{"id":73839,"date":"2014-04-22T13:30:42","date_gmt":"2014-04-22T13:30:42","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/04\/22\/notes-sur-le-passe-recompose-en-narrative\/"},"modified":"2014-04-22T13:30:42","modified_gmt":"2014-04-22T13:30:42","slug":"notes-sur-le-passe-recompose-en-narrative","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/04\/22\/notes-sur-le-passe-recompose-en-narrative\/","title":{"rendered":"Notes sur le pass\u00e9 recompos\u00e9 en <em>narrative<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Notes sur le pass\u00e9 recompos\u00e9 en <em>narrative<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 avril 2014 &ndash; Parmi l&rsquo;avalanche de nouvelles, d&rsquo;initiatives, de montages, de <em>false flag<\/em>, de <em>narrative<\/em> qui caract\u00e9rise la crise ukrainienne, on en distingue certaines qui conduisent \u00e0 une hypoth\u00e8se centrale. Le Syst\u00e8me aux abois, dans le chef de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et de la pr\u00e9sidence BHO qui sont dans la m\u00eame situation, jouent leur va-tout dans une tentative paradoxale de ressusciter le pass\u00e9 pour imposer d\u00e9finitivement \u00ab\u00a0leur avenir\u00a0\u00bb au monde. Il s&rsquo;agit du tournant ultime, du quitte ou double, du tout au rien. La pi\u00e8ce ainsi mont\u00e9e, &ndash; comme l&rsquo;on dit d&rsquo;une \u00ab\u00a0pi\u00e8ce mont\u00e9e\u00a0\u00bb qui couronne un mariage, &ndash; est celle d&rsquo;une \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb qui prend corps sous la forme d&rsquo;articles divers, d&rsquo;un rapport pour la Maison-Blanche, d&rsquo;une fuite opportune vers le toujours-utile New York <em>Times<\/em> et ainsi de suite. La <em>narrative<\/em> prend forme. On croit revivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit donc bien de cela : une deuxi\u00e8me Guerre froide, le futur par le retour vers le pass\u00e9, le pass\u00e9 qui est le retour \u00e0 la case-d\u00e9part. L&rsquo;occasion en est cette crise ukrainienne dont on ne finit pas de d\u00e9couvrir l&rsquo;ampleur, l&rsquo;extension, l&rsquo;universalisation, &ndash; la crise ukrainienne, catastrophe en elle-m\u00eame et catastrophique bou\u00e9e de sauvetage pour une direction-Syst\u00e8me des USA en perdition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi les diverses initiatives et mesures qui confortent cette hypoth\u00e8se et l&rsquo;interpr\u00e9tation que nous en offrons, nous en choisissons deux qui ont une puissante signification. L&rsquo;une donne une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la conception g\u00e9n\u00e9rale en train de se mettre en place \u00e0 Washington, l&rsquo;autre une appr\u00e9ciation op\u00e9rationnelle montrant un d\u00e9but d&rsquo;application de cette appr\u00e9ciation ; mais, certes, si nous choisissions deux \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre par une logique qui sugg\u00e9rerait une planification pr\u00e9cise, une \u00e9laboration rationnelle, notre conviction est qu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une agglom\u00e9ration de mesures et d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements diff\u00e9rents qui se sont impos\u00e9s sans la moindre coh\u00e9sion et, en fait, montrant que les \u00e9v\u00e9nements dictent leur loi, plus que jamais. Pour mieux mettre en \u00e9vidence ce constat fondamental, nous allons renverser l&rsquo;ordre sugg\u00e9r\u00e9 par la description que nous d\u00e9veloppons pour restituer la vraie chronologie qui est l&rsquo;inverse que celle que nous sugg\u00e9rerait l&rsquo;identification des deux \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La marionnette type-courroie de transmission<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Ainsi, le premier sujet abord\u00e9 semblerait la cons\u00e9quence du second qui suivra, mais il ne l&rsquo;est pas. Il constitue un \u00e9v\u00e9nement incontr\u00f4l\u00e9 suscit\u00e9 par d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements incontr\u00f4l\u00e9s depuis la mise en action de la crise ukrainienne, amenant des r\u00e9actions des directions politiques et directions-Syst\u00e8me concern\u00e9es pour le d\u00e9veloppement d&rsquo;une nouvelle situation op\u00e9rationnelle. Cette nouvelle situation op\u00e9rationnelle, qu&rsquo;on croirait enfant\u00e9e par la \u00ab\u00a0nouvelle conception g\u00e9n\u00e9rale en train de se mettre en place \u00e0 Washington\u00a0\u00bb (nous refusons de la baptiser \u00ab\u00a0nouvelle strat\u00e9gie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0nouvelle doctrine\u00a0\u00bb, qui impliquerait une notion d&rsquo;ordre et de logique, et de planification, qui est <strong>absolument et totalement absente<\/strong> du propos <strong>\u00e0 son origine<\/strong>), se mat\u00e9rialise essentiellement par l&rsquo;annonce de l&rsquo;envoi de troupes US dans des pays bordant la Russie, \u00e9videmment pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00ab\u00a0d\u00e9fensives\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit essentiellement de la Pologne et des pays baltes ; on comprend aussit\u00f4t, sans \u00e9tonnement particulier, que c&rsquo;est bien la Pologne qui joue un r\u00f4le fondamental dans ce bouleversement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La nouvelle concerne donc l&rsquo;envoi de troupes US en Pologne, &ndash; 10 000 hommes au minimum, voudraient les Polonais, 5 000 au plus selon la position de d\u00e9part du Pentagone. On n\u00e9gocie&#8230; <em>WSWS.org<\/em> donne