{"id":73141,"date":"2011-07-04T09:35:43","date_gmt":"2011-07-04T09:35:43","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/04\/les-convergences-de-lapocalisme\/"},"modified":"2011-07-04T09:35:43","modified_gmt":"2011-07-04T09:35:43","slug":"les-convergences-de-lapocalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/04\/les-convergences-de-lapocalisme\/","title":{"rendered":"Les convergences de l&rsquo;\u201capocalisme\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les convergences de l&rsquo;apocalisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t4 juillet 2011  Il y a ce qu&rsquo;on pourrait nommer un sentiment d&rsquo;apocalypse, ou, pour trouver un n\u00e9ologisme d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9, une sorte d&rsquo;attitude ou de tendance qu&rsquo;on nommerait apocalisme. Les caract\u00e9ristiques du temps historique sembleraient y inviter, cela propos\u00e9 comme un jugement au moins euph\u00e9mistique. Un article publi\u00e9 par <a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.com\/robert-koehler\" class=\"gen\">Robert C. Koehler<\/a>, le <a href=\"http:\/\/www.commondreams.org\/view\/2011\/06\/30-8?print\" class=\"gen\">30 juin 2011<\/a> sur <em>CommonDreams.org<\/em>, ouvre et suscite des perspectives et des r\u00e9flexions int\u00e9ressantes, qui permettent de se d\u00e9gager des pesanteurs sarcastiques, \u00e9ventuellement sardoniques, qui s&rsquo;attachent en g\u00e9n\u00e9ral au commentaire de cette sorte de sujet En d&rsquo;autres termes, cette question : peut-on parler <strong>s\u00e9rieusement<\/strong> de ce sentiment d&rsquo;apocalypse ou d&rsquo;apocalisme ? (<em>Dito<\/em>,  s\u00e9rieusement, c&rsquo;est-\u00e0-dire en \u00e9cartant, au d\u00e9part, les normes de la modernit\u00e9 et de sa critique r\u00e9ductionniste, fascin\u00e9e par la chute dans la bassesse ; par cons\u00e9quent en \u00e9vitant le discr\u00e9dit r\u00e9ducteur du sarcasme \u00e9ventuellement sardonique, pour ensuite d\u00e9velopper une r\u00e9flexion int\u00e9ressante apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre ainsi \u00e9vad\u00e9 de cette prison arbitraire et ill\u00e9gale de la dialectique moderniste r\u00e9duite au ricanement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKoehler d\u00e9marre son propos en citant une phrase d&rsquo;un tract des T\u00e9moins de J\u00e9hovah : \u00ab<em>All the evidence shows that we are nearing the end of man&rsquo;s tragic experiment in independence from God.<\/em>\u00bb Il d\u00e9veloppe ensuite la remarque que cette affirmation, compl\u00e8tement li\u00e9e \u00e0 des jugements sceptiques pour le moins, ironiques et pleins de d\u00e9rision plus g\u00e9n\u00e9ralement pour leurs auteurs, n&rsquo;en rencontre pas moins dans l&rsquo;esprit, dans une \u00e9volution compl\u00e8tement contraire, d&rsquo;autres jugements venus de milieux et de modes de pens\u00e9e compl\u00e8tement diff\u00e9rents sinon antagonistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>There are other ways to express the urgency of our situation, leaving God out of it. An eco-conscious soul might warn that the human species must reconnect with indigenous wisdom and the circle of life. But no matter. What strikes me is the growing recognition, in so many quarters, of the unsustainability of our global culture and the need for, and inevitability of, profound change.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Indeed, it&rsquo;s more than mere recognition  it&rsquo;s a primal disorientation. The culture of moneyed interests, war and techno-diversion, which is global in scope, is killing us at the same time that its media apologists, and the anonymous experts and authorities they quote, reassure us that everything is fine and under control.