{"id":73862,"date":"2014-05-05T06:09:35","date_gmt":"2014-05-05T06:09:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/05\/05\/a-la-recherche-de-chuck-hagel\/"},"modified":"2014-05-05T06:09:35","modified_gmt":"2014-05-05T06:09:35","slug":"a-la-recherche-de-chuck-hagel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2014\/05\/05\/a-la-recherche-de-chuck-hagel\/","title":{"rendered":"A la recherche de Chuck Hagel"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">A la recherche de Chuck Hagel<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t5 mai 2014  Rappelez-vous la course \u00e0 la guerre contre l&rsquo;Irak, l&rsquo;agitation folle apr\u00e8s 9\/11. L&rsquo;homme le plus en pointe, le plus guerrier, le plus belliqueux, le plus bavard, l&rsquo;homme qui semblait dicter la politique US, \u00e9tait bien entendu le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une surprise ni une incongruit\u00e9. Depuis la cr\u00e9ation du d\u00e9partement de la d\u00e9fense (1947) et l&rsquo;installation, la m\u00eame ann\u00e9e, de ce qu&rsquo;on nomme l&rsquo;\u00c9tat de S\u00e9curit\u00e9 Nationale (<em>National Security State<\/em>), le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense joue dans le gouvernement  am\u00e9ricaniste un r\u00f4le fondamental, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gal en importance \u00e0 celui du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat, et qui implique des <strong>mati\u00e8res politiques<\/strong> concernant la politique ext\u00e9rieure des USA, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale. (Cela ne signifie pas que le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense joue n\u00e9cessairement un r\u00f4le plus belliqueux que celui du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat ; nous parlons ici de l&rsquo;importance en termes d&rsquo;autorit\u00e9, et, n\u00e9cessairement, en termes de communication, et cela peut aller dans les deux sens, l&rsquo;agressivit\u00e9 ou l&rsquo;apaisement, et souvent les secr\u00e9taires \u00e0 la d\u00e9fense d\u00e9fendent des positions plus mod\u00e9r\u00e9es. Dans tous les cas, il est historiquement av\u00e9r\u00e9 que le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense a tr\u00e8s souvent une position diff\u00e9rente de celle du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat.) M\u00eame lorsque qu&rsquo;une personnalit\u00e9 comme Kissinger devint secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat (en 1973) en plus d&rsquo;\u00eatre directeur du NSC et qu&rsquo;on pouvait juger qu&rsquo;il dominerait sans conteste tout l&rsquo;appareil de s\u00e9curit\u00e9 nationale, il eut face \u00e0 lui deux secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense qui lui tinrent la drag\u00e9e haute, successivement James Schlesinger et (d\u00e9j\u00e0 !) Donald Rumsfeld, encore bien jeune mais d\u00e9j\u00e0 assur\u00e9 de lui-m\u00eame dans son premier passage \u00e0 la t\u00eate du Pentagone (novembre 1975-janvier 1977). M\u00eame des hauts fonctionnaires-type, sans carri\u00e8re politique sp\u00e9cifique, comme Robert Gates jusqu&rsquo;en 2012, ont toujours assur\u00e9 cette partie importante de leur fonction en affirmant les positions politique de leur d\u00e9partement lorsque la bureaucratie du Pentagone l&rsquo;exigeait ou, plus rarement, lorsqu&rsquo;eux-m\u00eames le jugeaient n\u00e9cessaires&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais Hagel ? Pfffuittt !  alors qu&rsquo;on attendait tant d&rsquo;une telle personnalit\u00e9. La derni\u00e8re fois qu&rsquo;il s&rsquo;est signal\u00e9 publiquement dans le sens d&rsquo;une implication directe dans crise ukrainienne, c&rsquo;est il y a quatre jours, pour parler au t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 son vis-\u00e0-vis russe le ministre de la d\u00e9fense Sergei Cho\u00efgou, et lui recommander en termes polis et mesur\u00e9s de ne pas envahir l&rsquo;Est de l&rsquo;Ukraine. Une pr\u00e9c\u00e9dente prise de position marquante (!) eut lieu le 25 f\u00e9vrier, avec une prise de position publique pour demander \u00e0 son coll\u00e8gue russe, d\u00e9j\u00e0 Cho\u00efgou certes&#8230; que les Russes n&rsquo;envahissent pas l&rsquo;Est de l&rsquo;Ukraine. (On observera qu&rsquo;il semble bien que le canal Hagel-Cho\u00efgou, par consultation t\u00e9l\u00e9phonique, soit le seul qui subsiste encore de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re entre les USA et la Russie, \u00e0 la diff\u00e9rence des canaux Kerry-Lavrov et Obama-Poutine, soumis aux al\u00e9as d&rsquo;une pol\u00e9mique furieuse.) On note aussi quelques rares interventions de Hagel, toujours \u00e0 propos de la crise ukrainienne, utilisant cette crise comme argument pour exhorter les alli\u00e9s de l&rsquo;OTAN \u00e0 augmenter leurs d\u00e9penses militaires (voir le <a href=\"http:\/\/www.reuters.com\/article\/2014\/05\/02\/us-usa-nato-hagel-idUSBREA410EX20140502\" class=\"gen\">2 mai 2014<\/a>), refrain bureaucratique classique du Pentagone depuis des d\u00e9cennies. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, celui du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat, le rythme de Kerry, et du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat avec lui, dans le domaine de l&rsquo;agressivit\u00e9 contre la Russie, ce rythme est confondant et absolument d\u00e9vastateur. On en a d\u00e9j\u00e0 dit un peu l\u00e0-dessus, concernant Kerry pr\u00e9cis\u00e9ment. (Voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-kerry_est-il_un_complotiste_r_ponse_en_diplospeak_11_04_2014.html\" class=\"gen\">11 avril 2014<\/a>, avec Kerry donnant des explications l\u00e9galistes aux positions unilat\u00e9ralistes et faussaires du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat sur le r\u00e9f\u00e9rendum de Crim\u00e9e, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-hyst_ries_en_m_nage_neocons_et_r2p_21_04_2014.html\" class=\"gen\">21 avril 2014<\/a> exposant le comportement de Kerry c\u00e9dant sans aucun frein \u00e0 l&rsquo;entourage <em>neocon<\/em>-R2P qu&rsquo;il s&rsquo;est lui-m\u00eame constitu\u00e9, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_ectoplasme_a_ses_nerfs_26_04_2014.html\" class=\"gen\">26 avril 2014<\/a> sur l&rsquo;attaque personnelle, sans pr\u00e9c\u00e9dent, de Kerry contre <em>Russia Today<\/em>, le <a href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_quelques_perspectives_ukrainiennes_30_04_2014.html\" class=\"gen\">30 avril 2014<\/a> o\u00f9 il est notamment rapport\u00e9 que Kerry affirme que le fait strat\u00e9gique d&rsquo;un un seul pouce de terrain de n&rsquo;importe quel pays de l&rsquo;OTAN o\u00f9 les Russes poseraient un pied am\u00e8nerait aussit\u00f4t une riposte militaire de toute l&rsquo;alliance, USA en t\u00eate.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ajoutera deux faits pr\u00e9cis qui confortent ce jugement sur le comportement du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat tout en ayant une signification politique objective de grande importance. Il s&rsquo;agit de ce comportement compl\u00e8tement unilat\u00e9ral d&rsquo;une part, indiff\u00e9rent aux faits estim\u00e9s objectivement ; de ce comportement compl\u00e8tement belliciste d&rsquo;autre part ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ce comportement compl\u00e8tement d\u00e9nu\u00e9 de sens, et de ce sens diplomatique qui constitue en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;essence de la fonction de cette machinerie du pouvoir qu&rsquo;est le d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat, et un tel comportement enfermant la politique \u00e9trang\u00e8re dans un sch\u00e9ma de comportement n\u00e9cessairement hyst\u00e9rique et selon une m\u00e9thodologie n\u00e9cessairement marqu\u00e9e d&rsquo;irresponsabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Un article du site <em>WSWS.org<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.wsws.org\/en\/articles\/2014\/04\/30\/kerr-a30.html\" class=\"gen\">30 avril 2014<\/a> identifie justement comme extraordinaire l&rsquo;interview de John Kerry au Wall Street <em>Journal<\/em> r\u00e9alis\u00e9e le 28 avril et publi\u00e9 le 29 avril. Kerry y parle de \u00ab<em>hot confrontation with Russia<\/em>\u00bb, ce que <em>WSWS.org<\/em> identifie effectivement comme l&rsquo;appr\u00e9ciation de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une guerre ouverte entre les USA et la Russie ; il s&rsquo;agit, en langage de communication, de l&rsquo;option nucl\u00e9aire dont on comprend bien qu&rsquo;elle a une correspondance directe et sinistre en langage militaire avec une telle possibilit\u00e9 op\u00e9rationnelle (une guerre nucl\u00e9aire) : une confrontation arm\u00e9e  entre les USA et la Russie serait n\u00e9cessairement charg\u00e9e, sinon \u00e9cras\u00e9e par cette possibilit\u00e9. Il s&rsquo;agit effectivement de d\u00e9clarations extraordinaires de Kerry constatant cette possibilit\u00e9 plut\u00f4t comme l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un fait objectif, sur lequel il ne semble aucunement manifester qu&rsquo;il a l&rsquo;extr\u00eame responsabilit\u00e9 de tout faire pour \u00e9carter cette hypoth\u00e8se ; selon un langage qui semble montrer un certain fatalisme d&rsquo;une possibilit\u00e9 objective (d&rsquo;affrontement) alors que les USA portent par ailleurs une responsabilit\u00e9 si fondamentale dans la crise ukrainienne (dans tous les cas, une responsabilit\u00e9 fondamentale dans l&rsquo;\u00e9volution des \u00e9v\u00e9nements) ; tout cela, en honorant de toutes les vertus d&rsquo;action possible d&rsquo;apaisement de la situation dans le pays la caricature de gouvernement de Kiev qui avoue lui-m\u00eame \u00eatre totalement incapable de contr\u00f4ler ce m\u00eame pays et ne cesse de