{"id":73567,"date":"2013-11-28T05:34:02","date_gmt":"2013-11-28T05:34:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/28\/la-grace-de-lhistoire-deuxieme-livre-iv\/"},"modified":"2013-11-28T05:34:02","modified_gmt":"2013-11-28T05:34:02","slug":"la-grace-de-lhistoire-deuxieme-livre-iv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/28\/la-grace-de-lhistoire-deuxieme-livre-iv\/","title":{"rendered":"<em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> : Deuxi\u00e8me Livre (IV)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\"><em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> : Deuxi\u00e8me Livre (IV)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>28 novembre 2013 &ndash; Nous avons tenu nos lecteurs \u00e9pisodiquement inform\u00e9s des avatars divers caract\u00e9risant l&rsquo;\u00e9volution de la structure de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. On sait d\u00e9sormais que le volume unique de l&rsquo;origine s&rsquo;est scind\u00e9 en trois tomes (voir notre \u00ab\u00a0<em>La Gr\u00e2ce&#8230; Carnet de bord-1<\/em>\u00ab\u00a0, du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_gr_ce_carnet_de_bord-1_17_07_2013.html\">17 juillet 2013<\/a>). Depuis, l&rsquo;\u00e9volution s&rsquo;est poursuivie, et les trois tomes ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s, respectivement <em>Troisi\u00e8me cercle<\/em>, <em>Deuxi\u00e8me Cercle<\/em>, <em>Premier Cercle<\/em>, dans l&rsquo;ordre inverse des tomes I, II et III. Nous nous expliquons de cela dans \u00ab\u00a0<em>La Gr\u00e2ce&#8230; Carnet de bord-3<\/em>\u00a0\u00bb du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_gr_ce_carnet_de_bord-3_27_11_2013.html\">27 novembre 2013<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, nous pr\u00e9sentons la Troisi\u00e8me Partie de ce qui est d\u00e9sormais le deuxi\u00e8me tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. (Voir ce m\u00eame <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-deuxi_me_livre_iv_les_lumi_res_l_aune_du_persiflage_28_11_2013.html\">28 novembre 2013<\/a>.) Il s&rsquo;agit du \u00ab\u00a0si\u00e8cle du persiflage\u00a0\u00bb, ou le XVIII\u00e8me si\u00e8cle domin\u00e9 par ce mot de \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb (le titre de cette Partie : <em>Les Lumi\u00e8res \u00e0 l&rsquo;aune du persiflage<\/em>). Il s&rsquo;agit de mettre en \u00e9vidence ce que nous jugeons \u00eatre le ph\u00e9nom\u00e8ne principal, selon notre d\u00e9marche analytique et notre m\u00e9thodologie, qui permit \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement que nous nommons \u00ab\u00a0<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_d_cha_nement_de_la_mati_re__05_11_2012.html\">d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/a>\u00a0\u00bb de se produire dans toute sa puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Un retournement de la perception<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette partie du r\u00e9cit, nous essayons d&rsquo;abord de pr\u00e9senter ce que nous percevons, <strong>sous forme d&rsquo;hypoth\u00e8se fondamentale<\/strong>, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel, \u00e0 la fois psychologique (directement) et intellectuel (indirectement, par les cons\u00e9quences du pr\u00e9c\u00e9dent). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement de la perception qui s&rsquo;est d\u00e9clench\u00e9 \u00e0 partir de la Renaissance et a assur\u00e9 une perception de la modernit\u00e9 qui s&rsquo;installait dans la civilisation, dans toute sa vertu pr\u00e9sent\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on reconstruite, comme une \u00e9vidente pr\u00e9monition, presque comme une sorte de \u00ab\u00a0d\u00e9cret de nature\u00a0\u00bb qui serait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9nonc\u00e9 comme ceci : \u00ab\u00a0Voici le vertu politique et la vertu morale, et maintenant voici la modernit\u00e9 qui en est l&rsquo;expression historique et op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb, &ndash; comme si, <strong>par avance<\/strong>, la modernit\u00e9 ne pouvait \u00eatre que vertueuse, politiquement et moralement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de renversement de la perception impos\u00e9 par la course des \u00e9v\u00e9nements et par leur torsion de sens, l&rsquo;avenir telle qu&rsquo;elle est in\u00e9luctablement promise \u00e0 \u00eatre devenant la source du pass\u00e9 qui serait reconstitu\u00e9 \u00e0 partir de lui et qui le fut effectivement. L&rsquo;origine de ce ph\u00e9nom\u00e8ne hypoth\u00e9tique reste \u00e0 d\u00e9terminer, et nous y reviendrons \u00e9videmment selon une forme d&rsquo;analyse diff\u00e9rente. Il reste que, pour notre propos, le ph\u00e9nom\u00e8ne constitue un facteur fondamental de l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e, avec une psychologie \u00e0 mesure et rapidement conquise pour y aider d\u00e9cisivement, avec une tendance aux d\u00e9lices de la rupture et \u00e0 l&rsquo;ivresse de consid\u00e9rer ce qui \u00e9tait soudain per\u00e7u comme le triomphe de la connaissance et du destin humains, enfin avec une tournure de l&rsquo;esprit lui correspondant qui s&rsquo;est form\u00e9e dans ce sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Selon l&rsquo;approche hypoth\u00e9tique du r\u00e9cit, ce fantastique