{"id":73398,"date":"2012-09-19T22:39:02","date_gmt":"2012-09-19T22:39:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/09\/19\/chronique-du-19-courant-langoisse-melancholia\/"},"modified":"2012-09-19T22:39:02","modified_gmt":"2012-09-19T22:39:02","slug":"chronique-du-19-courant-langoisse-melancholia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/09\/19\/chronique-du-19-courant-langoisse-melancholia\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 L&rsquo;angoisse-<em>melancholia<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Chronique du 19 courant L&rsquo;angoisse-<em>melancholia<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t19 septembre 2012 L&rsquo;angoisse est ce que je d\u00e9signerais comme une sorte d&rsquo;implacable r\u00e9ductionnisme psychologique, sur la voie de l&rsquo;entropisation. (\u00c9tymologiquement, pour angoisse: <em>angustia<\/em> [resserrement], d&rsquo;<em>angustus<\/em>, \u00e9troit, lequel vient d&rsquo;<em>ango<\/em>, serrer.) La chose,  l&rsquo;angoisse et la fa\u00e7on d&rsquo;en disposer, d&rsquo;en user,  tient une grande place dans ma vie psychologique et dans la force et l&rsquo;orientation, voire l&rsquo;inspiration de mon intellect. Je n&rsquo;aborde pas ici une question qu&rsquo;il suffirait de r\u00e9gler par un Prends donc un <em>Xanax<\/em>, m\u00eame si c&rsquo;est le cas. La chimie reste ce qu&rsquo;elle est, une partie d&rsquo;un moyen qui serait bien en peine de nous expliquer pour quelle fin l&#8217;employer. (En v\u00e9rit\u00e9, pourquoi sortir de l&rsquo;angoisse, pour quel dessein et pour quel destin ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;angoisse pose un probl\u00e8me singulier \u00e0 celui qui la ressent dans le cours de son travail, si son travail est de cette sorte qui est un accaparement enveloppant tout son \u00eatre, et si ce travail est de ce domaine o\u00f9 s&rsquo;offre toute enti\u00e8re sa pens\u00e9e elle-m\u00eame, qui est elle-m\u00eame tributaire d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre de cette angoisse. On voit bien o\u00f9 je veux en venir, imm\u00e9diatement, pour commencer cette chronique, en exposant que l&rsquo;angoisse est quelque chose d&rsquo;infiniment intime, mais qui influe d\u00e9cisivement sur une activit\u00e9 qui, par essence, est du domaine de la communication des choses essentielles, qui est donc d&rsquo;une certaine fa\u00e7on et d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s puissante antagoniste de la situation de l&rsquo;intimit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, tr\u00e8s curieusement ou bien d&rsquo;une fa\u00e7on significative et m\u00eame exemplaire,  ainsi en est-il de cette chronique. La d\u00e9cision de la publier a \u00e9t\u00e9 prise, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_pr_sentation_19_07_2012.html\" class=\"gen\">on sait pourquoi<\/a>, sous le titre et selon la chronologie du 19 courant de chaque mois. Cela semblait un projet coh\u00e9rent, voire enrichissant, et l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9gularit\u00e9, \u00e0 la fois une discipline et une incitation nourrissant la cr\u00e9ation de la chose,  laquelle est laiss\u00e9e, de son c\u00f4t\u00e9, pour le contenu, \u00e0 la libert\u00e9 de l&rsquo;inspiration. Pourtant, il s&rsquo;av\u00e8re que cette chronique provoque chez moi une angoisse, par l&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;elle pr\u00e9tend avoir sur moi : Tu dois publier, me dit-elle, ce texte pour le 19 courant&rsquo;, et cette autorit\u00e9 heurtant mon autonomie et allant jusqu&rsquo;\u00e0 provoquer chez moi une sorte de paralysie, peut-\u00eatre par r\u00e9bellion, concernant le choix du sujet et son d\u00e9veloppement. (Puisque cette chronique exige de moi ce texte, je me refuse \u00e0 le faire en refusant l&rsquo;inspiration