{"id":73568,"date":"2013-11-28T06:24:33","date_gmt":"2013-11-28T06:24:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/28\/deuxieme-livre-iv-les-lumieres-a-laune-du-persiflage\/"},"modified":"2013-11-28T06:24:33","modified_gmt":"2013-11-28T06:24:33","slug":"deuxieme-livre-iv-les-lumieres-a-laune-du-persiflage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/11\/28\/deuxieme-livre-iv-les-lumieres-a-laune-du-persiflage\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me livre : IV. Les Lumi\u00e8res \u00e0 l&rsquo;aune du persiflage"},"content":{"rendered":"<p><h4><strong>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/strong><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>Le texte ci-dessous est la Troisi\u00e8me Partie du Deuxi\u00e8me Livre de l&rsquo;essai m\u00e9tahistorique de Philippe Grasset <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. La publication sur <em>dedefensa.org<\/em> a commenc\u00e9 le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-introduction_la_souffrance_du_monde_18_12_2009.html\">18 d\u00e9cembre 2009<\/a> (Introduction : &laquo;<em>La souffrance du monde<\/em>&raquo;), pour se poursuivre le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-premiere_partie_de_iena_a_verdun_25_01_2010.html\">25 janvier 2010<\/a> (Premi\u00e8re Partie : &laquo;<em>De I\u00e9na \u00e0 Verdun<\/em>&raquo;), le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-deuxieme_partie_le_reve_americain_et_vice-versa_03_04_2010.html\">3 avril 2010<\/a> (Deuxi\u00e8me Partie : &laquo;<em>Le \u00ab\u00a0r\u00eave am\u00e9ricain\u00a0\u00bb et vice-versa<\/em>&raquo;), le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-troisieme_partie_1919-1933_du_reve_americain_a_l_american_dream_16_05_2010.html\">16 mai 2010<\/a> (&laquo;<em>Du r\u00eave am\u00e9ricain \u00e0 l&rsquo;American Dream<\/em>&raquo;), le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-quatrieme_partie_le_pont_de_la_communication_26_07_2010.html\">26 juillet 2010<\/a> (&laquo;<em>Le pont de la communication<\/em>&raquo;), et le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-cinquieme_partie_la_transversale_du_technologisme_02_12_2010.html\">12 d\u00e9cembre 2010<\/a> (&laquo;<em>La transversale du technologisme<\/em>&raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce Deuxi\u00e8me Livre de l&rsquo;essai para&icirc;t sous le titre &laquo; Contre-Civilisation et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[ATTENTION : ce texte est d&rsquo;acc\u00e8s payant pour acc\u00e9der \u00e0 son enti\u00e8ret\u00e9. Une version en pdf est accessible \u00e9galement aux personnes ayant effectivement pay\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s au texte. Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 les formalit\u00e9s de souscription, vous verrez appara&icirc;tre au-dessus de ce texte l&rsquo;option d&rsquo;activation de la version en pdf.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\"><strong>Les Lumi\u00e8res \u00e0 l&rsquo;aune du persiflage<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p>21 &ndash; Quel retournement, disions-nous plus haut ! Par \u00ab\u00a0retournement\u00a0\u00bb, plus que jamais apr\u00e8s les pr\u00e9c\u00e9dentes Parties o&ugrave; l&rsquo;on \u00e9voque notamment le cas d&rsquo;Agrippa et celui de Louis Bayle, nous entendons que la conception g\u00e9n\u00e9rale des p\u00e9riodes que nous avons tent\u00e9es de d\u00e9crire se tord, se d\u00e9bat, se subvertit, se d\u00e9chire presque, &ndash; et enfin, se retourne compl\u00e8tement, &ndash; ou s&rsquo;invertit, si vous pr\u00e9f\u00e9rez&hellip; Jusqu&rsquo;alors cette conception des choses du pass\u00e9 et de leur histoire \u00e9tait organis\u00e9e selon les perceptions des psychologies accord\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire collective et aux sensibilit\u00e9s de l&rsquo;esprit de ces temps, en r\u00e9f\u00e9rence sans h\u00e9sitation \u00e0 l&rsquo;illumination de leur propre pass\u00e9 jusqu&rsquo;aux temps les plus anciens de la Tradition. Le retournement que nous constatons rend la conception d\u00e9sormais invertie insaisissable dans son \u00e9volution et in\u00e9luctable dans son verdict, elle qui pr\u00e9tend d\u00e9sormais transformer le temps historique, qui pr\u00e9tend le <strong>transmuter<\/strong> ; il rend la transmutation ainsi sugg\u00e9r\u00e9e incompr\u00e9hensible et donc inacceptable pour les observateurs qui ont l&rsquo;esprit court, impuissants \u00e0 saisir le <strong>sens<\/strong> de l&rsquo;inversion puisqu&rsquo;ignorants du mod\u00e8le initial ou le m\u00e9prisant, incapables d&#8217;embrasser la tromperie ainsi r\u00e9alis\u00e9e et finalement ridiculisant m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il ait pu y avoir tromperie pour pouvoir s&rsquo;en sortir eux-m\u00eames intellectuellement et moralement sains et saufs par rapport \u00e0 ce que je nommerais trivialement \u00ab\u00a0les consignes du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb &hellip; Le voile tombe sur ce th\u00e9\u00e2tre et le retournement s&rsquo;ach\u00e8ve, dans sa r\u00e9alisation autant que dans l&rsquo;incompr\u00e9hension qui accompagne sa production.. Il finit par acqu\u00e9rir la force d&rsquo;une rupture totale, impos\u00e9e \u00e0 notre perception (\u00e0 notre psychologie), sans que l&rsquo;esprit s&rsquo;en avise par cons\u00e9quent, bient\u00f4t ordonn\u00e9e selon la <em>narrative<\/em> si bien rang\u00e9e de l&rsquo;historiographie-Syst\u00e8me qui commence \u00e0 prendre ses quartiers d&rsquo;habillage de la transformation du monde accord\u00e9e \u00e0 la vision g\u00e9n\u00e9rale de ce qui deviendra la modernit\u00e9. L&rsquo;histoire du monde se transforme en une production \u00e9trange, en ceci que la pens\u00e9e-Syst\u00e8me d\u00e9cidera d\u00e9sormais de ce que sera l&rsquo;avenir du monde, organisant le r\u00e9cit du pass\u00e9 en fonction de cette d\u00e9cision. Nous reconnaissons alors ais\u00e9ment que, dans ce laps de temps, s&rsquo;amorcent des changements conceptuels fondamentaux, qui concernent objectivement l&rsquo;Histoire, devenue alors histoire d\u00e9barrass\u00e9e des structures fondamentales (histoire-Syst\u00e8me, si l&rsquo;on veut). Nous passons de la structure objective de la perception de l&rsquo;Histoire qui rend compte de l&rsquo;essence sacr\u00e9e du pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instructure subjectiv\u00e9e, qui se passe de perception, de l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me recr\u00e9ant un pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;avenir qu&rsquo;elle organise. Parlant de cette classe nouvelle des \u00e9lites qui deviendra un corps organis\u00e9 et polic\u00e9, et policier d&rsquo;ailleurs, que nous d\u00e9signerons plus tard comme l&rsquo;\u00e9lite-Syst\u00e8me, nous dirions que <strong>\u00ab\u00a0leur v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du pass\u00e9 d\u00e9pend d\u00e9sormais de ce que l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me entend faire de notre avenir<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La mati\u00e8re concr\u00e8te de ces remarques concerne principalement le retournement rupturiel de la r\u00e9f\u00e9rence fondamentale de l&rsquo;humanit\u00e9 de ce temps-l\u00e0 d&rsquo;autour de la Renaissance. Jusqu&rsquo;alors, cette r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;inscrivait comme une poutre-ma&icirc;tresse dans la Tradition fix\u00e9e dans le pass\u00e9 comme la source spirituelle de toutes choses, n\u00e9cessairement comme une trace de la lumi\u00e8re des origines o&ugrave; l&rsquo;infini de la perspective nimbait la cosmologie du monde ; d\u00e9sormais, cette r\u00e9f\u00e9rence est l&rsquo;avenir, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e sublime par divination, lav\u00e9e de tout soup\u00e7on de transcendance par la gr\u00e2ce interlope d&rsquo;une sorte de divinit\u00e9 faussaire parfaitement ma&icirc;tris\u00e9e, recompos\u00e9e selon des normes dites \u00ab\u00a0humanistes\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendant hausser l&rsquo;univers \u00e0 l&rsquo;image de nos ambitions pr\u00e9tendues hautes, nous haussant nous-m\u00eames, du moins dans la pr\u00e9tention, selon les normes de notre<em>hybris<\/em>. La r\u00e9f\u00e9rence dite fondamentale change radicalement, du pass\u00e9 qui structure notre civilisation \u00e0 l&rsquo;avenir qui la transformera \u00e9videmment, si ce n&rsquo;est en cours. Quelle tension soudaine et contradictoire dans cet amas de confusion pr\u00e9sentant le plus bas pour le plus haut, rempla\u00e7ant le pass\u00e9 par l&rsquo;avenir, quelle force s&rsquo;abattant et pesant sur nos psychologies, celles-ci confront\u00e9es \u00e0 des torsions si consid\u00e9rables de notre perception ! Il va s&rsquo;imposer imp\u00e9rativement \u00e0 notre raison, de plus en plus subvertie dans ce sens, qu&rsquo;il importe d\u00e9sormais de \u00ab\u00a0ressentir\u00a0\u00bb le monde \u00e0 la mesure du nouveau sch\u00e9ma qui lui est offert, comme l&rsquo;on impose sans barguigner une volont\u00e9, un horizon, un contexte de l&rsquo;univers, une forme de vie, une fa\u00e7on de respirer et de retenir son souffle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour parfaire la description de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, nous ne manquons pas de rappeler aussit\u00f4t certaines choses connues, pour leur donner leur interpr\u00e9tation nouvelle, laquelle r\u00e9pondra des contradictions engendr\u00e9es par le <em>diktat<\/em> identifi\u00e9 plus haut. Ces choses font de la Renaissance, avant le XVII\u00e8me si\u00e8cle et en plus de sa pression cataclysmique et dissolvante sur le Christianisme, une rupture que nous qualifions, avec \u00e0 peine un peu d&rsquo;avance et tout juste un peu d&rsquo;anticipation conceptuelle, &ndash; une rupture <strong>technologique<\/strong>. (L&rsquo;on sait bien s&ucirc;r qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer ce qualificatif avec des nuances, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que le Syst\u00e8me en fera plus tard, lorsqu&rsquo;il se formera pour ce qu&rsquo;il est, dans son extr\u00eame complexit\u00e9, &ndash; syst\u00e8me du technologisme, syst\u00e8me de la communication, &ndash; et c&rsquo;est un autre domaine que nous avons d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9. N\u00e9anmoins, nous tenons \u00e0 ce \u00ab\u00a0technologique\u00a0\u00bb, qui nous d\u00e9voile l&rsquo;essentiel, qui est l&rsquo;esprit de la chose.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous observons, \u00e0 ce moment du r\u00e9cit, que des \u00e9v\u00e9nements divers et bien connus se d\u00e9veloppent, &ndash; l&rsquo;ouverture du monde vers des espaces inconnus, vers l&rsquo;Am\u00e9rique principalement, la naissance de l&rsquo;anc\u00eatre du syst\u00e8me de la communication avec l&rsquo;imprimerie, la dynamique du mouvement et des \u00e9changes avec la Renaissance, dans la dimension culturelle mais aussi commerciale, au point o&ugrave; l&rsquo;on parle d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce propos de \u00ab\u00a0libre \u00e9change\u00a0\u00bb, la d\u00e9finition nouvelle du concept de \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb avec la dimension rationnelle et morale que cela entra&icirc;ne, l&rsquo;apparition de l&rsquo;individualisme comme la nature m\u00eame de la composition du monde selon un mod\u00e8le paradoxal de d\u00e9composition (la \u00ab\u00a0composition du monde\u00a0\u00bb faite d&rsquo;un \u00ab\u00a0mod\u00e8le de d\u00e9composition\u00a0\u00bb). Ces \u00e9v\u00e9nements suscitent un \u00e9largissement, une amplification et une acc\u00e9l\u00e9ration des activit\u00e9s, ainsi que, parall\u00e8lement, le d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u00ab\u00a0sp\u00e9cialisation\u00a0\u00bb de ces activit\u00e9s au nom d&rsquo;un rangement rationnel nouveau. A la lumi\u00e8re de ces remarques, on peut \u00e9galement observer que ces \u00e9v\u00e9nements esquissent, en m\u00eame temps que l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;univers et en partie \u00e0 cause de cet agrandissement, une structuration du monde occidental en syst\u00e8mes. (C&rsquo;est \u00e9galement, en plus de \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit de la chose\u00a0\u00bb, pour la raison de ce constat que nous employons le qualificatif, pour l&rsquo;instant d&rsquo;apparence abusive, de \u00ab\u00a0technologique\u00a0\u00bb pour caract\u00e9riser cette rupture ; le technologisme rec\u00e8le comme principale cons\u00e9quence sociale et, surtout, psychologique, le fractionnement et la d\u00e9structuration, qui sont d&rsquo;autres mots pour d\u00e9signer le processus conduisant \u00e0 une \u00ab\u00a0structuration en syst\u00e8mes\u00a0\u00bb, &ndash; puisque les syst\u00e8mes tendent \u00e0 organiser leur propre structuration en d\u00e9structurant l&rsquo;ordre naturel.) Il s&rsquo;agit des pr\u00e9misses d&rsquo;un processus de cloisonnement qui accompagne, d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement paradoxale pour les esprits qui s&rsquo;en tiennent \u00e0 la seule r\u00e9f\u00e9rence quantitative pour juger du monde, le processus d&rsquo;\u00e9largissement et d&rsquo;extension de ce monde, &ndash; la \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb, comme le mot a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour d\u00e9crire cette p\u00e9riode ; car il est paradoxal de proclamer une extension et une ouverture du monde avec la \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb en m\u00eame temps qu&rsquo;une organisation de ce monde avec le cloisonnement en syst\u00e8mes, qui est un processus de contraction et d&rsquo;enfermement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce cadre physique nouveau du monde de la Renaissance et alentour, per\u00e7u pour une grande part en dehors des \u00e9v\u00e9nements sp\u00e9cifiques de la Renaissance comme nous l&rsquo;avons envisag\u00e9e et de leur contrainte, g\u00e9n\u00e8re litt\u00e9ralement, dans la perception qui en est offerte sinon impos\u00e9e, un univers nouveau dans sa substance. On y trouve, en d\u00e9veloppement essentiel et litt\u00e9ralement bouleversant, l&rsquo;expansion formidable du Nouveau Monde, dont nous savons d\u00e9j\u00e0 quelle importance \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb et symbolique il a pour la modernit\u00e9. Cette expansion, ce \u00ab\u00a0cadre physique nouveau du monde\u00a0\u00bb, est en g\u00e9n\u00e9ral caract\u00e9ris\u00e9e avec emphase, avec un emportement enthousiaste, selon le jugement moderniste, comme un immense mouvement d&rsquo;<strong>ouverture<\/strong>, &ndash; le mot est important, &ndash; une sorte de pr\u00e9lude grandiose \u00e0 la modernit\u00e9, comme une intronisation ; effectivement \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb de la modernit\u00e9, si la modernit\u00e9 peut \u00eatre per\u00e7ue sous la forme d&rsquo;une symphonie ; et alors comme l'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb pr\u00e9monitoire d&rsquo;une <em>Symphonie du Nouveau Monde<\/em> qu&rsquo;on aurait compos\u00e9e par avance. On lit ou on entend souvent \u00e0 propos de cette \u00e9poque le mot de \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb, que nous avons introduit plus haut dans le cours de ce r\u00e9cit, qui nous est venu sous la plume avec quel naturel ! On conna&icirc;t les vertus attach\u00e9es \u00e0 ce mot, \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;est pas loin d&rsquo;\u00eatre sacralis\u00e9, et, par cons\u00e9quent, tout le reste de cette \u00e9poque qui va dans ce sens l&rsquo;est \u00e9galement. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on pr\u00e9cis\u00e9ment que nous pouvons parler d&rsquo;<strong>ouverture<\/strong>, effectivement per\u00e7ue dans ce cas, \u00e0 ce moment du temps historique, comme repr\u00e9sentative de la sp\u00e9cificit\u00e9 m\u00eame de la vertu du d\u00e9veloppement de la modernit\u00e9, &ndash; comme son symbole : la modernit\u00e9 s&rsquo;ouvre et ouverture de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; Pour autant, l&rsquo;espace et le mat\u00e9riel y jouent leur r\u00f4le, je veux dire l&rsquo;anatomie physique et g\u00e9ographique du ph\u00e9nom\u00e8ne de cette expansion du monde autant que ses caract\u00e8res techniques, commerciaux, etc. L'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb, on l&rsquo;a vu, est d&rsquo;une telle importance qu&rsquo;on en doit faire <em>un symbole<\/em> ; et alors, le symbole de la chose tient cette place essentielle pour la modernit\u00e9 parce que la r\u00e9alit\u00e9 en train de se transmuter s&rsquo;en porte garante. Cela n&rsquo;a rien d&rsquo;un hasard mais correspond parfaitement aux exigences de rationalit\u00e9 scientifique qui s&rsquo;imposent avec la modernit\u00e9. L&rsquo;id\u00e9e sous-jacente et implicite est que le symbole participant \u00e0 la fondation de la modernit\u00e9 doit rendre compte de sa propre r\u00e9alit\u00e9 comme d&rsquo;un devoir de v\u00e9racit\u00e9 quasi d&rsquo;ordre scientifique, au sens moderniste de ce terme. En songeant \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne d'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb comme \u00e0 un symbole, il importe \u00e9galement que nous consultions les cartes, les exemplaires des premiers livres sortis de l&rsquo;imprimerie, etc., et que les uns et les autres ne nous d\u00e9mentent en rien par rapport \u00e0 leurs pr\u00e9tentions, qui devront fonder et sanctifier \u00e0 la fois, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, le symbole. Il nous importe, \u00e0 nous, d&rsquo;identifier effectivement, ou, dans tous les cas, d&rsquo;\u00e9voquer pr\u00e9cis\u00e9ment les caract\u00e8res physiques et op\u00e9rationnels de ces \u00e9l\u00e9ments, pour comprendre parfaitement la perspective qu&rsquo;ils nous offrent, et appr\u00e9cier leur confrontation avec les exigences d&rsquo;un symbole (\u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb) qui est celui de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une remarque importante nous vient alors \u00e0 l&rsquo;esprit. Les manifestations physiques et mat\u00e9rielles de ces \u00e9l\u00e9ments dont on requiert qu&rsquo;ils participent \u00e0 la fondation de la modernit\u00e9 aussi bien par eux-m\u00eames que par rapport au symbole qu&rsquo;ils doivent adouber, r\u00e9pondent positivement \u00e0 cette exigence du point de vue quantitatif ; la puissance, l&rsquo;\u00e9tendue spatiale, la novation technique (bient\u00f4t technologique) audacieuse, comme facteurs d&rsquo;une dynamique quantitative suppl\u00e9mentaire, sont pr\u00e9sentes. Mais le but essentiel, qui doit \u00eatre essentiel pour le symbole dans tous les cas, ce but reste d&rsquo;un ordre qui se voudrait qualitatif. Il est r\u00e9sum\u00e9 selon la dialectique moderniste, comme l&rsquo;on parlerait d&rsquo;une <strong>conclusion int\u00e9gratrice<\/strong>, par le terme d\u00e9j\u00e0 plusieurs fois mentionn\u00e9 d'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb, qui fait effectivement partie de l&rsquo;arsenal dialectique de la modernit\u00e9 ; \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb, cette notion glorieuse, exprimant \u00e0 la fois la novation, la rupture avec le pass\u00e9, le refus des principes hi\u00e9rarchiques d&rsquo;autorit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 s&rsquo;accordant en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la Tradition, l&rsquo;acceptation par l&rsquo;esprit de tous les somptueux atours du Progr\u00e8s, de toutes les conceptions nouvelles. Cet aspect de l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9cisive vers la modernit\u00e9 que constitue la Renaissance est par cons\u00e9quent tout aussi d\u00e9cisivement consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois ouverture du monde et ouverture sur le monde, aussi bien qu&rsquo;ouverture sur l&rsquo;\u00e0-venir. (&hellip; Et \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb, bien entendu, dans le sens vu pr\u00e9c\u00e9demment d&rsquo;une inversion du sens historique, avec l&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame vue comme point central cosmique du monde, dont le fondement est \u00e0 trouver d\u00e9sormais dans l&rsquo;avenir et nullement, jamais plus, dans le pass\u00e9 ; toutes les remarques peuvent \u00eatre rassembl\u00e9es, on verra qu&rsquo;elles r\u00e9pondent au mot d&rsquo;ordre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est alors qu&rsquo;un constat d&rsquo;une consid\u00e9rable importance nous arr\u00eate. Une observation du ph\u00e9nom\u00e8ne plus substantielle, plus accentu\u00e9e du point de vue symbolique, avec des r\u00e9f\u00e9rences d\u00e9passant les seuls termes convenus du terrorisme dialectique de la modernit\u00e9, avec un sens du choix des jugements permettant de passer outre aux <em>diktat<\/em> vari\u00e9s de la m\u00eame modernit\u00e9, nous conduit \u00e0 une conclusion inverse de l&rsquo;esprit de toute cette jubilation moderniste. L&rsquo;ouverture ne l&rsquo;est pas vraiment, c&rsquo;est-\u00e0-dire pas du tout lorsqu&rsquo;on pousse la logique qui importe ; l'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb vers les nouveaux mondes (le Nouveau Monde) se fait en m\u00eame temps que l&rsquo;on d\u00e9couvre