{"id":74227,"date":"2011-11-08T06:13:13","date_gmt":"2011-11-08T06:13:13","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/11\/08\/agrippa-et-la-vraie-renaissance\/"},"modified":"2011-11-08T06:13:13","modified_gmt":"2011-11-08T06:13:13","slug":"agrippa-et-la-vraie-renaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/11\/08\/agrippa-et-la-vraie-renaissance\/","title":{"rendered":"Agrippa et la vraie Renaissance"},"content":{"rendered":"<p><h4>Extrait de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h4>\n<p>Ci-dessous, on trouve un extrait d&rsquo;une partie \u00e0 para\u00eetre de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> . Cet extrait a pour fonction de compl\u00e9ter le texte de la rubrique <em>DIALOGUES<\/em> de ce m\u00eame 8 novembre 2011. Dans ce m\u00eame texte, on trouve l&rsquo;explication de l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9dition de cet extrait<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet extrait fait \u00ab<em>partie du Deuxi\u00e8me Livre de l&rsquo;ouvrage (titre: Contre-civilisation et r\u00e9sistance). Il s&rsquo;agit de la Deuxi\u00e8me Partie, Mise en perspective du d\u00e9sastre : la Renaissance. Le dernier chapitre tente de rassembler un jugement g\u00e9n\u00e9ral sur la Renaissance par rapport \u00e0 la modernit\u00e9, par rapport \u00e0 notre crise, avec l&rsquo;\u00e9clairage du destin d&rsquo;un \u00e9rudit, l&rsquo;Allemand Agrippa, qui mourut en 1537. Apr\u00e8s sa mort, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 d&rsquo;Agrippa comme un des ma\u00eetres de la philosophie herm\u00e9tiste, ou magie, fut immense (il inspira \u00e0 Goethe son Faust), avant de d\u00e9cro\u00eetre jusqu&rsquo;\u00e0 faire de lui un personnage tr\u00e8s secondaire de la Renaissance. Il est pourtant bien plus repr\u00e9sentatif qu&rsquo;un Erasme par exemple, mais pour d&rsquo;autres raisons que sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 initiale de philosophe herm\u00e9tiste; il l&rsquo;est, surtout parce qu&rsquo;il pr\u00e9sente, par les dilemmes et les angoisses qui marquent son aventure intellectuelle, le v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement historique et spirituel que fut la Renaissance<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Le Nauert dont il est question dans cet extrait est le professeur Charles Nauert, de l&rsquo;universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois, auteur d&rsquo;une biographie d&rsquo;Agrippa, <em>Agrippa et la crise de la pens\u00e9e \u00e0 la Renaissance<\/em>, 2006.)<\/p>\n<h2 class=\"common-article2\">Agrippa et la vraie Renaissance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t[&#8230;]\u00a0\u00ab Il y avait d&rsquo;abord eu, dans mon chef et pour caract\u00e9riser ce passage, l&rsquo;expression de Contre-Renaissance Je l&rsquo;ai finalement abandonn\u00e9e. Une fois men\u00e9es \u00e0 leur terme sa r\u00e9daction et la r\u00e9flexion que cet \u00e9crit engendra \u00e0 mesure qu&rsquo;il se d\u00e9veloppait, l&rsquo;expression Renaissance faussaire appara\u00eet bien mieux appropri\u00e9e comme on l&rsquo;a compris plus haut. Agrippa en serait alors le personnage central, symbolique, le t\u00e9moin \u00e0 charge capital bien qu&rsquo;involontaire, certes bien plus qu&rsquo;un Erasme ou qu&rsquo;un Montaigne aux destins assur\u00e9s, avec leurs choix faits, bien install\u00e9s dans leur \u00e9poque et leurs bonnes r\u00e9putations derri\u00e8re des esprits dont la fronde est r\u00e9duite \u00e0 la seule apparence des choses, d\u00e9j\u00e0 avec quelque chose des certitudes faussaires de modernistes avant l&rsquo;heure, de pr\u00e9curseurs somme toute confortables de la modernit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans leur gloire cum\u00e9nique