{"id":73644,"date":"2014-01-19T16:10:32","date_gmt":"2014-01-19T16:10:32","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/01\/19\/chronique-du-19-courant-du-privilege-de-lecorche-vif\/"},"modified":"2014-01-19T16:10:32","modified_gmt":"2014-01-19T16:10:32","slug":"chronique-du-19-courant-du-privilege-de-lecorche-vif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/01\/19\/chronique-du-19-courant-du-privilege-de-lecorche-vif\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 Du privil\u00e8ge de l&rsquo;\u00e9corch\u00e9 vif"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Chronique du 19 courant&hellip; Du privil\u00e8ge de l&rsquo;\u00e9corch\u00e9 vif<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 janvier 2014&#8230; Peut-\u00eatre l&rsquo;a-t-on vu et surtout lu, nous avons une tendresse intellectuelle affirm\u00e9e pour ce philosophe de l&rsquo;Histoire qui s&rsquo;affiche n\u00e9oplatonicien, et qui affiche sans aucune restriction l&rsquo;amour de ses \u00ab\u00a0chers Grecs et de [ses] chers Romains\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit de Lucien Jerphagnon, ma&icirc;tre de la connaissance et de l&rsquo;affection pour ce temps-l\u00e0, lui-m\u00eame disparu en septembre 2012 mais toujours parmi nous. On comprend que je partage compl\u00e8tement cette tendresse intellectuelle, et c&rsquo;est de cela que je voudrais parler ici, &ndash; cette tendresse intellectuelle si fortement justifi\u00e9e, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 un jugement un peu circonspect et embarrass\u00e9 sur l&rsquo;attitude de Jerphagnon vis-\u00e0-vis du temps pr\u00e9sent. C&rsquo;est certainement dans le livre d&rsquo;entretiens avec Christiane Ranc\u00e9, &ndash; <em>De l&rsquo;amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles<\/em> (chez Albin-Michel en 2011), &ndash; que l&rsquo;on trouve le plus clairement affich\u00e9 ce que je consid\u00e8re comme une dualit\u00e9 pr\u00e9occupante pour le jugement que je suis conduit \u00e0 porter. Le cas me para&icirc;t d&rsquo;autant plus int\u00e9ressant qu&rsquo;il a, je crois, valeur universelle dans la mesure o&ugrave; il embrasse une question g\u00e9n\u00e9rale qui l&rsquo;est \u00e9galement, universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a donc deux aspects dans ces entretiens. D&rsquo;une part, l&rsquo;on (Jerphagnon) y parle de ses \u00ab\u00a0chers Grecs et de [ses] chers Romains\u00a0\u00bb, et avec quelle fougue, quel enthousiasme, appuy\u00e9es sur une formidable \u00e9rudition, une connaissance profonde, une compr\u00e9hension \u00e0 la fois spirituelle et charnelle de ce monde de l&rsquo;Antiquit\u00e9. &laquo;<em>Cet amour ne l&rsquo;a plus jamais quitt\u00e9, <\/em>dit la pr\u00e9face de Christine Ranc\u00e9. <em>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai su que mon \u00e2me s&rsquo;\u00e9panouirait l\u00e0.\u00a0\u00bb Le monde antique lui appara&icirc;t alors, de son propre aveu, \u00ab\u00a0comme un monde de mots et de choses enchant\u00e9s, de beaut\u00e9, d&rsquo;harmonie et d&rsquo;\u00e9nergie, o&ugrave; l&rsquo;esth\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9thique se m\u00ealent intimement\u00a0\u00bb&#8230;.