{"id":74080,"date":"2011-09-22T09:44:10","date_gmt":"2011-09-22T09:44:10","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/09\/22\/la-turquie-et-lhypothese-gaullienne\/"},"modified":"2011-09-22T09:44:10","modified_gmt":"2011-09-22T09:44:10","slug":"la-turquie-et-lhypothese-gaullienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/09\/22\/la-turquie-et-lhypothese-gaullienne\/","title":{"rendered":"La Turquie et l&rsquo;hypoth\u00e8se gaullienne"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La Turquie et l&rsquo;hypoth\u00e8se gaullienne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t22 septembre 2011  On commence \u00e0 le savoir m\u00eame chez ceux qui n&rsquo;aiment pas les changements, comme nous l&rsquo;avons maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans les pages de ce site depuis plusieurs semaines : la Turquie occupe aujourd&rsquo;hui une position exceptionnelle dans les relations internationales et imprime \u00e0 la grande <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_chaine_crisique_ddecrisis_02_04_2011.html\" class=\"gen\">cha\u00eene crisique<\/a>, directement depuis quelques semaines, un rythme qui ne l&rsquo;est pas moins. Nous nous demandons ici \u00e0 quoi correspond cette politique, quels sont ses fondements et comment elle s&rsquo;en d\u00e9velopp\u00e9e, et quels sont ses buts.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi ce type de commentaire est souvent centr\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on conjoncturelle sur Erdogan, qui a sans aucun doute ses qualit\u00e9s propres, il ne fait aucun doute qu&rsquo;il y a une pens\u00e9e collective dans la direction turque pour la conception et la r\u00e9alisation de cette politique. On cite notamment le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, Ahmet Davutoglu, qui fut auparavant au cabinet d&rsquo;Erdogan. Anthony Shahid, du New York <em>Times<\/em>, ne manquait certes pas, le <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2011\/09\/19\/world\/middleeast\/turkey-predicts-partnership-with-egypt-as-regional-anchors.html?_r=2\" class=\"gen\">18 septembre 2011<\/a>, de souligner la dimension intellectuelle de la d\u00e9marche de Davutoglu :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>The foreign minister, 52, remains more scholar than politician, though he has a diplomat&rsquo;s knack for bridging divides. Cerebral and soft-spoken, he offered a speech this summer to Libyan rebels in Benghazi  in Arabic. Soon after the revolution in Tunisia, he hailed the people there as the sons of Ibn Khaldoun, one of the Arab world&rsquo;s greatest philosophers, born in Tunis in the 14th century. We&rsquo;re not here to teach you, he said. You know what to do. Ibn Khaldoun&rsquo;s grandsons deserve the best political system.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous verrons qu&rsquo;il y a au-dessus de tout cela, des volont\u00e9s et des conceptions des hommes en charge, une logique et une dynamique dans la politique d\u00e9velopp\u00e9e par la Turquie, qui se marient avec un courant antiSyst\u00e8me sup\u00e9rieur. Ce sont \u00e9videmment ces aspects qui nous int\u00e9ressent principalement, cette dynamique sup\u00e9rieure et la position qu&rsquo;on peut lui attribuer dans notre sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral de la situation de crise o\u00f9 nous nous trouvons. Il y a longtemps qu&rsquo;Erdogan et son parti sont au pouvoir mais il y a beaucoup moins de temps qu&rsquo;ils sont devenus r\u00e9volutionnaires comme on les voit aujourd&rsquo;hui. Nous pensons qu&rsquo;il y a, dans cette \u00e9volution r\u00e9cente, des facteurs conjoncturels et des facteurs structurels, des facteurs propres \u00e0 la direction turque et des facteurs propres \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des relations internationales. Nous allons essayer de proposer un calendrier qui nous soit propre, de l&rsquo;\u00e9volution turque. Ensuite, nous tenterons d&rsquo;analyser la substance de cette \u00e9volution dans la r\u00e9sultante dynamique qu&rsquo;on constate aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;abord, d&rsquo;o\u00f9 vient la Turquie, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du parti islamiste mod\u00e9r\u00e9 d&rsquo;Erdogan, situation plus ou moins verrouill\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 ?  