du conformisme humaniste et moderniste Agrippa a exprim\u00e9 magnifiquement, sombrement et tragiquement, l&rsquo;anarchie intellectuelle et le pessimisme de son temps. Il fut tout, du magicien et du n\u00e9oplatonicien au croyant aux seules Ecritures Saintes et \u00e0 l&rsquo;Eglise, du sceptique au r\u00e9formiste marginal, du d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation du d\u00e9mon pour certains&#8230; Mais, pour ces derniers, tremblants comme des feuilles mortes,  revenons \u00e0 eux qui sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans la tromperie,  lui, Agrippa, comme un d\u00e9mon en version invers\u00e9e, qui amenait avec lui un message de tonnerre, qu&rsquo;il faut savoir entendre, qui embrasse le d\u00e9cor de la tromperie ultime de la modernit\u00e9 ; eux-m\u00eames, bien entendu, n&rsquo;en surent rien de plus pr\u00e9cis, puisqu&rsquo;ils ont des oreilles pour ne pas entendre, se contentant de trembler convulsivement sans savoir la cause de ces spasmes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Agrippa se trouve emport\u00e9 dans la repr\u00e9sentation symbolique de cette \u00e9poque de la Renaissance qu&rsquo;on a magnifi\u00e9e outre mesure et qui repr\u00e9sente en v\u00e9rit\u00e9 la confrontation de l&rsquo;esprit \u00e0 une crise majeure de lui-m\u00eame,  et une confrontation qui ne fut pas r\u00e9solue et permit de bifurquer vers la tromperie de la modernit\u00e9 avant que nous retrouvions cette m\u00eame crise, aujourd&rsquo;hui. Ainsi pris comme son symbole, Agrippa repr\u00e9sente un moment de folie et d&rsquo;anarchie de cet esprit, forc\u00e9 par la perception de l&rsquo;effondrement d&rsquo;un monde, par la crainte que ce qui va remplacer ce monde et dont on ne sait rien en v\u00e9rit\u00e9 nous r\u00e9serve des surprises cach\u00e9es et mauvaises. Il nous sugg\u00e8re donc, lui qui chercha \u00e9galement le moyen de conserver un lien, ou de le renouer, avec la Tradition en voie de perdition dans l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Eglise du Moyen \u00c2ge et de sa scolastique rationnelle parvenue au bout de sa course, Agrippa nous sugg\u00e8re de voir dans cet \u00e2ge de crise terrible de l&rsquo;esprit du monde, une crise actant effectivement la rupture du lien avec la Tradition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Cette rupture est r\u00e9alis\u00e9e effectivement, du point de vue essentiel du symbolisme et au niveau de l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame. Si l&rsquo;on veut tracer les \u00e9lans cosmiques de cette rupture et consid\u00e9rer la Renaissance de cette fa\u00e7on que nous suivons dans ce passage pr\u00e9cis\u00e9ment, il nous semble que la Renaissance ne marque rien moins, pour l&rsquo;histoire de notre civilisation s&rsquo;engageant sur la voie de devenir contre-civilisation, que le ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental de l&rsquo;inversion du sens de l&rsquo;inspiration de l&rsquo;Histoire ; et ce mot sens pris dans ses deux sens et ses deux sens accord\u00e9s, certes, dans le sens spatial comme dans le sens spirituel, et l&rsquo;un et l&rsquo;autre en parfaite correspondance, \u00e9galement parfaitement sensibles \u00e0 l&rsquo;inspiration de toutes les sortes. Nous voulons dire par l\u00e0 que ce que nous embrassons dans l&rsquo;Histoire entre la Renaissance et la formation de la contre-civilisation comme nous la percevons, comme je la per\u00e7ois moi-m\u00eame, c&rsquo;est effectivement une inversion du sens de l&rsquo;inspiration et de l&rsquo;impulsion. Nous sommes entr\u00e9s dans <strong>le Temps de l&rsquo;inversion<\/strong> et l&rsquo;Histoire est retourn\u00e9e du tout au tout. Jusqu&rsquo;\u00e0 la Renaissance, ou disons la crise de la Renaissance, ou