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>I think the Christian End Times movement (the message of my Jehovah&rsquo;s Witness tract), the growing buzz over the Mayan calendar prediction (we shift into a new age on Dec. 21, 2012 . . . you can even order end-of-world mugs and T-shirts) and the science-based urgency of climate-change warnings all emanate from the same rawly intuitive sense: An unprecedented planetary shift is under way, which we can aggravate and perhaps turn into Armageddon if we continue ignoring our own thoughtless contributions to the situation.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe propos g\u00e9n\u00e9ral se r\u00e9sume finalement \u00e0 une analogie r\u00e9sumant l&rsquo;id\u00e9e que nous avons propos\u00e9e ci-dessus<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>All the evidence shows that we are nearing the end of man&rsquo;s tragic experiment in independence from God.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Here&rsquo;s another way this thought gets put: The world&rsquo;s oceans are faced with an unprecedented loss of species comparable to the great mass extinctions of prehistory, a major report suggests today. The seas are degenerating far faster than anyone has predicted, the report says, because of the cumulative impact of a number of severe individual stresses, ranging from climate warming and sea-water acidification, to widespread chemical pollution and gross overfishing.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Thus began an article last week in the U.K.&rsquo;s Independent by environment editor Michael McCarthy, on the recently issued report of a panel of leading marine scientists convened in Oxford earlier this year by the International Programme on the State of the Ocean and the International Union for the Conservation of Nature.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA ce point, nous avan\u00e7ons deux pr\u00e9cisions qui seront exemplaires, pouvant s&rsquo;appliquer \u00e0 d&rsquo;autres cas similaires, aussi bien qu&rsquo;aux deux r\u00e9actions d\u00e9taill\u00e9es, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;analogie que Koehler fait entre elles deux. La premi\u00e8re de ces deux pr\u00e9cisions est que nous n&rsquo;avons rien de commun avec l&rsquo;attitude de discipline aveugle, la foi d\u00e9vorante et assur\u00e9e, l&rsquo;ent\u00eatement pros\u00e9lyte infatigable, l&rsquo;esp\u00e8ce de possession tranquille et jug\u00e9e vertueuse qu&rsquo;on subit, qui caract\u00e9risent les T\u00e9moins de J\u00e9hovah. La seconde est que nous n&rsquo;avons rien de commun avec une fonction qui affiche hautement ses vertus pour d\u00e9noncer dans les termes les plus vifs une situation qui le m\u00e9rite bien, mais qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rendue possible que par le d\u00e9veloppement exponentiels des m\u00e9canismes et des processus dont cette m\u00eame fonction porte la responsabilit\u00e9. (Tout scientifique,  c&rsquo;est de la fonction scientifique moderne que nous parlons,  qui s&rsquo;alarme \u00e0 juste titre de l&rsquo;\u00e9volution des choses porte ce fardeau, \u00e0 l&rsquo;image du groupe de physiciens de g\u00e9nie inspir\u00e9 par Einstein et men\u00e9 par Oppenheimer, qui s&rsquo;exclama, lors de la premi\u00e8re explosion atomique  : mon Dieu qu&rsquo;avons-nous fait !,  et qui, d&rsquo;ailleurs, ne re\u00e7ut nulle r\u00e9ponse de Dieu, sinon, pour certains d&rsquo;entre eux, celle d&rsquo;une angoisse m\u00e9taphysique qui ne devait plus jamais les laisser en paix.) Nous ne condamnons aucun de ces deux groupes, en aucune fa\u00e7on, mais nous constatons que nous n&rsquo;en faisons pas partie et, pour le cas de cette analyse, nous nous for\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence \u00e0 leur \u00e9gard. Cette objectivation forc\u00e9e et temporaire, qui ne contient aucun jugement r\u00e9p\u00e9tons-le, nous para\u00eet n\u00e9cessaire pour poursuivre notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, il y a une situation sans doute proche d&rsquo;\u00eatre unique dans cette convergence d&rsquo;avis, de sentiments intuitifs, d&rsquo;alarmes fondamentales et objectivement document\u00e9es, sur le devenir, \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance de plus en plus proche, de cette