s&rsquo;appuyer sur des forces ill\u00e9gales et qu&rsquo;il ne contr\u00f4le pas lui-m\u00eame&#8230; Ces d\u00e9clarations sur les soi-disant responsabilit\u00e9s des uns et des autres marque paradoxalement le degr\u00e9 inou\u00ef d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 auquel est parvenue la diplomatie des \u00c9tats-Unis, ou disons la caricature sinistre de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>In an extraordinary interview with the Wall Street Journal given Monday and published Tuesday, US Secretary of State John Kerry made clear that the Obama administration and the US military\/intelligence establishment are fully aware that they are risking the outbreak of nuclear war by pursuing a reckless and provocative policy towards Russia.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Summarizing the interview, Journal columnist Gerald F. Seib wrote: His greatest fear now? I think it could deteriorate into hot confrontation,&rsquo; even without Russian troops crossing into Ukraine, Mr. Kerry said. And there are provocateurs who are perfectly capable, who are trying to instigate that kind of flare-up.&rsquo; The fact that it hasn&rsquo;t happened so far, he said, is a tribute to the discipline and restraint of the fledgling Ukrainian government. But obviously,&rsquo; he added, you could have a flash point here.&rsquo;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;autres sorties tr\u00e8s r\u00e9centes de Kerry sont signal\u00e9es, mais elles ne sont pas officiellement confirm\u00e9es. M.K. Bhadrakumar les signalent sous cette forme le <a href=\"http:\/\/blogs.rediff.com\/mkbhadrakumar\/2014\/05\/03\/bridging-two-divergent-narratives-on-ukraine\/\" class=\"gen\">3 mai 2014<\/a> : \u00ab<em>Almost simultaneously came the sharpest-ever remarks attributed to the US secretary of state John Kerry calling the Russians thugs&rsquo; and their foreign minister a liar&rsquo; and claiming that Washington is in possession of hard intelligence about Russian meddling in eastern Ukraine.<\/em>\u00bb Il est vrai que ces remarques de Kerry que transcrit Bhadrakumar viennent de <em>The Daily Best<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.thedailybeast.com\/articles\/2014\/04\/29\/kerry-u-s-taped-moscow-s-calls-to-its-ukraine-spies.html\" class=\"gen\">29 avril 2014<\/a>, \u00e0 partir de documents fuit\u00e9s,  et l&rsquo;on sait que <em>The Daily Beast<\/em> est un site d\u00e9sormais compl\u00e8tement contr\u00f4l\u00e9 par les <em>neocons<\/em>, aliment\u00e9 par des personnalit\u00e9s officielles telle Victoria Nuland. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t On ne peut m\u00eame pas consid\u00e9rer l&rsquo;intervention de Kerry faite dans l&rsquo;interview du Wall Street <em>Journal<\/em> comme un impair, comme une d\u00e9claration simplement imprudente, alors qu&rsquo;un diplomate d\u00e9pendant de ses services, l&rsquo;adjoint au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN ayant rang d&rsquo;ambassadeur US et d\u00e9pendant \u00e9videmment du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat, Alexander Vershbow, fait parall\u00e8lement une d\u00e9claration \u00e9galement compl\u00e8tement irresponsable dans le chef de son agressivit\u00e9 provocatrice, en qualifiant la Russie d\u00e9sormais d&rsquo;ennemie et non de partenaire de l&rsquo;OTAN. Cette d\u00e9claration de Vershbow, a \u00e9videmment beaucoup plus de poids que les pitreries verbales de pseudo-communication du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral actuel, typique souris qui rugissait comme en produit l&rsquo;OTAN lorsque le bloc BAO confie \u00e0 des hommes politiques de seconde zone et de petits pays des fonctions au statut th\u00e9orique important, permettant \u00e0 leur irresponsabilit\u00e9 de s&rsquo;exprimer en toute impunit\u00e9. Ce que dit Rasmussen importe peu, ce que dit Vershbow engage la politique militaire du bloc BAO en confirmant la totale d\u00e9pendance de la diplomatie US de l&#8217;emportement incontr\u00f4lable de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_la_politique-syst_me__17_11_2012.html\" class=\"gen\">politique-Syst\u00e8me<\/a>. Nulle part, dans tout cela, nous n&rsquo;avons la moindre \u00e9bauche de strat\u00e9gie, de pens\u00e9e diplomatique responsable &#8230; (<em>Russia Today<\/em> rapporte cette intervention le <a href=\" http:\/\/rt.com\/usa\/156204-nato-vershbow-russia-adversary\/\" class=\"gen\">1er mai 2014<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow now says that the allied group has been compelled to treat Russia as more of an enemy than a partner, according to an Associated Press report published Thursday. The 61-year-old former United States ambassador to Russia reportedly told journalists this week that Moscow&rsquo;s role in the ongoing crisis in Ukraine has forced NATO to reconsider the alliance&rsquo;s opinion on Russia, and that additional troops may soon be mobilized to the region as tensions worsen.