{"id":73929,"date":"2011-07-27T04:36:57","date_gmt":"2011-07-27T04:36:57","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/27\/que-dire-de-laffaire-murdoch\/"},"modified":"2011-07-27T04:36:57","modified_gmt":"2011-07-27T04:36:57","slug":"que-dire-de-laffaire-murdoch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/07\/27\/que-dire-de-laffaire-murdoch\/","title":{"rendered":"Que dire de l&rsquo;affaire Murdoch?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Que dire de l&rsquo;affaire Murdoch? <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t Murdoch, banalit\u00e9 de notre temps ou cas pathologique? En l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;affaire, il nous parait difficile de formuler une opinion d\u00e9finitive. Le mieux sera d&rsquo;observer comment le scandale \u00e9voluera dans les prochaines semaines. Nous sommes \u00e9videmment tous concern\u00e9s <\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Que dire de l&rsquo;affaire? Certains commentateurs r\u00e9pondront rien. Les Murdoch ont toujours exist\u00e9<\/h4>\n<p>Dans les dictatures, la presse dispose de peu de libert\u00e9s en propre. Elle est directement soumise au pouvoir politique. Dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, on constate le ph\u00e9nom\u00e8ne contraire: le pouvoir politique y est plus ou moins soumis \u00e0 la presse. Ceci depuis que la presse existe et dans tous les pays sans exceptions. Inutile de rappeler ici l&rsquo;influence prise dans l&rsquo;histoire r\u00e9cente par ce que l&rsquo;on appelle les magnats de la presse et par les groupes financiers cr\u00e9es par eux pour rassembler sous leur contr\u00f4le le maximum de maisons d&rsquo;\u00e9dition et de journaux. N\u00e9cessairement ces structures, les hommes qui les dirigent et les journalistes \u00e0 leur service peuvent jouer un r\u00f4le important pour servir ou desservir les pouvoirs en place, favoriser ou affaiblir les oppositions. Les hommes politiques le savent et d\u00e9ploient le maximum de s\u00e9ductions pour se faire entendre d&rsquo;eux. En contrepartie, les repr\u00e9sentants de la presse s&rsquo;appuient sur les hommes politiques pour accroitre leur influence et leurs profits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;audiovisuel, le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;est \u00e9tendu. La radio et la t\u00e9l\u00e9vision touchent pratiquement d\u00e9sormais tous les citoyens. Les groupes de presse traditionnels (la presse-papier), auraient perdu une partie de leurs pouvoirs s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas tent\u00e9 de prendre le contr\u00f4le des nouveaux m\u00e9dias. Mais ce faisant, ils se sont trouv\u00e9s en concurrence avec les entreprises capitalistes qui utilisent ceux-ci, \u00e0 travers la publicit\u00e9, pour d\u00e9velopper leur influence sur les consommateurs. Les messages publicitaires ne sont pas toujours coh\u00e9rents avec les messages directement politiques, bien que les uns et les autres concourent \u00e0 la mise en place d&rsquo;un syst\u00e8me peu favorable \u00e0 l&rsquo;autonomie de la pens\u00e9e indispensable au fonctionnement de la d\u00e9mocratie. Il reste que les patrons de presse habiles savent parfaitement rassembler dans leurs mains l&rsquo;ensemble des m\u00e9dias, afin de b\u00e2tir des empires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn objectera que r\u00e9cemment, l&rsquo;explosion de l&rsquo;internet et des r\u00e9seaux sociaux a multipli\u00e9 les occasions d&rsquo;expression offertes aux citoyens. Il en r\u00e9sulte la formation d&rsquo;une opinion publique difficile \u00e0 contr\u00f4ler et m\u00eame \u00e0 analyser par les faiseurs d&rsquo;opinions m\u00e9diatiques et politiques. Les groupes de presse tentent dans une certaine mesure d&rsquo;influencer en leur faveur les contenus d&rsquo;expression sur ces nouveaux supports. Mais ils n&rsquo;y r\u00e9ussissent qu&rsquo;imparfaitement. Cependant, encore aujourd&rsquo;hui, les opinions s&rsquo;exprimant sur internet en dehors de l&rsquo;influence directe des m\u00e9dias restent trop dispers\u00e9es pour exercer r\u00e9ellement un contre-pouvoir \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des entreprises de presse et de leurs patrons. D&rsquo;o\u00f9 la persistance dans tous les pays de l&rsquo;influence dont jouissent ces derniers. Chaque d\u00e9mocratie, notamment en Am\u00e9rique et en Europe, dispose donc de l&rsquo;\u00e9quivalent de personnalit\u00e9s d&rsquo;influence telles que Rupert Murdoch en Grande Bretagne et aux Etats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes mesures l\u00e9gislatives destin\u00e9es \u00e0 limiter la concentration dans les groupes de presse, afin d&rsquo;assurer la pluralit\u00e9 des opinions, ont  toujours \u00e9t\u00e9 ressenties comme n\u00e9cessaires, notamment \u00e0 gauche. Mais elles sont pratiquement sans influence. Ainsi en France une loi dite Hersant ou anti-Hersant avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en ce sens en 1984 mais elle fut abrog\u00e9e d\u00e8s 1986 devant les r\u00e9sistances des patrons des m\u00e9dias, plaidant la difficult\u00e9 de d\u00e9finir et faire appliquer le concept de pluralit\u00e9. Dans l&rsquo;audio-visuel, le CSA est depuis charg\u00e9 d&rsquo;assurer un certain pluralisme des opinions mais son action demeure marginale, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il est directement soumis \u00e0 l&rsquo;influence du pouvoir politique.