{"id":73666,"date":"2014-01-29T05:13:39","date_gmt":"2014-01-29T05:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/01\/29\/du-big-now-a-lleternel-present-1\/"},"modified":"2014-01-29T05:13:39","modified_gmt":"2014-01-29T05:13:39","slug":"du-big-now-a-lleternel-present-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/01\/29\/du-big-now-a-lleternel-present-1\/","title":{"rendered":"Du <em>Big Now<\/em> \u00e0 l&rsquo;\u00ab<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em>\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Du <em>Big Now<\/em> \u00e0 l'\u00a0\u00bb<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>28 janvier 2014 &ndash; Commen\u00e7ons par l&rsquo;objet du d\u00e9lit, un texte d&rsquo;un sp\u00e9cialiste des nouveaux m\u00e9dias, des r\u00e9seaux, de la cyberculture, etc., qui plus est reconnu comme tel aux USA o&ugrave; il est couvert de distinctions, de reconnaissances, de positions sociales et associatives, avec ses th\u00e8ses r\u00e9pandues et influentes. <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Douglas_Rushkoff\">Douglas Rushkoff<\/a> est un expert consacr\u00e9 des activit\u00e9s du monde en ligne de la postmodernit\u00e9. Un de ses r\u00e9cents articles, effectivement reflet de la postmodernit\u00e9 mais postmodernit\u00e9 devenue cauchemardesque, est publi\u00e9 dans <em>Politico.com Magazine<\/em> le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.politico.com\/magazine\/story\/2014\/01\/how-technology-killed-the-future-102236.html#ixzz2qeS4d2OF\">15 janvier 2014<\/a>. (Son dernier livre est un d\u00e9veloppement de la th\u00e8se qu&rsquo;il pr\u00e9sente dans l&rsquo;article : <em>Present Shock: When Everything Happens Now<\/em>.) Nous en citons plusieurs extraits que nous jugeons caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Pr\u00e9sentation du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb (avec le \u00ab\u00a0N\u00a0\u00bb majuscule, qui est de nous, pour correspondre au titre apr\u00e8s tout), ou notre emprisonnement dans le \u00ab\u00a0Grand Pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, le Temps r\u00e9duit au maintenant et rien d&rsquo;autre, une sorte de doctrine du \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb qui serait une op\u00e9rationnalisation politique de la postmodernit\u00e9, mais selon un constat catastrophique&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Toutes Les crises arrivent de partout, et d&rsquo;un seul coup. Les r\u00e9ponses aussi. De nouvelles all\u00e9gations concernant les \u00e9coutes clandestines de la NSA, par exemple, apparaissent sur Twitter avant que la Maison Blanche n&rsquo;ait eu la chance d&rsquo;exploiter pleinement la derni\u00e8re s\u00e9rie. Un secr\u00e9taire du Cabinet est pr\u00e9sum\u00e9 pr\u00eat \u00e0 \u00eatre licenci\u00e9 \u00e0 cause d&rsquo;un site Web b\u00e2cl\u00e9 sur les soins de sant\u00e9, avant m\u00eame que les probl\u00e8mes du site ne soient compl\u00e8tement diagnostiqu\u00e9s. Les pauses entre un \u00e9v\u00e9nement et une r\u00e9ponse \u00e0 celui-ci &ndash; l&rsquo;espace dans lequel l&rsquo;opinion publique \u00e9tait autrefois \u00e9valu\u00e9e &ndash; ont disparu, et d\u00e9sormais le feedback est impossible \u00e0 distinguer de l&rsquo;action initiale. Le verdict, les conclusions \u00e0 retenir, le sens m\u00eame de ce qui se passe est plus insaisissable que jamais. Nous bricolons des r\u00e9cits et cherchons des conclusions. Des millions de publications sur les r\u00e9seaux sociaux chaque minute sont analys\u00e9es comme si ces vastes fragments d&rsquo;opinions, de conjectures et de fantaisies se fondaient d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre dans une histoire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo;Mais ils ne le font pas.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo;Bienvenue dans le monde du &laquo; choc pr\u00e9sent &raquo;, o&ugrave; tout se passe si vite qu&rsquo;il pourrait tout aussi bien \u00eatre simultan\u00e9. Un gros maintenant. Le r\u00e9sultat pour les institutions &ndash; notamment politiques &ndash; a \u00e9t\u00e9 profond. Cette transformation a consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9 la capacit\u00e9 des acteurs politiques \u00e0 \u00e9tablir des plans \u00e0 long terme. D\u00e9tourn\u00e9s, ils se retrouvent souvent d\u00e9sormais simplement oblig\u00e9s de r\u00e9agir au barrage d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 mesure qu&rsquo;ils se d\u00e9roulent. Subitement, la notion d\u00e9su\u00e8e de &laquo; contr\u00f4le du r\u00e9cit &raquo; a disparu : le flot d&rsquo;informations est souvent bien trop indisciplin\u00e9. Il n&rsquo;y a pas de temps pour le contexte, seulement pour la gestion de crise.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; Bien s&ucirc;r, la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;information se propage et se multiplie s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, mais ce qui se passe actuellement est plus qu&rsquo;une simple acc\u00e9l\u00e9ration. Ce que nous vivons, c&rsquo;est l&rsquo;amplification de tout ce qui se passe en ce moment et une diminution de tout ce qui ne se produit pas. Ce n&rsquo;est pas seulement que les r\u00e9sultats de recherche Google privil\u00e9gient le r\u00e9cent au d\u00e9triment du pertinent ; c&rsquo;est tout \u00e0 coup une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re qui le fait..<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Le passage du \u00ab\u00a0<em>forward-leaning futurism<\/em>\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb (du \u00ab\u00a0futurisme\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb), &ndash; en quelques ann\u00e9es, des ann\u00e9es 1990 \u00e0 aujourd&rsquo;hui, &ndash; ou comment la perception a totalement, absolument bascul\u00e9, de la certitude de l&rsquo;esp\u00e9rance \u00e0 venir \u00e0 l&rsquo;impuissance du pr\u00e9sent emprisonn\u00e9&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>&Ccedil;a n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a. Pas plus tard qu&rsquo;\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;air du temps \u00e9tait anim\u00e9 par une sorte de futurisme avant-gardiste. On avait le sentiment que nous nous dirigeions rapidement vers un grand changement aliment\u00e9 par les nouvelles technologies, les r\u00e9seaux et la connectivit\u00e9 mondiale. Aujourd&rsquo;hui, ce changement s&rsquo;est peut-\u00eatre enfin produit, mais plut\u00f4t que de nous encourager \u00e0 regarder plus loin, il nous a inculqu\u00e9 un &laquo; pr\u00e9sentisme &raquo; omnipr\u00e9sent. Notre vieille obsession du rythme du progr\u00e8s a \u00e9t\u00e9 noy\u00e9e sous l&rsquo;assaut de tout ce qui se passe actuellement. Il est m\u00eame impossible de suivre le rythme, et encore moins de regarder vers l&rsquo;avenir.