{"id":73148,"date":"2011-07-06T09:06:28","date_gmt":"2011-07-06T09:06:28","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/06\/vers-une-revolte-des-scientifiques\/"},"modified":"2011-07-06T09:06:28","modified_gmt":"2011-07-06T09:06:28","slug":"vers-une-revolte-des-scientifiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/06\/vers-une-revolte-des-scientifiques\/","title":{"rendered":"Vers une \u201cr\u00e9volte des scientifiques\u201d ?"},"content":{"rendered":"<p><p>Finalement, nous dit le titre de l&rsquo;article, des scientifiques deviennent furieux, ils deviennent activistes, rebelles, dissidents, et la police commence \u00e0 avoir des casiers judiciaires sur eux \u00e0 la suite d&rsquo;arrestations pour des actions sur la voie publique. Ils appellent m\u00eame \u00e0 la r\u00e9volte. L&rsquo;objet de cette r\u00e9volte ? L&rsquo;indiff\u00e9rence ou la faiblesse des directions politiques face au r\u00e9chauffement climatique, et la faiblesse des r\u00e9actions du public.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne s&rsquo;agit,  pour l&rsquo;instant,  que d&rsquo;un petit groupe de scientifiques. Le cas de James Hansen, un scientifique fameux de la NASA et l&rsquo;un des premiers d\u00e9nonciateurs du danger de la crise climatique, est expos\u00e9 au d\u00e9but de l&rsquo;article de Michael Brooks, dans le <em>Guardian<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/science\/2011\/jul\/05\/scienceofclimatechange-climate-change\" class=\"gen\">5 juillet 2011<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>James Hansen never expected to become a radical activist at the age of 65. He is a grandfather who loves nothing more than exploring nature with his grandchildren. He holds down a respectable job as the director of Nasa&rsquo;s Goddard Institute for Space Studies. But he is 70 now, and he has a police record.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Hansen gets himself arrested, testifies in court on behalf of others who have broken the law and issues public pronouncements that have made Nasa try to gag him  all because he can&rsquo;t bear the thought that his grandchildren might hold him responsible for a burned-out planet.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Hansen is the climate scientist&rsquo;s climate scientist. He has testified about the issue in front of Congress, but has had enough of the standard government response  greenwash, he calls it. Last month, Hansen issued an uncompromising plea for Americans to involve themselves with civil unrest over climate change. We want you to consider doing something hard  coming to Washington in the hottest and stickiest weeks of the summer and engaging in civil disobedience that will likely get you arrested, he says in a letter on grist.org.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe cas reste extr\u00eame, et le nombre de scientifiques devenus contestataires et activistes comptabilise encore une tr\u00e8s petite minorit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que les scientifiques soient divis\u00e9s sur la question du r\u00e9chauffement climatique. Pr\u00e8s de 98% des scientifiques impliqu\u00e9s, par l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des multiples disciplines travaillant dans la question de la crise climatique et environnementale, partagent la prospective et la conclusion d&rsquo;un avenir catastrophique, et tr\u00e8s rapidement catastrophique si aucun ensemble de mesures radicales n&rsquo;est pas d\u00e9cid\u00e9 rapidement ; surtout, ils acceptent l&rsquo;argument de la responsabilit\u00e9 humaine dans ce processus, donc la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;autant plus pressante, avec l&rsquo;argument moral en plus, d&rsquo;une action humaine radicale. Cela contraste avec la perception du public, surtout aux USA : 17% des personnes interrog\u00e9es croient qu&rsquo;une majorit\u00e9 cons\u00e9quente des scientifiques est sceptique vis-\u00e0-vis de la crise climatique, et 43% croient que la communaut\u00e9 scientifique est fortement divis\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation d&rsquo;une riposte activiste est une affaire tr\u00e8s controvers\u00e9e dans les milieux scientifiques, malgr\u00e9 l&rsquo;avis quasi unanime sur la gravit\u00e9 de cette crise et la responsabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Hansen&rsquo;s attitude echoes that of Sherwood Rowland, who won a Nobel prize for his research into the effects of chlorofluorocarbon (CFC) gases on the ozone layer. What&rsquo;s the use of having developed a science well enough to make predictions, Rowland said, if all we&rsquo;re willing to do is stand around and wait for them to come true?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Rowland&rsquo;s colleagues shunned him for his activism. Even the iconic environmentalist James Lovelock called for a bit of British caution in the face of what he saw as Rowland&rsquo;s missionary zeal for a ban on CFCs. In the end, it was only the terrifying discovery of a hole in the ozone layer over Antarctica that galvanised the politicians.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>US academics Naomi Oreskes and Erik Conway have highlighted the disappointing timidity of scientists. On acid rain, climate change, tobacco marketing and the ozone crisis, they would have liked to have told heroic stories of how scientists set the record straight in their book Merchants of Doubt, but scientists fighting back have been conspicuously scarce. Clearly, scientists knew that many contrarian claims were false, they lament. Why didn&rsquo;t they do more to refute them?<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Hearteningly, there may be more of this to come. Paul Nurse, the new president of the Royal Society, has said he would be happy to see scientists getting fully engaged with politics and involved with activism.