C&rsquo;est la Turquie la\u00efque d&rsquo;<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mustafa_Kemal_Atat\u00fcrk\" class=\"gen\">Ataturk<\/a>, dont la r\u00e9volution moderniste dans l&rsquo;ancien empire ottoman est c\u00e9l\u00e8bre. Cette rupture, passage de l&#8217;empire ottoman \u00e0 la Turquie moderne, est bien assez connue pour n&rsquo;avoir pas besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e ici. On rappellera un point sp\u00e9cifique int\u00e9ressant ; le <em>Wikipedia<\/em>de <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mustafa_Kemal_Atat\u00fcrk\" class=\"gen\">langue anglaise<\/a> mentionne (au contraire de la version fran\u00e7aise) qu&rsquo;Ataturk est  <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Encyclopaedia_Judaica\" class=\"gen\">r\u00e9f\u00e9renc\u00e9<\/a> dans l&rsquo;<em>Encyclopedia Judaica<\/em> comme <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Doenmeh\" class=\"gen\">d&rsquo;appartenance<\/a> au groupe <em>do\u00ebnme<\/em> (selon la d\u00e9finition donn\u00e9e par <em>Wikipedia<\/em> : \u00ab<em>refers to a group of crypto-Jews in the Ottoman Empire and present-day Turkey who openly affiliated with Islam and secretly practiced a form of Judaism called Sabbateanism<\/em>\u00bb). Ce caract\u00e8re particulier du fondateur de la Turquie moderne a aliment\u00e9 \u00e9videmment nombre de sp\u00e9culations sur le d\u00e9veloppement de la Turquie moderne et, dans la deuxi\u00e8me partie du XX\u00e8me si\u00e8cle, sur la proximit\u00e9 de la Turquie d&rsquo;Isra\u00ebl jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des islamistes d&rsquo;Erdogan. Quoi qu&rsquo;il en soit, la Turquie, dans le reclassement de la Guerre froide et jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1990, fut un formidable territoire de corruption pour l&rsquo;am\u00e9ricanisme. La classe politique qui se disait directement h\u00e9riti\u00e8re d&rsquo;Ataturk avait des liens qu&rsquo;on aurait crus g\u00e9n\u00e9tiques avec le complexe militaro-industriel US ; il devrait \u00eatre connu que, dans les ann\u00e9es 1980, un parti actif aux affaires, la\u00efque et pro-occidentaliste, re\u00e7ut exactement $40 millions de General Dynamics pour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, dans le cadre de l&rsquo;achat du F-16 par la Turquie (en 1993, Lockheed Martin racheta la division avions de combat, avec le F-16, \u00e0 General Dynamics).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La Turquie \u00e9tait donc jusqu&rsquo;alors, jusque dans les ann\u00e9es 1990, un pays puissant, strat\u00e9giquement essentiel dans le dispositif du bloc am\u00e9icaniste-occidentaliste (BAO), avec une arm\u00e9e puissante, garante de l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Ataturk et li\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 avec sa correspondante US ; un pays qui, malgr\u00e9 sa religion officielle, appartenait \u00e0 l&rsquo;aire culturelle et militaire de ce bloc BAO, avec son r\u00f4le important dans la lutte anti-communiste et l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;URSS, avec sa corruption end\u00e9mique et syst\u00e9matique, son appartenance \u00e0 l&rsquo;OTAN, sa position de d\u00e9fense d&rsquo;Isra\u00ebl en flanc-garde. En contrepartie, sa souverainet\u00e9 et sa l\u00e9gitimit\u00e9, et son identit\u00e9 par cons\u00e9quent, \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;aune de cette situation politique, totalement de simulacre ; on ne voit alors gu\u00e8re la diff\u00e9rence, de ce point de vue, avec l&rsquo;Egypte de Moubarak \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 (\u00e0 