u00e9ment,  le contenu de l&rsquo;argument de la guerre, l&rsquo;opportunit\u00e9 et la r\u00e9ussite du propos, etc.,  n&rsquo;est certainement pas le centre de notre int\u00e9r\u00eat, pour notre propos \u00e0 nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observera que ce reproche de Tomasky \u00e0 Obama, qui peut para\u00eetre effectivement fond\u00e9, pourrait \u00eatre fait aussi bien au Fran\u00e7ais Sarkozy, qui ne s&rsquo;est gu\u00e8re attard\u00e9 \u00e0 un de ces messages solennels \u00e0 la nation,  par exemple, comme avait fait Chirac avant le lancement des op\u00e9rations contre le Kosovo et la Serbie, en mars 1999. Sarko a montr\u00e9 une tr\u00e8s grande agitation avec des d\u00e9clarations \u00e0 mesure, surtout de technique de communication (conf\u00e9rences de presse, etc.), et il a, para\u00eet-il, \u00e9prouv\u00e9 un tr\u00e8s grand bonheur de tout cela. Pour autant, ou au contraire justement, il ne lui est pas venu \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une circonstance o\u00f9 il importait de s&rsquo;adresser avec solennit\u00e9 \u00e0 la nation. Sarko n&rsquo;a pas de ces initiatives-l\u00e0, disons d&rsquo;une fa\u00e7on intuitive (<em>dito<\/em>, l&rsquo;intuition haute, inconnue au bataillon chez Sarko). A Londres, Cameron a fait une communication au Parlement, mettant effectivement un peu plus de solennit\u00e9 dans sa d\u00e9marche, mais rien de  churchillien en aucune fa\u00e7on,  juste une fa\u00e7on d&rsquo;observer les coutumes avec l&rsquo;opposition et aucune volont\u00e9 de mobiliser le soutien populaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est donc assez juste d&rsquo;observer que cette guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e, non pas dans la dissimulation car on en a beaucoup parl\u00e9, mais fort loin des us et coutumes, de ces grandes circonstances qui ont l&rsquo;avantage, parfois, d&rsquo;un effet au moins temporaire de mobilisation. Il a sembl\u00e9 que certains automatismes \u00e9taient d\u00e9clench\u00e9s et suivis par les uns et les autres, \u00e0 la suite d&rsquo;interventions extr\u00eamement bien identifi\u00e9es, d\u00e9risoire et basse successivement, de BHL en campagne promotionnelle \u00e0 Sarkozy en pr\u00e9-campagne \u00e9lectorale successivement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2011\/03\/27\/us\/27overload.html?\" class=\"gen\">26 mars 2011<\/a>, le New York <em>Times<\/em> publie un article traitant d&rsquo;une question qui int\u00e9resse notre sujet, ou, plut\u00f4t, qui r\u00e9pond et renvoie \u00e0 notre sujet. Il s&rsquo;agit du peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que le public (US dans ce cas) porte \u00e0 l&rsquo;affaire libyenne ; mieux dit, encore, la difficult\u00e9 que le public \u00e9prouve \u00e0 porter quelque attention \u00e0 l&rsquo;affaire libyenne (\u00ab<em>Inundated With News, Many Find It Difficult to Keep Up on Libya<\/em>\u00bb). Une enqu\u00eate montre qu&rsquo;effectivement la crise libyenne a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux par la crise de la catastrophe japonaise :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>A survey by the Pew Research Center  conducted partly before and partly after the bombing raids on Libya began on March 19  found that only 5 percent of respondents were following the events very closely. Fifty-seven percent said they were closely following the news about Japan.<\/em> [] <em>On one day in the week before American and coalition missiles began landing on Libyan military targets, for example, 14 percent of posts on Twitter contained the word Japan, according to media analysts at the Nielsen Company. In the babble of digital chat, that reflects a hugely significant thread of the global conversation, a Nielsen spokesman said.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe m\u00eame article cite, un peu plus loin, un t\u00e9moin qui pose quelques questions qui sonnent juste, et qui expliquent d&rsquo;un certain point de vue ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat du public. \u00ab<em>The main problem I have is because we just don&rsquo;t understand, said David Clark, 50, an out-of-work former Marine in Dearborn, who was having a beer with a friend on a recent evening. Who are we defending? Who&rsquo;s going to eventually take over that country? Do we know who we&rsquo;re supporting anymore? No, I don&rsquo;t believe we do.