la rotondit\u00e9 de la terre, ce qui constitue la forme et le volume \u00e0 la fois de l&rsquo;espace le plus parfaitement referm\u00e9 qu&rsquo;on puisse concevoir ; l&rsquo;ouverture est bien un facteur quantitatif mais il serait trompeur et faussaire d&rsquo;en faire un facteur qualitatif de cette signification : l&rsquo;espace nouveau est grand mais il est <strong>ferm\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, pour ce qui concerne l&rsquo;autre aspect d'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, lorsque nous parlions de l&rsquo;imprimerie&hellip; Dans ce cas, dit le <em>diktat<\/em> moderne, \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb de la diffusion de la culture, de l&rsquo;\u00e9ducation de l&rsquo;esprit, des connaissances, de l&rsquo;intelligence et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;esprit, cela encore au profit de la modernit\u00e9, cela va sans dire. (Quelle heureuse occurrence, en v\u00e9rit\u00e9, que la premi\u00e8re c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, &ndash; on dirait <em>star<\/em> ou <em>people<\/em>, aujourd&rsquo;hui, &ndash; de cette \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb majeure ait \u00e9t\u00e9 Luther et ses <em>Th\u00e8ses<\/em>, parmi les premi\u00e8res production de l&rsquo;imprimerie celles-ci qui furent massivement d\u00e9structurantes, qui furent le signal de la grande R\u00e9formation, dont on sait le destin, la r\u00e9putation et la gloire moderniste.) Pour notre compte, il ne nous semble pas d\u00e9plac\u00e9 ni particuli\u00e8rement tatillon d&rsquo;observer que cette \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb-l\u00e0 permet surtout aux petites litt\u00e9ratures et aux litt\u00e9ratures subversives de se r\u00e9pandre, souvent gr\u00e2ce \u00e0 des puissances d&rsquo;argent qui y voient leurs int\u00e9r\u00eats ; ces litt\u00e9ratures qui n&rsquo;auraient gu\u00e8re trouv\u00e9 de relais de diffusion sans l&rsquo;imprimerie, qui en trouvent de plus en plus \u00e0 mesure que les techniques se d\u00e9veloppent. De m\u00eame et au-del\u00e0, \u00e0 partir de l&rsquo;imprimerie et gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;imprimerie, existe la possibilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9veloppement galopant de tout l&rsquo;apparat de mystification et d&rsquo;inversion syst\u00e9matique des productions du syst\u00e8me de la communication, de toute cette machinerie d&rsquo;abaissement de l&rsquo;\u00eatre, de d\u00e9structuration des esprits, de dissolution de l&rsquo;\u00e2me. Je dois sugg\u00e9rer avec la plus grande insistance qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements tels qu&rsquo;ils se d\u00e9roul\u00e8rent ensuite, aux r\u00f4les que jou\u00e8rent, &ndash; cela, dans notre conception g\u00e9n\u00e9rale, &ndash; les <em>mazarinades<\/em> (\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb du pamphlet apparu lors de la Fronde), le persiflage, tout le monde des pamphlets et libelles dans la grande entreprise d&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie dont on sait qu&rsquo;elle pr\u00e9pare les r\u00e9volutions, le tournant de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb qui est l&rsquo;ouverture \u00e0 l&rsquo;intrusion du Mal, puis effectivement le d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0tout l&rsquo;apparat de mystification et d&rsquo;inversion syst\u00e9matique \u00ab\u00a0, \u00e0 cette lumi\u00e8re on est conduit \u00e0 proposer avec force et insistance l&rsquo;hypoth\u00e8se que cette formidable \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb qu&rsquo;est l&rsquo;imprimerie profite d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;instauration de la modernit\u00e9, par les moyens les plus bas auxquels cette modernit\u00e9 va nous confronter, subversion, propagande et virtualisme, avec la d\u00e9gradation de la pens\u00e9e et des m&oelig;urs qui s&rsquo;ensuit. Ainsi en est-il de l'\u00a0\u00bbouverture\u00a0\u00bb dans cette occurrence \u00e9galement ; \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb par effondrement de la qualit\u00e9, \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb comme fermeture de l&rsquo;esprit par cons\u00e9quent&#8230; Mais qui en aurait dout\u00e9 ? Dans ce cas encore, lisant \u00e0 notre fa\u00e7on sous l&rsquo;inspiration appr\u00e9ci\u00e9e de fa\u00e7on critique du <em>diktat<\/em> moderne, \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb signifie enfermement apr\u00e8s installation des bornes, \u00e0 ne pas franchir, de la culture et de la pens\u00e9e modernes, &ndash; effectivement \u00ab\u00a0fermeture de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en est-il de l&rsquo;inversion, sans coup f\u00e9rir et aussi bien dans le sens m\u00eame du mot, dans les sens g\u00e9ographique et culturel si l&rsquo;on veut, par trahison du sens et retournement du symbole sans aucun doute, selon une m\u00e9thodologie orwellienne aujourd&rsquo;hui bien connue : \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0fermeture\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0enfermement\u00a0\u00bb. Il faut \u00e9largir (on n&rsquo;ose dire \u00ab\u00a0hausser\u00a0\u00bb) cette perception au niveau de l&rsquo;esprit de la chose, pour consid\u00e9rer exactement quel Nouveau Monde nous offre ce tournant capital, quand nous chois&icirc;mes cette monstruosit\u00e9 de l&rsquo;inversion de fixer notre origine dans l&rsquo;avenir que nous allions tracer plut\u00f4t que dans la Tradition venue de ce que nous nommons d\u00e9sormais avec un m\u00e9pris inimaginable jusqu&rsquo;alors, &ndash; le \u00ab\u00a0pass\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Encore serait-il appropri\u00e9 de nuancer grandement ce que nous devons entendre par \u00ab\u00a0pass\u00e9 \u00ab\u00a0, pour \u00e9chapper compl\u00e8tement et d\u00e9cisivement au <em>diktat<\/em> moderniste. Julius Evola, homme de la tradition, dit de la pens\u00e9e \u00ab\u00a0originelle\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0principielle\u00a0\u00bb qui ressort de la Tradition qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas un \u00ab\u00a0retour en arri\u00e8re\u00a0\u00bb&hellip; &laquo; <em>C&rsquo;est une pens\u00e9e \u00ab\u00a0<\/em><strong><em>originelle\u00a0\u00bb, elle ne remonte pas <\/em><\/strong><strong><em>en arri\u00e8re<\/em><\/strong><em> dans le temps, elle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve verticalement <\/em><strong><em>hors du temps<\/em><\/strong><em> en direction du noyau transcendant&hellip;<\/em> &raquo; [Giovanna Monastra, <em>Julius Evola, des th\u00e9ories de la race \u00e0 la recherche d&rsquo;une ethnologie aristocratique<\/em>, <em>Nouvelle &Eacute;cole<\/em> n&deg;47, ann\u00e9e 1995].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Soudain, l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e vers les hauteurs de l&rsquo;inconnu, au-del\u00e0 des majestueuses Colonnes d&rsquo;Hercule montant vers le Ciel (\u00ab\u00a0hors du temps\u00a0\u00bb, vers \u00ab\u00a0le noyau transcendant\u00a0\u00bb), cette envol\u00e9e qui avait caract\u00e9ris\u00e9 et nourri l&rsquo;inspiration et l&rsquo;intuition des temps anciens, qui avait enfant\u00e9 Hom\u00e8re et son <em>Odyss\u00e9e<\/em>, qui avait nourri Platon, se transforment en un espace, consid\u00e9rable certes, mais d\u00e9sormais born\u00e9, dans lequel la rotondit\u00e9 de la Terre ne laisse aucune \u00e9chappatoire. Les intuitions et les symboles infinis n&rsquo;ont plus de perspective \u00e0 mesure. Le savoir intuitif et symbolique autant que de la nature m\u00eame per\u00e7ue par l&rsquo;esprit devient connaissance de plus en plus strictement contr\u00f4l\u00e9e, et la connaissance est enferm\u00e9e, abaiss\u00e9e dans la mati\u00e8re, dont la formulation ad\u00e9quate va d\u00e9pendre de la machine. Bient\u00f4t, tous les esprits pourront en faire leur profit et usage, pr\u00e9cis\u00e9ment vers le bas et jusqu&rsquo;au plus bas. L\u00e0 aussi, l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e vers l&rsquo;inconnu et les perspectives hautes \u00e0 mesure sont \u00e9cart\u00e9es au profit d&rsquo;espaces consid\u00e9rables, de mieux en mieux identifi\u00e9s et donc de plus en plus born\u00e9s. Les \u00ab\u00a0grandes d\u00e9couvertes\u00a0\u00bb g\u00e9ographiques, qui n&rsquo;auraient d&ucirc; rester que cela, sont une fa\u00e7on de reconna&icirc;tre les dimensions, bient\u00f4t cl\u00f4tur\u00e9es, du pr\u00e9 carr\u00e9 de la modernit\u00e9. Devant la t\u00e2che d&rsquo;organisation du Nouveau Monde qui s&rsquo;impose \u00e0 lui, l&rsquo;\u00eatre humain va se faire <em>sapiens<\/em> commode et arrangeant, individu entrant dans la s\u00e9rie de la productivit\u00e9 nomm\u00e9e individualisme, ne cherchant pas \u00e0 trop identifier les caract\u00e8res du Syst\u00e8me qui l&rsquo;oppresse, ou bien il va se faire <em>sapiens<\/em> autoritaire et habile, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat \u00e0 servir le futur Syst\u00e8me ; et la plupart jugeant fort avantageux et comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la vertu du service de l&rsquo;esprit et de son savoir, de s&rsquo;inscrire dans des syst\u00e8mes renvoyant au Syst\u00e8me et de r\u00e9duire leurs connaissances au service de l&rsquo;allongement sans fin et de l&rsquo;enfermement de ces connaissances dans des domaines de pr\u00e9dilection organis\u00e9s en syst\u00e8mes, o&ugrave; triomphent l&rsquo;avantage et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui tirent vers le bas&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit alors, au-del\u00e0 dans le raisonnement, et pour r\u00e9sumer et int\u00e9grer tout cela, de l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une sorte d'\u00a0\u00bbenfermement\u00a0\u00bb de l&rsquo;esprit baptis\u00e9 \u00e9l\u00e9gamment \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb, l&rsquo;esprit qui serait effectivement \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb des \u00e9lans vers les hauteurs par cons\u00e9quent. Ce qu&rsquo;on lui promet comme une lib\u00e9ration est une sorte d'\u00a0\u00bbenfermement\u00a0\u00bb extr\u00eamement herm\u00e9tique, et la r\u00e8gle faussaire par inversion totale et totalitaire est ainsi d\u00e9finie. La vision sans contrainte du monde qui r\u00e9gnait jusqu&rsquo;alors, o&ugrave; l&rsquo;inconnu semblait laisser la place \u00e0 la possibilit\u00e9 de l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;infini dans la sp\u00e9culation \u00e0 propos de la spiritualit\u00e9, dont la gloire et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation lui \u00e9taient sugg\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;intuition haute exer\u00e7ant son illumination dans ces d\u00e9licates nuances qui forment les promesses des accomplissements spirituels dans les perspectives les plus pures, cette vision est soudain rompue ; elle se trouve d\u00e9sormais invit\u00e9e sans autre m\u00e9nagement \u00e0 la r\u00e9duction ; elle est conduite \u00e0 se glisser dans une dynamique structur\u00e9e qui, bient\u00f4t, s&rsquo;\u00e9tablira comme un syst\u00e8me, et bient\u00f4t \u00e0 l&rsquo;image du Syst\u00e8me, comme un corset pompeusement d\u00e9cor\u00e9 de la pens\u00e9e dirig\u00e9e vers le bas, ce corset qui se nomme Progr\u00e8s lui-m\u00eame, producteur lui-m\u00eame de sa propre vertu, per\u00e7u \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un Dieu abaiss\u00e9 \u00e0 mesure et, lorsqu&rsquo;Il est assez bas, le rempla\u00e7ant avantageusement. Tous ces \u00e9l\u00e9ments transmutent les immenses promesses que certains entretenaient encore \u00e0 la lumi\u00e8re de la Renaissance, symbolis\u00e9es d\u00e9sormais par des mots qui ont cette vocation d&rsquo;enivrement de l&rsquo;esprit, en une tromperie qui inverse le sens spirituel de l&rsquo;Histoire et pr\u00e9pare la psychologie humaine aux traitements insidieux qui la conduiront \u00e0 l&rsquo;abaissement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Derri\u00e8re le caract\u00e8re de vastitude, de lib\u00e9ration et de novation de cet ensemble de promesses, on trouve une construction d&rsquo;enfermement d&rsquo;une facture compl\u00e8tement nouvelle, \u00e0 laquelle le <em>sapiens<\/em>, qui en a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;architecte involontaire derri\u00e8re les tromperies du domaine, s&#8217;empressera de donner ses lettres d&rsquo;une noblesse \u00e9trangement caract\u00e9ris\u00e9e par une bassesse fort satisfaite d&rsquo;elle-m\u00eame, en digne productrice de l&rsquo;inversion de la noblesse. Au lieu d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, au sens r\u00e9el de la chose qui est de se tenir hors des contraintes qui s&rsquo;exercent au profit de forces obscures, on d\u00e9couvre et on d\u00e9veloppe les \u00ab\u00a0contraintes\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb qui sont celles de l&rsquo;espace nouveau, de la circulation qui fait qu&rsquo;on sillonne cet espace, de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qui fait de cette aventure terrestre un programme nomm\u00e9 \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Avant la Renaissance, les perspectives du monde physique \u00e9taient inconnues ; avec la Renaissance, on reconna&icirc;t leur immensit\u00e9, mais \u00e9galement et surtout leur finitude, caract\u00e9ris\u00e9e n\u00e9cessairement par la forme de rotondit\u00e9 de la terre, devenue globe et devenue n\u00e9cessairement ferm\u00e9e, emprisonnant d&rsquo;une certaine fa\u00e7on tous les \u00e9lans des temps pass\u00e9s. Avant la Renaissance, la connaissance \u00e9tait dispens\u00e9e avec la pr\u00e9caution de l&rsquo;\u00e9lancer vers la plus grande hauteur possible, pour en faire un savoir initiatique ; avec la Renaissance, s&rsquo;annonce le d\u00e9luge de la quantit\u00e9, d\u00e9luge qui affecte la connaissance, qui va l&rsquo;abaisser de plus en plus sous son propre poids, jusqu&rsquo;\u00e0 nourrir un savoir invers\u00e9, s&rsquo;enracinant dans l&rsquo;ombre lugubre des abysses de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsque les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l&rsquo;\u00e9poque nouvelle sont consid\u00e9r\u00e9s, on mesure le poids et la force de la pression terrible qui s&rsquo;exerce d\u00e9sormais sur ce qui s&rsquo;affirme et s&rsquo;exhibe comme une civilisation nouvelle, par le biais des exigences de la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb qui pr\u00e9tend en \u00eatre la matrice. D\u00e9sormais, le monde brutalement \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb et ainsi entr\u00e9 dans des limites d\u00e9sormais connues, se trouve enferm\u00e9 par ce qu&rsquo;on ne peut identifier que comme \u00ab\u00a0la mati\u00e8re\u00a0\u00bb tant la force d\u00e9velopp\u00e9e ne fait que plonger vers le bas, sous l&#8217;empire encore insidieux et point encore identifiable de la Mati\u00e8re, d\u00e9sormais majusculable \u00e0 souhait, consid\u00e9r\u00e9e dans toute sa puissance, et ce monde d\u00e9j\u00e0 coup\u00e9 de l&rsquo;inspiration et de l&rsquo;intuition de la spiritualit\u00e9 la plus haute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>22 &ndash; Nous d\u00e9couvrons alors que ces tensions et ces torsions d\u00e9sormais impos\u00e9es aux psychologies, dans le terme de l&rsquo;\u00e9poque de la Renaissance et dans ce qui suit, avec une telle constance et une telle n\u00e9cessit\u00e9, conduisent \u00e0 la formation d&rsquo;une \u00ab\u00a0psychologie collective\u00a0\u00bb de rupture et de crise, et que c&rsquo;est \u00e0 elle, et que c&rsquo;est sur elle que s&rsquo;appliquent ces faits transform\u00e9s en interpr\u00e9tations puis en autant de forces de contrainte psychologique. On joute \u00e0 tout cela, comme une sorte de r\u00e9v\u00e9lateur d\u00e9couvrant la v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9poque aussi glorieuse que la Renaissance, l'\u00a0\u00bbanarchie intellectuelle\u00a0\u00bb que r\u00e9sument la vie aventureuse et l&rsquo;exemple extraordinaire d&rsquo;Agrippa, avec le pessimisme fondamental, &ndash; et paradoxal pour la Renaissance, &ndash; qu&rsquo;illustre ce grand \u00e9rudit, et le tableau est complet. Comme nous le savons effectivement depuis la Renaissance devenue borne sacr\u00e9e de l&rsquo;intronisation de la modernit\u00e9, il va s&rsquo;imposer aux artisans de la modernit\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de sortir de cette pressante confusion une attitude coh\u00e9rente, une doctrine droite et conqu\u00e9rante, la formule de l&rsquo;avenir d&rsquo;un monde d\u00e9barrass\u00e9 des intempestives et archa\u00efques interventions de la transcendance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Imaginez donc ! Que de vigueur et d&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9es par leurs propres psychologies, par les hommes de ces temps interm\u00e9diaires, pour assumer cette confusion g\u00e9n\u00e9rale, avec ce bouillonnement et finalement ce retournement de la psychologie collective ! Il faudra passer de l&rsquo;angoisse et du pessimisme \u00e0 l&rsquo;optimisme de l&rsquo;avenir, de la r\u00e9pudiation furieuse de la raison humaine de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale \u00e0 la glorification b\u00e9ate de la raison humaine de la modernit\u00e9, et cela sans que rien dans la v\u00e9rit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements ne justifie vraiment cette formidable contradiction. Que de tensions maintenues constantes sur la psychologie, pour assurer que les perceptions et les impulsions donn\u00e9es par cette psychologie ne viennent pas contrarier le jugement que la raison conquise par la subversion accepte par avance jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;appeler de tous ses v&oelig;ux, &ndash; le triomphe de la modernit\u00e9, &ndash; et cette psychologie conduite,<em>manu militari<\/em> pourrait-on dire, \u00e0 se soumettre \u00e0 lui ! L&rsquo;exclamation doit \u00eatre renforc\u00e9e, structur\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effort permanent, jusqu&rsquo;\u00e0 la torsion constante car ce ph\u00e9nom\u00e8ne doit \u00eatre \u00e9largi \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement, qui embrasse finalement la Renaissance dans sa totalit\u00e9 et son extr\u00eame complexit\u00e9, telle que nous la pr\u00e9sente un Funck-Brentano ou un Agrippa, qui embrasse encore plus largement le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;effondrement du socle du Christianisme tel que nous l&rsquo;avons envisag\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;irruption de Louis Bayle et de sa <em>R\u00e9publique des Lettres<\/em> ; car cette transmutation universelle vers la modernit\u00e9 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e tous partis confondus et hors de tous les partis, embrassant la vie g\u00e9n\u00e9rale elle-m\u00eame, les pratiques et les m&oelig;urs, les habitudes et les comportements ; car cette transmutation universelle vers la modernit\u00e9 doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e sans chercher pour notre compte, r\u00e9p\u00e9tant en cela notre principe directeur, o&ugrave; se trouve la justice et o&ugrave; l&rsquo;on trouve l&rsquo;imposture, et d&rsquo;ailleurs si ceci et cela peuvent \u00eatre identifi\u00e9s en un esprit commun ou en un courant sp\u00e9cifique, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas l\u00e0 au contraire un autre aspect de la confusion d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e, o&ugrave; tout se m\u00e9lange sans se fixer. Nous tiendrions alors une observation beaucoup plus convaincante pour renforcer notre hypoth\u00e8se des effets sur la psychologie, cette hypoth\u00e8se qui nous importe essentiellement parce qu&rsquo;elle colore et dirige toute notre d\u00e9marche dans la description de l&rsquo;\u00e9volution de la situation jusqu&rsquo;au seuil de nos grandes r\u00e9volutions et du tournant de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une pression constante, d&rsquo;une force tr\u00e8s grande qu&rsquo;on impose \u00e0 sa psychologie, pour maintenir dans le cadre d&rsquo;une coh\u00e9sion apparente ce retournement trompeur et cette rupture subversive, avec ce tourbillon faussaire de l'\u00a0\u00bbinspiration\u00a0\u00bb de la chose qui tourne sans le moindre sens pour leur donner vie, pour leur assurer le souffle de la dur\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils deviennent, ce retournement et cette rupture, \u00e0 la fois la logique, la raison, la nature et la vertu m\u00eame des choses. Il s&rsquo;agit du grand th\u00e8me de la distorsion constante de la psychologie \u00e0 laquelle celle-ci est convi\u00e9e, que dis-je, contrainte, comme l&rsquo;on dit d&rsquo;une pression permanente de \u00ab\u00a0remise en perspective\u00a0\u00bb, qui est le terme pour d\u00e9signer les habituelles d\u00e9marches de subversion de la pens\u00e9e dans les \u00e9tablissements universitaires initi\u00e9s et dans les cabinets des pouvoirs occultes que tout le monde bien inform\u00e9 conna&icirc;t et fr\u00e9quente. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail permanent, secret, \u00e9puisant dans un sens et pour tous les sens, un travail des psychologies conduites \u00e0 accepter cette mobilisation \u00e9galement permanente. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une main de fer, d&rsquo;une poigne de g\u00e9ant, d&rsquo;une \u00e9treinte sans faiblir, toutes ces choses par o&ugrave; la dynamique de la force dont on se convainc de plus en plus imp\u00e9rativement qu&rsquo;elle est suscit\u00e9e par la mati\u00e8re elle-m\u00eame, &ndash; nous ne sommes pas loin ici d&rsquo;apercevoir le tournant du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb qui se profile, &ndash; s&rsquo;exerce \u00e0 l&rsquo;encontre de cette psychologie qui devrait au contraire donner l&rsquo;aliment m\u00eame de la pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e, sa forme, son orientation, son ouverture \u00e0 d&rsquo;\u00e9ventuelles illuminations ext\u00e9rieures. Il faut ajouter enfin que tous ces processus de pressions et de contraintes ainsi d\u00e9crits se manifestent, dans la plupart des cas, et l\u00e0 aussi selon une acceptation coutumi\u00e8re des pressions et des contraintes qui permet d&rsquo;\u00e9carter les tourments de conscience devant la r\u00e9alit\u00e9 de la chose, dans une situation o&ugrave;, justement, l&rsquo;esprit pr\u00e9f\u00e8re le m\u00e9canisme de l&rsquo;inconscience des forces auxquelles est soumise la psychologie sur laquelle il s&rsquo;appuie. Il s&rsquo;agit de fabriquer un cadre strict, imp\u00e9ratif, qui \u00ab\u00a0donne sens\u00a0\u00bb \u00e0 tout cela, sans contestation de soi-m\u00eame contre soi-m\u00eame, dans le sens du moderne, jusqu&rsquo;\u00e0 former la perspective moderniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous n&rsquo;avons parl\u00e9 que de contraintes, auxquelles s&rsquo;ajoutent les effets des premi\u00e8res techniques et technologies de la communication qui se d\u00e9veloppent, qui, elles aussi, s&rsquo;engouffrent dans la perspective moderniste&hellip; Imaginez, dans ces conditions, dans toutes ces conditions minutieusement pes\u00e9es et ajout\u00e9es les unes aux autres, la <strong>fatigue<\/strong> de la psychologie, des psychologies individuelles et, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, de la psychologie collective qu&rsquo;on a identifi\u00e9e plus haut ; mesurez l&rsquo;\u00e9tat de fatigue o&ugrave; les psychologies se retrouvent toutes, dans un tel parcours de pressions et de contraintes, pour assurer et valider comme \u00e9tant la nouvelle V\u00e9rit\u00e9 du monde ce retournement complet de la perception qui va alimenter les esprits et, bient\u00f4t, inspirer les plus hautes intelligences. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus qui, \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre \u00e9vident, devient presque naturel, et tout aussi naturellement dissimul\u00e9 par le pr\u00e9cieux secours de l&rsquo;absence de conscience de la chose. (Il est singuli\u00e8rement difficile, lorsqu&rsquo;on se trouve plac\u00e9, par la situation sociale, dans le cours de changements et de progr\u00e8s dont on ne peut faire autrement qu&rsquo;en user, et souvent \u00e0 son propre avantage, de r\u00e9ussir \u00e0 en distinguer la perversion pour en d\u00e9noncer l&rsquo;esprit. Il n&rsquo;est pas ais\u00e9, lorsque votre psychologie subit effectivement les effets d&rsquo;une telle fatigue, d&rsquo;observer cette \u00e9vidence que la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb ni celle \u00ab\u00a0du monde nouveau\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle est et que cela suffit, qu&rsquo;on pourrait tout au plus la nommer \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 du monde\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 avant qu&rsquo;on affirm\u00e2t que son contraire \u00e9tait devenu \u00ab\u00a0la nouvelle V\u00e9rit\u00e9 du monde\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il y a par cons\u00e9quent dans cette affirmation tous les indices de la subversion comme acte du Mal, puis de l&rsquo;inversion qui s&rsquo;ensuit.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce soulign\u00e9 du mot en gras (\u00ab\u00a0<strong>fatigue<\/strong>\u00ab\u00a0), cet artifice de la typographie pour rendre toute la force de la contrainte, entra&icirc;nant la pens\u00e9e, qui s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 cette occasion, &ndash; car voil\u00e0 que l&rsquo;on tient le n&oelig;ud de l&rsquo;aventure !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>23 &ndash; &hellip; \u00ab\u00a0Fatigue\u00a0\u00bb, en effet, &ndash; le mot est dit. Dans ce parcours du retournement incroyable des perceptions de cette \u00e9poque terrible, o&ugrave; s&rsquo;entrechoquent Renaissance, R\u00e9forme, pourriture papale port\u00e9e \u00e0 son sommet par le \u00ab\u00a0<em>Borgia pape !<\/em>\u00a0\u00bb de Nietzsche, licence et lib\u00e9ration des m&oelig;urs, haute culture et sublimation du grand art, \u00ab\u00a0anarchie intellectuelle\u00a0\u00bb et pessimisme, magie et humanisme, guerre des religions et classements \u00e0 la fois logiques et faussaires des acteurs, confusion des valeurs et contrainte des jugements, tous les ferments de la modernit\u00e9 \u00e0 la fois r\u00eav\u00e9e et r\u00e9elle, tout cela couronn\u00e9 par la d\u00e9structuration du Christianisme et le \u00ab\u00a0Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance\u00a0\u00bb, &ndash; dans ce tourbillon et \u00e0 cause de ce tourbillon se trouvent la graine et le ferment d&rsquo;une terrible fatigue de la psychologie. Elle <strong>seule<\/strong>, et nullement le complot, ni le parti pris, ni les id\u00e9es, ni les jugements fauss\u00e9s et confus sans qu&rsquo;on ait la moindre id\u00e9e de celui qui se rapproche d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 satisfaisante et moins encore de la v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame, elle seule, la fatigue, explique l&rsquo;\u00e9volution des esprits par une sorte d'\u00a0\u00bbenchev\u00eatrement cadenc\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00e9canique, de la psychologie durant les deux si\u00e8cles qui suivent. Elle seule, la fatigue, explique que les plus hautes intelligences, les plus superbes talents, tenant pour acquises ces perceptions permises et forc\u00e9es par le d\u00e9sordre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements emplis de ces contradictions qu&rsquo;on a observ\u00e9es, vont se trouver dans un \u00e9tat d&rsquo;extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9 lorsqu&rsquo;interviendra cette force historique immense qui prend naissance au cours du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et s&rsquo;affirme d\u00e9cisivement au tournant des XVIII\u00e8me et XIX\u00e8me si\u00e8cles&hellip; Cette force, attir\u00e9e par cette fatigue psychologique et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui s&rsquo;ensuit, ou bien profitant d&rsquo;elles, comme si elle existait, cette force, aux aguets, tapie dans les profondeurs de la mati\u00e8re, <strong>bien avant<\/strong> que l&rsquo;occasion ne se manifeste ? &ndash; Question d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e, comme un avertissement fondamental, que nous retrouverons plus loin, sans aucun doute, qui tient la clef fondamentale de notre appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que j&rsquo;entends d\u00e9crire ici, je le r\u00e9p\u00e8te avec la plus grande force possible, n&rsquo;est pas une \u00e9volution sp\u00e9cifique de la pens\u00e9e occidentale (la modernit\u00e9, les Lumi\u00e8res, etc.), m\u00eame si c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il pourrait sembler s&rsquo;agir \u00e0 premi\u00e8re vue ; mais l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e occidentale, d&rsquo;abord parce que la fatigue de la psychologie, construisant, installant et absorbant ces retournements incroyables de la perception, donne \u00e0 la pens\u00e9e, avec cette psychologie, un outil us\u00e9, perverti, qui n&rsquo;a plus rien de la pr\u00e9cision et de la rigueur d&#8217;emploi qui font sa force. La psychologie fatigu\u00e9e, \u00e9puis\u00e9e, de l&rsquo;Occident entrave la logique et la rigueur de la pens\u00e9e, amollit cette pens\u00e9e, favorise le sentimentalisme, la sensiblerie du raisonnement. (La maladie viendra ensuite, cons\u00e9quence de la fatigue, lorsque la \u00ab\u00a0force historique immense\u00a0\u00bb se sera install\u00e9e en triomphatrice, apr\u00e8s le tournant du XVIII\u00e8me au XIX\u00e8me si\u00e8cle ; ce sera la n\u00e9vrose moderniste, qui fera rena&icirc;tre dans ses extr\u00eames catastrophiques la maniaco-d\u00e9pression caract\u00e9ristique de la psychologie humaine en crise terminale.) La pens\u00e9e reste haute, la plume est superbe, le talent immense, comme on les trouve dans les grands esprits de la p\u00e9riode, mais tout cela est frapp\u00e9 de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qu&rsquo;implique la fatigue de la psychologie ; c&rsquo;est la ruse ultime du Mal que de n&rsquo;avoir pas abaiss\u00e9 les esprits avant de les subvertir, mais de les avoir subvertis pour mieux <strong>qu&rsquo;ils s&rsquo;abaissent eux-m\u00eames<\/strong>&#8230; Fatigue et vuln\u00e9rabilit\u00e9 sont des \u00e9tats qu&rsquo;on peut r\u00e9parer ou tenir \u00e0 distance, donc de peu d&rsquo;importance pour le caract\u00e8re et pour le jugement ; lorsqu&rsquo;elles affectent la psychologie, on ne les distingue pas, ou bien on les tient comme choses n\u00e9gligeables si l&rsquo;on s&rsquo;en avise un instant. En cons\u00e9quence de tout cela, avec contradictions et paradoxes dans le sens qui importe, nous tenons au contraire qu&rsquo;il s&rsquo;agit de facteurs essentiels, qui installent la sc\u00e8ne terrible du drame qui va se nouer \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;outil de la pens\u00e9e, la psychologie qu&rsquo;on a vue \u00e9puis\u00e9e, intervient dans l&rsquo;orientation de la pens\u00e9e <strong>avant<\/strong> que la conscience et sa raison n&rsquo;abordent le labeur de concevoir, d&rsquo;ordonner et de formuler cette pens\u00e9e. L&rsquo;outil est distordu par la fatigue, il a perdu subrepticement sa fonction d&rsquo;outil au service de l&rsquo;esprit pour devenir quelque chose qui oriente, qui influence l&rsquo;esprit par sa faiblesse et sa fourberie involontaires, &ndash; l&rsquo;influence, l&rsquo;arme des faibles et des fourbes. Son influence est toute enti\u00e8re marqu\u00e9e par l&rsquo;impr\u00e9gnation \u00e0 laquelle il c\u00e8de d&rsquo;une conception \u00e9molliente et sentimentale des choses. Litt\u00e9ralement, c&rsquo;est-\u00e0-dire m\u00e9caniquement, l&rsquo;outil est <strong>gauchi<\/strong>. Dans le cours de ce m\u00eame processus d&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie r\u00e9sultant des bouillonnements des XV\u00e8me, XVI\u00e8me, XVII\u00e8me si\u00e8cles, que sais-je ; avec les interpr\u00e9tions auxquelles on \u00e9tait conduit, d&rsquo;apparence s\u00e9duisantes mais \u00e9galement \u00e9puisantes par les paradoxes et les contradictions, il se d\u00e9veloppa quelque chose que nous pourrions d\u00e9signer comme une sorte de \u00ab\u00a0pens\u00e9e conform\u00e9e\u00a0\u00bb ; mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0conformation\u00a0\u00bb vile et basse, c\u00e9dant au plus tentateur ; et, dans cette sorte, le r\u00e9sultat est, avant que le processus de la pens\u00e9e v\u00e9ritable n&rsquo;intervienne, une pens\u00e9e conformiste inscrite dans un sch\u00e9ma d&rsquo;un conformisme tr\u00e8s puissant, tr\u00e8s pr\u00e9gnant, puisque form\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 partir de tous les accidents historiques qu&rsquo;on a d\u00e9crits. En quelque sorte, l&rsquo;essence (le conformisme) a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la substance (la pens\u00e9e) ; et cette pens\u00e9e conform\u00e9e, \u00e9videmment, dans le sens de la confusion, de la mollesse, de la faiblesse m\u00eame, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la tentation des subversions \u00e9videntes mais fort joliment maquill\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Reste ce fait que l&rsquo;esprit pris dans son sens le plus vaste qui le place au-dessus de la raison, lorsque l&rsquo;intuition haute l&rsquo;investit de toute sa puissance glorieuse, s&rsquo;en trouve affaibli et rendu st\u00e9rile, inf\u00e9cond, par sa propre fermeture \u00e0 cette intuition qui d\u00e9range sa conformation, voire son conformisme. L&rsquo;intelligence d&rsquo;un tel esprit ainsi abaiss\u00e9 n&rsquo;a plus le r\u00f4le qu&rsquo;on lui assigne et la grandeur \u00e9ventuelle de cette intelligence peut devenir une tromperie, si le produit de cette intelligence elle-m\u00eame est une tromperie influenc\u00e9e par la psychologie transform\u00e9e en un outil us\u00e9 et gauchi qui en fait une inspiratrice intrigante. Les intelligences les plus hautes peuvent le rester effectivement mais elles peuvent en m\u00eame temps porter la marque de la fatigue de la psychologie comme nous l&rsquo;avons d\u00e9crite, et \u00eatre fauss\u00e9es \u00e0 mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire hautement. Une terrible m\u00e9canique de perversion de la pens\u00e9e se met en place, o&ugrave; le sophisme va s&rsquo;installer, appuy\u00e9 sur le <em>diktat<\/em> de la vertu morale et la tentation du confort de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 intellectuelle qui se manifeste dans l&rsquo;acceptation de ce <em>diktat<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;affirmer hautement que, dans la description de cette hypoth\u00e8se \u00e0 la fois psychologique et historique, nous induisons l&rsquo;affirmation d&rsquo;une ind\u00e9pendance consid\u00e9rable et d&rsquo;une diff\u00e9rence \u00e9galement tr\u00e8s grande des deux processus, entre le processus de la psychologie et le processus du d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e sous la conduite de la raison. La psychologie consid\u00e9r\u00e9e comme un outil, et comme un outil autonome, pouvant ing\u00e9rer des influences qui lui sont propres (ou des influences ext\u00e9rieures qui lui sont devenues propres) et qui auront un effet sur la pens\u00e9e, subit une fatigue qui n&rsquo;est pas un simple dysfonctionnement biologique mais qui a une influence intellectuelle. La psychologie est \u00ab\u00a0fatigu\u00e9e\u00a0\u00bb, comme on l&rsquo;a vu, comme l&rsquo;on dit \u00e0 un conducteur \u00ab\u00a0vous fatiguez votre voiture\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il la fait fonctionner en premi\u00e8re ou en seconde vitesse \u00e0 tr\u00e8s haut r\u00e9gime alors qu&rsquo;il devrait enclencher la troisi\u00e8me ou la quatri\u00e8me vitesse ; il s&rsquo;agit de la \u00ab\u00a0fatigue\u00a0\u00bb d&rsquo;un usage \u00e0 contretemps, pris \u00e0 contre-pied&hellip; Mais l&rsquo;essentiel dans cette erreur qu&rsquo;on d\u00e9crit volontairement au plus bas, comme m\u00e9canique, est qu&rsquo;elle s&rsquo;exprime finalement par des contresens et des faux-sens qui vont influencer la pens\u00e9e. Le contretemps et le contre-pied m\u00e9caniques s&rsquo;expriment, lors du passage de la psychologie \u00e0 la pens\u00e9e, par des contresens et des faux-sens qui affectent l&rsquo;intelligence du monde, \u00e0 ce point fondamental du passage entre le domaine de la perception inconsciente de la situation du monde conduite par un processus psychologique \u00e9puis\u00e9 et celui de la formation de la pens\u00e9e. Le r\u00e9sultat est en effet cette situation terrible o&ugrave; la plus haute intelligence, la pens\u00e9e et le talent les plus \u00e9lev\u00e9s ne sont plus du tout une garantie assur\u00e9e d&rsquo;un jugement mesur\u00e9 de la situation du monde, ni une garantie de justesse et de sagesse alors que l&rsquo;esprit croit au contraire que ces vertus \u00e9videntes sont toujours pr\u00e9sentes et actives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le lecteur garde toujours \u00e0 l&rsquo;esprit que nous ne sommes nullement dans le domaine de la critique de la pens\u00e9e, de l&rsquo;opinion que cette pens\u00e9e exprime, du jugement qu&rsquo;exprime cette opinion. Nous nous pla\u00e7ons en de\u00e7\u00e0 de ce processus intellectuel au sens le plus large, chronologiquement avant que ce processus n&rsquo;ait lieu. Nous tentons de d\u00e9crire comment la pens\u00e9e occidentale a \u00ab\u00a0progress\u00e9\u00a0\u00bb (nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le terme \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9\u00a0\u00bb mais l&rsquo;on comprendra la logique du choix puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9voluer vers la \u00ab\u00a0pens\u00e9e progressiste\u00a0\u00bb caract\u00e9ristique de la modernit\u00e9) pour parvenir \u00e0 une situation o&ugrave; la catastrophe a \u00e9t\u00e9 rendue possible, o&ugrave; elle s&rsquo;est effectivement d\u00e9clench\u00e9e et r\u00e9pandue comme une tra&icirc;n\u00e9e de poudre conduisant \u00e0 l&rsquo;apparition catastrophique d&rsquo;une peste \u00e9pouvantable enfin reconnaissable comme telle. Au point de fusion de cette \u00ab\u00a0apparition catastrophique\u00a0\u00bb de la peste se trouve la conjonction de trois \u00e9v\u00e9nements qui eux-m\u00eames renvoient, comme en un cercle vicieux qui serait le pi\u00e8ge d&rsquo;une histoire \u00e0 cet instant totalement subvertie, \u00e0 cette m\u00eame \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e occidentale, &ndash; la catastrophe, avec nos \u00ab\u00a0trois R\u00e9volutions\u00a0\u00bb, entre 1776 et 1825, pour prendre au plus large, entre la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance des USA et la fameuse phrase qui \u00e9pouvanta Stendhal (&laquo; <em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est d\u00e9sormais l&rsquo;industrie<\/em> &raquo;), &ndash; R\u00e9volution am\u00e9ricaniste, R\u00e9volution Fran\u00e7aise et r\u00e9volution du choix de la thermodynamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9volution des affaires du monde et de la civilisation qui pr\u00e9tend mener ce monde pressait dans le sens o&ugrave; l&rsquo;on pouvait voir et interpr\u00e9ter ce spectacle g\u00e9n\u00e9ral comme une \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb, &ndash; bien cela, \u00ab\u00a0progression\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0\u00e9volution\u00a0\u00bb. Les progr\u00e8s des sciences, la grandeur des arts et des lettres, l&rsquo;\u00e9blouissement des Lumi\u00e8res et d&rsquo;une incomparable civilisation, toute enti\u00e8re inspir\u00e9e par le brio fran\u00e7ais, &ndash; la situation de la psychologie fran\u00e7aise entra&icirc;ne le reste, &ndash; laissent \u00e0 penser \u00e0 l&rsquo;historien qui se contente des apparences que l&rsquo;\u00e9volution des id\u00e9es suivait <strong>\u00e9videmment<\/strong> cette sublime progression de la civilisation. Mais la fatigue psychologique \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre et poussait \u00e0 des termes politiques nouveaux, sugg\u00e9r\u00e9s par la \u00ab\u00a0pens\u00e9e conform\u00e9e\u00a0\u00bb de et par cette m\u00eame fatigue psychologique. La libert\u00e9 grandissante des esprits engendre en g\u00e9n\u00e9ral, lorsque ces esprits sont priv\u00e9s de la structure solide d&rsquo;une psychologie saine, un besoin presque sensuel de libert\u00e9 toujours plus grand marqu\u00e9 par l&rsquo;aveuglement des perspectives et l&rsquo;inattention pour les effets, qui se traduit par la lassitude m\u00e9prisante de l&rsquo;ordre et le besoin exasp\u00e9r\u00e9, presque n\u00e9vrotique, de sacril\u00e8ge. (Nous donnons \u00e0 ce mot son sens le plus large, au-del\u00e0 du sens religieux, et certainement plus proche du sens m\u00e9taphysique : un sacril\u00e8ge contre le rangement naturel et harmonieux du monde.) Observer cela dans le cours du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est annoncer ce qui serait le caract\u00e8re de confrontation extr\u00eame et sauvage de la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb, avec sa rupture d&rsquo;\u00e9quilibre au profit de l&rsquo;id\u00e9al de puissance exprim\u00e9 par l&rsquo;<em>hybris<\/em> (la d\u00e9mesure), brusquement dress\u00e9 contre l&rsquo;id\u00e9al de perfection. Ainsi le XVIII\u00e8me si\u00e8cle enfante-t-il ce qui, \u00e0 son terme, sera la trahison de lui-m\u00eame selon ce qu&rsquo;il <strong>aurait d&ucirc;<\/strong> lui-m\u00eame vouloir \u00eatre. La pente est ouverte au sacrifice du sens au profit de la libert\u00e9 d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e comme une licence de l&rsquo;esprit de s&rsquo;affranchir de toute r\u00e8gle et de toute mesure, cette libert\u00e9 si exalt\u00e9e, si ivre d&rsquo;elle-m\u00eame qu&rsquo;elle serait bient\u00f4t l&rsquo;accoucheuse du besoin de puissance. La fatigue psychologique, qui conduit en r\u00e9alit\u00e9 ce processus, ou plut\u00f4t ce d\u00e9raillement du processus de la civilisation, renforce encore ce d\u00e9raillement jusqu&rsquo;\u00e0 envahir l&rsquo;esprit du vertige de la puissance qui va na&icirc;tre comme naturellement de cette spirale catastrophique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>24 &ndash; Mais voici une \u00e9tape inattendue, impr\u00e9vue, certainement dans mon chef jusqu&rsquo;\u00e0 fort r\u00e9cemment, avant que je n&rsquo;entreprenne d&rsquo;\u00e9crire ces lignes, toujours dans leur premier jet (mai-juin 2010) ; une \u00e9tape dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, voire la force, me sont apparus comme une illumination esquiss\u00e9e puis de plus en plus insistante, tant elle \u00e9claire le domaine de la psychologie qui est notre propos ; tout cela, jeux de lumi\u00e8res obscurcies et d&rsquo;ombres \u00e9clair\u00e9es, pour mieux saisir le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, &ndash; le <strong>saisir<\/strong> bien plus que le comprendre, sans aucun doute, comme l&rsquo;on saisit dans le cours de son vol gracieux et nonchalant une v\u00e9rit\u00e9 qui mettrait toute son habilet\u00e9 gracieuse \u00e0 se tenir dissimul\u00e9e, qui mettrait son point d&rsquo;honneur \u00e0 ne point para&icirc;tre pour ce qu&rsquo;elle est. L&rsquo;\u00e9tape s&rsquo;impose comme n\u00e9cessaire puis, bient\u00f4t vitale, lorsque l&rsquo;on a devin\u00e9 l&rsquo;importance de son objet qui semblait d&rsquo;abord ne r\u00e9pondre qu&rsquo;\u00e0 la futilit\u00e9. Il faut se garder de trop vite conclure avec la mise \u00e0 jour des ent\u00eatements et des certitudes de caract\u00e8res effectivement si futiles, et insister au contraire, pour d\u00e9couvrir que leur habilet\u00e9 se trouve dans cette volont\u00e9 sarcastique de parer leur futilit\u00e9 d&rsquo;irresponsabilit\u00e9, &ndash; et de ricaner du bon tour ainsi jou\u00e9, simulacre parfaitement r\u00e9ussi. Il se trouve au contraire qu&rsquo;\u00e0 explorer la chose, on d\u00e9couvre que cet \u00e9talage de futilit\u00e9 dissimule un grand dessein qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement le fruit d&rsquo;une organisation humaine, qui ne l&rsquo;est m\u00eame pas du tout, qui \u00e9chappe ainsi \u00e0 notre entendement imm\u00e9diat ; un grand dessein qui, lorsqu&rsquo;il est d\u00e9couvert, porte notre trag\u00e9die.