{"id":72900,"date":"2011-04-04T11:59:22","date_gmt":"2011-04-04T11:59:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/04\/la-libye-est-elle-une-crise-bouffe\/"},"modified":"2011-04-04T11:59:22","modified_gmt":"2011-04-04T11:59:22","slug":"la-libye-est-elle-une-crise-bouffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/04\/la-libye-est-elle-une-crise-bouffe\/","title":{"rendered":"La Libye est-elle une \u201ccrise bouffe\u201d ?"},"content":{"rendered":"<p><p>Patrick Cockburn a incontestablement trouv\u00e9 l&rsquo;incontestable avantage de la crise libyenne : la vitesse avec laquelle sont atteintes et d\u00e9pass\u00e9es les phases de d\u00e9gradation qui mirent plusieurs ann\u00e9es \u00e0 se manifester, dans des circonstances similaires pour le fonctionnement du Syst\u00e8me, en Afghanistan et en Irak \u00ab<em>One advantage of Libya is that the failings became obvious quickly. Never has mission creep crept so fast. The failings of local allies are more obvious more quickly in Libya than they were in Baghdad or Kabul. The difficulty in breaking the military stalemate opens the door to a ceasefire agreement and a resort to political and economic pressure to displace Gaddafi rather than the present ill-considered war.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEcrivant dans <em>The Independent<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.independent.co.uk\/opinion\/commentators\/patrick-cockburn-the-shady-men-backed-bythe-west-to-displace-gaddafi-2260826.html\" class=\"gen\">3 avril 2011<\/a>, Cockburn remarque encore : \u00ab<em>There is still something extraordinary about the alacrity with which Britain has plunged into the dangerous but also comic opera world of Libyan politics.<\/em>\u00bb Il ne nous a pas vol\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e, mais il s&rsquo;en est rapproch\u00e9 ; au lieu d&rsquo;op\u00e9ra comique, nous songions \u00e0 op\u00e9ra bouffe pour qualifier la crise libyenne, jusqu&rsquo;\u00e0 machiner l&rsquo;expression de crise bouffe, avec bouffe du verbe bouffer, signifiant \u00ab<em>se gonfler, prendre du volume<\/em>\u00bb, disons comme la grenouille avec le buf \u00e9ventuellement (les anglo-saxons ont aussi le terme <em>bombastic<\/em>, venu de bombast, qui va comme un gant, avec comme signification grandiloquent, pompeux).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlusieurs textes mettent en \u00e9vidence, ce week-end, le caract\u00e8re \u00e9trange que prend la crise libyenne, que ce soit Kim Sengupta , dans <em>The Independent<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.independent.co.uk\/news\/world\/africa\/rebels-die-as-victims-of-their-own-disarray-2260809.html\" class=\"gen\">3 avril 2010<\/a>, qui raconte l&rsquo;incident o\u00f9 les rebelles anti-Kadhafi c\u00e9l\u00e9braient une de leurs innombrables victoires en tirant en l&rsquo;air, ce qui fut pris pour une attaque du sol par des avions US, qui ripost\u00e8rent en lan\u00e7ant une attaque, \u00e0 la mani\u00e8re US bien entendu Par cons\u00e9quent, la crise bouffe est aussi une trag\u00e9die, oscillant entre une caricature de guerre et une guerre d&rsquo;un d\u00e9sordre indescriptible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>The rebel fighters were celebrating victory in their usual wasteful way, loosing off round after round into the air, using up ammunition in short supply. But this time it was a suicidal mistake: seconds later their vehicles, and an ambulance parked near by, were destroyed in an attack arriving with shattering explosions.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Air strikes had been carried out by a pilot from the international coalition who then thought an anti-aircraft barrage was being directed at him. Fifteen people, including three members of medical staff, were killed instantly when the warplane, believed to be an A-10 Tankbuster, responded with its devastating firepower.