qui lui est n\u00e9cessaire, en d\u00e9clarant m\u00eame que je n&rsquo;ai aucun sujet \u00e0 traiter pour cette chronique.) D&rsquo;autre part, comme le montre ce texte, l&rsquo;angoisse que son autorit\u00e9 suscite en moi en semblant attenter \u00e0 ma tr\u00e8s-pr\u00e9cieuse libert\u00e9 devient \u00e9galement le sujet du texte, et donc le sujet d&rsquo;une r\u00e9flexion ; le frein \u00e0 la cr\u00e9ation du texte devient lui-m\u00eame le sujet du texte, donc l&rsquo;aliment de cette cr\u00e9ation L&rsquo;attentat contre ma tr\u00e8s-pr\u00e9cieuse libert\u00e9 devient l&rsquo;aliment de la libert\u00e9 de d\u00e9velopper une r\u00e9flexion \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai d\u00e9but\u00e9 avec un cas en apparence anodin, peut-\u00eatre vain, et finalement qui semble abstrait ou dans tous les cas pauvre par son \u00e9troitesse (le cas de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9nergie pour se mettre \u00e0 la composition d&rsquo;un texte, avec les sensibilit\u00e9s un peu sollicit\u00e9es de la tr\u00e8s-pr\u00e9cieuse libert\u00e9 et du <em>pathos<\/em>, cette emphase affect\u00e9e allant avec) ; un cas qui se d\u00e9couvre pourtant bien concret puisqu&rsquo;il d\u00e9bouche sur ce texte, par lequel j&rsquo;entends aller plus loin, plus large et plus haut dans l&rsquo;exploration de la chose, l&rsquo;angoisse-<em>melancholia<\/em>. Cet exemple en apparence anodin n&rsquo;est effectivement pas un accident, il se r\u00e9v\u00e8le comme l&rsquo;illustration introductrice d&rsquo;une situation que je ressens, qui est d&rsquo;une puissance inou\u00efe, \u00e0 la fois \u00e9crasante et lib\u00e9ratrice. Il devient n\u00e9cessaire de tenter de s&rsquo;en expliquer dans un cadre plus large.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela se passe le matin, tr\u00e8s t\u00f4t, selon mes habitudes de lever qui me jettent aussit\u00f4t dans mon travail, dans mes pens\u00e9es et mes r\u00e9flexions. L&rsquo;\u00e9veil est complet et rapide, et il d\u00e9termine aussit\u00f4t mon humeur de l&rsquo;angoisse. Dans ce cas, l&rsquo;angoisse est bien l&rsquo;expression de l&rsquo;humeur,  et de l&rsquo;humeur au sens le plus noble ; l&rsquo;humeur est alors l&rsquo;expression du caract\u00e8re, sa forme m\u00eame. Tr\u00e8s t\u00f4t et au r\u00e9veil, et dans ces conditions d&rsquo;une activit\u00e9 aussit\u00f4t intense, l&rsquo;on se trouve dans cet instant o\u00f9 l&rsquo;on est \u00e0 nu L&rsquo;on dirait alors que l&rsquo;humeur de l&rsquo;\u00e9veil, qui s&rsquo;exprime dans l&rsquo;angoisse, retient avec elle le noir de la nuit, le gouffre terrible de l&rsquo;interrogation supr\u00eame referm\u00e9e sur sa conclusion n\u00e9antielle, qu&rsquo;elle est encore emprisonn\u00e9e par ce c\u00f4t\u00e9 sombre. C&rsquo;est l\u00e0 le champ de la bataille de la lib\u00e9ration, et il s&rsquo;agit d&rsquo;en d\u00e9finir les conditions pour mieux d\u00e9crire ce champ et livrer bataille. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObservant \u00e0 la fois les traits de mon caract\u00e8re, les pens\u00e9es qui roulent, \u00e0 mon \u00e2ge et dans mes activit\u00e9s, je me rendais compte \u00e0 moi-m\u00eame de quelque chose qui aurait pu \u00eatre nomm\u00e9 nostalgie pour caract\u00e9riser l&rsquo;humeur produisant cette angoisse. Mais la nostalgie, si elle embrasse parfaitement ce besoin formidable et vital de la r\u00e9f\u00e9rence du pass\u00e9, et d&rsquo;un pass\u00e9 mythique autant qu&rsquo;exp\u00e9riment\u00e9, restait pour moi beaucoup trop fixiste ; trop fix\u00e9e dans le pass\u00e9, emprisonn\u00e9e par lui,  ayant compris la dimension lib\u00e9ratrice du pass\u00e9 pour l&rsquo;esprit mais n&rsquo;en usant nullement pour se lib\u00e9rer soi-m\u00eame, dans le pr\u00e9sent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa t\u00e2che, la fonction, le principe de l&rsquo;activit\u00e9 tiennent une place essentielle dans mon explication du ph\u00e9nom\u00e8ne. Il s&rsquo;agit d&rsquo;observer le monde dans un Moment d&rsquo;une crise d&rsquo;une ampleur, d&rsquo;une profondeur et d&rsquo;une force sans pr\u00e9c\u00e9dent ; une crise de civilisation, une crise d&rsquo;un temps m\u00e9tahistorique, la crise de la fin d&rsquo;un cycle ; une crise dont l&rsquo;ampleur et la source d\u00e9passent \u00e9videmment les <em>sapiens<\/em>, dont la sp\u00e9cificit\u00e9 eschatologique s&rsquo;impose, comme je la ressens, d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9sistible. L&rsquo;angoisse demande alors une explication plus large et plus lib\u00e9ratrice, et la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nostalgie s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9finitivement insuffisante Voici donc <em>melancholia<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl semble que ce soit <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Melancholia_(2011_film)\" class=\"gen\">le film<\/a> de Lars von Trier (<em>Melancholia<\/em>) qui ait orient\u00e9 mon attention sur le cas de la m\u00e9lancolie. On y voit l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne plong\u00e9e dans une d\u00e9pression profonde, d\u00e9vor\u00e9e par l&rsquo;angoisse, totalement \u00e9trang\u00e8re et insensible, voire hostile, \u00e0 toutes les sollicitations (riche mariage, r\u00e9ussite sociale) que peut offrir notre monde dans son \u00e9poque d&rsquo;une catastrophique pauvret\u00e9, de cette pauvret\u00e9 qui annonce les catastrophes La catastrophe, justement, change tout. Ce sera <em>Melancholia<\/em>, du nom de cette plan\u00e8te errante qui s&rsquo;approche de la terre. Tout le monde veut croire ce que la science proclame, que la collision sera \u00e9vit\u00e9e et que le si riche destin actuellement manifest\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 se poursuivra. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne d\u00e9pressive et angoiss\u00e9e sait bien que non, que la collision aura lieu. Sit\u00f4t confront\u00e9e \u00e0 la proximit\u00e9 grandissante de <em>Melancholia<\/em>, elle retrouve toute son \u00e9nergie, toute sa force, toute sa lucidit\u00e9, et soudain la voil\u00e0 d&rsquo;un calme imp\u00e9rial et apais\u00e9. Confront\u00e9e au destin tragique qu&rsquo;elle identifie, elle se lib\u00e8re de sa d\u00e9pression et \u00e9carte son angoisse d&rsquo;un esprit r\u00e9tabli et d&rsquo;un geste de cong\u00e9diement. La mort est le terme de ce destin, comme de tous les destins ; mais, \u00e9clair\u00e9e par une telle lumi\u00e8re de cette lib\u00e9ration de l&rsquo;esprit, la mort acquiert des dimensions transcendantes, presque la beaut\u00e9 d&rsquo;une promesse sacr\u00e9e. <em>Melancholia<\/em> a anim\u00e9 la transmutation de l&rsquo;humeur, et soudain elle a \u00e9lev\u00e9 l&rsquo;esprit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette question avait \u00e9t\u00e9 indirectement abord\u00e9e dans le <em>dde.crisis<\/em> du 10 janvier 2010, parlant de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_maniaco-depression_du_monde_ddecrisis_19_01_2012.html\" class=\"gen\">maniaco-d\u00e9pression<\/a> du monde, o\u00f9 une fonction faussaire fondamentale est attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aspect maniaque, tandis que la d\u00e9pression est la sanction de cette aventure dans la folie, mais la sanction dont il est donn\u00e9 de pouvoir user pour retrouver le domaine sacr\u00e9 de la conscience la plus haute. Dans ce cas, la d\u00e9pression est l&rsquo;angoisse, et l&rsquo;angoisse le moment de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ainsi dirions-nous qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re et