tournant dans la perception consiste donc \u00e0 substituer l&rsquo;avenir selon la modernit\u00e9 au pass\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la Tradition comme r\u00e9f\u00e9rence exclusive de la conception du d\u00e9veloppement de la civilisation, avec la manipulation qui va avec d'\u00a0\u00bbarranger\u00a0\u00bb l&rsquo;histoire, r\u00e9crite selon la nouvelle perception, c&rsquo;est-\u00e0-dire recompos\u00e9e selon l&rsquo;imp\u00e9ratif de l&rsquo;avenir de la modernit\u00e9. D\u00e9sormais, le pass\u00e9 devait gagner sa <strong>justification d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9<\/strong> dans la d\u00e9monstration de sa maestria \u00e0 pr\u00e9parer l&rsquo;avenir de la modernit\u00e9, \u00e0 la justifier, \u00e0 la glorifier avant m\u00eame qu&rsquo;elle ne soit. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus \u00ab\u00a0du pass\u00e9 faisons table rase\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0du pass\u00e9 faisons table dress\u00e9e \u00e0 la gloire de la modernit\u00e9\u00a0\u00bb ; le pass\u00e9 ainsi recompos\u00e9 en acqu\u00e9rait la vertu de pr\u00e9monition, voire de divination, dont la grandeur et l&rsquo;irr\u00e9fragabilit\u00e9 de la modernit\u00e9 seraient la preuve intangible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, l&rsquo;acte principal de ce retournement de la perception se constituait dans une suppression massive du pass\u00e9 tel qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 jusqu&rsquo;ici, par le fait m\u00eame de la transmission des enseignements de la Tradition qu&rsquo;on fixait aux origines. Cette appr\u00e9ciation hypoth\u00e9tique que l&rsquo;on juge li\u00e9e directement \u00e0 la dynamique conceptuelle de la Renaissance repr\u00e9sente une imagerie fabriqu\u00e9e, une <em>narrative<\/em> d&rsquo;une sorte d&rsquo;Acte d&rsquo;Emancipation de la pens\u00e9e humaine, cette \u00e9mancipation \u00e9tant par cons\u00e9quent li\u00e9e \u00e0 la modernit\u00e9 elle-m\u00eame tributaire de ce renversement de la conception. Ainsi oriente-t-on les psychologies, au nom de leur ouverture \u00e0 la modernit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 exigeante avant m\u00eame d&rsquo;exister, vers une position de vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame par rapport aux pressions conceptuelles qui se manifesteront effectivement \u00e0 mesure de l&rsquo;avancement vers puis dans la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, voici un extrait du texte mis en ligne, de la partie qui tente d&rsquo;exposer ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Extrait-I de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire <\/em>(II\/3)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Quel retournement, disions-nous plus haut ! Par \u00ab\u00a0retournement\u00a0\u00bb, plus que jamais apr\u00e8s les pr\u00e9c\u00e9dentes Parties o&ugrave; l&rsquo;on \u00e9voque notamment le cas d&rsquo;Agrippa et celui de Louis Bayle, nous entendons que la conception g\u00e9n\u00e9rale des p\u00e9riodes que nous avons tent\u00e9es de d\u00e9crire se tord, se d\u00e9bat, se subvertit, se d\u00e9chire presque, &ndash; et enfin, se retourne compl\u00e8tement, &ndash; ou s&rsquo;invertit, si vous pr\u00e9f\u00e9rez&hellip; Jusqu&rsquo;alors cette conception des choses du pass\u00e9 et de leur histoire \u00e9tait organis\u00e9e selon les perceptions des psychologies accord\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire collective et aux sensibilit\u00e9s de l&rsquo;esprit de ces temps, en r\u00e9f\u00e9rence sans h\u00e9sitation \u00e0 l&rsquo;illumination de leur propre pass\u00e9 jusqu&rsquo;aux temps les plus anciens de la Tradition. Le retournement que nous constatons rend la conception d\u00e9sormais invertie insaisissable dans son \u00e9volution et in\u00e9luctable dans son verdict, elle qui pr\u00e9tend d\u00e9sormais transformer le temps historique, qui pr\u00e9tend le <strong>transmuter<\/strong> ; il rend la transmutation ainsi sugg\u00e9r\u00e9e incompr\u00e9hensible et donc inacceptable pour les observateurs qui ont l&rsquo;esprit court, impuissants \u00e0 saisir le <strong>sens<\/strong> de l&rsquo;inversion puisqu&rsquo;ignorants du mod\u00e8le initial ou le m\u00e9prisant, incapables d&#8217;embrasser la tromperie ainsi r\u00e9alis\u00e9e et finalement ridiculisant m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il ait pu y avoir tromperie pour pouvoir s&rsquo;en sortir eux-m\u00eames intellectuellement et moralement sains et saufs par rapport \u00e0 ce que je nommerais trivialement \u00ab\u00a0les consignes du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb &hellip; Le voile tombe sur ce th\u00e9\u00e2tre et le retournement s&rsquo;ach\u00e8ve, dans sa r\u00e9alisation autant que dans l&rsquo;incompr\u00e9hension qui accompagne sa production.. Il finit par acqu\u00e9rir la force d&rsquo;une rupture totale, impos\u00e9e \u00e0 notre perception (\u00e0 notre psychologie), sans que l&rsquo;esprit s&rsquo;en avise par cons\u00e9quent, bient\u00f4t ordonn\u00e9e selon la <em>narrative<\/em> si bien rang\u00e9e de l&rsquo;historiographie-Syst\u00e8me qui commence \u00e0 prendre ses quartiers d&rsquo;habillage de la transformation du monde accord\u00e9e \u00e0 la vision g\u00e9n\u00e9rale de ce qui deviendra la modernit\u00e9. L&rsquo;histoire du monde