le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.wsws.org\/en\/articles\/2014\/04\/19\/ukra-a19.html\">19 avril 2014<\/a> les d\u00e9tails des circonstances accompagnant le d\u00e9but de l&rsquo;officialisation du d\u00e9ploiement des troupes US en Pologne, avec d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments militaires, par le biais des confidences sonores du ministre polonais de la d\u00e9fense visitant le Washington <em>Post<\/em> apr\u00e8s une rencontre avec le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Chuck Hagel, &ndash; signes, tout cela, que la Pologne est de plus en plus la courroie de transmission, la \u00ab\u00a0marionnette\u00a0\u00bb mais aussi le partenaire actif et va-t&rsquo;en-guerre des USA en Europe centrale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>According to the Post, Polish Defense Minister Tomasz Siemoniak, visiting the newspaper after meeting with US Secretary of Defense Chuck Hagel at the Pentagon, said, \u00ab\u00a0the decision has been made on a political level and that military planners are working out details.\u00a0\u00bb The article continued: \u00ab\u00a0There will also be intensified cooperation in air defense, special forces, cyberdefense and other areas. Poland will play a leading regional role, &lsquo;under US patronage,&rsquo; he said.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>The report makes clear that the US entered into the Geneva agreement with Russia, purportedly to \u00ab\u00a0deescalate tensions\u00a0\u00bb in Ukraine, in bad faith, intending to use Russia&rsquo;s supposed breach of the deal as justification for expanded sanctions and a further aggressive buildup of US and NATO forces in Eastern Europe aimed at encircling and strangling Russia&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La marionnette qui rugissait<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Du c\u00f4t\u00e9 polonais, les choses sont simples : c&rsquo;est la fi\u00e8vre de la guerre, avec l&rsquo;affirmation furieuse de l'\u00a0\u00bbennemi russe\u00a0\u00bb. Nous sommes \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re de la tentative de r\u00e9conciliation Pologne-Russie du printemps 2010 (voir, par exemple, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_etrange_axe_de_katyn__19_04_2010.html\">19 avril 2010<\/a>). La Pologne est retomb\u00e9e dans la russophobie guerri\u00e8re, en s&rsquo;appuyant sur les USA dont elle estime qu&rsquo;elle est en voie de devenir le \u00ab\u00a0meilleur vassal\u00a0\u00bb en Europe. La dialectique retrouve les accents des phases les plus agressives de l&rsquo;histoire des relations entre la Pologne et la Russie. La Pologne veut \u00e9voluer vers une place privil\u00e9gi\u00e9e : bien que membre de l&rsquo;OTAN et de l&rsquo;UE, c&rsquo;est <strong>d&rsquo;abord<\/strong> en tant que \u00ab\u00a0partenaire\u00a0\u00bb bilat\u00e9ral et interlocuteur europ\u00e9en privil\u00e9gi\u00e9 des USA qu&rsquo;elle veut traiter avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette pr\u00e9tention, ce n&rsquo;est pas rien. Elle risque autant d&rsquo;irriter les partenaires europ\u00e9ens de la Pologne, autant que de l&rsquo;en \u00e9loigner dans certaines circonstances dont la plus aigue est \u00e9videmment d&rsquo;une possibilit\u00e9 d&rsquo;affrontement avec la Russie. (On verra ce qu&rsquo;il restera, dans cette occurrence, du \u00ab\u00a0Triangle de Weimar\u00a0\u00bb, qui pr\u00e9tendait \u00e9tablir un lien de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9cifique France-Allemagne-Pologne.) Les Allemands sont tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre partisans d&rsquo;un affrontement avec la Russie, comme l&rsquo;a tr\u00e8s r\u00e9cemment montr\u00e9 leur ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res sugg\u00e9rant que l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e \u00e0 trouver de nouvelles sanctions contre la Russie serait mieux employ\u00e9e \u00e0 chercher une v\u00e9ritable d\u00e9sescalade en Ukraine ; ils pourraient tr\u00e8s vite s&rsquo;impatienter, \u00e0 mesure que cette position sp\u00e9cifique et bombastique de la Pologne s&rsquo;affirmerait. Cela fait partie des tendances de divisions en Europe, entre Europ\u00e9ens et entre l&rsquo;Europe et les USA (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_des_narrative_14_04_2014.html\">14 avril 2014<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le JCS et le \u00ab\u00a0proconsul\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Du c\u00f4t\u00e9 US, les choses ne sont pas plus simples et peut-\u00eatre m\u00eame sont-elles plus compliqu\u00e9es. Restons-en pour l&rsquo;instant \u00e0 la seule position du Pentagone, la Maison-Blanche et le d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat ayant bascul\u00e9 dans le maximalisme compulsif irradiant de leurs conseillers d&rsquo;influence venus de l&rsquo;\u00e9quipe <em>neocons<\/em>-R2P (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-hyst_ries_en_m_nage_neocons_et_r2p_21_04_2014.html\">22 avril 2014<\/a>). Le Pentagone pr\u00e9f\u00e9rerait 5 000 soldats US en Pologne, et encore parce que le pr\u00e9sident demande des renforts, aux \u00ab\u00a010 000 hommes minimum\u00a0\u00bb r\u00e9clam\u00e9s par les Polonais. La raison essentielle de cette pusillanimit\u00e9 est que le Pentagone ne dispose pas de r\u00e9serves suffisantes, parce que les forces US sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es partout, tr\u00e8s diminu\u00e9es, extr\u00eamement limit\u00e9es. L&rsquo;autre \u00ab\u00a0raison essentielle\u00a0\u00bb (l&rsquo;essentialit\u00e9 