{"id":73555,"date":"2012-12-14T03:34:22","date_gmt":"2012-12-14T03:34:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/12\/14\/ldipe-dhier-et-daujourdhui-i\/"},"modified":"2012-12-14T03:34:22","modified_gmt":"2012-12-14T03:34:22","slug":"ldipe-dhier-et-daujourdhui-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/12\/14\/ldipe-dhier-et-daujourdhui-i\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u0152dipe d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (I)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">L&rsquo;dipe d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (I)<\/h2>\n<h4>I. Freud et Sophocle, dipe de la science et de la conscience<\/h4>\n<p>\u00ab Ma libido s&rsquo;est \u00e9veill\u00e9e envers <em>matrem<\/em>, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage fait avec elle de Leipzig \u00e0 Vienne, au cours duquel nous avons d\u00fb passer une nuit ensemble et o\u00f9 il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de la voir <em>nudam<\/em> \u00bb. Voil\u00e0 ce que dit Freud \u00e0 son ami Fliess dans une lettre c\u00e9l\u00e8bre. Le latin court-circuitant le sacril\u00e8ge du fils \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de sa m\u00e8re, de la m\u00e8re offerte \u00e0 son fils, et l&rsquo;aveu de ce dernier \u00e0 une tierce personne qui, lui pr\u00eatant son oreille, lui offre le \u00ab transfert \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus tard, \u00e0 Vienne, il assiste \u00e0 <em>dipe Roi<\/em> de Sophocle. C&rsquo;est la r\u00e9v\u00e9lation. A travers le drame d&rsquo;dipe, il embrasse l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, transpose l&rsquo;aventure du Grec dans le banal de la sienne et l&rsquo;\u00e9tend au monde. Inconsciemment, vouloir tuer son p\u00e8re et coucher avec sa m\u00e8re est la tendance de base des humains, le substrat de leur psych\u00e9. Pour Freud, Sophocle aurait mis sur sc\u00e8ne non une chose r\u00e9elle de son \u00e9poque ou d&rsquo;une \u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 la sienne, mais une histoire de toutes les \u00e9poques depuis la horde primitive jusqu\u00b4\u00e0 nos jours. Pour lui, il ne fait pas de doute que ce qui se joue dans l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 humaine d&rsquo;il y a trois mille ans  puisque Sophocle s&rsquo;inspire d&rsquo;Hom\u00e8re et met en sc\u00e8ne la Gr\u00e8ce Archa\u00efque , eh bien, \u00e7a se joue dans toutes les psych\u00e9s. \u00c7a s&rsquo;est jou\u00e9 avant Sophocle, Hom\u00e8re etc., \u00e7a se joue \u00e0 son \u00e9poque, \u00e7a se jouera toujours. L&rsquo;histoire est arr\u00eat\u00e9e car le g\u00e9nie Freud en a saisi le moteur immobile. Le Roi de l&rsquo;histoire c&rsquo;est l&rsquo;<em>Invariant<\/em>. Rien n&rsquo;est nouveau sous le soleil.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAffirmer cela n&rsquo;est pas le d\u00e9montrer mais pour lui, \u00e0 ce moment de sa vie, \u00e7a a la force d&rsquo;une \u00e9vidence. Il faut se mettre dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qui pr\u00e9side \u00e0 cette d\u00e9couverte induite par la collision de trois \u00e9l\u00e9ments: une sc\u00e8ne nocturne et br\u00e8ve de l&rsquo;enfance, une autre longue de la vie familiale o\u00f9 il s&rsquo;observe observant ses rapports \u00e0 son p\u00e8re et \u00e0 sa m\u00e8re et enfin, cach\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 d&rsquo;un parterre, une \u00e9blouissante lumi\u00e8re o\u00f9 se fondent d&rsquo;un coup les trois \u00e9l\u00e9ments, dipe-Roi. La pi\u00e8ce est le catalyseur qui ach\u00e8ve de le convaincre, l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement