{"id":74286,"date":"2011-11-29T08:35:04","date_gmt":"2011-11-29T08:35:04","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/11\/29\/la-croisiere-de-lamiral-kouznetzov\/"},"modified":"2011-11-29T08:35:04","modified_gmt":"2011-11-29T08:35:04","slug":"la-croisiere-de-lamiral-kouznetzov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/11\/29\/la-croisiere-de-lamiral-kouznetzov\/","title":{"rendered":"La croisi\u00e8re de l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><p>Comme bien les chose se mettent Il y a un an, il \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, justement pour cette p\u00e9riode prochaine du d\u00e9but d\u00e9cembre, une visite du porte-a\u00e9ronefs <em>Amiral-Kouznetzov<\/em> avec son groupe de bataille (deux autres navires d&rsquo;escorte) en Syrie, \u00e0 Tartus, qui se trouve \u00eatre un port et \u00e9galement une base pour la flotte russe. (Le seul point d&rsquo;appui naval de la flotte russe en M\u00e9diterran\u00e9e.) La preuve dit-on de sources navales russes, d&rsquo;autres visites sont pr\u00e9vues, outre Tartus, \u00e0 Beyrouth, \u00e0 G\u00e8nes, \u00e0 Malte et \u00e0 Chypre. Quoi de plus apaisant et de plus amical, comme nous explique <em>Russia Today<\/em>, le <a href=\"http:\/\/rt.com\/news\/russian-aircraft-carrier-syria-363\/\" class=\"gen\">28 novembre 2011<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela \u00e9crit, il faut bien reconna\u00eetre que fort bien les choses se mettent. L&rsquo;amiral Viktor Kravchenko, qui commande le groupe de bataille n&rsquo;en disconvient pas. \u00ab<em>Nevertheless, he added that the presence of a military force other than NATO&rsquo;s is very useful for this region, because it will prevent the outbreak of an armed conflict, Izvestia quoted Kravchenko as saying.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> va tra\u00eener un peu. Il vient de la Mer de Barents, avec l&rsquo;<em>Amiral-Chabanenko<\/em>, croiseur lourd anti-sous-marins. Les deux navires effectueront le tour de l&rsquo;Europe occidentale jusqu&rsquo;au d\u00e9troit de Gibraltar, entreront en M\u00e9diterran\u00e9e o\u00f9 ils seront rejoints par la fr\u00e9gate <em>Ladny<\/em>, de la Flotte de la Mer Noire. En fin de croisi\u00e8re, apr\u00e8s l&rsquo;escale centrale de Tartus, ils passeront le Bosphore. Aucun mal ne leur sera fait, l&rsquo;<em>Amiral-Koutzenov<\/em> \u00e9tant enregistr\u00e9 comme croiseur porteur d&rsquo;a\u00e9ronefs \u00e9quip\u00e9s de missiles et non porte-avions ou porte-a\u00e9ronefs, dont le passage est interdit par la Convention de Montreux,  et, dans tous les cas, la Turquie n&rsquo;ayant certainement pas l&rsquo;intention de faire des mis\u00e8res aux navires russes. (Voir la <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Montreux_Convention_Regarding_the_Regime_of_the_Turkish_Straits\" class=\"gen\">version anglaise<\/a> du <em>Wikip\u00e9dia<\/em> sur la Convention, beaucoup plus explicite que la fran\u00e7aise.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl reste que l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> porte huit chasseurs tous-temps Soukhoi Su-33 extr\u00eamement puissants, une dotation significative de MiG-29K d&rsquo;interception et de combat a\u00e9rien, deux h\u00e9licopt\u00e8res Kamov Ka-27 et un armement naval fixe tr\u00e8s lourd (12 missiles surface-surface anti-navire <em>Granit<\/em>, deux syst\u00e8mes ASM UDAV-1, un syst\u00e8me de missile surface-air <em>Kinzhal<\/em> et huit batteries de canons de d\u00e9fense a\u00e9rienne rapproch\u00e9 <em>Kashtan<\/em>).  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAjoutons quelques autres pr\u00e9cisions strat\u00e9giques et politiques, dont encore quelques mots de l&rsquo;amiral Kravchenko, avec une int\u00e9ressante pr\u00e9cision finale soulign\u00e9 de gras par nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>News of Russia&rsquo;s naval deployment in Tartus came shortly after the US nuclear-powered aircraft carrier USS George HW Bush anchored off Syria, along with additional naval vessels. The US battle group is to remain in the Mediterranean, allegedly to conduct maritime security operations and support missions as part of Operations Enduring Freedom and New Dawn. The US 6th Fleet is also patrolling the area, Interfax reports.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Of course, the Russian naval forces in the Mediterranean will be incommensurate with those of the US 6th Fleet, which includes one or two aircraft carriers and several escort ships, Admiral Kravchenko explained. But today, no one talks about possible military clashes, since an attack on any Russian ship would be regarded<\/em> <strong><em>as a declaration of war with all the cons\u00e9quences<\/em><\/strong><em>.