{"id":72922,"date":"2011-04-13T12:52:35","date_gmt":"2011-04-13T12:52:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/13\/notes-sur-fukushima-le-reste-ddecrisis-1\/"},"modified":"2011-04-13T12:52:35","modified_gmt":"2011-04-13T12:52:35","slug":"notes-sur-fukushima-le-reste-ddecrisis-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/04\/13\/notes-sur-fukushima-le-reste-ddecrisis-1\/","title":{"rendered":"Notes sur Fukushima &amp; le reste (<em>dde.crisis<\/em>)"},"content":{"rendered":"<p><h2>Notes sur Fukushima &#038; le reste (<em>dde.crisis<\/em>)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le num\u00e9ro dat\u00e9 du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.edde.eu\/publication-ddecrisis_du_10_avril_2011.html\">10 avril 2011<\/a> de <em>dde.crisis<\/em> continue l&rsquo;exploration du ph\u00e9nom\u00e8ne des crises, de leur identification, de leurs encha&icirc;nements, de leurs proximit\u00e9s n\u00e9cessaires, de leurs destins, etc. Cet int\u00e9r\u00eat se justifie \u00e9videmment par le fait que \u00ab\u00a0la crise\u00a0\u00bb en tant que telle devient le mat\u00e9riau principal de la structure des relations internationales d&rsquo;un monde lui-m\u00eame plong\u00e9 dans la crise terminale du Syst\u00e8me. C&rsquo;est la crise de la centrale nucl\u00e9aire japonaise de Fukushima et tout ce qui l&rsquo;accompagne, pr\u00e9cis\u00e9ment sa cause et ses cons\u00e9quences, mais aussi ses correspondances avec la crise libyenne, qui forment le fil rouge de la chronique <em>de defensa<\/em> de ce num\u00e9ro.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;observation de ce cataclysme, qui pr\u00e9sente une succession de crises, doit se faire, dans notre chef, &laquo;<em>avec le regard le plus large possible, en nous r\u00e9f\u00e9rant aux choses les plus \u00e9lev\u00e9es possibles, et en refusant absolument de l&rsquo;extraire du contexte de la crise g\u00e9n\u00e9rale du Syst\u00e8me.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rien d&rsquo;\u00e9tonnant dans cette d\u00e9marche. Notre \u00e9tude constante des crises, \u00e9tude qui se fait selon une dynamique de l&rsquo;esprit avec pourtant l&rsquo;attention \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences fondamentales, de l&rsquo;ordre de la Tradition, implique une recherche n\u00e9cessaire de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des choses. Nous ne cherchons pas \u00e0 trouver dans ces \u00e9v\u00e9nements la d\u00e9monstration ou la cons\u00e9cration de th\u00e8ses et de th\u00e9ories produites uniquement par une intelligence qui ne se con\u00e7oit que dans l&rsquo;avancement vers la modernit\u00e9 toujours en mouvement, mais au contraire les signes d&rsquo;une rencontre avec une permanence que nous nous sommes d\u00e9shabitu\u00e9s \u00e0 deviner intuitivement comme essentielle, sinon vitale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>&hellip;Nous ne faisions que suivre, en cela, un mouvement de l&rsquo;\u00e2me que l&rsquo;on put ressentir sourdement \u00e0 cette occasion<\/em> [\u00e0 l&rsquo;occasion de cette crise de Fukushima]<em>. On notera alors qu&rsquo;en suivant cette voie qui s&rsquo;offre \u00e0 nous imp\u00e9rativement, &ndash; il est impensable en effet de ne pas d\u00e9crire ce cataclysme autrement qu&rsquo;en des termes qui l&rsquo;ins\u00e8rent dans la trag\u00e9die de ce temps m\u00e9tahistorique, &ndash; nous suivons \u00e9galement notre conception largement expos\u00e9e ces derniers mois dans diff\u00e9rentes livraisons de \u00ab\u00a0dde.crisis\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit de la voie de l&rsquo;eschatologisation, qui se fait dans les deux sens, des \u00e9v\u00e9nements humains vers l&rsquo;eschatologie, des \u00e9v\u00e9nements eschatologiques (le tremblement de terre et le tsunami) vers les \u00e9v\u00e9nements humains (la catastrophe nucl\u00e9aire et ce qui suit).