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit donc, \u00e0 nouveau, de notre Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Sous un certain \u00e9clairage dont l&rsquo;effet ne laisse pas de nous surprendre, le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res prend des allures amies de notre th\u00e8se en se donnant une dimension humaine, marqu\u00e9e \u00e9galement voire essentiellement, par l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9, l&rsquo;incertitude, l&rsquo;h\u00e9sitation ; la frivolit\u00e9 dissimulant la pr\u00e9occupation inconsciente, la d\u00e9rision cachant l&rsquo;inqui\u00e9tude de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 d\u00e9fiante, &ndash; comme si, \u00e0 l&rsquo;instant de franchir le pas par bravade, ce si\u00e8cle se retenait, mais se moquait lui-m\u00eame d&rsquo;encore se retenir, et d&rsquo;une moquerie qui a du mal \u00e0 dissimuler une certaine inqui\u00e9tude&hellip; Comme s&rsquo;il <strong>devinait<\/strong>, le si\u00e8cle, ce qui nous attend, et ce qui l&rsquo;attend, lui d&rsquo;abord, mais sans en convenir une seconde certes, car l&rsquo;on est essentiellement \u00e0 Paris, o&ugrave; l&rsquo;essentiel est de tenir dans un salon ; et qu&rsquo;il s&rsquo;agit alors de bons mots, d&rsquo;&oelig;illades de langage et de fausse d\u00e9sinvolture, de la cruaut\u00e9 des allusions, et surtout en ne c\u00e9dant jamais sur <strong>rien<\/strong> de l&rsquo;allure des apparences qu&rsquo;on s&rsquo;est choisies d&rsquo;avoir, comme si le sort du monde en d\u00e9pendait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour faire bref et engager la bataille, deux mots importent dont l&rsquo;un compte pour l&rsquo;essentiel&hellip; D&rsquo;abord le mot <strong>persiflage<\/strong>, qui est l&rsquo;essentiel dont nous parlons ; puis nous verrons beaucoup plus succinctement l&rsquo;<strong>inqui\u00e9tude<\/strong> tant celle-ci s&rsquo;impose apr\u00e8s avoir d\u00e9taill\u00e9 celui-l\u00e0 \u00e0 notre id\u00e9e. Nous m\u00e9langerons, secouerons les deux, pour voir ce qu&rsquo;il en sortira, &ndash; et l&rsquo;on sait bien ce qu&rsquo;il en sort, comme un serpent jailli de son panier que l&rsquo;on verrait garni de son pour cette occurrence, ouvert par surprise, mais sans surprise au fond des choses, &ndash; c&rsquo;est la &laquo; <em>guillotine permanente<\/em> &raquo;, bien s&ucirc;r&hellip; Dieu sait si la chose, la guillotine, n&rsquo;a rien \u00e0 voir pour l&rsquo;apparence imm\u00e9diate avec le \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, ce mot myst\u00e9rieux et qui a suscit\u00e9 bien des curiosit\u00e9s et presque autant de th\u00e8ses. Dans notre comptage et notre rangement, le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb a disparu dans le chef de sa dictature de l&rsquo;expression de l&rsquo;esprit des salons en m\u00eame temps que disparaissait la pr\u00e9occupation collective d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb, comme il \u00e9tait apparu, ce mot, venu d&rsquo;on ne sait o&ugrave; ; o&ugrave; l&rsquo;on comprend aussit\u00f4t que \u00ab\u00a0la mode\u00a0\u00bb n&rsquo;est, dans ce cas, qu&rsquo;un v\u00e9hicule de circonstance&hellip; Le persiflage avait envahi la sc\u00e8ne parisienne et europ\u00e9enne du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, enflammant de ricanements divers les esprits les plus hauts, faisant croire \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 entendue, \u00e0 la domestication de l&rsquo;Histoire comme on cligne de l&rsquo;&oelig;il, \u00e0 la r\u00e9duction de la trag\u00e9die du monde \u00e0 quelques bons mots de salon, \u00e0 l&rsquo;accomplissement d&rsquo;une civilisation r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;utopie de la libert\u00e9 des d&icirc;ners en ville et des m&oelig;urs cavali\u00e8res, \u00e0 la licence de l&rsquo;esprit comme passe-droit pour la licence des m&oelig;urs ; pour s&rsquo;interrompre tout net, le persiflage, &ndash; fini de rire, mon petit ami ! &ndash; s&rsquo;incliner brutalement, d\u00e9gringoler comme une t\u00eate coup\u00e9e tombe dans le panier de son, et dispara&icirc;tre dans l&rsquo;ombre vigilante et sanglante de la &laquo; <em>guillotine permanente<\/em> &raquo;. Ainsi les deux choses, &ndash; le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb et la &laquo; <em>guillotine permanente<\/em> &raquo;, &ndash; ont-elles en commun de n&rsquo;avoir rien en commun et, pourtant, de se correspondre presque jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 de la chronologie dans un apparent antagonisme qui dissimule mal une r\u00e9elle complicit\u00e9 d&rsquo;encha&icirc;nement. Nous d\u00e9clarons qu&rsquo;il y a place pour l&rsquo;interrogation de l&rsquo;enqu\u00eateur, et bien de l&rsquo;espace pour conduire sa propre enqu\u00eate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a tout de m\u00eame des certitudes&hellip; Le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb appara&icirc;t exactement en 1734 dans un \u00e9crit de Voltaire, une correspondance, et nul ne sait d&rsquo;o&ugrave; il vient. (Lettre \u00e0 Maupertuis, apparition, intronisation du mot, &ndash; pour le coup, soulign\u00e9 de gras par nous : &laquo; <em>Savez-vous que j&rsquo;ai fait prodigieusement gr\u00e2ce \u00e0 ce Pascal ? De toutes les proph\u00e9ties qu&rsquo;il rapporte, il n&rsquo;y en a pas une qui puisse honn\u00eatement s&rsquo;expliquer de J\u00e9sus-Christ. Son chapitre sur les miracles est un<\/em> <strong><em>persiflage<\/em><\/strong>. Cependant je n&rsquo;ai rien dit et l&rsquo;on crie. Mais laissez-moi faire. Quand je serai une fois \u00e0 B\u00e2le je ne serai pas si prudent. &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;y a pas de mot qui semble mieux appropri\u00e9 pour d\u00e9finir le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et nous le faire <strong>deviner et sentir<\/strong> tel qu&rsquo;il est en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire, entre autres choses mais comme la chose principale, comme une mystification. (Pr\u00e9cisons aussit\u00f4t ce que nul ne doit ignorer, que \u00ab\u00a0mystification\u00a0\u00bb est l&rsquo;un des sens du mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb.) Voil\u00e0 l&rsquo;essentiel de <strong>la v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du monde civilis\u00e9 arriv\u00e9e \u00e0 son z\u00e9nith dans ce si\u00e8cle sans pareil, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en fait de civilisation, la France et le reste autour d&rsquo;elle, et le reste fait la ronde autour de la France, non en \u00ab\u00a0la persiflant\u00a0\u00bb mais en la consid\u00e9rant comme la \u00ab\u00a0nation du persiflage\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de l&rsquo;illumination fondamentale, la Lumi\u00e8re ultime qui nous ouvrirait les voies de l&rsquo;avenir. (&laquo; <em>Die persiflierende Nazion<\/em> &raquo;, \u00e9crit Richter dans sa <em>Politique ou Introduction \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique<\/em>, de 1804, alors qu&rsquo;il entend d\u00e9signer la France de Voltaire.) &laquo; <em>Le succ\u00e8s du persiflage est tel qu&rsquo;il finit par \u00eatre regard\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger comme caract\u00e9ristique du style fran\u00e7ais<\/em>, \u00e9crit madame Elisabeth Bourguinat dans <em>Le si\u00e8cle du persiflage<\/em> (PUF, 1998) ; <em>le mot lui-m\u00eame, jug\u00e9 intraduisible, est d&rsquo;ailleurs adopt\u00e9 tel quel par diff\u00e9rentes langues europ\u00e9ennes<\/em>&hellip; [&hellip;] <em>Il semble donc que le persiflage ait connu une vogue consid\u00e9rable, au point que le terme de \u00ab\u00a0vogue\u00a0\u00bb ou celui de \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb semble insuffisant : les modes, par d\u00e9finition, n&rsquo;ont qu&rsquo;un temps, alors que, plus de cinquante ans apr\u00e8s, le persiflage est toujours ressenti comme \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb<\/em>&hellip; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Cinquante ans plus tard\u00a0\u00bb, apr\u00e8s 1734, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 presque 1789. Nous y sommes. La \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb qui n&rsquo;en est pas une cessera bient\u00f4t, on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit. &laquo; <em>Le persiflage sera rejet\u00e9 dans l&rsquo;enfer de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime<\/em>, \u00e9crit encore madame Bourguinat ; <em>Voltaire et Rousseau entreront dans le Panth\u00e9on r\u00e9volutionnaire.<\/em> &raquo; Nous devrions avoir vite compris, dans ces conditions qui ne dissimulent rien, combien le persiflage a pr\u00e9par\u00e9 la R\u00e9volution en symbolisant, en fabriquant, en d\u00e9veloppant l&rsquo;esprit sarcastique de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 comme un jeu de l&rsquo;esprit, comme un simulacre de la pens\u00e9e ou comme une mystification de la raison. L&rsquo;on rit et l&rsquo;on danse \u00e0 pleurer dans ce si\u00e8cle si plein de brio, avec l&rsquo;intelligence qui \u00e9tincelle, qui finit par vous donner une sorte de naus\u00e9e tant son charme suinte d&rsquo;incons\u00e9quence joyeuse, et d&rsquo;une joie si suspecte. A ce moment o&ugrave; la raison s&rsquo;imagine enfin prendre le pouvoir en se moquant joyeusement de la raison, naissent en vous (je parle de l&rsquo;enqu\u00eateur que je suis) une sourde et froide fureur en m\u00eame temps qu&rsquo;un m\u00e9pris r\u00e9trospectif, parfaitement involontaire, et sans intention malveillante, mais pour tout de m\u00eame situer \u00e0 sa mesure la bassesse que vous avez d\u00e9busqu\u00e9e dans cette \u00e9poque par ailleurs tant vant\u00e9e pour sa hauteur sublime. Cela n&rsquo;est pas rien car cela durcit le regard, et par cons\u00e9quent la critique justifi\u00e9e que vous portez sur cette soci\u00e9t\u00e9 si parfaitement accomplie, entre ses aristocrates arriv\u00e9s dans leur voyage au bout du persiflage et ses abb\u00e9s frondeurs qui persiflent la religion, Rome et ses \u00e9v\u00eaques ridiculement enturbann\u00e9s dans leurs ors et leurs pompes, entre ses philosophes qui font s&rsquo;esclaffer leurs bailleurs de fond, complices et persifleurs eux aussi, qu&rsquo;ils promettent \u00e0 la lanterne pour autant. La Cour elle-m\u00eame rit de la Cour, et le Roi, du Roi lui-m\u00eame sans doute. Le persiflage rassemble ainsi en un mot l&rsquo;extraordinaire labeur de d\u00e9structuration devenue avec une rapidit\u00e9 stup\u00e9fiante dissolution d&rsquo;une civilisation accomplie, selon une mode devenue un rite social, voire une psycho-sociologie puis une pathologie de la psychologie \u00e0 elle toute seule, d\u00e9velopp\u00e9e sur le rythme d&rsquo;une danse de Jean-Philippe Rameau, \u00e0 l&rsquo;ombre des perspectives des grandes villes europ\u00e9ennes imit\u00e9es du mod\u00e8le fran\u00e7ais dans le triomphe achev\u00e9 du \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb m\u00eame de la civilisation. Le jugement s\u00e9v\u00e8re que m\u00e9ritent cette d\u00e9structuration du comportement et cette dissolution du caract\u00e8re, cet abaissement de l&rsquo;esprit, cet attendrissement (comme l&rsquo;on dit \u00e0 propos de la viande) de l&rsquo;intelligence, donne lui-m\u00eame la mesure du crime contre eux-m\u00eames que sont en train de commettre leurs comportements, leurs caract\u00e8res, leurs esprits et leurs intelligences.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien, laissons cela puisque notre religion est faite. Madame Bourguinat, citant l&rsquo;un ou l&rsquo;autre qu&rsquo;importe, conclut ce qui nous habite comme une \u00e9vidence d\u00e9sormais&hellip; Le persiflage est &laquo; <em>r\u00e9volutionnaire et subversif<\/em> &raquo; et il a, &laquo; <em>bien involontairement,<\/em> <strong><em>fait le lit<\/em><\/strong> <em>de la R\u00e9volution &ndash; alors que la philosophie, pour sa part, la<\/em> <strong><em>pr\u00e9parait<\/em><\/strong> <em>activement<\/em>&hellip; &raquo;. On doit se demander s&rsquo;il faut garder cette r\u00e9serve du \u00ab\u00a0bien involontairement\u00a0\u00bb, car je suis assur\u00e9 que la volont\u00e9 de la chose, par rapport et en fonction du <em>sapiens<\/em>, ne joue, l\u00e0-dedans, pas le moindre r\u00f4le, par sa pr\u00e9sence ou par son absence. Je suis \u00e9galement assur\u00e9 que la chose va son train sans qu&rsquo;il n&rsquo;en ait ni conscience ni la moindre intention, le<em>sapiens<\/em> ; qu&rsquo;elle n&rsquo;est en rien fille du seul hasard et de la m\u00e9canique des \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb justement, mais qu&rsquo;il y a pour mouvoir ce domaine-l\u00e0 une grande force en action qui ne manque pas, elle, de conscience m\u00e9tahistorique ; qui d\u00e9passe <em>sapiens<\/em>et sa sublime conscience et dont l&rsquo;effet est, sinon calcul\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment, du moins attendu pour ce qu&rsquo;il sera. Cette \u00ab\u00a0grande force\u00a0\u00bb nous d\u00e9passe, elle est compl\u00e8tement ext\u00e9rieure \u00e0 nous. Cette \u00ab\u00a0grande force\u00a0\u00bb se trouve repr\u00e9sent\u00e9e par le mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, dans lequel elle met toute sa substance, toute sa puissance, donnant au mot ce poids formidable qu&rsquo;on lui reconna&icirc;t &#8230; Il e&ucirc;t fallu \u00e9crire alors, paraphrasant madame Bourguinat, que c&rsquo;est \u00ab\u00a0bien naturellement, n\u00e9cessairement et, par cons\u00e9quent, tout aussi fatalement\u00a0\u00bb que le persiflage \u00ab\u00a0a fait le lit de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. J&rsquo;irais jusqu&rsquo;\u00e0 concevoir, en raison du r\u00f4le que j&rsquo;attribue \u00e0 la psychologie, au moteur de nos attitudes, par rapport au r\u00f4le de la manufacture de la pens\u00e9e qui passe au second plan, que le persiflage, <strong>\u00e0 lui seul<\/strong>, \u00ab\u00a0fait le lit\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pr\u00e9pare\u00a0\u00bb la chose (ce sera 1789 et la suite). C&rsquo;est comme s&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 lui seul, le persiflage, le moyen et l&rsquo;outil de cette \u00ab\u00a0grande force en action\u00a0\u00bb, ext\u00e9rieure au <em>sapiens<\/em>et r\u00e9solument lanc\u00e9e dans l&rsquo;entreprise de l&rsquo;investissement de sa psychologie ; si ce n&rsquo;est la conscience de sa propre action, et la volont\u00e9 de la conduire \u00e0 son terme&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A cette occasion o&ugrave; la tradition d\u00e9serta d\u00e9cisivement la pens\u00e9e de l&rsquo;occident du monde ; \u00e0 ce moment o&ugrave; l&rsquo;occident du monde, affirmant son r\u00f4le d&rsquo;usurpation en recherchant la s\u00e9duction de l&rsquo;opinion publique plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e2pre et exaltante fr\u00e9quentation de la v\u00e9rit\u00e9 ; \u00e0 cette occasion et \u00e0 ce moment disais-je, appara&icirc;t ce qu&rsquo;on devrait nommer \u00ab\u00a0la philosophie publicitaire\u00a0\u00bb issue du \u00ab\u00a0parti des philosophes\u00a0\u00bb (Maistre <em>dixit<\/em>, notamment), parce que faite d&rsquo;abord selon la publicit\u00e9 qui lui sera accord\u00e9e. Eh bien, nous laissons la \u00ab\u00a0philosophie publicitaires\u00a0\u00bb et ses id\u00e9es aux pr\u00e9occupations avantageuses de nos id\u00e9ologues et de nos intellectuels de ce parti nouveau des philosophes, ou encore parti des salons, ou \u00ab\u00a0parti des salonards\u00a0\u00bb si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re et comme j&rsquo;en use moi-m\u00eame. Id\u00e9es et pr\u00e9occupations serviront \u00e0 expliquer la R\u00e9volution une fois celle-ci faite, dans le sens d&rsquo;en dissimuler le sens fondamental en l&rsquo;habillant de pens\u00e9es pr\u00e9tendument hautes. Les \u00ab\u00a0philosophes publicitaires\u00a0\u00bb se distinguent par le sens de la man&oelig;uvre termin\u00e9e avec le regroupement au son des consignes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>25 &ndash; On ne peut concevoir qu&rsquo;une telle force de la psychologie, une telle offensive du moteur de la pens\u00e9e, avant que la pens\u00e9e ait quoi que ce soit \u00e0 formuler, encore moins \u00e0 \u00e9laborer, puissent se manifester sans impr\u00e9gner par ailleurs l&rsquo;humeur g\u00e9n\u00e9rale de sentiments d&rsquo;une force \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. On ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas, tant cette description que l&rsquo;on fait rend compte <em>in fine<\/em> de tant d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s, de tant d&rsquo;incertitudes, de tant d&rsquo;amertumes dissimul\u00e9es derri\u00e8re le go&ucirc;t de la d\u00e9rision, du poids de la charge que l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 fait peser sur l&rsquo;\u00e2me, tout cela contenu dans le <strong>persiflage<\/strong>, on ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas dis-je que l&rsquo;aventure du persiflage fasse na&icirc;tre une sourde inqui\u00e9tude qui prend diff\u00e9rents aspects. Ainsi le XVIII\u00e8me si\u00e8cle, qui est aux Lumi\u00e8res, qui devrait \u00eatre celui des esp\u00e9rances, des perspectives du bonheur, qui nous fait d\u00e9couvrir comme une r\u00e9volution inou\u00efe de la pens\u00e9e politique, comme ils disent, \u00ab\u00a0le droit au bonheur\u00a0\u00bb que Jefferson place dans la D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance, le XVIII\u00e8me si\u00e8cle est \u00e9galement, si l&rsquo;on veut bien accepter le propos, \u00ab\u00a0le si\u00e8cle de l&rsquo;inqui\u00e9tude\u00a0\u00bb. On prend note de cela, sans surprise par cons\u00e9quent, d\u00e9couvrant \u00e0 mesure les confirmations des humeurs du temps, par exemple dans <em>La philosophie de l&rsquo;inqui\u00e9tude au XVIII\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, de monsieur Jean Deprun&hellip; L&rsquo;inqui\u00e9tude va se nicher partout, dans la philosophie certes, mais aussi dans la musique, dans les jardins \u00e0 la fran\u00e7aise, dont la vigueur et la rupture avec la nature qu&rsquo;implique cette rigueur inqui\u00e8tent consid\u00e9rablement. Locke, Condillac, Buffon, Maine de Biran, Malebranche, Leibnitz, Benjamin Constant, Rameau, &ndash; notre homme, monsieur Jean Deprun, \u00e9gr\u00e8ne au travers des pr\u00e9occupations de ces grands esprits cette inqui\u00e9tude du XVIII\u00e8me si\u00e8cle ; ce si\u00e8cle, qui est fait pour nous exalter, ne cesse donc, \u00e0 cet \u00e9gard, de nous inqui\u00e9ter. On observe assez vite que les causes de cette inqui\u00e9tude sont sans gu\u00e8re d&rsquo;originalit\u00e9, que nous les aurions imagin\u00e9es nous-m\u00eames, que nous les aurions \u00e9prouv\u00e9es sans doute, qu&rsquo;elles n&rsquo;ont fait que se renforcer et s&rsquo;agrandir depuis, jusqu&rsquo;\u00e0 former l&rsquo;immense et cosmique n&oelig;ud gordien de la crise de notre civilisation&hellip; &laquo; <em>L&rsquo;inqui\u00e9tude se confond avec le \u00ab\u00a0boug\u00e9\u00a0\u00bb m\u00eame de la chose historique<\/em>&hellip; [&hellip;] <em>En tant qu&rsquo;insatisfaction et souci, l&rsquo;inqui\u00e9tude est le signe de la contingence : face \u00e0 un entrelacement de causes qui lui demeurent presque toutes cach\u00e9es, comment l&rsquo;agent historique ne serait-il pas inquiet ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;inqui\u00e9tude qui embrasse les jardins \u00e0 la fran\u00e7aise est un exemple de l&rsquo;\u00e9trange paradoxe qui caract\u00e9rise ce sentiment lorsque ce paradoxe est d\u00e9crit, comme on le lit, comme une angoisse face \u00e0 