contre-civilisation. Cette convergence \u00e9mane de groupes que tout s\u00e9pare dans leur constitution, leurs convictions et leurs croyances, leurs raisons d&rsquo;\u00eatre et leurs perceptions du monde. Lorsqu&rsquo;un philosophe diablement exp\u00e9riment\u00e9 et au caract\u00e8re certainement teint\u00e9 d&rsquo;amertume comme R\u00e9gis Debray \u00e9crit <em>Du bon usage des catastrophes<\/em>, il ouvre sans s&rsquo;en douter, ou poursuit en s&rsquo;en doutant pr\u00e9cis\u00e9ment bien s\u00fbr, un d\u00e9bat int\u00e9ressant dont les d\u00e9veloppements devraient s&rsquo;av\u00e9rer embarrassants pour la raison elle-m\u00eame et le soi-disant bon sens qui l&rsquo;accompagne fid\u00e8lement ,  le tout r\u00e9sum\u00e9 par la formule devenue extr\u00eamement suspecte depuis <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_de_la_raison_humaine_ddecrisis_18_07_2010.html\" class=\"gen\">deux si\u00e8cles<\/a> du il faut savoir raison garder,  dont le m\u00eame philosophe s&rsquo;institue <em>de facto<\/em> le d\u00e9fenseur autant que le promoteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Voir par exemple la critique de ce livre dans <em>Le Point<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/livres\/regis-debray-contre-les-prophetes-de-malheur-09-06-2011-1341178_37.php\" class=\"gen\">9 juin 2011<\/a>. Ce magazine hautement repr\u00e9sentatif de notre civilisation,  sans contre-, pour l&rsquo;occasion,  l&rsquo;approuve sans r\u00e9serve, ce qui est un peu inqui\u00e9tant pour R\u00e9gis : \u00ab<em> R\u00e9gis Debray contre les proph\u00e8tes de malheur<\/em> [] <em>Dans Du bon usage des catastrophes (Gallimard), le philosophe condamne le pr\u00eat-\u00e0-penser apocalyptique<\/em>\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPoursuivons en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 cette phrase qui a toutes les raisons d&rsquo;\u00eatre dans ce d\u00e9bat, contre les proph\u00e8tes de malheur Le probl\u00e8me tr\u00e8s sp\u00e9cifique \u00e0 notre \u00e9poque, en effet, est que les proph\u00e8tes de malheur ne constituent pas un groupe autonome, identifiable et pourvu du m\u00eame pr\u00eat-\u00e0-penser, comme ils disent, mais d&rsquo;une multitude extr\u00eamement composite, qui se recrute un peu partout. Le probl\u00e8me est que cette multitude est compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;origines tr\u00e8s diverses, comme on a vu plus haut, dont une part <strong>tr\u00e8s importante<\/strong> est faite de cohortes d&rsquo;honorables savants et de repr\u00e9sentants non moins respectables de la raison, brusquement pr\u00e9cipit\u00e9s dans l&rsquo;enfer des proph\u00e8tes de malheur. C&rsquo;en est au point qu&rsquo;il faut bien constater ce probl\u00e8me que ceux qui se dressent contre les proph\u00e8tes de malheur,  sauf le philosophe, blanc comme neige,  sont plus qu&rsquo;\u00e0 leur tour, disons euph\u00e9mistiquement, parfois suspects. Faut-il citer le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-ma_planete_pour_exxon_mobil_ou_vice-versa_30_06_2011.html\" class=\"gen\">Dr. Soon<\/a>, qui re\u00e7oit $1 million en dix ans, de Exxon Mobil, pour n&rsquo;\u00eatre pas proph\u00e8te de malheur dans le domaine de la crise climatique, ce qui fait cher la vertu ; ou bien Exxon Mobil soi-m\u00eame ; ou bien les lobbies de Washington, grassement pay\u00e9s par l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re ; ou bien, les excit\u00e9s de l&rsquo;ultra-droite US,  les id\u00e9ologues de l&rsquo;hyper-lib\u00e9ralisme ou les allum\u00e9s de certains populisme am\u00e9ricanistes Comme un chat n&rsquo;y retrouverait pas ses petits, on doute que le philosophe y retrouve les siens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, on se bouscule au portillon des proph\u00e8tes de malheur, et cela est une occurrence pour le moins inhabituelle. Qui plus est, et comme signe \u00e0 la fois de la vigueur du sentiment et de son incontestable universalit\u00e9, voire de sa modernit\u00e9 (!), ceux qui se bousculent au portillon