artistique et historique qui enrichit la m\u00e9decine. Histoire d&rsquo;ailleurs non horizontale, <em>diachronique<\/em>, plut\u00f4t verticale, celle du philosophe et du th\u00e9ologien, l&rsquo;histoire <em>synchronique<\/em>. Il trouve en elle ce qui ne varie pas, ce qui en est la trame infra-temporelle. Il en saisit l&rsquo;Alpha et l&rsquo;Om\u00e9ga, la Fin, qui est de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 l&rsquo;homme debout la permanence d&rsquo;un D\u00e9sir couch\u00e9 \u00e0 sa porte&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tdipe Roi est \u00e9crit vers 450 alors qu&rsquo;Ath\u00e8nes conna\u00eet un rayonnement \u00e9conomique et culturel puissant, jouit d&rsquo;un syst\u00e8me politique original qu&rsquo;elle nomme <em>d\u00e9mocratie<\/em> et qui sera appel\u00e9 bien plus tard \u00e0 un succ\u00e8s encore plus grand que le mythe d&rsquo;dipe \u00e0 moins que ce syst\u00e8me ne soit aussi un mythe. Il serait f\u00e9cond de mettre les deux miroirs en parall\u00e8le, le d\u00e9mocratique ayant peut-\u00eatre les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s que le maternel, celles de la satisfaction pleine de soi et la complaisance \u00e0 se croire sup\u00e9rieur. Toujours est-il que deux mille cinq cent ans plus tard, apr\u00e8s des \u00e9pisodes de \u00ab derri\u00e8re le miroir \u00bb, il passe pour \u00eatre le socle de notre occident b\u00e2ti sur le d\u00e9senchantement du monde, sur le la\u00efque, et donc fruit de la Raison, autre conqu\u00eate grecque. Cette d\u00e9couverte de Freud, ce r\u00f4le essentiel qu&rsquo;il attribue \u00e0 l&rsquo;aventure dipienne comme facteur fondamental de la psych\u00e9 humaine, comme le complexe qui en r\u00e9v\u00e8le le cach\u00e9, passe aujourd&rsquo;hui pour indiscutable, voire scientifique. Scientifique pas au sens de science <em>dure<\/em>, mais pas non plus au sens de <em>molle<\/em> que sont aux yeux des rigoureux les concepts sociologiques, linguistiques, historiques ou \u00e9conomiques par lesquels se fait jour la tentative -jamais pleinement aboutie- d&rsquo;\u00e9laborer des mod\u00e8les s\u00fbrs et d\u00e9montrables. Cet \u00e9chec relatif tenant \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;orgueil et \u00e0 la modestie qui pr\u00e9sid\u00e8rent \u00e0 la naissance de la Science dite Humaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa science non humaine elle, est assise sur le tr\u00e9pied de l&rsquo;<em>observation<\/em> du ph\u00e9nom\u00e8ne, de l&rsquo;<em>hypoth\u00e8se<\/em> qui l&rsquo;explique et des <em>exp\u00e9riences<\/em> qui la confirment. Devant un ph\u00e9nom\u00e8ne inexpliqu\u00e9 par les connaissances du moment, je fais une hypoth\u00e8se : La lumi\u00e8re est une onde et un corpuscule par exemple et je v\u00e9rifie par les exp\u00e9riences appropri\u00e9es. Apr\u00e8s quoi, je peux en principe savoir si l&rsquo;hypoth\u00e8se est juste. Mais je peux aussi penser que les exp\u00e9riences ne sont pas assez probantes car r\u00e9alis\u00e9es dans des situations non enti\u00e8rement maitris\u00e9es. Bref, en science on avance certes gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intelligence du penseur mais on avance aussi comme les aveugles, par t\u00e2tonnements. Les penseurs sont des dipe marchant vers Colone au bras de leur fille. C&rsquo;est en palpant le terrain de leur songe \u00e0 venir ou de leur souvenir pass\u00e9 qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent les lois nouvelles. Ceci est valable pour les sciences dures que sont la physique et la chimie ainsi que la math\u00e9matique utilis\u00e9e pour les \u00e9lucider, mais