est \u00e9lastique, par le temps qui courent et bondissent), c&rsquo;est que le Pentagone ne se sent pas vraiment d&rsquo;attaque pour tout faire pour d\u00e9fier les Russes et risquer une chose tr\u00e8s, tr\u00e8s s\u00e9rieuse. On verra qui l&#8217;emportera lorsque le volume du contingent US en Pologne sera d\u00e9termin\u00e9, et sous quelle forme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 un conflit interne qui se dessine. Les derni\u00e8res p\u00e9rip\u00e9ties, le silence des uns et les d\u00e9clarations des autres, montrent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un conflit des plus classiques, entre la maison-m\u00e8re, le Joint Chiefs of Staff (JCS) et son pr\u00e9sident le g\u00e9n\u00e9ral Dempsey au Pentagone d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part le g\u00e9n\u00e9ral Breedlove, commandant en chef supr\u00eame en Europe (SACEUR) de la structure OTAN et chef du Central Command Europe (commandement national US). En temps de crise plus particuli\u00e8rement, les relations entre la direction de Washington et le \u00ab\u00a0proconsul\u00a0\u00bb militaire US en Europe ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9licates. Le \u00ab\u00a0proconsul\u00a0\u00bb a tendance \u00e0 soutenir les revendications des \u00ab\u00a0vassaux europ\u00e9ens\u00a0\u00bb (la Pologne en l&rsquo;occurrence, pour le cas qui nous occupe) tandis que le Pentagone d\u00e9fend ses int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux. (Un tel conflit a eu lieu \u00e0 plusieurs reprises, notamment avec les SACEUR Goodpaster en 1973, Haig en 1976, Rogers en 1983, etc. Le dernier en date et l&rsquo;un des plus fameux est celui des rapports ex\u00e9crables entre le SACEUR, le g\u00e9n\u00e9ral Wesley Clark, et le JCS de Washington lors de la guerre du Kosovo, cela menant jusqu&rsquo;\u00e0 une mise \u00e0 pied \u00e0 peine dissimul\u00e9e de Clark en 2000.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le Pentagone sur les genoux<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ici, on mettra l&rsquo;accent sur une situation qui se r\u00e9percute sur toutes les crises, de diverses fa\u00e7ons. A la diff\u00e9rence de 1947-1948, \u00e0 laquelle le document \u00e9voqu\u00e9 plus bas fait allusion comme r\u00e9f\u00e9rence d&rsquo;une \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb, la situation de la puissance militaire US est aujourd&rsquo;hui dans une situation radicalement diff\u00e9rente. En 1947-1948, le budget du Pentagone, litt\u00e9ralement pulv\u00e9ris\u00e9 \u00e0 partir de la victoire sur le Japon, \u00e9tait si bas que l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US dans sa quasi-enti\u00e8ret\u00e9 \u00e9tait au bord de l&rsquo;effondrement. (Certains jugent m\u00eame, avec des arguments extr\u00eamement convaincants, et une enqu\u00eate minutieuse pour le cas invoqu\u00e9, que la Guerre froide fut lanc\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 US \u00e0 partir de ce qui fut en bonne partie un montage, pour sauver sp\u00e9cifiquement cette industrie \u00e0 partir de commandes publiques massives et urgentes d&rsquo;avions militaires. Voir notre texte du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_complexe_militaro-industriel_son_trange_pass_et_son_avenir_radieux_12_02_2003.html\">12 f\u00e9vrier 2003<\/a> extrait de La Lettre d&rsquo;analyse <em>dd&#038;e<\/em> du 10 avril 1995, reprenant une analyse d&rsquo;un livre de Frank Kofsky publi\u00e9 en 1994 sur cette affaire : <em>Harry S. Truman and the War Scare of 1948, A Successful Campaign to Deceive the Nation<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, par contre, le budget du Pentagone est colossal : nominalement autour de $650 milliard, il d\u00e9passe en r\u00e9alit\u00e9 les $1 000 milliards une fois prises en compte des d\u00e9penses affect\u00e9es \u00e0 d&rsquo;autre poste (renseignement, \u00e9nergie avec le d\u00e9veloppement nucl\u00e9aire, etc.). Malgr\u00e9 cette monstruosit\u00e9 budg\u00e9taire, les capacit\u00e9s militaires US ne cessent de se r\u00e9duire, au point o&ugrave; l&rsquo;US Army est aujourd&rsquo;hui quasiment au niveau des effectifs de 1940, alors au sommet de la politique isolationniste de d\u00e9sengagement (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_guerre_est_en_r_paration_d_urgence_03_03_2014.html\">3 mars 2014<\/a>). Une \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb pour une \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb, comme celle de 1948 pour la Guerre froide initiale, impliquerait, dans une bonne logique am\u00e9ricaniste, un \u00ab\u00a0r\u00e9armement\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une augmentation substantielle du budget militaire. Dans les conditions actuelles, une telle perspective est, successivement, extraordinairement et paradoxalement incertaine ; d&rsquo;abord, par ses implications budg\u00e9taires catastrophiques alors que la dette menace l&rsquo;\u00e9quilibre du gouvernement US ; ensuite par les contraintes l\u00e9gales (\u00ab\u00a0s\u00e9questration\u00a0\u00bb) existantes pour au contraire r\u00e9duire ce budget ; enfin, par l&rsquo;incertitude o&ugrave; l&rsquo;on se trouve concernant les capacit\u00e9s du Pentagone, empire du gaspillage et de la gestion catastrophique, de savoir si des augmentations cons\u00e9quentes du budget ne conduiraient pas \u00e0 un surcro&icirc;t de gaspillage, de corruption et de gestion catastrophique, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une augmentation des capacit\u00e9s. (La question est : les USA sont-ils