{"id":73156,"date":"2011-07-08T18:44:30","date_gmt":"2011-07-08T18:44:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/08\/paranoia-saoudienne-et-le-reste\/"},"modified":"2011-07-08T18:44:30","modified_gmt":"2011-07-08T18:44:30","slug":"paranoia-saoudienne-et-le-reste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/08\/paranoia-saoudienne-et-le-reste\/","title":{"rendered":"Parano\u00efa saoudienne\u2026 et le reste"},"content":{"rendered":"<p><p>Pepe Escobar, le fameux chroniqueur des avatars du bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste depuis 9\/11, s&rsquo;attache \u00e0 la fameuse et discr\u00e8te r\u00e9union secr\u00e8te entre le prince saoudien Turki al-Faisal et des interlocuteurs militaires anglo-saxons de l&rsquo;OTAN. Il s&rsquo;agit de cette r\u00e9union r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le <em>Guardian<\/em>, dont nous avions rendu compte le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_bombe_des_mille_et_un_princes_saoudiens_30_06_2011.html\" class=\"gen\">30 juin 2011<\/a>. Escobar publie ses observations sur <em>Atimes.com<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.atimes.com\/atimes\/Middle_East\/MG07Ak01.html\" class=\"gen\">7 juillet 2011<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux points sont int\u00e9ressants dans l&rsquo;analyse d&rsquo;Escobar. Le premier concerne la signification qu&rsquo;il faut donner \u00e0 la r\u00e9union de la fin juin du point de vue de l&rsquo;attitude politique de l&rsquo;Arabie ; le second concerne un aspect fondamental de l&rsquo;attitude de l&rsquo;Arabie,  ce qu&rsquo;Escobar d\u00e9signe comme la phobie iranienne de l&rsquo;Arabie, et dont il laisse entendre qu&rsquo;elle n&rsquo;est rien de moins qu&rsquo;une parano\u00efa. Le reste, pour nous, concerne le point fondamental de la politique US dans la tourmente de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_chaine_crisique_ddecrisis_02_04_2011.html\" class=\"gen\">cha\u00eene crisique<\/a>, et les relations des USA avec les pays concern\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Sur le premier point, Escobar d\u00e9crit rapidement la rencontre qui a eu lieu en Angleterre. Il en conclut que la perception, voire les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Arabie dans l&rsquo;actuel bouillonnement moyen-oriental ne sont plus exactement ceux de ses alli\u00e9s et cousins anglo-saxons, et que cela a des cons\u00e9quences claires sur les comportements \u00e0 attendre des Saoudiens. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Yet  in this House<\/em> [<em>of Saud<\/em>] <em>of supreme paranoia  what if the day comes when they wouldn&rsquo;t be regarded as indispensable, staunch allies anymore? What if Washington\/London are convinced that a more acceptable Middle East should have Turkey and the Muslim Brotherhood as models?<\/em> [] <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Washington\/London certainly increased their own fears of a regional disaster when Prince Turki was very clear Saudi Arabia would go for its own nuclear bomb in case Iran did the same &#8211; although there&rsquo;s no evidence whatsoever, according to the International Atomic Energy Agency, that Iran is developing a nuclear weapons program. By the way Prince Turki himself made it clear on a separate occasion; the only regional actor allowed to have nuclear weapons is Israel.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>So Prince Turki&rsquo;s message at this secret NATO meeting was essentially that we&rsquo;re top dog in the Gulf and the Arabian Peninsula, and<\/em> <strong><em>from now on we do what we want to do first, not necessarily what you want us to do<\/em><\/strong><em>.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>That could be the definitive hint for Washington to finally drop this inconvenient, medieval but staunch ally that stubbornly wants to stop the flow of history  but it won&rsquo;t be interpreted as such.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe fa\u00e7on assez significative, on se rappellera que notre interpr\u00e9tation de l&rsquo;intervention saoudienne \u00e9tait assez similaire, en ce sens que nous la jugions, et la jugeons toujours, effectivement comme l&rsquo;exposition par les Saoudiens d&rsquo;une divergence fondamentale avec les Anglo-Saxons. Mais la cause principale, dans notre analyse, est \u00e0 l&rsquo;inverse de celle qu&rsquo;appr\u00e9cie Escobar : ce sont plut\u00f4t les Anglo-Saxons qui ne veulent pas prendre en compte les changements en cours au Moyen-Orient, pour s&rsquo;y adapter d&rsquo;une mani\u00e8re active, et non pas l&rsquo;Arabie Saoudite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Par la bouche auguste d&rsquo;un de leurs nombreux