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;aventure du groupe de combat de l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> devient int\u00e9ressante et plus complexe qu&rsquo;on ne l&rsquo;envisageait lorsque la nouvelle du d\u00e9placement du porte-a\u00e9ronefs est venue sans autre pr\u00e9cision. Cette nouvelle a provoqu\u00e9 un choc de communication suffisant pour qu&rsquo;on r\u00e9alise qu&rsquo;il existe d\u00e9sormais autour de la Syrie une situation de confrontation potentielle entre deux grandes puissances nucl\u00e9aires et non plus, comme il y avait jusqu&rsquo;ici, un terrain laiss\u00e9 compl\u00e8tement libre aux forces strat\u00e9giques de soutien du bloc BAO (essentiellement navales et US pour le cas). Cette situation existe \u00e9videmment sans l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> puisque deux ou trois navires russes se trouvent \u00e0 Tartus, avec peut-\u00eatre, ou sans doute, des capacit\u00e9s de contre-mesures \u00e9lectroniques, et apr\u00e8s avoir peut-\u00eatre, ou sans doute, livr\u00e9 des batteries de missiles S-300 \u00e0 la Syrie. Ces navires constituent une pr\u00e9sence strat\u00e9gique effective d&rsquo;une puissance nucl\u00e9aire hostile \u00e0 l&rsquo;intervention du bloc BAO, mais leur pr\u00e9sence n&rsquo;avait pas de r\u00e9el impact de communication. A cause de l&rsquo;image de puissance strat\u00e9gique centrale qui s&rsquo;attache \u00e0 un navire d&rsquo;attaque de type porte-a\u00e9ronefs, l&rsquo;annonce de la venue de l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> a eu cet impact de communication,  qui est une chose absolument essentielle aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;\u00e9quation de la puissance. L&rsquo;annonce, et non l&rsquo;arriv\u00e9e effective, a suffi pour cela, car il n&rsquo;est aucunement question que l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> joue un r\u00f4le actif dans une \u00e9ventuelle intervention \u00e9trang\u00e8re en Syrie, dans une situation de confrontation avec le bloc BAO. Effectivement, il s&rsquo;agit de communication, non d&rsquo;une r\u00e9elle disposition strat\u00e9gique. Les d\u00e9clarations de l&rsquo;amiral de Kravchenko compl\u00e8tent la <em>narrative<\/em> de communication, en donnant toutes les garanties rassurantes sur les intentions des Russes, mais en terminant par le constat que, si les navires russes (l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> mais aussi ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Tartus) ne sont pas l\u00e0 pour un affrontement arm\u00e9, il reste que toute attaque contre un navire russe est un acte de guerre avec toutes les cons\u00e9quences d&rsquo;un acte de guerre,  remarque qui a un sens extr\u00eamement lourd de la part d&rsquo;une puissance disposant de l&rsquo;arsenal nucl\u00e9aire qu&rsquo;a la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, les Russes essaient de faire jouer pour l&rsquo;avantage de la Syrie un substitut de cette dissuasion nucl\u00e9aire que n&rsquo;a pas la Syrie. Puisqu&rsquo;on sait bien qu&rsquo;un pays \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;armes nucl\u00e9aires est quasiment prot\u00e9g\u00e9 contre toute attaque du bloc BAO, la Russie place des navires (ceux de Tartus, notamment), \u00e0 la fois pour une mission militaire pr\u00e9cise mais passive, \u00e0 la fois (cas de l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em>) pour une mission de haute visibilit\u00e9 qui oblige les planificateurs du bloc BAO \u00e0 prendre en compte la possibilit\u00e9 d&rsquo;une bavure touchant un navire russe et constituant alors cet acte de guerre contre une puissance nucl\u00e9aire. Les possibilit\u00e9s d&rsquo;actions anti-a\u00e9riennes passives des navires (capacit\u00e9s d&rsquo;interf\u00e9rences \u00e9lectroniques) et d&rsquo;alimentation des Syriens en S-300 compl\u00e8teraient le dispositif. L&rsquo;intervention passive ou indirecte des Russes constitue une donn\u00e9e op\u00e9rationnelle complexe pour les forces du bloc BAO (la crainte US des S-300 est proverbiale) tout en maintenant ces m\u00eames Russes hors du cercle dangereux de la provocation directe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s lors, on comprend que l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> ne se presse pas outre mesure. L&rsquo;effet de communication qu&rsquo;on esp\u00e8re dissuasif \u00e9tant effectif sur place autour de la Syrie avec l&rsquo;annonce de la venue du groupe de bataille, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique des Russes (toujours pour la