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>AP journalist Robert Burns wrote on Thursday that Vershbow said the Kremlin&rsquo;s perceived part in the recent events in Ukraine marks a turning point in decades of effort by NATO to draw Moscow closer.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFace \u00e0 cela, comme on l&rsquo;a vu, l&rsquo;activit\u00e9 de Hagel \u00e0 ce niveau politique est quasiment inexistante. M\u00eame du c\u00f4t\u00e9 russe, o\u00f9 la tradition assigne au ministre de la d\u00e9fense une certaine r\u00e9serve, on trouve une activit\u00e9 politique de communication beaucoup plus affirm\u00e9e. Ce n&rsquo;est gu\u00e8re le fait de Cho\u00efgou, qui vient \u00e0 peine d&rsquo;arriver \u00e0 ce poste, mais plut\u00f4t de Rogozine, vice-Premier ministre et ministre de l&rsquo;armement et de l&rsquo;a\u00e9rospatiale,  puisqu&rsquo;effectivement, les activit\u00e9s de d\u00e9fense ont \u00e9t\u00e9 scind\u00e9es en deux minist\u00e8res. C&rsquo;est bien en tant que ministre de l&rsquo;armement, par ailleurs mis sur la liste noire washingtonienne dans le cadre des premiers trains de sanctions, que Rogozine intervient r\u00e9guli\u00e8rement au niveau politique, et souvent sur un mode tr\u00e8s pol\u00e9mique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question pos\u00e9e ici est bien d&rsquo;explorer ce fait de la r\u00e9serve de Hagel dans cette crise ukrainienne fondamentale. Il est \u00e0 noter d&rsquo;ailleurs que cette r\u00e9serve est \u00e9galement observ\u00e9e par les chefs militaires \u00e0 Washington, et particuli\u00e8rement le g\u00e9n\u00e9ral Dempsey, pr\u00e9sident du comit\u00e9 des chefs d&rsquo;\u00e9tat-major (JCS). Le seul chef militaire US \u00e0 se manifester activement est le g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;USAF Breedlove, commandant de l&rsquo;European Command (commandement national US) et des forces alli\u00e9es de l&rsquo;OTAN (SACEUR). Nous avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 cette diff\u00e9rence, dans nos <em>Notes d&rsquo;analyse<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_le_pass_recompos_en_narrative_22_04_2014.html\" class=\"gen\">22 avril 2014<\/a>. On rappellera le passage concern\u00e9, d&rsquo;autant plus que certaines observations annoncent et sugg\u00e8rent l&rsquo;orientation du commentaire qui va suivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Du c\u00f4t\u00e9 US, les choses ne sont pas plus simples et peut-\u00eatre m\u00eame sont-elles plus compliqu\u00e9es. Restons-en pour l&rsquo;instant \u00e0 la seule position du Pentagone, la Maison-Blanche et le d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat ayant bascul\u00e9 dans le maximalisme compulsif irradiant de leurs conseillers d&rsquo;influence venus de l&rsquo;\u00e9quipe neocons-R2P (voir le 22 avril 2014). Le Pentagone pr\u00e9f\u00e9rerait 5 000 soldats US en Pologne, et encore parce que le pr\u00e9sident demande des renforts, aux 10 000 hommes minimum r\u00e9clam\u00e9s par les Polonais. La raison essentielle de cette pusillanimit\u00e9 est que le Pentagone ne dispose pas de r\u00e9serves suffisantes, parce que les forces US sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es partout, tr\u00e8s diminu\u00e9es, extr\u00eamement limit\u00e9es. L&rsquo;autre raison essentielle (l&rsquo;essentialit\u00e9 est \u00e9lastique, par le temps qui courent et bondissent), c&rsquo;est que le Pentagone ne se sent pas vraiment d&rsquo;attaque pour tout faire pour d\u00e9fier les Russes et risquer une chose tr\u00e8s, tr\u00e8s s\u00e9rieuse. On verra qui l&#8217;emportera lorsque le volume du contingent US en Pologne sera d\u00e9termin\u00e9, et sous quelle forme.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Il y a d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 un conflit interne qui se dessine. Les derni\u00e8res p\u00e9rip\u00e9ties, le silence des uns et les d\u00e9clarations des autres, montrent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un conflit des plus classiques, entre la maison-m\u00e8re, le Joint Chiefs of Staff (JCS) et son pr\u00e9sident le g\u00e9n\u00e9ral Dempsey au Pentagone d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part le g\u00e9n\u00e9ral Breedlove, commandant en chef supr\u00eame en Europe (SACEUR) de la structure OTAN et chef du Central Command Europe (commandement national US). En temps de crise plus particuli\u00e8rement, les relations entre la direction de Washington et le proconsul militaire US en Europe ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9licates. Le proconsul a tendance \u00e0 soutenir les revendications des vassaux europ\u00e9ens (la Pologne en l&rsquo;occurrence, pour le cas qui nous occupe) tandis que le Pentagone d\u00e9fend ses int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux. (Un tel conflit a eu lieu \u00e0 plusieurs reprises, notamment avec les SACEUR Goodpaster en 1973, Haig en 1976, Rogers en 1983, etc. Le dernier en date et l&rsquo;un des plus fameux est celui des rapports ex\u00e9crables entre le SACEUR, le g\u00e9n\u00e9ral Wesley Clark, et le JCS de Washington lors de la guerre du Kosovo, cela menant jusqu&rsquo;\u00e0 une mise \u00e0 pied \u00e0 peine dissimul\u00e9e de Clark en 2000.)