la rupture que repr\u00e9sente cette p\u00e9riode, le sens vers o\u00f9 \u00e9tait tourn\u00e9 le regard et o\u00f9 l&rsquo;esprit cherchait \u00e0 s&rsquo;abreuver \u00e9tait n\u00e9cessairement avec l&rsquo;inspiration de ce que la Tradition nomme l&rsquo;Unit\u00e9, le Un fondamental, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;origine de tout, l&rsquo;essence fix\u00e9e au centre et faite centre elle-m\u00eame, la chose structur\u00e9e originellement et infiniment,  et le sens \u00e9tait, comme on dit, vers le pass\u00e9 ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, vers la chose originelle, achev\u00e9e comme la source du reste, y compris d&rsquo;une vision ordonn\u00e9e et structur\u00e9e de l&rsquo;avenir. Soudain, l&rsquo;inversion se fait avec brutalit\u00e9 et totalement, sans que le <em>sapiens<\/em> en prenne exactement conscience mais d\u00e9j\u00e0 avec les effets \u00e0 mesure. En deux si\u00e8cles, de celui de la Renaissance \u00e0 celui des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution, l&rsquo;avenir seul, la chose \u00e0 venir, devient le sens et la promesse de l&rsquo;accomplissement des choses, \u00e0 la limite notre nouvelle Unit\u00e9, notre nouveau Un fondamental, notre source et l&rsquo;origine de tout. L&rsquo;inversion est si forte que la source de nous-m\u00eames, le g\u00e9niteur, est ce qui n&rsquo;existe pas encore, ce qui est \u00e0 venir, et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 comme une r\u00e9alit\u00e9 qui est encore \u00e0 cr\u00e9er, et qui le sera par notre propre grandeur ; la vanit\u00e9 nous a permis de ne pas trop nous attarder \u00e0 ne pas perdre l&rsquo;esprit sous le poids de ce contresens absurde, devenu trou noir de notre destin, de ne pas trop nous interroger. Que l&rsquo;on songe pourtant, en ouverture de la suite du r\u00e9cit qui abordera le cas de la terrible fatigue psychologique qui va conduire la pens\u00e9e \u00e0 accepter puis \u00e0 favoriser, au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, les conditions qui permettront l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement terrible du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, au poids que de telles conceptions int\u00e9gralement, g\u00e9om\u00e9triquement faussaires, font peser, justement, sur la psychologie ; cela pr\u00e9pare le terrain de l&rsquo;exposition de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de l&rsquo;approfondissement de la faiblesse de la psychologie face aux tourbillons des id\u00e9es issues de la Renaissance, dont la modernit\u00e9 exigera qu&rsquo;elles soient interpr\u00e9t\u00e9es selon son <em>diktat<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb  Ainsi, dit et fait bri\u00e8vement, l&rsquo;on dira que l&rsquo;avenir remplace le pass\u00e9 et devient la promesse de l&rsquo;aube, comme si tout ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait que pr\u00e9lude, et m\u00eame, moins encore, pr\u00e9lude dans une sorte de n\u00e9ant sombre et inexistant. Ils ne le disent pas encore puisqu&rsquo;ils honorent Platon et les autres, puis Agrippa, mais ils ne sont plus tr\u00e8s loin du <em>tabula rasa<\/em> de la R\u00e9volution. Ils composent, presque les yeux ferm\u00e9s, presque par un instinct nouveau dont on jugerait qu&rsquo;il est difficile de ne pas lui trouver quelque aspect diabolique, la v\u00e9ritable formule de la modernit\u00e9. C&rsquo;est un curieux renversement et un renversement faussement majestueux, qui n&rsquo;a cure de l&rsquo;absurde ridiculisant la logique au nom des certitudes de la raison humaine transmut\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avantage d&rsquo;un avenir \u00e9crit avant que n&rsquo;existe son pass\u00e9. L&rsquo;effet de ces choses, \u00e9trange et