<\/p>\n<h4>Pour d&rsquo;autres commentateurs, l&rsquo;affaire Murdoch est v\u00e9ritablement exceptionnelle<\/h4>\n<p>On peut y voir en effet la captation \u00e0 un niveau encore jamais vu des moyens d&rsquo;un grand Etat d\u00e9mocratique par un v\u00e9ritable gang. Prenons une image. Supposons un d\u00e9fil\u00e9 naval o\u00f9 tous les Etats seraient repr\u00e9sent\u00e9s par un vaisseau amiral. Que se passerait-t-il si une petite \u00e9quipe de pirates s&#8217;emparait discr\u00e8tement du vaisseau battant le pavillon britannique, sans rien modifier dans un premier temps au commandement de ce navire. Le chef de cette \u00e9quipe deviendrait le patron effectif, mais ni le commandant ni l&rsquo;\u00e9quipage ne seraient chang\u00e9s. Ceux-ci seraient seulement, par un m\u00e9lange de corruption et de menaces, voire de coca\u00efne, convaincus de servir les int\u00e9r\u00eats des pirates. Les autres commandants de navires continueraient donc dans un premier temps \u00e0 faire confiance au commandant du vaisseau britannique, m\u00eame si celui-ci se lan\u00e7ait, pour complaire aux pirates, dans des manuvres dangereuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 un tel coup d&rsquo;Etat interne que s&rsquo;est livr\u00e9 Rupert Murdoch et son \u00e9quipe. Contrairement \u00e0 l&rsquo;affaire du Watergate aux Etats-Unis, n\u00e9e de la r\u00e9v\u00e9lation en 1974 par les journalistes du Washington Post des malversations du pouvoir r\u00e9publicain visant \u00e0 espionner le parti d\u00e9mocrate, l&rsquo;affaire Murdoch est n\u00e9e de la r\u00e9v\u00e9lation des manuvres de la presse tablo\u00efde appartenant au groupe Murdoch pour contr\u00f4ler le pouvoir politique et administratif britannique. On a d\u00e9couvert ces jours-ci jusqu&rsquo;o\u00f9 sont all\u00e9s ces manuvres: corruption de Scotland Yard pourtant parangon dans l&rsquo;opinion de toutes les vertus civiques du royaume, corruption et menaces portant sur un grand nombre de parlementaires appartenant \u00e0 un pays pr\u00e9sent\u00e9 comme la m\u00e8re des parlements, complicit\u00e9 active probable du Premier ministre. Certes d\u00e8s le temps de Margaret Thatcher le parti conservateur s&rsquo;\u00e9tait appuy\u00e9 politiquement sur le groupe Murdoch, mais c&rsquo;est bien ce dernier et son chef, malgr\u00e9 ses d\u00e9n\u00e9gations, qui a pris ces derniers temps l&rsquo;initiative des \u00e9coutes \u00e0 grande \u00e9chelle, des corruptions et des chantages. C&rsquo;est bien lui qui a finalement, pour poursuivre notre comparaison, pris le contr\u00f4le du navire britannique \u00e0 l&rsquo;insu des autres commandants de navire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne semble pas, pour autant que l&rsquo;on soit bien inform\u00e9, qu&rsquo;un tel ph\u00e9nom\u00e8ne de prise de pouvoir g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 par un groupe de presse ayant asservi une majorit\u00e9 politique, se soit produit ailleurs. Ni aux Etats-Unis, malgr\u00e9 le poids pris par des m\u00e9dias tels que Fox News, ni en France malgr\u00e9 les connivences entre le gouvernement et tel ou tel groupe m\u00e9diatique. La diversit\u00e9 des sources et des opinions reste suffisantes pour qu&rsquo;\u00e0 ce jour un coup d&rsquo;Etat, r\u00e9el ou virtuel, associant le pouvoir et la presse ne puisse se produire. Les risques demeurent mais l&rsquo;\u00e9quivalent de l&rsquo;affaire Murdoch ne semble pas tr\u00e8s probable dans l&rsquo;imm\u00e9diat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut alors de demander comment la Grande Bretagne se tirera de ce mauvais pas. En bonne logique, les responsables du coup d&rsquo;Etat comme leurs complices, \u00e0 tous les niveaux du corps politiques, devraient d\u00e9missionner et \u00eatre mis au ban de l&rsquo;opinion. A commencer par Murdoch lui-m\u00eame mais aussi David Cameron. Or il ne semble pas que l&rsquo;affaire s&rsquo;achemine vers une telle fin, pourtant n\u00e9cessaire au renouveau de la confiance en les vertus de la d\u00e9mocratie occidentale. Si rien ne se passait, nous pourrions faire le constat, paraphrasant Shakespeare, que d\u00e9finitivement something is rotten in the State of England. Mais il faudrait aller plus loin, en se persuadant que le syst\u00e8me corporatocratique actuellement dominant dans le monde, dont Murdoch est le symbole,  ne touche pas seulement la Grande Bretagne mais tous les pays, notamment europ\u00e9ens, qui s&rsquo;accommoderaient de ce scandale et passeraient l&rsquo;\u00e9ponge.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que dire de l&rsquo;affaire Murdoch? Murdoch, banalit\u00e9 de notre temps ou cas pathologique? En l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;affaire, il nous parait difficile de formuler une opinion d\u00e9finitive. Le mieux sera d&rsquo;observer comment le scandale \u00e9voluera dans les prochaines semaines. Nous sommes \u00e9videmment tous concern\u00e9s Que dire de l&rsquo;affaire? 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