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne voudrions certainement pas s\u00e9parer un cas de l&rsquo;autre, celui de BHO de celui de Sarko, de celui de Cameron et des autres \u00e9ventuellement. Il nous importe de consid\u00e9rer ici le comportement g\u00e9n\u00e9ral de ces dirigeants politiques de ce que nous nommons le bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste (BAO), dont nous estimons qu&rsquo;ils sont tous arriv\u00e9s, par la gr\u00e2ce des contraintes du Syst\u00e8me, des pressions du syst\u00e8me de la communication contre lesquelles aucun n&rsquo;a l&rsquo;id\u00e9e de se soulever, \u00e0 une quasi homog\u00e9n\u00e9isation psychologique pour l&rsquo;essentiel. Il est donc d\u00e9plac\u00e9, sauf de fort rares exceptions, de faire des cas d&rsquo;esp\u00e8ce, et justifi\u00e9 de consid\u00e9rer leur cas d&rsquo;un point de vue d&rsquo;une psychologie collective qui est sp\u00e9cifiquement celle des dirigeants politiques affili\u00e9s au Syst\u00e8me. C&rsquo;est dans le cadre de cette d\u00e9marche que nous justifierons des remarques g\u00e9n\u00e9rales, effectivement, sur l&rsquo;absence de tentative initiale s\u00e9rieuse de vendre la guerre, ce qui signifie en termes plus polic\u00e9s d&rsquo;en faire un objet de soutien et de mobilisation populaires. Cela aurait consid\u00e9rablement facilit\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de la chose et e\u00fbt d&rsquo;ailleurs correspondu aux normes du Syst\u00e8me dans ce cas. (Tout cela, bien entendu, m\u00eame si les exhortations \u00e0 la mobilisation populaire eussent \u00e9t\u00e9 peupl\u00e9es d&rsquo;affabulations d\u00e9magogiques ; nous ne consid\u00e9rons que l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 de la situation psychologique.) Il n&rsquo;en fut rien et nous nous trouvons effectivement dans une situation fort incertaine, confuse, ignorant \u00e0 quoi correspond cette crise ou cette guerre, si c&rsquo;est une crise ou une guerre, pourquoi elle a lieu et o\u00f9 elle nous conduit. De ce point de vue, on pourrait croire que l&rsquo;ex-Marine Clark, cit\u00e9 plus haut par le NYT, parle pour nous tous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tY compris pour nos dirigeants politiques, au reste, et c&rsquo;est ce qui est int\u00e9ressant. Certes, nous laissons de c\u00f4t\u00e9 les bonimenteurs professionnels, les saltimbanques et hyst\u00e9riques du syst\u00e8me de la communication, qui savent pourquoi les choses se passent, qui sont sans int\u00e9r\u00eat pour ce propos. Par contre, leur pr\u00e9sence massive, ce fait qu&rsquo;ils tiennent autant le haut du pav\u00e9 dans cette affaire sans qu&rsquo;on ne le leur conteste rien, qu&rsquo;ils soient partout des r\u00e9f\u00e9rences, de BHL \u00e0 Paris \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2011\/03\/23\/opinion\/23dowd.html?\" class=\"gen\">Samantha Powers<\/a> \u00e0 Washington, est <em>a contrario<\/em> un signe convaincant de ce vide de communication des dirigeants politiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComprenons-nous bien, en insistant sur le point central de la signification Ce qui nous importe ici n&rsquo;est pas qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une explication acceptable de cette intervention, ou un mensonge g\u00e9n\u00e9ral, ou plusieurs explication d&rsquo;o\u00f9 il faut extraire la bonne, etc. ; ce qui nous importe n&rsquo;est pas, en d&rsquo;autres mots, de tenter de comprendre pourquoi pr\u00e9cis\u00e9ment cette intervention a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e (d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, notre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_guerre_des_fous_et_de_personne_24_03_2011.html\" class=\"gen\">religion<\/a> est \u00e0 peu pr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-ce_que_vous_ne_pouvez_etouffer_embrassez-le__28_03_2011.html\" class=\"gen\">faite<\/a> \u00e0 ce propos). Ce qui nous importe est qu&rsquo;aucune disposition n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prise pour qu&rsquo;il y ait quelque chose d&rsquo;unificateur pour les esprits, f\u00fbt-ce le plus grand mensonge, que les psychologies n&rsquo;ont pas exig\u00e9 cela