princes, les Saoudiens sont venus dire \u00e0 leurs interlocuteurs traditionnels en partage des puissances p\u00e9troli\u00e8res et d&rsquo;armement, et dans les corruptions qui vont avec, qu&rsquo;une p\u00e9riode est en train de s&rsquo;achever. L&rsquo;impunit\u00e9 de la fili\u00e8re saoudienne-anglo-saxonne n&rsquo;est plus du tout garantie. C&rsquo;est un arrangement fondamental, un des axes du Syst\u00e8me depuis la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, qui est en train de se d\u00e9structurer. Les Saoudiens sont tr\u00e8s mal \u00e0 l&rsquo;aise, comme \u00e0 leur habitude, mais ils n&rsquo;\u00e9cartent pas non plus, en \u00e9voquant le caract\u00e8re d&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 de la dynamique du printemps arabe, la possibilit\u00e9 qu&rsquo;ils seront conduits \u00e0 jouer perso s&rsquo;il le faut, sans plus s&rsquo;occuper des int\u00e9r\u00eats de leurs partenaires anglo-saxons,  ou, peut-\u00eatre, doit-on dire, de leurs anciens partenaires anglo-saxons.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le deuxi\u00e8me point expos\u00e9 par Escobar concerne la phobie anti-iranienne de l&rsquo;Arabie, expos\u00e9e comme une sorte de parano\u00efa. Ce d\u00e9rangement psychologique s&rsquo;explique essentiellement par l&rsquo;aspect fondamentaliste, religieux et id\u00e9ologique, de l&rsquo;hostilit\u00e9 saoudienne aux Iraniens. Escobar d\u00e9place les donn\u00e9es du probl\u00e8me, et les oppose \u00e0 la th\u00e8se du conflit et de la concurrence de puissances, somme toute rationnels, que les Anglo-Saxons donnent comme explication de l&rsquo;opposition entre l&rsquo;Arabie et l&rsquo;Iran.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>In the West, Iranophobia has been misunderstood as a cold war between Saudi Arabia and Iran. No; it&rsquo;s a counter-revolutionary pys-ops conducted by the House of Saud out of supreme fear of Iran&rsquo;s regional alliances  with Hezbollah in Lebanon or the Shi&rsquo;ite-led government in Baghdad  as well as Iranian support, for instance, for the Houthi rebellion in northern Yemen in 2009.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>There&rsquo;s also a running myth that Saudi King Abdullah, 86, illiterate and close to meeting his maker, has tried to integrate Saudi Shi&rsquo;ites &#8211; especially via the King Abdulaziz Center for National Dialogue. There&rsquo;s no way to understand Saudi Arabia without examining its historical prejudice against Shi&rsquo;ites. Saudi schoolbooks treat Shi&rsquo;ites as non-Muslim infidels, or worse  evil polytheists.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The heart of the matter is that the House of Saud is bound by blood with the Sunni Wahhabi clerical establishment. As long as the monarchy follows their medieval interpretation of sharia law, the king is incensed as the legitimate custodian of the two holy mosques.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>So Iranophobia  as it&rsquo;s being deployed especially after Tahrir Square in Egypt  only serves to bolster Wahhabi medievalism, and to demean Shi&rsquo;ites, inside and outside the kingdom. Thus the overall belief in Saudi Arabia that Iran forced the overwhelming majority of Bahrain&rsquo;s population to cry for democracy.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes appr\u00e9ciations des principaux motifs des Saoudiens restent ainsi consid\u00e9rablement divergentes de celles qu&rsquo;on d\u00e9veloppe chez les Anglo-Saxons (et, par cons\u00e9quent, dans ce cas, les positions des Anglo-Saxons vis-\u00e0-vis des \u00e9v\u00e9nements du printemps arabe, telles qu&rsquo;elles sont appr\u00e9ci\u00e9es en fonction de l&rsquo;analyse de la situation et des conceptions de l&rsquo;Arabie). Ces divergences d&rsquo;analyse concernant les positions et les situations int\u00e9rieures apparaissent \u00e9galement concernant d&rsquo;autres pays de ce qu&rsquo;on nomme le printemps arabe, ou <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_chaine_crisique_ddecrisis_02_04_2011.html\" class=\"gen\">cha\u00eene crisique<\/a>,  la Tunisie, l&rsquo;Egypte, le Bahre\u00efn, voire le Yemen et la Syrie, et, bien entendu, la Libye. Dans tous ces pays, l&rsquo;incertitude r\u00e8gne en ce qui regarde la direction politique prise, comme la direction \u00e0 prendre vis-\u00e0-vis de ces \u00e9v\u00e9nements incontr\u00f4l\u00e9s. Aucun de ces pays ne s&rsquo;est stabilis\u00e9, dans une direction ou l&rsquo;autre. (Voir la manifestation en Egypte, aujourd&rsquo;hui, r\u00e9clamant une relance de la r\u00e9volution, les manifestations en Syrie, etc.) Les pays de la p\u00e9riph\u00e9rie proche,  principalement l&rsquo;Iran, la Turquie et Isra\u00ebl,   observent la m\u00eame incertitude, tout en