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9sordre d&rsquo;une caricature de guerre transforme la Libye en une \u00e9trange circonstance dont on ne sait plus ce qui doit \u00eatre mis le plus en \u00e9vidence. \u00ab[T]<em>he dangerous but also comic opera world of Libyan politicsw<\/em>\u00bb, \u00e9crit donc Cockburn, qui rappelle, de son exp\u00e9rience de divers reportages dans la Libye de Kadhafi : \u00ab<em>Life in Libya always seems to have a farcical but dangerous element to it.<\/em>\u00bb Le <em>Guardian<\/em> conclut (ce <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/world\/2011\/apr\/02\/libyan-conflict-descending-into-stalemate\" class=\"gen\">3 avril 2011<\/a>) en r\u00e9sumant la situation, alors que la coalition ralentit le rythme de ses op\u00e9rations, que les USA se retirent de plus en plus visiblement, qu&rsquo;il ne reste para\u00eet-il que Sarkozy \u00e0 en vouloir encore,  sans qu&rsquo;on sache qui capitulera le premier, Kadhafi ou les sondages en France<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>On the rebel side, a familiar scenario has been played out repeatedly as their poorly armed and ill-disciplined fighters have advanced chaotically to occupy towns briefly vacated by Gaddafi&rsquo;s troops, only to be driven back through scores of miles of desert at the first salvo of rocket or tank fire despite the bravado of their rhetoric.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>On Gaddafi&rsquo;s side, his armour and aircraft harried by coalition jets, the momentum similarly has faded since his forces were driven back from the edges of Benghazi by the entry of international forces into the conflict.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>And the coalition, too  so optimistic at first behind the scenes about being able to lever Gaddafi out of power with a limited air campaign  has also run out of steam as the US has quickly moved to limit its involvement in the war, ruling out ground troops, and its participants have come to realise the limitations of the UN resolution that authorised force in the first place.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Instead, what has begun to emerge is what many feared in the first place  a stalemate, defined by two sides playing a kind of lethal tag in the desert over deserted oil towns<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur la fin de son texte, Cockburn s&rsquo;interroge : apr\u00e8s tout, \u00e9crit-il, pourquoi n&rsquo;a-t-on pas tent\u00e9 d&rsquo;imposer un cessez-le-feu plut\u00f4t que de se pr\u00e9cipiter sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une <em>No-Fly Zone<\/em>, qui impliquait d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, une participation aux combats, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;imbroglio actuel o\u00f9 nul ne sait plus ce qui se passe sur le terrain et s&rsquo;il existe quelque chose qui ressemble \u00e0 une issue ? Puis il ajoute aussit\u00f4t, Cockburn : \u00ab<em>It has not happened because the not-so-covert aim from the start was to get rid of Gaddafi.<\/em>\u00bb En effet, la recherche d&rsquo;un cessez-le-feu e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus sage mais elle e\u00fbt suppos\u00e9 que la coalition ne pr\u00eet pas partie et cherch\u00e2t d&rsquo;abord \u00e0 faire cesser les combats. Cela est impossible depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, o\u00f9 le bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste (BAO) n&rsquo;a plus aucun obstacle dans son d\u00e9cha\u00eenement manich\u00e9en, face \u00e0 sa pr\u00e9tention d&rsquo;accomplir une mission,  lib\u00e9raliste, humanitariste, d\u00e9mocratisation,  qui implique que ses valeurs seront appliqu\u00e9es par le fer et le feu purificateurs ; qui implique, sans aucun doute et \u00e0 l&rsquo;exemple fascinatoire du Pentagone, que tout, effectivement, se r\u00e8gle par les armes triomphantes de la civilisation occidentale, dont l&rsquo;usage implique une guerre juste pour ceux qui s&rsquo;en servent. Pour cela, il faut, d\u00e9marche classique, un ennemi, un d\u00e9mon, un diabolis\u00e9, ce qui implique exactement