se transforme en une production \u00e9trange, en ceci que la pens\u00e9e-Syst\u00e8me d\u00e9cidera d\u00e9sormais de ce que sera l&rsquo;avenir du monde, organisant le r\u00e9cit du pass\u00e9 en fonction de cette d\u00e9cision. Nous reconnaissons alors ais\u00e9ment que, dans ce laps de temps, s&rsquo;amorcent des changements conceptuels fondamentaux, qui concernent objectivement l&rsquo;Histoire, devenue alors histoire d\u00e9barrass\u00e9e des structures fondamentales (histoire-Syst\u00e8me, si l&rsquo;on veut). Nous passons de la structure objective de la perception de l&rsquo;Histoire qui rend compte de l&rsquo;essence sacr\u00e9e du pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instructure subjectiv\u00e9e, qui se passe de perception, de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me recr\u00e9ant un pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;avenir qu&rsquo;elle organise. Parlant de cette classe nouvelle des \u00e9lites qui deviendra un corps organis\u00e9 et polic\u00e9, et policier d&rsquo;ailleurs, que nous d\u00e9signerons plus tard comme l&rsquo;\u00e9lite-Syst\u00e8me, nous dirions que <strong>\u00ab\u00a0leur v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du pass\u00e9 d\u00e9pend d\u00e9sormais de ce que l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me entend faire de notre avenir<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; La mati\u00e8re concr\u00e8te de ces remarques concerne principalement le retournement rupturiel de la r\u00e9f\u00e9rence fondamentale de l&rsquo;humanit\u00e9 de ce temps-l\u00e0 d&rsquo;autour de la Renaissance. Jusqu&rsquo;alors, cette r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;inscrivait comme une poutre-ma&icirc;tresse dans la Tradition fix\u00e9e dans le pass\u00e9 comme la source spirituelle de toutes choses, n\u00e9cessairement comme une trace de la lumi\u00e8re des origines o&ugrave; l&rsquo;infini de la perspective nimbait la cosmologie du monde ; d\u00e9sormais, cette r\u00e9f\u00e9rence est l&rsquo;avenir, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e sublime par divination, lav\u00e9e de tout soup\u00e7on de transcendance par la gr\u00e2ce interlope d&rsquo;une sorte de divinit\u00e9 faussaire parfaitement ma&icirc;tris\u00e9e, recompos\u00e9e selon des normes dites \u00ab\u00a0humanistes\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendant hausser l&rsquo;univers \u00e0 l&rsquo;image de nos ambitions pr\u00e9tendues hautes, nous haussant nous-m\u00eames, du moins dans la pr\u00e9tention, selon les normes de notre <em>hybris<\/em>. La r\u00e9f\u00e9rence dite fondamentale change radicalement, du pass\u00e9 qui structure notre civilisation \u00e0 l&rsquo;avenir qui la transformera \u00e9videmment, si ce n&rsquo;est en cours. Quelle tension soudaine et contradictoire dans cet amas de confusion pr\u00e9sentant le plus bas pour le plus haut, rempla\u00e7ant le pass\u00e9 par l&rsquo;avenir, quelle force s&rsquo;abattant et pesant sur nos psychologies, celles-ci confront\u00e9es \u00e0 des torsions si consid\u00e9rables de notre perception !&#8230;&raquo; [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230;Soudain, l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e vers les hauteurs de l&rsquo;inconnu, au-del\u00e0 des majestueuses Colonnes d&rsquo;Hercule montant vers le Ciel (\u00ab\u00a0hors du temps\u00a0\u00bb, vers \u00ab\u00a0le noyau transcendant\u00a0\u00bb), cette envol\u00e9e qui avait caract\u00e9ris\u00e9 et nourri l&rsquo;inspiration et l&rsquo;intuition des temps anciens, qui avait enfant\u00e9 Hom\u00e8re et son <em>Odyss\u00e9e<\/em>, qui avait nourri Platon, se transforment en un espace, consid\u00e9rable certes, mais d\u00e9sormais born\u00e9, dans lequel la rotondit\u00e9 de la Terre ne laisse aucune \u00e9chappatoire. Les intuitions et les symboles infinis n&rsquo;ont plus de perspective \u00e0 mesure. Le savoir intuitif et symbolique autant que de la nature m\u00eame per\u00e7ue par l&rsquo;esprit devient connaissance de plus en plus strictement contr\u00f4l\u00e9e, et la connaissance est enferm\u00e9e, abaiss\u00e9e dans la mati\u00e8re, dont la formulation ad\u00e9quate va d\u00e9pendre de la machine. Bient\u00f4t, tous les esprits pourront en faire leur profit et usage, pr\u00e9cis\u00e9ment vers le bas et jusqu&rsquo;au plus bas. L\u00e0 aussi, l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e vers l&rsquo;inconnu et les perspectives hautes \u00e0 mesure sont \u00e9cart\u00e9es au profit d&rsquo;espaces consid\u00e9rables, de mieux en mieux identifi\u00e9s et donc de plus en plus born\u00e9s. Les \u00ab\u00a0grandes d\u00e9couvertes\u00a0\u00bb g\u00e9ographiques, qui n&rsquo;auraient d&ucirc; rester que cela, sont une fa\u00e7on de reconna&icirc;tre les dimensions, bient\u00f4t cl\u00f4tur\u00e9es, du pr\u00e9 carr\u00e9 de la modernit\u00e9. Devant la t\u00e2che d&rsquo;organisation du Nouveau Monde qui s&rsquo;impose \u00e0 lui, l&rsquo;\u00eatre humain va se faire <em>sapiens<\/em> commode et arrangeant, individu entrant dans la s\u00e9rie de la productivit\u00e9 nomm\u00e9e individualisme, ne cherchant pas \u00e0 trop identifier les caract\u00e8res du Syst\u00e8me qui l&rsquo;oppresse, ou bien il va se faire <em>sapiens<\/em> autoritaire et habile, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat \u00e0 servir le