sous la pression de la modernit\u00e9, l&rsquo;\u00e9pisode maniaque, qui est tromperie pure, inversion de la v\u00e9rit\u00e9, simulacre du monde, constitue effectivement la d\u00e9marche centrale de cette modernit\u00e9. C&rsquo;est dans ce cas que se manifeste le plus pr\u00e9cis\u00e9ment le Mal, comme si l&rsquo;individu, ou l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait compl\u00e8tement poss\u00e9d\u00e9&#769; par le Mal (sans en \u00eatre pour autant, ni la source, ni m\u00eame la substance). Et le Mal se manifeste sous son vrai visage, qui est simulation du contraire de lui-m\u00eame, inversion de la v\u00e9rit\u00e9&#769; du monde, tandis que le mouvement marqu\u00e9 par l&rsquo;obsession compulsive, par sa pression permanente et d\u00e9sordonn\u00e9e, emp\u00eache la pens\u00e9e, notamment sous la forme de la raison, de se rassembler, de se retrouver et de s&rsquo;ouvrir \u00e0 l&rsquo;intuition haute.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>On comprend que, dans ces conditions, effectivement, l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif signifie une sorte de d\u00e9fense paradoxale ; la d\u00e9pression extrait la psychologie de l&rsquo;\u00e9pisode maniaque ; elle lui impose la lourde charge d&rsquo;effectivement sentir tout le poids de la mati\u00e8re qui est dans l&rsquo;\u00e2me, mais elle permet aussi de se d\u00e9gager du tourbillon maniaque, m\u00e9nageant ainsi une chance de retrouver une certaine stabilit\u00e9 structur\u00e9e. En quelque sorte, la d\u00e9pression permet de retrouver la v\u00e9rit\u00e9 du monde, et comment cette v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame objet des attaques qu&rsquo;on a d\u00e9taill\u00e9es a conduit n\u00e9cessairement la psychologie \u00e0 la d\u00e9pression. Il s&rsquo;agit alors de d\u00e9passer les aspects n\u00e9gatifs de la d\u00e9pression pour, en s&rsquo;appuyant sur ce en quoi ces aspects rendent compte de la v\u00e9rit\u00e9 du monde, monter une d\u00e9fense puis une contre-attaque contre l&rsquo;illusion maniaque qu&rsquo;est la modernit\u00e9. Comme on le comprend, tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9voluent parall\u00e8lement, et la psychologie doit \u00e9voluer entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre selon ce qu&rsquo;elle peut, pour se sauver elle-m\u00eame, d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa m\u00e9lancolie permet de faire passer l&rsquo;angoisse de l&rsquo;aspect d\u00e9pressif n\u00e9gatif \u00e0 la puissance de riposte que suscite la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9action que certains individus, et que la situation du monde elle-m\u00eame si ces individus y sont li\u00e9s, trouvent dans la d\u00e9pression. Aristote rapporte que l&rsquo;on cite Hercule (H\u00e9racl\u00e8s), comme dot\u00e9 de cette humeur m\u00e9lancolique, ce qui para\u00eetrait singulier pour ce h\u00e9ros qui a, pour rendre service \u00e0 Atlas, port\u00e9 le monde le temps qu&rsquo;il fallait (avant de le refiler \u00e0 nouveau \u00e0 Atlas) Pourtant, s&rsquo;il est dit que l&rsquo;on prend, t\u00f4t le matin, le fardeau du monde au-dedans de soi, l&rsquo;angoisse-<em>melancholia<\/em> justifie toute sa pr\u00e9sence et sa pression et le cas d&rsquo;Hercule devient lumineux pour qui sait en user : n&rsquo;aurait-il pas trouv\u00e9 dans la <em>melancholia<\/em> qui l&rsquo;accablerait la force de porter momentan\u00e9ment le monde ? L&rsquo;angoisse-<em>melancholia<\/em> pourrait \u00eatre nomm\u00e9e, par le psychiatre tent\u00e9 par la psychanalyse, comme le complexe momentan\u00e9 d&rsquo;Hercule ; le psychiatre s&rsquo;arr\u00eaterait l\u00e0, heureux d&rsquo;avoir ainsi l&rsquo;objet d&rsquo;une communication scientifique, lanc\u00e9 alors dans l&rsquo;exploration des bas-fonds du complexe au lieu