l&rsquo;inconnu. Les jardins \u00e0 la fran\u00e7aise sont si classiques, si peu r\u00e9volutionnaires apr\u00e8s tout, si fait <em>in illo tempore<\/em> pour apaiser l&rsquo;esprit par l&rsquo;exposition de l&rsquo;harmonie qui s&rsquo;inscrit dans la nature du monde, voil\u00e0 au contraire qu&rsquo;ils nourrissent l&rsquo;angoisse qui est celle de la R\u00e9volution \u00e0 venir en apparaissant soudain comme une rupture n\u00e9e de l&rsquo;<em>hybris<\/em> et de la certitude de soi avec la nature du monde prise justement comme <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du monde, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;audace de la d\u00e9fier, en semblant brusquement lui imposer la rectitude, le rectiligne fran\u00e7ais. Ici, l&rsquo;harmonie fran\u00e7aise grandit et honore la nature, l\u00e0 elle contraint et elle la viole ; ici, elle est mesure, et l\u00e0 d\u00e9mesure (<em>hybris<\/em>, sans encore le r\u00e9aliser) ; c&rsquo;est pourtant la m\u00eame mais ce sont les temps qui changent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;on nous pardonne de ressentir ceci, mais les \u00e2mes nous paraissent bien fragiles dans ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle qui est un sommet de la civilisation, qui a la mission d&rsquo;\u00e9clairer pour toujours le reste de la civilisation et, justement, de forcir les \u00e2mes \u00e0 mesure. Elles nous paraissent bien fragiles parce que cet exemple du \u00ab\u00a0jardin \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb v\u00e9cu comme une rupture brutale avec la nature, voire un d\u00e9fi \u00e0 la nature, pourrait, devrait \u00eatre per\u00e7u au contraire comme un compl\u00e9ment noble de la <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du monde, si les esprits restaient hauts et gardaient la conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 du respect du \u00ab\u00a0Principe fondamental\u00a0\u00bb de la Tradition, qui est effectivement notre r\u00e9f\u00e9rence de la Tradition. Ces \u00e2mes sont devenues fragiles en n&rsquo;\u00e9tant plus capables de r\u00e9sister \u00e0 la subversion, en succombant par le biais de leurs psychologies investies comme on les a vues ; bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ce que les jardiniers ont toujours fait, ces \u00e2mes ne se voient plus, en cette occurrence, comme compl\u00e9ments de la nature, mais comme ennemies de la <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du monde &hellip; Mais on dira, apr\u00e8s tout, que c&rsquo;est faire acte d&rsquo;une certaine prescience de la guillotine \u00e0 venir, et alors l&rsquo;inqui\u00e9tude s&rsquo;explique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 donc l&rsquo;inqui\u00e9tude, multiforme, multiple et m\u00eame contradictoire dans ses causes. Quel contraste, en un sens, avec le persiflage ! Mais quelle logique dans ce contraste, qui accompagne et renforce l&rsquo;impression ressentie avec la rapide description de la puissante substance du mot \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, ce mot qui semble pr\u00e9c\u00e9der le sens qu&rsquo;on lui devinera, qui semble m\u00eame cr\u00e9er la situation psychologique qui conduira \u00e0 cette activit\u00e9 humaine qui fera \u00ab\u00a0le lit de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, sans vraiment tenir compte du contenu des id\u00e9es qui vont sembler justifier le processus, &ndash; et alors, sans aucun doute, le persiflage \u00ab\u00a0qui fait le lit&hellip;\u00a0\u00bb, bien plus important que \u00ab\u00a0les philosophes qui pr\u00e9parent&hellip;\u00a0\u00bb. Tout cela est manifeste dans cette \u00e9poque qui semble emport\u00e9e par quelque chose de plus grand, de plus puissant qu&rsquo;elle-m\u00eame, qui ricane, qui persifle devant ce m\u00e9pris dont le destin la couvre, qui s&rsquo;inqui\u00e8te pareillement des chemins terribles qui s&rsquo;ouvrent \u00e0 elle, qu&rsquo;elle n&rsquo;identifiera que lorsqu&rsquo;elle se sera effondr\u00e9e dans la boue sanglante et r\u00e9volutionnaire, qui est l&rsquo;effet de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e. D\u00e8s 1790 d&rsquo;ailleurs, sans vraiment pr\u00eater attention au <strong>poids<\/strong> de ce qu&rsquo;il \u00e9crit, comme si une autre main guidait sa plume, l&rsquo;incertain Benjamin Constant trouve bien du charme \u00e0 cette id\u00e9e que lui a expos\u00e9e un ami Pi\u00e9montais, \u00ab\u00a0un chevalier de Revel, envoy\u00e9 de Sardaigne\u00a0\u00bb, qui &laquo; <em>pr\u00e9tend que Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;auteur de nous et de nos alentours, est mort avant d&rsquo;avoir fini son ouvrage ; qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 mis en &oelig;uvre plusieurs de ses moyens, comme on \u00e9l\u00e8ve des \u00e9chafauds pour b\u00e2tir, et qu&rsquo;au milieu de son travail il est mort ; que tout \u00e0 pr\u00e9sent se trouve fait dans un but qui n&rsquo;existe plus, et que nous, en particulier, nous sentons destin\u00e9s \u00e0 quelque chose dont nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e ; nous sommes des montres o&ugrave; il n&rsquo;y aurait point de cadran, et dont les rouages, dou\u00e9s d&rsquo;intelligence, tourneraient jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils fussent us\u00e9s, sans savoir pourquoi et se disant toujours : puisque je tourne, j&rsquo;ai donc un but.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; Bien des choses nous sont d\u00e9j\u00e0 dites sur notre destin, par le jeune Benjamin Constant, sans qu&rsquo;il faille, dans cette occurrence, tenir la mort de Dieu pour la nouvelle la plus importante. Ce que le jeune Benjamin Constant nous annonce implicitement, ou nous laisse entendre d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est que la mort de Dieu, nouvelle devin\u00e9e d\u00e8s la Renaissance et d\u00e9sormais confirm\u00e9e, a cr\u00e9\u00e9 un vide d&rsquo;une importance inimaginable, indescriptible, ineffable (indicible si l&rsquo;on parle de notre bavardage), et que ce vide ne semble gu\u00e8re avoir \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 par la multitude de pens\u00e9es sublimes et de d\u00e9couvertes consid\u00e9rables auxquelles s&rsquo;est activ\u00e9 le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, de la d\u00e9mocratie comme \u00ab\u00a0droit au bonheur\u00a0\u00bb, \u00e0 l'\u00a0\u00bbesprit des Lois\u00a0\u00bb, au persiflage et ainsi de suite. Le r\u00e8gne de la quantit\u00e9, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 install\u00e9, ne semble pas tenir la place de la qualit\u00e9 avec autant d&rsquo;aisance qu&rsquo;on aurait esp\u00e9r\u00e9. Cela prive de sens la chevauch\u00e9e du chevalier de Revel et finit par inqui\u00e9ter Benjamin Constant. Cela pourrait soulever, si &laquo; <em>la guillotine permanente<\/em> &raquo; n&rsquo;y mettait rapidement bon ordre, quelques interrogations d&rsquo;un poids inattendu, &ndash; ce <strong>poids<\/strong> dont Constant ne semble pas s&rsquo;apercevoir&hellip; Le <em>sapiens<\/em>, si bien \u00e9duqu\u00e9 et au fait des Lumi\u00e8res soit-il, semble naviguer un peu \u00e0 l&rsquo;aveuglette dans ces eaux agit\u00e9es. La proximit\u00e9 du Mal, car le <em>sapiens<\/em> n&rsquo;est pas de la mati\u00e8re du Mal lui-m\u00eame mais en pr\u00e9sence de sa manifestation dans le tr\u00e8s proche \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, la proximit\u00e9 du Mal exacerbe ses faiblesses, met en \u00e9vidence ses manquements, sa pauvret\u00e9 de caract\u00e8re&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>26 &ndash; Mais revenons au plus simple, qui est le domaine de l&rsquo;\u00e9vidence. L&rsquo;inqui\u00e9tude affreuse dont nous parlons se justifie naturellement par cette sensation de vide, d&rsquo;absence de sens, cette situation nihiliste o&ugrave; l&rsquo;on d\u00e9crit l&rsquo;engagement dans un mouvement dont nous ne comprenons plus ni l&rsquo;origine, ni la justification, ni l&rsquo;ambition, ni la raison d&rsquo;\u00eatre. A partir de l\u00e0, la chose, qui semblait d&rsquo;abord n&rsquo;\u00eatre que passag\u00e8re et un peu incongrue dans ce Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, ne nous quittera plus pour ne cesser de grossir, de se transmuter en angoisse, en confusion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, en interrogation existentielle. On observera, en se r\u00e9servant une ouverture pour un d\u00e9veloppement qu&rsquo;on retrouvera plus loin, que cette inqui\u00e9tude profonde et pr\u00e9gnante exerce une pression extr\u00eamement forte sur l&rsquo;esprit de ces temps de la modernit\u00e9 en train de s&rsquo;installer triomphalement. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, et toujours selon le projet constant d&rsquo;\u00e9tablir le plus possible des fondations d&rsquo;un pont entre ici (le XVIII\u00e8me si\u00e8cle venu de la Renaissance) et maintenant (la modernit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nous, depuis la R\u00e9volution am\u00e9ricaine, la R\u00e9volution fran\u00e7aise et la r\u00e9volution du <em>Choix du feu<\/em>), il n&rsquo;est pas d\u00e9plac\u00e9 ni inutile de nous arr\u00eater \u00e0 quelques citations venues d&rsquo;outre-Atlantique ; en Am\u00e9rique certes, l\u00e0 o&ugrave; devrait r\u00e9gner la virginit\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e9rance dans la modernit\u00e9, l\u00e0 o&ugrave; se trouve le berceau du \u00ab\u00a0droit au bonheur\u00a0\u00bb, de la nouvelle R\u00e9publique moderniste, du gouvernement \u00ab\u00a0presque parfait\u00a0\u00bb (qui le serait d\u00e8s lors qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait plus d&rsquo;esclaves), comme le d\u00e9signait Germaine de Sta\u00ebl, dans une lettre pleine de ferveur \u00e9crite en 1816 \u00e0 son ami Thomas Jefferson&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus tard, en 1879, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, il y a le cas du docteur Beard, le psychiatre am\u00e9ricain que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9, qui nous introduit dans un domaine qui n&rsquo;est pourtant pas le plus haut, qui est la caricature de la spiritualit\u00e9, miroir invers\u00e9 de l&rsquo;intuition haute. Pourtant, il y a des le\u00e7ons \u00e0 tirer, qui, elles, ne manquent pas de hauteur. Le docteur Beard identifie la neurasth\u00e9nie qu&rsquo;il qualifie de \u00ab\u00a0mal am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, &ndash; nous sommes dans la lign\u00e9e qui convient, &ndash; comme nous l&rsquo;avons cit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dans notre <em>Introduction<\/em>, de cette fa\u00e7on : &laquo; <em>Notre immunit\u00e9 contre la nervosit\u00e9 et les maladies nerveuses, nous l&rsquo;avons sacrifi\u00e9e \u00e0 la civilisation. En effet, nous ne pouvons pas avoir la civilisation et tout le reste ; dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e.<\/em> &raquo; Cette perte des r\u00e9f\u00e9rences par distorsion de la r\u00e9alit\u00e9 commence dans ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle qui poursuit cette p\u00e9riode \u00e0 partir du XVI\u00e8me si\u00e8cle et de la Renaissance ; l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie se fait d\u00e9j\u00e0 si lourdement sentir, plus \u00e9crasante, plus accablante, conduisant \u00e0 la pathologie qui est d\u00e9j\u00e0 celle que le docteur Beard nomme neurasth\u00e9nie. Il n&rsquo;y a aucune raison, et, au contraire, toute la logique du monde d&rsquo;une pens\u00e9e suscit\u00e9e par l&rsquo;intuition haute et sublime, pour que ce tableau de la fatigue psychologique s&rsquo;accumulant entre les XVI\u00e8me et XVIII\u00e8me si\u00e8cles ne nous conduise pas, comme dans une filiation \u00e9vidente, au \u00ab\u00a0mal am\u00e9ricain\u00a0\u00bb du docteur Beard. Le fil de la chose est d&rsquo;un \u00e9carlate si \u00e9clatant qu&rsquo;il nous \u00e9claire d\u00e9j\u00e0 sur la substance de la modernit\u00e9, et sur son destin in\u00e9luctable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame au long de ce XIX\u00e8me si\u00e8cle qui semble une p\u00e9riode encore apais\u00e9e, o&ugrave; la modernit\u00e9 prend ses aises mais sans trop encore bouleverser son monde, m\u00eame en Am\u00e9rique, qui est le bastion, le phare, le signe de reconnaissance, la Statue m\u00eame de la Modernit\u00e9, cette faiblesse jamais dissip\u00e9e de la psychologie r\u00e9appara&icirc;t par instant ; et c&rsquo;est bien ce monstre \u00e9pouvantable rejailli des eaux sombres et profondes de notre subconscient qui est le bas-empire de notre esprit, et que certains parviennent, inspir\u00e9s par l&rsquo;intuition haute, \u00e0 traduire en termes de trag\u00e9die. C&rsquo;est dans cette tonalit\u00e9, comme une partie de l&rsquo;angoisse du monde qui ne nous quitte et ne nous quittera plus d\u00e9sormais, que j&rsquo;entends le premier discours de parlementaire du jeune Abraham Lincoln, en 1838 \u00e0 Springfield, dans l&rsquo;Etat de l&rsquo;Illinois :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>A quel moment, donc, faut-il s&rsquo;attendre \u00e0 voir surgir le danger<\/em> [pour l&rsquo;Am\u00e9rique]<em>? Je r\u00e9ponds que, s&rsquo;il doit nous atteindre un jour, il devra surgir de nous-m\u00eames.<\/em> [&#8230;] Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en \u00eatre nous-m\u00eames les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d&rsquo;hommes libres, nous devons \u00e9ternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. &raquo; &hellip;C&rsquo;est de cette fa\u00e7on encore, exactement comme li\u00e9e par la m\u00eame basse continue au pr\u00e9c\u00e9dent, que j&rsquo;entends cette remarque du po\u00e8te Walt Whitman, autre gloire am\u00e9ricaine et gloire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, \u00e9crite dans son <em>Democratic Vistas<\/em> de 1876 : &laquo; <em>Les Etats-Unis sont destin\u00e9s \u00e0 remplacer et \u00e0 surpasser l&rsquo;histoire merveilleuse des temps f\u00e9odaux ou ils constitueront le plus retentissant \u00e9chec que le monde ai jamais connu<\/em>&hellip; &raquo; Ce sont des mots, des phrases, qui r\u00e9sonnent dans la m\u00e9taphysique de l&rsquo;Histoire, &ndash; la m\u00e9tahistoire, &ndash; pour nous dire que, par le canal assez involontaire de ces personnages fameux, parle l&rsquo;intuition haute et que, d\u00e9j\u00e0, elle nous trace notre destin apr\u00e8s nous avoir fait reconna&icirc;tre la face la plus sombre, qui deviendra tr\u00e8s vite l&rsquo;habillage complet, de la trag\u00e9die du monde. Ce que nous disent Lincoln et Whitman, d&rsquo;une fa\u00e7on herm\u00e9tique qui renvoie bien malgr\u00e9 eux, et par ailleurs sans qu&rsquo;ils s&rsquo;en doutent, \u00e0 la tradition n\u00e9oplatonicienne, c&rsquo;est que la modernit\u00e9 est l&rsquo;\u00e9preuve supr\u00eame de notre civilisation devenant contre-civilisation, le d\u00e9fi ultime avant la Chute ; et, certes, la Chute qui ne peut \u00eatre autre que celle de l&rsquo;autodestruction, \u00e0 l&rsquo;image du Syst\u00e8me de notre XXI\u00e8me si\u00e8cle que sa surpuissance pouss\u00e9e \u00e0 son terme nourrit en l&rsquo;enfantant l&rsquo;autodestruction bient\u00f4t pouss\u00e9e elle-m\u00eame \u00e0 son terme, &ndash; et ainsi la Chute se fit-elle et se fait-elle. Les mots de Lincoln et de Whitman, \u00e0 un plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi et plus d&rsquo;un si\u00e8cle de distance, r\u00e9sonnent comme s&rsquo;ils \u00e9taient de la plus br&ucirc;lante proximit\u00e9, comme s&rsquo;ils \u00e9taient dits au c&oelig;ur de la crise qui nous emporte, d\u00e9j\u00e0 bien avant dans le XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela n&rsquo;est pas rappel\u00e9, \u00e0 ce point du r\u00e9cit, par anticipation d&rsquo;ailleurs, d&rsquo;une fa\u00e7on gratuite, pour le seul ornement. J&rsquo;entends signaler par l\u00e0 que l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie qu&rsquo;on envisage pour le XVIII\u00e8me si\u00e8cle, qui vient de loin, va tout aussi loin, ne s&rsquo;arr\u00eate pas, ne fait que s&rsquo;amplifier, s&rsquo;aggraver, peser de tout son poids. Entretemps, il y eut cette terrible explosion de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, ce soudain basculement dans la \u00ab\u00a0seconde civilisation occidentale\u00a0\u00bb prestement devenue \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, et alors l&rsquo;on doit mesurer combien cet \u00e9puisement de la psychologie, qui pr\u00e9pare cette rupture, qui l&rsquo;accompagne, qui en subit les contrecoups et s&rsquo;en aggrave encore, combien cet \u00e9puisement est aussi la marque de la mal\u00e9diction de ce qui appara&icirc;tra bient\u00f4t, infortune faite si l&rsquo;on veut, comme la reddition de notre psychologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quence naturelle de l&rsquo;encha&icirc;nement de la pens\u00e9e dans le cadre de cette vision qui s&rsquo;\u00e9largit, j&rsquo;en reviens au mot qui nous occupe, par quoi j&rsquo;ai commenc\u00e9 ce passage, qui soutient cette r\u00e9flexion ; ce mot qui exerce sur moi, par son destin et le myst\u00e8re de son destin, par sa puissance sociale et sa force psychologique, par sa sonorit\u00e9 m\u00eame qui semble substantiver jusqu&rsquo;\u00e0 le dessiner un r\u00e9cit mythique, qui exerce une fascination que je ne peux dissimuler comme lorsqu&rsquo;on rencontre \u00e0 l&rsquo;intersection de choses tr\u00e8s diff\u00e9rentes une v\u00e9rit\u00e9 soudain aveuglante mais \u00e9clairante du destin du monde que vous entrevoyiez, &ndash; j&rsquo;en reviens \u00e0 \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb&hellip; En v\u00e9rit\u00e9, j&rsquo;en viens \u00e0 consid\u00e9rer \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb comme le mot qui d\u00e9signe, presque avec les deux \u00ab\u00a0f\u00a0\u00bb qu&rsquo;il m\u00e9riterait alors (\u00ab\u00a0persifflage\u00a0\u00bb ?), le sifflement d&rsquo;une sorte de serpent gigantesque qui recouvre le si\u00e8cle, s&rsquo;enroule autour de lui, le malaxe et le transforme \u00e0 son image, &ndash; et lui inocule le poison mortel qui va aboutir \u00e0 l&rsquo;explosion de la fin du si\u00e8cle, inaugurant la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation\u00a0\u00bb-\u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le serpent qui persifflait\u00a0\u00bb, qui \u00e9tend son ombre sur le si\u00e8cle des salons et des philosophes, qui nous pr\u00e9pare \u00e0 la &laquo; <em>guillotine permanente<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>27 &ndash; Pr\u00e9cis\u00e9ment pour ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle et pour que la lumi\u00e8re soit compl\u00e8te sur ce cas de l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie qui prive la pens\u00e9e de sa propre compr\u00e9hension des id\u00e9es qu&rsquo;elle \u00e9met jusqu&rsquo;\u00e0 leur extr\u00eame logique, \u00e9ventuellement supra-rationnelle, il faut r\u00e9p\u00e9ter qu&rsquo;il n&rsquo;y a de notre part nulle discussion, pol\u00e9mique ou argument contraire \u00e0 toutes les \u00e9volutions et opinons de ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle \u00e9voqu\u00e9es dans la description ci-dessus et qu&rsquo;on jugerait d&rsquo;abord et avec bien des raisons ennemie de notre th\u00e8se. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un autre d\u00e9bat, qui a son importance sans doute, son int\u00e9r\u00eat sans aucun doute, qui se justifie bien s&ucirc;r mais qui n&rsquo;apporterait pas l&rsquo;explication ultime que l&rsquo;on recherche ni m\u00eame ne l&rsquo;approcherait, qui la d\u00e9rangerait gravement au contraire. Ce d\u00e9bat ne peut nous int\u00e9resser parce que, fondamentalement, on doit se mettre en position de ne pas avoir \u00e0 sacrifier un Voltaire ou un Diderot \u00e0 la validit\u00e9 de notre th\u00e8se. (L&rsquo;intuition haute, qui nous a conduit \u00e0 cette th\u00e8se en refusant le poison de la pol\u00e9mique et de la partisanerie, nous sugg\u00e8re cette attitude). Le rapport entre les deux choses, &ndash; l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie d&rsquo;une part, le contenu de leurs id\u00e9es d&rsquo;autre part, &ndash; est d&rsquo;une pi\u00e8tre importance dans ce cas. Il n&rsquo;y a pas de question de personne dans cette d\u00e9marche, parce qu&rsquo;il en est ainsi fondamentalement ; parce que ce serait verser dans l&rsquo;individualisme qui caract\u00e9rise de plus en plus l&rsquo;\u00e9volution de cette p\u00e9riode que d&rsquo;y sacrifier, et que l&rsquo;on doit tenir \u00e9videmment et logiquement l&rsquo;individualisme comme l&rsquo;un des produits les plus ex\u00e9crables, et catastrophiquement pervertis, dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral qui est mis en accusation. Les \u00ab\u00a0produits\u00a0\u00bb sont de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat par rapport \u00e0 la centralit\u00e9 f\u00e9condatrice du probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;on \u00e9voque ; quand ils s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre pervertis jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;\u00eatre que perversion et par cons\u00e9quent sans retour, il suffit de les tenir pour tels et de les tenir \u00e0 distance sans n\u00e9cessit\u00e9 de proc\u00e8s et de condamnation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En d&rsquo;autres mots et sur un ton un peu plus vifs, je me d\u00e9sint\u00e9resse en g\u00e9n\u00e9ral des fichiers confidentiels des polices de la pens\u00e9e que tiennent \u00e0 jour avec z\u00e8le les intellectuels-Syst\u00e8me et asserment\u00e9s, mais il doit m&rsquo;int\u00e9resser au plus haut point de suivre les traces de la fatigue, de l&rsquo;\u00e9puisement, bient\u00f4t de la pathologie de leur psychologie \u00e0 tous, \u00e9ventuellement identifi\u00e9e avec pr\u00e9cision comme le fut la neurasth\u00e9nie dans le cas du docteur Beard. Nietzsche disait qu&rsquo;il \u00e9tait d&rsquo;abord psychologue et m\u00e9decin, avant de philosopher, ou qu&rsquo;il importait d&rsquo;\u00eatre psychologue et m\u00e9decin pour bien philosopher, et en aucun cas un philosophe selon l&rsquo;accoutrement qu&rsquo;implique en g\u00e9n\u00e9ral le mot pour la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e. Je pense que cette d\u00e9marche contient <em>in fine<\/em> le jugement le plus profond sur la modernit\u00e9 et l&rsquo;on ne peut dire plus juste, plus ferme et plus vrai tout ensemble ; la modernit\u00e9 est d&rsquo;abord le cas d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement de la psychologie et du comportement g\u00e9n\u00e9ral s&rsquo;ensuivant, qui demande l&rsquo;aide de la m\u00e9decine plus que des d\u00e9bats de l&rsquo;esprit, et de tels d\u00e9bats d&rsquo;id\u00e9es qui sont en g\u00e9n\u00e9ral, justement \u00e0 cause de cette situation psychologique, autant d&rsquo;exercices en terrorisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce que j&rsquo;ai d\u00e9crit plus haut, il n&rsquo;y a donc que l&rsquo;observation de l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e sous l&rsquo;influence, notamment et de fa\u00e7on puissante selon notre appr\u00e9ciation, et dans un sens \u00e9videmment n\u00e9gatif, de l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie ; il s&rsquo;ensuit le constat que l&rsquo;aboutissement de tout cela est la catastrophe qui pr\u00e9cipite la civilisation dans la modernit\u00e9. C&rsquo;est dire avec on ne peut plus de force que je me refuse absolument \u00e0 tenir la pens\u00e9e elle-m\u00eame (notamment celles de Voltaire et de Diderot, cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment comme exemples) pour fautive et coupable, puisque je me refuse pour ce cas \u00e0 \u00e9mettre le moindre jugement \u00e0 leur \u00e9gard. La processus que je d\u00e9cris, je le consid\u00e8re sans aucun doute comme un processus m\u00e9canique, qui peut \u00e0 la rigueur influencer, voire susciter des sensations et des comportements humains, qui restera dans tous les cas au niveau de l&rsquo;absence de conscience \u00e0 cet \u00e9gard, avec aucune perception, aucune appr\u00e9hension intuitive de \u00ab\u00a0l&rsquo;aboutissement de tout cela\u00a0\u00bb. Observ\u00e9 selon notre hypoth\u00e8se m\u00e9tahistorique centrale, \u00ab\u00a0l&rsquo;aboutissement de tout cela\u00a0\u00bb c&rsquo;est l&rsquo;appropriation du destin de la civilisation par la force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e d&rsquo;une puissance inou\u00efe ; il s&rsquo;agit de la force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e dont l&rsquo;expression historique et politique se formule dans l&rsquo;expression de l'\u00a0\u00bbid\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb, qui est une expression politique et \u00e9videmment polic\u00e9e, et indulgente pour les esprits qui la favorisent, car il n&rsquo;y a rien de fondamentalement \u00ab\u00a0id\u00e9al\u00a0\u00bb dans cette force, sinon d&rsquo;une fa\u00e7on perverse. Il me semblerait assez logique et satisfaisant d&rsquo;envisager cette force comme un syst\u00e8me autonome, que nous confirmerons officiellement et bient\u00f4t sous le nom orn\u00e9 de la majuscule essentielle de \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, qui va exprimer sa puissance pour accomplir ses desseins dans le syst\u00e8me du technologisme, auquel s&rsquo;adjoint ensuite le syst\u00e8me de la communication&hellip; Le terme en est, aujourd&rsquo;hui, cette crise qui secoue jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effondrement notre civilisation, apr\u00e8s l&rsquo;avoir transform\u00e9e en \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb. Nous entrons dans un domaine compl\u00e8tement diff\u00e9rent ; de l&rsquo;entreprise de soumission des esprits par le biais de la manipulation de la psychologie investie, nous passons \u00e0 celle de l&rsquo;utilisation de ce champ ainsi ouvert. Soumission et investissement achev\u00e9s, il s&rsquo;agit de passer \u00e0 la mise en exploitation de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>28 &ndash; C&rsquo;est parce que l&rsquo;on change radicalement de point de vue en abordant alors cette question de l&rsquo;appropriation effective du destin du monde par cette force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e qu&rsquo;il importe de changer radicalement l&rsquo;objet de ce point de vue. Jusqu&rsquo;alors, le propos \u00e9tait certes radical, dans ce sens pr\u00e9cis\u00e9ment : le contenu de ces id\u00e9es n&rsquo;importe pas puisque l&rsquo;int\u00e9r\u00eat se porte sur l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie qui prive ceux qui explorent ces id\u00e9es de la force psychologique n\u00e9cessaire pour bien en appr\u00e9cier les prolongements logiques et en envisager les effets potentiels, et ma&icirc;triser les uns et les autres \u00e0 mesure. Avec ce cas nouveau et compl\u00e8tement diff\u00e9rent o&ugrave; nous sommes soudain happ\u00e9s par le flux irr\u00e9sistible de cette force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e qui va s&rsquo;imposer avec les \u00ab\u00a0trois r\u00e9volutions\u00a0\u00bb, et notamment la R\u00e9volution Fran\u00e7aise n\u00e9e de ce XVIII\u00e8me si\u00e8cle psychologiquement \u00e9puis\u00e9, le point de vue change compl\u00e8tement. La logique y invite puisque nous basculons d&rsquo;une \u00e9poque dans l&rsquo;autre, l&rsquo;Histoire brusquement contrainte, le temps brutalement comprim\u00e9, sous l&#8217;empire de la dynamique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question du contenu de ces id\u00e9es, jusqu&rsquo;alors compl\u00e8tement accessoire, devient au contraire d&rsquo;une importance fondamentale, dans ses rapports avec ce courant historique du d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re apparu \u00e0 l&rsquo;occasion des \u00ab\u00a0trois r\u00e9volutions\u00a0\u00bb. Cette R\u00e9volution Fran\u00e7aise, qui fait le sort qu&rsquo;on sait au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res en le r\u00e9duisant au traitement du \u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb, s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 utiliser l&rsquo;image du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res en manipulant cette \u00e9poque brillante selon ses int\u00e9r\u00eats et dans la perspective de cette dynamique du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb dont cette m\u00eame R\u00e9volution est l&rsquo;un des h\u00e9rauts les plus tonitruants. Les \u00ab\u00a0id\u00e9es\u00a0\u00bb (celle des Lumi\u00e8res) avaient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme des outils du persiflage, pour \u00e9puiser la psychologie par leur caract\u00e8re \u00e9mollient qui habite toutes les id\u00e9es r\u00e9formistes si l&rsquo;on ne prend garde d&rsquo;y mettre du caract\u00e8re ; justement, ce caract\u00e8re manquant, lui, \u00e9tait tenu \u00e0 bonne port\u00e9e. L&rsquo;ensemble, mont\u00e9 comme une diabolique horlogerie, fonctionnait exactement comme agissent les sublimes termites, minant les fondations de la forteresse qu&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 enlever d&rsquo;assaut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9sormais, nous entrons dans une nouvelle phase, une nouvelle \u00e9poque s&rsquo;installe. La forteresse enlev\u00e9e, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la \u00ab\u00a0Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e\u00a0\u00bb accompli, l&#8217;empire de cette mati\u00e8re \u00e9tablie, il s&rsquo;agit d&rsquo;orienter les esprits soumis, cette fois en leur faisant \u00e9pouser le m\u00eame contenu ainsi <strong>devenu<\/strong> op\u00e9rationnellement subversif, en faisant croire \u00e0 ces esprits qu&rsquo;ils disposent ainsi d&rsquo;une libert\u00e9 nouvelle, dont ils doivent la jouissance \u00e0 la modernit\u00e9, en leur faisant se jurer \u00e0 eux-m\u00eames qu&rsquo;ils ont ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 ces id\u00e9es, du caract\u00e8re. Dans ce second cas qu&rsquo;est la nouvelle situation, le contenu de l&rsquo;id\u00e9e a la plus grande importance et son r\u00f4le \u00e0 jouer, en repr\u00e9sentant, avec pompes et circonstances, pour l&rsquo;esprit subverti par avance, l&rsquo;illusion de l&rsquo;autonomie et du libre-arbitre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce nouveau point de vue se poserait \u00e0 nouveau la question de savoir si ces id\u00e9es, qui brillent comme autant de Lumi\u00e8res du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, n&rsquo;ont pas rendu cette civilisation qu&rsquo;on pourrait d\u00e9crire au moins sur l&rsquo;apparence du processus structurel comme en plein essor de l&rsquo;accomplissement de sa sublimit\u00e9, soudain vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;agression qui la brise d&rsquo;un coup sec, comme la guillotine tranche une t\u00eate. Notre r\u00e9ponse g\u00e9n\u00e9rale reste n\u00e9gative s&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9finir la culpabilit\u00e9 premi\u00e8re, que l&rsquo;essentielle, sinon l&rsquo;exclusive responsabilit\u00e9 repose effectivement dans l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie. La r\u00e9ponse plus d\u00e9taill\u00e9e, qui en reste \u00e0 notre hypoth\u00e8se mais \u00e9largit le propos au nouveau point de vue de la force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e, est de r\u00e9affirmer effectivement cette hypoth\u00e8se justement que la fatigue de la psychologie ne fait pas sentir ses effets dans le contenu des id\u00e9es elles-m\u00eames, mais dans la faiblesse et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces id\u00e9es ; mais que ces id\u00e9es vont \u00eatre ensuite happ\u00e9es par les syst\u00e8mes anthropotechnologique et anthropotechnocratique, et les syst\u00e8mes anthropo-communicationnels, qui entament leur formation ou affirment leur influence \u00e0 partir du d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re bouleversant le monde comme on l&rsquo;a vue faire et les syst\u00e8mes anthropo-communicationnels, qui entament leur formation ou affirment leur influence \u00e0 partir du d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re bouleversant le monde comme on l&rsquo;a vue faire. Alors, seulement, vont-elles \u00eatre transform\u00e9es, ces id\u00e9es, en outils irr\u00e9sistibles au service du syst\u00e8me et devenant ainsi des id\u00e9es subversives, qui sembleraient enfant\u00e9es effectivement par ce syst\u00e8me devenant Syst\u00e8me majuscul\u00e9 et avantageux, pour lui donner un habillage \u00ab\u00a0convenable\u00a0\u00bb, prompt \u00e0 s\u00e9duire les intelligences, qui emportera tout ; alors, d\u00e9sormais, le contenu de ces id\u00e9es qui ne comptait pas devient d&rsquo;une extr\u00eame importance, et les id\u00e9es deviennent brusquement elles-m\u00eames, comptant effectivement pour leur contenu. C&rsquo;est l&rsquo;action de cette force de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e qui a suscit\u00e9 cette transmutation. L&rsquo;on pourrait dire en employant l&rsquo;expression scientifique si significative de l&rsquo;esprit de la m\u00e9thodologie de la chose, que \u00ab\u00a0tout se passe comme si\u00a0\u00bb le Syst\u00e8me, cette force historique puissante de la Mati\u00e8re d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e qui na&icirc;t au tournant du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, for\u00e7ait \u00e0 l&rsquo;enfantement des id\u00e9es qui vont le justifier, qui vont \u00e9galement le couvrir d&rsquo;une carapace inexpugnable, &ndash; car qu&rsquo;y a-t-il de plus inexpugnable en v\u00e9rit\u00e9 que la vertu, alors que ces id\u00e9es posent justement \u00e0 \u00eatre le miel de la vertu du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, de cette fa\u00e7on que nous avons appris \u00e0 en faire une repr\u00e9sentation conforme \u00e0 la modernit\u00e9 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;observation essentielle qu&rsquo;on doit sortir de cette s\u00e9quence historique, essentiellement du domaine de la psychologie, toujours elle, est qu&rsquo;ainsi se manifestent les fondations directes de la formation de la psychologie de la modernit\u00e9. Ainsi peut-on aussit\u00f4t conclure que la d\u00e9finition identitaire de la psychologie de la modernit\u00e9 prend naissance dans une psychologie \u00e9puis\u00e9e, puis dans une psychologie viol\u00e9e au travers des id\u00e9es qu&rsquo;elle a bien d&ucirc; nourrir sans vraiment s&rsquo;en aviser, et qui lui sont confisqu\u00e9es ; une psychologie \u00e9puis\u00e9e puis viol\u00e9e, qui deviendra naturellement et parall\u00e8lement une pathologie de la psychologie&hellip; Ce processus qu&rsquo;on a tent\u00e9 de pr\u00e9senter au travers de cette description hypoth\u00e9tique n&rsquo;est effectivement rien moins que celui de la formation de la psychologie de la modernit\u00e9, &ndash; et, toujours parlant de ce qui est hors du domaine de la conscience puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de psychologie, cette psychologie de la modernit\u00e9 qui est l&rsquo;outil avec lequel la pens\u00e9e se forme, sans influence directe sur le contenu de cette pens\u00e9e et nullement influenc\u00e9e par elle. Le r\u00e9sultat concerne alors, \u00e9galement, la forme, la structure de cette psychologie de la modernit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est <strong>\u00e0 la fois<\/strong> accept\u00e9e et subie par ceux qui en disposent ; une psychologie tordue sur elle-m\u00eame, incomprise d&rsquo;elle-m\u00eame, incitant \u00e0 la revendication par sa nature m\u00eame, sinon revendicatrice par sa nature m\u00eame, sans rien conna&icirc;tre de l&rsquo;objet de sa revendication puisque priv\u00e9e de l&rsquo;instrument de la conscience, qui se proclame singuli\u00e8rement pure de tout accident imputable \u00e0 elle-m\u00eame. Cette psychologie, imbue de la sensation de sa perfection accomplie par le service de l&rsquo;id\u00e9e de modernit\u00e9, \u00e9carte toute responsabilit\u00e9 dans les contradictions qu&rsquo;elle nourrit parce qu&rsquo;elle induit comme inacceptable pour elle-m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e de la contradiction par sa faute. Elle croirait, si elle pensait, comme allant de soi sa perfection accomplie, et que le monde doit se plier \u00e0 cet accomplissement sublime. Elle serait, si elle acceptait le diagnostic de sa maladie, malade d&rsquo;\u00eatre elle et, pour se gu\u00e9rir \u00e9ventuellement, ne distinguerait que ce qui l&rsquo;arrange et lui convient &hellip; Mais il n&rsquo;est pas question d&rsquo;envisager la maladie puisqu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;outil de la pens\u00e9e se con\u00e7oit comme parfait. Il n&rsquo;est question que de lui faire endosser son destin qui est comme un v\u00eatement taill\u00e9 sur mesure, qui est la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi progressons-nous sur la voie de la r\u00e9solution de certains myst\u00e8res qui devraient nous hanter si nous avions nos sens de perception en \u00e9veil et notre intuition \u00e0 mesure, et particuli\u00e8rement le sens intuitif de la critique, dans l&rsquo;\u00e9tat de vigilance que nous imposent ces temps difficiles. L&rsquo;un des plus clairement identifiables, parmi ces myst\u00e8res, est celui de comprendre pourquoi, <strong>l\u00e0 et maintenant<\/strong>, \u00e0 ce moment o&ugrave; il proclame l&#8217;empire de la Raison, en plein c&oelig;ur de cet \u00e9blouissement du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, l&rsquo;homme perd-il la raison ? Il y a une complicit\u00e9 \u00e9vidente entre cette affirmation et le tableau de la psychologie que nous avons trac\u00e9 ci-dessus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de \u00ab\u00a0l&#8217;empire de la Raison\u00a0\u00bb, install\u00e9e au sommet de tout, comme une dictature enfin mise en place et qui nous pr\u00e9pare des temps terrifiants, est \u00e9videmment si contradictoire avec ce que nous ressentons selon la vision classique et trop souvent oubli\u00e9e de la sublime sagesse inh\u00e9rente au processus de la raison &ndash; telle qu&rsquo;elle devrait se disposer \u00e0 \u00eatre selon sa nature, la raison, comme un outil pr\u00e9cieux, comme l&rsquo;artisan humble et sacr\u00e9e du rangement de notre pens\u00e9e. Au contraire, perdue dans l&rsquo;influence de la modernit\u00e9 et la pression du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, ayant h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;<em>hybris<\/em> fatal qui caract\u00e9rise l&rsquo;un et l&rsquo;autre, elle nous appara&icirc;t dans le cas de notre catastrophique s\u00e9quence, comme si affreusement destructrice. L&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0l&#8217;empire de la Raison\u00a0\u00bb, qui pervertit absolument la raison en usurpant pour elle une place dominatrice qu&rsquo;elle ne peut pr\u00e9tendre avoir, est \u00e9videmment le produit de la pens\u00e9e de la haute intelligence lorsqu&rsquo;elle est aliment\u00e9e par la psychologie fatigu\u00e9e, tordue et d\u00e9form\u00e9e telle qu&rsquo;on l&rsquo;a d\u00e9crite, la psychologie malade, qui ouvre la porte aux pires aventures de l&rsquo;esprit, o&ugrave; l&rsquo;intelligence jusqu&rsquo;au brio et au g\u00e9nie de cet esprit devient une arme \u00e0 double tranchant, dont le deuxi\u00e8me tranchant est de loin le plus aiguis\u00e9. (Le g\u00e9nie et le brio sont mis au service du contraire de ce \u00e0 quoi ils doivent pr\u00e9tendre pour servir, &ndash; inversion absolument achev\u00e9e.) Le pire aspect de cette terrible occurrence est, bien entendu, que tout cela n&rsquo;affecte pas les id\u00e9es <em>stricto sensu<\/em>, que celles-ci peuvent para&icirc;tre magnifiques, \u00e9videntes par leur sens et par leur humanit\u00e9. C&rsquo;est dans leur usage, leur appr\u00e9ciation et leur d\u00e9veloppement dans la v\u00e9rit\u00e9 des situations politiques qu&rsquo;elles deviennent perverses jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inversion, parce que cet usage est effectivement le fait de ce m\u00eame outil distordu et contraint.