incertain, p\u00e8sera sur notre monde jusqu&rsquo;\u00e0 sa rupture eschatologique, on le sait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 puisque c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui et que j&rsquo;en \u00e9cris l\u00e0-dessus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb L&rsquo;anarchie intellectuelle qui caract\u00e9rise la Renaissance d&rsquo;Agrippa, d\u00e9cid\u00e9ment plus Renaissance faussaire que nature, on la retrouve en ce d\u00e9but de notre XXI\u00e8me si\u00e8cle. Cette proximit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la similitude est \u00e9vidente en ceci qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme au d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;on assiste \u00e0 une insurrection contre la raison,  respectivement la raison de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale pour le d\u00e9but du XVI\u00e8me, la raison de la modernit\u00e9 (y compris ses faux-nez des pseudo-r\u00e9actions de l&rsquo;irrationalit\u00e9) et de la science qui conditionne le Progr\u00e8s pour le d\u00e9but du XXI\u00e8me. La diff\u00e9rence fondamentale entre ces deux r\u00e9actions n&rsquo;est pas moins \u00e9vidente que leur proximit\u00e9 dans l&rsquo;objet de leur vindicte, en ceci que l&rsquo;enjeu supr\u00eame a chang\u00e9. Le premier conflit du XVI\u00e8me si\u00e8cle se d\u00e9veloppe alors que nul n&rsquo;ignore qu&rsquo;il existe un arbitre supr\u00eame, qui est la transcendance, qu&rsquo;on la nomme Dieu ou principe absolu de l&rsquo;Unit\u00e9 universelle ; et les anti-rationalistes scolastiques, lorsqu&rsquo;ils proposent la magie comme alternative, comme l&rsquo;Agrippa du <em>De occulta Philosophia<\/em> de 1510, proposent en fait un retour \u00e0 la philosophie herm\u00e9tique de l&rsquo;Antiquit\u00e9 et au n\u00e9oplatonisme, et ce retour ne nous coupe en aucune fa\u00e7on de Dieu mais propose d&rsquo;autres voies d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 Lui. Leur grief se trouve dans ce qu&rsquo;ils per\u00e7oivent comme la d\u00e9gradation de l&rsquo;Eglise traditionnelle, par la pratique excessive de la raison scolastique, avec pour effet d&rsquo;ass\u00e9cher la transcendance, d&rsquo;\u00e9touffer le lien sacr\u00e9 de la Tradition. L&rsquo;une des critiques d&rsquo;Agrippa contre l&rsquo;Eglise, dite <em>mezzo voce<\/em> mais nous y voyons des traces de l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est bien sa d\u00e9cadence par la perte de ses vertus transcendantales. \u00ab<em>Le manque de dons proph\u00e9tiques est une preuve \u00e9vidente de la d\u00e9cadence du clerg\u00e9<\/em>\u00bb, fait dire Nauert \u00e0 Agrippa ; la r\u00e9volte d&rsquo;Agrippa contre la rationalit\u00e9 scolastique qui a \u00ab<em>rendu obscure la parole de Dieu<\/em>\u00bb se d\u00e9finit exactement comme une r\u00e9volte contre le moderne (\u00ab<em>une rupture [] avec les fa\u00e7ons modernes (c&rsquo;est-\u00e0-dire m\u00e9di\u00e9vales)<\/em>\u00bb) ; ainsi tout se passe-t-il comme si le fait du moderne, hors m\u00eame de toute chronologie, pr\u00e9sentait son vice fondamental de la logique de la d\u00e9structuration en constante acc\u00e9l\u00e9ration dans sa dynamique propre, avec cette volont\u00e9 furieuse de rompre la tradition, la continuit\u00e9, la p\u00e9rennit\u00e9 ; comme si le moderne, toujours hors de toute \u00e9poque et de toute chronologie, per se, \u00e9tait promis \u00e0 produire de toutes les fa\u00e7ons le poison de lui-m\u00eame, \u00e0 nourrir de ses vices divers sa propre d\u00e9cadence, \u00e0 d\u00e9structurer le reste et \u00e0 se d\u00e9structurer lui-m\u00eame ; comme si le moderne conservait comme une formule du malin le penchant affreux de sa proximit\u00e9 avec la mati\u00e8re, de son encha\u00eenement paradoxal au d\u00e9cha\u00eenement de la mati\u00e8re, de son attirance irr\u00e9sistible pour la Chute Nous retrouvons ais\u00e9ment cela, dans notre temps du XXI\u00e8me si\u00e8cle, sans nous sentir d\u00e9pays\u00e9s un seul instant.