{"id":74311,"date":"2011-12-08T11:59:15","date_gmt":"2011-12-08T11:59:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/12\/08\/archivesphg-1-de-sadowa-a-bismarck\/"},"modified":"2011-12-08T11:59:15","modified_gmt":"2011-12-08T11:59:15","slug":"archivesphg-1-de-sadowa-a-bismarck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2011\/12\/08\/archivesphg-1-de-sadowa-a-bismarck\/","title":{"rendered":"ArchivesPhG-1 : De Sadowa \u00e0 Bismarck"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">ArchivesPhG-1 : De Sadowa \u00e0 Bismarck<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le texte que nous publions ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-dissolution_bismarckienne_05_12_2011.html\">5 d\u00e9cembre 2011<\/a> sur la crise europ\u00e9enne, o&ugrave; il a \u00e9t\u00e9 beaucoup fait mention de Bismarck du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, nous a donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de publier deux extraits d&rsquo;un texte de Philippe Grasset, rest\u00e9 dans des tiroirs n\u00e9cessairement poussi\u00e9reux&hellip; Dans la foul\u00e9e, une id\u00e9e en entra&icirc;nant une autre, l&rsquo;occasion s&rsquo;est transform\u00e9e en larron et, au-del\u00e0, en une nouvelle rubrique. Il s&rsquo;agirait de la publication, d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9guli\u00e8re, selon une opportunit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 ou en d&rsquo;autres occasions, d&rsquo;autres textes de cette sorte. Nous publierons tr\u00e8s rapidement, lorsque la rubrique sera mise en place, dans les jours qui viennent, de plus amples explications \u00e0 propos de ces textes ; que l&rsquo;on sache simplement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;extraits d&rsquo;un projet de livre pas loin d&rsquo;\u00eatre parvenu \u00e0 son terme, puis qui fut abandonn\u00e9 sans que jamais Philippe Grasset ne l&rsquo;ait pr\u00e9sent\u00e9 pour publication. (Il s&rsquo;en expliquera l\u00e0-dessus dans le texte pr\u00e9sentant la rubrique, dont le titre serait \u00ab\u00a0<em>ArchivesPhG<\/em>\u00ab\u00a0.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour l&rsquo;imm\u00e9diat, parlons des extraits ci-dessous, qui font partie d&rsquo;un chapitre de la Premi\u00e8re Partie du manuscrit dont il est question. (Le manuscrit portait le titre provisoire de <em>1941-2001<\/em>, et cette Premi\u00e8re Partie : &laquo;<em>1848, Sadowa, la Grande Duchesse de Gerolstein et Appomatox<\/em>&raquo;. Ce manuscrit a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 en 2002-2003.) Il y a principalement deux extraits, le second \u00e9tant lui-m\u00eame scind\u00e9 en deux parties.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le premier extrait pr\u00e9sente le climat fran\u00e7ais \u00e0 la veille de la guerre de 1870, principalement \u00e0 partir de la victoire prussienne sur l&rsquo;Autriche, \u00e0 Sadowa, en 1866. Il s&rsquo;agit surtout de rendre compte du climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de \u00ab\u00a0la Grande Nation\u00a0\u00bb (<em>dito<\/em>, la France, au cas o&ugrave; on ne l&rsquo;aurait pas reconnue), ses h\u00e9sitations, ses incons\u00e9quences, ses jugements \u00e0 la fois enfi\u00e9vr\u00e9s et d\u00e9pourvus de toute raisons, ses utopies enivr\u00e9es, sa m\u00e9diocrit\u00e9 compl\u00e8te de pens\u00e9e politique&hellip; Avec tout de m\u00eame plus d&rsquo;allure et de gr\u00e2ce, cette France-l\u00e0 pourrait ne pas \u00eatre \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle de Sarko.