est valable aussi dans les molles que sont les sciences humaines. L\u00e0, on fait \u00e9galement des hypoth\u00e8ses et on tente de les v\u00e9rifier par <em>exp\u00e9rience<\/em>. Est-ce possible en histoire, science par d\u00e9finition non exp\u00e9rimentale? Peut-on faire des hypoth\u00e8ses par d\u00e9faut ? Le nez de Cl\u00e9op\u00e2tre selon Pascal n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait une boutade, si bien que la question de savoir pourquoi le D\u00e9barquement eut lieu le 6 juin 1944, pas avant, et pas ailleurs qu&rsquo;en Normandie, est pertinente. Pourquoi ce <em>D\u00e9barquement<\/em>, tr\u00e8s al\u00e9atoire de l&rsquo;avis m\u00eame d&rsquo;Eisenhower, alors que l&rsquo;Italie \u00e9tait lib\u00e9r\u00e9e et donnait acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;Allemagne sans recourir \u00e0 la moindre p\u00e9niche? Et enfin pourquoi Hitler ne le contra-t-il pas vraiment? Le comprendre c&rsquo;est faire des hypoth\u00e8ses sur les autres options possibles qu&rsquo;on d\u00e9couvre plus tard dans les documents officiels ou les confidences d&rsquo;hommes politiques vieillissants. Depuis des lustres on fait l&rsquo;hypoth\u00e8se que P\u00e9tain \u00e9tait plus antis\u00e9mite que les antis\u00e9mites. On en a eu confirmation r\u00e9cemment par un t\u00e9moin discret qui sortit de sa poche une \u00e9criture in\u00e9dite du mar\u00e9chal. Et si, d&rsquo;autres r\u00e9v\u00e9lations aidant, on d\u00e9couvrait soudain que la petite sur de la Solution Finale devan\u00e7a \u00e0 Vichy la grande de Berlin? Je propose pour ma part l&rsquo;hypoth\u00e8se que le fameux mar\u00e9chal fut pire qu&rsquo;on l&rsquo;a dit. Qu&rsquo;il ne fut pas de Verdun ce sauveur qu&rsquo;on dit, mais que, par une pente irr\u00e9sistible de son \u00eatre il trahit la France de bout en bout et que les Fran\u00e7ais lui en sont reconnaissants. On en voit aujourd&rsquo;hui des traces en ce que les enfants de ces Fran\u00e7ais l\u00e0, cette majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais l\u00e0, adorent l&rsquo;Allemagne, la louent sans cesse, pr\u00e9f\u00e8rent Louis le Germanique \u00e0 Louis le Pieux et m\u00e9prisent Lothaire. C&rsquo;est une hypoth\u00e8se qui trouve sa v\u00e9rification dans la longue dur\u00e9e, o\u00f9 en temps de crise, nos dirigeants, de Coblence 1790, \u00e0 Baden Baden 1968 et \u00e0 Francfort 1992, prennent le teuton blond pour mod\u00e8le jusqu&rsquo;\u00e0 faire de son deutsche mark leur euro. Une autre hypoth\u00e8se, \u00e9mise d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es vingt, que Joffre \u00e9tait un incomp\u00e9tent born\u00e9 et Nivelle un arrogant incapable a \u00e9t\u00e9 depuis v\u00e9rifi\u00e9e. En histoire, simplement, les politiques laissent \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience le temps de tourner sa veste afin que ne soient pas menac\u00e9s d&rsquo;\u00e9chafaud les strat\u00e8ges qui en con\u00e7urent l&rsquo;hypoth\u00e8se. L&rsquo;exp\u00e9rience enfin qui suivit la divine surprise de mai 1940, confirma \u00e9galement l&rsquo;hypoth\u00e8se hardie que la guerre est une chose trop s\u00e9rieuse pour \u00eatre confi\u00e9e aux militaires et que les civils ne valaient pas mieux. On pourrait citer d&rsquo;autres exp\u00e9riences faites dans le sang de l&rsquo;histoire et conformes \u00e0 d&rsquo;audacieuses hypoth\u00e8ses. Et en psychologie me direz-vous puisque vous nous parlez d&rsquo;dipe? Eh bien, l\u00e0 aussi tr\u00f4ne l&rsquo;exp\u00e9rience. Les psychologues font des tests. Les tests sont des exp\u00e9riences, mais des exp\u00e9riences dont le bien fond\u00e9 est jug\u00e9 plus ou moins