le contraire d&rsquo;un cessez-le-feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, le bloc BAO n&rsquo;a rien compris au soi-disant printemps arabe. Il pense, l\u00e0 aussi, \u00e0 une bataille manich\u00e9iste, o\u00f9 les choses sont organis\u00e9es selon les sch\u00e9mas habituels, o\u00f9 le Bien est du bon c\u00f4t\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 du bloc BAO et de la d\u00e9mocratie, et \u00e9ventuellement du c\u00f4t\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res (p\u00e9trole) quand c&rsquo;est le cas. (Ne pas pr\u00eater attention aux situations qui ne correspondent au sch\u00e9ma, SVP, comme \u00e0 Bahre\u00efn, en Arabie, etc.) Le bloc BAO n&rsquo;a pas compris que le printemps arabe, c&rsquo;est d&rsquo;abord le d\u00e9sordre parce que c&rsquo;est une entreprise m\u00e9tahistorique, inspir\u00e9e par un courant bien sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;\u00e9ventuel esprit d&rsquo;organisation subversive des <em>sapiens<\/em>, et dont le but est d&rsquo;abord la d\u00e9structuration de l&rsquo;ordre r\u00e9gnant dans le monde arabe, justement \u00e9tabli dans les r\u00e9centes d\u00e9cennies \u00e0 l&rsquo;inspiration de ce m\u00eame bloc BAO Et il n&rsquo;est certes pas un pays o\u00f9 ces diverses contradictions s&rsquo;expriment mieux, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exacerbation pathologique, que dans la Libye du colonel Kadhafi, le fou de Libye selon Sadate, qui a r\u00e9pandu son propre \u00e9tat d&rsquo;esprit dans le fonctionnement de son pays apr\u00e8s 42 ans de direction lunatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi la coalition est-elle en train d&rsquo;atteindre, \u00e0 une vitesse extraordinairement rapide o\u00f9 la s\u00e9quence qui demande d&rsquo;habitude quelques ann\u00e9es se d\u00e9roule en deux ou trois semaines, le stade o\u00f9 sa toute-puissance ne sert strictement \u00e0 rien. Le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9ration se d\u00e9robe sous ses pieds, le champ de bataille se transforme en un champ de sables mouvants enrichis ici et l\u00e0 des habituels mirages du d\u00e9sert. Ce n&rsquo;est pas la d\u00e9faite que risque la coalition en Libye, mais le ridicule, qui est peut-\u00eatre une arme de destruction massive d&rsquo;un nouveau style, attaquant d&rsquo;abord les psychologies. Tout cela,  cette crise bouffe,  n&#8217;emp\u00eache pas, bien entendu, les morts et les destructions, puisque la crise bouffe a aussi un c\u00f4t\u00e9 tragique qui renvoie \u00e0 notre crise g\u00e9n\u00e9rale D&rsquo;ailleurs, tout compte fait, notre incompr\u00e9hension de la situation, notre ent\u00eatement \u00e0 voir le monde selon nos pr\u00e9jug\u00e9s catastrophiques, l&rsquo;impuissance de notre puissance d\u00e9cha\u00een\u00e9e,  tout cela a \u00e9galement un c\u00f4t\u00e9 tragique, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vidente d\u00e9rision de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt maintenant, que faire?,  comme interrogeait L\u00e9nine deux mois avant la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 4 avril 2011 \u00e0 11H59<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrick Cockburn a incontestablement trouv\u00e9 l&rsquo;incontestable avantage de la crise libyenne : la vitesse avec laquelle sont atteintes et d\u00e9pass\u00e9es les phases de d\u00e9gradation qui mirent plusieurs ann\u00e9es \u00e0 se manifester, dans des circonstances similaires pour le fonctionnement du Syst\u00e8me, en Afghanistan et en Irak \u00abOne advantage of Libya is that the failings became obvious&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[2],"tags":[10995,1135,10891,6902,10324,10992],"class_list":["post-72900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bloc-notes","tag-bouffe","tag-cockburn","tag-kadhafi","tag-libye","tag-opera","tag-patrick"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72900"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72900\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}