<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Le Syst\u00e8me mis en accusation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Fukushima a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion de tour de passe-passe des \u00e9v\u00e9nements&hellip; Le Syst\u00e8me, en \u00ab\u00a0la personne\u00a0\u00bb du syst\u00e8me de la communication qui est sa courroie de transmission la plus flexible et la plus imprudente par rapport \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats, &ndash; ce pourquoi nous le d\u00e9signons souvent comme un Janus, &ndash; s&rsquo;est laiss\u00e9 pi\u00e9ger. Il s&rsquo;est emport\u00e9, emball\u00e9 devant l&rsquo;ampleur de la catastrophe (tremblement de terre + <em>tsunami<\/em>), pour cause de sensationnalisme et d&rsquo;humanitarisme, pour ne pas renouveler l&rsquo;erreur grossi\u00e8re de ses timidit\u00e9s afflictives qui avaient marqu\u00e9 son attitude face au <em>tsunami<\/em> gigantesque de d\u00e9cembre 2004.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Emport\u00e9 donc par cette affliction-turbo des premiers jours de la catastrophe, le syst\u00e8me de la communication n&rsquo;a pas appr\u00e9ci\u00e9 assez vite que la cause en passait de la catastrophe \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb (on verra plus loin pour les guillemets) \u00e0 la catastrophe nucl\u00e9aire de Fukushima, cons\u00e9quence directe de la pr\u00e9c\u00e9dence. Du coup, la m\u00e9ga affliction parut soudain report\u00e9e sur une catastrophe qui semblait ainsi mettre en cause un des fleurons du syst\u00e8me du technologisme, ce qu&rsquo;est la fili\u00e8re nucl\u00e9aire productrice d&rsquo;\u00e9nergie. Tout se passa alors comme si le Syst\u00e8me \u00e9tait mis en accusation&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;[L]<em>le syst\u00e8me de la communication a c\u00e9d\u00e9 au symbolisme de la catastrophe naturelle d&rsquo;une puissance formidable, presque surnaturelle, soudain prolong\u00e9e en une formidable catastrophe du Syst\u00e8me, dans un domaine si sp\u00e9cifique et terrifiant qu&rsquo;on peut l\u00e0 aussi croire \u00e0 sa dimension surnaturelle. L&rsquo;alliage presque intime de ces deux \u00e9v\u00e9nements fournit la mati\u00e8re au symbolisme et \u00e0 la sp\u00e9culation dont il apparut aussit\u00f4t \u00e9vident qu&rsquo;elle conduirait le commentaire et la r\u00e9flexion vers des perspectives catastrophiques pour l&rsquo;ensemble des choses, et pour le Syst\u00e8me lui-m\u00eame. Aussit\u00f4t, aussi vite que l&rsquo;interpr\u00e9tation catastrophiste avec ce potentiel de mise en cause du Syst\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e, on fit machine arri\u00e8re&hellip;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Mais trop tard, le \u00ab\u00a0machine arri\u00e8re\u00a0\u00bb. (Et pr\u00e9cisons aussit\u00f4t que cette description du Syst\u00e8me pi\u00e9g\u00e9, faisant machine arri\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire faisant passer Fukushima en pages int\u00e9rieures de sa presse-<em>Pravda<\/em> tandis que l&rsquo;opportune sottise de la \u00ab\u00a0crise libyenne\u00a0\u00bb, cet esp\u00e8ce de hochet pour le citoyen-Syst\u00e8me BHL-Sarko, prenait sa place en \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb [les 18-19 mars], n&rsquo;est pas une image pour figurer un complot humain, trop humain. Nous parlons d&rsquo;automatismes de comportement car c&rsquo;est ainsi que fonctionnent nos diff\u00e9rentes \u00e9lites robotis\u00e9es.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>De Lisbonne-1755 \u00e0 Fukushima-2011<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Trop tard, car la crise de Fukushima \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 impr\u00e9gn\u00e9e du formidable symbolisme qui en est la marque indubitable, &ndash; des rapports du nucl\u00e9aire avec le Japon, \u00e0 la question de la production de l&rsquo;\u00e9nergie coinc\u00e9e entre les deux termes d&rsquo;une alternative enti\u00e8rement catastrophique (nucl\u00e9aire ou fossiles combustibles) selon la perception de notre psychologie chauff\u00e9e \u00e0 blanc&hellip; Donc, la crise \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9e, \u00e9tiquet\u00e9e, emball\u00e9e et \u00e9lev\u00e9e au grade de crise majeure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>La puissance symbolique de la catastrophe japonaise appara&icirc;t ainsi, dans son d\u00e9tail, comme sans gu\u00e8re de pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;\u00e9poque de la modernit\u00e9. Elle supplante largement celle du tremblement de terre de Lisbonne qui, en 1755, avait donn\u00e9 une force extr\u00eame \u00e0 la r\u00e9flexion, celle de Voltaire en t\u00eate, du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res annon\u00e7ant la modernit\u00e9 et la mise en accusation de Dieu par le fait du d\u00e9cha&icirc;nement de la mati\u00e8re; mais elle le supplante, on le comprend bien, en offrant une interpr\u00e9tation absolument contraire. Le monstre Fukushima est accouch\u00e9 des effets de la pens\u00e9e f\u00e9cond\u00e9e par Lisbonne, offrant le symbolisme de la perversion de cette pens\u00e9e et de la destruction v\u00e9hicul\u00e9e par les effets de cette perversion.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>La r\u00e9f\u00e9rence Tchernobyl<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, Tchernobyl fut aussit\u00f4t dans tous les esprits. Il s&rsquo;agissait, pour les bons esprits, de la mise en proc\u00e8s du nucl\u00e9aire au travers de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la plus grande catastrophe du genre. C&rsquo;est oublier, au contraire de ceux qui ont v\u00e9cu cette \u00e9poque (avril 1986 et la suite) que Tchernobyl fut une catastrophe universelle, en ce sens qu&rsquo;elle fut une catastrophe nucl\u00e9aire qui mettait en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;effondrement d&rsquo;un syst\u00e8me qu&rsquo;on croyait acquis pour mille ans. Cela, d&rsquo;autant plus que le dynamiteur Gorbatchev fut aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre pour exploiter la chose au profit de sa <em>glasnost<\/em>, comme l&rsquo;on se saisit d&rsquo;un marteau pour frapper&hellip; Ainsi Gorbatchev usa-t-il de Tchernobyl pour attaquer et mettre \u00e0 bas un syst\u00e8me, sugg\u00e9rant que Fukushima pourrait faire de m\u00eame, &ndash; pour <strong>le<\/strong> Syst\u00e8me cette fois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Gorbatchev s&rsquo;appuya sur Tchernobyl pour porter un coup terrible \u00e0 la bureaucratie militaris\u00e9e du syst\u00e8me, qui avait montr\u00e9 son incomp\u00e9tence \u00e0 l&rsquo;occasion de la catastrophe. A partir d&rsquo;avril 1986, la glasnost passa \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure et, comme si elle \u00e9tait anim\u00e9e de sa puissance et de son ambition propres, mit en cause le syst\u00e8me, &ndash; aussi bien sa puissance strat\u00e9gique, sa jactance id\u00e9ologique, que le saccage environnemental auquel il pr\u00e9sidait. Cela vaut tous les proc\u00e9s du monde des \u00e9cologistes contre le nucl\u00e9aire, ces proc\u00e8s qui ont le vice de saucissonner le probl\u00e8me et d&rsquo;exempter le Syst\u00e8me de la condamnation g\u00e9n\u00e9rale et sans appel qui peut, seule, avoir raison de lui. Par contre, l&rsquo;utilit\u00e9 de la dimension nucl\u00e9aire de Tchernobyl fut qu&rsquo;elle contribua encore plus \u00e0 la d\u00e9marche en lui donnant une dimension symbolique exceptionnelle; il s&rsquo;agit de la m\u00eame qui, au travers de Fukushima, devrait nous pousser \u00e0 consid\u00e9rer que la logique extr\u00eame du syst\u00e8me du technologisme est la destruction du monde; dans ce cas, le nucl\u00e9aire n&rsquo;est pas une exception d\u00e9testable mais, justement, l&rsquo;expression de cette extr\u00e9mit\u00e9.<\/em> [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>&hellip;Pourtant, Fukushima avait \u00e9voqu\u00e9 pour nous, par les manquements divers que la crise mit en valeur, une v\u00e9ritable crise du Syst\u00e8me: anarchie des r\u00e9actions des bureaucraties et du pouvoir politique, dilution de la responsabilit\u00e9 collective du pouvoir politique \u00e0 la souverainet\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e, exacerbation de l&rsquo;individualisme et des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, dissimulation de la r\u00e9alit\u00e9 par le pouvoir politique et le corporate power, mise en \u00e9vidence des erreurs et des tromperies de gestion et d&rsquo;organisation dues aux pratiques habituelles du capitalisme. Comme Tchernobyl, Fukushima est \u00e9galement une crise universelle, qui frappe un syst\u00e8me, &ndash; le Syst\u00e8me ultime, &ndash; et non pas seulement la branche du Syst\u00e8me \u00e0 laquelle il \u00e9marge.