partir de 1981, avec l&rsquo;assassinat de Sadate) ; ainsi les deux pays semblaient-ils alors suivre (d\u00e9j\u00e0 ?) un destin commun Puis le simulacre s&rsquo;effondre, sous le poids d&rsquo;une corruption qui finit par \u00e9puiser m\u00eame ses prometteurs, avec une crise majeure de l&rsquo;<em>establishment<\/em> pro-am\u00e9ricaniste au pouvoir. Surviennent donc les islamistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le premier accroc s\u00e9rieux dans la posture pro-am\u00e9ricaniste de la Turquie intervint \u00e0 la fin de l&rsquo;hiver 2002-2003 lorsque le Parlement turc, fort d\u00e9mocratiquement, refusa l&rsquo;autorisation de passage terrestre \u00e0 une division de l&rsquo;U.S. Army qui devait participer \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak par le Nord. Fort d\u00e9mocratiquement, le gouvernement turc s&rsquo;ex\u00e9cuta, et le Pentagone fit son invasion sans son corridor terrestre en Turquie. Contemplant avec consternation l&rsquo;entreprise am\u00e9ricaniste en Irak, la Turquie lan\u00e7a une nouvelle politique qui marquait une premi\u00e8re orientation ind\u00e9pendante, explorant essentiellement une nouvelle aire d&rsquo;ind\u00e9pendance vers le Nord et vers l&rsquo;Est, vers la Russie et le Caucase, et le reste dans cette r\u00e9gion (notamment les arrangements pour l&rsquo;exploitation et le transfert de l&rsquo;\u00e9nergie). L&rsquo;aire d&rsquo;appartenance du pays pivotait donc de 150\u00b0 mais, fort curieusement, par le haut, de l&rsquo;aire euroatlantique \u00e0 l&rsquo;aire eurocaucasienne Mais tout cela n&rsquo;est encore que g\u00e9opolitique et ce n&rsquo;est pas encore l&rsquo;essentiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t A notre sens, le tournant conceptuel essentiel, c&rsquo;est l&rsquo;attaque de l&rsquo;Oss\u00e9tie par la G\u00e9orgie et la riposte imm\u00e9diate de la Russie, en ao\u00fbt 2008. A cette \u00e9poque (le 13 ao\u00fbt), Erdogan vint \u00e0 Moscou assurer les Russes du soutien de la Turquie ; et le pr\u00e9sident G\u00fcl donna une interview au <em>Guardian<\/em>, dont nous avions rendu compte le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_singuliere_position_de_la_turquie_18_08_2008.html\" class=\"gen\">18 ao\u00fbt 2008<\/a>, o\u00f9 il assurait, en plus de son soutien \u00e0 la Russie, que le monde \u00e9tait devenu multipolaire et que les USA devaient accepter de transf\u00e9rer certains de leurs pouvoirs \u00e0 d&rsquo;autres centres. Ces diverses interventions turques pr\u00e9paraient ce que nous jugeons \u00eatre le socle de la politique turque actuelle, qui est une restauration de sa souverainet\u00e9 et de sa l\u00e9gitimit\u00e9, et une conception des relations internationales fond\u00e9e sur ces principes pour toutes les entit\u00e9s l\u00e9gitimes. Le discours de Poutine \u00e0 Munich, en f\u00e9vrier 2007 (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_discours_au_marteau_12_02_2007.html?admin=1\" class=\"gen\">12 f\u00e9vrier 2007<\/a>), qui tentait de d\u00e9finir une telle conception arm\u00e9e de ces principes, avait fortement impressionn\u00e9 les dirigeants turcs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Sur ce socle conceptuel, la Turquie va r\u00e9aliser un nouveau changement d&rsquo;orientation de sa politique, disons de 150\u00b0 \u00e0 nouveau, en faisant pivoter son centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat vers le Sud et le Sud-Ouest, vers le Moyen-Orient arabe. Le point central du pivotement est un moment d&rsquo;\u00e9motion furieuse du Premier ministre Erdogan devant un paroxysme du traitement qu&rsquo;Isra\u00ebl est accoutum\u00e9 d&rsquo;infliger au Palestiniens (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_franc-parler_de_la_turquie_08_01_2009.html\" class=\"gen\">8 janvier 2009<\/a>). D\u00e8s l&rsquo;automne de cet ann\u00e9e-l\u00e0, nous nous jugions fond\u00e9s de parler d&rsquo;un mod\u00e8le turc (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-pourquoi_pas_un_modele_turc__14_10_2009.html\" class=\"gen\">14 