futur Syst\u00e8me ; et la plupart jugeant fort avantageux et comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la vertu du service de l&rsquo;esprit et de son savoir, de s&rsquo;inscrire dans des syst\u00e8mes renvoyant au Syst\u00e8me et de r\u00e9duire leurs connaissances au service de l&rsquo;allongement sans fin et de l&rsquo;enfermement de ces connaissances dans des domaines de pr\u00e9dilection organis\u00e9s en syst\u00e8mes, o&ugrave; triomphent l&rsquo;avantage et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui tirent vers le bas&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Il s&rsquo;agit alors, au-del\u00e0 dans le raisonnement, et pour r\u00e9sumer et int\u00e9grer tout cela, de l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une sorte d'\u00a0\u00bbenfermement\u00a0\u00bb de l&rsquo;esprit baptis\u00e9 \u00e9l\u00e9gamment \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb, l&rsquo;esprit qui serait effectivement \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb des \u00e9lans vers les hauteurs par cons\u00e9quent. Ce qu&rsquo;on lui promet comme une lib\u00e9ration est une sorte d'\u00a0\u00bbenfermement\u00a0\u00bb extr\u00eamement herm\u00e9tique, et la r\u00e8gle faussaire par inversion totale et totalitaire est ainsi d\u00e9finie. La vision sans contrainte du monde qui r\u00e9gnait jusqu&rsquo;alors, o&ugrave; l&rsquo;inconnu semblait laisser la place \u00e0 la possibilit\u00e9 de l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;infini dans la sp\u00e9culation \u00e0 propos de la spiritualit\u00e9, dont la gloire et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation lui \u00e9taient sugg\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;intuition haute exer\u00e7ant son illumination dans ces d\u00e9licates nuances qui forment les promesses des accomplissements spirituels dans les perspectives les plus pures, cette vision est soudain rompue ; elle se trouve d\u00e9sormais invit\u00e9e sans autre m\u00e9nagement \u00e0 la r\u00e9duction ; elle est conduite \u00e0 se glisser dans une dynamique structur\u00e9e qui, bient\u00f4t, s&rsquo;\u00e9tablira comme un syst\u00e8me, et bient\u00f4t \u00e0 l&rsquo;image du Syst\u00e8me, comme un corset pompeusement d\u00e9cor\u00e9 de la pens\u00e9e dirig\u00e9e vers le bas, ce corset qui se nomme Progr\u00e8s lui-m\u00eame, producteur lui-m\u00eame de sa propre vertu, per\u00e7u \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un Dieu abaiss\u00e9 \u00e0 mesure et, lorsqu&rsquo;Il est assez bas, le rempla\u00e7ant avantageusement. Tous ces \u00e9l\u00e9ments transmutent les immenses promesses que certains entretenaient encore \u00e0 la lumi\u00e8re de la Renaissance, symbolis\u00e9es d\u00e9sormais par des mots qui ont cette vocation d&rsquo;enivrement de l&rsquo;esprit, en une tromperie qui inverse le sens spirituel de l&rsquo;Histoire et pr\u00e9pare la psychologie humaine aux traitements insidieux qui la conduiront \u00e0 l&rsquo;abaissement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Derri\u00e8re le caract\u00e8re de vastitude, de lib\u00e9ration et de novation de cet ensemble de promesses, on trouve une construction d&rsquo;enfermement d&rsquo;une facture compl\u00e8tement nouvelle, \u00e0 laquelle le <em>sapiens<\/em>, qui en a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;architecte involontaire derri\u00e8re les tromperies du domaine, s&#8217;empressera de donner ses lettres d&rsquo;une noblesse \u00e9trangement caract\u00e9ris\u00e9e par une bassesse fort satisfaite d&rsquo;elle-m\u00eame, en digne productrice de l&rsquo;inversion de la noblesse. Au lieu d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, au sens r\u00e9el de la chose qui est de se tenir hors des contraintes qui s&rsquo;exercent au profit de forces obscures, on d\u00e9couvre et on d\u00e9veloppe les \u00ab\u00a0contraintes\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb qui sont celles de l&rsquo;espace nouveau, de la circulation qui fait qu&rsquo;on sillonne cet espace, de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qui fait de cette aventure terrestre un programme nomm\u00e9 \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Avant la Renaissance, les perspectives du monde physique \u00e9taient inconnues ; avec la Renaissance, on reconna&icirc;t leur immensit\u00e9, mais \u00e9galement et surtout leur finitude, caract\u00e9ris\u00e9e n\u00e9cessairement par la forme de rotondit\u00e9 de la terre, devenue globe et devenue n\u00e9cessairement ferm\u00e9e, emprisonnant d&rsquo;une certaine fa\u00e7on tous les \u00e9lans des temps pass\u00e9s. Avant la Renaissance, la connaissance \u00e9tait dispens\u00e9e avec la pr\u00e9caution de l&rsquo;\u00e9lancer vers la plus grande hauteur possible, pour en faire un savoir initiatique ; avec la Renaissance, s&rsquo;annonce le d\u00e9luge de la quantit\u00e9, d\u00e9luge qui affecte la connaissance, qui va l&rsquo;abaisser de plus en plus sous son propre poids, jusqu&rsquo;\u00e0 nourrir un savoir invers\u00e9, s&rsquo;enracinant dans l&rsquo;ombre lugubre des abysses de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Lorsque les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l&rsquo;\u00e9poque nouvelle sont consid\u00e9r\u00e9s, on mesure le poids et la force de la pression terrible qui s&rsquo;exerce d\u00e9sormais sur