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; Ce nouveau paradigme brouille fondamentalement notre politique. La capacit\u00e9 de nos dirigeants \u00e0 articuler des objectifs, \u00e0 organiser des mouvements ou m\u00eame \u00e0 aborder des solutions \u00e0 long terme a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e par une obsession &ndash; de leur part et de la n\u00f4tre &ndash; pour le moment pr\u00e9sent. Si nous ne nous adaptons pas \u00e0 ce nouveau pr\u00e9sentisme, nous pourrions bient\u00f4t nous rapprocher plus dangereusement de la paralysie politique.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; Comme on peut s&rsquo;y attendre, nous pouvons imputer notre situation actuelle, au moins en partie, \u00e0 la technologie num\u00e9rique. Pensez \u00e0 la t\u00e9l\u00e9commande, au DVR et m\u00eame \u00e0 YouTube, qui, \u00e0 leur mani\u00e8re, ont chacun \u00e9rod\u00e9 les fonctions traditionnelles de narration de la t\u00e9l\u00e9vision, cr\u00e9ant \u00e0 la place un paysage d\u00e9construit de m\u00e8mes ind\u00e9pendants. Les arcs narratifs typiques dont d\u00e9pendaient autrefois l&rsquo;information et le divertissement ne fonctionnent plus lorsque le public peut s&rsquo;\u00e9loigner &ndash; ou avancer et reculer &ndash; en appuyant simplement sur un bouton. Les histoires traditionnelles avec un d\u00e9but, un milieu et une fin ne fonctionnent plus. Les mini-films en boucle sur Vine, par exemple, n&rsquo;essaient m\u00eame pas d&rsquo;y adh\u00e9rer. Et quand nous ne sommes pas engag\u00e9s dans des mashups d\u00e9cousus comme celui-l\u00e0, nous sommes attir\u00e9s par des sagas \u00e9piques et sans fin &ndash; comme &laquo; Game of Thrones &raquo; ou m\u00eame &laquo; Breaking Bad &raquo; &ndash; qui ressemblent plus \u00e0 des jeux de r\u00f4le fantastiques qu&rsquo;aux \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision d&rsquo;autrefois.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; &#8230; Le r\u00e9sultat de cette nouvelle situation est donn\u00e9e ici comme indication op\u00e9rationnelle de l&rsquo;hypoth\u00e8se avanc\u00e9e, parce qu&rsquo;elle ne concerne pas vraiment notre sujet. Il n&#8217;emp\u00eache, c&rsquo;est un constat de d\u00e9sordre, de paralysie, d&rsquo;impuissance, de la vision r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;hyper court terme de tous les pouvoirs politiques eux-m\u00eames r\u00e9duits \u00e0 se situer dans le seul \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0. Eux aussi, ces pouvoirs, sont influenc\u00e9s d\u00e9cisivement et participent en m\u00eame temps \u00e0 l&rsquo;entreprise de blocage et de paralysie de leur temps historique&#8230; Ils sont m\u00eame priv\u00e9s d&rsquo;une \u00ab\u00a0<em>guiding narrative<\/em>\u00ab\u00a0, d&rsquo;une \u00ab\u00a0<em>organizing story<\/em>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire que m\u00eame les capacit\u00e9s virtualistes, de fabrication de r\u00e9alit\u00e9s conformes au Syst\u00e8me, les entreprises de PR productrices d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements de convenance qui ont sembl\u00e9 fonctionner pendant un temps (particuli\u00e8rement dans la p\u00e9riode imm\u00e9diatement post-9\/11), se heurtent d\u00e9sormais \u00e0 une sorte de <strong>fin de non-recevoir de la part du temps historique<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo;Mais sans un r\u00e9cit directeur pour donner un sens et cr\u00e9er un but, nous finissons par trop nous fier \u00e0 ce qui se passe sur le moment. Lorsque cela se produit, nous r\u00e9agissons de mani\u00e8re excessive \u00e0 la derni\u00e8re fusillade dans une \u00e9cole. Mais \u00e0 long terme, nous n&rsquo;avons pas la d\u00e9termination ou la capacit\u00e9 d&rsquo;attention n\u00e9cessaires pour faire quoi que ce soit pour emp\u00eacher que d&rsquo;autres ne se produisent. La terreur et la rage remplacent nos objectifs id\u00e9ologiques ; nous finissons par r\u00e9agir uniquement \u00e0 la derni\u00e8re crise. Et, \u00e0 cause de ce que nous pouvons trouver (et de ce que nous pouvons dire) sur Internet, nous r\u00e9agissons avec une fausse confiance dans notre ma&icirc;trise des faits. Ce n&rsquo;est pas parce que nous pouvons tous bloguer avec la m\u00eame taille de police que toutes nos opinions sont \u00e9galement valables ou \u00e9clair\u00e9es&#8230; [&#8230;]<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; Op\u00e9rant dans le paysage politique pr\u00e9sentiste d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;administration est \u00e0 la merci d&rsquo;un monde sans histoire organisatrice. Il faut souvent un v\u00e9ritable d\u00e9sastre &ndash; un attentat \u00e0 la bombe \u00e0 Boston ou un d\u00e9ploiement d&rsquo;armes chimiques en Syrie &ndash; pour g\u00e9n\u00e9rer une intrigue capable de soutenir un r\u00e9cit pendant quelques jours. Mais ensuite, cela se d\u00e9noue \u00e0 nouveau. Au lieu d&rsquo;imposer un r\u00e9cit sur cette nouvelle histoire ouverte et sans fin, les dirigeants doivent d\u00e9velopper des strat\u00e9gies pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui r\u00e9sistent aux faciles d\u00e9clarations de victoire. Il est r\u00e9volu le temps o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9rique pouvait planter un drapeau sur la lune et d\u00e9clarer la course \u00e0 l&rsquo;espace gagn\u00e9e. Les obstacles modernes sont le plus souvent chroniques et doivent \u00eatre g\u00e9r\u00e9s et att\u00e9nu\u00e9s au fil du temps. Les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, la faim des enfants, les mutations bact\u00e9riennes, la toxicomanie et m\u00eame le terrorisme ne sont pas des guerres que l&rsquo;on gagne.&raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&raquo; L&rsquo;\u00e8re du choc actuel oblige, semble-t-il, les Am\u00e9ricains \u00e0 r\u00e9aliser que notre voyage consiste moins \u00e0 parvenir \u00e0 une conclusion qu&rsquo;\u00e0 survivre le plus longtemps possible. Notre politique pourrait finir par avoir moins \u00e0 voir avec le triomphe qu&rsquo;avec l&rsquo;endurance &ndash; un changement de perspective qui, bien que n\u00e9 d&rsquo;une obsession du pr\u00e9sent, ne serait pas si mauvais pour l&rsquo;avenir.&raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Comme on l&rsquo;a vu, le dernier livre de Rushkoff se nomme <em>Le Choc du Pr\u00e9sent<\/em> (<em>Present Shock: When Everything Happens Now<\/em>). Ce n&rsquo;est pas un hasard, non seulement du point de vue du sujet, certes, mais aussi du point de vue des circonstances chronologiques et des pr\u00e9occupations d&rsquo;effets commerciaux traduisant cette chronologie. Dans les ann\u00e9es 1970, un livre, &ndash; imprim\u00e9 \u00e0 plusieurs millions d&rsquo;exemplaires dans le monde, &ndash; fit fureur sous le titre <em>Le Choc du Futur<\/em> (suivi de <em>La Troisi\u00e8me Vague<\/em>, qui explicitait son id\u00e9e centrale), du futurologue <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alvin_Toffler\">Alvin Toffler<\/a> travaillant en collaboration avec sa femme. <em>Le Choc du Futur<\/em> marquait bien l&rsquo;esprit d&rsquo;une \u00e9poque qui entrait (1973-1974 avec le \u00ab\u00a0choc p\u00e9trolier\u00a0\u00bb) dans les pr\u00e9misses de l&rsquo;actuelle crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me&#8230; Cela, nous l&rsquo;\u00e9crivons aujourd&rsquo;hui, exp\u00e9rience faite du temps \u00e9coul\u00e9, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque la perception sugg\u00e9r\u00e9e par ce livre et largement accept\u00e9e et r\u00e9percut\u00e9e \u00e9tait <strong>au contraire<\/strong> que cette crise (le \u00ab\u00a0choc p\u00e9trolier\u00a0\u00bb) serait la pr\u00e9misse, <strong>le sas de transformation n\u00e9cessaire<\/strong> pour aboutir \u00e0 une nouvelle \u00e8re r\u00e9volutionnaire o&ugrave; le technologisme et la communication ach\u00e8veraient la transformation du monde dans un avenir caract\u00e9ris\u00e9 par un niveau inou\u00ef de capacit\u00e9s techniques autonomes et de prosp\u00e9rit\u00e9 du <em>sapiens<\/em> devenant une sorte d'\u00a0\u00bbHomme \u00e9ternel\u00a0\u00bb assumant d\u00e9sormais sans l&rsquo;aide de personne son propre destin cosmique. (<em>Exit<\/em> d\u00e9finitivement, Dieu et autres bagatelles.) La v\u00e9ritable difficult\u00e9 r\u00e9sidait dans la capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation du <em>sapiens<\/em> \u00e0 ce changement in\u00e9luctable et per\u00e7u comme une prospective extr\u00eamement puissante et rapide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce point de vue du sentiment prospectif, un fantastique renversement d&rsquo;inversion de la perspective s\u00e9pare ces deux enqu\u00eateurs du monde qui nous est promis, tels que nous les percevons. L&rsquo;un (Toffler) \u00e9tait l&rsquo;enqu\u00eateur symbolique et triomphant d&rsquo;un pr\u00e9sent en train de devenir son propre futur inond\u00e9 de lumi\u00e8re, l&rsquo;autre (Rushkoff) est l&rsquo;enqu\u00eateur symbolique et d\u00e9sorient\u00e9 d&rsquo;un futur se r\u00e9duisant \u00e0 un pr\u00e9sent plong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres de la paralysie et de l&rsquo;immobilisme catastrophique ; pour l&rsquo;un, le futur et ses promesses d\u00e9finissaient ce qu&rsquo;allait devenir dans cette envol\u00e9e notre pr\u00e9sent, pour l&rsquo;autre le pr\u00e9sent emp\u00eache le futur de se manifester et se r\u00e9duit aux circonstance en train de s&rsquo;accumuler, et cette accumulation pouvant bien signifier selon certaines hypoth\u00e8ses (dont la n\u00f4tre) ce qui pourrait bien \u00eatre la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. Les promesses de Toffler se sont ab&icirc;m\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;hypermodernit\u00e9 (une modernit\u00e9 transcend\u00e9e par les progr\u00e8s du technologisme et de la communication) ; les constats de Rushkoff transforment la postmodernit\u00e9 (un repli sur la gestion et l&rsquo;am\u00e9lioration d&rsquo;un pr\u00e9sent qui ent\u00e9rine l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;hypermodernit\u00e9) en une impasse catastrophique puisque \u00ab\u00a0gestion\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0am\u00e9lioration\u00a0\u00bb ne sont plus celles d&rsquo;une situation acceptable de la modernit\u00e9 r\u00e9duite aux acqu\u00eats mais celles d&rsquo;une situation o&ugrave; s&rsquo;accumulent toutes les crises sectorielles et conjoncturelles suscit\u00e9es par la Crise G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(A ce point et \u00e0 cet \u00e9gard, on fera gr\u00e2ce \u00e0 Rushkoff de sa conclusion, extr\u00eamement faiblarde et constituant le gage donn\u00e9 au Syst\u00e8me par cet auteur qui en d\u00e9pend tout de m\u00eame, lorsqu&rsquo;il affirme vaguement que \u00ab\u00a0notre politique\u00a0\u00bb a d\u00e9sormais plus \u00e0 voir avec l&rsquo;endurance qu&rsquo;avec le triomphe, ce qui pourrait pr\u00e9senter quelque avantage : &laquo;<em> Our politics may come to have less to do with triumph than endurance&mdash;a shift in perspective that, while born out of an obsession with the present, wouldn&rsquo;t be so bad for the future<\/em>&raquo; ; car l&rsquo;on se demande bien \u00e0 propos de cette \u00ab\u00a0endurance\u00a0\u00bb, &ndash; pour attendre quoi puisque le reste du tableau nous pr\u00e9sente un futur r\u00e9duit \u00e0 la paralysie d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb fig\u00e9 dans l&rsquo;accumulation extraordinaire des crises et des \u00e9v\u00e9nements ? Tout comme une phrase imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9dente, plac\u00e9e devant la m\u00eame impasse [&laquo;<em>&#8230; Our journey is less about reaching a conclusion than it is about sustaining ourselves for as long as possible<\/em>&raquo;] : \u00ab\u00a0tenir aussi longtemps que possible\u00a0\u00bb, mais tenir pour quoi, pour attendre quoi ? Pas de r\u00e9ponse, et pour cause, parce que la catastrophe eschatologique n&rsquo;est pas une r\u00e9ponse qu&rsquo;on aime \u00e0 clamer, quand on r\u00e9alise, si on le r\u00e9alise, que c&rsquo;est le cas, &ndash; sinon, pas de r\u00e9ponse du tout puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 savoir sur ce vers quoi l&rsquo;on va hors de l&rsquo;eschatologie. On a l&rsquo;impression que Rushkoff, selon l&rsquo;habitude moderniste et am\u00e9ricaniste, s&rsquo;est content\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb en forme de conclusion affirmative alors que ce \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb n&rsquo;est que l&rsquo;avatar d&rsquo;un \u00e9norme point d&rsquo;interrogation sans r\u00e9ponse, qui est \u00e0 la fois, et dans cet ordre, le \u00ab\u00a0pour quoi ?\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0pourquoi ?\u00a0\u00bb Bref, laissons cette conclusion insipide et sans int\u00e9r\u00eat avant de revenir, plus loin, \u00e0 ce que le sch\u00e9ma auquel elle r\u00e9pond nous dit.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on veut, Toffler confirmait \u00e0 sa fa\u00e7on l&rsquo;hypermodernit\u00e9 avec toute sa symphonie du Progr\u00e8s divinis\u00e9 alors que Rushkoff est dans l&rsquo;obligation d&rsquo;ajouter quelques nouvelles catastrophiques au fait de la postmodernit\u00e9, qui a laiss\u00e9 l&rsquo;ode au Progr\u00e8s de c\u00f4t\u00e9 (vu les avatars de la chose) pour proclamer que l&rsquo;\u00e9tat du pr\u00e9sent nous satisfait dans le sens o&ugrave; il a permis la dissolution des restes des structures p\u00e9rennes dont la principale t\u00e2che de la modernit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 leur destruction. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb consid\u00e9r\u00e9 de ce point de vue, ou r\u00e9duit \u00e0 ce point de vue disons, c&rsquo;est certes la postmodernit\u00e9 mais qui se d\u00e9couvre dans des conditions catastrophiques dans la mesure de la d\u00e9gradation ph\u00e9nom\u00e9nale du pr\u00e9sent par la situation d&rsquo;accumulation des crises d&rsquo;une part, d&rsquo;impuissance-paralysie o&ugrave; cette circonstance nous pr\u00e9cipite d&rsquo;autre part. Rushkoff rompt aussi implicitement avec Toffler d&rsquo;une mani\u00e8re inattendue mais compr\u00e9hensible pour nous ; le technologisme en tant que tel passe au second plan \u00e0 cause de ses effets catastrophiques et est remplac\u00e9 dans cette position de premier plan justement par ses seuls effets catastrophiques, et cela dans ce vaste ensemble que nous nommons <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_l_re_psychopolitique_12_10_2013.html\">\u00e8re psychopolitique<\/a> o&ugrave; domine le syst\u00e8me de la communication. Le technologisme de plus en plus transmut\u00e9 en ses seuls effets catastrophiques devient le verrou d&rsquo;une prison o&ugrave; nous enferme le syst\u00e8me de la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas du tout un vertueux avatar du \u00ab\u00a0choc du futur\u00a0\u00bb accompli en un pr\u00e9sent qui ent\u00e9rine certaines des promesses du futur qu&rsquo;on nous annon\u00e7ait dans un sens effectivement vertueux, mais au contraire le complet blocage de l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;un futur qui a perdu n\u00e9cessairement toutes ses vertus, dans un pr\u00e9sent qui devient une prison cadenassant la politique (l&rsquo;action-<em>sapiens<\/em>) dans une compl\u00e8te \u00ab\u00a0impuissance de la puissance\u00a0\u00bb engendrant paralysie et sur-place. De ce point de vue, Rushkoff ne dit rien dans ses constats avec quoi nous puissions \u00eatre en d\u00e9saccord. (Par contre, certes, une orientation fondamentale nous s\u00e9pare, dont on se doute \u00e9videmment et dont nous allons parler aussit\u00f4t : nous nous r\u00e9jouissons de ce blocage-paralysie qui est n\u00e9cessairement celui du Syst\u00e8me, au contraire de lui qui le d\u00e9plore et s&rsquo;en inqui\u00e8te affreusement.) Nous d\u00e9veloppons depuis plusieurs ann\u00e9es l&rsquo;analyse de ce blocage crisique, ou \u00ab\u00a0impuissance de la puissance\u00a0\u00bb, avec des concepts allant dans ce sens de la paralysie tels que l&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_notre_kosmos_crisique__27_03_2013.html\">infrastructure<\/a> <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_le_facteur_crisique__30_04_2013.html\">crisique<\/a>, le monde <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-apolaire_ou_antipolaire__16_11_2013.html\">antipolaire<\/a>, ou bien des textes divers dans ce sens (le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-au_hasard_le_pouvoir_24_12_2012.html\">24 d\u00e9cembre 2012<\/a>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_usa_et_leur_marche_vers_l_effondrement_par_dissolution__31_01_2013.html\">31 janvier 2013<\/a>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_apocalypse_out_of_control_28_09_2013.html\">28 septembre 2013<\/a>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-ullman-diog_ne_cherche_un_leadership_26_10_2013.html\">26 octobre 2013<\/a>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_triomphe_cr_pusculaire_02_12_2013.html\">2 d\u00e9cembre 2013<\/a>, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est assur\u00e9 que les \u00e9v\u00e9nements rencontrent et confirment cette situation, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, parlant de non-\u00e9v\u00e9nements en v\u00e9rit\u00e9, puisqu&rsquo;engendrant l&rsquo;impuissance-paralysie. La politique est devenue impossible \u00e0 op\u00e9rationnaliser, elle se cantonne \u00e0 un sur-place \u00e0 la fois d\u00e9risoire et extraordinaire, le pouvoir est \u00e0 mesure, impuissant et paralys\u00e9, avec les effets qu&rsquo;on constate. On sait que, pour nous, &ndash; et cela correspond aux observations de Rushkoff tout en nous \u00e9loignant radicalement du sens profond de son analyse qui marie n\u00e9cessairement l&rsquo;activit\u00e9 politique et g\u00e9n\u00e9rale du <em>sapiens<\/em> et des \u00e9v\u00e9nements que cela produit, avec les \u00e9v\u00e9nements en g\u00e9n\u00e9ral, &ndash; un facteur fondamental intervient, transformant de fond en comble notre appr\u00e9ciation de la situation ; il s&rsquo;agit de la dimension m\u00e9tahistorique de la situation, qui fait que ce qui est appr\u00e9ci\u00e9 comme une catastrophe (pour le Syst\u00e8me) est parfaitement le d\u00e9veloppement que nous appelons de nos v&oelig;ux. (De tr\u00e8s nombreux textes rendent compte de ces conceptions, et notamment de la s\u00e9paration d&rsquo;une part de l&rsquo;activit\u00e9 humaine avec sa production, l&rsquo;une et l&rsquo;autre compl\u00e8tement \u00e9chevel\u00e9e et dans un \u00e9tat de constant paroxysme accumulant les \u00e9v\u00e9nements avec une rapidit\u00e9 sans cesse augment\u00e9e, et produisant effectivement le couple impuissance-paralysie ; et, d&rsquo;autre part, les \u00e9v\u00e9nements hors du contr\u00f4le du <em>sapiens<\/em> installant des changements extraordinaires que nous sommes incapables d&rsquo;identifier et de comprendre pour l&rsquo;essentiel.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On peut sans la moindre difficult\u00e9s citer ces \u00e9v\u00e9nements, qui \u00ab\u00a0rencontrent et confirment cette situation, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, parlant de non-\u00e9v\u00e9nements en v\u00e9rit\u00e9, puisqu&rsquo;engendrant l&rsquo;impuissance-paralysie\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit naturellement de crises chroniques, ou de situations crisiques install\u00e9es avec leurs phases paroxystiques alternant avec des p\u00e9riodes de veille, qui sont \u00e0 la fois de d\u00e9sordre et de paralysie, d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0mouvement immobile\u00a0\u00bb, d&rsquo;un d\u00e9placement sans but ou d&rsquo;un but organisant un d\u00e9placement sans coh\u00e9rence, qui semblent \u00eatre l&rsquo;objet de bouleversements consid\u00e9rables et nous ram\u00e8nent pourtant \u00e0 des situations qu&rsquo;on croyait d\u00e9finitivement d\u00e9pass\u00e9es. Pour signaler le plus r\u00e9cent, c&rsquo;est bien entendu le cas de la Syrie et de \u00ab\u00a0Gen\u00e8ve-2\u00a0\u00bb (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-gen_ve-2_ou_la_doctrine_de_la_peau_de_chagrin_22_01_2014.html\">22 janvier 2014<\/a> et le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-autour_de_gen_ve-2_le_sort_de_prince_bandar_et_le_destin_de_l_arabie_23_01_2014.html\">23 janvier 2014<\/a>) ; c&rsquo;est bien entendu le cas de l&rsquo;Iran et des nouvelles conditions \u00e9tablies depuis l&rsquo;accord, o&ugrave; l&rsquo;on peut d\u00e9velopper deux conceptions diff\u00e9rentes en m\u00eame temps (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_discr_tion_de_l_aipac_et_la_chevauch_e_iranienne_17_01_2014.html\">17 janvier 2014<\/a> et le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-offensive_russe_pour_accaparer_l_iran_avec_les_usa_pris_de_court_18_01_2014.html\">18 janvier 2014<\/a>). Dans ces deux cas, tout a chang\u00e9 radicalement, et l&rsquo;on entend en m\u00eame temps Kerry ressortir, <strong>pour les deux cas<\/strong>, une rh\u00e9torique mena\u00e7ante et p\u00e9remptoire aussi vieille que