octobre 2009<\/a>), avec ses aspects institutionnels certes, et appuy\u00e9 \u00e9videmment sur la rupture avec Isra\u00ebl (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-israel_et_turquie_ou_le_desamour_sans_retour_21_10_2009.html\" class=\"gen\">21 octobre 2009<\/a>). Le reste s&rsquo;encha\u00eene, marqu\u00e9 \u00e9videmment par l&rsquo;affaire de la flottille de la libert\u00e9 (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-turquie-israel_la_logique_de_la_confrontation_01_06_2010.html\" class=\"gen\">1er juin 2010<\/a>), jusqu&rsquo;aux r\u00e9centes p\u00e9rip\u00e9ties du mois d&rsquo;ao\u00fbt qui ont marqu\u00e9 un durcissement caract\u00e9ristique de la Turquie. (L&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_turquie_sans_les_generaux_31_07_2011.html\" class=\"gen\">\u00e9limination r\u00e9cente<\/a> des dirigeants militaires turcs en place, avec leurs sentiments k\u00e9malistes et pro-am\u00e9ricanistes, entre \u00e9videmment dans ce sch\u00e9ma.) L&rsquo;exceptionnel aveuglement isra\u00e9lo-am\u00e9ricaniste devant l&rsquo;\u00e9volution turque, appuy\u00e9 sur l&rsquo;habituelle  quincaillerie technologique et psychologique de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_11_novembre_11_11_2008.html\" class=\"gen\">id\u00e9al de puissance<\/a>, allant de l&rsquo;arrogance de la sup\u00e9riorit\u00e9 technologique au m\u00e9pris d&rsquo;un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 confinant \u00e0 une sorte d&rsquo;hyst\u00e9rie de robot, est un fait important de cette affaire. On reconna\u00eet notre basse-cour en pleine activit\u00e9, et l&rsquo;on comprend que cette activit\u00e9 ait largement contribu\u00e9 au reclassement d\u00e9cisif de la Turquie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Personne n&rsquo;avait vu venir le printemps arabe, y compris Erdogan et les Turcs. Mais il y a ceux qui n&rsquo;ont rien vu venir et qui ont pu sans risque laisser venir et ceux qui n&rsquo;ont rien vu venir et qui n&rsquo;en croient toujours pas leurs yeux. Il est manifeste qu&rsquo;Erdogan et la Turquie sont de la premi\u00e8re sorte, les USA et Isra\u00ebl de la seconde. La souplesse, cette sorte de r\u00e9alisme l\u00e9gitimiste avec laquelle les Turcs sont pass\u00e9s de l&rsquo;opposition passive \u00e0 l&rsquo;intervention de l&rsquo;OTAN en Libye au soutien du nouveau pouvoir en Libye, montre qu&rsquo;ils s&rsquo;adaptent ais\u00e9ment aux circonstances sans s&rsquo;encombrer d&rsquo;engagements id\u00e9ologiques. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat, ici, est de mesurer la place que tiennent les principes dans cette attitude politique, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une politique assez commune de r\u00e9alisme mercantile, ou de la politique haute de r\u00e9alisme l\u00e9gitimiste dont nous parlons. Comme on le lit, notre choix d&rsquo;analyse va au second terme de l&rsquo;alternative, sans quoi cette analyse n&rsquo;aurait pas de raison d&rsquo;\u00eatre, dans sa minutie et son orientation approbatrice.<\/p>\n<h3>Une politique antiSyst\u00e8me<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t En effet, nous avons fait un choix manifeste de laisser de c\u00f4t\u00e9, dans tous les cas comme moteur principal de cette dynamique que nous explorons, le facteur r\u00e9gionaliste. En d&rsquo;autres termes, Erdogan n&rsquo;est pas pour nous, essentiellement dans tous les cas, une sorte de nouveau Nasser comme certains le d\u00e9signent. L&rsquo;aspect implicite tr\u00e8s fort des principes mentionn\u00e9s plus haut,  souverainet\u00e9, l\u00e9gitimit\u00e9, identit\u00e9 par cons\u00e9quent,  p\u00e8se bien plus que les aspects de solidarit\u00e9 culturelle, ou religieuse, et la <em>narrative<\/em> id\u00e9ologique qui va avec. Ces deniers aspects sont bien entendu pr\u00e9sents et largement r\u00e9percut\u00e9s, ils ne sont pas inutiles ni d\u00e9testables mais ils sont loin d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;essentiel. Notre