ce qui s&rsquo;affirme et s&rsquo;exhibe comme une civilisation nouvelle, par le biais des exigences de la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb qui pr\u00e9tend en \u00eatre la matrice. D\u00e9sormais, le monde brutalement \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb et ainsi entr\u00e9 dans des limites d\u00e9sormais connues, se trouve enferm\u00e9 par ce qu&rsquo;on ne peut identifier que comme \u00ab\u00a0la mati\u00e8re\u00a0\u00bb tant la force d\u00e9velopp\u00e9e ne fait que plonger vers le bas, sous l&#8217;empire encore insidieux et point encore identifiable de la Mati\u00e8re, d\u00e9sormais majusculable \u00e0 souhait, consid\u00e9r\u00e9e dans toute sa puissance, et ce monde d\u00e9j\u00e0 coup\u00e9 de l&rsquo;inspiration et de l&rsquo;intuition de la spiritualit\u00e9 la plus haute. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La <strong>fatigue<\/strong> et le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous \u00e9crivons (dans l&rsquo;extrait ci-dessus) que cette transmutation par inversion du sens de ce qui est ressenti de l&rsquo;orientation de la marche du monde, ce renversement de la perception, cette contrainte exerc\u00e9e dans le savoir pour qu&rsquo;il devienne connaissance conforme provoque ceci : &laquo;<em>Quelle tension soudaine et contradictoire dans cet amas de confusion pr\u00e9sentant le plus bas pour le plus haut, rempla\u00e7ant le pass\u00e9 par l&rsquo;avenir, quelle force s&rsquo;abattant et pesant sur nos psychologies, celles-ci confront\u00e9es \u00e0 des torsions si consid\u00e9rables de notre perception !&#8230;<\/em>&raquo; C&rsquo;est ce que nous d\u00e9finissions, dans le texte accompagnant l&rsquo;extrait, comme cette orientation des psychologies, \u00ab\u00a0au nom de leur ouverture \u00e0 la modernit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 exigeante avant m\u00eame d&rsquo;exister, vers une position de vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame par rapport aux pressions conceptuelles qui se manifesteront effectivement \u00e0 mesure de l&rsquo;avancement vers puis dans la modernit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous concluons aussit\u00f4t par l&rsquo;observation tr\u00e8s concr\u00e8te qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un poids insens\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la production dans le chef des psychologies humaines qui s&rsquo;y trouvent confront\u00e9es d&rsquo;une fatigue \u00e0 mesure, suscitant un affaiblissement \u00e9galement terrible de ces m\u00eames psychologies. Cet affaiblissement va rendre les psychologies extr\u00eamement vuln\u00e9rables \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;esprit subversif et nihiliste s&rsquo;exprimant sous le couvert notamment de mondanit\u00e9s anarchiques dans une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9veloppe l&rsquo;art du salon et de la conversation, et forme son sentiment g\u00e9n\u00e9ral dans ce cadre. Nous pr\u00e9cisons avec insistance qu&rsquo;il faut entendre, avec l&rsquo;expression \u00ab\u00a0\u00e9tat d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb comme nous l&rsquo;avons employ\u00e9e, une forme de la psychologie et une conformation de l&rsquo;esprit qui s&rsquo;ensuit, et nullement des id\u00e9es et des conceptions. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00e9tat d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb qui s&rsquo;affirme \u00ab\u00a0subversif et nihiliste\u00a0\u00bb sans v\u00e9ritable raison, sans v\u00e9ritable argument, sans aucune structure bien s&ucirc;r, agissant comme une sorte de mati\u00e8re molle et collante qui emprisonne principalement les psychologies \u00e9puis\u00e9es ; nous trouvons le symbole le plus fort et le plus convainquant de cette pseudo-dynamique, cette \u00ab\u00a0dynamique\u00a0\u00bb an\u00e9miante, dans le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb. (Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 diverses reprises ce mot selon cette conception de <em>La Gr\u00e2ce<\/em> [voir notamment le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sommes-nous_en_1789__14_07_2010.html\">14 juillet 2010<\/a>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb a une carri\u00e8re \u00e9trange, notamment, d&rsquo;apr\u00e8s ce que l&rsquo;on en a recens\u00e9, avec son apparition brutale et abrupte dans une lettre de Voltaire de 1734. La puissance de ce mot sera telle qu&rsquo;elle poussera certains \u00e0 identifier la France, entre cette date de 1734 et la R\u00e9volution, comme \u00ab\u00a0la nation du persiflage\u00a0\u00bb (&laquo;<em>Die persiflierende Nazion<\/em>&raquo;, \u00e9crit Richter dans sa <em>Politique ou Introduction \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique<\/em>, de 1804) ; sa sp\u00e9cificit\u00e9 <strong>fran\u00e7aise<\/strong> est telle qu&rsquo;il ne sera jamais traduit par les autres langues europ\u00e9ennes, mais simplement adopt\u00e9 tel quel, dans son orthographe fran\u00e7aise. On cite madame Bourguignat, auteure du <em>Si\u00e8cle du persiflage<\/em>, qui caract\u00e9rise ainsi l&rsquo;importance du mot : &laquo;<em>Le persiflage est \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire et subversif\u00a0\u00bb et il a, \u00ab\u00a0bien involontairement, fait le lit de la R\u00e9volution &ndash; alors que la