pertinent par les psychologues eux-m\u00eames et plus encore par leurs patients. Elles seront donc plus al\u00e9atoires qu&rsquo;en physique vu que, comme en histoire, on a \u00e0 faire ici \u00e0 du vivant, vivant que beaucoup pourtant adorent enterrer avant l&rsquo;heure, l&rsquo;euthanasie des consciences offrant \u00e0 ces d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s provisoires l&rsquo;occasion de proposer en miroir l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de celle du corps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Archim\u00e8de Freud a son <em>eur\u00eaka<\/em> de g\u00e9nie. Il voit une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre comme le Grec voit son corps flotter dans l&rsquo;eau alors que d&rsquo;autres ne flottent pas. Trouvaille donc : tous les humains depuis les temps les plus lointains (cent mille, trois cent mille ans?) du fait de leur reproduction vivipare sont fabriqu\u00e9s dans maman, donc attach\u00e9s \u00e0 elle, nostalgiques d&rsquo;elle et donc port\u00e9s \u00e0 repousser papa ce g\u00eaneur qui n&rsquo;est l\u00e0 que pour s\u00e9parer cruellement l&rsquo;enfant de l&rsquo;enfanteuse. C&rsquo;est une loi peut-\u00eatre moins dure que le carr\u00e9 de l&rsquo;hypot\u00e9nuse mais aussi vraie que celle d&rsquo;Archim\u00e8de. Peut-on faire des exp\u00e9riences pour la prouver? Oui. Il suffit d&rsquo;enfanter, il suffit aux hommes de faire des enfants et de voir d&rsquo;abord qu&rsquo;ils flottent dans le placenta, que le beau navire maman est l&rsquo;amiral, papa le p\u00e9trolier ravitailleur, maman toujours connue et reconnue, papa non (surtout si maman ne le nomme pas p\u00e8re par sa parole); maman comprend, papa juge; maman prot\u00e8ge, papa expose; maman tend \u00e0 retenir dedans, papa \u00e0 \u00e9duquer (ex ducare, conduire dehors) etc. Cet aller-retour, ce jeu de ballon prisonnier dans lequel est impliqu\u00e9 l&rsquo;enfant, peut s&rsquo;exprimer par un concept de la psychanalyse, le <MI>fort da (le <em>en-avantici<\/em>) dans la dynamique duquel le nouveau venu au monde essaye de se construire pris qu&rsquo;il est dans cette double et \u00e9lastique <em>pathologie<\/em>. Pour ce qui est du gar\u00e7on: tuer papa, coucher avec maman, oublier le futur, s&rsquo;accrocher au pass\u00e9. Pour la fille, c&rsquo;est plus subtil et ce n&rsquo;est pas directement le sujet d&rsquo;dipe Roi, m\u00eame si la pendaison finale de Jocaste mais surtout d&rsquo;Antigone \u00e9mue du cadavre de son fr\u00e8re, soul\u00e8ve un sacr\u00e9 probl\u00e8me sacr\u00e9 qui barre \u00e0 la fille le chemin d&rsquo;un futur. Peut-\u00eatre une autre trag\u00e9die perdue, une aussi vieille que le monde, nous le dira si jamais nous la d\u00e9couvrons plus dans nos archives affectives que dans les documents d&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSophocle dans sa pi\u00e8ce montre l&rsquo;<em>extr\u00eame<\/em>, nous fait peur avec. Il donne au spectateur un <strong>symbolon<\/strong> (1) \u00e0 tenir, sachant que l&rsquo;autre moiti\u00e9 de <em>la chose pulsionnelle<\/em> est <em>dans la main des dieux<\/em>. Et m\u00eame si ces dieux emplissent le ciel de l&rsquo;\u00e2me hell\u00e9nique de leur pr\u00e9sence, les dipe en 450 av. JC sont-ils plus nombreux qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui ? Le Grec d&rsquo;alors, qui par la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale d\u00e9couvre cette dimension, ne va pas se crever les yeux en sortant. Sophocle effraye ses concitoyens pour les faire r\u00e9fl\u00e9chir, pas \u00e0 la chose incestueuse, non, mais \u00e0 la <MI>tendance qui les habite. Il a vu <em>la