approche, du point de vue conceptuel, repose sur une hypoth\u00e8se fondamentale que nous esquissions justement le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_diplomatie-missile_d_erdogan_20_09_2011.html\" class=\"gen\">20 septembre 2011<\/a>, justement \u00e0 propos d&rsquo;un sujet (les anti-missiles BMDE) qui n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement et directement li\u00e9 \u00e0 la situation moyenne-orientale, pour montrer l&rsquo;universalit\u00e9 de cette m\u00eame hypoth\u00e8se. Nous dirions, pour faire bref mais nullement sans substance : l&rsquo;hypoth\u00e8se gaullienne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Extrait du texte r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 : \u00ab<em>D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, avec cet \u00e9largissement de la crise et le passage \u00e0 la dimension strat\u00e9gique fondamentale, on comprend alors que la Turquie est de plus en plus orient\u00e9e pour tenir le r\u00f4le que la France gaullienne tenait en d&rsquo;autres temps.<\/em>\u00bb Bien \u00e9videmment, en employant le qualificatif de gaullien, nous repoussons les assertions qu&rsquo;y mettent avec une ignorance r\u00e9v\u00e9latrice les ennemis de la chose en \u00e9quivalant le terme gaullien avec l&rsquo;arrogance et la grandeur expansionniste au sens napol\u00e9onien ; nous le d\u00e9signons au contraire comme la plus grande vertu de De Gaulle : celle d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le plus grand r\u00e9formateur des concepts de souverainet\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 depuis Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne. Il s&rsquo;agit bien entendu du contraire de l&rsquo;expansionnisme et du supr\u00e9matisme,  de Gaulle est  tout de m\u00eame celui qui a liquid\u00e9 l&#8217;empire colonial fran\u00e7ais en 3 ans ! Il s&rsquo;agit de l&rsquo;esprit constructif [Talleyrand en 1814-1815] contre l&rsquo;esprit aventurier [Bonaparte], selon les observations superbes de Guglielmo Ferrero ; il s&rsquo;agit de la France ramen\u00e9e \u00e0 ses limites naturelles et figurant comme facteur d&rsquo;\u00e9quilibre central en Europe, ce qui est sa fonction naturelle, et s&rsquo;appuyant sur les principes structurants fondamentaux de souverainet\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 qui permettent de vivifier et d&rsquo;affirmer une identit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit bien d&rsquo;une hypoth\u00e8se sur la substance de la nouvelle politique turque, sur son essence de type l\u00e9gitimiste et structurant, aux d\u00e9pens de la seule explication r\u00e9gionaliste \u00e9ventuellement n\u00e9o-panarabe, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment pan-islamiste. (On remarquera que notre hypoth\u00e8se peut \u00e9videmment contenir l&rsquo;autre sans en \u00eatre d\u00e9natur\u00e9e, alors que le contraire doit se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s vite impossible. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une hypoth\u00e8se universelle, faite de principes, au contraire de l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9gionaliste, li\u00e9e \u00e0 des dimensions g\u00e9ographiques, religieuses et culturelles sp\u00e9cifiques, et aux pesanteurs et contraintes qui vont avec.) Les th\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9velopp\u00e9s par Erdogan, qui font appel \u00e0 des perspectives d&rsquo;\u00e9mancipation dans les pays arabes (th\u00e8mes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s en Egypte, en Tunisie et en Libye), refl\u00e8tent, dans l&rsquo;actuel contexte, bien plus notre hypoth\u00e8se que l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9gionaliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa trajectoire turque que nous avons d\u00e9crite plus haut, avec les conditions de l&rsquo;arriv\u00e9e des islamistes, indique que nous jugeons plus importante, pour d\u00e9finir cette arriv\u00e9e des