philosophie, pour sa part, la pr\u00e9parait activement&hellip;\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;. Cela conduit \u00e0 cette pr\u00e9cision du r\u00e9cit lui-m\u00eame, proposant une r\u00e9forme de cette appr\u00e9ciation :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em> Il e&ucirc;t fallu \u00e9crire alors, paraphrasant madame Bourguinat, que c&rsquo;est \u00ab\u00a0bien naturellement, n\u00e9cessairement et, par cons\u00e9quent, tout aussi fatalement\u00a0\u00bb que le persiflage \u00ab\u00a0a fait le lit de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. J&rsquo;irais jusqu&rsquo;\u00e0 concevoir, en raison du r\u00f4le que j&rsquo;attribue \u00e0 la psychologie, au moteur de nos attitudes, par rapport au r\u00f4le de la manufacture de la pens\u00e9e qui passe au second plan, que le persiflage,<\/em> <strong><em>\u00e0 lui seul<\/em><\/strong>, <em>\u00ab\u00a0fait le lit\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pr\u00e9pare\u00a0\u00bb la chose (ce sera 1789 et la suite). C&rsquo;est comme s&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 lui seul, le persiflage, le moyen et l&rsquo;outil de cette \u00ab\u00a0grande force en action\u00a0\u00bb, ext\u00e9rieure au sapiens et r\u00e9solument lanc\u00e9e dans l&rsquo;entreprise de l&rsquo;investissement de sa psychologie ; si ce n&rsquo;est la conscience de sa propre action, et la volont\u00e9 de la conduire \u00e0 son terme&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res n&rsquo;est pas, selon l&rsquo;approche du r\u00e9cit, le si\u00e8cle des id\u00e9es triomphantes mais celui des id\u00e9es trahies, qui n&rsquo;ont \u00ab\u00a0triomph\u00e9\u00a0\u00bb qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trahies et subverties, parce que nullement assum\u00e9es dans toutes leurs cons\u00e9quences ; il est donc, selon notre approche, le si\u00e8cle de la psychologie d\u00e9faite. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une manufacture myst\u00e9rieuse, qui s&rsquo;est faite collectivement, avec l&rsquo;aide d&rsquo;esprits rares, dont il ne peut \u00eatre question de mettre en question le brio et l&rsquo;intelligence. Cette situation montre combien certaines des qualit\u00e9s de l&rsquo;esprit tenues pour d&rsquo;irr\u00e9sistibles r\u00e9f\u00e9rences de sa hauteur sont en v\u00e9rit\u00e9 des choses vuln\u00e9rables, qui peuvent \u00eatre renvers\u00e9es brutalement et subrepticement, et donner le contraire de ce qu&rsquo;on attend d&rsquo;elles du point de vue de l&rsquo;influence que les esprits les plus hauts doivent exercer sur l&rsquo;avancement de la civilisation. On ne peut mieux dire, dans le subreptice, la malice et la parabole, que Voltaire lui-m\u00eame, plus ricanant que jamais lorsqu&rsquo;il \u00e9crit ceci, \u00e0 propos de son propre style d&rsquo;\u00e9crire qui est l&rsquo;arch\u00e9type r\u00e9f\u00e9rentiel du style moderne et qui contient par cons\u00e9quent quelque fondement de la modernit\u00e9 elle-m\u00eame, &ndash; lorsqu&rsquo;il \u00e9crit cette phrase sibylline, pleine des ricanements encore une fois du grand homme, comme s&rsquo;il <strong>savait<\/strong>, lui, pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;il en est&#8230; (Il s&rsquo;agit d&rsquo;un court extrait d&rsquo;une lettre datant du 30 juin 1737, cit\u00e9 dans Sainte-Beuve, <em> Panorama de la Litt\u00e9rature fran\u00e7aise &ndash; Portraits &#038; causeries<\/em>, \u00e9ditions J&rsquo;ai Lu &ndash; La Pochot\u00e8que, p.931, dans l&rsquo;article sur Jean-Jacques Rousseau) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Vous trouvez que je m&rsquo;exprime assez clairement : je suis comme les petits ruisseaux, ils sont transparents parce qu&rsquo;ils sont peu profonds.<\/em>&raquo; Les grandes id\u00e9es devenues courtes ne le sont \u00e9videmment pas \u00ab\u00a0parce qu&rsquo;elles sont peu profondes\u00a0\u00bb mais parce que la psychologie \u00e9puis\u00e9e interdit d&rsquo;aller trop profond ; ainsi le style clair et limpide, celui de Voltaire, est-il celui du refus de profondeur d&rsquo;un petit ruisseau peu profond, comme celui de la modernit\u00e9, encore plus court et devenu celui d&rsquo;un ruisseau ass\u00e9ch\u00e9. On comprend qu&rsquo;avec le style, avec le mot, avec l&rsquo;image du \u00ab\u00a0ruisseau peu profond\u00a0\u00bb, Voltaire enfin ne nous dit pas le vrai tout en ne l&rsquo;ignorant pas compl\u00e9ment, par cons\u00e9quent on comprend qu&rsquo;il est trompeur m\u00eame s&rsquo;il ne le veut pas mais en le sachant un peu et en en ricanant d\u00e9j\u00e0&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne des antimodernes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette Partie se termine par l&rsquo;examen, ou bien disons-nous plut\u00f4t un aper\u00e7u des cons\u00e9quences sur la psychologie de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement-\u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb du XVIII\u00e8me si\u00e8cle sur la psychologie qui suit, apr\u00e8s le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb  ; et, surtout, avec le probl\u00e8me implicitement pos\u00e9 de savoir s&rsquo;il existe une mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 ce d\u00e9ferlement, de se dresser contre cet abaissement, une mani\u00e8re de <strong>r\u00e9sister<\/strong> enfin, notamment gr\u00e2ce \u00e0 cette