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Le poids de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On conna&icirc;t l&rsquo;intrusion de la classification de notre \u00e9poque en une p\u00e9riode g\u00e9ologique exceptionnelle, l&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sous_le_regard_de_l_anthropocene_05_04_2011.html\">\u00e8re de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne<\/a>. Et l&rsquo;on conna&icirc;t la remarque de l&rsquo;environnementaliste Bill McKibben, observant qu&rsquo;\u00e0 cause de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne qui induit que les conditions naturelles du monde sont d\u00e9structur\u00e9es par l&rsquo;action humaine, donc qu&rsquo;on peut consid\u00e9rer qu&rsquo;il y a de la manufacture humaine dans la catastrophe japonaise (tremblement de terre + <em>tsunami<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire Fukushima au bout de la cha&icirc;ne : &laquo;<em>We are remaking the world, and quickly; we are stumbling into a new way of thinking about disaster, where neither God nor nature,<\/em> <strong><em>but man is to blame.<\/em><\/strong>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La cause de tout cela n&rsquo;est pas qu&rsquo;il y aura un proc\u00e8s et une mise en accusation ; le proc\u00e8s est d\u00e9j\u00e0 fait, et tranch\u00e9 depuis belle lurette. Il y aura essentiellement une crise de la psychologie, car notre culpabilit\u00e9 est un insupportable fardeau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>La catastrophe qui, aujourd&rsquo;hui, frappe l&rsquo;univers sous la forme de l&rsquo;agression du Syst\u00e8me port\u00e9e \u00e0 son terme, est de plus en plus mise au passif de l&rsquo;homme lui-m\u00eame, comme initiateur du Syst\u00e8me, alors qu&rsquo;il est \u00e9vident qu&rsquo;il n&rsquo;en est que le complice par vanit\u00e9 et aveuglement, et la victime \u00e9galement. Cette situation conduit la psychologie humaine d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame de son \u00e9puisement, devant l&rsquo;accusation qui est faite de la responsabilit\u00e9 humaine dans la catastrophe du Syst\u00e8me de la modernit\u00e9, alors que sa position de l&rsquo;homme est celle du complice par aveuglement et de la victime. La crise existentielle de la psychologie humaine devient une perspective in\u00e9vitable.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>L&#8217;embrasement de la psychologie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous \u00e9largissons l&rsquo;objet \u00e9tudi\u00e9 en adjoignant la crise libyenne \u00e0 la crise de Fukushima, par le biais ainsi mis en \u00e9vidence de la psychologie. C&rsquo;est en effet l&rsquo;action sur la psychologie et l&rsquo;interpr\u00e9tation par la psychologie de ces crises qui importent, en donnant leur vraie importance \u00e0 ces crises. Peu importe, dans ce cas qui est essentiel, le contenu de ces crises, et importent essentiellement leur dynamique, leur rythme, avec leur influence sur la psychologie. Ainsi, la crise libyenne peut-elle \u00eatre \u00e9videmment assimil\u00e9e \u00e0 la crise de Fukushima, comme \u00e0 toute autre dans ce cas ; c&rsquo;est la dynamique et le rythme du temps m\u00e9tahistorique qui ont chang\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chaque psychologie est paradoxalement appr\u00eat\u00e9e et rendue plus r\u00e9ceptive par l&rsquo;individualisme impos\u00e9 par le Syst\u00e8me pour fragmenter le corps social et nourrie dans ce sens par la formidable puissance du syst\u00e8me de la communication ; elle est pr\u00eate \u00e0 s&rsquo;impr\u00e9gner de la puissance formidable de la crise du Syst\u00e8me. Chaque psychologie fait de la crise du Syst\u00e8me sa propre crise existentielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Notre hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale est que la psychologie est aujourd&rsquo;hui directement confront\u00e9e aux conditions du monde, notamment par les conditions d&rsquo;isolement et de rupture du lien social que cr\u00e9e l&rsquo;individualisme \u00e0 outrance, notamment par la puissance de la pression sur la psychologie qu&rsquo;exerce le flot massif et<\/em> <strong><em>sp\u00e9cifique<\/em><\/strong> <em>(on veut dire structur\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9senter l&rsquo;apparence d&rsquo;une essence propre) du syst\u00e8me de la communication. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle est directement confront\u00e9e \u00e0 la crise du monde, jusqu&rsquo;\u00e0 une situation o&ugrave; chaque psychologie fait de la crise du monde collective sa propre crise individuelle. Dans les cas que nous d\u00e9crivons, qui font naturellement partie du ph\u00e9nom\u00e8ne de la crise du monde en pleine \u00e9volution catastrophique, chaque psychologie individuelle est donc plac\u00e9e devant l&rsquo;intrusion en elle-m\u00eame de la folie du monde.<\/em> [&hellip;] <em>Ainsi la psychologie individuelle \u00ab\u00a0collectivis\u00e9e\u00a0\u00bb s&#8217;embrase-t-elle&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation devient totalement celle d&rsquo;un retournement de quelques-unes des armes favorites du Syst\u00e8me contre lui-m\u00eame, en donnant aux individus la conscience de la dimension de la crise du Syst\u00e8me. &laquo;<em>L&rsquo;hyper-individualisme impos\u00e9 par le Syst\u00e8me a n\u00e9cessit\u00e9 un syst\u00e8me de communication si avanc\u00e9 qu&rsquo;il finit par \u00eatre une chose en soi, capable des effets les plus \u00e9labor\u00e9s. Il p\u00e9n\u00e8tre dans les psychologies individualis\u00e9es et y installe une perception tr\u00e8s aig\u00fce de la situation du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la crise terminale du Syst\u00e8me. L&rsquo;arme de l&rsquo;individualisme est alors retourn\u00e9e contre le Syst\u00e8me puisqu&rsquo;un sentiment collectif d&rsquo;une puissance inou\u00efe de la crise du Syst\u00e8me s&rsquo;installe dans les psychologies.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>L&rsquo;Histoire et le surhumain<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En orientant notre observation vers un niveau sup\u00e9rieur, nous observons que ces circonstances tendent \u00e0 faire de l&rsquo;Histoire une chose de plus en plus diff\u00e9rente, \u00e9chappant de plus en plus aux acteurs humains, &ndash; qui pourtant restent complices, par le biais de leur raison subvertie, de l&rsquo;activit\u00e9 du Syst\u00e8me. Les <em>sapiens<\/em> continuent \u00e0 penser l&rsquo;Histoire en cours en termes de signification humaine, alors que leur comportement enl\u00e8ve tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette signification, alors que s&rsquo;impose l&rsquo;importance du rythme et de la dynamique d&rsquo;une bataille \u00ab\u00a0surhumaine\u00a0\u00bb entre les forces m\u00e9tahistoriques et le Syst\u00e8me. Ainsi appara&icirc;t un domaine m\u00e9tahistorique qu&rsquo;il importerait de d\u00e9signer comme un aspect \u00ab\u00a0surhumain\u00a0\u00bb de l&rsquo;Histoire, qui devient la v\u00e9ritable Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Qui ne sent combien, en sacrifiant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel et l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment spatial au rythme et \u00e0 la dynamique de la pouss\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment temporel, on se trouve conduit \u00e0 la rencontre du v\u00e9ritable enjeu, qui est cet affrontement entre le Syst\u00e8me et les forces m\u00e9tahistoriques lanc\u00e9es contre lui. S&rsquo;il y a un \u00ab\u00a0sens de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, on comprend qu&rsquo;il est temporel et non spatial, qu&rsquo;il concerne la signification de la bataille en cours qui est toute dynamique, et non pas le sens politique qu&rsquo;impliqueraient l&rsquo;affrontement et son issue. Il n&rsquo;importe plus de \u00ab\u00a0comprendre\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e9nements devenus incompr\u00e9hensibles (ou bien, leur compr\u00e9hension \u00e9tant sans le moindre int\u00e9r\u00eat), il importe de les ressentir et de les deviner intuitivement, et cela ne peut se faire qu&rsquo;en observant et en \u00e9pousant le rythme, la dynamique et la puissance des forces en cause.