et qu&rsquo;elles ont laiss\u00e9 filer. O\u00f9 se trouve l&rsquo;explication d&rsquo;une telle carence, \u00e0 la fois du syst\u00e8me de la communication, \u00e0 la fois des acteurs-figurants du Syst\u00e8me que sont ces dirigeants politiques ? Notre hypoth\u00e8se pour r\u00e9pondre \u00e0 cette interrogation concerne le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral de cha\u00eene crisique et de temps crisique, et, pour le cas pr\u00e9cis, d&rsquo;accumulation et d&rsquo;interconnexion des crises. D&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9cise et identifi\u00e9e, il s&rsquo;agit des rapports entre la crise libyenne et la crise japonaise, devenue crise du Fukushima (la centrale nucl\u00e9aire endommag\u00e9e).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvant d&rsquo;aborder notre hypoth\u00e8se, insistons sur le facteur temps et le facteur du rythme M\u00eame si la derni\u00e8re explication en vogue pour la Libye est, comme <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum-ce_que_vous_ne_pouvez_etouffer_embrassez-le__28_03_2011.html\" class=\"gen\">le signale<\/a> un de nos lecteurs, que ce sont les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames qui ont organis\u00e9 la r\u00e9volte de Benghazi,  ce qui reste tellement \u00e0 voir, tant de choses ayant \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es, complot\u00e9es, d\u00e9velopp\u00e9es, depuis au moins 9\/11 qu&rsquo;on croirait \u00e0 un mill\u00e9naire complet de complots,  ce qui compte est \u00e0 la fois le rythme et le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement Faites basculer une roche dans un pr\u00e9cipice : contr\u00f4lez-vous pour autant la course et le rythme de la chute, les d\u00e9g\u00e2ts, etc. ? Ce qui est <strong>extraordinaire<\/strong> aujourd&rsquo;hui, ce ne sont pas les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames, leur cons\u00e9quence strat\u00e9gique, leur orientation politique, etc. (le facteur spatial, avec une influence g\u00e9opolitique), mais leur vitesse, leur rythme, leur pr\u00e9cipitation (le facteur temporel, avec son influence <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">psychopolitique<\/a>). Gardez \u00e0 la m\u00e9moire ce mot de l&rsquo;amiral <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_amiral_mullen_et_la_contraction_du_temps_22_02_2011.html\" class=\"gen\">Mullen<\/a>, comme une devise de ce temps : \u00ab<em>It&rsquo;s stunning to me that it&rsquo;s moved so quickly. We&rsquo;ve talked about the underlying issues for a long time, but it&rsquo;s the speed with which this is happening<\/em>\u00bb (Il aurait pu dire : Nous avons tout organis\u00e9 depuis longtemps, mais c&rsquo;est la vitesse avec laquelle cela survient)<\/p>\n<h3>La Libye comme apaisement de la psychologie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec la catastrophe japonaise devenant la catastrophe de Fukushima, nous avons \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par deux choses : d&rsquo;abord l&rsquo;extraordinaire dramatisation de la catastrophe devenue crise, alors que cette dramatisation d\u00e9bouche sur la mise en cause du nucl\u00e9aire, c&rsquo;est-\u00e0-dire la mise en cause du Syst\u00e8me. (En effet, le fait nucl\u00e9aire, son application civile, son interconnexion entre l&rsquo;aspect militaire et l&rsquo;aspect civil, son utilisation \u00e0 la fois pour une fantastique capacit\u00e9 de destruction par la puissance et pour une fantastique capacit\u00e9 de production de la puissance, renvoient aux caract\u00e8res les plus fondamentaux de notre Syst\u00e8me : aussi bien son origine avec le choix de la thermodynamique  <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_technologisme_dans_l_histoire_une_autre_appreciation_30_01_2010.html\" class=\"gen\">le choix du feu<\/a>  que son d\u00e9veloppement avec <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-cinquieme_partie_la_transversale_du_technologisme_02_12_2010.html\" class=\"gen\">le syst\u00e8me du technologisme<\/a>.) Le deuxi\u00e8me ph\u00e9nom\u00e8ne qui nous frappa, c&rsquo;est, au bout d&rsquo;un temps tr\u00e8s court, l&rsquo;extraordinaire effacement du drame japonais dans les priorit\u00e9s et les agitations du syst\u00e8me de communication et de ses acteurs ; \u00e0 partir du 18-19 mars, Fukushima est totalement remplac\u00e9 par l&rsquo;affaire libyenne dans la priorit\u00e9 de nos pr\u00e9occupations. Pour nous, les deux affaires,  l&rsquo;hyper dramatisation et la r\u00e9action du syst\u00e8me de la communication,   sont irr\u00e9m\u00e9diablement interconnect\u00e9es, non par un complot, par une volont\u00e9 consciente, mais par une psychologie qui est l&rsquo;expression conjoncturelle de notre psychologie, c&rsquo;est-\u00e0-dire par une pression inconsciente. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 11 mars, tout \u00e9tait boucl\u00e9 pour lancer l&rsquo;affaire libyenne dans sa phase habituelle de pression de la communaut\u00e9 internationale,  la reconnaissance du gouvernement rebelle par Sarko, la mise en marche du processus pour une r\u00e9solution de l&rsquo;ONU, etc. L&rsquo;excitation dans le Syst\u00e8me \u00e9tait g\u00e9n\u00e9rale, comme on est \u00e0 la fois rassur\u00e9 et euphorique devant la perspective de s&rsquo;inscrire dans un processus g\u00e9n\u00e9ral connu. En m\u00eame temps, bien s\u00fbr, seraient d\u00e9velopp\u00e9es l&rsquo;installation officielle de la crise, sa <em>narrative<\/em>, sa pr\u00e9sentation solennelle et \u00e9ventuellement mobilisatrice,  ce qui a manqu\u00e9 finalement, comme Tomasky le reproche \u00e0 Obama.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais le 11 mars, c&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9norme catastrophe japonaise,  et, brusquement, elle supplante tout, et il n&rsquo;est plus question de la Libye. Au d\u00e9part et pendant un ou deux jours, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une \u00e9norme catastrophe <strong>naturelle<\/strong> (tremblement de terre et <em>tsunami<\/em>). L&rsquo;effet est instantan\u00e9, parce que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est consid\u00e9rable, parce que le Japon est une pi\u00e8ce essentielle du Syst\u00e8me; parce que tout le monde a \u00e0 l&rsquo;esprit le pr\u00e9c\u00e9dent du <em>tsunami<\/em> de d\u00e9cembre 2004 et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9action humanitaire sans restriction pour respecter les normes morales du m\u00eame Syst\u00e8me; parce que s&rsquo;impose \u00e9galement une r\u00e9action de solidarit\u00e9 devant un \u00e9v\u00e9nement qui se place dans les catastrophes naturelles qu&rsquo;on met aujourd&rsquo;hui particuli\u00e8rement en exergue dans le cadre de la crise climatique. A son tour, le syst\u00e8me de la communication joue son r\u00f4le d&rsquo;\u00e9cho et d&rsquo;infini multiplicateur, et c&rsquo;est une mobilisation maximale des interpr\u00e9tations sans la moindre sollicitation,  puisque l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est effectivement apocalyptique, ou de dimension biblique selon le commentaire imag\u00e9 qu&rsquo;on en fait. L&rsquo;\u00e9cho m\u00e9diatique est \u00e0 mesure, colossal, et effectivement tout \u00e0 fait de type catastrophiste, et justifi\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais tr\u00e8s vite, la perception se transforme devant l&rsquo;identification de l&rsquo;un des effets dramatiques de la catastrophe. On passe <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-japon_d_une_crise_l_autre_15_03_2011.html\" class=\"gen\">d&rsquo;une crise l&rsquo;autre<\/a> et la crise de la catastrophe naturelle devient la crise de Fukushima, de la centrale nucl\u00e9aire plong\u00e9e dans un drame type-Tchernobyl. Nous changeons de sujet mais l&rsquo;intensit\u00e9 psychologique est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, qui prend de vitesse le Syst\u00e8me. La psychologie catastrophiste, ou apocalyptique, est en pleine exacerbation, et son objet passe naturellement des col\u00e8res de M\u00e8re Nature \u00e0 l&rsquo;affreuse incertitude de l&rsquo;accident nucl\u00e9aire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAussit\u00f4t, et parce que nous sommes effectivement dans l&rsquo;environnement psychologique de la crise centrale du Syst\u00e8me, de la crise syst\u00e9mique par d\u00e9finition, le d\u00e9bat instantan\u00e9 autour de la crise japonaise devenue crise de Fukushima puis crise nucl\u00e9aire, porte simultan\u00e9ment sur la crise du Syst\u00e8me. Certes, un d\u00e9bat annexe d\u00e9marre aussit\u00f4t sur la validit\u00e9 du nucl\u00e9aire