communication) est donc plut\u00f4t de faire durer le temps de cette venue et d&rsquo;en relativiser les termes en une croisi\u00e8re pacifique pour ne pas dramatiser la situation et poursuivre une action politique contre toute intervention \u00e9trang\u00e8re en Syrie. (La derni\u00e8re en cours est une proposition de m\u00e9diation dans la crise syrienne, <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/world\/20111128\/192167897.html\" class=\"gen\">accept\u00e9e<\/a> par les Syriens.) Les Russes esp\u00e8rent ainsi avoir verrouill\u00e9 provisoirement la situation militaire en contrant les \u00e9ventuelles vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;intervention. L&rsquo;avenir dira si le verrou est suffisant,  ce qui n&rsquo;est pas assur\u00e9,  mais dans tous les cas la manuvre,  m\u00e9lange de forces effectives, d&rsquo;action politique mesur\u00e9e et surtout de communication,  a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e avec brio et efficacit\u00e9. (Elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9, pr\u00e9cision qui n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat, avec l&rsquo;aval implicite du groupe BRICS, qui a sign\u00e9 un communiqu\u00e9 demandant qu&rsquo;on \u00e9vite toute intervention \u00e9trang\u00e8re militaire en Syrie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 assez peu de frais, les Russes ont d\u00e9montr\u00e9 que le bloc BAO n&rsquo;est plus assur\u00e9 de pouvoir intervenir l\u00e0 o\u00f9 il lui chante de le faire, selon la strat\u00e9gie BHL d\u00e9sormais suivie, sans interf\u00e9rence majeure ; sans, dans certains cas, courir un risque qui pourrait s&rsquo;apparenter \u00e0 la confrontation d&rsquo;une situation qu&rsquo;on pourrait d\u00e9finir comme une sorte de technique de dissuasion nucl\u00e9aire itin\u00e9rante. (La chose avait plus ou moins fonctionn\u00e9 <em>de facto<\/em>, de fa\u00e7on partielle, dans divers conflits secondaires durant la Guerre froide. C&rsquo;est la pr\u00e9sence russe,  sovi\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque,  qui limita les attaques US sur le Nord-Vietnam, notamment en instituant <em>off-limits<\/em> des attaques a\u00e9riennes US de 1965-1968 le port de Ha\u00efphong (en plus de la capitale Hano\u00ef) par o\u00f9 transitait l&rsquo;essentiel de l&rsquo;aide mat\u00e9rielle militaire sovi\u00e9tique massive au Nord-Vietnam, de crainte de toucher l&rsquo;un ou l&rsquo;autre navire sovi\u00e9tique qui y jetait l&rsquo;ancre pour d\u00e9barquer leurs mat\u00e9riels et de provoquer une crise majeure avec l&rsquo;URSS. Ces limitations furent, selon les militaires US, et parce que Ha\u00efphong jouait un r\u00f4le central dans l&rsquo;\u00e9quipement de guerre du Nord-Vietnam, la cause essentielle de l&rsquo;\u00e9chec strat\u00e9gique de l&rsquo;offensive a\u00e9rienne de 1965-1968, et de l&rsquo;\u00e9chec US tout court dans la guerre du Vietnam.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSa mission de communication et \u00e9ventuellement de dissuasion nucl\u00e9aire itin\u00e9rante accomplie, l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> peut effectivement prendre son temps et naviguer le long des c\u00f4tes europ\u00e9ennes. Cela sert \u00e9galement \u00e0 rappeler aux Europ\u00e9ens que leur partenaire russe est \u00e9galement une puissance militaire qui peut jouer un r\u00f4le dans le chaos mondial d\u00e9velopp\u00e9 par le bloc BAO. Les Russes le rappellent aux Allemands, qui ont une coop\u00e9ration \u00e9conomique privil\u00e9gi\u00e9e avec la Russie, et aux Fran\u00e7ais, qui ont accord\u00e9 tant d&rsquo;importance, y compris une importance strat\u00e9gique, \u00e0 la vente de porte-h\u00e9licopt\u00e8res <em>Mistral<\/em> \u00e0 la Russie. Nous sommes donc conduits \u00e0 conclure qu&rsquo;on pourrait voir un jour l&rsquo;<em>Amiral-Kouznetzov<\/em> accompagn\u00e9 d&rsquo;un porte-h\u00e9licopt\u00e8res type <em>Mistral<\/em> en station devant un pays o\u00f9 le mar\u00e9chal BHL r\u00e9clamerait une intervention des forces franco-sarkozystes. La chose ne manquerait pas de sel marin.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 29 novembre 2011 \u00e0 08H33<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme bien les chose se mettent Il y a un an, il \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, justement pour cette p\u00e9riode prochaine du d\u00e9but d\u00e9cembre, une visite du porte-a\u00e9ronefs Amiral-Kouznetzov avec son groupe de bataille (deux autres navires d&rsquo;escorte) en Syrie, \u00e0 Tartus, qui se trouve \u00eatre un port et \u00e9galement une base pour la flotte russe. 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