tendance<\/em>, l&rsquo;a auscult\u00e9e. Il transmet. L&rsquo;artiste est instructeur, grand-pr\u00eatre, chercheur. Son art ne se s\u00e9pare pas d&rsquo;un enseignement, est fait pour \u00eatre montr\u00e9 afin que la foule s&rsquo;en inspire, se purifie, s&rsquo;amende si elle est sur un mauvais chemin, \u00e9volue, tire le\u00e7on de ce que l&rsquo;artiste lui met sous le nez. On peut dire de Sophocle, des dramaturges de son \u00e9poque  comme de la n\u00f4tre , que leur fonction d&rsquo;\u00e9claireur surpasse leur fonction d&rsquo;artiste, car leur art est un art de parole et de sens directement intelligible, ce qui n&rsquo;est pas le cas pour la sculpture, la musique, ou l&rsquo;architecture. L&rsquo;artiste, est un Freud au carr\u00e9, un Freud musicien, un Freud po\u00e8te, peut-\u00eatre le seul vrai psychologue. Ce que Freud voulait \u00eatre au fond, et \u00e9tait un peu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette vision de la cr\u00e9ation artistique comme recherche et d\u00e9couverte du vrai, obs\u00e8de Freud. Il en fait la th\u00e9orie. L&rsquo;artiste <em>d\u00e9passe<\/em>. Il a vocation \u00e0 \u00eatre raccourci car ce <strong>d\u00e9passer<\/strong> g\u00e8ne la bien pensance qui r\u00e8gne \u00e0 toute \u00e9poque. Une uvre d&rsquo;art est un <strong>exc\u00e8s<\/strong>, un exc\u00e8s justifi\u00e9 eu \u00e9gard \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution, au perfectionnement hypoth\u00e9tique mais n\u00e9cessaire de l&rsquo;homme, un exc\u00e8s qu&rsquo;il appellera dans ses concepts <strong>hyst\u00e9rie r\u00e9ussie<\/strong>, quelque chose qui vient peut-\u00eatre d&rsquo;une certaine forme de maladie mais qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e9vite de tomber dans une plus grave encore qui est le lot de tous les humains, ces pauvres malades qui s&rsquo;ignorent. Telle sera la conclusion de Freud : <strong>l&rsquo;homme est malade, peut \u00eatre soign\u00e9, doit \u00eatre gu\u00e9ri<\/strong>. Les artistes, malades sup\u00e9rieurs par leur perception de l&rsquo;<em>exc\u00e8s<\/em> qui les travaille, sont donc les soigneurs id\u00e9aux des malades inf\u00e9rieurs. Ils leur disent que leur gu\u00e9rison passe par des yeux non band\u00e9s ou crev\u00e9s. Enfin, Freud ne le dit pas clairement mais cela d\u00e9coule de sa d\u00e9marche, il estime que lorsque la psychanalyse aura atteint son plein r\u00e9gime, les folies mises en sc\u00e8ne du genre Sophocle ou Dosto\u00efevski ne seront plus de saison. Selon sa c\u00e9l\u00e8bre formule, le Ich, sera advenu. <strong>Wo es war soll ich werden<\/strong>, qu&rsquo;on traduit par <strong>l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a est, (le) je dois advenir<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire, que la lumi\u00e8re soit l\u00e0 o\u00f9 est l&rsquo;obscur. Mais pour faire comprendre, il faut forcer le trait, pousser au drame, \u00eatre ce qu&rsquo;on dirait aujourd&rsquo;hui m\u00e9diatique. Sophocle a laiss\u00e9 croire que l&rsquo;exception \u00e9tait peut-\u00eatre plus souvent la r\u00e8gle qu&rsquo;on ne voulait bien l&rsquo;admettre, que les seules <em>tendances<\/em> \u00e0 l&rsquo;inceste et au meurtre pouvaient \u00eatre aussi d\u00e9vastatrices dans la vie que les actes eux-m\u00eames, que les Grecs de son temps avaient besoin qu&rsquo;on leur mette leurs tendances inconscientes sous le nez, qu&rsquo;ils devaient eux aussi, non se coucher sur le divan qui n&rsquo;existe pas encore, mais, assis sur les pierres froides de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre, subir la <strong>catharsis<\/strong>, purification par la repr\u00e9sentation