comme source d&rsquo;\u00e9nergie, mais il survient dans un climat o\u00f9 l&rsquo;alternative (l&rsquo;\u00e9nergie-p\u00e9trole) ne se porte pas mieux ; Ambrose Evans-Pritchard le remarque, le <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/finance\/globalbusiness\/8386829\/World-energy-crunch-as-nuclear-and-oil-both-go-wrong.html\" class=\"gen\">16 mars 2011<\/a> dans le <em>Daily Telegraph<\/em> : \u00ab<em>The existential crisis for the world&rsquo;s nuclear industry could hardly have come at a worse moment. The epicentre of the world&rsquo;s oil supply is disturbingly close to its own systemic crisis as the Gulf erupts in conflict<\/em>\u00bb Si l&rsquo;on \u00e9carte le langage de l&rsquo;\u00e9conomiste, on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation de mise en cause, au m\u00eame moment, dans un mode \u00e9galement apocalyptique m\u00eame si \u00e0 des propos diff\u00e9rents, des deux sources du facteur fondamental du fonctionnement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa mise en cause du Syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral que portent les jugements catastrophistes v\u00e9hicul\u00e9s par le syst\u00e8me de communication est par cons\u00e9quent d&rsquo;une puissance extraordinaire pour les psychologies, et c&rsquo;est dans ce sens que le ph\u00e9nom\u00e8ne se manifeste. Les directions politiques elles-m\u00eames sont victimes de cette exacerbation et elles en perdent leur attitude coutumi\u00e8re d&rsquo;apaisement des pr\u00e9occupations angoiss\u00e9es, pour participer au contraire \u00e0 la mise en cause g\u00e9n\u00e9rale. Par exemple, les services sp\u00e9cialis\u00e9s et les autorit\u00e9s concern\u00e9es des deux gouvernements fran\u00e7ais et US,  les deux plus qualifi\u00e9s pour juger de la question nucl\u00e9aire,  sont tr\u00e8s alarmistes et indirectement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res pour les r\u00e9actions des autorit\u00e9s japonaises et des acteurs priv\u00e9s du domaine, pour leur gestion de la crise, pour leur gestion pass\u00e9e du nucl\u00e9aire, etc. De ce point de vue, l&rsquo;exacerbation catastrophiste de la psychologie n\u00e9e avec la catastrophe du 11 mars s&rsquo;est transf\u00e9r\u00e9e sans coup f\u00e9rir \u00e0 la mise en cause du Syst\u00e8me, y compris et peut-\u00eatre plus encore, dans le chef des directions li\u00e9es au Syst\u00e8me et charg\u00e9es de la d\u00e9fendre ; qui plus est, et cela sugg\u00e8re une explication fondamentale pour la charge qui a alors pes\u00e9 sur la psychologie collective des directions du Syst\u00e8me, il y a le fait que, sur le fond, hors des pol\u00e9miques conjoncturelles, ce jugement catastrophiste implicite sur le Syst\u00e8me est justifi\u00e9 par la <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> de la crise centrale et terminale qu&rsquo;il traverse&#8230; C&rsquo;est, pour les psychologies, le plus \u00e9pouvantable processus du type le roi est nu qu&rsquo;on puisse imaginer,  le Syst\u00e8me est donc bien mortel, et nous le d\u00e9couvrons, et nous le proclamons involontairement,  et ainsi sommes-nous plac\u00e9s devant un gouffre sans fond qui affole nos psychologies exacerb\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que leur psychologie collective est \u00e9puis\u00e9e, et \u00e9galement saisie de panique devant cette \u00e9volution du sentiment g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;encontre du Syst\u00e8me. C&rsquo;est \u00e0 ce point que l&rsquo;affaire libyenne, avec la n\u00e9cessit\u00e9 proc\u00e9duri\u00e8re du vote de la r\u00e9solution \u00e0 l&rsquo;ONU qui implique la mobilisation automatique du syst\u00e8me de la communication, (r\u00e9)appara\u00eet comme une bou\u00e9e de sauvetage, comme une possibilit\u00e9 de rupture de cette catastrophe psychologique de l&rsquo;affaire japonaise et nucl\u00e9aire. Toute l&rsquo;attention se tourne alors vers elle, dans un r\u00e9flexe qui reste imp\u00e9rativement, selon notre jugement, <strong>involontaire<\/strong> parce qu&rsquo;<strong>inconscient<\/strong>, comme tout le reste dans le processus que nous d\u00e9crivons. Mais le temps presse et il n&rsquo;est plus temps de songer \u00e0 vendre cette guerre, \u00e0 s&rsquo;attacher aux susceptibilit\u00e9s populaires et aux humeurs du Congr\u00e8s, mais il est grand temps de s&rsquo;y pr\u00e9cipiter pour y trouver un havre de paix (!) pour la psychologie,  c&rsquo;est-\u00e0-dire, quelque chose qu&rsquo;on croit contr\u00f4ler, quelque chose qui nous d\u00e9livre de l&rsquo;hypoth\u00e8que apocalyptique qu&rsquo;ont \u00e9veill\u00e9e les catastrophes additionn\u00e9es et successives du <em>tsunami<\/em> et de la centrale de Fukushima.