{"id":72911,"date":"2011-04-08T17:35:09","date_gmt":"2011-04-08T17:35:09","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/08\/avenir-du-nucleaire-avenir-de-lhumanite\/"},"modified":"2011-04-08T17:35:09","modified_gmt":"2011-04-08T17:35:09","slug":"avenir-du-nucleaire-avenir-de-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/08\/avenir-du-nucleaire-avenir-de-lhumanite\/","title":{"rendered":"Avenir du nucl\u00e9aire, avenir de l&rsquo;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Avenir du nucl\u00e9aire, avenir de l&rsquo;humanit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;accident majeur qui vient de se produire \u00e0 Fukushima Dai-Ichi, dont l&rsquo;issu semble encore ind\u00e9termin\u00e9e, est consid\u00e9r\u00e9e par beaucoup d&rsquo;observateurs comme devant obliger l&rsquo;ensemble des pays du monde \u00e0 s&rsquo;interroger sur le recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Mais nous pensons qu&rsquo;il faut aller au del\u00e0. C&rsquo;est sur la nature m\u00eame de l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s humaines que cet \u00e9v\u00e9nement pose des questions, ainsi que sur les directions que para\u00eet prendre cette \u00e9volution. Les guerres mondiales, ou l&rsquo;explosion de Tchernobyl, avaient pu malgr\u00e9 leur ampleur passer pour des \u00e9v\u00e8nements non symptomatiques. Aujourd&rsquo;hui, Fukushima s&rsquo;ajoute \u00e0 un long encha\u00eenement de crises qui semblent au contraire syst\u00e9miques, c&rsquo;est-\u00e0-dire remettant en cause l&rsquo;avenir du Syst\u00e8me global dont nous sommes tous des composants. Les Europ\u00e9ens sont tout aussi concern\u00e9s que les Japonais. Nous voudrions dans cette premi\u00e8re note commencer \u00e0 aborder ces perspectives. Les sciences, les technologies, mais tout autant les syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques, sont mis en cause. Il faut en discuter, tout en \u00e9vitant les jugements pr\u00e9cipit\u00e9s ou dogmatiques. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans la terminologie pratiqu\u00e9e (par nous), nous dirons que Fukushima pose la question de l&rsquo;avenir des soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques. On peut \u00e9videmment traiter de l&rsquo;avenir des soci\u00e9t\u00e9s humaines modernes sans faire appel \u00e0 cette derni\u00e8re terminologie ni aux hypoth\u00e8ses m\u00e9thodologique qu&rsquo;elle sous-tend. Il nous para\u00eet cependant int\u00e9ressant de s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer, compte tenu de son caract\u00e8re selon nous \u00e9clairant (1). Rappelons que nous appelons anthropotechniques les soci\u00e9t\u00e9s de primates apparues il y a quelques millions d&rsquo;ann\u00e9es et ayant appris \u00e0 utiliser en symbiose avec leurs composants biologiques des outils technologiques ayant leurs logiques \u00e9volutives propres. Ceux-ci sont susceptibles de modifier les processus \u00e9volutifs naturels de fa\u00e7on plus ou moins brutale et rapide. Ce fut le cas des outils de pierre, puis du feu. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui celui des technologies industrielles, biologiques, informationnelles, observationnelles (utilis\u00e9es par les sciences). Parmi elles se trouvent les technologies nucl\u00e9aires. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCelles-ci permettent aux anthropos d&rsquo;intervenir aux franges, sinon au cur du processus mis en uvre dans la formation et l&rsquo;\u00e9volution des \u00e9toiles: production d&rsquo;atomes lourds par fusion d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments l\u00e9gers (hydrog\u00e8ne, h\u00e9lium) et dans certaines conditions restitution d&rsquo;\u00e9nergie par fission de ces m\u00eames atomes lourds (2). Les syst\u00e8mes ou soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques sont, dans notre approche, des superorganismes en comp\u00e9tition darwinienne pour l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources. Elles ne sont que marginalement capables de se repr\u00e9senter l&rsquo;avenir du monde et d&rsquo;enclencher des comportements moteurs susceptibles de pr\u00e9server les \u00e9quilibres collectifs de la plan\u00e8te. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut admirer que des primates hominid\u00e9s, qui ne sont pas agenc\u00e9s diff\u00e9remment au plan biologique de tous les autres organismes un peu complexes, aient r\u00e9ussi \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer certaines des lois semblant r\u00e9gir l&rsquo;\u00e9volution du cosmos. Les biologistes et anthropologues discutent des facteurs \u00e9volutifs qui leur ont permis de le faire, acquisition d&rsquo;un cerveau surdimensionn\u00e9, construction de vastes soci\u00e9t\u00e9s communiquantes, m\u00e9morisation et mutualisation des acquis de connaissances et des r\u00e9sultats d&rsquo;exp\u00e9rience. Mais on ne doit pas oublier que la physique atomique ne constitue que l&rsquo;une des nombreuses autres interventions dans les processus naturels auxquelles proc\u00e8dent les syst\u00e8mes anthropotechniques: processus biologiques, reproductifs, cognitifs&#8230; Les sciences et techniques en r\u00e9sultant sont utilis\u00e9es aussi bien pour l&rsquo;am\u00e9lioration des conditions de vie des soci\u00e9t\u00e9s s&rsquo;effor\u00e7ant de les maitriser que pour la destruction des soci\u00e9t\u00e9s rivales. Il ne servirait donc pas \u00e0 grand chose de discuter de l&rsquo;avenir du nucl\u00e9aire sans replacer celui-ci dans l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques que nous venons de r\u00e9sumer. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour la clart\u00e9 de l&rsquo;expos\u00e9, nous le pr\u00e9senterons en trois parties, qui seront elles-m\u00eames des r\u00e9sum\u00e9s trop sommaires de la richesse des questions sous-jacentes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1. Les contraintes majeures auxquelles l&rsquo;humanit\u00e9 sera confront\u00e9e dans le pr\u00e9sent si\u00e8cle<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2. Privil\u00e9gier une vision pessimiste-r\u00e9aliste de l&rsquo;avenir<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3. Regard sur les diff\u00e9rentes formes d&rsquo;\u00e9nergie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConclusions concernant la France et l&rsquo;Europe<\/p>\n<h4>1. Les contraintes majeures auxquelles l&rsquo;humanit\u00e9 sera confront\u00e9e dans le pr\u00e9sent si\u00e8cle<\/h4>\n<p>Il faut examiner l&rsquo;avenir du nucl\u00e9aire et plus g\u00e9n\u00e9ralement de toutes les technologies aujourd&rsquo;hui \u00e9mergentes en tenant compte des contraintes majeures auxquelles, du fait leur propre \u00e9volution, les soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques  ou si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re parler plus simplement, l&rsquo;humanit\u00e9 mondiale  seront confront\u00e9es dans les 50 \u00e0 100 prochaines ann\u00e9es. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de th\u00e8mes de prospective et de d\u00e9bats qui font par ailleurs l&rsquo;objet de nombreuses discussions entre experts et scientifiques. Malgr\u00e9 de fr\u00e9quentes divergences d&rsquo;approches, de grandes lignes paraissent pouvoir en \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es. On doit imp\u00e9rativement en tenir compte dans la r\u00e9flexion engag\u00e9e ici. Peut-on les r\u00e9sumer en quelques mots? Le pronostic que vient de proposer le g\u00e9ographe et sp\u00e9cialiste en sciences de la Terre Laurence Smith dans un livre r\u00e9cent \u00ab The World in 2050 \u00bb (3) nous para\u00eet tout \u00e0 fait recevable. Certains diront m\u00eame qu&rsquo;il est banal, le constat ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait par de nombreux prospectivistes (4). Encore faut-il m\u00e9diter ce qu&rsquo;il implique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSelon cet auteur, d&rsquo;ici 2050, horizon auquel il imite sa prospection, l&rsquo;humanit\u00e9 comme avec elle le monde biologique terrestre et maritime affronteront 4 grands ph\u00e9nom\u00e8nes irr\u00e9vocables dont chacun m\u00e9riterait \u00e0 lui seul de longs d\u00e9veloppements : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>1.1. La croissance d\u00e9mographique.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement \u00e0 ce qu&rsquo;en disent les th\u00e9oriciens de la \u00ab transition d\u00e9mographique \u00bb le d\u00e9veloppement d\u00e9mographique humain para\u00eet loin d&rsquo;\u00eatre ma\u00eetris\u00e9 sur la p\u00e9riode. Il se traduira selon les pays par des natalit\u00e9s excessives mais aussi par des vieillissements inqui\u00e9tants. L&rsquo;augmentation de la population contribue en premier lieu \u00e0 la rar\u00e9faction des ressources naturelles (voir ci-dessous). On explique qu&rsquo;en mutualisant les ressources, notamment alimentaires, l&rsquo;humanit\u00e9 pourrait faire face \u00e0 cet accroissement. Mais cette mutualisation ne sera pas facilement accept\u00e9e par les b\u00e9n\u00e9ficiaires actuels des surplus. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>1.2. Une rar\u00e9faction croissante des ressources naturelles.