{"id":74154,"date":"2011-10-17T12:55:53","date_gmt":"2011-10-17T12:55:53","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/10\/17\/le-choc-de-la-contre-civilisation-relecture-dhuntington\/"},"modified":"2011-10-17T12:55:53","modified_gmt":"2011-10-17T12:55:53","slug":"le-choc-de-la-contre-civilisation-relecture-dhuntington","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/10\/17\/le-choc-de-la-contre-civilisation-relecture-dhuntington\/","title":{"rendered":"Le choc de la contre-civilisation : relecture d&rsquo;Huntington"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Le choc de la contre-civilisation : relecture d&rsquo;Huntington<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tS. P. Huntington, <em>Le choc des civilisations<\/em>, Odile Jacob poches, Paris, 1997, 547 p. (Nous retranscrivons la faute pr\u00e9sente dans la traduction fran\u00e7aise tout au long de l&rsquo;ouvrage : islam avec une minuscule d\u00e9signe la religion, tandis qu&rsquo;Islam avec une majuscule d\u00e9signe la civilisation.) <\/p>\n<h3><em>Le choc des civilisations<\/em>, un pamphlet anti-am\u00e9ricain <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe c\u00e9l\u00e8bre <em>Choc des civilisations<\/em> p\u00e2tit de l&rsquo;audace de son titre \u00e9carlate, propre au tiraillement du pol\u00e9miste : faut-il attirer le lecteur par un titre choc ou suivre la logique de sa th\u00e8se avec un titre plus aseptis\u00e9 ? Huntington a privil\u00e9gi\u00e9 la premi\u00e8re option pour que son ouvrage ait une audience plus large et ne soit pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage exclusif des Think tanks. Pourtant, le grand public ayant une grande facult\u00e9 d&rsquo;illettrisme, leur lecture s&rsquo;est born\u00e9e \u00e0 un titre-slogan et leur compr\u00e9hension \u00e0 de simples on dit. La seconde option avec un titre moins v\u00e9nal de type Recommandation pour \u00e9viter un clash des civilisations aurait eu l&rsquo;avantage d&rsquo;indiquer que ce fameux choc n&rsquo;\u00e9tait pas in\u00e9luctable et qu&rsquo;une modification de l&rsquo;id\u00e9ologie et de la politique occidentale (du Bloc Am\u00e9ricaniste-Occidentaliste) \u00e9tait implor\u00e9e. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe quatri\u00e8me de couverture dans sa version fran\u00e7aise (\u00e9crite s\u00fbrement par un repr\u00e9sentant du Grand public) commence ainsi : \u00ab<em>Menac\u00e9 par la puissance grandissante de l&rsquo;islam (sic ) et de la Chine, l&rsquo;Occident<\/em>\u00bb. Or dans le livre, la situation est invers\u00e9e : c&rsquo;est l&rsquo;action mena\u00e7ante de l&rsquo;Occident \u00e0 l&rsquo;encontre de ces deux civilisations qui provoque une r\u00e9action, une r\u00e9sistance (p. 25) avec les armes \u00e0 disposition (\u00e9conomique et militaire). Un changement d&rsquo;attitude occidental et une prise de conscience du pluralisme mondial mettront un terme au conflit, selon l&rsquo;auteur. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMalheureusement, bien peu ont vu dans cet ouvrage, un pamphlet anti-occidental, pourtant il critique explicitement certaines croyances en vogue tel que les Droits de l&rsquo;homme, la d\u00e9mocratie, l&rsquo;individualisme, l&rsquo;\u00c9tat de droit, l&rsquo;\u00e9galitarisme (p. 266). Il affirme que ce ne sont pas des valeurs universelles et que cette pr\u00e9tention est immorale, fausse et dangereuse (pp. 467-8). Il rejoint ainsi Chesterton dans le paradoxe suivant : les personnes qui s&rsquo;imaginent \u00eatre sans dogme sont justement les plus dogmatiques. <\/p>\n<h3><em>Le choc des civilisations<\/em> \u00e0 l&rsquo;heure actuelle <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e courante, l&rsquo;administration Bush-Rumsfeld (et leurs successeurs) ne fut pas compos\u00e9e de fervents adeptes de cet ouvrage. Aux antipodes des pr\u00e9conisations d&rsquo;Huntington pour limiter le d\u00e9clin de la puissance de l&rsquo;extr\u00eame-occident, la politique ext\u00e9rieure des \u00c9tats-Unis depuis cette \u00e9poque (et m\u00eame avant) a amplifi\u00e9 le choc plut\u00f4t que de le confiner. Par ailleurs, l&rsquo;accueil de cette th\u00e8se dans les autres pays est in\u00e9gal : deux \u00c9tats phares m\u00e9ritent particuli\u00e8rement notre attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Turquie s&rsquo;est efforc\u00e9e de l&rsquo;appliquer \u00e0 la lettre, \u00e0 croire que Davutogl\u00fc \u00e9tait un brillant \u00e9l\u00e8ve en science politique d&rsquo;Huntington. Ce dernier observait que la civilisation islamique \u00e9tait source de conflit, car ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas d&rsquo;un \u00c9tat catalyseur respect\u00e9 internationalement. Il ne voyait que deux pays capables d&rsquo;assumer ce r\u00f4le : l&rsquo;Iran, mais elle est handicap\u00e9e par son chiisme, et la Turquie. Celle-ci devant renoncer \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage la\u00efc d&rsquo;Atat\u00fcrk (p. 262), retrouver une base islamique, rompre symboliquement avec le camp occidental et profiter des liens historiques avec les peuples turcs et anciennement ottomans. L&rsquo;application de ces \u00e9l\u00e9ments est visible ces derniers temps, puisque ce pays est devenu un porte-parole fort des musulmans, mod\u00e9rant ainsi les extr\u00eames. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Russie, le pays avec l&rsquo;id\u00e9ologie la moins discernable au monde (\u00ab<em>On ne peut pas comprendre la Russie par la voie de la raison<\/em>\u00bb disait le po\u00e8te diplomate Tiouttchev au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle, dont le diagnostic est toujours valable), ne pouvait pas \u00eatre cantonn\u00e9e au simple r\u00f4le de figure de proue des pays orthodoxes. Elle a donc men\u00e9 une guerre inter-orthodoxe, jou\u00e9 de son dualisme \u00e9tatique, confin\u00e9 le conflit avec les musulmans caucasiens \u00e0 une affaire de politique int\u00e9rieure tout en maintenant une bonne entente avec les pays islamiques. De surcro\u00eet, elle a fissur\u00e9 les blocs en privil\u00e9giant des relations bilat\u00e9rales (avec les pays europ\u00e9ens notamment) et a r\u00e9ussi une entreprise impossible selon Huntington (p. 192) : une Organisation de Coop\u00e9ration de Shanghai efficace, bien que ses membres soient issus de trois civilisations diff\u00e9rentes (chinoise, orthodoxe et islamique) avec en plus des observateurs bouddhistes et hindouistes. L&rsquo;ambivalente Russie est donc l&#8217;emp\u00eacheur de choquer en paix.<\/p>\n<h3>L&rsquo;impact de la contre-civilisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAssimiler par sophisme, l&rsquo;interventionniste militaire otanien des ann\u00e9es 2000 et ce livre de 1996 sert \u00e0 rejeter certains \u00e9l\u00e9ments exprim\u00e9s per\u00e7us comme nocifs. En effet, le concept de civilisation est une n\u00e9gation de l&rsquo;intangibilit\u00e9 de la nation. Cette derni\u00e8re n&rsquo;\u00e9tant initialement qu&rsquo;un substitut \u00e0 la religion (\u00e0 la Spiritualit\u00e9), le retour \u00e0 une identit\u00e9 bas\u00e9e sur la religion (p. 139) est en substance une mani\u00e8re de clore cette parenth\u00e8se de deux si\u00e8cles. Cette id\u00e9e, influenc\u00e9e par les constantes historiques \u00e9nonc\u00e9es par l&rsquo;historien Fernand Braudel, est de fait une remise en cause du principe \u00e9volutionniste (par le retour \u00e0 une id\u00e9ologie des temps obscurs), contest\u00e9 par toutes les religions (symbolisme du paradis perdu). L&rsquo;Occident, ayant remplac\u00e9 son christianisme romain par le modernisme, se retrouve d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 surtout si son fameux dogme n&rsquo;est plus universellement viable. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe principal reproche omis sur cet ouvrage est la dissociation des concepts occident et moderne. L&rsquo;Occident d\u00e9signe, selon l&rsquo;auteur, les valeurs modernes appliqu\u00e9es dans la sph\u00e8re qui fut autrefois sous domination spirituelle vaticane, tandis que le modernisme s&rsquo;applique au reste du monde. Or, r\u00e9unir ces deux acceptions sous le vocable de contre-civilisation s&rsquo;av\u00e8re plus efficace (et plus pol\u00e9mique), car permet de percevoir tous les modernistes comme des adeptes de la contre-initiation (du Syst\u00e8me) et de concevoir une civilisation chr\u00e9tienne qui serait \u00e9loign\u00e9e de l&rsquo;Occident. Ainsi, le choc d\u00e9crit ne serait plus d\u00fb au caract\u00e8re intrins\u00e8que des civilisations, mais \u00e0 l&rsquo;ingurgitation d&rsquo;un poison et \u00e0 son rejet interne et externe dans chaque aire. Les conflits seraient donc provoqu\u00e9s par des pseudo-gardiens du temple, qui aveugl\u00e9s par leur ignorance ne font que d\u00e9truire leur propre lieu saint.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Isma\u00ebl Malamati<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le choc de la contre-civilisation : relecture d&rsquo;Huntington S. P. Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob poches, Paris, 1997, 547 p. (Nous retranscrivons la faute pr\u00e9sente dans la traduction fran\u00e7aise tout au long de l&rsquo;ouvrage : islam avec une minuscule d\u00e9signe la religion, tandis qu&rsquo;Islam avec une majuscule d\u00e9signe la civilisation.) 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