<\/em>&raquo; Jerphagnon ne parle pas l\u00e0 d&rsquo;un id\u00e9al inatteignable, d&rsquo;une construction presque utopique de l&rsquo;esprit, mais d&rsquo;une \u00e9poque du monde qu&rsquo;il a intimement connue comme telle, c&rsquo;est-\u00e0-dire une partie de la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Histoire, et selon lui une v\u00e9rit\u00e9 qui s&rsquo;est bel et bien manifest\u00e9e et qui perdure, comme toute v\u00e9rit\u00e9, comme une r\u00e9f\u00e9rence n\u00e9cessaire. Je partagerais volontiers ce jugement, bien qu&rsquo;avec infiniment moins de connaissance, et lui me servant alors d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence solide, celle d&rsquo;un relais, d&rsquo;un messager, sur laquelle appuyer cette intuitive attirance pour l&rsquo;Antiquit\u00e9, et une attirance dont je fais un usage dynamique, voire militant pour mettre en question, gravement, profond\u00e9ment, au-del\u00e0 de toute possibilit\u00e9 de r\u00e9conciliation, notre temps pr\u00e9sent, cette v\u00e9rit\u00e9 catastrophique qui est aussi un simulacre de v\u00e9rit\u00e9 marquant sa pr\u00e9tention faussaire &#8230; (Voir ce texte du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-aux_origines_du_mal_04_11_2013.html\">4 novembre 2013<\/a>, avec des extraits de <em>La Gr\u00e2ce<\/em>, &ndash; Jerphagon y est cit\u00e9, &ndash; qui oppose dynamiquement, comme dans un <strong>d\u00e9bat pr\u00e9sent et actuel<\/strong>, Antiquit\u00e9 et modernit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Justement, ce mot de \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00a0\u00bb &#8230; A la page 38 de ces \u00ab\u00a0entretiens\u00a0\u00bb, l&rsquo;humeur de Jerphagnon s&rsquo;assombrit brusquement dans le propos lorsqu&rsquo;il parle de \u00ab\u00a0notre temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb  : &laquo;<em>Tout a chang\u00e9, et les rep\u00e8res se perdent. D&rsquo;autres hommes sont d\u00e9j\u00e0 chez eux dans ce d\u00e9cor sorti d&rsquo;un futur que nous n&rsquo;imaginions pas. \u00ab\u00a0Homme d&rsquo;un autre temps, \u00e9crit Talleyrand, je me sens devenir \u00e9tranger \u00e0 celui-ci\u00a0\u00bb.<\/em>&raquo; Puis, soudain, l&rsquo;enthousiasme de Jerphagnon reprend le dessus (&laquo;<em>Et, tout d&rsquo;un coup, voil\u00e0 que l&rsquo;Histoire m&rsquo;a repris, m&rsquo;entra&icirc;nant dans sa ronde&#8230;<\/em>&raquo;), et alors il en revient, bien entendu, \u00e0 ses \u00ab\u00a0chers Grecs et [ses] chers Romains\u00a0\u00bb. Et il termine par cette d\u00e9clamation superbe qui nous donne une clef de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 (je me permets l&rsquo;un ou l&rsquo;autre soulign\u00e9 de gras) : &laquo;&#8230;[E]<em>t je sais bien que Platon n&rsquo;est pas plus mort que ma grand&rsquo;m\u00e8re. Leur temps n&rsquo;est plus mais qu&rsquo;importe si rien de tout cela n&rsquo;a pris une ride ? De ce pass\u00e9, de leur pass\u00e9, vient \u00e0 mon pr\u00e9sent<\/em> <strong><em>ce qu&rsquo;il cachait d&rsquo;\u00e9ternel<\/em><\/strong><em>. Tout est l\u00e0. \u00ab\u00a0Total simul\u00a0\u00bb disait de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 saint Augustin. Je sais, maintenant, que depuis toujours, l&rsquo;histoire des hommes est<\/em> <strong><em>une chronique de l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em><\/strong>.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je ne peux, moi, qu&rsquo;abonder dans le sens de cette envol\u00e9e (en \u00e9tant intuitivement assur\u00e9 qu&rsquo;en citant saint Augustin, Jerphagnon pense plus au n\u00e9oplatonicien qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 Augustinus avant de devenir chr\u00e9tien qu&rsquo;au chr\u00e9tien qui oublia parfois qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9oplatonicien). Si l&rsquo;histoire des hommes et, au-del\u00e0, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 elle-m\u00eame, sont un \u00ab\u00a0\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, alors nous sommes bien fond\u00e9s, nous qui sommes oblig\u00e9s de vivre dans cette portion du pr\u00e9sent o&ugrave; nous sommes, d&rsquo;en appeler \u00e0 ce toujours-pr\u00e9sent que fut et reste l&rsquo;Antiquit\u00e9, pour mettre l&rsquo;un et l&rsquo;autre sur une balance, et mesurer o&ugrave; le destin de la v\u00e9rit\u00e9 du monde la fait pencher irr\u00e9sistiblement. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;est nullement absurde de les juger relativement l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, et de juger notre portion de &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em>&raquo; par rapport au toujours-pr\u00e9sent, \u00e9galement portion de &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em>&raquo;, qu&rsquo;est l&rsquo;Antiquit\u00e9. L&rsquo;on sait bien ce qu&rsquo;il en sortira.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici et l\u00e0, Jerphagnon fait cet exercice et l&rsquo;on sait bien (l\u00e0 aussi) dans quel sens, mais en g\u00e9n\u00e9ral simplement pris par sa logique implacable et admirable. Mais lorsqu&rsquo;il revient vraiment dans notre pr\u00e9sent d&rsquo;une mani\u00e8re plus affirm\u00e9e et exclusive, c&rsquo;est-\u00e0-dire, malheureusement, plus convenue, c&rsquo;est alors que je trouve, avec une certaine tristesse qu&rsquo;il lui manque quelque chose. (C&rsquo;est l\u00e0 le deuxi\u00e8me aspect dont je dois parler, mieux dit que \u00ab\u00a0dont je veux parler\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit nullement d&rsquo;une volont\u00e9 de mise en cause et qu&rsquo;il s&rsquo;agit du devoir d&rsquo;\u00e9mettre des r\u00e9serves dont je me passerais bien.) &#8230; Est-ce possible ? On dirait qu&rsquo;il a parfois oubli\u00e9 ses \u00ab\u00a0chers Grecs et [ses] chers Romains\u00a0\u00bb&#8230; En effet, il en reste \u00e0 ses contemporains et ne leur adresse gu\u00e8re de critiques, non plus qu&rsquo;aux m&oelig;urs, aux affaires de la politique, \u00e0 l&rsquo;esprit des choses et du temps et ainsi de suite. Il trouve m\u00eame du sens de l&rsquo;honneur \u00e0 un BHL, tout de m\u00eame en passant et en une circonstance qui se justifie peut-\u00eatre quoiqu&rsquo;elle se discute \u00e9galement (le discours sur la rafle du V\u00e9l d&rsquo;Hiv&rsquo; de Chirac de 1995), mais enfin c&rsquo;est lui faire bien de l&rsquo;honneur (\u00e0 BHL) au regard de ce qu&rsquo;est et signifie son &oelig;uvre et de la mesure pr\u00e9cise qu&rsquo;il faut en garder. Dieu sait, ou les dieux savent qu&rsquo;il y a, \u00e0 cet \u00e9gard, beaucoup \u00e0 dire, \u00e0 faire, \u00e0 juger et trancher, et rudement. J&rsquo;ai la tentation de croire que les Grecs et les Romains ne s&rsquo;y fussent pas tromp\u00e9s, eux, \u00e0 propos de nos marionnettes du temps courant, et qu&rsquo;ils les eussent trait\u00e9es comme il se doit, &ndash; ou bien, plus simplement, sans leur accorder l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un seul mot.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a, comme cela, de cette sorte, pas mal de ces petits interm\u00e8des qui n&rsquo;arrangent pas mon malaise, sans que je sache, d&rsquo;ailleurs, au nom de quoi je me permets, moi, de manifester ce malaise. Enfin, c&rsquo;est un risque et je le prends. Il y a, pour ainsi dire, une certaine indulgence presque l\u00e9nifiante de la part du grand philosophe de l&rsquo;Histoire, pour nombre de ses contemporains qui m\u00e9riteraient un peu plus de poigne. &laquo;[J]<em>e ne fais pas partie de l&rsquo;intelligentsia et ne suis m\u00eame pas s&ucirc;r, \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0politically correct\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;, dit-il d&rsquo;une fa\u00e7on un peu \u00e9nigmatique, selon