intervention de la vertu de <strong>r\u00e9silience<\/strong> consid\u00e9r\u00e9e ici, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 fait sur ce site, comme une r\u00e9action de l&rsquo;esprit par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la psychologie soudain redress\u00e9e, et non comme une riposte de la psychologie du point de vue mat\u00e9rialiste de la m\u00e9decine. Certes, il s&rsquo;agit de ce ph\u00e9nom\u00e8ne des <strong>antimodernes<\/strong>, auquel nous consacrons une grande place parce que les antimodernes, qui ont tous un visage et une &oelig;uvre en plus d&rsquo;\u00eatre une n\u00e9cessit\u00e9 op\u00e9rationnelle, constituent une riposte presque imm\u00e9diate contre la modernit\u00e9 apparue \u00e0 visage d\u00e9couvert. Maistre, le premier chronologiquement des \u00ab\u00a0antimodernes\u00a0\u00bb, et peut-\u00eatre parmi les premiers et les plus hauts dans l&rsquo;ordre de la valeur, est parfaitement contemporain de l&rsquo;un des principaux \u00e9v\u00e9nements du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb (la R\u00e9volution).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous d\u00e9veloppons cette notion de l&rsquo;antimoderne, non seulement parce qu&rsquo;elle existe, non seulement parce qu&rsquo;elle constitue une puissante v\u00e9rit\u00e9 des esprits les plus hauts, mais essentiellement parce qu&rsquo;elle signale dans le cours de notre r\u00e9cit que nous ne menons pas une seconde une chronique de la d\u00e9faite de l&rsquo;esprit face \u00e0 la mati\u00e8re, mais que nous faisons le r\u00e9cit d&rsquo;une bataille arriv\u00e9e \u00e0 son point paroxystique, o&ugrave; l&rsquo;avantage de la fortune ne peut \u00eatre laiss\u00e9e aux forces de l&rsquo;abaissement et du naufrage du monde&#8230; Il y a l\u00e0, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e de m\u00eame qu&rsquo;elle doit constituer l&rsquo;arri\u00e8re-plans puissamment structur\u00e9 du r\u00e9cit, une <strong>morale n\u00e9cessaire<\/strong> au propos de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, comme une r\u00e8gle de conduite impos\u00e9e par l&rsquo;\u00e9vidence du propos et \u00e0 laquelle l&rsquo;auteur ne peut que se soumettre. (Nous employons tr\u00e8s rarement le concept de \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb, qui est tant manipul\u00e9, mais nous le faisons ici dans cette occurrence pr\u00e9cise o&ugrave; il est d&#8217;emploi imp\u00e9ratif pour caract\u00e9riser une n\u00e9cessit\u00e9 de notre destin.) Nous ne <strong>pouvons pas faire<\/strong> un r\u00e9cit de l&rsquo;effondrement du monde, de la victoire des forces de dissolution et d&rsquo;entropisation, parce qu&rsquo;un tel r\u00e9cit n&rsquo;aurait aucun sens ; on n&rsquo;\u00e9crit pas \u00e0 propos de l&rsquo;indicible du point de vue de l&rsquo;esprit, on ne d\u00e9crit pas l&rsquo;indescriptible du point de vue de l&rsquo;intelligence ; on ne peut prendre cette peine n\u00e9cessairement perverse, parce qu&rsquo;elle est non seulement perdue mais absurde, comme lorsque les Dana\u00efdes \u00ab\u00a0remplissent\u00a0\u00bb leur tonneau sans fond. Ce r\u00e9cit est celui du n\u00e9cessaire triomphe d&rsquo;une morale qui ne peut \u00eatre que la description d&rsquo;une issue tout aussi n\u00e9cessaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire cette morale comme besoin vital du rejet de tout ce qui est d\u00e9structuration, dissolution et entropisation, ou chute vers la Mati\u00e8re ; s&rsquo;il n&rsquo;est pas cela, ce r\u00e9cit n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre &#8230; Ainsi, la r\u00e9f\u00e9rence aux antimodernes comme dynamique de r\u00e9sistance \u00e0 la modernit\u00e9 est-elle effectivement n\u00e9cessaire \u00e0 ce point du r\u00e9cit, pour fixer elle-m\u00eame, pour \u00ab\u00a0op\u00e9rationnaliser\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, pour manifester la participation humaine dans l&rsquo;ensemble de la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative et sup\u00e9rieure de cette morale dominant le propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, nous donnons un dernier extrait, emprunt\u00e9 \u00e0 la fin du r\u00e9cit dans cette troisi\u00e8me Partie du deuxi\u00e8me tome de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. Cette conclusion concerne \u00e9videmment les antimodernes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3> <\/h3>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Extrait-II de <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire <\/em>(II\/3)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ainsi, pouvons-nous mieux substantiver la d\u00e9finition de l&rsquo;antimoderne en m\u00eame temps que celle du \u00ab\u00a0n\u00e9gationniste\u00a0\u00bb qui est le moderne par cons\u00e9quent ; cette d\u00e9finition se d\u00e9duit de l&rsquo;opposition entre ceux qui per\u00e7oivent la crise comme une unit\u00e9 (crise haute) et ceux qui refusent cette id\u00e9e, entre ceux qui per\u00e7oivent par cons\u00e9quent dans cette unit\u00e9 de la crise un \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb par le seul fait de hausser la crise et donc sa r\u00e9solution par opposition \u00e0 ceux qui ne peuvent concevoir cela puisqu&rsquo;il refusent l&rsquo;unit\u00e9 de la crise ; la d\u00e9finition se fixe d\u00e9cisivement, par