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes r\u00e9actions encore parcellaires de scientifiques dans la question fondamentale de la crise climatique marque une rupture, depuis 2009-2010, dans l&rsquo;historique de cette crise. La p\u00e9riode 2009-2010 sera retenue sans doute comme le tournant extraordinaire d&rsquo;irresponsabilit\u00e9, de la d\u00e9mission du pouvoir politique face \u00e0 cette crise, avec le d\u00e9litement et la confusion des efforts faits \u00e0 un niveau institutionnel international pour lutter contre la crise. Depuis, les r\u00e9actions se sont divis\u00e9s en deux tendances, la premi\u00e8re alimentant le courant climato sceptique sur la r\u00e9alit\u00e9 de la crise, qui est une prog\u00e9niture absolument sophistique du d\u00e9bat initial sur la responsabilit\u00e9 humaine ; de ce d\u00e9bat purement rh\u00e9torique (responsabilit\u00e9 humaine) qui n&rsquo;impliquait nullement la n\u00e9gation de la crise, on est pass\u00e9 \u00e0 des attitudes de  plus en plus herm\u00e9tique et entropiques, voire pathologiques, niant simplement cette crise ou annon\u00e7ant que la crise apportera des conditions climatiques plus agr\u00e9ables,  niant ainsi le fondement m\u00eame de la gravit\u00e9 de la crise, qui est la d\u00e9stabilisation du climat et la d\u00e9structuration radicale de l&rsquo;environnement sous toutes ses formes (climat compris). Un autre courant, qui se voudrait un peu plus responsable mais qui est surtout un mouvement de d\u00e9flexion, ou dit encore un mouvement du je botte en touche en se r\u00e9f\u00e9rant au mythe du Progr\u00e8s, c&rsquo;est l&rsquo;attitude consistant \u00e0 annoncer que les nouvelles technologies r\u00e9soudront le probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est sur ce fond d&rsquo;\u00e9volution de la question qu&rsquo;on voit donc certains scientifiques consid\u00e9rer le radicalisme, l&rsquo;action incivique, voire la r\u00e9volte tout court, selon les conditions disponibles de l&rsquo;\u00e9poque du syst\u00e8me de la communication. Comme on le constate, cela m\u00e8ne certains \u00e0 l&#8217;emprisonnement. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois depuis les d\u00e9bats autour de l&rsquo;arme atomique et nucl\u00e9aire, dans les ann\u00e9es 1950, qu&rsquo;un d\u00e9bat de cette ampleur, avec \u00e9ventuelle r\u00e9volte de scientifiques contre les pouvoirs politiques, pourrait \u00eatre envisag\u00e9 au sein de la communaut\u00e9 scientifique. Entretemps, la communaut\u00e9 scientifique a \u00e9t\u00e9 largement, sinon massivement annex\u00e9e \u00e0 la fois par le complexe militaro-industriel et une structure \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 les grandes entreprises (<em>corporate power<\/em>) interviennent massivement, directement ou indirectement, pour investir la communaut\u00e9 scientifique par l&rsquo;argent. La mobilisation des scientifiques est d&rsquo;autant plus difficile ; mais si elle se fait finalement, elle sera par r\u00e9action d&rsquo;autant plus radicale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, le d\u00e9bat a de plus en plus le m\u00e9rite de la clart\u00e9, \u00e0 mesure que les conditions climatiques et environnementales s&rsquo;aggravent,  et elles s&rsquo;aggravent vraiment tr\u00e8s vite. De plus en plus, la bataille se simplifie en m\u00eame temps qu&rsquo;elle devient fondamentale en concernant directement le Syst\u00e8me, comme producteur de la catastrophe universelle de la crise environnementale et climatique, et, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, cette communaut\u00e9 scientifique. Le paradoxe, par ailleurs tr\u00e8s habituel, est que cette communaut\u00e9 scientifique est directement responsable (\u00e9ventuellement responsable mais pas coupable ?) de la surpuissance du Syst\u00e8me, donc de ce processus de destruction de l&rsquo;univers, puisque c&rsquo;est elle qui a d\u00e9velopp\u00e9 le syst\u00e8me du technologisme qui en est l&rsquo;outil principal. C&rsquo;est un cas particuli\u00e8rement poignant et paradoxal du cas g\u00e9n\u00e9ral de la crise du Syst\u00e8me et des impulsions de r\u00e9volte contre le Syst\u00e8me que cette crise suscite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes conditions tr\u00e8s ambig\u00fces d&rsquo;une \u00e9ventuelle r\u00e9volte des scientifiques, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un frein tant qu&rsquo;existait une certaine illusion d&rsquo;action des pouvoirs politiques, sont sans aucun doute des conditions objectives d&rsquo;aggravation des tensions dans le sens qu&rsquo;on d\u00e9crit ici, notamment \u00e0 cause des sentiments de culpabilit\u00e9 qu&rsquo;elles nourrissent, d&rsquo;autre part \u00e0 cause de l&rsquo;aggravation permanent de la crise environnementale et climatique g\u00e9n\u00e9rale, enfin \u00e0 cause de l&rsquo;impuissance et de l&rsquo;inertie grandissantes du pouvoir politique en g\u00e9n\u00e9ral. Il est par cons\u00e9quent tr\u00e8s possible que ce type d&rsquo;action, de r\u00e9bellion civique de la part de scientifiques, en viennent \u00e0 se multiplier, ajoutant un volet de plus dans le processus de d\u00e9sordre et de d\u00e9structuration du Syst\u00e8me lui-m\u00eame. Dans tous les cas, ce cas, la r\u00e9volte des scientifiques, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment int\u00e9ressant du vaste domaine de la r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale contre le Syst\u00e8me, qui est d\u00e9sormais un aspect important de l&rsquo;\u00e9volution de la crise et de la situation g\u00e9n\u00e9rale. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 6 juillet 2011 \u00e0 09H03<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Finalement, nous dit le titre de l&rsquo;article, des scientifiques deviennent furieux, ils deviennent activistes, rebelles, dissidents, et la police commence \u00e0 avoir des casiers judiciaires sur eux \u00e0 la suite d&rsquo;arrestations pour des actions sur la voie publique. Ils appellent m\u00eame \u00e0 la r\u00e9volte. L&rsquo;objet de cette r\u00e9volte ? 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