un propos \u00e0 la fois curieusement dispos\u00e9 et dont on ne sait s&rsquo;il exprime du regret ou de la satisfaction. Citer comme il lui arrive de faire, et \u00e0 plus d&rsquo;une reprise dans le cours de ses observations contemporaines, le tr\u00e8s-gentil Jean d&rsquo;Ormesson et l&rsquo;insupportable Philippe Labro ne me para&icirc;t pas tr\u00e8s digne du reste du compagnonnage qu&rsquo;il nous propose, &ndash; de Platon \u00e0 Saint-Augustin, de Plotin \u00e0 Blaise Pascal, et m\u00eame, pour \u00eatre plus proche, de Bergson \u00e0 Jank\u00e9l\u00e9vitch. &#8230; Est-ce parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a personne d&rsquo;autres \u00e0 citer dans notre temps que ceux qu&rsquo;il cite ? S&rsquo;il le pense ainsi, alors, certes, il est temps de se mettre \u00e0 ces \u00e9lans de souffrance et de fureur contenues que je trouve bien malheureux de ne pas trouver dans certaines de ses observations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et pourtant&#8230; L\u00e0 encore, je reviens \u00e0 ce que je disais plus haut, pour prendre \u00e0 contrepied ce que je disais \u00e0 l&rsquo;instant, \u00e0 peine un paragraphe plus haut. Arriv\u00e9 \u00e0 un moment de l&rsquo;entretien, Jerphagnon \u00e9voque la grande ombre perdue de De Gaulle, &ndash; un contemporain, lui, qui e&ucirc;t m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un de ses \u00ab\u00a0chers Romains\u00a0\u00bb, &ndash; et voici ce qu&rsquo;il nous en dit : &laquo;<em>Cette France dont <\/em>[de Gaulle] <em>s&rsquo;\u00e9tait toujours fait, a-t-il dit, \u00ab\u00a0une certaine id\u00e9e\u00a0\u00bb. Une id\u00e9e aujourd&rsquo;hui disparue et qui a si longtemps \u00e9t\u00e9 la mienne. Et comme lui encore je dirai : \u00ab\u00a0Il est \u00e9trange de vivre consciemment la fin d&rsquo;une civilisation\u00a0\u00bb. De lui, je tiens cette lucidit\u00e9&#8230;<\/em>&raquo; Ainsi, Jerphagnon est-il lui aussi, <strong>en son temps et dans son temps<\/strong>, un de ces hommes qui regardent \u00ab\u00a0la fin d&rsquo;une civilisation\u00a0\u00bb en ayant parfaitement conscience de ce qu&rsquo;il observe, &ndash; et nous savons tous, n&rsquo;est-ce pas, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de spectacle plus bas, de pi\u00e8ce plus vulgaire et plus grotesque, malgr\u00e9, ou \u00e0 cause des cataractes de bons sentiments faussaires et de le\u00e7ons de morale bidouill\u00e9es des commentateurs-Syst\u00e8me qui font leurs num\u00e9ros d&rsquo;appoint\u00e9s &#8230; Pourquoi ne pas le clamer ? Pourquoi ne pas citer ses \u00ab\u00a0chers Grecs et [ses] chers Romains\u00a0\u00bb, alors qu&rsquo;ils sont plus n\u00e9cessaires que jamais comme r\u00e9f\u00e9rence qui permettrait de remettre ces scribouillards \u00e0 leur niveau ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A la fin, que se passe-t-il ? Quel est ce frein dans le jugement ainsi priv\u00e9 de la hauteur qu&rsquo;il m\u00e9rite, que l&rsquo;on trouve ainsi chez certains grands esprits ? (On notera, pour \u00e9largir l&rsquo;exemplarit\u00e9 du propos, que l&rsquo;on pourrait dire la m\u00eame chose chez un Jean-Fran\u00e7ois Matt\u00e9i, cet ardent platonicien que l&rsquo;on a cit\u00e9 \u00e9galement dans l&rsquo;aventure de <em>dedefensa.org<\/em>, &ndash; voir notamment le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-apocalypse_molle_type_deleuzien-demasque-par-mattei__22_07_2011.html\">22 juillet 2011<\/a> et le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-inconnaissance_et_climat_derrida_deleuze_et_cie__10_08_2011.html\">10 ao&ucirc;t 2011<\/a>.) &#8230; Ils ne peuvent pas ignorer , ces grands esprits, que