sacrifient en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;un des travers le plus courant de cette modernit\u00e9 qui est le cloisonnement. Ils voient tous l&rsquo;apocalypse mais ils ne voient pas tous la m\u00eame apocalypse. (Ils voient l&rsquo;apocalypse financi\u00e8re, environnementale, technologique, \u00e9nerg\u00e9tique, alimentaire, d\u00e9mographique, etc.) Cela signifie que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;apocalypse n&rsquo;est absolument pas du pr\u00eat-\u00e0-penser, mais, exactement le contraire, la conclusion impos\u00e9e par les divers constats fractionnels et cloisonn\u00e9s qui sont faits d&rsquo;une \u00e9volution vers la catastrophe pour chacun des domaines envisag\u00e9s. Chacun, cloisonn\u00e9 dans son domaine, comme s&rsquo;entend \u00e0 l&rsquo;imposer le Syst\u00e8me, conclut \u00e0 l&rsquo;apocalypse dans son domaine, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 former, par simple \u00e9volution logique, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;apocalypse g\u00e9n\u00e9rale Ainsi la cohorte des gens s\u00e9rieux, raisonnables, brillants et avanc\u00e9s, rejoint-elle celle des T\u00e9moins de J\u00e9hovah.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre aspect, compl\u00e9mentaire du pr\u00e9c\u00e9dent et qui apporte quelque g\u00eane suppl\u00e9mentaire aux chasseurs de proph\u00e8tes du malheur, c&rsquo;est le m\u00e9lange des genres. En g\u00e9n\u00e9ral, le proph\u00e8te du malheur, pour bien figurer comme cible de la critique moderniste, devrait se cantonner aux catastrophes naturelles (cela, d&rsquo;autant plus que les religions pr\u00e9sentent effectivement les soubresauts de l&rsquo;Apocalypse sous cet aspect) ; il est alors plus facile de ridiculiser sa pr\u00e9tention \u00e0 faire de ces catastrophes naturelles des signes d&rsquo;une quelconque col\u00e8re divine, annonciatrice de l&rsquo;Apocalypse ; encore plus facile et arrangeant, qu&rsquo;il ne s&rsquo;y trouve aucune mise en cause de la modernit\u00e9 et de ses \u00e9tincelantes merveilles, uvre de <em>sapiens<\/em> et de sa raison humaine. Le probl\u00e8me qui complique diablement la t\u00e2che des critiques de ce qu&rsquo;on nommerait effectivement apocalisme pour d\u00e9signer cette tendance,  plut\u00f4t que catastrophisme, justement,  c&rsquo;est ce que nous nommons l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_la_chaine_crisique_au_temps_crisique__24_02_2011.html\" class=\"gen\">eschatologisation<\/a> des crises. Concr\u00e8tement il s&rsquo;agit de l&rsquo;int\u00e9gration de plus en plus grande entre catastrophes naturelles et crises humaines,  qu&rsquo;on pourrait aussi bien nommer catastrophes humaines, tandis que les catastrophes naturelles ont de plus en plus des allures de crises. La crise climatique, dans le cadre de la crise environnementale avec la question de la responsabilit\u00e9 humaine, est le grand th\u00e8me de cette \u00e9volution ; <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sous_le_regard_de_l_anthropocene_05_04_2011.html\" class=\"gen\">Fukushima<\/a> est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement le plus r\u00e9cent \u00e0 rencontrer cette int\u00e9gration : une catastrophe naturelle (un tremblement de terre d\u00e9clenchant un <em>tsunami<\/em>, d&rsquo;ailleurs l&rsquo;un et l&rsquo;autre peut-\u00eatre influenc\u00e9s par la crise environnementale) prenant des allures apocalyptiques \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment humain, trop humain (technologisme), des centrales nucl\u00e9aires touch\u00e9es par le s\u00e9isme Ainsi la cohorte des gens s\u00e9rieux, raisonnables, brillants et avanc\u00e9s, rejoint-elle encore plus celle des T\u00e9moins de J\u00e9hovah.