{"id":73440,"date":"2012-10-11T11:21:00","date_gmt":"2012-10-11T11:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/10\/11\/externaliser\/"},"modified":"2012-10-11T11:21:00","modified_gmt":"2012-10-11T11:21:00","slug":"externaliser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/10\/11\/externaliser\/","title":{"rendered":"Externaliser"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Externaliser<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tExternaliser  c&rsquo;est jeter hors de l&rsquo;entreprise ce qui n&rsquo;est pas rentable. L&rsquo;homme s&rsquo;externalise aussi mais on pr\u00e9f\u00e8re dire qu&rsquo;il s&rsquo;<em>ext\u00e9riorise<\/em>. L&rsquo;\u00e9tape suivante pourrait s&rsquo;appeler <em>exhibitionnisme<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a peu, t\u00e9l\u00e9phoner \u00e9tait un acte discret. Effectu\u00e9 d&rsquo;un lieu public, il ne concernait que le banal quotidien: rendez-vous remis, urgence, impr\u00e9vu. Aujourd&rsquo;hui le t\u00e9l\u00e9phoneur raconte urbi et orbi ses oublis, ses malheurs, ses bonheurs, expose avec joie son int\u00e9rieur sur la place publique. Il affecte de croire que \u00e7a laisse indiff\u00e9rent les autres tout en les int\u00e9ressant beaucoup puisque c&rsquo;est Lui, son Moi \u00e0 lui qui parle, son grand <em>Moa<\/em> bien plus pr\u00e9cieux que tous les autres <em>moa<\/em> qui \u00e9coutent. Et tous font pareil avec cette fausse ing\u00e9nuit\u00e9 et cet air scandalis\u00e9 qu&rsquo;ils vous ont quand on fait mine de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 leurs conciliabules ou que notre regard, errant dans notre environnement imm\u00e9diat, tr\u00e9buche (par obligation car il n&rsquo;y a que \u00e7a autour) sur le mignon \u00e9cran plat que ces externateurs tiennent devant leur nez et caressent de leur gros pouce ou tapotent de leurs doigts mal soign\u00e9s. Tous, cons usag\u00e9s, cons caducs ou cons d\u00e9butants externalisent sans pudeur leur sublime int\u00e9rieur, comme si le monde ext\u00e9rieur, le monde des autres n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe pauvre humain de ce d\u00e9but des ann\u00e9es deux mille  et de toutes celles qui se pr\u00e9cipitent furieusement \u00e0 sa rencontre , cogne de sa petite personne \u00e0 la porte du Rien, n&rsquo;a plus d&rsquo;autre choix pour la conforter, que de la cracher \u00e0 tout instant sur la sc\u00e8ne collective. <em>Tous<\/em> et <em>toutes<\/em> s&rsquo;aff\u00e8rent, les <em>toutes<\/em> surtout dont l&rsquo;agilit\u00e9 manuelle \u00e0 presser les touches est sup\u00e9rieure \u00e0 celle des grands singes pr\u00e9historiques que sont devenus les hommes. Leur handicap masculin \u00e9clate tous les jours davantage mais <em>toutes<\/em> et <em>tous<\/em> sont \u00e0 la m\u00eame enseigne pour ce qui est du d\u00e9risoire qui consiste \u00e0 ne plus voir le monde mais \u00e0 figer son regard, \u00e0 faire p\u00e9nitence, sur ce bout d&rsquo; \u00e9cran liquide qui monopolise les attentions des <em>Toustoutes<\/em>. Le regard humain se fixe d\u00e9sormais sur l&rsquo;objet du r\u00eave, pos\u00e9 sur la paume de la main comme le saint sacrement. M\u00eame quand l&rsquo;outil est muet, tous, mais surtout les <em>toutoutes<\/em> exhibent le troph\u00e9e portable, le tr\u00e9sor pr\u00e9cieux, la relique sainte, non au bout d&rsquo;un bras ballant et d\u00e9tendu qui serait la preuve d&rsquo;une coupable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, mais d&rsquo;un bras repli\u00e9 \u00e0 hauteur de poitrine, \u00e0 hauteur de cur, pour que, si jamais l&rsquo;\u00e9cran venait \u00e0 s&rsquo;allumer, \u00e0 montrer du message, la porteuse puisse <em>voir<\/em> imm\u00e9diatement et r\u00e9pondre illico \u00e0 ce <em>m&rsquo;as-tu vu<\/em>. En effet, seuls les yeux de la porteuse peuvent agir, ses oreilles sont sourdes, bouch\u00e9es qu&rsquo;elles sont par des micros reli\u00e9s \u00e0 des fils qui aboutissent \u00e0 une boite \u00e0 musique tenue pr\u00e8s de leur sexe. Ainsi les environs du monde, les visages cong\u00e9n\u00e8res, les couleurs du ciel, des arbres, les lointains mirobolants, les merveilleux nuages qui passent l\u00e0-bas et qui ont fait r\u00eaver tant d&rsquo;enfants amoureux d\u00e9j\u00e0 \u00e0 douze ans de la belle litt\u00e9rature, tant de futurs po\u00e8tes ont disparu! Le Satan a trouv\u00e9 enfin la solution valable pour les temps actuels : faire en sorte que l&rsquo;\u00eatre humain se concentre uniquement sur l&rsquo;\u00e9cran de sa mis\u00e8re. Ecran d&rsquo;ordinateur \u00e0 la maison et \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 partout, \u00e9cran de cin\u00e9ma lorsque la publicit\u00e9 invite les foules \u00e0 aller voir le dernier navet en trois dimensions sorti de l&rsquo;Hollywood de la m\u00e9diocrit\u00e9 ou du Bollywood du sentiment d\u00e9goulinant. Le principal c&rsquo;est d&rsquo;avoir l&rsquo;\u00e9cran, de faire \u00e9cran \u00e0 tout ce qui n&rsquo;est pas \u00e9cran et qui pourrait mettre en cause le Satan qui se love dans les cristaux liquides desdits \u00e9crans et fait de temps en temps un coucou \u00e0 son client sans que celui-ci s&rsquo;en aper\u00e7oive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9cran remplace le miroir de la sorci\u00e8re. Il n&rsquo;y a d\u00e9j\u00e0 plus autour de nous que sorci\u00e8res et sorciers pr\u00eats \u00e0 empoisonner la Blanche Neige. Dans le tram, dans la rue, ou faisant la queue pour tel ou tel \u00e9v\u00e8nement annonc\u00e9 par l&rsquo;Ecran, on les voit polir du pouce le dieu glac\u00e9 avant de faire <em>poucette<\/em> comme le dit avec une tendresse mouill\u00e9e un de nos philosophes. Avatar ultime du dieu: la tablette. Comme la surface est plus grande, les doigts branch\u00e9s glissent sur le g\u00e2teau argent\u00e9 qui leur est offert tandis que bourrus, veste cintr\u00e9e, escarpins pointus aux pieds, ils se tr\u00e9moussent sur leur si\u00e8ge TGV. La magie leur est quotidienne. Ce n&rsquo;est plus \u00abJe te touche et te gu\u00e9ris\u00bb, c&rsquo;est \u00abje le touche et me gu\u00e9ris\u00bb. Le thaumaturge, le proph\u00e8te, le gu\u00e9risseur, le r\u00e9volutionnaire n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 bien se tenir. Le Fils de Dieu est revenu dans son habit de lumi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuand l&rsquo;entreprise externalise elle garde le bon, jette le mauvais qui ne rapporte pas, le d\u00e9chet-in\u00e9vitable-d\u00e9sormais-\u00e9vitable : service client au Maroc, informatique aux Indes, personnel pay\u00e9 par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une association locale sp\u00e9cialis\u00e9e, nettoyage vendu au bougnoule du coin qui a \u00abcr\u00e9\u00e9 son entreprise\u00bb Prop-Net, Eco-Nettoyage, ou autre d\u00e9bilit\u00e9 au nom rutilant dont le patronat est fier car elles \u00abcr\u00e9ent de l&#8217;emploi\u00bb. La diff\u00e9rence d&rsquo;avec les hommes est simple. Ils rejettent certes leurs mauvais, leur poison, leur inintelligible engendr\u00e9 par la d\u00e9bilit\u00e9 du monde esp\u00e9rant que ce dernier recyclera ce d\u00e9chet mais r\u00e9alisent bient\u00f4t qu&rsquo;ils n&rsquo;ont plus rien \u00e0 garder. Une fois jet\u00e9 le mauvais, ils constatent horrifi\u00e9s qu&rsquo;il ne reste plus rien, qu&rsquo;ils sont vides, que ce qu&rsquo;ils rejettent dans les mailles de ce filet, l&rsquo;immense Toile de cette araign\u00e9e qui s&rsquo;est abattue sur le monde depuis internet, c&rsquo;est leur in\u00e9puisable nullit\u00e9 int\u00e9rieure, mais que, quand c&rsquo;est fait, il en reste toujours, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont plus que <em>\u00c7a<\/em> dedans. Dana\u00efdes \u00e0 l&rsquo;envers, ils ne sont pas sans fond ils sont le sans-fond lui-m\u00eame, incarnent la parabole biblique pleine de v\u00e9rit\u00e9: \u00ab<em>M\u00eame \u00e0 ceux qui n&rsquo;ont rien on leur enl\u00e8vera ce qu&rsquo;ils ont<\/em>\u00bb. On leur a donc tout pris de ce qui faisait leur humanit\u00e9, fiert\u00e9, joie de vivre, prestance, parole chaleureuse, honneur, et on leur a laiss\u00e9 l&rsquo;illusion qu&rsquo;ils ont r\u00e9ussi leur vie, tandis que le soir venu, ils avalent leurs tranquillisants. Quand ils votent ou s&rsquo;abstiennent c&rsquo;est majoritairement Umps. Le reste du temps ils \u00e9ructent contre le socialisme, les assist\u00e9s, les islamistes, les profiteurs de la S\u00e9cu et autre engeance qui ruinent la France alors qu&rsquo;augmente l&rsquo;imp\u00f4t sur les entrepreneurs courageux qui bossent douze heures par jour et qui eux n&rsquo;externalisent rien ou alors sur leur femme quand ils en ont. On en est l\u00e0. Quand je vois ces humains illumin\u00e9s par l&rsquo;illusion de la communication cracher leur mis\u00e8re dans leur portable, entich\u00e9s de technologie dernier cri, ce signe ostensible de la b\u00eatise narcissique, je suis partag\u00e9 entre chagrin et piti\u00e9 et ne trouve d&rsquo;autre alternative \u00e0 ce malheur collectif que celle qui consiste \u00e0 adresser la parole \u00e0 ces \u00abbouch\u00e9s-aveugl\u00e9s\u00bb, \u00e0 les obliger \u00e0 d\u00e9brancher leurs ficelles, quitter des yeux leurs miroirs. J&rsquo;offre des sourires \u00e0 ces tristes figures qui hantent nos jours et surtout \u00e0 ces enfants pris dans la mis\u00e8re de leur m\u00e8res c\u00e2bl\u00e9es, ext\u00e9nu\u00e9es, agressives, vulgaires par mauvaise \u00e9ducation et par d\u00e9sespoir et qui, les ayant enfant\u00e9s r\u00eavent de les enfant-trouver ou de les refiler \u00e0 leurs maris  quand il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 externalis\u00e9 par leur f\u00e9minisme militant , maris qui eux, bien qu&rsquo;aussi abim\u00e9s, fourbus, d\u00e9\u00e7us, trouvent encore la force de les mener \u00e0 la cr\u00e8che le matin \u00e0 7:15 dans leur M\u00e9gane ou dans leur Picasso. (Certains viennent bien \u00e9videmment \u00e0 pied, poussent bravement cette fois la poussette et non la <em>poucette<\/em>, mais ces pauvres-l\u00e0 font tellement partie du paysage qu&rsquo;on ne les voit plus).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat du monde, comment lui et les hommes qui l&rsquo;ont fabriqu\u00e9 et le fabriquent toujours, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la mort s&rsquo;en suive, \u00e9liminent tout ce qui nuit \u00e0 son <em>fonctionnement<\/em>. Les rares qui ont \u00e9vit\u00e9 le pi\u00e8ge, ou seulement une partie du pi\u00e8ge, ce sont les filles d&rsquo;Islam, les porteuses de ce voile tant d\u00e9cri\u00e9 par d&rsquo;obtus \u00abla\u00efcards\u00bb, tissu souvent choisi avec go\u00fbt qui interdit (pour combien de temps encore?) qu&rsquo;on se bouche les oreilles mais pas qu&rsquo;on se cache les yeux. Pour d\u00e9truire l&rsquo;autre partie du pi\u00e8ge, il faudrait infliger aux <em>Toustoutes<\/em> non une monstrueuse burqa mais le traitement qu&rsquo;Oedipe s&rsquo;\u00e9tait administr\u00e9 : les aveugler. Qu&rsquo;ils ne voient plus, ni le dehors ni surtout ce dedans qui fait peur. Un monde de cannes blanches quelle foule merveilleusement attentive et humaine \u00e7a ferait.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Marc Gebelin<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Externaliser Externaliser c&rsquo;est jeter hors de l&rsquo;entreprise ce qui n&rsquo;est pas rentable. L&rsquo;homme s&rsquo;externalise aussi mais on pr\u00e9f\u00e8re dire qu&rsquo;il s&rsquo;ext\u00e9riorise. L&rsquo;\u00e9tape suivante pourrait s&rsquo;appeler exhibitionnisme. Il y a peu, t\u00e9l\u00e9phoner \u00e9tait un acte discret. Effectu\u00e9 d&rsquo;un lieu public, il ne concernait que le banal quotidien: rendez-vous remis, urgence, impr\u00e9vu. 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