<D><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb  Mais nous sommes, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, dans une terrible situation par rapport \u00e0 celle du XVI\u00e8me si\u00e8cle (Agrippa), m\u00eame si l&rsquo;une et l&rsquo;autre ont tant de similitudes. La diff\u00e9rence est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;esprit, d&rsquo;une telle \u00e9vidence qu&rsquo;elle est rarement not\u00e9e. Nous sommes dans cette situation o\u00f9 nous ne pouvons m\u00eame pas renouveler dans un d\u00e9bat avec nous-m\u00eames \u00ab<em>les doutes et les incertitudes<\/em>\u00bb qu&rsquo;Agrippa agite pour lui-m\u00eame, pour repr\u00e9senter le malaise de son temps. Son biographe Nauert observe, \u00e0 son propos, \u00e0 propos de la fin de son odyss\u00e9e intellectuelle et tragique : \u00ab<em>Plus de vingt ans plus tard, en \u00e9crivant une d\u00e9dicace pour le Livre Trois de De occulta philosophia, Agrippa r\u00e9affirma que l&rsquo;esprit ne saurait accomplir son ascension vers Dieu, l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, s&rsquo;il se fie \u00e0 des choses uniquement terrestres plut\u00f4t qu&rsquo;aux choses divines.<\/em>\u00bb Cela, cette d\u00e9cision ultime de l&rsquo;ascension vers l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, ne nous est plus permis ni possible, dans le d\u00e9bat intellectuel et spirituel entre esprits ind\u00e9pendants des chapelles, en ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle. Pour acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, dit Agrippa, il faut s&rsquo;appuyer sur des choses divines parce que les choses terrestres n&rsquo;y suffisent pas ; comment pourrions-nous faire, si nous voulions suivre cette exhortation quant \u00e0 nous, dans un univers o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que les choses divines n&rsquo;existent pas, leurs r\u00e9f\u00e9rences et leurs symboles class\u00e9s sans cr\u00e9dit ni consid\u00e9ration, objets de plaisanteries m\u00e9prisantes, rel\u00e9gu\u00e9s au sombre magasin des accessoires de la superstition. Ainsi serais-je conduit \u00e0 observer que, dans notre temps et selon les r\u00e8gles qui triomphent, un Platon et un Agrippa, comme un Plotin, un Thomas d&rsquo;Aquin ou un Dante, auraient tant de difficult\u00e9s \u00e0 d\u00e9velopper leurs activit\u00e9s, \u00e0 trouver un \u00e9diteur, \u00e0 susciter quelque \u00e9cho \u00e0 leur pens\u00e9e, qu&rsquo;ils en seraient, au mieux, consid\u00e9r\u00e9s comme des gugusses trop excentriques et trop peu s\u00e9rieux pour \u00eatre m\u00eame accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre r\u00e9actionnaires (r\u00e9ac&rsquo;), et sans doute, plus certainement, tout simplement conduits \u00e0 abandonner l&rsquo;exercice de ces activit\u00e9s. Ainsi passent les grands initi\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Aujourd&rsquo;hui, rien de la sorte de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des choses divines ne peut \u00eatre propos\u00e9, aucune alternative n&rsquo;est possible, puisque tout d\u00e9pend de l&rsquo;objet m\u00eame de notre vindicte, puisque tout tient \u00e0 ce que nous voudrions abattre ; ainsi notre anarchie intellectuelle tourne-t-elle \u00e0 vide car il n&rsquo;y a plus de ces mati\u00e8res diverses pour figurer dans le mouvement fou qu&rsquo;elle anime ; tout se passe comme si cette anarchie s&rsquo;exer\u00e7ait sur le vide, l&rsquo;entropie de la pens\u00e9e r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;unification