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le second extrait (en deux textes s\u00e9par\u00e9s) est l&rsquo;esquisse d&rsquo;un portrait de Bismarck, \u00e0 la fois \u00ab\u00a0autour de la guerre de 1870\u00a0\u00bb et dans le cadre du pouvoir prussien devenu pouvoir imp\u00e9rial allemand. Malgr\u00e9 le verdict des armes de 1871, les Allemands n&rsquo;y apparaissent pas tellement plus \u00e0 leur avantage que les Fran\u00e7ais, y compris la vision politique de Bismarck.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Commentaire de Philippe Grasset<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 2002-2003 et aucune correction majeure n&rsquo;y a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e. Il est \u00e9vident que je ne le r\u00e9crirais pas de cette fa\u00e7on si je devais l&rsquo;\u00e9crire aujourd&rsquo;hui ; d&rsquo;ailleurs, <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> le recoupe dans nombre de domaines, mais selon un axe diff\u00e9rent de la pens\u00e9e, et l&rsquo;on pourrait ainsi consid\u00e9rer que <em>La gr\u00e2ce<\/em> est justement une fa\u00e7on de le r\u00e9crire selon cette approche diff\u00e9rente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, j&rsquo;estime qu&rsquo;il est int\u00e9ressant d&rsquo;en publier certains extraits dans l&rsquo;\u00e9tat initial, notamment parce qu&rsquo;ils s&rsquo;attachent \u00e0 des sujets plus sp\u00e9cifiques qui sont \u00e9cart\u00e9s dans <em>La gr\u00e2ce<\/em>, \u00e0 cause de l&rsquo;approche diff\u00e9rente choisie. Pour ce cas, ces sujets ont une certaine proximit\u00e9 historique avec un probl\u00e8me qui est au centre de nos pr\u00e9occupations, &ndash; l&rsquo;Europe et les relations franco-allemandes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De Sadowa \u00e0 la Grande Duchesse de Gerolstein<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Face au Moment d\u00e9cisif qui voit l&rsquo;ach\u00e8vement de la r\u00e9volution prussienne, et bient\u00f4t \u00e0 son d\u00e9triment, face au personnage d\u00e9cisif et naturellement manipulateur qu&rsquo;est Otto von Bismarck (plus loin, on en verra plus sur lui), face \u00e0 l&rsquo;ascension allemande, eh bien il y a la France. La g\u00e9ographie et l&rsquo;histoire nous le disent. La g\u00e9ographie et l&rsquo;histoire, fermement unies, dictent \u00e0 la France la mission historique d&rsquo;endiguer le flot qui monte. La France se d\u00e9fausse de cette responsabilit\u00e9 historique. C&rsquo;est un grand moment de cette faiblesse nationale qui est un de ces traits constants du caract\u00e8re qui conduisent l&rsquo;histoire de la France. (L&rsquo;esprit fran\u00e7ais navigue sans fin entre faiblesse et ardeur, comme s&rsquo;il tr\u00e9buchait sous le poids de la France \u00e0 porter puis se reprenait pour m\u00e9riter de la grandeur de la France qui le distingue.) L&rsquo;expression compl\u00e8te de notre grande faiblesse nationale dans ce passage est Louis-Napol\u00e9on. C&rsquo;est un lib\u00e9ral dans l&rsquo;\u00e2me, quoiqu&rsquo;on ait dit de l&rsquo;Empire (autoritaire, lib\u00e9ral, toutes ces \u00e9tiquettes convenues), quoiqu&rsquo;en ait fait la gauche intellectuelle, jamais plus heureuse que d&rsquo;avoir des adversaires exactement de la m\u00eame trempe qu&rsquo;elle, de la m\u00eame mati\u00e8re, du m\u00eame moule, qui lui permettent de se radicaliser sans fin et en toute irresponsabilit\u00e9. Il y a chez Louis-Napol\u00e9on, quoiqu&rsquo;en plus tortur\u00e9, quelque chose de l&rsquo;anc\u00eatre spirituel d&rsquo;un Giscard d&rsquo;Estaing, qui fut naturellement, &mdash; je veux dire avec un naturel qui donne \u00e0 penser, &mdash; le meilleur alli\u00e9 de la gauche intellectuelle, qui offrit \u00e0 la gauche intellectuelle ce qu&rsquo;un cin\u00e9aste a nomm\u00e9 pour un de ses films <em>La parenth\u00e8se enchant\u00e9e<\/em> (i.e., la baise assur\u00e9e sans risque entre