encore capables de mobiliser, dans le vrai sens du mot ?) Les chefs du Pentagone, arcbout\u00e9s sur leur puissance bureaucratique, devinent cela et ne sont pas n\u00e9cessairement partisans d&rsquo;une telle augmentation qui menacerait tout l&rsquo;\u00e9difice, en m\u00eame temps que le gouvernement US, pour une cause dont on a vu plus haut que ces chefs-l\u00e0 ne l&rsquo;appr\u00e9cient gu\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\"><em>The Rest Of the World<\/em> contre la Russie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le deuxi\u00e8me point que nous voulons mentionner constitue l&rsquo;essentiel en mati\u00e8re de communication. Il est expos\u00e9 dans un article qui vient de para&icirc;tre dans le New York <em>Times<\/em>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2014\/04\/20\/world\/europe\/in-cold-war-echo-obama-strategy-writes-off-putin.html\">20 avril 2014<\/a>, et c&rsquo;est sans nul doute le plat de r\u00e9sistance. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une nouvelle posture, &ndash; que d&rsquo;aucuns qualifieront de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb, voire de \u00ab\u00a0doctrine\u00a0\u00bb s&rsquo;ils en ont le go&ucirc;t, &ndash; de l&rsquo;administration Obama vis-\u00e0-vis de la Russie. Nous parlons donc, comme on l&rsquo;a signal\u00e9, d&rsquo;une \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb bas\u00e9e sur les conceptions US de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, et pr\u00e9cis\u00e9ment sur la strat\u00e9gie du <em>containment<\/em> \u00e9labor\u00e9e par George Kennan, qui occupait \u00e0 cette \u00e9poque le poste de la direction de la planification au d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat. Le passage o&ugrave; cette r\u00e9f\u00e9rence est propos\u00e9e se termine par une phrase explicitant l&rsquo;op\u00e9rationnalisation du concept, qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0isoler\u00a0\u00bb la Russie du reste du monde ; l&rsquo;aspect sid\u00e9rant et surr\u00e9aliste de cette op\u00e9rationnalisation est que les USA se proposent de former une alliance g\u00e9n\u00e9rale quasiment du reste du monde contre la Russie, <strong>y compris la Chine<\/strong>, qu&rsquo;entretemps le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Hagel est all\u00e9 avertir de ne pas trop irriter le Japon au risque de voir les USA se dresser contre elle, quasi-op\u00e9rationnellement (Eric Margolis, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.unz.com\/emargolis\/amateur-hour-in-ukraine\/\">20 avril 2014<\/a> sur <em>UNZ.com<\/em> : &laquo;[Bismarck] <em>would have been horrified to see Washington foolishly making enemies of Russia and China at the same time<\/em>&raquo;)&#8230; Sans doute, m\u00eame si cela ne nous est pas pr\u00e9cis\u00e9, Obama compte-t-il convaincre \u00e9galement la Syrie, l&rsquo;Iran, les autres BRICS, tous les pays qui se sont abstenus de voter \u00e0 l&rsquo;ONU pour la condamnation du r\u00e9f\u00e9rendum de Crim\u00e9e (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_chine_de_la_prudence_l_anti-supr_matisme_du_bloc_bao_28_03_2014.html\">28 mars 2014<\/a>), etc., de s&rsquo;inscrire dans cette croisade internationale contre la Russie, o&ugrave; la Russie se retrouvera seule on vous l&rsquo;assure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>In effect, Mr. Obama is retrofitting for a new age the approach to Moscow that was first set out by the diplomat George F. Kennan in 1947 and that dominated American strategy through the fall of the Soviet Union. The administration&rsquo;s priority is to hold together an international consensus against Russia,<\/em> <strong><em>including even China<\/em><\/strong><em>, its longtime supporter on the United Nations Security Council.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;initiative de l&rsquo;administration Obama est donc pr\u00e9sent\u00e9e comme une rupture fondamentale avec ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans les relations des USA avec la Russie. Consid\u00e9rant, selon l&rsquo;habituel penchant de la psychologie US pour l&rsquo;inculpabilit\u00e9 (voir notamment le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_snowden_l_ukraine_de_l_inculpabilit_l_ind_fectibilit__26_03_2014.html\">26 mars 2014<\/a>), que les USA ont tout fait pour \u00ab\u00a0\u00e9duquer\u00a0\u00bb la Russie, pour la rendre \u00ab\u00a0civilis\u00e9e\u00a0\u00bb, et \u00e9tant \u00e0 ce point d\u00e9\u00e7ue par la fourberie de son \u00e9l\u00e8ve, l&rsquo;administration Obama d\u00e9cide d&rsquo;une fa\u00e7on imp\u00e9riale mais qu&rsquo;on devine pleine d&rsquo;une immense sagesse qu'\u00a0\u00bbassez c&rsquo;est assez\u00a0\u00bb. On \u00e9carte d&rsquo;un geste n\u00e9gligent sinon nonchalant l&rsquo;agacement ukrainien et l&rsquo;on parle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle qui convient, qui est celle du monde cela va de soi&#8230; &laquo;<em>Even as the crisis in Ukraine continues to defy easy resolution, President Obama and his national security team are looking beyond the immediate conflict to forge a new long-term approach to Russia that applies an updated version of the Cold War strategy of containment.