les deux crises (\u00ab\u00a0Assad doit dispara&icirc;tre du pouvoir politique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous sommes pr\u00eats \u00e0 attaquer l&rsquo;Iran si l&rsquo;Iran ne signe pas [ne respecte pas] l&rsquo;accord\u00a0\u00bb). Dans ces deux cas, on sait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il s&rsquo;agit des menaces d&rsquo;une diplomatie totalement exsangue et r\u00e9duite aux restes f\u00e9tides d&rsquo;une <em>narrative<\/em> triomphante d&rsquo;autres temps, et d&rsquo;une force militaire \u00e9puis\u00e9e dont les chefs ne veulent pas entendre parler du moindre engagement majeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout (c&rsquo;est-\u00e0-dire toutes les crises, puisque notre Tout n&rsquo;est fait que de crises), &ndash; tout fonctionne de la sorte. Dans la crise Snowden\/NSA, on en revient \u00e9pisodiquement \u00e0 des menaces contre Snowden ou bien des propositions-pi\u00e8ges d&rsquo;amnistie faussaire pour l&rsquo;\u00e9liminer par d&rsquo;autres moyens que les mythiques \u00e9quipes de tueur en mission d&rsquo;\u00e9limination exp\u00e9ditive. L&rsquo;ensemble d\u00e9ploie avec presque de la magnificence la position de compl\u00e8te impuissance-paralysie des autorit\u00e9s cens\u00e9es contr\u00f4ler et contenir la chose, sinon la r\u00e9gler, pendant que les \u00e9v\u00e9nements hors du contr\u00f4le-<em>sapiens<\/em> continuent \u00e0 tourbillonner, \u00e0 s&rsquo;accumuler, \u00e0 s&#8217;empiler \u00e0 une vitesse extraordinaire. Effectivement, tout se passe, pour le <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me impuissant et paralys\u00e9, comme si tout changeait mais en restant minutieusement dans son pr\u00e9sent d&rsquo;impuissance-paralysie qu&rsquo;il continue \u00e0 psalmodier (\u00ab\u00a0Assad doit dispara&icirc;tre du pouvoir politique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous sommes pr\u00eats \u00e0 attaquer l&rsquo;Iran si l&rsquo;Iran ne signe pas [ne respecte pas] l&rsquo;accord\u00a0\u00bb, etc.). Pourtant ce pr\u00e9sent impuissant et paralys\u00e9 pour le <em>sapiens<\/em> ne cesse en v\u00e9rit\u00e9, sous ses yeux qui semblent parfois \u00eatre faits pour ne rien voir, <strong>surtout, pour ne rien voir du tout<\/strong>, de se modifier radicalement \u00e0 cause d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements hors de son contr\u00f4le et m\u00eame de sa perception, &ndash; les \u00e9v\u00e9nements de la dimension m\u00e9tahistorique. Ainsi passe-t-on du \u00ab\u00a0pr\u00e9sent impuissant et paralys\u00e9\u00a0\u00bb, du c\u00f4t\u00e9 <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me, o&ugrave; rien ne se passe, au \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb de Rushkoff mais selon notre interpr\u00e9tation qui diff\u00e8re absolument de celle de Rushkoff, o&ugrave; les \u00e9v\u00e9nements hors-<em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me ne cessent de s&rsquo;accumuler pour tout changer. Si l&rsquo;on veut (on le verra plus loin), le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb servirait \u00e0 paralyser compl\u00e8tement <em>sapiens<\/em> et son programme-Syst\u00e8me pour laisser le champ libre, ou <strong>place nette<\/strong> dira-t-on plus loin, \u00e0 la dimension m\u00e9tahistorique hors <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me, qui serait la v\u00e9ritable substance du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; La postmodernit\u00e9, selon sa conception centrale qui est de se satisfaire de ce qui est et d&rsquo;en faire la promotion satisfaite, s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e au pr\u00e9sent pour presser ses adeptes de s&rsquo;y cantonner, et y cr\u00e9er le \u00ab\u00a0meilleur monde\u00a0\u00bb possible dans ses conditions \u00e0 elle. Mais voil\u00e0 qu&rsquo;en m\u00eame temps le pr\u00e9sent devient une sorte de Tout, &#8211; le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; o&ugrave; la dimension m\u00e9tahistorique des changements les plus immenses trouve de quoi \u00e9voluer. Il y a donc <strong>aussi<\/strong> une lutte \u00ab\u00a0titanesque\u00a0\u00bb (bien que le c\u00f4t\u00e9 <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me soit fait de nains plus que de titans, mais ils \u00e9voluent au nom du titan qu&rsquo;est le Syst\u00e8me) entre deux perceptions, celle de la postmodernit\u00e9 se suffisant \u00e0 elle-m\u00eame entre FEMEN, <em>Pussy Riot<\/em>, \u00ab\u00a0art contemporain\u00a0\u00bb, mariage <em>gay<\/em>, Dieudonn\u00e9 comme ennemi public n&deg;1 et tout ce toutim, et le v\u00e9ritable \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb selon notre conception qui nous pr\u00e9sente au contraire l&rsquo;accumulation de tous ces \u00e9v\u00e9nements extraordinaires et incontr\u00f4lables qui fa\u00e7onnent et conduisent le grand \u00e9v\u00e9nement de la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb&#8230; Simplement, la m\u00e9thodologie est diff\u00e9rente. Au lieu du contexte d&rsquo;une dynamique d&rsquo;avancement et de paroxysmes transformateurs successifs, il y a le contexte d&rsquo;une paralysie-impuissance nous fixant dans le pr\u00e9sent. Cette situation interdit le d\u00e9veloppement du futur, de fa\u00e7on fort satisfaisante pour nous puisque ce futur serait celui d&rsquo;une affirmation continu\u00e9e du Syst\u00e8me. Cela conduit \u00e0 offrir un contexte favorable \u00e0 la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, s&rsquo;exprimant dans ce mode \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0-statique, organisant d\u00e9structuration, dissolution tendant vers le but ultime de l&rsquo;entropisation (la formule dd&#038;e, voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_ddete_d_finition_et_usage_07_11_2013.html \">7 novembre 2013<\/a>) mais d\u00e9sormais dans un mode complet d&rsquo;inversion puisque les seules structures restantes sont celles du Syst\u00e8me (voir le <em>Glossaire.dde<\/em> du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_l_effondrement_du_syst_me_12_01_2014.html\">12 janvier 2014<\/a> sur \u00ab\u00a0l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb), avec l&rsquo;\u00e9quation surpuissance-autodestruction op\u00e9rationnalis\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on statique, par l&rsquo;approfondissement plut\u00f4t que selon une dynamique lin\u00e9aire&#8230; Peut-\u00eatre, sans doute s&ucirc;rement, est-ce la raison pour laquelle nous n&rsquo;en entendons que des \u00e9chos assourdis au grand dam de ceux qui voudraient un effondrement dans une apocalypse p\u00e9taradante, pour \u00eatre s&ucirc;r du fait ; peut-\u00eatre faut-il coller son oreille sur le sol pour entendre les grondements formidables et \u00e9touff\u00e9s de la chose (l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me) <strong>en train de se faire<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Du pr\u00e9sent \u00e0 l'\u00a0\u00bb<em>\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Rushkoff