consciente de leur inconscient <strong>sur la sc\u00e8ne de leur Moi<\/strong>. Sophocle \u00e9tait peut-\u00eatre un malade qui s&rsquo;ignorait mais \u00e9tait aussi un m\u00e9decin qui ne s&rsquo;ignorait pas, un Freud hell\u00e8ne, un Socrate dou\u00e9 des talents d&rsquo;Ascl\u00e9pios, un m\u00e9decin-pr\u00eatre comme Freud. Un Tir\u00e9sias m\u00e9connu. Au fond, Freud et Sophocle \u00e9taient deux <em>dioskuroi<\/em>, deux fils de Zeus. D&rsquo;o\u00f9 leur rencontre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDonc, \u00e0 ce moment, paradoxe excellent, Freud convaincu de l&rsquo;Invariance de l&rsquo;humain est en m\u00eame temps s\u00fbr de d\u00e9tenir le rem\u00e8de par lequel sera actualis\u00e9 cet humain \u00e9ternel. Par sa d\u00e9couverte, il va permettre ce que le Grec philosophe d&rsquo;antan proposait \u00e0 son contemporain  sans trop pr\u00e9ciser le mode d&#8217;emploi , le fameux<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>Connais-toi toi-m\u00eame et tu conna\u00eetras l&rsquo;univers et les dieux.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, avoir compris, lui homme du XXe si\u00e8cle, comment devait \u00eatre comprise une uvre du Ve si\u00e8cle av JC, avoir ressenti en soi des choses identiques \u00e0 celles que les Grecs de l&rsquo;\u00e9poque ressentaient et qui sont expos\u00e9es dans la pi\u00e8ce, fait de Freud le premier critique litt\u00e9raire transhistorique. Il ne fait que rappeler le po\u00e9tique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>O \u00e9tranger qui croit que je ne suis pas toi !<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi je suis comme \u00e7a se dit Freud, c&rsquo;est que tous les humains le sont car, comme Baudelaire et mieux que lui, je contiens les humains pass\u00e9s et \u00e0 venir. <em>Rien de ce qui est humain ne m&rsquo;est \u00e9tranger<\/em>. Un homme vaut tous les hommes, \u00e0 plus forte raison l&rsquo;homme exceptionnel contient les vulgaires de tout temps ; la <em>Partie<\/em> (sup\u00e9rieure) c&rsquo;est le <em>Tout<\/em>, avale l&rsquo;ancien <em>tout<\/em> qui devient ainsi meilleur que le premier. Cette fa\u00e7on de voir s&rsquo;appelle induction, extrapolation. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que la d\u00e9duction que la science dure affectionne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 le premier point de la nouvelle science molle : un Homme les vaut tous, tous les hommes ont un noyau identique, depuis toujours sentent pareil, pensent pareil, veulent pareil, jouissent pareil, ha\u00efssent et aiment pareil, refoulent pareil, donc n&rsquo;ont pas \u00e9volu\u00e9! Entre un Grec hom\u00e9rique, un Egyptien sous Ch\u00e9ops, un Babylonien d&rsquo;Ur et un Freud du XXe si\u00e8cle la diff\u00e9rence est n\u00e9gligeable, le noyau identique. Freud a arr\u00eat\u00e9 l&rsquo;histoire, a trouv\u00e9 la cl\u00e9 de son immobilit\u00e9, de son Eternel retour. <em>Rien n&rsquo;est nouveau sous le soleil<\/em>, comme le dit l&rsquo;Eccl\u00e9siaste que Freud a lu. Et si ce n&rsquo;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait exact ? Si diachronie et synchronie pouvaient se marier d&rsquo;une fa\u00e7on subtile que Freud m\u00e9connaissait ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me point compl\u00e8te le premier. L&rsquo;interpr\u00e9tation que je fais d\u00b4dipe est la bonne, il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre car sinon toute ma th\u00e9orie s&rsquo;\u00e9croulerait et je n&rsquo;y tiens pas. Mieux, toutes les autres qui ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es depuis, m\u00eame si leur v\u00e9racit\u00e9 semble