<\/p>\n<\/p>\n<p><p> = Ainsi se pr\u00e9pare-t-on \u00e0 la R\u00e9volution, lorsque ce mot devient \u00e0 la fois un g\u00e9n\u00e9rique, un programme et une mesure de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;esprit servi par sa psychologie \u00e9puis\u00e9e&hellip; Cette terrible fatigue de la psychologie, par son usage permanent, par ses outrances et ses faiblesses, par sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, finit par cr\u00e9er une <strong>d\u00e9pression<\/strong> structurelle pour elle-m\u00eame, exactement comme l&rsquo;on parle d&rsquo;une d\u00e9pression \u00e9galement en termes de m\u00e9t\u00e9orologie, dont la psychologie ne peut se sortir puisque, ignorante de cette situation, il manque \u00e0 la pens\u00e9e la volont\u00e9 d&rsquo;y rem\u00e9dier. Une d\u00e9pression est la formation d&rsquo;un vide, par la contraction du caract\u00e8re qu&rsquo;elle entra&icirc;ne, qui attire des forces ext\u00e9rieures pour le combler. Ainsi la psychologie d\u00e9pressive attire-t-elle, dans cette occasion, la force et la violence de la R\u00e9volution, et les nourrit-elle, d&rsquo;ailleurs, par sa force d&rsquo;attraction ; et l&rsquo;on comprend comment, \u00e0 cette occasion, c&rsquo;est la mati\u00e8re qui se d\u00e9cha&icirc;ne et comble le vide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette trag\u00e9die que nous observons, car il s&rsquo;agit d&rsquo;une trag\u00e9die dans le sens le plus large et le plus ample, acte ce moment terrible de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 o&ugrave;, pour des raisons diverses, le <em>sapiens<\/em>se trouva tragiquement et d\u00e9cisivement d\u00e9pourvu de sa vertu de <strong>r\u00e9silience<\/strong>. Il s&rsquo;agit de ceci que nous d\u00e9crivions \u00e0 une autre occasion, en novembre 2012, de cette fa\u00e7on : &laquo; <em>L&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de la situation actuelle se r\u00e9sume effectivement assez bien dans ce mot de \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb, justement. Il est temps d&rsquo;en venir \u00e0 sa signification profonde (psychologique) parce qu&rsquo;extr\u00eamement signifiante pour notre propos&hellip; L&rsquo;\u00e9tymologie du mot est ainsi d\u00e9finie, &ndash; \u00ab\u00a0Du verbe latin resilio, ire, litt\u00e9ralement &lsquo;sauter en arri\u00e8re&rsquo;, d&rsquo;o&ugrave; rebondir, r\u00e9sister (au choc, \u00e0 la d\u00e9formation)\u00a0\u00bb. Du point de vue psychologique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique qui consiste, pour un individu affect\u00e9 par un traumatisme, \u00e0 prendre acte de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement traumatique pour ne plus vivre dans la d\u00e9pression\u00a0\u00bb, donc \u00e0 se durcir pour d\u00e9velopper sa capacit\u00e9 de \u00ab\u00a0confrontation avec des faits potentiellement [ou effectivement] traumatisants\u00a0\u00bb<\/em>&#8230; &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on comprend bien que nous parlons, dans cette occurrence, de la r\u00e9silience comme de la vertu de quelques-uns, de la <em>virtus<\/em> dont quelques \u00e2mes firent leur honneur de se saisir, pour r\u00e9sister, quand il n&rsquo;\u00e9tait pas de mise de se distinguer de cette sorte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>29 &ndash; Aussit\u00f4t et pour illustrer ce ph\u00e9nom\u00e8ne du manque de r\u00e9silience des psychologies et bien marquer qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit nullement de l&rsquo;inexistence de la r\u00e9silience, de son impossibilit\u00e9, voici un appendice par rapport \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, constituant une relativisation non n\u00e9gligeable du propos. Cette r\u00e9serve fondamentale entend exposer que, malgr\u00e9 l&rsquo;apparente puissance du mouvement de destruction de l&rsquo;\u00e9quilibre des esprits par l&rsquo;attaque des psychologies telle que nous l&rsquo;avons d\u00e9crite, un contrepoids prend forme et s&rsquo;anime, qui reste la base \u00e0 la fois potentielle et in\u00e9vitable de toute entreprise de r\u00e9sistance. Cet appendice \u00e0 cette partie du propos que nous d\u00e9veloppons, il nous para&icirc;t n\u00e9cessaire, \u00e0 ce point du discours, de le d\u00e9crire avec une certaine minutie et dans ses dimensions principales, pour tenter de bien d\u00e9crire la globalit\u00e9 de l&rsquo;enjeu, sa complexit\u00e9, et, surtout, qu&rsquo;il y a, malgr\u00e9 ce qui para&icirc;t une marche inexorable, o&ugrave; le destin para&icirc;t r\u00e9gl\u00e9, o&ugrave; notre sort semble scell\u00e9, &ndash; qu&rsquo;il y a malgr\u00e9 tout un enjeu ! Cela signifie que le sort n&rsquo;en est pas jet\u00e9, en rien et d&rsquo;aucune fa\u00e7on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Le sort, dans notre r\u00e9cit de l&rsquo;Histoire du monde telle que nous la percevons, n&rsquo;en est jamais jet\u00e9. Ce n&rsquo;est certes pas qu&rsquo;il nous importe, je dirais comme un esprit orient\u00e9 qui r\u00e9pondrait \u00e0 une consigne du devoir social et conforme au Syst\u00e8me de ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer, de faire jaillir une \u00e9tincelle d&rsquo;espoir et rougeoyer une braise de l&rsquo;esp\u00e9rance. C&rsquo;est plut\u00f4t la reconnaissance que, dans cette partie gigantesque que nous d\u00e9crivons, nous ne sommes en aucun cas les forces d\u00e9terminantes, et notre d\u00e9ch\u00e9ance, lorsque c&rsquo;est le cas, n&rsquo;est signe de rien d&rsquo;autre que de notre soumission \u00e0 un courant d\u00e9structurant et dissolvant qui nous d\u00e9passe et nous entra&icirc;ne. Au contraire, les choses \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements actuels et de la crise terrible qui s&rsquo;op\u00e9rationnalise par ce grand courant de d\u00e9structuration et de dissolution du monde caract\u00e9risant la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me civilisation occidentale\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, il nous para&icirc;t \u00e9vident de relever que rien n&rsquo;est jou\u00e9, et m\u00eame de constater plut\u00f4t le contraire, sous la forme d&rsquo;un renversement venant de l&rsquo;effondrement de ce m\u00eame grand courant, dont le d\u00e9veloppement suit la dynamique paradoxale de la surpuissance qui se transforme bient\u00f4t en autodestruction ; sans cela, nous ne serions pas \u00e0 notre \u00e9tabli, \u00e0 \u00e9crire cette chronique furieuse&hellip; Puisque nous en sommes o&ugrave; nous sommes, puisque rien n&rsquo;est jou\u00e9, rien ne l&rsquo;\u00e9tait non plus \u00e0 ce moment du pass\u00e9 o&ugrave; l&rsquo;on pourrait croire que tout se joue.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 de ce sombre tableau de l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie que nous avons trac\u00e9, on trouve l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;existence d&rsquo;exceptions comme une lueur d&rsquo;esp\u00e9rance qui \u00e9claire une \u00e9chapp\u00e9e hors du paysage d\u00e9vast\u00e9. Il y a de ces psychologies taill\u00e9es dans l&rsquo;airain, ou bien conform\u00e9es pour m\u00e9priser et \u00e9viter l&rsquo;attaque, insensibles \u00e0 ce que le monde ext\u00e9rieur peut pr\u00e9senter de tentations perverses, qui r\u00e9sistent \u00e9videmment \u00e0 la fatigue, qui font des d\u00e9pressions qui les frappent une occasion de se reconstruire plus fortes que jamais et manifestant ainsi cette vertu fondamentale de <strong>r\u00e9silience<\/strong> ; qui \u00e9cartent avec l&rsquo;infaillibilit\u00e9 du regard de l&rsquo;aigle la tromperie de l&rsquo;\u00e9pisode maniaque, qui est la fuite des psychologies faibles devant la d\u00e9pression et ainsi frapp\u00e9es de maniaco-d\u00e9pression. Ces psychologies qui s&rsquo;en tiennent avec humilit\u00e9 \u00e0 leur seule fonction d&rsquo;outil, et d&rsquo;outil qui ne trahit pas son usage, alimentent les pens\u00e9es d\u00e9pendant d&rsquo;elles comme avec une sorte d&rsquo;instinct par quoi l&rsquo;on devine le pi\u00e8ge o&ugrave; se trouve la pens\u00e9e commune, o&ugrave; se trouverait sa propre pens\u00e9e si celle-ci ne choisissait pas en toute v\u00e9ritable libert\u00e9 cette impitoyable critique prenant la forme d\u00e9pressive ma&icirc;tris\u00e9e par la r\u00e9silience qui distingue et redresse les distorsions de la fatigue courante. A quoi sont dues ces exceptions, d&rsquo;o&ugrave; viennent-elles et qui les guident ? L&rsquo;homme de science (moderniste) a toujours pr\u00eate une explication pour cette sorte d&rsquo;occurrence, qui abaisse le fondement de la chose aux d\u00e9tails pr\u00e9cis et souvent excitants de son fonctionnement. Laissons cela, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme de science moderniste qui joue avec sa poussi\u00e8re pour pouvoir mieux abaisser encore ce par quoi il pr\u00e9tend \u00eatre haut. Il nous para&icirc;t plus opportun, c&rsquo;est-\u00e0-dire mieux appropri\u00e9 \u00e0 notre propos, de laisser la porte ouverte \u00e0 toutes les hypoth\u00e8ses ; il nous para&icirc;t \u00e9vident, sinon imp\u00e9ratif, de solliciter celle de l&rsquo;influence sublime de l&rsquo;intuition haute ; il nous para&icirc;t d\u00e9plac\u00e9, et singuli\u00e8rement trompeur dans tous les cas, d&rsquo;\u00e9carter l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;interventions ext\u00e9rieures ayant la vertu de sugg\u00e9rer des mesures de sauvegarde, et de prendre date, de donner \u00e0 certains la force et la conviction de redresser la psychologie fatigu\u00e9e, ou de dresser cette psychologie comme un outil r\u00e9nov\u00e9, pour donner \u00e0 la pens\u00e9e, lorsque le temps viendra, la sagesse qui importe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi se d\u00e9finit une cat\u00e9gorie nouvelle et dissidente par rapport aux courants \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb, en contrepoint des psychologies harass\u00e9es des intelligences trop s\u00e9duites par elles-m\u00eames et trop promptes \u00e0 embrasser l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9volution si d\u00e9cisive vers la modernit\u00e9 qu&rsquo;elles en concluent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale et sans retour. Il est n\u00e9cessaire, pour l&rsquo;\u00e9dification des esprits et le d\u00e9compte des belles volont\u00e9s, de se montrer ici plus concret et pr\u00e9cis, pour bien faire sentir la vigueur du propos, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis\u00e9ment, en lui donnant la forme d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 act\u00e9e et d\u00e9finie. Ainsi mettons-nous dans ce courant de sauvegarde qui est m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du flot terrifiant de la puissance destructrice de la Mati\u00e8re, cette cat\u00e9gorie caract\u00e9ris\u00e9e d&rsquo;un mot d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 dans ces pages, qui renvoie \u00e0 un classement d\u00e9sormais acceptable de l&rsquo;organisation des pens\u00e9es et des conceptions depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XVIII\u00e8me si\u00e8cle : les \u00ab\u00a0<strong>antimodernes<\/strong>\u00ab\u00a0. (Ce classement, notamment celui d&rsquo;Andr\u00e9 Compagnon dans ses <em>Antimodernes<\/em>, de 2004. Bien entendu, la d\u00e9finition que nous proposons au fil des remarques qui suivent est la n\u00f4tre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un fait remarquable et qui s&rsquo;inscrit totalement dans notre rangement que cette cat\u00e9gorie se d\u00e9veloppe justement \u00e0 partir de la fin du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution, avec des noms au d\u00e9part tels que Chateaubriand ou Joseph de Maistre. Ces esprits ont des diff\u00e9rences mais ce qui les unit est au-dessus de tout parce que c&rsquo;est la consid\u00e9ration fondamentale du Principe. Cette notion de Principe qui guide ces esprits est, dans son op\u00e9rationnalit\u00e9, celle de la rupture, et de la rupture document\u00e9e, consciente et rationnelle, avec le Progr\u00e8s et la modernit\u00e9 en train de na&icirc;tre. Elle leur donne la capacit\u00e9 de distinguer dans la modernit\u00e9 une construction singuli\u00e8re, form\u00e9e d&rsquo;un ensemble de concepts vivants, actifs et prolif\u00e9rant, \u00e0 finalit\u00e9 politique sp\u00e9cifique, avec le caract\u00e8re principal de repr\u00e9senter une pression intrusive constante visant \u00e0 prendre le contr\u00f4le de la pens\u00e9e activiste du temps en cours pour en faire un mod\u00e8le de conformit\u00e9 et permettre \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre de d\u00e9structuration, de dissolution et d&rsquo;entropisation du Syst\u00e8me de s&rsquo;accomplir. Ces esprits ont embrass\u00e9 dans toute sa dimension mal\u00e9fique cette tactique supr\u00eame de l&rsquo;inversion qui consiste \u00e0 s&rsquo;approprier le courant de l&rsquo;activisme inspir\u00e9e de l&rsquo;esprit, qui cherche, cr\u00e9e et saisit le monde parce qu&rsquo;il est \u00e9clair\u00e9, et \u00e0 le conformer en l&rsquo;enfermant dans la vision conformiste du Progr\u00e8s, pour en faire un outil au service de la Mati\u00e8re, puis du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;esprit de l'\u00a0\u00bbantimoderne\u00a0\u00bb est servi par une psychologie qui a repouss\u00e9 la fatigue g\u00e9n\u00e9rale en refusant de succomber aux conclusions trop s\u00e9duisantes, qui ne recule pas devant les perspective d&rsquo;une logique aliment\u00e9e d&rsquo;abord par l&rsquo;intuition haute et d&rsquo;une pens\u00e9e d\u00e9finie par un rangement suprarationnel. Sa caract\u00e9ristique, c&rsquo;est ceci, selon le mot d\u00e9j\u00e0 repris dans cet ouvrage \u00e0 propos de P\u00e9guy, marquant le parcours de cet esprit avec cette psychologie, &ndash; il s&rsquo;agit de ceux qui ont vu et connu la modernit\u00e9, et la tiennent pour ce qu&rsquo;elle est, &ndash; il s&rsquo;agit de celui qui a vu le monstre au fond des yeux et qui a tir\u00e9 les cons\u00e9quences de cette rencontre : &laquo; <em>Celui qui peut dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo; De ce point de vue, dans le cadre de cet essai, les antimodernes regroupent les esprits qui, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, confus\u00e9ment ou plus distinctement, ont distingu\u00e9 la rupture dont nous parlons et qu&rsquo;ils actent pour eux-m\u00eames, et en ont mesur\u00e9 la puissante dimension catastrophique. Ils ont vu ou bien senti, ou bien devin\u00e9, ou bien embrass\u00e9 la modernit\u00e9, qu&rsquo;importe ; ils en ont saisi la substance, mesur\u00e9 la subversion et la perversit\u00e9, \u00e9ventuellement la s\u00e9duction trompeuse ; ils ont ressenti aussit\u00f4t, dans leur \u00e2me et dans leur chair, qu&rsquo;ils se trouvaient effectivement devant l&rsquo;Ennemi fondamental. Ils l&rsquo;ont touch\u00e9 litt\u00e9ralement, ils l&rsquo;ont hum\u00e9, ils l&rsquo;ont aim\u00e9 peut-\u00eatre, &ndash; qui sait, jusqu&rsquo;\u00e0 ce point o&ugrave;, soudain, la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 emporte tout et balaie les s\u00e9ductions et les envo&ucirc;tements. Voil\u00e0 donc les antimodernes, ces intempestifs de la modernit\u00e9 triomphante&hellip; Il importait de les reconna&icirc;tre, de les saluer, pour mieux les mettre dans nos souvenirs, comme l&rsquo;un des plus beaux d&rsquo;entre tous, et dans notre arsenal, comme l&rsquo;une des armes les plus efficaces contre la modernit\u00e9 issue du d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re ; il importait de faire savoir qu&rsquo;il existe, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et en d\u00e9pit du monstre, des \u00e9coles et des regroupements de l&rsquo;esprit qui sont pr\u00eats \u00e0 se manifester, qui se manifestent d\u00e9j\u00e0, qui se sont d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9s, en attendant la Chute et son terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 trac\u00e9 et rappel\u00e9 le sch\u00e9ma des affrontements que l&rsquo;on va retrouver \u00e0 la faveur du grand bouleversement qui se pr\u00e9pare, en observant qu&rsquo;il existe toujours une porte de sortie de cet enfer qui est en train d&rsquo;installer son empire. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un affrontement et nullement du constat d&rsquo;une d\u00e9faite, et d&rsquo;un affrontement plus que jamais en cours comme on le voit dans les lignes qui suivent. En effet, il nous reste quelques pr\u00e9cisions \u00e0 donner, pour bien appr\u00e9cier le sens de la bataille des antimodernes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>30 &ndash; <strong>Actualit\u00e9 pressante des antimodernes<\/strong> &ndash; A ce point o&ugrave; nous concluons cette Partie qui conduit elle-m\u00eame au terme de notre appr\u00e9ciation de la formation et du d\u00e9roulement historique, observ\u00e9 d&rsquo;un point de vue m\u00e9tahistorique, de ce qui constitue la crise d&rsquo;effondrement de cette \u00ab\u00a0contre-civilisation\u00a0\u00bb, nous voulons conduire une r\u00e9flexion tra\u00e7ant un lien tr\u00e8s ferme entre cette perspective historique et notre temps eschatologique de \u00ab\u00a0crise terminale\u00a0\u00bb, ou de \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, que nous avons baptis\u00e9 \u00e9galement du terme de \u00ab\u00a0<strong>crise haute<\/strong>\u00ab\u00a0. (Cette expression de \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb, si elle est manifeste pour notre \u00e9poque, doit aussi d\u00e9signer, pour les \u00e9poques pass\u00e9es qui s&rsquo;inscrivent dans le courant de la modernit\u00e9, comme celle que nous explorons ici, comme la manifestation g\u00e9n\u00e9rique de la crise de la modernit\u00e9.) Nous pensons que cette incursion chez les antimodernes nous en donne la meilleure occasion du monde, et le meilleur moyen d&rsquo;accomplir ce travail de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En f\u00e9vrier 2012, dans notre s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tude m\u00e9tahistorique dans une publication sp\u00e9cifique, qui avait pris le nom de <em>dde.crisis<\/em> \u00e0 partir de l&rsquo;automne 2009, nous abordions un th\u00e8me baptis\u00e9 &laquo; <em>N\u00e9gationnisme &#038; crise haute<\/em> &raquo; ; c&rsquo;est \u00e0 partir de ce texte qui rend compte de la situation d&rsquo;affrontement entre les antimodernes et les autres, les modernes par vocation et par inattention, que nous allons d\u00e9velopper notre propos. Le th\u00e8me choisi pour cette r\u00e9flexion est, au d\u00e9part, le constat qu&rsquo;il existe, dans notre \u00e9poque sombre et chaotique de ce d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, une grande majorit\u00e9 d&rsquo;esprits et de jugements qui repoussent l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0grande crise terminale\u00a0\u00bb et d&rsquo;une \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il nous arrive \u00e9galement d&rsquo;appr\u00e9cier comme la \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb. Nous qualifions en l&rsquo;occurrence ces esprits et ces jugements de \u00ab\u00a0n\u00e9gationnistes\u00a0\u00bb, ce qui implique un statut particuli\u00e8rement inf\u00e2me selon l&rsquo;esprit facile du temps, &ndash;inf\u00e2me dans un jugement g\u00e9n\u00e9ral qui n&rsquo;est nullement de notre fait mais plut\u00f4t du fait de la m\u00e9taphysique-Syst\u00e8me, ou plut\u00f4t de la pseudo-m\u00e9taphysique du Syst\u00e8me comme l&rsquo;on verra plus loin. Pour autant, et pour notre cas pr\u00e9cis, nous ne repoussons certes pas cette id\u00e9e de l&rsquo;infamie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous commencions notre d\u00e9marche par le rappel d&rsquo;une situation qui, chronologiquement, se place fort bien dans le propos g\u00e9n\u00e9ral de cette Partie de notre r\u00e9cit. Cette disposition de l&rsquo;esprit qui permet de percevoir la situation de crise haute au contraire de la majorit\u00e9 des autres est parfaitement d\u00e9crite par une citation du comte Joseph de Maistre, dans un courrier de 1805 \u00e0 son fr\u00e8re Nicolas. Le comte Joseph rappelait sa vie dans sa ville de Chamb\u00e9ry, en 1785, quand la pens\u00e9e \u00ab\u00a0courante\u00a0\u00bb (notre \u00e9poque parle de \u00ab\u00a0pens\u00e9e unique\u00a0\u00bb) \u00e9cartait, voire refusait les grandes interrogations sur la situation du monde qui ne cessaient de se faire plus insistantes, d&rsquo;une puissance telle qu&rsquo;elles ne pourraient \u00eatre qualifi\u00e9es que de m\u00e9taphysiques ou de m\u00e9tahistoriques, et dont on mesurerait l&rsquo;ampleur dans la tr\u00e8s prochaine explosion de 1789. (Il appara&icirc;t toujours dans cette sorte de circonstance, et d&rsquo;ailleurs assez logiquement selon le point de vue envisag\u00e9, que cette pens\u00e9e \u00ab\u00a0courante\u00a0\u00bb met tout ce qu&rsquo;il lui reste de vigueur dans le refus de voir l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;un cadre du monde auquel la partie d&rsquo;elle-m\u00eame la plus basse <strong>se trouve habitu\u00e9e<\/strong>.) Maistre nommait cela, cette proximit\u00e9 de la fermeture volontaire, quoique peut-\u00eatre inconsciente, de la pens\u00e9e, &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9norme poids du rien<\/em> &raquo;. (La citation exacte est ceci : &laquo; <em>&#8230;je me disais : \u00ab\u00a0Suis-je donc condamn\u00e9 \u00e0 vivre et \u00e0 mourir ici comme une huitre attach\u00e9e \u00e0 son rocher ?