a raison, mais partiellement parce qu&rsquo;il ne va pas assez loin, parce que, bien entendu, il en reste \u00e0 ses analyses d&rsquo;homme des r\u00e9seaux, de la pseudo-m\u00e9taphysique de la modernit\u00e9, donc de <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me devenu parfaitement postmoderne (car c&rsquo;est en tant que postmoderne que Rushkoff nous fournit une clef qui nous permet d&rsquo;avancer dans l&rsquo;exploration du domaine qui pulv\u00e9rise la postmodernit\u00e9, en d\u00e9crivant implicitement la v\u00e9rit\u00e9 du <strong>rien qu&rsquo;est la condition de la postmodernit\u00e9<\/strong>, son \u00e9tat d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 quasiment d&rsquo;entropisation dans l&rsquo;esprit de la chose) &#8230; Il nous pr\u00e9sente fort justement un <em>sapiens<\/em> paralys\u00e9 par le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0, un <em>sapiens<\/em> portant lui-m\u00eame une extr\u00eame responsabilit\u00e9 de cet \u00e9tat \u00e0 cause des entreprises diverses qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9es en usant du technologisme et de la communication selon les orientations voulues par le Syst\u00e8me et en perfectionnant chaque jour davantage son asservissement au Syst\u00e8me. Mais il ne s&rsquo;agit l\u00e0 que de la mise en place d&rsquo;une situation, dont un \u00e9l\u00e9ment est l&rsquo;\u00e9limination d\u00e9finitive de <em>sapiens<\/em> du nombre des acteurs effectifs, pour le r\u00e9duire au stade de figurant-utile et d&rsquo;outil-Syst\u00e8me (rappel des \u00ab\u00a0idiots utiles\u00a0\u00bb). (Nous parlons de cette d\u00e9gradation, sorte d'\u00a0\u00bbentropisation\u00a0\u00bb l\u00e0 aussi, du <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me st\u00e9r\u00e9otype, bien entendu, car il reste \u00e0 la cr\u00e9ature humaine une autre voie qui la sauve, qui la rel\u00e8ve, qui la redresse et la tient haut, celle de la R\u00e9sistance et de l&rsquo;antiSyst\u00e8me, &ndash; et, d&rsquo;ailleurs, un <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me n&rsquo;est pas interdit d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et peut changer, et choisir cette voie s&rsquo;il est \u00e9clair\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La dissolution du r\u00f4le de <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me r\u00e9duit \u00e0 ses restes de lui-m\u00eame, &ndash; sorte de &laquo;<em>va jouer avec cette poussi\u00e8re<\/em>&raquo; de l&rsquo;apocalypse postmoderne, la poussi\u00e8re \u00e9tant celle de lui-m\u00eame pass\u00e9 \u00e0 la moulinette de l&rsquo;entropisation, &ndash; cette dissolution laisse la place nette \u00e0 l&rsquo;action d&rsquo;autres forces que les siennes. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;affrontement entre le Syst\u00e8me dans sa course folle devenue tourbillonnante puisqu&rsquo;enferm\u00e9e dans le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb d&rsquo;une part, et des forces suprahumaines d&rsquo;autre part. C&rsquo;est-\u00e0-dire que le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb fait <strong>place nette<\/strong> pour les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames, avec une sorte d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration qu&rsquo;on jugerait paradoxale de l&rsquo;Histoire (de la m\u00e9tahistoire) puisque le premier effet obtenu est la paralysie de l&rsquo;histoire-<em>sapiens<\/em> et commune dans l&rsquo;impuissance de sa puissance. Justement cette paralysie impliqu\u00e9e par le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb est faite pour laisser place nette aux choses s\u00e9rieuses. Elle est faite pour annihiler l&rsquo;histoire-<em>sapiens<\/em> ou l&rsquo;histoire-Syst\u00e8me dans un pr\u00e9sent paralys\u00e9 et impuissant et laisser la place \u00e0 la m\u00e9tahistoire. La trompeuse affirmation de \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb de 1989 a d\u00e9cisivement laiss\u00e9 place \u00e0 \u00ab\u00a0la paralysie de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, avec perte de majuscule dans le processus, pour sugg\u00e9rer qu&rsquo;on fait place nette pour l&rsquo;affrontement m\u00e9tahistorique hors-<em>sapiens<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On peut effectivement consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9sente, avec cette contraction du Temps et cette acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;histoire devenue Histoire\/m\u00e9tahistoire finit effectivement par cr\u00e9er ce \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est comme si le mouvement, \u00e0 force de gagner en vitesse finissait par transmuter la vitesse (le d\u00e9placement) en son contraire ; le mouvement subsiste, mais \u00e0 une vitesse trop grande dans un mode tourbillonnant et dans un espace trop grand pour \u00eatre per\u00e7u, de la m\u00eame fa\u00e7on que, lorsqu&rsquo;on atteint l'\u00a0\u00bb&oelig;il du cyclone\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;est plus que centre stable autour duquel tourne sur lui-m\u00eame le mouvement furieux, on atteint cette zone d&rsquo;immobilit\u00e9 totale o&ugrave; toutes les forces furieuses finissent par se r\u00e9duire pour notre perception \u00e0 une sorte de rien du mouvement faisant croire au calme retrouv\u00e9. Pour cette raison, il existe souvent dans notre situation g\u00e9n\u00e9rale le cas sp\u00e9cifique d&rsquo;absence de conscience du d\u00e9sordre du monde, de l&#8217;empilement des crises, de l&rsquo;absurdit\u00e9 des politiques, de la dissolution de l&rsquo;intelligence en affectivit\u00e9, alors que les instruments du Syst\u00e8me, et notamment le syst\u00e8me de la communication lorsqu&rsquo;il est au service du Syst\u00e8me, peuvent r\u00e9gurgiter une image d&rsquo;apaisement, de soci\u00e9t\u00e9 postmoderne fonctionnant <em>as usual<\/em> \u00e0 la satisfaction d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s tous, d\u00e9battant avec une fi\u00e8vre r\u00e9formiste des probl\u00e8mes soci\u00e9taux devenus alors fondamentaux (question des <em>gays<\/em>, la bataille antiraciste h\u00e9ro\u00efque du domaine alimentaires [halte aux bananes anti-Taubira et \u00e0 la quenelle sauce-Dieudonn\u00e9]). Mais cette s\u00e9paration entre ces deux mondes est devenue extraordinairement t\u00e9nue et fragile \u00e0 cause de la puissance formidable de la crise du monde qui s&rsquo;affirme de plus en plus. L&rsquo;anecdote MSNBC\/NSA\/Bieber (voir ce<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-nsa-justin-bieber-et-le-sort-du-monde\"> 27 janvier 2014<\/a>) est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice, en nous montrant le point de friction explosif entre la v\u00e9rit\u00e9 de la crise du monde et la <em>narrative<\/em> postmoderne, o&ugrave; la seconde est pulv\u00e9ris\u00e9e par le ridicule de la comparaison, &ndash; et cette sorte d&rsquo;incident, si dommageable pour la bonne tenue de ce qu&rsquo;il reste d&rsquo;apparence