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette rar\u00e9faction ira jusqu&rsquo;\u00e0 la disparition de beaucoup d&rsquo;entre elles, notamment dans le domaine biologique. La mise au point de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s (y compris la r\u00e9cup\u00e9ration) et de nouveaux produits ne pourront pas pallier les manques, du fait des co\u00fbts et d\u00e9lais impliqu\u00e9s, mais aussi parce que les nouveaux produits sont eux-m\u00eames consommateurs de ressources en voie de rar\u00e9faction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>1.3. Les cons\u00e9quences g\u00e9n\u00e9ralement perturbatrices du r\u00e9chauffement climatique, quelles qu&rsquo;en soient les causes.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe point n&rsquo;est plus discut\u00e9 par les scientifiques s\u00e9rieux. Il entra\u00eenera une remont\u00e9e vers les p\u00f4les des temp\u00e9ratures moyennes et de nombreux ph\u00e9nom\u00e8nes catastrophiques m\u00e9t\u00e9orologiques et climatologiques. Plus vite peut-\u00eatre qu&rsquo;actuellement envisag\u00e9 se manifestera aussi la mont\u00e9e du niveau des eaux maritimes imposant l&rsquo;exode d&rsquo;activit\u00e9s urbaines et industrielles parmi les plus productives du monde. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>1.4. Le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral de la mondialisation.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe terme recouvre une grande quantit\u00e9s de ph\u00e9nom\u00e8nes dont certains peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme positifs mais d&rsquo;autres dangereux. On met \u00e0 l&rsquo;actif de la mondialisation la diminution du co\u00fbt d&rsquo;un certain nombre de biens de consommation due \u00e0 la concurrence entre producteurs. Les niveaux de vie de nombreuses populations pauvres en ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9. Mais le processus a son aspect n\u00e9gatif. La diffusion des mod\u00e8les de consommation propres aux classes riches des pays riches \u00e0 travers la publicit\u00e9 commerciale sur les r\u00e9seaux num\u00e9riques conduit \u00e0 une explosion globale des besoins exprim\u00e9s, que les ressources mondiales actuellement disponibles ne permettront pas de satisfaire. Nul ne peut envisager s\u00e9rieusement que chaque asiatique ou africain puisse disposer par exemple d&rsquo;une automobile, comme la majorit\u00e9 des europ\u00e9ens ou des am\u00e9ricains. La mondialisation telle qu&rsquo;elle s&rsquo;organise dans le cadre du capitalisme et du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique conduit plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la domination de mod\u00e8les de consommation et de mod\u00e8les de soci\u00e9t\u00e9 qui sont \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des modes de vie plus associatifs, plus mutualistes et orient\u00e9s vers de nouvelles valeurs encore \u00e0 inventer. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa diffusion de ces mod\u00e8les de consommation, sous la pression des producteurs et des distributeurs dominants, conduit par ailleurs \u00e0 la destruction des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, sans leur proposer de mod\u00e8les de remplacement. Ces soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles \u00e9taient essentiellement rurales. Au lieu de chercher \u00e0 les faire \u00e9voluer et se moderniser sur place, les gouvernements encouragent ou tol\u00e8rent les migrations des populations rurales vers des m\u00e9galopoles urbaines dont certaines seront relativement riches mais d&rsquo;autres mis\u00e9rables et instables. Il faut insister sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne spectaculaire de l&rsquo;urbanisation, se traduisant par le fait que prochainement la plus grande partie de l&rsquo;humanit\u00e9 vivra dans des villes incapables de subsister seules. Il en r\u00e9sulte d\u00e9j\u00e0, du fait de l&rsquo;appel g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes technologies relevant de l&rsquo;artificiel, une fragilit\u00e9 extr\u00eame. Le fait que ces villes pourraient par ailleurs s&rsquo;effondrer tr\u00e8s rapidement si elles \u00e9taient priv\u00e9es d&rsquo;\u00e9nergie, sous sa forme la plus souple qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, constitue un des aspects des questions pos\u00e9es par l&rsquo;augmentation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la demande en \u00e9nergie. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous pourrions pour notre part apporter \u00e0 cette pr\u00e9vision un compl\u00e9ment de type politique. Les anthropos ou humains, associ\u00e9s aux techniques, n&rsquo;acqui\u00e8rent pas n\u00e9cessairement, nous y avons fait allusion, les propri\u00e9t\u00e9s mentales leur permettant de se repr\u00e9senter au del\u00e0 de leurs int\u00e9r\u00eats propres ceux de l&rsquo;humanit\u00e9 et de la plan\u00e8te au sens large. Si certains le font, les pr\u00e9visions et recommandations qu&rsquo;ils \u00e9mettent demeurent impuissantes \u00e0 modifier les comportements collectifs de fa\u00e7on telle qu&rsquo;elles puissent inverser le cours de l&rsquo;\u00e9volution. Malgr\u00e9 la puissance de nos cerveaux, nous ne sommes pas en effet capables d&rsquo;influencer ce que l&rsquo;on pourrait pour simplifier d\u00e9finir comme les g\u00e8nes guidant nos grands comportements collectifs, g\u00e8nes h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;un pass\u00e9 biologique lointain et toujours actifs. Le g\u00e9n\u00e9ticien (chr\u00e9tien) Christian De Duve a fait r\u00e9cemment remarquer (5) que les humains ne sont pas g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9s pour pr\u00e9voir l&rsquo;avenir au del\u00e0 de quelques jours et surtout pour adopter concr\u00e8tement des mesures de pr\u00e9cautions d\u00e9coulant de ces pr\u00e9visions. Les discours les plus moralisateurs et les mieux intentionn\u00e9s n&rsquo;en changeront rien. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAjoutons par ailleurs que les comp\u00e9titions entre humains, moins que jamais en voie de s&rsquo;apaiser, conduisent \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de minorit\u00e9s oligarchiques associant pouvoirs \u00e9conomico-financiers, pouvoirs politiques et pouvoirs m\u00e9diatiques. Les uns et les autres font tout pour exclure de la d\u00e9cision la grande masse des humains. La d\u00e9mocratie participative reste partout un vu pieux (6). Ces pouvoirs oligarchiques, dans leurs comp\u00e9titions internes, comme l&rsquo;a bien soulign\u00e9 De Duve, sont incapables de prendre en compte autrement que dans des discours d\u00e9magogiques un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral plus global. L&rsquo;exp\u00e9rience montre que les foules domin\u00e9es ne peuvent esp\u00e9rer sauf marginalement utiliser les proc\u00e9dures dites d\u00e9mocratiques (l\u00e0 o\u00f9 elles existent, ce qui n&rsquo;est pas le cas partout) pour remettre en cause les pouvoirs des oligarchies. Les autoritarismes ne reculent que l\u00e0 o\u00f9, pouss\u00e9es \u00e0 bout par les exc\u00e8s de pouvoir dont elles souffrent, certaines populations g\u00e9n\u00e8rent spontan\u00e9ment en leur sein des r\u00e9voltes plus ou moins sauvages, dont il est impossible de pr\u00e9dire les cons\u00e9quences, qu&rsquo;elles soient heureuses ou qu&rsquo;elles aboutissent \u00e0 de nouvelles tyrannies. Nous avons \u00e9voqu\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne sur ce site, \u00e0 propos des r\u00e9voltes dites du nouveau monde arabe, ou de celles survenues au cur du syst\u00e8me capitaliste, \u00e0 Madison (USA) <\/p>\n<h4>2. Privil\u00e9gier une vision pessimiste-r\u00e9aliste de l&rsquo;avenir du monde<\/h4>\n<p>Si nous consid\u00e9rons comme globalement fiable l&rsquo;\u00e9valuation rappel\u00e9e ci-dessus des contraintes qui p\u00e8seront sur l&rsquo;\u00e9volution des syst\u00e8mes anthropotechniques (autrement dit des soci\u00e9t\u00e9s) dans le demi-si\u00e8cle ou le si\u00e8cle, nous ne pouvons qu&rsquo;en retenir une vision pessimiste de l&rsquo;avenir probable. Nul ne sait \u00e9videmment de quoi cet avenir sera fait. Mais la pire des erreurs de pr\u00e9vision consisterait \u00e0 s&rsquo;imaginer que \u00ab tout s&rsquo;arrangera \u00bb, pour des raisons tenant plus d&rsquo;une croyance quasi mystique au progr\u00e8s que d&rsquo;un r\u00e9alisme froid. Le pessimisme ne doit certes pas \u00eatre utilis\u00e9 comme argument pour expliquer aux victimes des oligarchies qu&rsquo;elles ne pourraient rien faire pour am\u00e9liorer leur sort, notamment par la lutte sociale. Le pessimisme doit servir en priorit\u00e9 \u00e0 mesurer les obstacles et les risques pour se pr\u00e9parer, au moins mentalement, \u00e0 les affronter. Plusieurs tendances lourdes pourraient dans cette optique marquer les prochaines d\u00e9cennies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2.1. Une croissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de la consommation et donc de la production des biens et services en g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour les raisons indiqu\u00e9es ci-dessus, croissance d\u00e9mographique, mondialisation poussant \u00e0 l&rsquo;adoption de niveaux de vie inspir\u00e9s de ceux des pays d\u00e9velopp\u00e9s, urbanisation rapide, volont\u00e9 de profit \u00e0 court terme animant les principaux acteurs \u00e9conomiques, il serait illusoire d&rsquo;esp\u00e9rer une stabilisation des consommations-productions globales. Tout au plus pourrait-on esp\u00e9rer, dans les pays riches, une stabilisation voire une \u00ab d\u00e9croissance \u00bb des formes de production-consommation les plus gourmandes en ressources primaires. Mais, comme nous le verrons plus loin, une telle stabilisation ou d\u00e9croissance ne se produira que dans certains milieux \u00ab activistes \u00bb, inspir\u00e9s par une morale de la sobri\u00e9t\u00e9 et du partage proche d&rsquo;une v\u00e9ritable religion. Les signes, symboles ou \u00ab m\u00e8mes \u00bb de cette nouvelle religion d\u00e9croissantiste, il est vrai, pourront profiter pour leur \u00ab contamination virale \u00bb des supports offerts par les r\u00e9seaux num\u00e9riques. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEvidemment, on pourrait envisager une diminution globale massive des consommations et des investissements correspondants. Mais ceci ne se produirait qu&rsquo;en cas de catastrophes mondiales dont personne ne peut raisonnablement esp\u00e9rer la survenue. Ces catastrophes pourraient provenir soit d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements de grande ampleur li\u00e9s au r\u00e9chauffement climatique, soit d&rsquo;un accident technologique majeur, notamment nucl\u00e9aire, empoisonnant une grande partie de la Terre (nous y reviendrons), soit de conflits g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2.2. Une croissance corr\u00e9lative des besoins et donc de la consommation-production d&rsquo;\u00e9nergie.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi la croissance des consommations se poursuivait, il serait illusoire d&rsquo;esp\u00e9rer une stabilisation, ni m\u00eame une limitation de la croissance du recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie, quelles qu&rsquo;en soient les formes, sauf, \u00e0 nouveau, la survenue de catastrophes de grande ampleur affectant l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces \u00e9nergies et rendant son utilisation radicalement impossible. Rappelons que les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie, qui seront plus que jamais indispensables dans cette perspective, supposent un haut niveau technologique g\u00e9n\u00e9ral qui ne les rendent pas toujours accessibles aux pays pauvres. Ceci veut dire que, dans le demi-si\u00e8cle, aucune force au monde ne semble pouvoir emp\u00eacher les pays en d\u00e9veloppement le plus rapide (Chine, Inde, Indon\u00e9sie) de faire appel au charbon, au p\u00e9trole, au gaz mais aussi au nucl\u00e9aire, comme sources primaires. Les \u00e9nergies renouvelables se d\u00e9velopperont aussi. Mais leurs contreparties, en termes de co\u00fbt, stockage, transport, emp\u00eacheront qu&rsquo;elles ne deviennent les seules sources utilis\u00e9es. Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, malgr\u00e9 ses inconv\u00e9nients (co\u00fbt des r\u00e9seaux de transport et de distribution, difficult\u00e9 de stockage) sera de plus en plus employ\u00e9e, sinon dans les transports automobiles, du moins dans l&rsquo;industrie\/services et dans la vie domestique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2.3. La fragilisation accrue des syst\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlusieurs facteurs expliquent cette fragilisation: l&rsquo;accroissement de la population et de la demande globale au regard des ressources disponibles et des possibilit\u00e9s de r\u00e9ponse des \u00e9cosyst\u00e8mes, l&rsquo;artificialisation accrue des modes de vie y compris dans les m\u00e9galopoles les plus pauvres, faisant d\u00e9pendre la survie de facteurs de moins en moins susceptibles de solutions de secours en cas de crise (par exemple le recours g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pour assurer l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s soci\u00e9tales), la course au profit imm\u00e9diat et \u00e0 la d\u00e9r\u00e9gulation qui d\u00e9poss\u00e8dent les autorit\u00e9s \u00e9tatiques de leur r\u00f4le traditionnellement protecteur et normatif, l&rsquo;illusion que les progr\u00e8s technologiques futurs pourront pallier tous les risques. Il faut envisager aussi les risques tenant \u00e0 des attentats soit d&rsquo;origine politique, soit li\u00e9s \u00e0 des pathologies mentales. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, les soci\u00e9t\u00e9s urbaines ont sacrifi\u00e9 par volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie et de profit la redondance, la diversit\u00e9 et la dispersion des sources et des r\u00e9seaux. Une gr\u00e8ve dans le secteur p\u00e9trolier, des pannes ou attentats dans certains nuds de distribution ou de transports, une pand\u00e9mie infectieuse meurtri\u00e8re et tout s&rsquo;arr\u00eate, y compris les services d&rsquo;urgence et de police. Les r\u00e9gions soumises aux risques naturels sont encore plus fragiles, car elles ne sont pas encore pr\u00e9ventivement prot\u00e9g\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2.4. La bunkerisation sinon la militarisation de plus en plus syst\u00e9matique des riches et des puissants.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus les difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s aux ressources s&rsquo;aggraveront, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des mati\u00e8res premi\u00e8res ou des territoires, plus les moins favoris\u00e9s des d\u00e9tenteurs de ces ressources feront pression pour y acc\u00e9der. Les minorit\u00e9s favoris\u00e9s se sur-prot\u00e9geront en cons\u00e9quence. Cela se constate d\u00e9j\u00e0 au niveau des fronti\u00e8res terrestres ou maritimes, mais aussi au sein des quartiers et zones r\u00e9sidentielles dans les villes. Les protections feront de plus en plus appel \u00e0 des moyens de type militaire, confi\u00e9s soit \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e ou la police r\u00e9guli\u00e8res, soit \u00e0 des compagnies priv\u00e9es. Le respect de la vie humaine ne comptera plus gu\u00e8re au regard de la volont\u00e9 de rendre les fronti\u00e8res \u00e9tanches. On le constate d\u00e9j\u00e0 en Europe, \u00e0 toute petite \u00e9chelle, devant l&rsquo;indiff\u00e9rence sinon la satisfaction avec lesquelles certains accueillent la nouvelle de naufrages affectant les immigrants venus du Sud. La militarisation fera un appel croissant aux syst\u00e8mes robotis\u00e9s de surveillance et de contr\u00f4le qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2.5. Le recul, partout dans le monde, des anciennes traditions de service public et de r\u00e9gulation par des Etats protecteurs.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe ph\u00e9nom\u00e8ne, que l&rsquo;on pourrait qualifier de dramatique au regard de la protection des populations contre les abus de pouvoir des oligarchies, a commenc\u00e9 d\u00e8s la fin de la seconde guerre mondiale, sous la pression du capitalisme am\u00e9ricain et de l&rsquo;id\u00e9ologie lib\u00e9rale derri\u00e8re laquelle il s&rsquo;abritait. Il a tir\u00e9 parti, il est vrai, des abus de pouvoirs perp\u00e9tr\u00e9s au nom du peuple par les dictatures se r\u00e9clamant du marxisme. Mais dans la d\u00e9b\u00e2cle des Etats et des administrations publiques qui en a r\u00e9sult\u00e9, les id\u00e9aux un moment illustr\u00e9s avec succ\u00e8s en France au nom du programme du Conseil national de la r\u00e9sistance: Etat providence, administrations int\u00e8gres, nationalisations des secteurs strat\u00e9giques y compris dans la banque et l&rsquo;assurance, ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, les fonctions publiques qui s&rsquo;en inspiraient ne survivent plus que dans le souvenir de leurs membres retrait\u00e9s. Les actionnaires priv\u00e9s qui gouvernent maintenant les grands services publics n&rsquo;h\u00e9sitent plus, pour raisons de rentabilit\u00e9, \u00e0 confier les secteurs les plus sensibles, y compris le nucl\u00e9aire, \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;interim elles-m\u00eames priv\u00e9es des moyens essentiels de fonctionnement. <\/p>\n<h4>3. Les diff\u00e9rentes formes d&rsquo;\u00e9nergie composant le mix \u00e9nerg\u00e9tique <\/h4>\n<p>On appelle mix \u00e9nerg\u00e9tique la fa\u00e7on dont se r\u00e9partissent, soit au niveau mondial, soit pays par pays, l&rsquo;appel aux diff\u00e9rentes sources d&rsquo;\u00e9nergie. Le mix peut \u00eatre calcul\u00e9 avec une relative pr\u00e9cision quand il s&rsquo;agit des productions\/consommations actuelles. Il faut aussi l&rsquo;\u00e9valuer pour les ann\u00e9es et d\u00e9cennies \u00e0 venir. La pr\u00e9cision, dans ce cas, diminue avec le d\u00e9lai et la nature des sources prises en compte. Elle d\u00e9pend des technologies d&rsquo;extraction et de production, des r\u00e9serves prouv\u00e9es ou estim\u00e9es, des capacit\u00e9s de transport et de stockage, mais aussi, concernant les \u00e9nergies renouvelables et les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergies, de nombreuses variables industrielles et commerciales qu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore possible de d\u00e9terminer. Les estimations des productions et ressources mondiales d&rsquo;\u00e9nergie sont difficiles \u00e0 faire avec pr\u00e9cision. N\u00e9anmoins, dans le cadre de cet article, elles sont tout \u00e0 fait suffisantes. On pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Wikip\u00e9dia, qui indique aussi les unit\u00e9s de mesures utilis\u00e9es. (8) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe mix \u00e9nerg\u00e9tique fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de nombreuses estimations destin\u00e9es \u00e0 \u00e9valuer le r\u00f4le du nucl\u00e9aire, devenu sensible \u00e0 la suite de l&rsquo;accident de Fukushima. Globalement, la part du nucl\u00e9aire dans le mix \u00e9nerg\u00e9tique mondial para\u00eet tr\u00e8s faible. Elle est, selon des chiffres que vient de publier l&rsquo;Agence internationale des \u00e9nergies renouvelables, de 6% contre 87% pour le trio charbon, p\u00e9trole, gaz et 7% pour les renouvelables. Ces chiffres devraient, sauf accident, passer respectivement en 2035 \u00e0 8%, 78% et 14%. Il est difficile de pr\u00e9voir comment il \u00e9voluera au del\u00e0. Les combustibles fossiles auront peut-\u00eatre atteint un pic d&rsquo;extraction vers 2050, mais le nucl\u00e9aire, faute de mati\u00e8re premi\u00e8re et en attente probl\u00e9matique de la fusion, plafonnera \u00e9galement. L&rsquo;importance des renouvelables d\u00e9pendra beaucoup des financements et de la recherche qui leur seront consacr\u00e9s. Voyons cela par grands domaines. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.1. Les \u00e9nergies fossiles.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout \u00e0 d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit concernant ces \u00e9nergies: charbon, p\u00e9trole, gaz. Rappelons seulement ici quelques points concernant le propos de cet article. Concernant les atouts dont ils b\u00e9n\u00e9ficient, aux yeux des dirigeants mais aussi du public, disons que les r\u00e9serves prouv\u00e9es restent importantes, notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance du demi-si\u00e8cle. Concernant les r\u00e9serves probables, il existe des perspectives d&rsquo;extraction co\u00fbteuses et dangereuse pour l&rsquo;environnement mais que ne manqueront pas de recommander les industriels (schistes bitumineux, forages profonds, appel aux m\u00e9thanes, etc. ) . Les r\u00e9serves actuelles sont in\u00e9galement r\u00e9parties, mais dans l&rsquo;ensemble ce sont les pays pauvres ou \u00e9mergents qui d\u00e9tiennent les plus importantes d&rsquo;entre elles. L&rsquo;extraction des combustibles fossiles est par ailleurs relativement facile et \u00e0 la port\u00e9e des pays ne disposant pas de technologies tr\u00e8s avanc\u00e9es. Elle est dangereuse, notamment en ce qui concerne le charbon. Mais la mort des mineurs n&rsquo;\u00e9meut manifestement personne. Un autre atout important est que l&rsquo;utilisation des combustibles fossiles n&rsquo;exige pas de transformation des parcs industriels ou, en ce qui concerne les transports, des moteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConcernant le gaz, jug\u00e9 globalement moins polluant et moins producteur de CO2 que le p\u00e9trole, la d\u00e9couverte r\u00e9cente de \u00ab gaz de schistes \u00bb ou \u00ab shale gaz \u00bb tr\u00e8s pr\u00e9sent dans de nombreux pays consommateurs est consid\u00e9r\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats gaziers comme une aubaine inesp\u00e9r\u00e9e. Mais les m\u00e9thodes de recherche et d&rsquo;extraction, par hydro-fracturation, soul\u00e8vent \u00e0 juste titre de fortes oppositions des personnes r\u00e9sidant pr\u00e8s des puits. Comme ceux-ci sont tr\u00e8s dispers\u00e9s, la r\u00e9sistance s&rsquo;\u00e9tendra prochainement \u00e0 de nombreux territoires. Elle risque de devenir aussi forte que celle s&rsquo;opposant au nucl\u00e9aire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu passif, les combustibles fossiles contribuent lourdement \u00e0 la production de gaz \u00e0 effet de serre et de diverses pollutions qui ont un effet sanitaire n\u00e9faste incontestable. Ils sont donc vivement combattus par les scientifiques du climat et les minorit\u00e9s politiques qui soutiennent leur combat. Nous sommes de ceux-ci. Il nous para\u00eet incontestable que le r\u00e9chauffement climatique entra\u00eenera de graves cons\u00e9quence sur les \u00e9quilibres \u00e9conomiques et soci\u00e9taux actuels. Les activit\u00e9s humaines n&rsquo;en sont sans doute pas les seules causes, mais tout ce qui contribuera \u00e0 en accentuer les effets serait \u00e0 proscrire au plus vite. Les solutions propos\u00e9s par divers lobbies industriels et scientifiques visant \u00e0 s\u00e9questrer le carbone ou prot\u00e9ger la Terre des rayons solaires seront longtemps des utopies. Il faudrait donc sortir rapidement, comme on le dit \u00e0 propos du nucl\u00e9aire, de l&rsquo;addiction au charbon et au p\u00e9trole. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ceci ne se fera pas, notamment sous la pression des pays \u00e9mergents qui ont besoin de ces ressources pour atteindre leur objectif actuel, approcher le niveau de vie des pays riches. Il serait donc illusoire de penser que la part des combustibles fossiles dans le mix \u00e9nerg\u00e9tique mondiale diminuera sensiblement dans les cinquante prochaines ann\u00e9es. Elle restera, comme nous l&rsquo;avons indiqu\u00e9, aux alentours de 70%. Ce sera indiscutablement tr\u00e8s dangereux pour l&rsquo;environnement. Il sera trop tard pour s&rsquo;en soucier lorsque sera atteint ce que les climatologues nomment le \u00ab tipping point \u00bb, avec emballement en cha\u00eene des effets destructeurs. Mais les risques n&rsquo;\u00e9tant pas imm\u00e9diat, nul ne se pr\u00e9occupera vraiment de ces \u00e9ch\u00e9ances dans les prochaines ann\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.2. Les \u00e9nergies renouvelables et les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut examiner ces deux formes d&rsquo;action, visant \u00e0 diminuer l&rsquo;appel tant aux combustibles fossiles qu&rsquo;au nucl\u00e9aire, dans la m\u00eame rubrique. Elles pr\u00e9sentent de nombreux aspects positifs. C&rsquo;est moins dans l&rsquo;imm\u00e9diat au regard de leur effet en tant que producteurs primaires d&rsquo;\u00e9nergie que sur la forme de soci\u00e9t\u00e9 permettant d&rsquo;y faire appel que les \u00e9nergies renouvelables paraissent int\u00e9ressantes. Disons pour r\u00e9sumer qu&rsquo;elles conviennent particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 se d\u00e9mocratiserait l&rsquo;acc\u00e8s aux technologies et aux sciences fondamentales. Dans le cadre de notre revue, nous ne pouvons pour notre part que militer pour leur d\u00e9veloppement. En principe, avec du temps, des moyens budg\u00e9taires importants, beaucoup de ressources en mati\u00e8res premi\u00e8res dont certaines rares, beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie classique aussi aux d\u00e9buts, une volont\u00e9 politique sans faille enfin, la plupart des usages actuels de l&rsquo;\u00e9nergie traditionnelle, y compris ceux int\u00e9ressant les carburants liquides, pourraient \u00eatre satisfaits \u00e0 partir du soleil, du vent, de la g\u00e9othermie, de la houle, de la transformation des d\u00e9chets, de la photosynth\u00e8se. Par ailleurs, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du si\u00e8cle, diff\u00e9rents projets encore futuristes permettraient, par exemple avec des centrales solaires orbitales, de s&rsquo;affranchir des contraintes locales. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParall\u00e8lement, avec l\u00e0 aussi les m\u00eames moyens globalement importants, les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie pourront contribuer sensiblement \u00e0 la diminution de la facture \u00e9nerg\u00e9tique globale. Il pourra d&rsquo;abord s&rsquo;agir de modes de vie moins dispendieux, plus asc\u00e9tiques, (pouvant parfois il est vrai prendre la forme d&rsquo;un certain \u00ab terrorisme intellectuel \u00bb). Il pourra aussi s&rsquo;agir de nouvelles solutions industrielles visant \u00e0 ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique: remplacer les techniques et mat\u00e9riels gros consommateurs, y compris en \u00e9lectricit\u00e9, par des solutions plus \u00e9conomiques. Mais il pourra aussi s&rsquo;agir l\u00e0, sous l&rsquo;influence des lobbies industriels pratiquant le green-washing, d&rsquo;une fa\u00e7on de relancer de nouvelles formes de consommations non v\u00e9ritablement n\u00e9cessaires. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme nous venons de l&rsquo;indiquer, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des \u00e9nergies renouvelables, comme des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergies, est tout autant politique que strictement \u00e9conomique. Les recherches\/d\u00e9veloppements comme les investissements \u00e0 y consacrer, bien qu&rsquo;importants, pourraient \u00eatre distribu\u00e9s g\u00e9ographiquement et socialement. Ils ne seraient donc pas exclusivement le monopole des g\u00e9ants des secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques ou des industries manufacturi\u00e8res. Les collectivit\u00e9s locales, les \u00ab citoyens \u00bb pourraient s&rsquo;impliquer directement, soit dans la mise en uvre des nouvelles sources d&rsquo;\u00e9nergie, soit tout autant et plus dans le domaine essentiel des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie. Des modes de vie qui paraissent essentiels pour faire face aux crises futures pourraient en r\u00e9sulter: inventivit\u00e9 permanente, refus des mod\u00e8les de consommation-gaspillage, volont\u00e9 de partage social y compris au b\u00e9n\u00e9fice des pays pauvres. L&rsquo;avenir enfin pourra faire appara\u00eetre, car il s&rsquo;agira de secteurs en inventivit\u00e9 permanente, des solutions technologiques ou soci\u00e9tales tout \u00e0 fait inattendues. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTous ces avantages expliquent le fait que l&rsquo;ensemble des Etats, des plus d\u00e9velopp\u00e9s aux plus pauvres, mettent aujourd&rsquo;hui les secteurs correspondants au premier plan de leurs programmes \u00e9conomiques et politiques. Mais il ne faut pas se faire d&rsquo;illusion. Nous l&rsquo;avons vu \u00e0 propos des combustibles fossiles, ces m\u00eames Etats continueront pour l&rsquo;essentiel \u00e0 faire appel \u00e0 des derniers. Nous allons voir ci-dessous ce qu&rsquo;il en est de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Si l&rsquo;on tient compte de diff\u00e9rents facteurs de blocage que les d\u00e9fenseurs des \u00e9nergies renouvelables n&rsquo;envisagent pas volontiers, il para\u00eet raisonnable de penser que dans les trente prochaines ann\u00e9es la part des renouvelables de d\u00e9passera pas 30% des besoins, estimation d&rsquo;ailleurs sup\u00e9rieure aux pr\u00e9visions de l&rsquo;Agence internationale pr\u00e9cit\u00e9e en charge du secteur. (9) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.3. Le nucl\u00e9aire.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCelui-ci pose des probl\u00e8mes particuliers. A la suite de l&rsquo;accident de Fukushima, ils g\u00e9n\u00e8rent actuellement de nombreuses discussions. Nous devons y consacrer ici quelques d\u00e9veloppements sp\u00e9cifiques. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi dira-t-on, courir tous les risques sous-jacents au nucl\u00e9aire, et faire courir ces risques au monde dans son ensemble, pour un si faible r\u00e9sultat global soit quelques % du panier \u00e9nerg\u00e9tique global ? Les r\u00e9ponses sont complexes, car la ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire peut dans une certaine mesure r\u00e9sumer toutes les ambitions et les contradictions de l&rsquo;aventure humaine, autrement dit les ambitions des soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques qui se sont investies dans les fili\u00e8res \u00e0 tr\u00e8s haute technicit\u00e9. Bien que moins risqu\u00e9e au plan global, l&rsquo;exploration des plan\u00e8tes proches par certaines nations rel\u00e8ve dans une certain mesure aussi de ce que certains qualifient d&rsquo;aventure inutilement co\u00fbteuse. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.3.1. Le nucl\u00e9aire n&rsquo;est pas une \u00e9nergie comme les autres.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons vu que la comp\u00e9tition pouvant prendre la forme de guerres ouvertes a toujours \u00e9t\u00e9 et demeurera sans doute longtemps un des moteurs de l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s anthropotechniques. Les protestations pacifistes n&rsquo;y changeront pas grand chose avant longtemps, \u00e0 moins de catastrophe globale qui modifierait en profondeur les \u00e9tats d&rsquo;esprits. Il ne faut pas oublier que ce fut la r\u00e9alisation d&rsquo;armes atomiques qui a pouss\u00e9 chacun \u00e0 son tour les 5 grands du club nucl\u00e9aire mondial initial (USA, Russie, Grande Bretagne, France, Chine) ) \u00e0 se doter des moyens d&rsquo;extraire de l&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 partir de la fission de l&rsquo;uranium puis de la fusion de l&rsquo;hydrog\u00e8ne. Les arm\u00e9es de ces pays consid\u00e8rent encore par ailleurs que la propulsion atomique appliqu\u00e9e \u00e0 certains de leurs navires demeure la seule solution permettant d&rsquo;assurer autonomie \u00e0 long terme et discr\u00e9tion. L&rsquo;arme nucl\u00e9aire enfin reste partout consid\u00e9r\u00e9e, y compris dans les pays qui n&rsquo;en sont pas dot\u00e9s, comme un moyen ultime mais incontournable de dissuasion. Le nombre des Etats qui ont suivi ou veulent suivre cette voie ne cesse de grandir, malgr\u00e9 les efforts des Cinq pour emp\u00eacher la prolif\u00e9ration dans le cadre du Trait\u00e9 du m\u00eame nom. Isra\u00ebl, l&rsquo;Inde, le Pakistan, sans doute la Cor\u00e9e du Nord, sont dor\u00e9navant dot\u00e9s de la bombe. D&rsquo;autres comme l&rsquo;Iran, le Br\u00e9sil, l&rsquo;Afrique du Sud s&rsquo;y s&rsquo;efforcent plus ou moins discr\u00e8tement. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTous les programmes politiques affichant l&rsquo;objectif de \u00ab sortir du nucl\u00e9aire \u00bb se heurteront longtemps \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9. Les industries et les laboratoires nucl\u00e9aires travaillant pour la d\u00e9fense ne seront jamais ferm\u00e9s, quels que soient les risques pouvant en r\u00e9sulter. Les militaires et les diplomates feront valoir, sans doute \u00e0 juste titre, qu&rsquo;un pays comme la France renon\u00e7ant \u00e0 sa force nucl\u00e9aire strat\u00e9gique pour faire preuve de bonne volont\u00e9 dans la comp\u00e9tition entre les nations se mettrait ipso facto sous la d\u00e9pendance de pays n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 utiliser des armes dites conventionnelles tout aussi destructrices. Ce point est r\u00e9guli\u00e8rement discut\u00e9 dans les cercles strat\u00e9giques europ\u00e9ens. On peut penser que des Etats comme l&rsquo;Allemagne ou l&rsquo;Italie qui pour diverses raisons n&rsquo;ont pas d\u00e9velopp\u00e9 de \u00ab parapluie nucl\u00e9aire \u00bb seraient heureux de profiter, en cas de menaces majeures, de la dissuasion offerte par la France et la Grande Bretagne, \u00e0 d\u00e9faut de l&rsquo;appui des celle des Etats-Unis, sur lequel les Europ\u00e9ens ne peuvent d\u00e9sormais plus compter (10). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre atout de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire, qu&rsquo;elle soit appliqu\u00e9e au militaire ou au civil, est qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab vecteur de puissance \u00bb. Ce point est g\u00e9n\u00e9ralement peu mis en \u00e9vidence par les Etats qui souhaitent y faire appel. On d\u00e9signe par ce terme les technologies dont le d\u00e9veloppement ou l&rsquo;utilisation obligent \u00e0 recruter et former des \u00e9quipes de haute comp\u00e9tence, sous la responsabilit\u00e9s d&rsquo;administrations centralis\u00e9es tr\u00e8s proches des gouvernements. Elles n\u00e9cessitent aussi une forte protection poussant \u00e0 la mise en place de mesures polici\u00e8res de contr\u00f4le inh\u00e9rentes \u00e0 une vision r\u00e9galienne exacerb\u00e9e de la gestion publique. On peut dire la m\u00eame chose des technologies ou \u00e9quipements militaires ou spatiaux, comme de tous les grands r\u00e9seaux centralis\u00e9s et fragiles sur lesquels reposent dor\u00e9navant les soci\u00e9t\u00e9s civiles. Les d\u00e9fenseurs des autres formes d&rsquo;\u00e9nergie vantent au contraire leur caract\u00e8re modulable et d\u00e9centralisable, pr\u00e9sent\u00e9 comme plus d\u00e9mocratique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est facile de critiquer les technologies de puissance et les administrations fortement organis\u00e9es et s\u00e9curis\u00e9es qui devraient en principe \u00eatre charg\u00e9es de les mettre en uvre. Mais le faire serait oublier que le si\u00e8cle actuel ne sera pas celui de la facilit\u00e9 et de l&rsquo;improvisation. Ce sera celui des crises. Ne survivront que les organisations ayant un minimum de contr\u00f4le et de coh\u00e9rence dans leurs actions. L&rsquo;exp\u00e9rience acquise dans la pr\u00e9vention voir dans la r\u00e9paration des grandes crises naturelles, technologiques, humaines, sera une des condition de la survie. A cet \u00e9gard, on peut penser qu&rsquo;un pays ayant r\u00e9ussi pendant 50 ans \u00e0 g\u00e9rer l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire sans catastrophes majeures sera mieux arm\u00e9 pour faire face aux difficult\u00e9s qui s&rsquo;annoncent qu&rsquo;un pays s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9di\u00e9 au tourisme et aux beaux-arts. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est donc particuli\u00e8rement paradoxal que sous l&rsquo;influence du n\u00e9olib\u00e9ralisme d\u00e9velopp\u00e9 en Occident, voire dans des pays plus autoritaires comme la Russie et la Chine, les oligarchies au pouvoir veuillent sous-traiter les t\u00e2ches n\u00e9cessairement r\u00e9galiennes de conception et de contr\u00f4le des industries et des activit\u00e9s nucl\u00e9aires \u00e0 des entreprises priv\u00e9es ne visant que le profit \u00e0 court terme de leurs actionnaires. Cette m\u00eame volont\u00e9 de privatisation est en train de d\u00e9truire les traditions militaires et aujourd&rsquo;hui spatiales de pays comme les Etats-Unis ou la Russie. Les compagnies priv\u00e9es y assurent dor\u00e9navant, au m\u00e9pris de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, des objectifs strat\u00e9gique de long terme. Avec la s\u00e9curit\u00e9 des biens et des personnes, elles accaparent des responsabilit\u00e9s jusqu&rsquo;ici confi\u00e9es \u00e0 des administrations militaires et civiles disposant de d\u00e9cennies de tradition du service public. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est \u00e9vident que dans ces conditions, comme le montre l&rsquo;exemple d\u00e9plorable du Japon, la gestion \u00ab priv\u00e9e \u00bb de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire ne pouvait que r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 long terme des failles d\u00e9sastreuses. Certes, r\u00e9p\u00e9tons-le, le nucl\u00e9aire est dangereux, mais en confier la responsabilit\u00e9 \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes ne peut qu&rsquo;augmenter sa dangerosit\u00e9. Une nationalisation s&rsquo;imposerait, mais le Japon, sous l&rsquo;influence du gouvernement am\u00e9ricain champion du lib\u00e9ralisme l&rsquo;ayant mis sous tutelle \u00e0 la fin de la 2e guerre mondiale, a perdu toutes les r\u00e9f\u00e9rences en mati\u00e8re de gestion publique dont il disposait sous l&rsquo;ancien Empire du Soleil Levant  dont les militaires il est vrai firent un usage d\u00e9sastreux dans les ann\u00e9es 1930-1945. Il y a tout lieu de craindre qu&rsquo;en Europe la \u00ab lib\u00e9ralisation rampante \u00bb du gaz, de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et du nucl\u00e9aire ne conduise aux m\u00eames catastrophes. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.3.2. Avantages et risques sp\u00e9cifiques au nucl\u00e9aire.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu del\u00e0 des consid\u00e9rations de nature strat\u00e9giques, qui peuvent pousser \u00e0 conserver l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire comme un vecteur de puissance, d&rsquo;autant plus formateur qu&rsquo;il est g\u00e9n\u00e9rateur de risques, que peut-on dire des avantages et risques du nucl\u00e9aire au regard des autres formes d&rsquo;\u00e9nergie. Le sujet a \u00e9t\u00e9 amplement d\u00e9battu. Inutile de s&rsquo;y attarder ici. En ce qui concerne les avantages, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, m\u00eame s&rsquo;il ne couvre qu&rsquo;une partie des besoins en \u00e9nergie (essentiellement en \u00e9lectricit\u00e9), le nucl\u00e9aire permet aux pays utilisateurs de diversifier le panier \u00e9nerg\u00e9tique, de faire appel \u00e0 des emplois locaux pour la maintenance et de g\u00e9n\u00e9rer des revenus pouvant b\u00e9n\u00e9ficier aux collectivit\u00e9s locales h\u00e9bergeant les sites. Pour les pays producteurs de centrales, \u00e0 ces avantages s&rsquo;ajoutent les \u00e9conomies sur les redevances vers\u00e9es aux pays p\u00e9troliers, l&rsquo;acquisition d&rsquo;une capacit\u00e9 exportatrice et une certaine ind\u00e9pendance politique, m\u00eame s&rsquo;ils ne disposent pas directement des gisements d&rsquo;uranium n\u00e9cessaires. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu regard, jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res semaines, les risques apparaissaient statistiquement faibles, pouvant au pire se limiter \u00e0 des accidents ma\u00eetrisables. Le principal reproche fait au nucl\u00e9aire \u00e9tait son co\u00fbt qui, selon les promoteurs des autres formes d&rsquo;\u00e9nergies, notamment les renouvelables, emp\u00eachait de d\u00e9velopper celles-ci \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle et \u00e0 la vitesse dor\u00e9navant n\u00e9cessaire. L&rsquo;argument ne tient pas dans les pays prudents o\u00f9, comme en Chine, l&rsquo;appel au nucl\u00e9aire reste partiel et n&rsquo;ass\u00e8che pas les ressources d&rsquo;investissement consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;exp\u00e9rience du Japon conduira sans doute \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les risques au regard des avantages, m\u00eame si ceux-ci demeurent incontestables. La menace d&rsquo;un accident majeur pouvant rayer des r\u00e9gions enti\u00e8res de la carte, dans un pays ou pire encore dans un ensemble de pays, ne serait \u00e9videmment pas acceptable, ni par un gouvernement , ni par la communaut\u00e9 internationale. Mais un tel accident pourrait-il se produire, si des pr\u00e9cautions et des s\u00e9curit\u00e9s particuli\u00e8rement contraignantes \u00e9taient mises en uvre? Ce sont \u00e0 ces questions que devront r\u00e9pondre les pays d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 fermer leurs centrales ou \u00e0 ne pas en acqu\u00e9rir, comme les pays d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 conserver leurs centrales ou \u00e0 en construire de nouvelles. Rappelons que la construction de dizaines de nouvelles centrales \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent programm\u00e9e dans l&rsquo;ensemble du monde. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.3.2. Le choix d&rsquo;abandonner le nucl\u00e9aire.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe nucl\u00e9aire n&rsquo;est pas une \u00e9nergie comme les autres, en ce sens que, comme nous l&rsquo;avons rappel\u00e9 ci-dessus, elle touche aux bases m\u00eames de l&rsquo;organisation de la mati\u00e8re-\u00e9nergie. Elle est potentiellement particuli\u00e8rement dangereuse en terme de production de catastrophes brutales et visibles. L&rsquo;utilisation des combustibles fossiles pr\u00e9sente des risques certains, notamment contribuer \u00e0 l&rsquo;effet de serre et donc aux catastrophes d\u00e9coulant du r\u00e9chauffement climatique, mais ces risques sont plus diffus et bien plus lointains. On con\u00e7oit donc que de plus en plus de personnes demandent l&rsquo;abandon de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Cela ne posera pas de probl\u00e8mes particuliers lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agira, comme ce sera le cas dans la majorit\u00e9 des pays, de renoncer \u00e0 construire des centrales. Il faudra seulement trouver des sources d&rsquo;\u00e9nergies de substitution, en \u00e9vitant la facilit\u00e9 consistant \u00e0 s&rsquo;en tenir aux combustibles fossiles. Bien plus difficile \u00e0 faire sera le choix consistant \u00e0 fermer des centrales existantes. Celles-ci produisent de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 que l&rsquo;on ne pourra pas obtenir d&rsquo;autres sources du jour au lendemain. Chacun convient, m\u00eame les anti-nucl\u00e9aires les plus convaincus, que renoncer aujourd&rsquo;hui au nucl\u00e9aire posera de nombreux probl\u00e8mes qui ne seront pas r\u00e9solus avant plusieurs d\u00e9cennies. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faudra d&rsquo;abord arr\u00eater et d\u00e9manteler les centrales les plus dangereuses: centrales vieillies mais encore en service dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, centrales soit vieillies soit mal entretenues dans des pays plus pauvres. Les pires de celles-ci sont les r\u00e9acteurs de type Tchernobyl encore en activit\u00e9s. Il faudra aussi s\u00e9curiser les entrep\u00f4ts de combustibles et les d\u00e9charges de d\u00e9chets ou d&rsquo;armes nucl\u00e9aires tels que ceux laiss\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abandon en Russie. Tout ceci demandera plusieurs ann\u00e9es sinon plusieurs d\u00e9cennies, en fonction des moyens affect\u00e9s. Il faudra par ailleurs que ces mesures s&rsquo;appliquent \u00e0 tous les pays potentiellement menac\u00e9s. sans exception. A quoi bon arr\u00eater une centrale dans un pays donn\u00e9 si une centrale bien plus dangereuse potentiellement demeure en activit\u00e9 dans un pays voisin? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faudra ensuite entretenir les centrales dont l&rsquo;arr\u00eat progressif aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e, avant que cet arr\u00eat puisse effectivement \u00eatre concr\u00e9tis\u00e9  avant notamment que de nouvelles formes d&rsquo;\u00e9nergie aient pu prendre le relais. Mais comment alors distinguer entre entretenir une centrale en l&rsquo;\u00e9tat et impl\u00e9menter progressivement des solutions qui la rendrait plus s\u00fbre et donc plus acceptable? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les deux cas, tous les cr\u00e9dits affect\u00e9s \u00e0 ces op\u00e9rations, dont le chiffrage est tr\u00e8s difficile, seront pr\u00e9lev\u00e9s sur des d\u00e9penses que les gouvernements ou les \u00e9lectorats jugeront prioritaires  y compris d&rsquo;ailleurs sur les investissements destin\u00e9s aux \u00e9nergies renouvelables. On peut craindre que dans ces conditions, les d\u00e9penses de s\u00e9curisation soient limit\u00e9s au maximum, ou \u00e9tal\u00e9es dans le temps, quitte \u00e0 esp\u00e9rer que les catastrophes possibles ne se produiront pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>3.3.3. Le choix de conserver le nucl\u00e9aire.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn tel choix est caricatur\u00e9 par le terme de \u00ab tout nucl\u00e9aire \u00bb. Le terme n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre. Personne n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu ou, en tous cas, plus personne ne pr\u00e9tendra apr\u00e8s Fukushima, qu&rsquo;il faudra ne conserver que le nucl\u00e9aire comme source d&rsquo;\u00e9nergie. Ceci m\u00eame en France o\u00f9 le nucl\u00e9aire couvre environ 70% des besoins en \u00e9lectricit\u00e9. Pour les raisons de s\u00e9curit\u00e9 qui viennent d&rsquo;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9es, il faudra donc quel qu&rsquo;en soit le co\u00fbt programmer l&rsquo;arr\u00eat et le d\u00e9mant\u00e8lement des centrales les plus vieillies ou situ\u00e9es sur des sites reconnus comme \u00e0 risques au regard de normes de s\u00e9curit\u00e9 renforc\u00e9es. Ceci aux conditions de d\u00e9lais et de s\u00e9curisation que nous avons \u00e9voqu\u00e9 dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent. Faudrait-il renoncer pour autant \u00e0 construire de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de centrales. Les d\u00e9fenseurs de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire feront valoir qu&rsquo;une telle d\u00e9cision repr\u00e9senterait un v\u00e9ritable crime contre la science. Elle consisterait \u00e0 priver de toutes comp\u00e9tences nucl\u00e9aires, civiles ou militaires, les g\u00e9n\u00e9rations futures. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne solution de compromis consisterait, non \u00e0 remplacer toutes les centrales anciennes par des centrales de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, mais \u00e0 mettre en place, pays par pays ayant fait le choix de conserver une comp\u00e9tence nucl\u00e9aire, une ou deux centrales pr\u00e9sentant le maximum de solutions de s\u00e9curit\u00e9 . Est-ce le cas de la solution EPR actuellement propos\u00e9e par Ar\u00e9va? Serait-ce le cas des solutions dites de 4e ou de 5e g\u00e9n\u00e9ration discut\u00e9es dans les cercles techniques. Ce n&rsquo;est pas le lieu d&rsquo;en traiter ici. Mais il devrait certainement \u00eatre possible de s&rsquo;accorder sur des solutions de ce type, \u00e0 condition qu&rsquo;elles soient d\u00e9velopp\u00e9es par des op\u00e9rateurs non-commerciaux (autrement dit des services publics non astreints \u00e0 rentabilit\u00e9) et sous un contr\u00f4le d\u00e9mocratique permanent. Ceci veut dire aussi qu&rsquo;il faudra parall\u00e8lement proscrire chez soi comme chez les autres, par un accord international en ce sens, l&rsquo;appel \u00e0 des solutions dites low-cost dans lesquelles certains pays se sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCorr\u00e9lativement, les pays qui conserveront des centrales nucl\u00e9aires devront acc\u00e9l\u00e9rer la mise au point des \u00e9nergies de fusion consid\u00e9r\u00e9es aujourd&rsquo;hui comme ne pr\u00e9sentant pas tous les risques de la fission, fut-elle de 4e ou 5e g\u00e9n\u00e9ration. Le seul chantier en cours actuellement se trouve en France, \u00e0 Cadarache, sous le nom d&rsquo;Iter (11). Nous en avons souvent d\u00e9battu sur ce site. C&rsquo;est un honneur pour l&rsquo;Europe de l&rsquo;h\u00e9berger, mais le site g\u00e9ographique lui-m\u00eame est-il le mieux choisi? On notera par ailleurs qu&rsquo;en mettant davantage de moyens dans la recherche consacr\u00e9e \u00e0 la fusion nucl\u00e9aire et \u00e0 toutes les technologies associ\u00e9es, notamment en ce qui concerne les enceintes en m\u00e9taux sp\u00e9ciaux destin\u00e9s \u00e0 confiner les neutrons rapides qui seront produits, les d\u00e9lais du demi-si\u00e8cle annonc\u00e9s pour le r\u00e9acteur de d\u00e9monstration Iter pourraient certainement \u00eatre diminu\u00e9s. <\/p>\n<h3>Conclusion. L&rsquo;Europe doit mettre en place une Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement que la construction de l&rsquo;Europe ne progresse jamais mieux que dans les crises. L&rsquo;Union europ\u00e9enne, dans son cadre juridique et politique actuel, semble avoir atteint un palier difficile \u00e0 d\u00e9passer. Nous pensons que l&rsquo;accident de Fukushima, au Japon, affectant l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire et sa gestion dans le monde entier, ouvre une nouvelle p\u00e9riode de crise dont le sujet d\u00e9passe le seul nucl\u00e9aire. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9nergie en g\u00e9n\u00e9ral: quels sont les besoins en \u00e9nergie? Peut-on les r\u00e9duire? A quelles sources fera-t-on appel pour les satisfaire? Faudra-t-il laisser aux march\u00e9s ou confier aux Etats la responsabilit\u00e9 des politiques industrielles et \u00e9conomiques mises en oeuvre? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes questions se posent dans le monde entier (notamment au Japon), mais elles int\u00e9ressent particuli\u00e8rement l&rsquo;Europe, pauvre en r\u00e9serves de combustibles fossiles et dont la consommation \u00e9nerg\u00e9tique par habitant, sans atteindre celle des Etats-Unis, est \u00e9lev\u00e9e. Si l&rsquo;Europe veut diminuer sa d\u00e9pendance au charbon et au p\u00e9trole, si le recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9 comme une solution g\u00e9n\u00e9ralisable, il lui faudra d\u00e9velopper les \u00e9nergies renouvelables et les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie. Mais ceci ne se fera pas sans d&rsquo;importants investissements et un v\u00e9ritable changement de soci\u00e9t\u00e9, privil\u00e9giant la mutualisation et les \u00e9changes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes d\u00e9fenseurs du souverainisme en tireront argument pour affirmer que ce changement de soci\u00e9t\u00e9 sera plus difficile dans un cadre f\u00e9d\u00e9ral que dans le cadre des cultures nationales. Les militants de la construction europ\u00e9enne, dont nous sommes, d\u00e9montreront au contraire que, face aux politiques \u00e9nerg\u00e9tiques de puissance appliqu\u00e9es par de grands Etats mondiaux, la politique \u00e9nerg\u00e9tique et plus g\u00e9n\u00e9ralement la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne en r\u00e9sultant ne susciteront les efforts n\u00e9cessaires que par une mobilisation europ\u00e9enne d&rsquo;ensemble, visant une sorte de quasi \u00e9tat de guerre. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCependant, si la d\u00e9finition et l&rsquo;application de cette mobilisation \u00e9taient confi\u00e9es aux autorit\u00e9s europ\u00e9ennes actuelles, dont on constate tous les jours les limites face aux \u00e9go\u00efsmes nationaux et aux emprises des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques non-europ\u00e9ens, on pourrait craindre qu&rsquo;il ne se passe rien. Certains ont propos\u00e9 de cr\u00e9er une Agence europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie, qui disposerait par trait\u00e9 de fortes comp\u00e9tences supranationales. Ce serait mieux que rien. Mais nous pensons qu&rsquo;il faudrait aller plus loin, en frappant un grand coup susceptible de marquer les esprits de chacun. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est pourquoi nous proposons ici de reprendre une id\u00e9e qui n&rsquo;avait pas re\u00e7u beaucoup d&rsquo;\u00e9chos mais qui nous para\u00eet excellente: instituer une v\u00e9ritable Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie sur le mod\u00e8le de l&rsquo;ancienne Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l&rsquo;acier (12) gr\u00e2ce \u00e0 laquelle la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne initiale avait pu exp\u00e9rimenter ses proc\u00e9dures et sa d\u00e9marche. Cette Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie serait dot\u00e9e, dans le champ de ses comp\u00e9tences, d&rsquo;institutions volontairement parall\u00e8les \u00e0 celles de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, mais plus efficaces, notamment en mati\u00e8re de repr\u00e9sentativit\u00e9, de d\u00e9mocratie et de prise de d\u00e9cisions. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn fait, il s&rsquo;agirait, dans son domaine, de la cr\u00e9ation d&rsquo;une v\u00e9ritable Europe f\u00e9d\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9nergie. On aurait ainsi deux assembl\u00e9es, l&rsquo;une repr\u00e9sentant l&rsquo;ensemble de la population, l&rsquo;autre les Etats et r\u00e9gions, \u00e9lues au suffrage universel. Le corps \u00e9lectoral \u00e9lirait \u00e9galement un Pr\u00e9sident en charge d&rsquo;un ex\u00e9cutif responsable soit devant les assembl\u00e9es, soit devant le corps \u00e9lectoral, sur le mode du pouvoir pr\u00e9sidentiel \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine. Les citoyens \u00e9lecteurs, via notamment les partis politiques, seraient responsables en dernier ressort des choix de soci\u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes pouvoirs de la Communaut\u00e9 seraient tr\u00e8s \u00e9tendus, \u00e0 la hauteur de l&rsquo;ampleur des questions pos\u00e9es aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;Europe par la question de l&rsquo;\u00e9nergie et de ses utilisations. Leurs contenus et leur exercice seraient, dans les limites permises par la n\u00e9cessaire efficacit\u00e9 et continuit\u00e9 des prises de d\u00e9cisions, soumises r\u00e9guli\u00e8rement, comme nous venons de le voir, \u00e0 l&rsquo;approbation du corps \u00e9lectoral. Les choix et leur mise en oeuvre effective seraient \u00e9galement discut\u00e9s en permanence dans le cadre des r\u00e9seaux sociaux et de l&rsquo;Internet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes comp\u00e9tences de la Communaut\u00e9 recouvriraient d&rsquo;abord l&rsquo;ensemble des responsabilit\u00e9s de gestion des sources de production et des r\u00e9seaux de distribution actuellement assur\u00e9es par divers organismes publics ou priv\u00e9s au sein de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, en premier lieu les op\u00e9rateurs \u00e9lectriciens et gaziers. Ceux-ci seraient re-nationalis\u00e9s \u00e0 100% et par ailleurs soumis \u00e0 des contr\u00f4les techniques et de gestion ind\u00e9pendants tant des Etats que des int\u00e9r\u00eats industriels impliqu\u00e9s. Ces contr\u00f4les seraient particuli\u00e8rement pouss\u00e9s en ce qui concerne les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires g\u00e9r\u00e9s par ces organismes, ou les op\u00e9rations de d\u00e9mant\u00e8lement d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 propos de certains d&rsquo;entre eux. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons vu dans la pr\u00e9sente note que les solutions \u00e9nerg\u00e9tiques d&rsquo;avenir, entra\u00eenant de v\u00e9ritables changements de soci\u00e9t\u00e9, y compris en terme de centralisation des d\u00e9cisions, concerneront le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies nouvelles et corr\u00e9lativement, celui des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergies. On pourrait penser qu&rsquo;il serait alors contradictoire d&rsquo;en confier l&rsquo;impulsion d&rsquo;ensemble \u00e0 un organisme central, fut-il \u00e9lu et f\u00e9d\u00e9ral. Mais les politiques correspondantes exigeront la mobilisation de beaucoup de cr\u00e9dits publics et d&rsquo;\u00e9pargnes priv\u00e9es locales. Dans cet objectif, nous sugg\u00e9rerions de reprendre et sp\u00e9cialiser le projet de fonds europ\u00e9en d&rsquo;investissement strat\u00e9gique pr\u00e9sent\u00e9 dans nos contributions pr\u00e9c\u00e9dentes. Ces politiques demanderont aussi la mise en place de r\u00e9gulations d&rsquo;ordre public en mati\u00e8res de tarification, de fiscalit\u00e9, de protection aux fronti\u00e8res, de normes techniques&#8230; Tout ceci ne serait pas concevable en dehors d&rsquo;une autorit\u00e9 europ\u00e9enne unique, ayant \u00e0 la fois comp\u00e9tence technique, r\u00e9glementaire et diplomatique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce qui concernera l&rsquo;avenir, un tr\u00e8s important effort de recherche\/d\u00e9veloppement impliquant un grand nombre d&rsquo;universit\u00e9s, d&rsquo;organismes publics (tel le CEA en France) et d&rsquo;entreprises sera n\u00e9cessaire. Sa coordination devra \u00eatre assur\u00e9e au sein de programmes europ\u00e9ens sp\u00e9cifiques (beaucoup plus exigeants que ceux relevant actuellement de la recherche europ\u00e9enne financ\u00e9e par la Commission). Des budgets publics communs consid\u00e9rables devront y \u00eatre affect\u00e9s. Ce sera dans le cadre de ces actions que devront \u00eatre financ\u00e9s et d\u00e9cid\u00e9s les travaux int\u00e9ressant la fusion et le cas \u00e9ch\u00e9ant, les 4e et 5 g\u00e9n\u00e9rations de centrales nucl\u00e9aires civiles. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes comp\u00e9tences f\u00e9d\u00e9rales de la future Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie devraient aussi \u00eatre \u00e9tendues aux domaines r\u00e9galiens de la s\u00e9curit\u00e9, de la d\u00e9fense et de la n\u00e9gociation diplomatique avec les puissances extra-europ\u00e9ennes. Si les organes de la future Communaut\u00e9 ne se substituaient pas enti\u00e8rement \u00e0 ceux en charge de ces questions dans les Etats-membres ou dans l&rsquo;actuelle Union europ\u00e9enne, ils devraient tout au moins \u00eatre \u00e9troitement coordonn\u00e9es avec ces derniers. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn remarquera que nous n&rsquo;abordons pas ici la question cl\u00e9 de l&rsquo;avenir du nucl\u00e9aire en Europe, particuli\u00e8rement en France qui en a fait la source essentielle de production de son \u00e9nergie \u00e9lectrique. Dans l&rsquo;esprit de cette note, il s&rsquo;agirait en effet de questions \u00e0 traiter dans la cadre des comp\u00e9tences de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9nergie propos\u00e9e. Notre avis personnel sur la question, en l&rsquo;absence d&rsquo;une telle institution, n&rsquo;aurait gu\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat ici.<\/p>\n<h4>***<\/h4>\n<p>Les propositions ci-dessus seront accueillies avec le plus grand scepticisme. Comment, sur le plan de la pratique institutionnelle et politique, la Communaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9nergie envisag\u00e9e ici, pourrait-elle coexister avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne? Les zones de recouvrement de comp\u00e9tences, sinon de conflits, seront en effet nombreuses. Pourra-t-on compter sur le corps \u00e9lectoral pour les r\u00e9soudre?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus g\u00e9n\u00e9ralement, comment le maquis inextricable des int\u00e9r\u00eats nationalistes, corporatifs, technologiques, \u00e9conomiques et oligarchiques caract\u00e9risant le domaine de l&rsquo;\u00e9nergie en Europe pourrait-il tol\u00e9rer une r\u00e9forme constitutionnelle ayant pour premier objectif de diminuer les pouvoirs en place? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObservons seulement que si rien n&rsquo;\u00e9tait fait, nous pourrions dire adieu \u00e0 l&rsquo;avenir m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. <\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>1) R\u00e9f\u00e9rence. Jean-Paul Baquiast. \u00ab Le paradoxe du Sapiens \u00bb, JP. Bayol 2010<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2) Chronologiquement le fission des atomes de m\u00e9taux hyperlourds naturellement instables tels que le radium et l&rsquo;uranium a \u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e la premi\u00e8re. La fusion demandant beaucoup plus d&rsquo;\u00e9nergie ext\u00e9rieure a \u00e9t\u00e9 entreprise ensuite. Elle est loin d&rsquo;\u00eatre encore d&rsquo;\u00eatre ma\u00eetris\u00e9e, sauf dans les curs de bombes nucl\u00e9aires ou en laboratoire dans de tr\u00e8s petits volumes assurant le confinement et la pression n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3) Laurence C. Smith \u00ab The World in 2050 \u00bb Dutton 2010<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t4) Dont Martin Rees (<a href=\"http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2003\/avr\/rees.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2003\/avr\/rees.html<\/a>), James Lovelock ( <a href=\"http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2009\/mar\/lovelock.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2009\/mar\/lovelock.html<\/a>) et Jacques Blamont (<a href=\"http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2004\/sep\/blamont.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2004\/sep\/blamont.html<\/a>) &#8230;dont nous avions pr\u00e9sent\u00e9 les travaux. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t5) Interview de C. De Duve. <a href=\"http:\/\/www.newscientist.com\/article\/mg20928015.400-biology-nobelist-natural-selection-will-destroy-us.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.newscientist.com\/article\/mg20928015.400-biology-nobelist-natural-selection-will-destroy-us.html<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t6) Voir le livre de Herv\u00e9 Kempf, \u00ab L&rsquo;oligarchie c&rsquo;est fini \u00bb qui r\u00e9sume bien cette question d\u00e9terminantes des oligarchies prenant en mains l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te (<a href=\"http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2011\/mar\/kempf.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.automatesintelligents.com\/biblionet\/2011\/mar\/kempf.html<\/a>)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t7) L&rsquo;Agence internationale des \u00e9nergies renouvelables (Irena, <a href=\"http:\/\/www.irena.org\/\" class=\"gen\"> http:\/\/www.irena.org\/<\/a>) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au sein de l&rsquo;Onu en janvier 2009, sur une initiative allemande. Elle compte quelques 75 membres. Elle vient de tenir sa premi\u00e8re assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale les 4 et 5 avril \u00e0 Abou Dhabi. Lieu de nombreuses tensions, elle a \u00e9t\u00e9 en effet r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mirat p\u00e9trolier, avec l&rsquo;appui des Etats-Unis et de la France, ce qui compromet sa l\u00e9gitimit\u00e9. L&rsquo;Allemagne y reste pr\u00e9sente, par le Centre d&rsquo;innovation et de technologie implant\u00e9 \u00e0 Bonn. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t8) Wikipedia: <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ressources_et_consommation_%C3%A9nerg%C3%A9tiques_mondiales\" class=\"gen\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ressources_et_consommation_%C3%A9nerg%C3%A9tiques_mondiales<\/a>. Voir aussi l&rsquo;OCDE,  <a href=\"http:\/\/www.observateurocde.org\/news\/fullstory.php\/aid\/433\/_C9nergie_mondiale_.html\" class=\"gen\">http:\/\/www.observateurocde.org\/news\/fullstory.php\/aid\/433\/_C9nergie_mondiale_.html<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9) On \u00e9tudiera le sc\u00e9nario pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;association negaWatt qui, insiste \u00e0 juste titre, non seulement sur l&rsquo;appel aux \u00e9nergies renouvelables, mais sur les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie, sous la double forme de la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Mais telles qu&rsquo;expos\u00e9es par cette association, ces diff\u00e9rentes solutions ne semblent accessibles dans l&rsquo;imm\u00e9diat qu&rsquo;\u00e0 des pays ayant d\u00e9j\u00e0 une forte exp\u00e9rience industrielle et citoyenne, au rang desquels en Europe l&rsquo;Allemagne et les pays scandinaves. NegaWatt, <a href=\"http:\/\/www.negawatt.org\/\" class=\"gen\">http:\/\/www.negawatt.org\/<\/a>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t10). En avril 2011, fait significatif, la Grande Bretagne vient de proposer \u00e0 la France d&rsquo;\u00e9tudier une mise en commun des forces nucl\u00e9aires strat\u00e9giques des deux pays. Cela est pr\u00e9sent\u00e9 sous l&rsquo;angle des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle. Mais on notera qu&rsquo;aucun des deux pays n&rsquo;envisagerait pour cette raison de renoncer \u00e0 leur force de frappe. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t11) Iter, <a href=\"http:\/\/www.iter.org\" class=\"gen\">http:\/\/www.iter.org<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t12) CECA, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Communaut%C3%A9_europ%C3%A9enne_du_charbon_et_de_l%27acier\" class=\"gen\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Communaut%C3%A9_europ%C3%A9enne_du_charbon_et_de_l%27acier<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avenir du nucl\u00e9aire, avenir de l&rsquo;humanit\u00e9 L&rsquo;accident majeur qui vient de se produire \u00e0 Fukushima Dai-Ichi, dont l&rsquo;issu semble encore ind\u00e9termin\u00e9e, est consid\u00e9r\u00e9e par beaucoup d&rsquo;observateurs comme devant obliger l&rsquo;ensemble des pays du monde \u00e0 s&rsquo;interroger sur le recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Mais nous pensons qu&rsquo;il faut aller au del\u00e0. 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