<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Le pr\u00e9c\u00e9dent syrien<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Hagel est \u00e9nigmatique. Confirm\u00e9 \u00e0 son poste apr\u00e8s une bataille f\u00e9roce avec le lobby isra\u00e9lien AIPAC (voir notamment le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_des_enjeux_trompeurs_09_01_2013.html\" class=\"gen\">9 janvier 2014<\/a> et le <a href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_destin_de_hagel_ou_l_histoire_par_les_latrines_16_02_2013.htm\" class=\"gen\">16 f\u00e9vrier 2014<\/a>), on attendait du brillant ancien s\u00e9nateur r\u00e9publicain, r\u00e9put\u00e9 pour sa mesure et son r\u00e9alisme, \u00e9galement pour son autorit\u00e9 et ses conceptions fermes, une carri\u00e8re brillante \u00e0 la t\u00eate du Pentagone. Le contraire se produisit : la brillante \u00e9toile Hagel s&rsquo;\u00e9teignit comme une bougie souffl\u00e9e ; \u00e0 peine install\u00e9 au Pentagone, on n&rsquo;entendit plus parler de lui. Les plus indulgents jug\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait plong\u00e9 dans les t\u00e2ches de gestion du monstrueux <em>Moby Dick<\/em> qu&rsquo;est le Pentagone \u00e0 l&rsquo;heure de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_termites_de_la_s_questration_20_09_2013.html\" class=\"gen\">s\u00e9questration<\/a>, les plus r\u00e9alistes qu&rsquo;il s&rsquo;y \u00e9tait noy\u00e9, les plus pessimistes qu&rsquo;il \u00e9tait perdu corps et bien dans le trou noir de la bureaucratie. Depuis, Hagel a assum\u00e9, du point de vue de la communication autant que de l&rsquo;affirmation d&rsquo;une politique propre au Pentagone, et par rapport \u00e0 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, une sorte de minimum syndical&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;on pourrait en rester l\u00e0 mais il existe une autre perspective. Il est vrai qu&rsquo;\u00e0 diverses occasions, au printemps et \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2013, Hagel fit plusieurs apparitions normales pour sa fonction lors d&rsquo;auditions au Congr\u00e8s, accompagn\u00e9 du pr\u00e9sident du JCS, le g\u00e9n\u00e9ral Dempsey, \u00e0 propos de la situation en Syrie. C&rsquo;est durant cette p\u00e9riode (printemps-\u00e9t\u00e9 2013) que la tension monta autour de la crise syrienne, \u00e0 l&rsquo;occasion de plusieurs incidents sur l&rsquo;utilisation d&rsquo;armes chimiques, et que l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une intervention militaire US s&rsquo;imposa de plus en plus jusqu&rsquo;\u00e0 la crise d&rsquo;ao\u00fbt-septembre 2013. Dempsey se montra aussi effac\u00e9 que Hagel durant ces auditions, comme il l&rsquo;est naturellement, mais les deux hommes laiss\u00e8rent n\u00e9anmoins une impression g\u00e9n\u00e9rale de malaise devant les perspectives d&rsquo;une possible intervention. Il \u00e9tait manifeste, comme ils le dirent d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une fa\u00e7on indirecte dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre occasion, qu&rsquo;ils manifestaient en r\u00e9alit\u00e9 une opposition ferme et de nature clairement politique \u00e0 une intervention US en Syrie ; et il semble bien, selon diverses sources tr\u00e8s fiables, que cette opposition culmina par une menace de d\u00e9mission lorsqu&rsquo;on fut proche de l&rsquo;ex\u00e9cution de cette attaque. Nous \u00e9voqu\u00e2mes cet aspect des choses, notamment le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-s_en_laver_les_mains_en_criant_victoire__02_09_2013.html\" class=\"gen\">2 septembre 2014<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-une_journ_e_de_dupes_dont_il_n_est_pas_n_cessaire_d_tre_dupe_11_09_2013.html\" class=\"gen\">11 septembre 2013<\/a>. Dans ce dernier cas, nous \u00e9crivions :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ces d\u00e9clarations, d&rsquo;ailleurs parfaitement coordonn\u00e9es et montrant l&rsquo;unit\u00e9 de vue entre les civils et les militaires au Pentagone (au contraire d&rsquo;autres agences ou minist\u00e8res au sein du gouvernement Obama), constituent une discr\u00e8te mais<\/em> <strong><em>tr\u00e8s importante<\/em><\/strong> <em>affirmation. Elles renforcent la perception d&rsquo;une position tr\u00e8s nette du Pentagone, en gros oppos\u00e9 \u00e0 une attaque contre la Syrie, au plus extr\u00eame d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mettre le gouvernement et<\/em> <strong><em>surtout<\/em><\/strong> <em>le