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Just as the United States resolved in the aftermath of World War II to counter the Soviet Union and its global ambitions, Mr. Obama is focused on isolating President Vladimir V. Putin&rsquo;s Russia by cutting off its economic and political ties to the outside world, limiting its expansionist ambitions in its own neighborhood and effectively making it a pariah state. Mr. Obama has concluded that even if there is a resolution to the current standoff over Crimea and eastern Ukraine, he will never have a constructive relationship with Mr. Putin, aides said. As a result, Mr. Obama will spend his final two and a half years in office trying to minimize the disruption Mr. Putin can cause, preserve whatever marginal cooperation can be saved and otherwise ignore the master of the Kremlin in favor of other foreign policy areas where progress remains possible.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0That is the strategy we ought to be pursuing,\u00a0\u00bb said Ivo H. Daalder, formerly Mr. Obama&rsquo;s ambassador to NATO and now president of the Chicago Council on Global Affairs. \u00ab\u00a0If you just stand there, be confident and raise the cost gradually and increasingly to Russia, that doesn&rsquo;t solve your Crimea problem and it probably doesn&rsquo;t solve your eastern Ukraine problem. But it may solve your Russia problem.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En attendant que cette \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb soit mise en place et rende ses premiers effets, quelque part entre 2100 et 2200, le pr\u00e9sident Obama a d\u00e9cid\u00e9 de se retirer sous sa tente et de ne plus songer aux manigances de Poutine, faisant ainsi comme s&rsquo;il n&rsquo;existait plus, Poutine, rien de moins, et le plongeant par cons\u00e9quent dans un cruel embarras. Drap\u00e9 dans sa dignit\u00e9 et dans sa puissance, Obama ignore d\u00e9sormais la Russie en attendant que celle-ci, compl\u00e8tement isol\u00e9e, \u00e9trangl\u00e9e par sa propre infamie, priv\u00e9e de l&rsquo;amicale camaraderie du reste du monde et du Syst\u00e8me, tombe comme un fuit d\u00e9j\u00e0 blet. D&rsquo;ici l\u00e0, bien entendu, on vous l&rsquo;assure sans souci de la contradiction interne du propos, la population russe, ayant compris o&ugrave; est son int\u00e9r\u00eat et o&ugrave; se trouve la vertu, aura renvoy\u00e9 le tyran pourrir dans un <em>Goulag<\/em> quelconque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>The prevailing view in the West Wing, though, is that while Mr. Putin seems for now to be enjoying the glow of success, he will eventually discover how much economic harm he has brought on his country. Mr. Obama&rsquo;s aides noted the fall of the Russian stock market and the ruble, capital flight from the country and the increasing reluctance of foreign investors to expand that while American and European sanctions have not yet targeted wide parts of the Russian economy, they have sent a message to international businesses, and that just the threat of broader measures has produced a chilling effect. If the Russian economy suffers over the long term, senior American officials said, then Mr. Putin&rsquo;s implicit compact with the Russian public promising growth for political control could be sundered.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>That may not happen quickly, however, and in the meantime, Mr. Obama seems intent on not letting Russia dominate his presidency. While Mr. Obama spends a lot of time on the Ukraine crisis, it does not seem to absorb him. Speaking privately with visitors, he is more likely to bring up topics like health care and the Republicans in Congress than Mr. Putin. Ukraine, he tells people, is not a major concern for most Americans, who are focused on the economy&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Une tranquille schizophr\u00e9nie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte est remarquable de schizophr\u00e9nie tranquille d\u00e9velopp\u00e9e sur le ton d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gante suffisance, dans sa description d&rsquo;un monde enchanteur o&ugrave; le roi-Obama tr\u00f4ne sur le \u00ab\u00a0phare de la libert\u00e9\u00a0\u00bb et sur l'\u00a0\u00bbarsenal de la puissance et de la vertu\u00a0\u00bb, acclam\u00e9 par le reste du monde, &ndash; saut l&rsquo;\u00e9pouvantable Poutine, le cancre de la classe, le monstre quasi-hitl\u00e9rien. La puissance de la transmutation de l&rsquo;habituelle pompe am\u00e9ricaniste en une sottise bombastique \u00e0 pr\u00e9tention doctrinale et g\u00e9opolitique est \u00e9poustouflante. On retrouve, comme en une caricature, tous les travers de cette psychologie pervertie, son r\u00e9ductionnisme, son cloisonnement, son incapacit\u00e9 de tenir compte des relations de cause \u00e0 effet ni m\u00eame d&rsquo;imaginer une telle chose, l&rsquo;omnipr\u00e9sence \u00e9touffante de la suffisance am\u00e9ricaniste, &ndash; tout cela transmut\u00e9e en inculture, en ignorance, en pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsqu&rsquo;un Daalder \u00e9nonce son jugement si sophistiqu\u00e9 (&laquo;<em>That is the strategy we ought to be pursuing. If you just stand there, be confident and raise the cost gradually and increasingly to Russia, that doesn&rsquo;t solve your Crimea problem and it probably doesn&rsquo;t solve your eastern Ukraine problem. But it may solve your Russia problem<\/em>&raquo;), il pourrait aussi bien nous dire, avec sa ma&icirc;trise du tour sophistique transcrite en une analyse tranchante caract\u00e9ris\u00e9e par une compl\u00e8te idiotie, ph\u00e9nom\u00e8ne devenu \u00e0 cet instant presque \u00e9mouvant apr\u00e8s tout, \u00e0 force de conviction-Syst\u00e8me : \u00ab\u00a0Cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me du Pentagone et de notre dette qui nous \u00e9crase, cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me