islamistes en Turquie et ses suites, la r\u00e9volution des principes de souverainet\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 que la dimension islamiste elle-m\u00eame. A la fa\u00e7on gaullienne, cette politique conduit \u00e0 rechercher de nouveaux \u00e9quilibres fond\u00e9s sur les principes de la souverainet\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9, chez les autres comme chez le promoteur de cette politique (la Turquie en l&rsquo;occurrence), et nullement une h\u00e9g\u00e9monie ou un <em>leadership<\/em> sur les autres. Pour cette raison, nous jugeons comme de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat les variations classiques des commentaires des esprits imbib\u00e9s de l&rsquo;id\u00e9al de puissance pr\u00e9dominant dans le bloc BAO, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie, de domination, de puissance, qui est le montage brutal qu&rsquo;a impos\u00e9 la politique d\u00e9structurante et pr\u00e9datrice n\u00e9e du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_source_de_tous_les_maux_ddecrisis_10_09_2010.html\" class=\"gen\">d\u00e9cha\u00eenement de la mati\u00e8re<\/a>. Il faut se garder de juger l&rsquo;\u00e9volution de la Turquie \u00e0 l&rsquo;aune des obsessions pathologiques de notre raison subvertie. De ce point de vue, la reconstruction gaullienne de redressement traditionnaliste de la grande politique internationale, bas\u00e9e sur la recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre entre des entit\u00e9s r\u00e9pondant chacune pour son compte aux principes de souverainet\u00e9 et d&rsquo;ind\u00e9pendance, c&rsquo;est-\u00e0-dire au principe d&rsquo;existence ontologique de l&rsquo;identit\u00e9, est une r\u00e9f\u00e9rence qui nous semble bien plus indiqu\u00e9e. (Inutile d&rsquo;ajouter que la France actuelle est, par contre, la compl\u00e8te trahison par abaissement de ce courant gaulliste, donc la compl\u00e8te trahison par abaissement de la politique naturelle de la Grande Nation, aussi bien incarn\u00e9e par un Richelieu, un Vergennes ou un Talleyrand Voyez ce qu&rsquo;il reste de tout cela dans le champ de ruines bling-bling de l&rsquo;\u00e8re-Sarko, et combien ces noms de r\u00e9f\u00e9rence donnent un go\u00fbt de d\u00e9rision et de naus\u00e9e pour ce qu&rsquo;ils en ont fait.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;avons pas dit un seul mot, dans ce tableau, des avatars de la Turquie avec la Europe. La chose n&rsquo;en m\u00e9rite gu\u00e8re. La position des Europ\u00e9ens hostiles \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la Turquie, particuli\u00e8rement de la France sarkozyste justement, rel\u00e8ve d&rsquo;une caricature d&rsquo;interpr\u00e9tation des tensions actuelles, d&rsquo;une bassesse \u00e0 mesure de ces tensions caricatur\u00e9es. La d\u00e9fense du christianisme que pr\u00e9tendent ainsi manifester ces acteurs qui n&rsquo;ont cess\u00e9 de trahir les seules valeurs essentielles aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;h\u00e9ritage chr\u00e9tien (celles qui sont li\u00e9es \u00e0 la Tradition), ne fait qu&rsquo;exprimer les frustrations des contradictions ainsi manifest\u00e9es avec leur <em>narrative<\/em> humanitaire et moderniste, leurs situations int\u00e9rieures et le triste appendice ext\u00e9rieur qu&rsquo;ils nomment politique ext\u00e9rieure. Les situations int\u00e9rieures et les engagements de leurs raisons subverties de ces pays europ\u00e9ens, traduction politique de la modernit\u00e9 en cours d&rsquo;effondrement, sont la v\u00e9ritable menace pesant sur cet h\u00e9ritage chr\u00e9tien,  lequel n&rsquo;a d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que dans la mesure o\u00f9 il conduit \u00e0 soutenir des principes structurants dont la transcription actuelle est la souverainet\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9, et l&rsquo;identit\u00e9. De ce point de vue et en poussant la logique \u00e0 son terme, la Turquie et sa nouvelle politique pourraient \u00eatre paradoxalement