Congr\u00e8s devant toutes les cons\u00e9quences d&rsquo;une attaque. Ces d\u00e9clarations, faites au Congr\u00e8s, s&rsquo;adressent d&rsquo;abord au Congr\u00e8s dans le d\u00e9roulement de ses d\u00e9bats actuels. Elles divergent compl\u00e8tement, dans la lettre et surtout dans l&rsquo;esprit, de la ligne suivie par l&rsquo;administration Obama pour vendre son projet d&rsquo;attaque au Congr\u00e8s et, \u00e9ventuellement, de l&rsquo;affirmation d&rsquo;Obama qu&rsquo;il peut se passer d&rsquo;un accord du Congr\u00e8s pour attaquer. L&rsquo;un et l&rsquo;autre, Hagel et Dempsey compl\u00e9mentairement, disent que<\/em><strong><em> n&rsquo;importe quel type d&rsquo;attaque<\/em><\/strong><em>, y compris l&rsquo;attaque incroyablement r\u00e9duite selon l&rsquo;affirmation inimitable de Kerry, constitue un acte de guerre, avec toutes les cons\u00e9quences, l\u00e9gislatives, politiques et militaires qu&rsquo;on peut attendre. Pour l&rsquo;imm\u00e9diat, elles tendent \u00e0 renforcer l&rsquo;opposition au Congr\u00e8s \u00e0 un soutien \u00e0 Obama; pour le terme \u00e0 venir tr\u00e8s vite, elles tiennent ouverte la possibilit\u00e9 d&rsquo;une br\u00e8che importante au sein du gouvernement &#8230; A posteriori, elles donnent du cr\u00e9dit aux rumeurs de menaces de d\u00e9mission de Hagel et de Dempsey en cas d&rsquo;attaque sans l&rsquo;accord du Congr\u00e8s, qui ont pu contribuer \u00e0 conduire Obama \u00e0 demander au Congr\u00e8s d&rsquo;intervenir, et qui pourraient ressurgir dans un cas de figure de l&rsquo;\u00e9volution de la situation ramenant au premier plan la possibilit\u00e9 d&rsquo;une attaque US sans l&rsquo;accord du Congr\u00e8s.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend alors o\u00f9 nous voulons en venir,  savoir, dans quelle mesure on ne se trouve pas, dans le cas ukrainien, et dans la perspective d&rsquo;un possible conflit o\u00f9 forces Russes et US pourraient se trouver dans une situation de confrontation directe, dans un cas similaire pour ce qui serait une position conjointe Hagel-Dempsey. Dans ce cas, la discr\u00e9tion de Hagel (et celle de Dempsey) prend une tout autre signification parce qu&rsquo;elle implique la possibilit\u00e9 d&rsquo;une crise tr\u00e8s grave au sein de l&rsquo;ex\u00e9cutif am\u00e9ricaniste en cas d&rsquo;une situation extr\u00eame dont la crise ukrainienne est certainement grosse. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette hypoth\u00e8se ne se place certainement pas dans un contexte qui tendrait \u00e0 la d\u00e9mentir, particuli\u00e8rement pour les chefs militaires US. Depuis le 11 septembre 2001, les chefs militaires US en g\u00e9n\u00e9ral,  sauf ceux qui s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre des g\u00e9n\u00e9raux compl\u00e8tement politiques, comme Petraeus,  sont de plus en plus mal \u00e0 l&rsquo;aise avec les aventures militaires du pouvoir civil. (M\u00eame l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak avait vu une opposition affirm\u00e9e du chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;US Army, qui lui avait valu un d\u00e9part anticip\u00e9 de son poste assimilable \u00e0 un limogeage.) Ces diverses aventures militaires sont le plus souvent inspir\u00e9es par les centres d&rsquo;influence civils bellicistes, type-<em>neocons<\/em>, bien plus que par les militaires,  y compris, pour l&rsquo;un des derniers en date qui est le <em>surge<\/em> militaire en Afghanistan en 2010 (renforcement de 30 000 hommes, termin\u00e9 par un \u00e9chec complet), dont Gates rapporte dans ses m\u00e9moires qu&rsquo;il fut convaincu de le demander \u00e0 Obama par Robert Kagan, un des meneurs <em>neocon<\/em> (et mari de Victoria Nuland). Divers \u00e9pisodes ont confirm\u00e9 cette analyse, notamment la longue bataille silencieuse entre l&rsquo;US Navy et la direction politique (Cheney &#038; Cie) pour \u00e9viter des manuvres de provocation conduisant \u00e0 un affrontement avec l&rsquo;Iran. (Voir par exemple le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_porte-avions_volant_18_07_2007.html\" class=\"gen\">18 juillet 2007<\/a>, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-fallon_d_couvert_24_09_2007.html\" class=\"gen\">24 septembre 2007<\/a>, le  <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_militaires_us_dernier_rempart_contre_la_guerre_02_10_2007.html\" class=\"gen\">2 octobre 2007<\/a>, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position des militaires US, influen\u00e7ant souvent les directions civiles qui se succ\u00e8dent au Pentagone, peut para\u00eetre surprenante, si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 l&rsquo;image h\u00e9g\u00e9monique et  expansionniste des USA. Elle correspond pourtant \u00e0 des caract\u00e8res tr\u00e8s pr\u00e9cis et largement document\u00e9s. Il y a d&rsquo;abord la prudence des militaires, confront\u00e9s \u00e0 des actions