d&rsquo;un automatisme monstrueux figurant la seule pens\u00e9e acceptable ; on ne peut plus aller de la Tradition \u00e0 la raison, de l&rsquo;occultisme au scepticisme, de la modernit\u00e9 au refuge dans les Textes Saints, ou au retour au platonisme ; nous sommes enferm\u00e9s dans une situation de l&rsquo;intellect que nous caract\u00e9risons grossi\u00e8rement, selon le discours triomphant et totalitaire, de situation-TINA (du TINA de <em>There Is No Alternative<\/em>) ; nous ne pouvons rien d&rsquo;autre qu&rsquo;exercer ce d\u00e9sordre sur ce rien, contrairement \u00e0 l&rsquo;anarchie intellectuelle d&rsquo;Agrippa. La tension extr\u00eame qui en r\u00e9sulte, qui me fait croire moi-m\u00eame \u00e0 la finalit\u00e9 du conflit dans la fin eschatologique du cycle que nous vivrions actuellement, est que la seule alternative solide \u00e0 la mise en cause radicale de la raison, comme ce fut le cas au d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, est le retour \u00e0 la Tradition. Dans cette p\u00e9riode du d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, ce n&rsquo;\u00e9tait que la question du choix de la voie \u00e0 trouver (magie, r\u00e9f\u00e9rence au n\u00e9oplatonisme) parmi les diverses options qui s&rsquo;offraient ; aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est tout simplement la perspective de la rupture compl\u00e8te puisqu&rsquo;aucune alternative n&rsquo;est plus admise dans l&rsquo;univers r\u00e9duit \u00e0 la raison humaine et aux seules possibilit\u00e9s humaines, et l&rsquo;alternative de la Tradition ne signifie rien de moins que la sortie de cet univers, le rejet de toutes les conceptions existantes, et l&rsquo;effondrement par cons\u00e9quent. Il nous importe d&rsquo;autant plus de distinguer dans le bruit et la fureur de notre \u00e9poque les signes de cet effondrement entra\u00een\u00e9 par la rupture, car nous savons bien que c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit. C&rsquo;est une situation bien singuli\u00e8re, qui justifie sans aucun doute qu&rsquo;on se penche sur le myst\u00e8re de sa formation et de sa r\u00e9alisation. Nul doute, nous le savons d\u00e9j\u00e0, que cette exploration nous donnera l&rsquo;une ou l&rsquo;autre clef pour ouvrir le myst\u00e8re de notre temps pr\u00e9sent, ou l&rsquo;inspiration pour mieux l&#8217;embrasser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Voici donc comment nous en sommes arriv\u00e9s l\u00e0 ; comment nous nous sommes orient\u00e9s, \u00e0 grands pas pleins de confiance et de certitude, vers le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et le d\u00e9cha\u00eenement de la mati\u00e8re ; comment, effectivement, la mati\u00e8re s&rsquo;est \u00e9veill\u00e9e en mugissant et s&rsquo;est d\u00e9cha\u00een\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire Ci-dessous, on trouve un extrait d&rsquo;une partie \u00e0 para\u00eetre de La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire . Cet extrait a pour fonction de compl\u00e9ter le texte de la rubrique DIALOGUES de ce m\u00eame 8 novembre 2011. Dans ce m\u00eame texte, on trouve l&rsquo;explication de l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9dition de cet extrait Cet&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[11268,3238,2631,3969,8386,2622,11667,5535,7805,6639,6775,5445],"class_list":["post-74227","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-agrippa","tag-charles","tag-de","tag-grace","tag-lhistoire","tag-la","tag-nauert","tag-raison","tag-renaissance","tag-transcendance","tag-ultime","tag-verite"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74227"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74227\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}