cons\u00e9quent, avec cette opposition entre ceux qui con\u00e7oivent l&rsquo;Unit\u00e9 et ceux qui l&rsquo;ignorent. Que ce travail d&rsquo;identification de l&rsquo;antimoderne dans la crise haute passe, pour le c&oelig;ur de la d\u00e9finition qui concerne la question de l&rsquo;Unit\u00e9, par le rapport de similitude entre Maistre et Baudelaire rencontre parfaitement la logique du propos : dans le classement qui est fait des \u00ab\u00a0antimodernes\u00a0\u00bb, les deux hommes figurent en bonne place. De m\u00eame, on observera que ce cas est \u00e9galement des plus int\u00e9ressant pour mieux nous faire comprendre ce que, paradoxalement, cette \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement\u00a0\u00bb a <strong>de haut<\/strong>, justifiant alors d&rsquo;autant plus l&rsquo;expression de \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Il nous a paru important, pour \u00e9quilibrer l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;un emportement irr\u00e9sistible qui toucherait toutes les psychologies, impuissantes et r\u00e9sign\u00e9es, que pourrait donner notre \u00e9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne du persiflage du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, de signaler qu&rsquo;il existait et qu&rsquo;il existe par cons\u00e9quent des exceptions, des \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb de caract\u00e8re, avec la psychologie qui va avec, \u00e9chappant \u00e0 cette emprise. On peut envisager l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe des degr\u00e9s de variabilit\u00e9 de vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la psychologie aux influences ext\u00e9rieures type-\u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb ; on peut m\u00eame envisager, et cela vaut surtout pour notre \u00e9poque du XXI\u00e8me si\u00e8cle, que \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb psychologies \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une puissent cohabiter, pour un seul esprit sous la forme d&rsquo;une division fluctuante \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette psychologie : une partie sous influence, l&rsquo;autre r\u00e9sistant \u00e0 cette influence et m\u00eame la d\u00e9non\u00e7ant, avec un rapport variable entre les deux. Il nous a encore paru important de montrer par cons\u00e9quent \u00e0 la fois l&rsquo;absence de totalit\u00e9 m\u00e9canique et l&rsquo;absence d&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne que nous d\u00e9crivons. (Cela signifie que le totalitarisme conditionnant l&rsquo;herm\u00e9tisme du Syst\u00e8me actuel, issu du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, est conditionn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abaissement et \u00e0 l&rsquo;asservissement constant des psychologies, &ndash; ce qui n&rsquo;est pas une donn\u00e9e absolue comme nous l&rsquo;\u00e9tablissons d\u00e9sormais, puisque des psychologies mieux arm\u00e9es que d&rsquo;autres \u00e9chappent \u00e0 ce sort fatal.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; Cette possibilit\u00e9 de r\u00e9sistance est bien plus qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 sur le fond, elle est une <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> de notre propos, puisque nous ne saurions accepter l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;irr\u00e9sistibilit\u00e9 de la puissance de la Mati\u00e8re et donc nous ne pouvons qu&rsquo;accepter l&rsquo;id\u00e9e de sa d\u00e9faite finale, par quelque moyen qu&rsquo;il plairait \u00e0 ce que nous d\u00e9signerions, non sans une ironie bienveillante et plut\u00f4t adress\u00e9e \u00e0 ceux qui haussent les \u00e9paules devant ce concept, &ndash; la Providence. D\u00e8s lors, l&rsquo;option de la r\u00e9sistance existe bel et bien ; non seulement elle ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9e mais elle doit \u00eatre choisie imp\u00e9rativement, \u00e0 partir de l&rsquo;identification qu&rsquo;on en fait, si on la fait. Les antimodernes s&rsquo;inscrivent dans cette \u00ab\u00a0option\u00a0\u00bb, par cons\u00e9quent ils sont des \u00ab\u00a0r\u00e9sistants\u00a0\u00bb et ils marquent, par un c\u00f4t\u00e9 ou l&rsquo;autre d&rsquo;eux-m\u00eames, la m\u00eame <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong>, autant de notre propos que du destin du monde. &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire : Deuxi\u00e8me Livre (IV) 28 novembre 2013 &ndash; Nous avons tenu nos lecteurs \u00e9pisodiquement inform\u00e9s des avatars divers caract\u00e9risant l&rsquo;\u00e9volution de la structure de La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. On sait d\u00e9sormais que le volume unique de l&rsquo;origine s&rsquo;est scind\u00e9 en trois tomes (voir notre \u00ab\u00a0La Gr\u00e2ce&#8230; Carnet de bord-1\u00ab\u00a0, du 17&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[8784,2631,3969,8386,4596,2655,6682,12900,5953,9839,3099,4725],"class_list":["post-73567","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-grace-de-lhistoire","tag-antimodernes","tag-de","tag-grace","tag-lhistoire","tag-maistre","tag-modernite","tag-morale","tag-necessaire","tag-perception","tag-persiflage","tag-psychologie","tag-voltaire"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73567\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}