\u00a0\u00bb Alors je souffrais beaucoup : j&rsquo;avais la t\u00eate charg\u00e9e, fatigu\u00e9e, aplatie par l&rsquo;\u00e9norme poids du rien<\/em>&#8230; &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera aussit\u00f4t que la r\u00e9f\u00e9rence choisie pour introduire ce travail de f\u00e9vrier 2012 que nous citons ici nous ram\u00e8ne fort justement et m\u00eame \u00e9l\u00e9gamment, \u00e0 cette p\u00e9riode du \u00ab\u00a0si\u00e8cle du persiflage\u00a0\u00bb et de la r\u00e9volution qui forment l&rsquo;essentiel du sujet de cette Partie. Nous utilisons cette analogie du comte Joseph en remontant le temps pour caract\u00e9riser notre situation du d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, un peu comme un double mim\u00e9tique, pour ce qui concerne la situation psychologique. Nous ne faisons donc que proc\u00e9der selon la m\u00e9thode qui s&rsquo;av\u00e8re \u00e9vidente et excellente \u00e0 cause du lien \u00e9tabli par nous entre les deux p\u00e9riodes ; simplement, nous proc\u00e9dons en sens inverse : le principal du sujet est le XVIII\u00e8me si\u00e8cle, et nous terminons par cette analogie avec notre temps, le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Bien entendu, le propos reste, <strong>plus que jamais en v\u00e9rit\u00e9<\/strong>, absolument centr\u00e9 sur le ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel de la psychologie de <em>sapiens<\/em>, ce par quoi s&rsquo;effectuent les \u00e9v\u00e9nements fondamentaux qui nous int\u00e9ressent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cinq ans apr\u00e8s la situation qu&rsquo;il rappelait en 1805 \u00e0 l&rsquo;intention de son fr\u00e8re Nicolas, \u00e0 propos de &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9norme poids du rien<\/em> &raquo;, le comte Joseph \u00e9tait tout entier plong\u00e9 dans l&rsquo;observation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne historique qu&rsquo;il devinait sans pr\u00e9c\u00e9dent, de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. Lorsque son descendant Henri de Maistre (dans son <em>Joseph de Maistre<\/em>, Perrin, 1990) parle du sentiment de son a\u00efeul devant la R\u00e9volution, il emploie le mot \u00ab\u00a0jubilation\u00a0\u00bb, &ndash; alors que l&rsquo;on sait combien, sur le fond, le comte ex\u00e8cre absolument la R\u00e9volution. &laquo; <em>Ma t\u00eate fermente toujours sur toutes ces affaires au point que quelque fois je n&rsquo;en dors pas, \u00e9crit Joseph de Maistre. Jamais spectacle plus int\u00e9ressant n&rsquo;a frapp\u00e9 le genre humain<\/em>&#8230; &raquo; Les \u00e9v\u00e9nements semblent effectivement, selon son jugement, rencontrer l&rsquo;intuition qu&rsquo;il a de leur puissance, de leur radicalit\u00e9, &ndash; et cette intuition elle-m\u00eame si puissante et si radicale qu&rsquo;elle m\u00e9rite sans nul doute le qualificatif de \u00ab\u00a0haute\u00a0\u00bb, &ndash; ainsi conduisant \u00e0 cette expression d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e d&rsquo;<strong>intuition haute<\/strong> que nous employons nous-m\u00eame pour qualifier le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui permet de distinguer dans sa puissante v\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;ampleur de notre crise pr\u00e9sente (au d\u00e9but de ce XXI\u00e8me si\u00e8cle) en la percevant elle-m\u00eame comme la \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb. (On voit alors que c&rsquo;est de la m\u00eame chose dont nous parlons : crise haute \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, crise haute au d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Toute la modernit\u00e9, certes, et plus encore avec le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb qui en forme le pivot, la poutre-ma&icirc;tresse, n&rsquo;est qu&rsquo;une crise qui <strong>ne peut<\/strong> \u00eatre que la \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A cette \u00e9poque d&rsquo;o&ugrave; nous avons extrait la citation pr\u00e9c\u00e9dente (1790), Maistre a encore ses \u00ab\u00a0n\u00e9gationnistes\u00a0\u00bb, succ\u00e9dan\u00e9s eux-m\u00eames de cet &laquo; <em>\u00e9norme poids du rien<\/em> &raquo; mentionn\u00e9 plus haut, qu&rsquo;ils ne prennent certainement pas comme une charge mais plut\u00f4t comme une suggestion agr\u00e9able selon laquelle il n&rsquo;y a rien de fondamentalement nouveau sous le soleil. Ces \u00ab\u00a0n\u00e9gationnistes\u00a0\u00bb-l\u00e0 ne d\u00e9sarmeront d&rsquo;ailleurs jamais, ils n&rsquo;ont pas d\u00e9sarm\u00e9s, ils sont toujours parmi nous ; \u00e0 certains moments de d\u00e9pression du comte Joseph, ils nourrissent sa solitude et son d\u00e9couragement passager, tous ces traits psychologiques qui ne dispara&icirc;tront jamais chez lui parce que cette pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;intuition haute qu&rsquo;il conduit est aussi une bataille permanente contre lui-m\u00eame comme contre les autres (&laquo; <em>Mais je suis seul, mal plac\u00e9, d\u00e9courag\u00e9 ; je ne trouve autour de moi que froideur, ignorance, et cette envie haineuse des impuissants<\/em>&#8230; &raquo;). Nous aussi, antimodernes de la postmodernit\u00e9, ressentons par instants cette sorte de vertige invers\u00e9, qui vous tire vers le bas, vers les abysses&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On s&rsquo;en doute, ceux que nous d\u00e9signions dans le travail cit\u00e9 sous le terme de \u00ab\u00a0n\u00e9gationnistes\u00a0\u00bb se recrutent n\u00e9cessairement, massivement sinon unanimement, parmi ces esprits emport\u00e9s par les courants \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb enfant\u00e9s par la modernit\u00e9 depuis la Renaissance premi\u00e8rement, enfant\u00e9s par le \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb depuis que ce d\u00e9cha&icirc;nement s&rsquo;est manifest\u00e9, secondement. Le sujet ainsi introduit, nous poursuivions alors dans le travail cit\u00e9 ici, affinant cette d\u00e9finition du n\u00e9gationnisme par rapport \u00e0 la grande crise, puis encha&icirc;nant sur un constat g\u00e9n\u00e9ral :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un complot, ni d&rsquo;une machination, mais d&rsquo;une tendance de la raison subvertie. Leur perception correspond \u00e0 ce que Julius Evola d\u00e9finissait, \u00e0 propos de l&rsquo;attitude \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb vis-\u00e0-vis des l\u00e9gendes du Graal dont on retrouve la trace dans plusieurs traditions, selon l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0<em>tout rapprochement dans cet ordre moderne de recherches<\/em> [entre les diverses manifestations de ces l\u00e9gendes] <em>finit par se r\u00e9soudre en un d\u00e9placement plut\u00f4t qu&rsquo;en un \u00e9largissement du point de vue<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est ce que nous nommons la perception du fractionnisme cloisonn\u00e9, aboutissant n\u00e9cessairement \u00e0 un r\u00e9ductionnisme syst\u00e9matique. On passe d&rsquo;une crise sectorielle \u00e0 une autre, de la crise iranienne \u00e0 la crise financi\u00e8re, de la crise libyenne \u00e0 la crise du pouvoir am\u00e9ricaniste, de la crise de l&rsquo;euro \u00e0 la crise du processus \u00e9lectoral US, sans \u00e9tablir aucun lien entre toutes ces crises : d\u00e9placement du point de vue plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9largissement, suivant les pressions du syst\u00e8me de la communication auxquelles succombent les psychologies affaiblies, permettant \u00e0 la raison subvertie d&rsquo;imposer son verdict : il n&rsquo;y a pas de crise g\u00e9n\u00e9rale, pas de crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, &ndash; il n&rsquo;y a pas de <strong>crise haute<\/strong>&#8230; (C&rsquo;est justement l&rsquo;<strong>intuition haute<\/strong> qui nous conduit \u00e0 briser ces entraves et \u00e0 conclure qu&rsquo;il y a une <strong>crise haute<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;essentiel est, dans cette perception, que l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du Syst\u00e8me, de la modernit\u00e9, du legs du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, soit pr\u00e9serv\u00e9e. Nous ne d\u00e9crivons pas une d\u00e9marche consciente, mais plut\u00f4t une d\u00e9marche instinctive, appuy\u00e9e par la technique rationnelle subvertie du \u00ab\u00a0d\u00e9placement plut\u00f4t que d&rsquo;un \u00e9largissement du point de vue\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une ironie contradictoire supr\u00eame, ou une ironie r\u00e9v\u00e9latrice tout simplement, que ceux qui soutiennent volontairement ou non le Syst\u00e8me, par servilit\u00e9 de la raison ou par simple entra&icirc;nement, suivent une logique totalement anti-globalisatrice alors que le Syst\u00e8me poursuit une logique de globalisation. L&rsquo;explication de ce paradoxe d&rsquo;apparence se trouve bien entendu dans le fait que la globalisation recherch\u00e9e a pour objet de tenter d&rsquo;organiser de fa\u00e7on \u00ab\u00a0globale\u00a0\u00bb toutes les attaques possibles de d\u00e9structuration et de dissolution de tout ce qui peut repr\u00e9senter des principes portant des tendances structurantes et anti-dissolvantes (la souverainet\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9, l&rsquo;autorit\u00e9) ; pour cette raison, il est absurde de craindre dans la globalisation un aboutissement de type \u00ab\u00a0gouvernement mondial\u00a0\u00bb, impossible par le fait m\u00eame de la contradiction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Par contre, on peut ais\u00e9ment [appr\u00e9hender] la tendance \u00e0 repousser l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0crise unique\u00a0\u00bb, ou de \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb, outre les habituels m\u00e9canismes type \u00ab\u00a0d\u00e9placement plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9largissement\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit de la crainte fondamentale de l&rsquo;Unit\u00e9. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Pour mieux comprendre cette \u00ab\u00a0bataille de perceptions\u00a0\u00bb entre ceux qui per\u00e7oivent une \u00ab\u00a0crise unique\u00a0\u00bb (du Syst\u00e8me, de la modernit\u00e9, de la contre civilisation) englobant toutes les crises sectorielles, et les n\u00e9gationnistes de cela, on peut proposer l&rsquo;hypoth\u00e8se de la renaissance de l&rsquo;Unit\u00e9 ou du Principe Unique. Il s&rsquo;agit de la notion fondamentale selon laquelle l&rsquo;unicit\u00e9 de cette crise, alors \u00e9videmment per\u00e7ue comme <strong>crise haute<\/strong>, ne peut s&rsquo;expliquer que par le \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle rec\u00e9lerait. Ce terme compl\u00e8tement paradoxal dans ce cas de \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une interpr\u00e9tation de Daniel Vouga, analysant l&rsquo;influence essentielle de Joseph de Maistre chez Charles Baudelaire (la plus importante influence de Baudelaire avec Edgar Allan Poe), dans <em>Baudelaire et Joseph de Maistre<\/em> (Corti, 1957). Observant l&#8217;emploi laudatif du concept de \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb chez Maistre et chez Baudelaire, paradoxe absolu proche de la contradiction impossible pour ces deux penseurs antimodernes par excellence, Vouga observe ceci : \u00ab\u00a0[P]<em>rogresser, pour eux, ce n&rsquo;est pas avancer, ni conqu\u00e9rir, mais revenir et retrouver<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Le progr\u00e8s donc, le seul progr\u00e8s possible, consiste \u00e0 vouloir retrouver l&rsquo;Unit\u00e9 perdue<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ainsi progressons-nous (!) nous-m\u00eames, dans ce vaste domaine op\u00e9rationnel de \u00ab\u00a0crise unique\u00a0\u00bb transmut\u00e9e en crise haute, de l&rsquo;id\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9truire tout le Syst\u00e8me avant d&rsquo;esp\u00e9rer quoi que ce soit, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que seule la destruction du Syst\u00e8me nous permet d&rsquo;esp\u00e9rer quoi que ce soit ; et ce \u00ab\u00a0quoi que ce soit\u00a0\u00bb, certes, \u00e9tant \u00ab\u00a0le seul progr\u00e8s possible\u00a0\u00bb de Maistre-Baudelaire, qui est la retrouvaille de l&rsquo;Unit\u00e9 et sa \u00ab\u00a0renaissance \u00e0 nos yeux\u00a0\u00bb. (Unit\u00e9 qui, par essence, n&rsquo;a jamais p\u00e9ri pour rena&icirc;tre, mais a disparu de notre vision \u00e0 cause de la Chute.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Ainsi, le paradoxe du Syst\u00e8me en crise tient au fait que ses caract\u00e8res essentiellement mal\u00e9fiques fond\u00e8rent sa puissance \u00e9videmment mal\u00e9fique, mais peuvent et doivent finalement conduire \u00e0 son contraire par le passage de sa destruction (logique de la surpuissance devenant autodestruction). Le paradoxe est en effet que la surpuissante structuration du Syst\u00e8me, son herm\u00e9tisme absolu, sa pr\u00e9tention tout aussi absolue \u00e0 absorber et \u00e0 repr\u00e9senter le Tout du monde (la globalisation, gr\u00e2ce \u00e0 la surpuissance du technologisme et le maillage psychologique de la communication), fait de lui une certaine Unit\u00e9 (absolument n\u00e9gative, certes). Il s&rsquo;ensuit que sa crise, pour \u00eatre parfaitement de lui-m\u00eame, doit n\u00e9cessairement \u00eatre une \u00ab\u00a0crise unique\u00a0\u00bb, \u00e0 hauteur et \u00e0 l&rsquo;imitation de sa propre d\u00e9structuration, et de ses pr\u00e9tentions globalisantes. Cela conduit \u00e0 l&rsquo;observation hypoth\u00e9tique mais logique que la r\u00e9solution (absolument positive) de cette crise \u00e9galement \u00ab\u00a0unique\u00a0\u00bb, qui constituera n\u00e9cessairement un \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb conduit par encha&icirc;nement logique \u00e0 une r\u00e9solution qui est elle-m\u00eame unique, qui ne peut \u00eatre que l&rsquo;Unit\u00e9. C&rsquo;est la notion de progr\u00e8s de Maistre-Baudelaire heureusement invertie en un retour au Principe Unique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;id\u00e9e sugg\u00e9r\u00e9e plus haut que la perception de la situation pr\u00e9sente se concr\u00e9tise sous la forme d&rsquo;une crise unique, ou intentionnellement nomm\u00e9e \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb, est une id\u00e9e extr\u00eamement importante&#8230; [&#8230;] Elle \u00e9claire par son importance le d\u00e9bat que nous pr\u00e9sentons ici, recherchant \u00e0 proposer la repr\u00e9sentation de l&rsquo;ensemble des \u00e9v\u00e8nements (des crises) qui bouleversent le monde comme une crise unique, cela contre les n\u00e9gationnistes qui refusent absolument cette notion. Bien entendu, comme nous l&rsquo;avons souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, cette crise unique est celle du Syst\u00e8me, ou celle de la modernit\u00e9, &ndash; la crise de l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. Mais sa repr\u00e9sentation en une \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb permet, non seulement d&rsquo;\u00e9largir le concept, mais surtout de le hausser d\u00e9cisivement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; A la \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb correspond en effet, implicitement puis explicitement lorsque la chose prend tout son sens, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;intuition haute pour comprendre le sens de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. C&rsquo;est alors qu&rsquo;appara&icirc;t l&rsquo;autre id\u00e9e compl\u00e9mentaire que cette crise haute est aussi un passage \u00e0 une unit\u00e9 de conception, transitant bien entendu par une unit\u00e9 de destruction (du Syst\u00e8me). D\u00e8s lors, la crise haute, par son caract\u00e8re unique, d\u00e9bouche effectivement sur une perspective tout \u00e0 fait nouvelle : au-del\u00e0 de la destruction (du Syst\u00e8me), et gr\u00e2ce \u00e0 la destruction de quelque chose d&rsquo;unique (le Syst\u00e8me), elle conduit \u00e0 une ouverture vers ce qui pourrait \u00eatre, &ndash; vers ce qui doit \u00eatre un acc\u00e8s nouveau \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9 (au Principe Unique), ce concept fondamental de la Tradition. D&rsquo;o&ugrave; cette observation que l&rsquo;on passe de \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9truire tout le Syst\u00e8me avant d&rsquo;esp\u00e9rer quoi que ce soit\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0seule la destruction du Syst\u00e8me nous permet d&rsquo;esp\u00e9rer quoi que ce soit\u00a0\u00bb&#8230; Il s&rsquo;agit de l&rsquo;id\u00e9e fondamentale que non seulement la destruction est le passage oblig\u00e9 vers un \u00ab\u00a0Progr\u00e8s\u00a0\u00bb d\u00e9cisif (dans le sens Maistre-Baudelaire), mais qu&rsquo;elle est le ferment, la f\u00e9condation m\u00eame de cette conception.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cette id\u00e9e fondamentale, telle qu&rsquo;explor\u00e9e puis d\u00e9finie dans son sens le plus haut, ne repr\u00e9sente rien de moins que la rupture fondamentale du passage d&rsquo;une situation historique \u00e9v\u00e8nementielle (o&ugrave; les \u00e9v\u00e8nement conditionnent l&rsquo;histoire et r\u00e9pondent \u00e0 une logique historique de cause \u00e0 effet) \u00e0 une situation m\u00e9tahistorique qui se sert de la situation \u00e9v\u00e8nementielle, qu&rsquo;elle manipule \u00e0 son gr\u00e9, selon son dessein fondamental (o&ugrave; les \u00e9v\u00e8nements sont manipul\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 satisfaire ce dessein m\u00e9tahistorique, sans plus se soucier des rapports de cause \u00e0 effet). &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>***<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, pouvons-nous mieux substantiver la d\u00e9finition de l&rsquo;antimoderne en m\u00eame temps que celle du \u00ab\u00a0n\u00e9gationniste\u00a0\u00bb qui est le moderne par cons\u00e9quent ; cette d\u00e9finition se d\u00e9duit de l&rsquo;opposition entre ceux qui per\u00e7oivent la crise comme une unit\u00e9 (crise haute) et ceux qui refusent cette id\u00e9e, entre ceux qui per\u00e7oivent par cons\u00e9quent dans cette unit\u00e9 de la crise un \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb par le seul fait de hausser la crise et donc sa r\u00e9solution par opposition \u00e0 ceux qui ne peuvent concevoir cela puisqu&rsquo;il refusent l&rsquo;unit\u00e9 de la crise ; la d\u00e9finition se fixe d\u00e9cisivement, par cons\u00e9quent, avec cette opposition entre ceux qui con\u00e7oivent l&rsquo;Unit\u00e9 et ceux qui l&rsquo;ignorent. Que ce travail d&rsquo;identification de l&rsquo;antimoderne dans la crise haute passe, pour le c&oelig;ur de la d\u00e9finition qui concerne la question de l&rsquo;Unit\u00e9, par le rapport de similitude entre Maistre et Baudelaire rencontre parfaitement la logique du propos : dans le classement qui est fait des \u00ab\u00a0antimodernes\u00a0\u00bb, les deux hommes figurent en bonne place. De m\u00eame, on observera que ce cas est \u00e9galement des plus int\u00e9ressant pour mieux nous faire comprendre ce que, paradoxalement, cette \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement\u00a0\u00bb a <strong>de haut<\/strong>, justifiant alors d&rsquo;autant plus l&rsquo;expression de \u00ab\u00a0crise haute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous a paru important, pour \u00e9quilibrer l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;un emportement irr\u00e9sistible qui toucherait toutes les psychologies, impuissantes et r\u00e9sign\u00e9es, que pourrait donner notre \u00e9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne du persiflage du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, de signaler qu&rsquo;il existait et qu&rsquo;il existe par cons\u00e9quent des exceptions, des \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb de caract\u00e8re, avec la psychologie qui va avec, \u00e9chappant \u00e0 cette emprise. On peut envisager l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe des degr\u00e9s de variabilit\u00e9 de vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la psychologie aux influences ext\u00e9rieures type-\u00ab\u00a0persiflage\u00a0\u00bb ; on peut m\u00eame envisager, et cela vaut surtout pour notre \u00e9poque du XXI\u00e8me si\u00e8cle, que \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb psychologies \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une puissent cohabiter, pour un seul esprit sous la forme d&rsquo;une division fluctuante \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette psychologie : une partie sous influence, l&rsquo;autre r\u00e9sistant \u00e0 cette influence et m\u00eame la d\u00e9non\u00e7ant, avec un rapport variable entre les deux. Il nous a encore paru important de montrer par cons\u00e9quent \u00e0 la fois l&rsquo;absence de totalit\u00e9 m\u00e9canique et l&rsquo;absence d&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne que nous d\u00e9crivons. (Cela signifie que le totalitarisme conditionnant l&rsquo;herm\u00e9tisme du Syst\u00e8me actuel, issu du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, est conditionn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abaissement et \u00e0 l&rsquo;asservissement constant des psychologies, &ndash; ce qui n&rsquo;est pas une donn\u00e9e absolue comme nous l&rsquo;\u00e9tablissons d\u00e9sormais, puisque des psychologies mieux arm\u00e9es que d&rsquo;autres \u00e9chappent \u00e0 ce sort fatal.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette possibilit\u00e9 de r\u00e9sistance est bien plus qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 sur le fond, elle est une <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> de notre propos, puisque nous ne saurions accepter l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;irr\u00e9sistibilit\u00e9 de la puissance de la Mati\u00e8re et donc nous ne pouvons qu&rsquo;accepter l&rsquo;id\u00e9e de sa d\u00e9faite finale, par quelque moyen qu&rsquo;il plairait \u00e0 ce que nous d\u00e9signerions, non sans une ironie bienveillante et plut\u00f4t adress\u00e9e \u00e0 ceux qui haussent les \u00e9paules devant ce concept, &ndash; la Providence. D\u00e8s lors, l&rsquo;option de la r\u00e9sistance existe bel et bien ; non seulement elle ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9e mais elle doit \u00eatre choisie imp\u00e9rativement, \u00e0 partir de l&rsquo;identification qu&rsquo;on en fait, si on la fait. Les antimodernes s&rsquo;inscrivent dans cette \u00ab\u00a0option\u00a0\u00bb, par cons\u00e9quent ils sont des \u00ab\u00a0r\u00e9sistants\u00a0\u00bb et ils marquent, par un c\u00f4t\u00e9 ou l&rsquo;autre d&rsquo;eux-m\u00eames, la m\u00eame <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong>, autant de notre propos que du destin du monde.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire Le texte ci-dessous est la Troisi\u00e8me Partie du Deuxi\u00e8me Livre de l&rsquo;essai m\u00e9tahistorique de Philippe Grasset La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. La publication sur dedefensa.org a commenc\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 2009 (Introduction : &laquo;La souffrance du monde&raquo;), pour se poursuivre le 25 janvier 2010 (Premi\u00e8re Partie : &laquo;De I\u00e9na \u00e0 Verdun&raquo;), le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[4645,8254,2631,3969,8386,4596,9839,3099,2879,4725],"class_list":["post-73568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-grace-de-lhistoire","tag-antimoderne","tag-dde-crisis","tag-de","tag-grace","tag-lhistoire","tag-maistre","tag-persiflage","tag-psychologie","tag-revolution","tag-voltaire"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73568"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73568\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}