d&rsquo;en faire une base lib\u00e9ratrice pour tenter d&#8217;embrasser toute la hauteur de cette conformation \u00e9volutive de l&rsquo;humeur ; int\u00e9ress\u00e9s par la pathologie du cas plus que par la m\u00e9taphysique de la contraction crisique angoisse-\u00e9lan de sauvegarde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, Aristote parle, \u00e0 propos d&rsquo;Hercule, de m\u00e9lancolie, qui vient de la bile noire (selon la th\u00e9orie des quatre humeurs d&rsquo;Hippocrate,  le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire) : \u00ab<em>Pourquoi tous les hommes qui se sont illustr\u00e9s en philosophie, en politique, en po\u00e9sie, dans les arts, \u00e9taient-ils bilieux, et bilieux \u00e0 ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire, ainsi on cite Hercule parmi les h\u00e9ros ? Il semble qu&rsquo;en effet Hercule avait ce temp\u00e9rament ; et c&rsquo;est aussi en songeant \u00e0 lui que les Anciens ont appel\u00e9 mal sacr\u00e9 les acc\u00e8s des \u00e9pileptiques.<\/em>\u00bb   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>Wikip\u00e9dia<\/em>, qui cite cette phrase d&rsquo;Aristote, explicite cette dimension de la <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M\u00e9lancolie\" class=\"gen\">m\u00e9lancolie<\/a> qui m&rsquo;attache si particuli\u00e8rement, que je ressens avec tant de force. \u00ab<em>La m\u00e9lancolie est un trouble de l&rsquo;humeur caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9tat d\u00e9pressif, un sentiment d&rsquo;incapacit\u00e9, une absence de go\u00fbt de vivre pouvant, dans les cas les plus graves, conduire au suicide. Toutefois cette d\u00e9finition est<\/em> <strong><em>contest\u00e9e car elle serait un avatar de la modernit\u00e9.<\/em><\/strong> [] <em>Le mot est emprunt\u00e9 au latin melancholia,<\/em> [] [il] <em>signifie donc \u00e9tymologiquement la bile noire<\/em> [] <em>La m\u00e9lancolie dans le sens antique permettait de vivre le deuil,<\/em> [de] <em>se d\u00e9passer ou encore de trouver un sens \u00e0 la vie, en d&rsquo;autres termes, c&rsquo;est un passage en temps de crise (qui n&rsquo;aboutit pas toujours \u00e0 un r\u00e9sultat n\u00e9gatif). Et c&rsquo;est l\u00e0 que la m\u00e9lancolie pr\u00e9tend d\u00e9passer ces \u00e9tats de tristesses.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;angoisse est comme une main qui est une poigne de fer, la poigne de la Mati\u00e8re qui a fait incursion en vous pendant l&rsquo;heure sombre de la nuit et qui vous prend l&rsquo;estomac, le serre, le roule et le boule, et qui vous dit en ricanant,  non, en <strong>persiflant<\/strong> plut\u00f4t : Mais <strong>TU ES<\/strong> cet estomac, et rien d&rsquo;autre, toi-m\u00eame r\u00e9duit \u00e0 ton estomac, cette mis\u00e9rable poche dont la fonction basse est de transformer le noble mets en une bouillie inf\u00e2me. L&rsquo;image est lourde, comme l&rsquo;estomac, mais c&rsquo;est bien l\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;angoisse, celle qui vous assaille, vous entra\u00eenant vers le bas, vers l&rsquo;horrible sombritude ; mais vous-m\u00eame, vous d\u00e9battant dans cette bouillie inf\u00e2me, pour, justement, vous en lib\u00e9rer et vous \u00e9lancer vers le champ des id\u00e9es et de leurs repr\u00e9sentations, vous-m\u00eame conduit \u00e0 vous transmuter ! L&rsquo;enjeu est alors pos\u00e9, comment en sortir, faire en sorte d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la prison de l&rsquo;estomac en produisant des id\u00e9es et non plus une bouillie inf\u00e2me, et des id\u00e9es soudain \u00e9lev\u00e9es par la grandeur sacr\u00e9e de la lib\u00e9ration ainsi r\u00e9alis\u00e9e ; Et tu ne seras plus estomac en crise, producteur de la bouillie inf\u00e2me et toi-m\u00eame complice de cette production, mais soudain devenu le monde en