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela ne nous dit rien de pr\u00e9cis de plus \u00e0 propos de cohortes des gens s\u00e9rieux ou des T\u00e9moins de J\u00e9hovah, mais beaucoup \u00e0 propos de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;apocalypse dans le cadre du temps historique pr\u00e9sent. Cela nous conduit \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;apocalypse une valeur intrins\u00e8que, <em>per se<\/em>, une valeur substantielle et une essence indiscutable, alors que les chasseurs de proph\u00e8tes du malheur en font le simple produit de psychologies excessives ou allum\u00e9es et ne s&rsquo;int\u00e9ressent qu&rsquo;aux r\u00e9cipiendaires de ces psychologies. (Vieille habitude de la modernit\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9e par la politique de la paille et la poutre et l&rsquo;habitude op\u00e9rationnelle de flinguer le messager des mauvaises nouvelles.)<\/p>\n<h3>Une r\u00e9plique d\u00e9cisive de la crise de la Renaissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe fait est que, contrairement \u00e0 ce que laisse penser l&rsquo;agitation du philosophe \u00e0 la grande culture, l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9sente est, par d\u00e9finition, celle qui ne devrait pas c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;apocalypse. L&rsquo;herm\u00e9tisme du Syst\u00e8me en est le garant, la subversion de la raison au profit du Syst\u00e8me \u00e9galement, et leur police de la pens\u00e9e qui remplit sa mission avec z\u00e8le. Le fait est pourtant que l&rsquo;\u00e9poque a c\u00e9d\u00e9 et c\u00e8de de toutes parts au concept d&rsquo;apocalypse pour substantiver les perspectives d&rsquo;avenir, voire d&rsquo;avenir proche, qu&rsquo;elle voit pour elle-m\u00eame. Il n&rsquo;y a pas de proph\u00e8tes de malheur \u00e0 la base de l&rsquo;actuel mouvement, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans ce que l&rsquo;actuel mouvement d&rsquo;apocalisme a de <strong>s\u00e9rieux<\/strong>, mais bien une crise de l&rsquo;esprit, une crise de la civilisation, qui arrive \u00e0 maturation comme le montrent une multitude d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements depuis quelques ann\u00e9es, dont la transformation des relations internationales en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-encercle_par_les_crises_04_08_2009.html\" class=\"gen\">structure crisique<\/a> puis en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_chaine_crisique_ddecrisis_02_04_2011.html\" class=\"gen\">cha\u00eene crisique<\/a> et l&rsquo;eschatologisation des crises humaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn trouve une situation similaire et extr\u00eamement r\u00e9v\u00e9latrice par la chronologie et les liens conceptuels, d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale et globale de l&rsquo;esprit, contre les clich\u00e9s re\u00e7us \u00e0 cet \u00e9gard, au d\u00e9but de la seconde Renaissance (d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle). C&rsquo;est alors que la Renaissance se d\u00e9finit pr\u00e9cis\u00e9ment, du point de vue des id\u00e9es, comme une r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale contre la raison humaine dans son activit\u00e9 d&rsquo;ass\u00e8chement, par la scolastique m\u00e9di\u00e9vale de la fin du Moyen \u00c2ge, de l&rsquo;id\u00e9e divine qui supportait la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;atmosph\u00e8re de cette \u00e9poque est d\u00e9crite en ces termes (dans <em>Agrippa et la crise de la pens\u00e9e \u00e0 la Renaissance<\/em>, de Charles Nauert, \u00e9ditions Devy, 2006) : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ceux qui vivaient effectivement au d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle avaient une toute autre vision de leur \u00e9poque. Leurs \u00e9lans d&rsquo;optimisme \u00e9taient \u00e9gal\u00e9s, peut-\u00eatre m\u00eame surpass\u00e9s, par de sombres crises de pessimisme. Ils assistaient \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des syst\u00e8mes intellectuels dominants de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale qui se transformait en causeries purement futiles ou empreintes du d\u00e9sespoir intellectuel et de l&rsquo;appel \u00e0 la foi aveugle.