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est ainsi, \u00e0 notre sens, et au plus profond de lui-m\u00eame et de sa psychologie exacerb\u00e9e, que le bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste est parti en guerre contre le colonel Kadhafi. Dans ce cas, le maximalisme, l&rsquo;urgence de l&rsquo;intervention, etc., s&rsquo;expliquent ais\u00e9ment comme des mesures naturelles, automatiques et inconscientes, de reprise en main de leur propre psychologie collective emport\u00e9e dans des eaux dangereuses par des directions politiques soudain affol\u00e9es de ce constat. De m\u00eame, le d\u00e9sordre, l&rsquo;absence de <em>narrative<\/em> officielle commune, l&rsquo;absence d&rsquo;unit\u00e9 et la dispersion des perceptions comme cons\u00e9quence \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me, enfin cette impression d&rsquo;incertitude et de d\u00e9sordre des r\u00e9solutions dans les premiers jours de l&rsquo;intervention, s&rsquo;expliquent tout aussi ais\u00e9ment par les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;urgence. Il n&rsquo;y a pas de temps ni la moindre disposition pour une organisation quelconque d&rsquo;une pr\u00e9sentation satisfaisante de l&rsquo;intervention, pour un regroupement g\u00e9n\u00e9ral des interpr\u00e9tations ; ainsi se trouve-t-on dans les circonstances \u00e9tranges d&rsquo;un tr\u00e8s grand d\u00e9sordre, o\u00f9 les affinit\u00e9s et les alliances habituelles, les oppositions coutumi\u00e8res, ont bien du mal \u00e0 trouver leur coh\u00e9rence et leur coh\u00e9sion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre sentiment est bien entendu que l&rsquo;affaire libyenne ne r\u00e9sout rien du malaise catastrophiste pr\u00e9c\u00e9dent, puisque la crise du Syst\u00e8me s&rsquo;exprime aussi bien dans cette affaire que dans la catastrophe de Fukushima. (\u00ab<em>An Administration Out of Control<\/em>\u00bb, <a href=\"http:\/\/original.antiwar.com\/paul\/2011\/03\/28\/an-administration-out-of-control\/\" class=\"gen\">accuse<\/a> Ron Paul, dans un discours au Congr\u00e8s, \u00e0 propos du comportement de l&rsquo;administration Obama dans la crise libyenne.) Au reste, on voit bien que, depuis deux ou trois jours,  \u00e0 quelle vitesse vont les \u00e9v\u00e9nements !  la catastrophe de Fukushima revient sur le devant de la sc\u00e8ne de notre syst\u00e8me de la communication, simplement parce que les indices de sa gravit\u00e9 ne cessent de <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2011\/03\/27\/01003-20110327ARTFIG00289-la-situation-se-degrade-a-la-centrale-de-fukushima.php\" class=\"gen\">s&rsquo;accumuler<\/a>, alors que nous nous emp\u00eatrons dans l&rsquo;affaire libyenne. Nous sommes emport\u00e9s par le rythme et la v\u00e9locit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, qui sont autant de crises exprimant chacun une facette de la grande crise centrale et terminale du Syst\u00e8me. Ce n&rsquo;est pas la signification des choses (des crises) qui importe, puisque de toutes les fa\u00e7ons notre raison <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_de_la_raison_humaine_ddecrisis_18_07_2010.html\" class=\"gen\">pervertie<\/a> par l&rsquo;all\u00e9geance au Syst\u00e8me serait incapable d&rsquo;en tirer quelque conclusion utile que ce soit, mais la puissance de la vitesse et du rythme des choses (des crises) qui agit \u00e0 mesure sur nos psychologies et nous convainc inconsciemment de l&rsquo;existence et de l&rsquo;\u00e9volution ultime de la grande crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Psychologie de Fukushima 29 mars 2011 Nous ne sommes pas toujours en accord avec les commentaires de Michael Tomasky, qui dirige l&rsquo;\u00e9dition US du Guardian, mais cette fois (ce 25 mars 2011) nous l&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 (en accord) sans gu\u00e8re de restriction. 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