d\u00e9sign\u00e9s comme les v\u00e9ritables d\u00e9fenseurs de cette part-l\u00e0 de l&rsquo;h\u00e9ritage chr\u00e9tien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, l&rsquo;Europe actuelle est totalement int\u00e9gr\u00e9e dans le courant d\u00e9structurant et dissolvant en train de se retourner contre lui-m\u00eame (surpuissance passant en autodestruction), que nous \u00e9voquons constamment. Ce courant, qui est celui du bloc BAO, est \u00e9videmment encore plus le moteur des politiques am\u00e9ricanistes et isra\u00e9liennes, telles qu&rsquo;on les retrouve, aujourd&rsquo;hui en pleine d\u00e9b\u00e2cle, au Moyen-Orient. Par cons\u00e9quent, bien entendu, la dynamique turque actuelle ne peut qu&rsquo;entrer en conflit avec ces divers ph\u00e9nom\u00e8nes en d\u00e9composition. La puissance de l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous avons pr\u00e9sent\u00e9e pour d\u00e9finir cette dynamique se manifeste, nous semble-t-il, avec l&rsquo;extraordinaire nouvelle capacit\u00e9 d&rsquo;influence de la Turquie, avec le succ\u00e8s qu&rsquo;Erdogan rencontre dans les diff\u00e9rents pays arabes, sa popularit\u00e9, etc. La r\u00e9serve et la m\u00e9fiance des r\u00e9gimes arabes en place, restes de la p\u00e9riode qui est en train de s&rsquo;effondrer, t\u00e9moignent dans le m\u00eame sens, ainsi que le fait que cette r\u00e9serve et cette m\u00e9fiance n&#8217;emp\u00eachent pas l&rsquo;adh\u00e9sion plus ou moins forc\u00e9e \u00e0 la dynamique turque de ces directions, par souci de survivance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Turquie, Erdogan et sa politique nous semblent constituer, aujourd&rsquo;hui, un des vecteurs d&rsquo;une dynamique antiSyst\u00e8me qui ne cesse de se d\u00e9velopper par toutes les voies et moyens possibles. C&rsquo;est leur rendre justice qu&rsquo;offrir cette hypoth\u00e8se pour mieux appr\u00e9cier le ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;ils constituent. Pour autant, nous r\u00e9p\u00e9tons avec force notre affirmation selon laquelle il n&rsquo;existe aucune certitude que cette politique soit r\u00e9alis\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment, en tant que telle et dans sa vastitude, par les dirigeants turcs ; mais il para\u00eet \u00e9vident que des facteurs essentiels de cette politique sont au cur de la politique turque, et que cette politique turque correspond donc parfaitement au courant antiSyst\u00e8me sup\u00e9rieur qui nous importe ; elle d\u00e9passe <em>de facto<\/em> les conceptions et ambitions nationales et inscrit parfaitement la Turquie, pour la phase historique pr\u00e9sente, dans ce courant antiSyst\u00e8me sup\u00e9rieur qui nous importe. C&rsquo;est, selon nous, l&rsquo;explication de sa puissance d&rsquo;influence actuelle, et donc de son succ\u00e8s dans un monde, et une r\u00e9gion pour le cas, qui n&rsquo;en peuvent plus de supporter l&#8217;empire du Syst\u00e8me. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Turquie et l&rsquo;hypoth\u00e8se gaullienne 22 septembre 2011 On commence \u00e0 le savoir m\u00eame chez ceux qui n&rsquo;aiment pas les changements, comme nous l&rsquo;avons maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans les pages de ce site depuis plusieurs semaines : la Turquie occupe aujourd&rsquo;hui une position exceptionnelle dans les relations internationales et imprime \u00e0 la grande cha\u00eene crisique,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[4646,6911,11513,9591,2631,9550,3737,2685,3579,4169,2774,3555,3178,11514,2746],"class_list":["post-74080","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-antisysteme","tag-arabe","tag-ataturk","tag-davutoglu","tag-de","tag-egypte","tag-erdogan","tag-gaulle","tag-gaullisme","tag-identite","tag-israel","tag-legitimite","tag-printemps","tag-sabbataisme","tag-souverainete"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74080"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74080\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}