<\/em> [] <em>ce mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;o\u00f9 se d\u00e9gageait une sensation de d\u00e9bilit\u00e9, de d\u00e9clin culturel et de d\u00e9cadence, le sentiment que la soci\u00e9t\u00e9 occidentale traversait une crise terrible, peut-\u00eatre son agonie, et que le Jugement Dernier \u00e9tait proche.<\/em>\u00bb (On observera combien cette description conviendrait, mot pour mot, \u00e0 notre \u00e9poque.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa diff\u00e9rence avec notre \u00e9poque \u00e9tait dans ce fait qu&rsquo;un certain nombre de pens\u00e9es radicalement diff\u00e9rentes de l&rsquo;activit\u00e9 rationnelle de la scholastique m\u00e9di\u00e9vale \u00e9taient possibles, y compris, comme la premi\u00e8re et la plus importante r\u00e9action (d\u00e8s le XV\u00e8me si\u00e8cle et l&rsquo;\u00e9cole florentine du n\u00e9oplatonisme), le retour vers la philosophie herm\u00e9tique grecque du platonisme et du n\u00e9oplatonisme, et la Tradition. Le bouillonnement qui suivit ce d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, avec l&rsquo;interf\u00e9rence majeure de la R\u00e9forme et des guerres de religion, aboutit paradoxalement, dans un mouvement qui constitue \u00e0 notre sens une r\u00e9cup\u00e9ration par un courant d\u00e9structurant conduisant au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_source_de_tous_les_maux_ddecrisis_10_09_2010.html\" class=\"gen\">d\u00e9cha\u00eenement de la mati\u00e8re<\/a> de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, au retour du triomphe de la raison humaine (sciences modernes), mais sans la r\u00e9f\u00e9rence divine. L&rsquo;inversion avait triomph\u00e9 : alors que l&rsquo;adversaire dans la scholastique m\u00e9di\u00e9vale \u00e9tait le fait m\u00eame, le r\u00f4le ass\u00e9chant et d\u00e9bilitant de la raison humaine, l&rsquo;inversion r\u00e9ussit \u00e0 transf\u00e9rer la responsabilit\u00e9 sur l&rsquo;objet de la scholastique m\u00e9di\u00e9vale, la r\u00e9f\u00e9rence divine. La crise avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue par son aggravation radicale, par l&rsquo;inversion fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, nous nous trouvons \u00e0 nouveau devant une r\u00e9volte contre la raison humaine, cette fois non pas essentiellement \u00e0 cause d&rsquo;une scholastique quelconque, mais plus directement \u00e0 cause des productions monstrueuses de cette raison humaine, qui nous menacent de la destruction de la civilisation (contre-civilisation), de l&rsquo;univers physique lui-m\u00eame (crise environnementale) et de l&rsquo;esprit humain (abaissement quasiment entropique des conceptions et des manifestations sociales et culturelles, avec une crise psychologique \u00e0 mesure). Au contraire de la Renaissance, nous ne disposons plus d&rsquo;alternative de d\u00e9bat <strong>\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/strong> de la soci\u00e9t\u00e9 (du Syst\u00e8me), puisque la r\u00e9f\u00e9rence divine, ou spirituelle, est absolument mise \u00e0 l&rsquo;index hors du cadre discr\u00e9dit\u00e9 des religions, celles-ci quasiment exclues du monde actif des id\u00e9es par la modernit\u00e9 et r\u00e9duites \u00e0 leurs manifestations les plus basses possibles et d&rsquo;ailleurs elles aussi inverties (manipulations politiques du fondamentalisme, de l&rsquo;intol\u00e9rance, des fi\u00e8vres religieuses primaires, etc.). On peut d&rsquo;ailleurs dire que cette crise g\u00e9n\u00e9rale que nous subissons, qui duplique celle du d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle parce qu&rsquo;elle ne fait que la poursuivre, a r\u00e9ellement commenc\u00e9 au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, aussit\u00f4t apr\u00e8s la Grande Guerre (voir <em>La crise de l&rsquo;Esprit<\/em>, de Val\u00e9ry), qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e9brou\u00e9e et d\u00e9battue tout au long de ce XX\u00e8me si\u00e8cle avec des exp\u00e9riences totalitaires effrayantes et un Syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral finalement consolid\u00e9, dont nous go\u00fbtons aujourd&rsquo;hui