diverses, par rapport au pouvoir civil lorsqu&rsquo;il est sous influence de maximalistes, qui ne s&#8217;embarrasse gu\u00e8re de d\u00e9tails techniques ni de la simple trag\u00e9die de la guerre. (On a beaucoup reproch\u00e9 aux maximalistes type-<em>neocons<\/em> et associ\u00e9s d&rsquo;\u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral de la sorte qui sut \u00e9viter le service des armes et ne connut jamais les horreurs de la guerre. Hagel est l&rsquo;un des rares hommes politiques US qui \u00e9chappe \u00e0 cette r\u00e8gle sans gloire, puisqu&rsquo;il servit au Vietnam dans une unit\u00e9 combattante.) Il y a ensuite une perception plus aigue des incertitudes de la guerre (<em>the fog of the war<\/em>), pouvant conduire \u00e0 des risques importants pour les forces arm\u00e9es US dans les engagements envisag\u00e9s. Ce point est notamment valable pour les Russes, pour lesquels les militaires US ont beaucoup plus de respect de leurs capacit\u00e9s militaires que les experts et commentateurs civils du bloc BAO, sous influence sinon partie prenante du <em>War Party<\/em> des extr\u00e9mistes bellicistes. Enfin, il y a un certain confort bureaucratique, tr\u00e8s fort chez les militaires US, qui leur fait pr\u00e9f\u00e9rer leurs structures mondiales en place (bases, accords, etc.) \u00e0 des aventures militaires, et privil\u00e9gier dans tous les cas les batailles internes pour leur statut, leur part budg\u00e9taire, leur influence bureaucratique, etc., \u00e0 ces m\u00eames aventures qui excitent tant les extr\u00e9mistes civils.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour ce qui concerne le cas des Russes, les restes de l&rsquo;exp\u00e9rience de la Guerre froide font que cet adversaire est extr\u00eamement respect\u00e9 par les militaires US, comme on a pu le voir lors d&rsquo;auditions au Congr\u00e8s concernant la Syrie, \u00e9quip\u00e9e d&rsquo;armements russe de d\u00e9fense a\u00e9rienne (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_pentagone_r_alise_les_limites_de_sa_puissance_08_03_2012.html\" class=\"gen\">8 mars 2012<\/a>). La chose est d&rsquo;autant plus valable que les militaires US partagent avec les Russes un risque commun et terrible qui est l&rsquo;escalade vers l&rsquo;affrontement nucl\u00e9aire, et que les g\u00e9n\u00e9raux US,  sauf peut-\u00eatre certains g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;USAF,  n&rsquo;ont plus rien de commun avec un sentiment qu&rsquo;on rencontrait dans les ann\u00e9es 1950, avec un g\u00e9n\u00e9ral LeMay (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-paul_lashmar_spy_flights_in_the_cold_war_15_05_2001.html\" class=\"gen\">15 mai 2001<\/a>), concernant les perspectives souhaitables et joyeuses d&rsquo;une attaque nucl\u00e9aire de l&rsquo;URSS. (La question de l&#8217;emploi du nucl\u00e9aire aurait engendr\u00e9 une pol\u00e9mique gravissime o\u00f9, selon Seymour Hersh en 2006, on fut proche d&rsquo;une r\u00e9volte des g\u00e9n\u00e9raux passant par des d\u00e9missions en masse au Pentagone, en 2006, lorsque l&rsquo;administration GW Bush envisagea l&rsquo;usage du nucl\u00e9aire contre l&rsquo;Iran [voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-qui_n_a_pas_son_plan_d_attaque_09_04_2006.html\" class=\"gen\">9 avril 2006<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-comment_gw_a_abandonn_l_option_nucl_aire_03_07_2006.html\" class=\"gen\">3 juillet 2006<\/a>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi peut-on voir se renforcer l&rsquo;hypoth\u00e8se que le quasi-silence de Hagel (et de Dempsey) \u00e0 propos de la crise ukrainienne pourrait bien ressembler \u00e0 celui qui caract\u00e9risa \u00e9galement ces deux hommes durant la crise syrienne, y compris avec les bruits largement cr\u00e9dibles d&rsquo;une d\u00e9mission en cas d&rsquo;engagement des forces US en Syrie. Dans ce cas de la crise ukrainienne, l&rsquo;hypoth\u00e8se deviendrait une hypoth\u00e8que qui p\u00e8serait sur la coh\u00e9sion dans son ensemble de l&rsquo;appareil militaire et de s\u00e9curit\u00e9 nationale des USA, dans le cas, qui n&rsquo;appara\u00eet plus du tout improbable, o\u00f9 les USA seraient conduits \u00e0 une \u00e9preuve de force avec la Russie. En effet, pour nombre de chefs militaires US, et plut\u00f4t pour ceux qui sont plac\u00e9s aux postes de commandement ultimes au sein du JCS, l&rsquo;Ukraine ne constitue en aucun cas, en aucune fa\u00e7on et de quelque fa\u00e7on qu&rsquo;on le consid\u00e8re, un enjeu de s\u00e9curit\u00e9 nationale o\u00f9 l&rsquo;on puisse envisager de risquer une seule seconde jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;existence m\u00eame des USA dans un affrontement pouvant aller \u00e0 une quasi-destruction r\u00e9ciproque au cours d&rsquo;un affrontement nucl\u00e9aire strat\u00e9gique. C&rsquo;est dire les remous probables titanesques, selon les cas, notamment dans ces cas o\u00f9 il