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Perspective du surhumain<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La question du \u00ab\u00a0surhumain\u00a0\u00bb est int\u00e9ressante. Le Syst\u00e8me avait tout pour \u00eatre \u00ab\u00a0surhumain\u00a0\u00bb, donc pour infecter cette notion spatiale de l&rsquo;univers du mal absolu dont il est porteur. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, ou plut\u00f4t il a bifurqu\u00e9 vers un autre d\u00e9veloppement. En subvertissant la raison humaine, le Syst\u00e8me est devenu, lui-m\u00eame, \u00ab\u00a0humain, trop humain\u00a0\u00bb ; en s&rsquo;imposant comme dictateur absolu du monde humain, sous le masque de la modernit\u00e9, il a abandonn\u00e9 toute possibilit\u00e9, tout droit \u00e0 la surhumanit\u00e9. Les syst\u00e8mes du technologisme et de la communication qui le charpentent et le structurent sont, eux aussi, des manifestations humaines, compr\u00e9hensibles par la seule rationalit\u00e9, et attach\u00e9s \u00e0 cette dimension. Ainsi le Syst\u00e8me laisse-t-il le champ libre pour la surhumanit\u00e9, qui reste \u00e0 s&rsquo;organiser formellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour clore cette chronique, nous nous arr\u00eatons effectivement \u00e0 la question du \u00ab\u00a0surhumain\u00a0\u00bb. Bien entendu, nous entendons un autre concept que celui de Nietzsche, en proposant qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de filiation int\u00e9rieure avec l&rsquo;\u00eatre humain (&laquo;[C]<em> comment l&rsquo;\u00eatre humain, qui conduit le monde au d\u00e9sastre dans des conditions o&ugrave; il perd toute capacit\u00e9 de contr\u00f4le, pourrait-il pr\u00e9tendre faire sortir de lui-m\u00eame et du monde qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 les conditions de son d\u00e9passement de soi, &ndash; sinon, \u00e9ventuellement, cul par-dessus t\u00eate, vers le bas, vers la Chute?<\/em>&raquo;)&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Les conditions que nous avons d\u00e9crites, notamment avec la formation d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 du monde hors d&rsquo;atteinte d&rsquo;une communaut\u00e9 humaine \u00e0 la d\u00e9rive si elle reste accroch\u00e9e \u00e0 ses chim\u00e8res de communication et ses illusions de puissance (technologisme), sugg\u00e8rent que la notion de surhumanit\u00e9 devrait \u00eatre plut\u00f4t recherch\u00e9e dans le lien \u00e0 r\u00e9tablir avec cette v\u00e9rit\u00e9 du monde en train de se former dans un monde \u00ab\u00a0parall\u00e8le\u00a0\u00bb \u00e0 notre univers agonisant. La surhumanit\u00e9 deviendrait alors la transmutation humble du sapiens dans les conditions hautes du monde, par contraste d\u00e9cisif et antagoniste avec la bassesse de l&rsquo;univers que le m\u00eame sapiens pr\u00e9tend conduire et qu&rsquo;il a contribu\u00e9 \u00e0 forger.<\/em>&raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur Fukushima &#038; le reste (dde.crisis) Le num\u00e9ro dat\u00e9 du 10 avril 2011 de dde.crisis continue l&rsquo;exploration du ph\u00e9nom\u00e8ne des crises, de leur identification, de leurs encha&icirc;nements, de leurs proximit\u00e9s n\u00e9cessaires, de leurs destins, etc. Cet int\u00e9r\u00eat se justifie \u00e9videmment par le fait que \u00ab\u00a0la crise\u00a0\u00bb en tant que telle devient le mat\u00e9riau principal&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[11030,3015,8254,2631,2651,2622,7157,3004,11031,11032,3014,7203,4268],"class_list":["post-72922","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-11030","tag-communication","tag-dde-crisis","tag-de","tag-du","tag-la","tag-lisbonne","tag-nucleaire","tag-surhumain","tag-surhumanite","tag-systeme","tag-tchernobyl","tag-technologisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72922","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72922"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72922\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72922"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72922"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72922"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}