au Syst\u00e8me, ne cesse de se multiplier sous l&rsquo;effet des pressions de la situation du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais, incontestablement, l&rsquo;effet int\u00e9ressant est celui que d\u00e9crit Rushkoff car le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb est, en essence, quelque chose d&rsquo;insupportable pour la modernit\u00e9 et le Syst\u00e8me, et le signe que la postmodernit\u00e9, qui se contente de ce qui est en disant que ce qui est est ind\u00e9passable, ne peut dire cela que si la modernit\u00e9 qu&rsquo;elle pr\u00e9tend r\u00e9pudier dans ses exigences, en r\u00e9alit\u00e9 triomphe, &ndash; mais triomphe simplement par l&rsquo;absence de concurrence possible, parce que sa m\u00e9diocrit\u00e9 transformerait le triomphe en d\u00e9b\u00e2cle et effondrement si apparaissait une alternative. (C&rsquo;est effectivement la situation th\u00e9orique du Syst\u00e8me, qui est bien l&rsquo;op\u00e9rationnalisation de la modernit\u00e9 n\u00e9e du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb.) La postmodernit\u00e9 n&rsquo;est possible que si, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du paysage fig\u00e9 qu&rsquo;elle propose (sa <em>narrative<\/em>), les \u00e9v\u00e9nements catastrophiques poursuivent leur course, de leur c\u00f4t\u00e9 et \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;abri\u00a0\u00bb des regards, permettant soit qu&rsquo;on les nie, soit qu&rsquo;on les dissimule, soit qu&rsquo;on annonce leur am\u00e9lioration. Mais si tout s&rsquo;installe bien visible dans un \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0, y compris les crises et le reste, alors le dessein postmoderniste se trouve confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exposition de l&rsquo;\u00e9chec absolu de lui-m\u00eame, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;exposition de la crise ouverte de la modernit\u00e9, de notre contre-civilisation, et donc l&rsquo;hypoth\u00e8se soudain affirm\u00e9e et quasiment impossible \u00e0 repousser de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. Le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb devient celui de la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb et non plus de la pirouette de la postmodernit\u00e9. Encore cela n&rsquo;est-il qu&rsquo;un premier point.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Car le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est aussi, avec cette fixation du Temps et de l&rsquo;Histoire dans un seul pr\u00e9sent, l&rsquo;<strong>ouverture du pr\u00e9sent<\/strong> \u00e0 des incursions terribles mais que nous jugeons <strong>n\u00e9cessaires<\/strong>, qui auraient la vertu sublime de pouvoir mettre \u00e0 mal la situation dite \u00ab\u00a0ind\u00e9passable\u00a0\u00bb de la postmodernit\u00e9, non plus par sa crise interne (la crise du Syst\u00e8me), mais par l&rsquo;exposition d&rsquo;hypoth\u00e8ses selon lesquelles autre chose que le Syst\u00e8me et la modernit\u00e9 est et a \u00e9t\u00e9 possible, et, par cons\u00e9quent, sera possible en d\u00e9passant le seul contexte du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0. Si l&rsquo;on veut, ce serait l&rsquo;hypoth\u00e8se du \u00ab\u00a0roi est nu\u00a0\u00bb selon laquelle le bouclier infranchissable de l&rsquo;argument TINA du Syst\u00e8me et de la modernit\u00e9 (le <em>There Is No alternative<\/em> de la philosophe Margaret Thatcher parlant du syst\u00e8me hyperlib\u00e9ral) ne vaudrait plus tripettes mais se retrouverait perc\u00e9 comme une vieille barcasse pourrie, \u00e0 la d\u00e9rive entre le Qatar, Davos et Wall Street. En d&rsquo;autres mots, la th\u00e8se \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb de Rushkoff signifie <strong>aussi et surtout<\/strong> que le pr\u00e9sent n&rsquo;est plus l&rsquo;apanage exclusif, la propri\u00e9t\u00e9 inexpugnable de la seule modernit\u00e9 et du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est alors que l&rsquo;on revient \u00e0 un texte tr\u00e8s r\u00e9cent (et si l&rsquo;on voit une connivence entre les deux, on n&rsquo;aura pas n\u00e9cessairement tort). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un passage important, qui figurait comme plut\u00f4t accessoire par rapport au propos central mais qui est en lui-m\u00eame d&rsquo;une importance d\u00e9passant ce propos central. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un emprunt, un peu de nous-m\u00eame \u00e0 nous-m\u00eame si l&rsquo;on veut, gr\u00e2ce au don d&rsquo;ubiquit\u00e9 qui nous caract\u00e9rise, que nous faisons au chroniqueur du <em>19 courant&#8230;<\/em>, dans son texte du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-chronique_du_19_courant_du_privil_ge_de_l_corch_vif_19_01_2014.html\">19 janvier 2014<\/a>&#8230; Voici la chose :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>&#8230;A la page 38 de ces \u00ab\u00a0entretiens\u00a0\u00bb, l&rsquo;humeur de Jerphagnon s&rsquo;assombrit brusquement dans le propos lorsqu&rsquo;il parle de \u00ab\u00a0notre temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Tout a chang\u00e9, et les rep\u00e8res se perdent. D&rsquo;autres hommes sont d\u00e9j\u00e0 chez eux dans ce d\u00e9cor sorti d&rsquo;un futur que nous n&rsquo;imaginions pas. &lsquo;Homme d&rsquo;un autre temps, \u00e9crit Talleyrand, je me sens devenir \u00e9tranger \u00e0 celui-ci&rsquo;.\u00a0\u00bb Puis, soudain, l&rsquo;enthousiasme de Jerphagnon reprend le dessus (\u00ab\u00a0Et, tout d&rsquo;un coup, voil\u00e0 que l&rsquo;Histoire m&rsquo;a repris, m&rsquo;entra&icirc;nant dans sa ronde&#8230;\u00a0\u00bb), et alors il en revient, bien entendu, \u00e0 ses \u00ab\u00a0chers Grecs et [ses] chers Romains\u00a0\u00bb. Et il termine par cette d\u00e9clamation superbe qui nous donne une clef de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 (je me permets l&rsquo;un ou l&rsquo;autre soulign\u00e9 de gras) : \u00ab\u00a0&#8230;<\/em>[E]<em>t je sais bien que Platon n&rsquo;est pas plus mort que ma grand&rsquo;m\u00e8re. Leur temps n&rsquo;est plus mais qu&rsquo;importe si rien de tout cela n&rsquo;a pris une ride ? De ce pass\u00e9, de leur pass\u00e9, vient \u00e0 mon pr\u00e9sent<\/em> <strong><em>ce qu&rsquo;il cachait d&rsquo;\u00e9ternel<\/em><\/strong><em>. Tout est l\u00e0. &lsquo;Total simul&rsquo; disait de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 saint Augustin. Je sais, maintenant, que depuis toujours, l&rsquo;histoire des hommes est<\/em> <strong><em>une chronique de l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Je ne peux, moi, qu&rsquo;abonder dans le sens de cette envol\u00e9e (en \u00e9tant intuitivement assur\u00e9 qu&rsquo;en citant saint Augustin, Jerphagnon pense plus au n\u00e9oplatonicien qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 Augustinus avant de devenir chr\u00e9tien qu&rsquo;au chr\u00e9tien qui oublia parfois qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9oplatonicien). Si l&rsquo;histoire des hommes et, au-del\u00e0, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 elle-m\u00eame, est un \u00ab\u00a0\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, alors nous sommes bien fond\u00e9s, nous qui sommes oblig\u00e9s de vivre dans cette portion du pr\u00e9sent o&ugrave; nous sommes, d&rsquo;en appeler \u00e0 ce toujours-pr\u00e9sent que fut et reste l&rsquo;Antiquit\u00e9, pour mettre l&rsquo;un et l&rsquo;autre sur une balance, et mesurer o&ugrave; le destin de la v\u00e9rit\u00e9 du monde la fait pencher irr\u00e9sistiblement. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;est nullement absurde de les juger relativement l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, et de juger notre portion de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb par rapport au toujours-pr\u00e9sent, \u00e9galement portion de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, qu&rsquo;est l&rsquo;Antiquit\u00e9. L&rsquo;on sait bien ce qu&rsquo;il en sortira.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A cette citation, on ajoutera un \u00e9l\u00e9ment fondamental du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb de Rushkoff, qui est totalement absent de sa th\u00e8se, qui est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment psychologique. Le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb a <strong>n\u00e9cessairement<\/strong> des effets psychologique fondamentaux, en conduisant notre perception \u00e0 la r\u00e9alisation de plus en plus ferme et structur\u00e9e de la disproportion grandissante entre l&rsquo;ampleur eschatologique de la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, rassembl\u00e9e dans le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00ab\u00a0, et les solutions classiques (Syst\u00e8me, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me, selon la philosophie TINA) qui peuvent \u00eatre envisag\u00e9es. Dans les observations et analyses s\u00e9rieuses de la situation g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;on rencontre aujourd&rsquo;hui, la description des crises diverses, ou pour nous de la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, est de plus en plus cr\u00e9pusculaire, terrifiante, bref \u00e0 la mesure de l&rsquo;ampleur eschatologique dont le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb favorise la manifestation par rassemblement et accumulation des crises ; alors que les solutions offertes, encore dans le cadre du Syst\u00e8me, sont, elles, de plus en plus d\u00e9risoires. On a le cas avec Rushkoff lui-m\u00eame (voir, entre parenth\u00e8ses, le \u00a0\u00bb on fera gr\u00e2ce \u00e0 Rushkoff de sa conclusion, extr\u00eamement faiblarde\u00a0\u00bb) ; comme on l&rsquo;a, par exemple avec le cas \u00e9voqu\u00e9 le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_mots_pour_dire_la_crise_24_01_2014.html\">24 janvier 2014<\/a> avec le <em>Collegium International<\/em>. C&rsquo;est ce que nous exprimions de cette fa\u00e7on  :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Ce qui nous importe ici est bien cette perception par la psychologie de la pr\u00e9cipitation de la crise d&rsquo;effondrement\/\u00a0\u00bbpolycrise\u00a0\u00bb, et sa transcription directe dans un texte qui ne cache rien de tout cela. On comprend que, dans de cadre, l&rsquo;appel \u00e0 \u00ab\u00a0une gouvernance mondiale\u00a0\u00bb passe au second plan, aussi bien dans le chef de ceux qui ont r\u00e9dig\u00e9 l&rsquo;appel que dans celui de ceux qui veulent bien se donner la peine de le lire pour ce qu&rsquo;il est. C&rsquo;est alors que doit nous appara&icirc;tre l&rsquo;importance de ce texte, peut-\u00eatre bien plus significatif encore que ses auteurs ne l&rsquo;ont imagin\u00e9 (ce qui n&rsquo;a par ailleurs aucune importance, l&rsquo;essentiel \u00e9tant dans l&rsquo;effet dont les mots son porteurs \u00e0 l&rsquo;intention des psychologies des autres, dans le cadre exceptionnel qui est celui que nous connaissons).<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce dernier \u00e9l\u00e9ment doit donc \u00eatre ajout\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9, et selon la r\u00e9alisation de son caract\u00e8re fondamental &#8230; De m\u00eame que le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb repr\u00e9sente \u00ab\u00a0l&rsquo;<strong>ouverture du pr\u00e9sent<\/strong> \u00e0 des incursions terribles mais que nous jugeons <strong>n\u00e9cessaires<\/strong>\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de la \u00ab\u00a0crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me\u00a0\u00bb, de m\u00eame il ouvre notre psychologie \u00e0 ce que signifie cette incursion, c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u00e9l\u00e9ments conceptuels hors du Syst\u00e8me, venus du domaine de la m\u00e9tahistoire avec sa m\u00e9moire longue, et cela se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em>&raquo;. On entreprendra donc de mettre en regard le \u00ab\u00a0<em>big Now<\/em>\u00a0\u00bb et &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent<\/em>&raquo;, pour observer non seulement la possibilit\u00e9 de l'\u00a0\u00bbouverture du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 la modernit\u00e9-Syst\u00e8me, mais, bien au-del\u00e0, la <strong>n\u00e9cessaire ouverture de l&rsquo;<\/strong><strong><em>&laquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent&raquo;<\/em><\/strong> \u00e0 quelque chose d&rsquo;autre, dans le vide laiss\u00e9 par l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me disparaissant par entropisation dans le trou noir du n\u00e9ant d&rsquo;o&ugrave; il est n\u00e9. Le bon pape Fran\u00e7ois nous pr\u00eatera bien un exorciste pour accompagner la man&oelig;uvre : <em>Vade Retro, Systema<\/em>, &ndash; ou bien, dit plus leste, en langage postmoderne hein, &quot;<em>Fuck You, System&quot;<\/em>.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du Big Now \u00e0 l&rsquo;\u00a0\u00bbl&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent\u00a0\u00bb 28 janvier 2014 &ndash; Commen\u00e7ons par l&rsquo;objet du d\u00e9lit, un texte d&rsquo;un sp\u00e9cialiste des nouveaux m\u00e9dias, des r\u00e9seaux, de la cyberculture, etc., qui plus est reconnu comme tel aux USA o&ugrave; il est couvert de distinctions, de reconnaissances, de positions sociales et associatives, avec ses th\u00e8ses r\u00e9pandues et influentes.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[3566,9767,3228,2651,2803,11307,12322,15572,5616,12014,2655,5775,4608,10157,12738,3014,15571],"class_list":["post-73666","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-big","tag-choc","tag-crise","tag-du","tag-effondrement","tag-eternel","tag-eternite","tag-futur","tag-impuissance","tag-jerphagnon","tag-modernite","tag-now","tag-paralysie","tag-postmodernisme","tag-present","tag-systeme","tag-toffler"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73666"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73666\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}