crise, toi-m\u00eame observant le monde en crise et ainsi lib\u00e9r\u00e9, et enfin contemplant l&rsquo;angoisse enfin r\u00e9duite \u00e0 une vaine impuissance, \u00e0 une paralysie r\u00e9ductrice du rien. Ainsi se d\u00e9livre-t-on, chaque fois encore une fois dans le t\u00f4t matin pour mon compte, de l&rsquo;esclavage de l&rsquo;angoisse. Cet acte cathartique de lib\u00e9ration, n\u00e9cessairement vers le haut, n\u00e9cessairement vers la dimension du sacr\u00e9 qui, seule, vous donne la clef et l&rsquo;\u00e9nergie de cet \u00e9lan. La puissante <em>melancholia<\/em>, justement d\u00e9sign\u00e9e aussi comme un passage en temps de crise transmute l&rsquo;angoisse horrible<D>; l&rsquo;acte sacr\u00e9 est accompli, et le go\u00fbt du sacr\u00e9 retrouv\u00e9, ressaisi, r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la raison qui rena\u00eet \u00e0 sa fonction supr\u00eame&#8230; La crise du matin est vaincue. Le champ de la bataille est ouvert pour se saisir de la crise du monde. La t\u00e2che sacr\u00e9e commence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, vous n&#8217;emp\u00eacherez pas, bient\u00f4t, que renaisse une vague de la m\u00eame chose recommenc\u00e9e, angoisse encore insidieuse et pourtant bien connue : j&rsquo;ai r\u00e9ussi cette fois encore, mais r\u00e9ussirai-je encore, la prochaine fois, \u00e0 vaincre l&rsquo;angoisse en la transmutant ? L&rsquo;homme est une corde tendue entre le c\u00f4t\u00e9 sombre de l&rsquo;angoisse, et son c\u00f4t\u00e9 lumineux.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<h4><em>Post-Scriptum<\/em> \u00e9ventuellement angoiss\u00e9<\/h4>\n<p>Il \u00e9tait \u00e9crit, dans le premier <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_pr_sentation_19_07_2012.html\" class=\"gen\">19 courant<\/a> de cette chronique,  ceci  : \u00ab<em>Je crois que, souvent, ou bien parfois je ne sais, le texte de cette Chronique du 19 courant sera termin\u00e9e par cette Note en forme de Post Scriptum&rsquo; dont le r\u00f4le sera de clore le texte par un rappel de la situation des donations, ce 19 courant Habile, n&rsquo;est-ce pas ?<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEh bien, habile, n&rsquo;est-ce pas ,  quelle dr\u00f4le de question. Vraiment, ce n&rsquo;est pas le propos de cette chronique, ni de servir d&rsquo;argument pour la barre de comptage de nos donations, en aucune fa\u00e7on Si l&rsquo;id\u00e9e vous en vient, soyez-en remerci\u00e9 mais ne croyez pas une seule seconde que cette chronique fut \u00e9crite dans ce but.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant L&rsquo;angoisse-melancholia 19 septembre 2012 L&rsquo;angoisse est ce que je d\u00e9signerais comme une sorte d&rsquo;implacable r\u00e9ductionnisme psychologique, sur la voie de l&rsquo;entropisation. (\u00c9tymologiquement, pour angoisse: angustia [resserrement], d&rsquo;angustus, \u00e9troit, lequel vient d&rsquo;ango, serrer.) La chose, l&rsquo;angoisse et la fa\u00e7on d&rsquo;en disposer, d&rsquo;en user, tient une grande place dans ma vie psychologique et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[12787,7548,15097,7265,2995,15094,15095,2888,5639,15096,2658],"class_list":["post-73398","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-aristote","tag-eschatologie","tag-hercule","tag-humeur","tag-maniaco-depression","tag-melancholia","tag-melancolie","tag-noire","tag-nostalgie","tag-tirs","tag-von"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73398","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73398"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73398\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73398"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73398"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73398"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}