pourrait y avoir d\u00e9lib\u00e9ration avant d&rsquo;envisager \u00e0 en arriver \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon supr\u00eame du possible affrontement nucl\u00e9aire&#8230; (En effet, il existe des cas o\u00f9 l&rsquo;affrontement nucl\u00e9aire peut aussi d\u00e9pendre, notamment au niveau tactique, de circonstances de terrain, comme le rappelle Loren B. Thompson dans son article que nous commentions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_sc_narios_du_pire_28_04_2014.html\" class=\"gen\">15 avril 2014<\/a>. Ce cas, o\u00f9 la d\u00e9lib\u00e9ration avant l&#8217;emploi est impossible par d\u00e9finition, rend d&rsquo;autant plus pr\u00e9occupante, sinon effrayante, la crise ukrainienne, y compris pour les chefs militaires US.)  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn se trouve alors devant un cas tr\u00e8s singulier par rapport \u00e0 la structure et \u00e0 l&rsquo;orientation du <em>National Security State<\/em> (NSS) : sa principale circonstance se d\u00e9finit dans une situation o\u00f9 une partie importante de cette structure pourrait en arriver \u00e0 se trouver dans une situation de quasi-dissidence par rapport \u00e0 l&rsquo;orientation g\u00e9n\u00e9rale du NSS sous l&rsquo;impulsion de la fraction des extr\u00e9mistes civils. Il s&rsquo;agit \u00e9videmment d&rsquo;une situation qui ne doit pas \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 une soudaine vertu pacifiste, sinon fondamentalement antiSyst\u00e8me, de cette composante militaire, mais plut\u00f4t d&rsquo;une situation o\u00f9 tous les \u00e9quilibres traditionnels sont rompus, o\u00f9 les structures m\u00eame de cette entit\u00e9 qu&rsquo;est le NSS sont compromises par cette rupture. Il faut bien entendu voir l\u00e0 l&rsquo;action des groupes civils \u00e0 la capacit\u00e9 de communication d&rsquo;une importance disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 leur puissance quantitative r\u00e9elle, et par cons\u00e9quent d&rsquo;une influence consid\u00e9rable et, elle aussi, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e,  des groupes de type <em>neocon<\/em>, R2P, etc. (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-hyst_ries_en_m_nage_neocons_et_r2p_21_04_2014.html\" class=\"gen\">21 avril 2014<\/a>). On se trouve devant un cas de plus mais d&rsquo;une importance consid\u00e9rable au sein du Syst\u00e8me, o\u00f9 des entit\u00e9s destin\u00e9es \u00e0 un travail de d\u00e9structuration et de dissolution, tel le NSS d\u00e8s l&rsquo;origine, ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es pour produire leur effort de se structurer elles-m\u00eames, et rencontrent ainsi, retourn\u00e9 contre elles, le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne inverti de d\u00e9structuration-dissolution. (Ce processus est d\u00e9crit dans le <em>Glossaire.dde<\/em> consacr\u00e9 a l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me, voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_l_effondrement_du_syst_me_12_01_2014.html\" class=\"gen\">12 janvier 2014<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit \u00e9videmment d&rsquo;un argument de plus pour rendre compte de l&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9, de l&rsquo;extr\u00eame incontr\u00f4labilit\u00e9, de l&rsquo;extr\u00eame gravit\u00e9 de la crise ukrainienne. Il renforce, pour le cas du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, le jugement \u00e9mis en son temps,  en substituant l&rsquo;Ukraine \u00e0 l&rsquo;Iran, toutes ces crises ayant des caract\u00e8res de similitude dans leurs effets indirects,  par le n\u00e9o-s\u00e9cessionniste du Vermont Thomas Naylor qui, lors d&rsquo;une rencontre avec Christopher Hedges (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-voici_les_n_o-s_cessionnistes__26_04_2010.html\" class=\"gen\">26 avril 2010<\/a>), estimait : \u00ab<em>There are three or four possible scenarios that will bring down the empire, Naylor said. One possibility is a war with Iran<\/em>\u00bb (dans ce cas bien plus mena\u00e7ant, l&rsquo;Ukraine \u00e0 la place de l&rsquo;Iran certes). Certes, chaque jour qui passe, chaque nouvel \u00e9v\u00e9nement, chaque nouvelle hypoth\u00e8se, constituent un \u00e9l\u00e9ment de plus pour faire de cette crise une candidate \u00e9vidente au titre de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_crise_haute_ultime__24_03_2014.html\" class=\"gen\">crise haute ultime<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la recherche de Chuck Hagel 5 mai 2014 Rappelez-vous la course \u00e0 la guerre contre l&rsquo;Irak, l&rsquo;agitation folle apr\u00e8s 9\/11. L&rsquo;homme le plus en pointe, le plus guerrier, le plus belliqueux, le plus bavard, l&rsquo;homme qui semblait dicter la politique US, \u00e9tait bien entendu le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld. 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