la pilule de 1968 et le SIDA de 1981). C&rsquo;est la sorte d&rsquo;esprit qui retrouve toute sa conviction pour exposer la faiblesse principale de son caract\u00e8re, cette tendresse du jugement, cette fascination pour la biens\u00e9ance intellectuelle que repr\u00e9sente pour lui la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre un \u00ab\u00a0esprit avanc\u00e9\u00a0\u00bb, &mdash; le paradoxe de cet esprit qui ne trouve sa force que dans l&rsquo;exposition de sa faiblesse ; Giscard retrouvant conviction et force, sans aucun doute, pour dire \u00e0 son adversaire politique et \u00e9lectoral, en juin 1974 lors d&rsquo;un d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 qu&rsquo;on n&rsquo;a pas oubli\u00e9, les yeux dans les yeux, m\u00e2choires serr\u00e9es, avec une fermet\u00e9 remarquable dans la voix : &laquo;<em>Monsieur Mitterrand, vous n&rsquo;avez pas le monopole du c&oelig;ur.<\/em>&raquo; C&rsquo;est comme s&rsquo;il dressait de toute sa taille, comme s&rsquo;il avait des ailes ; il se sent port\u00e9 par cette magie de la bonne conscience, &mdash; il a bonne r\u00e9putation. Comme son fils spirituel VGE un si\u00e8cle plus tard, Louis-Napol\u00e9on recherche constamment l&rsquo;humanisation de sa politique. Il ne cesse de travailler \u00e0 la gauchir, au sens technique et aussi (surtout) au sens id\u00e9ologique du terme, voire au sens o&ugrave; on l&rsquo;entend dans les salons. Cette d\u00e9marche a quelque chose de path\u00e9tique ; elle a \u00e9galement quelque chose de d\u00e9risoire ; elle a enfin quelque chose de la mode elle-m\u00eame, celle du boulevard Saint-Germain comme celle du Faubourg Saint-Honor\u00e9, et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la m\u00eame, et c&rsquo;est tout simplement l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;esprit parisien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France est un myst\u00e8re unique de l&rsquo;Histoire, \u00e0 cause de sa puissance conceptuelle qui lui fait dompter toutes les tensions historiques et toutes les forces naturellement centrifuges qui l&rsquo;assaillent, \u00e0 cause de la constance de son affirmation culturelle, \u00e0 cause de la coh\u00e9sion politique que lui donne une langue qui est bien autre chose qu&rsquo;un moyen de communication, \u00e0 cause de sa puissance mystique enfin qui la diff\u00e9rencie du reste sans passer par les attributs de la puissance terrestre (la France de Louis XIV est grande pour autre chose que sa puissance, bien qu&rsquo;elle f&ucirc;t la plus grande puissance de son temps). La France est naturellement un paradoxe ; elle est naturellement un fardeau et une ardeur \u00e0 la fois, une esp\u00e9rance sans fin et une d\u00e9ception constante. Sa force sans exemple est c\u00f4toy\u00e9e par un abandon tout aussi constant de ceux qui la servent \u00e0 une faiblesse du caract\u00e8re qui est le go&ucirc;t irr\u00e9pressible de la parade dans la bonne r\u00e9putation confirm\u00e9e par la rumeur de la mode. Cette mollesse de l&rsquo;esprit, car c&rsquo;est cela finalement, cette absence de fermet\u00e9, &mdash; cette mollesse les invite \u00e0 s&rsquo;abandonner \u00e0 l&rsquo;indulgence coupable, au go&ucirc;t de l&rsquo;image sommaire d\u00e9crite par des mots d&rsquo;une lourdeur extr\u00eame, \u00e0 la construction complexe de l&rsquo;esprit qui charme bien plus que la nature, au go&ucirc;t de l&rsquo;effet, au go&ucirc;t du para&icirc;tre dans les salons, \u00e0 l&rsquo;ivresse des bons mots et des jeux de mots. Cela ne tient pas \u00e0 un parti, certes non, ni m\u00eame \u00e0 un engagement politique clairement identifi\u00e9. Tocqueville est un lib\u00e9ral, et la tendance \u00e0 la mollesse de l&rsquo;esprit que l&rsquo;on d\u00e9crit