le monde o&ugrave; ils vivent, qui est le n\u00f4tre, est celui de la Fin des Temps ou de la Fin d&rsquo;un Monde (ou \u00ab\u00a0la fin d&rsquo;une civilisation\u00a0\u00bb) ; que c&rsquo;est le m\u00eame, ce monde, que celui de leurs \u00ab\u00a0chers Grecs et [de leurs] chers Romains\u00a0\u00bb ; qu&rsquo;il aurait pu, ce monde, prendre une autre tournure si la sagesse de l&rsquo;antique n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9e par l&rsquo;<em>hybris<\/em> absolument totalitaire de la modernit\u00e9. (Certes, je ne parle pas dans ces comparaisons ni des guerres, ni de la cruaut\u00e9 humaine, ni du progr\u00e8s, ni des droits de l&rsquo;homme, ni de l&rsquo;esclavage selon-Spielberg ou de l&rsquo;antiracisme du type-germanopratin, non hein, &ndash; je parle des principes fondamentaux du monde, ceux-l\u00e0 qui font sa structure et organisent sa transcendance sacr\u00e9e, ce qui vient de l&rsquo;Unit\u00e9 originelle, &ndash; qu&rsquo;on se comprenne bien et qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9pargne \u00e0 soi-m\u00eame le pensum des le\u00e7ons de morale en <em>prime time<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Finalement, j&rsquo;en viens \u00e0 ma conviction qui permet de conclure. Certes, je crois \u00e9videmment qu&rsquo;ils le savent (&laquo;<em>Il est \u00e9trange de vivre consciemment la fin d&rsquo;une civilisation<\/em>&raquo;) et je crois \u00e9galement qu&rsquo;ils sont d&rsquo;une certaine fa\u00e7on prisonniers de leur position sociale, de leur notori\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une certaine obligation de retenue que donnent \u00e0 la fois le convenu et la fr\u00e9quentation humaine de ceux qu&rsquo;on devrait fustiger ou pour le moins tancer rudement, qu&rsquo;ils sont ainsi prisonniers d&rsquo;une certaine fa\u00e7on de <strong>leur absence de solitude sociale<\/strong>, d&rsquo;une certaine n\u00e9cessit\u00e9 de civilit\u00e9 exacerb\u00e9e au nom de solidarit\u00e9s douteuses qui pousse \u00e0 consid\u00e9rer la barbarie qui ne prend m\u00eame pas la peine de dissimuler avec une certaine compr\u00e9hension, et \u00e0 bient\u00f4t ne plus laisser parler que cette compr\u00e9hension. (On dirait aussi, dans le cours d&rsquo;un texte courant de <em>dedefensa.org<\/em>, \u00ab\u00a0prisonniers du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb qui d\u00e9truit leur civilisation, et qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0un peu\u00a0\u00bb comme c&rsquo;est le cas on risque de para&icirc;tre l&rsquo;\u00eatre compl\u00e8tement.) Je crois m\u00eame qu&rsquo;ils sont paradoxalement des victimes compl\u00e8tement innocentes d&rsquo;une certaine indolence de l&rsquo;esprit critique que donne la fr\u00e9quentation de la sagesse antique, &ndash; comme si, s&rsquo;appuyant sur elle comme on le fait sur un roc, l&rsquo;on se disait : \u00ab\u00a0Mais non, puisque cela a \u00e9t\u00e9, cette magnifique r\u00e9f\u00e9rence civilisationnelle de notre monde, cela ne peut compl\u00e8tement dispara&icirc;tre, cela ne peut \u00eatre compl\u00e8tement effac\u00e9\u00a0\u00bb&#8230; (Et pourtant, hein, &laquo;<em>Il est \u00e9trange de vivre consciemment la fin d&rsquo;une civilisation<\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il leur manque d&rsquo;\u00eatre \u00e9corch\u00e9 vif par la vie et par leur vie sociale, ce fait d&rsquo;\u00eatre \u00e9corch\u00e9 si j&rsquo;ose dire \u00ab\u00a0vraiment \u00e0 vif\u00a0\u00bb, qui vous pousse \u00e0 parfois hurler comme il le faut quand on est de notre race, avec les outils de la plume et des mots de l&rsquo;\u00e9crit comme des armes, avec les