sup\u00e9rieure \u00e0 la mienne ou seulement \u00e9quivalente, ne changent rien, car tous ceux qui maintenant ont fait de la psychanalyse un m\u00e9tier (m\u00e9decin, professeurs, anthropologues, psychologues), ne s&rsquo;y int\u00e9resseront pas car ils ne prendront pas le risque de scier la branche sur laquelle ils sont assis. C&rsquo;est humain. Donc, mon interpr\u00e9tation d&rsquo;dipe est trois fois vraie. D&rsquo;abord parce qu&rsquo;inspir\u00e9e de ma m\u00e8re elle fut sublime \u00e0 sa naissance, ensuite parce qu\u00b4entre temps un large public s\u00b4est habitu\u00e9 \u00e0 elle, enfin  c&rsquo;est le plus important , parce que le f\u00e9minisme l&rsquo;a adopt\u00e9e. Nous voici arriv\u00e9s au cur du probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi donc, dans un train de nuit, une m\u00e8re vous parle de <em>l&rsquo;dipe de son fils<\/em>, sondez son cur et ses reins et sentez combien sa pens\u00e9e est pleine du <em>je castre<\/em>. Quand plus tard elle vous voit aveugle errer par le monde sans savoir ce que vous voulez faire, sentez combien elle est s\u00fbre que le monde sans les Antigone irait \u00e0 sa perte. Antigone, c&rsquo;est Jocaste allum\u00e9e en dedans, Jocaste ressuscit\u00e9e apr\u00e8s pendaison, la <em>mater abusiva<\/em> mut\u00e9e en <em>figlia dolorosa<\/em>, l&rsquo;anti-p\u00e8re chang\u00e9e en pro-p\u00e8re (p\u00e8re-mort bien s\u00fbr). Voil\u00e0 o\u00f9 en est aujourd&rsquo;hui la psychanalyse, massivement investie par les femmes, les f\u00e9ministes, celles qui ont l&rsquo;astuce supr\u00eame de faire de Lacan leur Diog\u00e8ne \u00e0 la lanterne, d&rsquo;\u00e9crire sur leur carte de visite, \u00e0 l&rsquo;encre sympathique  Madame X, Fille de P\u00e8re Effac\u00e9 , de s&rsquo;en faire leur guide conduit, leur impuissant mais combien \u00e9mouvant dipe aux yeux \u00e9teints. Etonnons-nous qu&rsquo;il y ait de plus en plus de sceptiques, des qui ne se soient pas forc\u00e9ment crev\u00e9 les yeux devant les manuvres de maman et qui, d&rsquo;un il non chassieux, observent en connaisseurs la belle Jocaste-Antigone guidant les m\u00e2les marchant \u00e0 l&rsquo;aide du fameux trois pieds  d\u00e9sormais de la vieillesse , qui autrefois, dans sa jeunesse, fut le cur de l&rsquo;\u00e9nigme sphinxuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(A suivre)<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Marc G\u00e9belin<\/p>\n<\/p>\n<h4>NOTE<\/h4>\n<p>(1)  Symbole : du grec ancien sumbolon, qui d\u00e9rive du verbe symballein (de syn-, avec, et -ballein, jeter, donc jeter ensemble). Le sumbolon \u00e9tait constitu\u00e9 des deux morceaux d&rsquo;un objet bris\u00e9, de sorte que leur r\u00e9union, par un assemblage parfait, constituait la preuve de leur origine commune, \u00e9tait un signe de reconnaissance entre deux contractants. Le symbole, originellement, permet \u00e0 l&rsquo;homme de reconna\u00eetre le dieu.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;dipe d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (I) I. Freud et Sophocle, dipe de la science et de la conscience \u00ab Ma libido s&rsquo;est \u00e9veill\u00e9e envers matrem, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage fait avec elle de Leipzig \u00e0 Vienne, au cours duquel nous avons d\u00fb passer une nuit ensemble et o\u00f9 il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de la voir nudam&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[3837,9519,11880,15283],"class_list":["post-73555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-feminisme","tag-freud","tag-gebelin","tag-sophocle"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}