de la dissolution des USA, cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me du chaos que nous favorisons au Moyen-Orient, cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me du dollar qui prend eau de toutes parts, cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me de la catastrophe de l&rsquo;environnement, cela ne r\u00e9sout peut-\u00eatre pas le probl\u00e8me de la Fin des Temps, etc., mais cela pourrait r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la Russie&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Trahison et inversion de la r\u00e9f\u00e9rence<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, la nouvelle Guerre froide dont il est question dans cet article n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la \u00ab\u00a0n\u00e9o-Guerre froide\u00a0\u00bb que nous d\u00e9finissions le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_contraire_de_la_guerre_froide_20_03_2014.html\">20 mars 2014<\/a>. Ce n&rsquo;est plus une n\u00e9o-Guerre froide qu&rsquo;imposeraient les \u00e9v\u00e9nements mais une nouvelle Guerre froide \u00ab\u00a0con\u00e7ue et r\u00e9alis\u00e9e\u00a0\u00bb par les \u00e9quipes de communication de la Maison-Blanche, une \u00ab\u00a0Guerre froide-<em>narrative<\/em>\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut. Pour autant, le lien est \u00e9vident et l&rsquo;on pourrait dire que la \u00ab\u00a0Guerre froide-<em>narrative<\/em>\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9e comme une r\u00e9action extr\u00eamement habile de la Maison-Blanche \u00e0 la crise ukrainienne, constitue une sorte de \u00ab\u00a0ce que je ne peux \u00e9touffer, je l&#8217;embrasse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, l\u00e0 s&rsquo;arr\u00eate l&rsquo;analogie faite par la Maison-Blanche avec la vraie Guerre froide qui nous est servie comme r\u00e9f\u00e9rence. Les conditions sont compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Les USA ont une position relative extr\u00eamement inf\u00e9rieure \u00e0 celle qu&rsquo;ils avaient en 1945 ; directement au niveau de leur puissance relative (les USA dominaient le monde ravag\u00e9e par la guerre alors qu&rsquo;eux-m\u00eames avaient au contraire d\u00e9velopp\u00e9 exponentiellement leur puissance gr\u00e2ce \u00e0 la guerre) ; indirectement au niveau de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;URSS d\u00e9vast\u00e9e par la guerre en 1945 (alors que la Russie est aujourd&rsquo;hui en beaucoup plus forte position) et alors que leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens et asiatiques, \u00e9galement d\u00e9vast\u00e9s, d\u00e9pendaient compl\u00e8tement d&rsquo;eux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, les \u00ab\u00a0strat\u00e9gies\u00a0\u00bb envisag\u00e9es dans l&rsquo;article cit\u00e9 ne correspondent pas aux sch\u00e9mas de la Guerre froide. L&rsquo;id\u00e9e de poursuivre les coop\u00e9rations avec la Russie l\u00e0 o&ugrave; elles existent, tout en attaquant frontalement la Russie par divers moyens de pressions, d&rsquo;influence, de sanctions, ne r\u00e9pond en rien au sch\u00e9ma de la Guerre froide, au contraire il le trahit. Cette id\u00e9e, nomm\u00e9e durant la Guerre froide \u00ab\u00a0de-<em>linkage<\/em>\u00a0\u00bb (ne pas lier les diff\u00e9rents dossiers entre eux, ce qui permet une m\u00e9sentente ici et une coop\u00e9ration l\u00e0) impliquait n\u00e9cessairement une entente g\u00e9n\u00e9rale de principe USA-URSS, notamment au niveau de l'\u00a0\u00bb\u00e9quilibre de la terreur\u00a0\u00bb (le nucl\u00e9aire), c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;absence d&rsquo;hostilit\u00e9 directe, affich\u00e9e et op\u00e9rationnalis\u00e9e par des mesures effectives. Ce n&rsquo;est pas le cas dans la situation actuelle USA-Russie et dans la pseudo-\u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb envisag\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Simulacre de crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il y a deux interpr\u00e9tations n\u00e9cessaires \u00e0 ce d\u00e9veloppement venu des USA concernant la crise ukrainienne, devenue brusquement dans le chef des USA la Grande Crise entre les USA et la Russie, &ndash; comme poursuite et conclusion finale et triomphale de la Guerre froide sous forme de \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb. Ces deux interpr\u00e9tations ne se contredisent en rien ni ne sont en rien exclusives l&rsquo;une de l&rsquo;autre ; elles se compl\u00e8tent, se renforcent, s&rsquo;explicitent l&rsquo;une l&rsquo;autre. La premi\u00e8re de ces interpr\u00e9tations est la plus intimiste et la plus objective, dans la mesure o&ugrave; elle conduit \u00e0 analyser le comportement de la direction-Syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, et particuli\u00e8rement de son repr\u00e9sentant Obama, au travers des appr\u00e9ciations diverses qu&rsquo;on lit dans le New York <em>Times<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9valuation essentiellement psychologique et de communication, bien entendu autour d&rsquo;une <em>narrative<\/em>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait en effet conjecturer, avec nombre d&rsquo;arguments dans ce sens, que ce document laisse transpara&icirc;tre une sorte de portrait d&rsquo;Obama qui est en m\u00eame temps une peinture de la psychologie-Syst\u00e8me dominante \u00e0 Washington. Bien \u00e9videmment, tout est b\u00e2ti autour d&rsquo;une posture quasi \u00ab\u00a0imp\u00e9riale\u00a0\u00bb du pr\u00e9sident des USA, tr\u00f4nant au bureau ovale et orientant la marche du monde \u00e0 sa guise. Mais \u00e0 force d&rsquo;appuyer le trait on verse dans la caricature, qui devient dans ce cadre de l&rsquo;influence du Syst\u00e8me, une inversion compl\u00e8te.