poursuivant certaines politiques traditionnelles, \u00e0 ciel ouvert ou bien des politiques <em>covert<\/em> d&rsquo;influence ou d&rsquo;interf\u00e9rences, selon leurs int\u00e9r\u00eats traditionnels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt, l\u00e0 encore, le cas saoudien doit nous guider : \u00e0 l&rsquo;image de ce cas, la seule donn\u00e9e de l&rsquo;\u00e9quation qui ait chang\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on significative, ce sont les relations des Anglo-Saxons (des USA, principalement) avec tous ces pays. Le point remarquable est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une seule nouvelle sorte de relations, ou une seule nouvelle politique US, mais plusieurs, sans coordination, en ordre dispers\u00e9, r\u00e9pondant \u00e0 des imp\u00e9ratifs divers, \u00e0 des influences parcellaires \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du camp US. Comme les Saoudiens le laissent entendre, ce qui est particuli\u00e8rement remarquable dans le cas US, c&rsquo;est, apr\u00e8s huit mois de cha\u00eene crisique, l&rsquo;inexistence d&rsquo;une ligne ferme de la part des USA, ce qui finit par donner une politique g\u00e9n\u00e9rale, qui est celle du d\u00e9sordre. M\u00eame quand les intentions sont bonnes et que l&rsquo;ex\u00e9cution est consid\u00e9r\u00e9e comme habile \u00e0 Washington, les r\u00e9sultats sont si contradictoires qu&rsquo;ils additionnent les d\u00e9convenues. Ainsi les USA ont-ils une politique de restriction et de tr\u00e8s grand attentisme vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Arabie, mais une pression critique constante vis-\u00e0-vis de Bahre\u00efn, le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tant que le Bahre\u00efn <strong>et<\/strong> l&rsquo;Arabie sont exc\u00e9d\u00e9s par la politique US. Dans le cas syrien, il y a eu du c\u00f4t\u00e9 US d&rsquo;\u00e9tonnants changements de rythme. D&rsquo;abord, les USA n&rsquo;ont agi que tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9ment, alors que les Saoudiens leur demandaient de tenter de peser sur Assad pour obtenir qu&rsquo;il restreigne son action r\u00e9pressive ; puis, soudain, depuis un peu moins d&rsquo;un mois, l&rsquo;interventionnisme US, <em>covert<\/em> mais aussi \u00e0 ciel ouvert avec des interventions de diplomates en faveur de l&rsquo;opposition, s&rsquo;est brusquement radicalis\u00e9, sous la pression d&rsquo;un d\u00e9partement d&rsquo;Etat tr\u00e8s activiste. Ce brusque changement a rendu furieuses certaines fractions isra\u00e9liennes qui craignent le renversement d&rsquo;Assad, mais aussi, \u00e0 nouveau, l&rsquo;Arabie qui partagent les m\u00eames craintes malgr\u00e9 son regard critique sur Assad. Pour ajouter encore au d\u00e9sordre, il y a une claire dissonance \u00e0 venir entre l&rsquo;activisme extr\u00eame du d\u00e9partement d&rsquo;Etat, et la tr\u00e8s probable \u00e9volution \u00e0 tr\u00e8s court terme de la CIA, avec l&rsquo;arriv\u00e9e de Petraeus \u00e0 sa t\u00eate, parce que Petraeus devrait chercher \u00e0 apaiser l&rsquo;activisme partout dans la r\u00e9gion pour mieux prot\u00e9ger l&rsquo;ensemble Afghanistan-Pakistan si cher \u00e0 son cur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral est la perception par les pays de la zone qu&rsquo;une politique de d\u00e9sordre des USA semble en train de s&rsquo;\u00e9tablir, dont le but per\u00e7u est effectivement la recherche d&rsquo;une d\u00e9stabilisation sans but strat\u00e9gique pr\u00e9cis. Un expert d&rsquo;un pays du Golfe observe que l&rsquo;impression s&rsquo;installe que les USA \u00ab<em>suivent une politique un peu comme on suit une mode, en favorisant partout l&rsquo;\u00e9tiquette de d\u00e9mocratisation, surtout au niveau de la communication, avec des actions ponctuelles compl\u00e8tement d\u00e9sordonn\u00e9es<\/em>\u00bb. C&rsquo;est sur ce point qu&rsquo;on peut comprendre la r\u00e9action tr\u00e8s vive de l&rsquo;Arabie, qui cherche \u00e0 tout prix \u00e0 contribuer au r\u00e9tablissement d&rsquo;une certaine coh\u00e9sion politique, m\u00eame si c&rsquo;est pour chercher \u00e0 l&rsquo;orienter contre l&rsquo;Iran.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 8 juillet 2011 \u00e0 18H39<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pepe Escobar, le fameux chroniqueur des avatars du bloc am\u00e9ricaniste-occidentaliste depuis 9\/11, s&rsquo;attache \u00e0 la fameuse et discr\u00e8te r\u00e9union secr\u00e8te entre le prince saoudien Turki al-Faisal et des interlocuteurs militaires anglo-saxons de l&rsquo;OTAN. Il s&rsquo;agit de cette r\u00e9union r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le Guardian, dont nous avions rendu compte le 30 juin 2011. 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