accusations et les d\u00e9monstrations de l&rsquo;imposture-Syst\u00e8me, avec de la d\u00e9rision et du m\u00e9pris, cela quand on est nimb\u00e9 de l&rsquo;\u00e9trange pouvoir de cet \u00e9corch\u00e9 vif-l\u00e0 de ressentir toute la souffrance du monde en train de se dissoudre en s&rsquo;effondrant et de la transcrire effectivement par \u00ab\u00a0les outils de la plume et des mots de l&rsquo;\u00e9crit comme des armes\u00a0\u00bb. Leur position sociale, leur place dans le corps des intellectuels dont ils ne peuvent tout \u00e0 fait se d\u00e9gager font qu&rsquo;ils sont comptables, quoi qu&rsquo;il en soit du reste, de quelques liens qui les tiennent au Syst\u00e8me&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dire, je crois qu&rsquo;on l&rsquo;aura compris et surtout qu&rsquo;on l&rsquo;aura senti, que je n&rsquo;\u00e9prouve aucune ranc&oelig;ur, aucun ressentiment \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;un Jerphagnon, parce que c&rsquo;est lui, parce que je conserve au contraire toute mon estime et toute mon admiration anonymes pour lui, pour son \u00e9rudition et sa vertu si grande, son r\u00f4le si essentiel de messager de ses \u00ab\u00a0chers Grecs et [ses] chers Romains\u00a0\u00bb dont l&rsquo;actualit\u00e9 est en v\u00e9rit\u00e9 si pressante aujourd&rsquo;hui. Moi qui n&rsquo;ai aucun de ces liens qui les tiennent, moi qui suis comme eux au fond un \u00e9corch\u00e9 vif, &ndash; car qui ne peut l&rsquo;\u00eatre une fois arm\u00e9 de la pens\u00e9e n\u00e9cessaire et de la libert\u00e9 de l&rsquo;in\u00e9vitable solitude de l&rsquo;esprit dans ces temps \u00e9pouvantables ? &ndash; j&rsquo;ai l&rsquo;\u00e9trange privil\u00e8ge qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas, de pouvoir user de cette souffrance pour exprimer toute la force du sentiment du jugement furieux et m\u00e9rit\u00e9 qui m&rsquo;habite. Ils ont leurs privil\u00e8ges in\u00e9vitables des positions sociales qui se paient de l&rsquo;entrave des liens sociaux, j&rsquo;ai mon privil\u00e8ge qui semblerait un fardeau, et qui l&rsquo;est par moment mais qui est aussi et surtout le plus grand honneur qu&rsquo;on puisse imaginer, d&rsquo;\u00eatre un \u00e9corch\u00e9 vif sans la moindre retenue de la souffrance qui l&rsquo;habite. En v\u00e9rit\u00e9 et tous comptes faits, mon privil\u00e8ge, celui de souffrir compl\u00e8tement et d&rsquo;exprimer cette souffrance par \u00ab\u00a0les outils de la plume et des mots de l&rsquo;\u00e9crit comme des armes\u00a0\u00bb, ce privil\u00e8ge est le plus grand et le plus honorable possible. Qu&rsquo;ils me pardonnent et qu&rsquo;ils sachent que ma souffrance de solitaire \u00e9corch\u00e9 vif qui me donne ce privil\u00e8ge de d\u00e9noncer avec la force qu&rsquo;il faut la catastrophe mal\u00e9fique que ce fait &laquo;<em>de vivre consciemment la fin d&rsquo;une civilisation<\/em>&raquo; me permet de distinguer, qu&rsquo;ils sachent que ce privil\u00e8ge est aussi exerc\u00e9 en leur nom. C&rsquo;est une fa\u00e7on de les remercier d&rsquo;avoir rappel\u00e9 par leurs carri\u00e8res ces \u00ab\u00a0chers Grecs et ces chers Romains\u00a0\u00bb qui nous manquent tellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant&hellip; Du privil\u00e8ge de l&rsquo;\u00e9corch\u00e9 vif 19 janvier 2014&#8230; Peut-\u00eatre l&rsquo;a-t-on vu et surtout lu, nous avons une tendresse intellectuelle affirm\u00e9e pour ce philosophe de l&rsquo;Histoire qui s&rsquo;affiche n\u00e9oplatonicien, et qui affiche sans aucune restriction l&rsquo;amour de ses \u00ab\u00a0chers Grecs et de [ses] chers Romains\u00a0\u00bb. 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