l&rsquo;herm\u00e9tisme et la folie d\u00e9structurante. Ces remous ont permis de mesurer qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de trouver une voie de changement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, toujours, nous nous trouvons press\u00e9s par des \u00e9v\u00e9nements qui n&rsquo;attendent plus et qui, tous, sugg\u00e8rent une perspective proche de la catastrophe apocalyptique, ainsi de plus en plus conduits \u00e0 la conclusion que rien n&rsquo;est possible \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me, par cons\u00e9quent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une construction qui s&rsquo;est faite, du point de vue humain (il y a d&rsquo;autres dimensions pr\u00e9sentes, \u00e0 notre sens), sous l&#8217;empire de la seule raison humaine. Ainsi, et pour en rester aux seuls \u00e9l\u00e9ments terrestres, la r\u00e9volte actuelle contre l&#8217;empire de la raison humaine per\u00e7ue comme subvertie implique-t-elle, au contraire du cas de la Renaissance, la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de la rupture avec le cadre existant (le Syst\u00e8me pour nous) ; c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00e9chapp\u00e9e dans l&rsquo;inconnu qui prend naturellement le contour d&rsquo;une apocalypse, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00e9volution sans doute catastrophique mais absolument r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice. (On sait \u00e9videmment que ce terme <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apocalypse\" class=\"gen\">apocalypse<\/a>, du grec <em>apokalupsis<\/em>, signifie mise \u00e0 nu, enl\u00e8vement du voile, r\u00e9v\u00e9lation). La r\u00e9f\u00e9rence est tout \u00e0 fait in\u00e9vitable et n&rsquo;a pas besoin de proph\u00e8tes pour s&rsquo;imposer. Nous dirions m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de quoi lever le drapeau de l&rsquo;anath\u00e8me, que la raison humaine est si prompte \u00e0 d\u00e9ployer, contre les proph\u00e8tes en question, tant la pente de cette orientation s&rsquo;impose comme de plus en plus naturelle,  et, d&rsquo;ailleurs, qui nous a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9, et nous entra\u00eene,  et les proph\u00e8tes du malheur ne sont alors que des \u00e9piph\u00e9nom\u00e8nes qui ne valent pas le souci du philosophe, des productions in\u00e9vitables des \u00e9v\u00e9nements qui nous pr\u00e9c\u00e8dent et nous emportent.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les convergences de l&rsquo;apocalisme 4 juillet 2011 Il y a ce qu&rsquo;on pourrait nommer un sentiment d&rsquo;apocalypse, ou, pour trouver un n\u00e9ologisme d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9, une sorte d&rsquo;attitude ou de tendance qu&rsquo;on nommerait apocalisme. Les caract\u00e9ristiques du temps historique sembleraient y inviter, cela propos\u00e9 comme un jugement au moins euph\u00e9mistique. Un article publi\u00e9 par Robert C.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[11268,11266,4012,3011,11258,3392,3228,2631,643,2604,2651,10993,9827,11270,11262,11265,2655,2962,3004,11263,5535,11267,7805,4392,11269,2716,11264],"class_list":["post-73141","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-agrippa","tag-apocalisme","tag-apocalypse","tag-bon","tag-catastrophes","tag-climatique","tag-crise","tag-de","tag-debray","tag-des","tag-du","tag-fukushima","tag-humaine","tag-jehovah","tag-koehler","tag-malheur","tag-modernite","tag-neoplatonisme","tag-nucleaire","tag-prophetes","tag-raison","tag-regis","tag-renaissance","tag-science","tag-temoins","tag-tradition","tag-usage"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73141","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73141"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73141\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73141"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73141"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73141"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}