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette posture imp\u00e9riale, dans ce cas se situant elle-m\u00eame \u00ab\u00a0au-dessus de la m\u00eal\u00e9e\u00a0\u00bb initi\u00e9e \u00e9videmment et sp\u00e9cifiquement par le cancre de la classe (Poutine), entra&icirc;ne le fait que le \u00ab\u00a0message\u00a0\u00bb devient effectivement inversion compl\u00e8te, et le d\u00e9tachement du ma&icirc;tre totale irresponsabilit\u00e9. A lire ces mots, &ndash; &laquo;<em>&#8230;Mr. Obama seems intent on not letting Russia dominate his presidency. While Mr. Obama spends a lot of time on the Ukraine crisis, it does not seem to absorb him&#8230;<\/em>&raquo;, &ndash; on ne peut pas ne pas finir par conclure que le sujet de cette hagiographie, &oelig;uvre des \u00ab\u00a0officiels\u00a0\u00bb dispensant la bonne parole comme du NYT lui-m\u00eame, pr\u00e9sente comme une vertu le fait de se d\u00e9sint\u00e9resser du probl\u00e8me crisique central de notre temps d&rsquo;effondrement, tout en laissant para&icirc;tre un m\u00e9pris extr\u00eame pour le \u00ab\u00a0partenaire\u00a0\u00bb de cet \u00e9pisode fondamental. Au moins, pendant la Guerre froide, la vraie, les dirigeants US ne cachaient pas que l&rsquo;absolue priorit\u00e9 de leur direction devait se concentrer sur les relations avec l&rsquo;autre acteur strat\u00e9gique nucl\u00e9aire, en essayant au maximum de diffuser les tensions pouvant na&icirc;tre d&rsquo;avatars de communication. Pour poursuivre l&rsquo;analogie du \u00ab\u00a0cancre de la classe\u00a0\u00bb (Poutine) en la renversant, Obama appara&icirc;t comme un adolescent bouffie de vanit\u00e9 et de pr\u00e9tention, qui refuse l&rsquo;essentiel de la t\u00e2che qu&rsquo;il a pr\u00e9tendu accomplir parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas assur\u00e9 d&rsquo;y figurer \u00e0 son complet avantage. Objectivement, cette inversion t\u00e9moigne d&rsquo;une effrayante schizophr\u00e9nie qui laisse \u00e0 penser sur ce que sera, &ndash; sur ce continuera \u00e0 \u00eatre en s&rsquo;amplifiant, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de nouveau \u00e0 cet \u00e9gard sinon l&rsquo;outrance, les r\u00e9actions des USA aux in\u00e9vitables accidents, tensions impr\u00e9vues, \u00e9v\u00e9nements inattendus, etc., qui vont continuer \u00e0 marquer la crise ukrainienne et tout ce qui se rapproche de pr\u00e8s ou de loin de la dynamique de tension entre les USA et la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien, dans le chef de Washington, ni d&rsquo;une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb ni d&rsquo;une \u00ab\u00a0doctrine\u00a0\u00bb l\u00e0-dedans. Il s&rsquo;agit de pure communication, autour d&rsquo;une <em>narrative<\/em> sur laquelle l&rsquo;<em>American Century<\/em> ne se couche jamais, comme l&rsquo;on dit du soleil sur le fameux Empire qu&rsquo;on sait, comme si la formule nietzsch\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9ternel retour avait trouv\u00e9 son op\u00e9rationnalit\u00e9. On comprend, au-del\u00e0, que Washington n&rsquo;est plus capable d&rsquo;accoucher, ni d&rsquo;une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb, ni d&rsquo;une \u00ab\u00a0doctrine\u00a0\u00bb, que la projection sous forme de <em>narrative<\/em> hollywoodienne du film \u00ab\u00a0<em>The American Century<\/em>, &ndash; le retour\u00a0\u00bb suffit \u00e0 entretenir sa conviction pathologique. La schizophr\u00e9nie est compl\u00e8te, achev\u00e9e, boucl\u00e9e. Le pr\u00e9sident Barack Obama r\u00e8gne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Acc\u00e9l\u00e9ration de la crise (suite)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le pr\u00e9c\u00e9dent nous dit beaucoup de la crise \u00e0 Washington, de la crise du pouvoir, de l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie des principaux acteurs, mais pas grand&rsquo;chose, certes, de la Grande Crise USA-Russie et de tout ce qui l&rsquo;accompagne, et du flux dans laquelle elle se place, qui est l&rsquo;\u00e9pisode final de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me. Comme dirait le cr\u00e9tin couvert de privil\u00e8ges-Syst\u00e8me cit\u00e9 ci-dessus \u00ab\u00a0cela ne r\u00e9soudra pas le probl\u00e8me de la crise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement o&ugrave; les USA ont la place centrale mais cela r\u00e9soudra le probl\u00e8me de l&rsquo;identification de la schizophr\u00e9nie \u00e0 Washington\u00a0\u00bb, &ndash; et nous voici devant la seconde interpr\u00e9tation n\u00e9cessaire&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En d\u00e9clenchant toute cette agitation, en exposant ces consid\u00e9rations qui pr\u00e9tendent au rang de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb ou \u00e0 celui de \u00ab\u00a0doctrine\u00a0\u00bb, les sp\u00e9cialistes de la communication \u00e0 Washington n&rsquo;ont rien cr\u00e9\u00e9 de sp\u00e9cifique ni de substantiel. On ne s&rsquo;installe pas dans la crise en l&rsquo;\u00e9largissant aux relations fondamentales entre les USA et la Russie comme le fait Washington pas simple manipulation, selon une simple d\u00e9marche technique et bureaucratique dans le seul domaine de la communication. On s&rsquo;installe dans une crise en paraissant l&rsquo;\u00e9largir \u00ab\u00a0aux relations fondamentales entre les USA et la Russie\u00a0\u00bb, simplement parce que cette crise est d\u00e9j\u00e0 \u00e9largie \u00e0 cette dimension. En ce sens, la d\u00e9marche washingtonienne a son utilit\u00e9, puisqu&rsquo;elle nous montre qu&rsquo;effectivement la crise ukrainienne a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 accouch\u00e9 d&rsquo;une \u00e9norme crise entre les deux puissances nucl\u00e9aires strat\u00e9giques, qui est aussi une \u00e9norme crise d&rsquo;antagonisme culturel et conceptuel, une \u00e9norme crise s&rsquo;inscrivant dans le cadre d&rsquo;une crise de civilisation. On a \u00e0 cet \u00e9gard suffisamment d&rsquo;indications et d&rsquo;analyses pour nous permettre de conclure \u00e0 cette stature imposante de la crise, et la \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb venue de Washington en est tout simplement, \u00e0 la fois la confirmation et la cons\u00e9quence, en m\u00eame temps qu&rsquo;une tentative maladroite d&rsquo;une utilisation faussaire. Les strat\u00e8ges en communication de Washington n&rsquo;ont fait qu&rsquo;acter un \u00e9v\u00e9nement qui s&rsquo;est fait lui-m\u00eame, dont les causes et les effets d\u00e9passent largement leurs interpr\u00e9tations puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit effectivement d&rsquo;une op\u00e9rationnalisation de la crise g\u00e9n\u00e9rale de notre civilisation. De ce point de vue, la \u00ab\u00a0nouvelle Guerre froide\u00a0\u00bb n&rsquo;a vraiment rien \u00e0 voir avec son faux mod\u00e8le pr\u00e9c\u00e9dent, et au lieu d&rsquo;une certaine complicit\u00e9 comme on en connut entre les USA et l&rsquo;URSS de ce temps-l\u00e0, on trouve au contraire tous les \u00e9l\u00e9ments de f\u00e9condation rapide de l&rsquo;aggravation des relations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le m\u00eame sens, la d\u00e9marche washingtonienne a \u00e9galement son utilit\u00e9, en nous montrant le comportement de Washington allant chercher sa r\u00e9f\u00e9rence dans un pass\u00e9 sp\u00e9cifique, extr\u00eamement bien identifi\u00e9, et qui a une tr\u00e8s grande signification symbolique et de puissance pour les USA. Ce rappel, c&rsquo;est une incantation \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9surrection\u00a0\u00bb d&rsquo;une \u00e9poque o&ugrave; les USA, alors avec une r\u00e9putation sans t\u00e2che pour les parties du monde au-del\u00e0 des oc\u00e9ans, dominaient le monde d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9crasante, incontestable, extraordinaire, &ndash; presque divine et dans tous les cas immens\u00e9ment vertueuse. Alors que les \u00e9chos sonores de la retraite et de la d\u00e9cadence des USA faisaient d\u00e9bat sonore \u00e0 Washington en m\u00eame temps que la crise ukrainienne \u00e9clatait (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-kerry_le_n_o-iso_contre_le_n_o-isolationnisme_28_02_2014.html\">28 f\u00e9vrier 2014<\/a>), et avant que Washington, toujours de plus en plus lent, ait r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;importance de la dite-crise, cette fixation symbolique \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence de cette importance et de cette signification appara&icirc;t comme une sorte d&rsquo;exorcisme : l&rsquo;image des USA r\u00e9par\u00e9e, la <em>narrative<\/em> peut continuer \u00e0 \u00eatre d\u00e9vid\u00e9e. Ainsi, le pr\u00e9sident des Etats-Unis Barack Obama, ayant fix\u00e9 l&rsquo;image d\u00e9finitive des USA dans sa confrontation avec la Russie renouvelant la grande victoire du XX\u00e8me si\u00e8cle et de l&rsquo;<em>American Century<\/em>, peut-il s&rsquo;en retourner vaquer \u00e0 ses occupations (&laquo;<em>Speaking privately with visitors, he is more likely to bring up topics like health care and the Republicans in Congress than Mr. Putin. Ukraine, he tells people, is not a major concern for most Americans&#8230;<\/em>&raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi allume-t-on la m\u00e8che d&rsquo;une \u00e9norme bombe qu&rsquo;on a soi-m\u00eame fabriqu\u00e9e et pos\u00e9e l\u00e0 o&ugrave; elle se trouve, avant de s&rsquo;en retourner en s&rsquo;en lavant les mains ; et s&rsquo;en retournant, certes, en ignorant que cette bombe, en explosant, ne manquera pas de vous emporter, vous le premier, vous l&rsquo;allumeur de m\u00e8ches&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur le pass\u00e9 recompos\u00e9 en narrative 22 avril 2014 &ndash; Parmi l&rsquo;avalanche de nouvelles, d&rsquo;initiatives, de montages, de false flag, de narrative qui caract\u00e9rise la crise ukrainienne, on en distingue certaines qui conduisent \u00e0 une hypoth\u00e8se centrale. Le Syst\u00e8me aux abois, dans le chef de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et de la pr\u00e9sidence BHO qui sont dans&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3612,12078,3127,13542,15754,3106,2645,3773,1242,6555,4306,3840,3084,4321,3194,2827,916,15755,2730,1296],"class_list":["post-73839","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-american","tag-breedlove","tag-budget","tag-century","tag-containment","tag-froide","tag-guerre","tag-image","tag-isolationnisme","tag-isolement","tag-kennan","tag-kofsky","tag-mobilisation","tag-narrative","tag-pentagone","tag-pologne","tag-poutine","tag-proconsul","tag-russie","tag-ukraine"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=73839"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/73839\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=73839"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=73839"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=73839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}