est certes retrouv\u00e9e souvent chez les esprits lib\u00e9raux ; mais Tocqueville est un esprit lib\u00e9ral ferme, d&rsquo;une conviction mesur\u00e9e et tenue \u00e0 la poigne, d&rsquo;une lucidit\u00e9 sans passion, d&rsquo;une plume qui ne sacrifie rien aux modes et qui trace sans faillir. Bainville n&rsquo;est pas un lib\u00e9ral, et l&rsquo;on sent chez lui cette m\u00eame fermet\u00e9 d&rsquo;\u00e2me que chez Tocqueville, qui lui fait tenir un jugement jusqu&rsquo;aux termes de sa logique, pour bien le peser. Taine est un lib\u00e9ral d&rsquo;une sorte diff\u00e9rente de Tocqueville, et lui aussi a la fermet\u00e9 \u00e9blouissante de la logique et de la langue. Tocqueville et Bainville, et Taine, finalement, sont du m\u00eame parti de l&rsquo;ordre du spirituel, qui est le parti de l&rsquo;ordre de la pens\u00e9e et de la fermet\u00e9 de la conviction, s&rsquo;ils choisissent des voies diff\u00e9rentes pour y acc\u00e9der et les exercer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bainville, notre compagnon pour cette partie pr\u00e9cis\u00e9ment de notre analyse, enrage en d\u00e9crivant l&rsquo;attitude de la France alors que la Prusse compl\u00e8te son banco avec Sadowa. Cette fois, plus personne ne s&rsquo;y trompe, ou presque. Alors qu&rsquo;en 1850, ils \u00e9taient plusieurs \u00e0 rester aveugles devant la marche prussienne en avant, cette fois ils ont, pour la plupart, compris de quoi il retourne. Les Anglais, les princes allemands, se tournent vers la France, et semblent lui dire : dites quelque chose, c&rsquo;est le moment ou jamais ; ils lui disent : dites halte ! Dites que cela suffit. La reine de Hollande, qui est proche de Louis-Napol\u00e9on, lui glisse en un reproche qui r\u00e9sume tout, qui devrait \u00e9veiller l&rsquo;esprit avanc\u00e9 mais qui montre que l&rsquo;esprit est plus convenu qu&rsquo;avanc\u00e9 : &laquo;<em>Vous laissez d\u00e9truire les faibles.<\/em>&raquo; De tous les c\u00f4t\u00e9s, l&rsquo;Europe dit \u00e0 la France : sauvez-nous en vous sauvant, en agissant maintenant. Au lieu de quoi, nous dit Bainville, la France est comme la Grande Duchesse de Gerolstein qui observerait la Prusse en train de devenir l&rsquo;Empire allemand, en train de pr\u00e9parer le coup final, que l&rsquo;Empire frappera demain contre elle-m\u00eame, avant de s&rsquo;auto-proclamer dans la Galerie des Glaces. Elle aura vu tout venir, la Grande Duchesse, sans y rien comprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A Paris, c&rsquo;est le triomphe de <em>La Grande Duchesse de Gerolstein<\/em>, et cela compte plus que Sadowa et les exhortations des autres Europ\u00e9ens. Bainville \u00e9crit avec une subtile ironie charg\u00e9e de d\u00e9rision, et, tout au fond, d&rsquo;un m\u00e9pris complet : &laquo;<em>La France, en 1866, a cri\u00e9 : \u00ab\u00a0bon d\u00e9barras\u00a0\u00bb \u00e0 ce vieux particularisme allemand ross\u00e9 par la Prusse; nous paierions cher pour le ressusciter aujourd&rsquo;hui<\/em> [N.B. : \u00e9crit en 1924]<em>, et nous saluerions avec plaisir sa renaissance. Mais il avait paru plaisant que ces vestiges d&rsquo;un autre \u00e2ge eussent \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s si \u00e9nergiquement par le Prussien, champion des \u00ab\u00a0id\u00e9es modernes\u00a0\u00bb. Deux hommes d&rsquo;esprit saisiront ce comique, et La Grande Duchesse de Gerolstein eut un grand succ\u00e8s de rire. Le g\u00e9n\u00e9ral Boum, le baron Grog, l&rsquo;\u00e9lecteur de Steis-Stein-Steis, tout ce que Bismarck venait de mettre en d\u00e9route chanta et dansa, pour le grand amusement de Paris et des provinces, sur la sc\u00e8ne des Vari\u00e9t\u00e9s. Sadowa devenait un op\u00e9ra-bouffe, tandis que d\u00e9j\u00e0 Bismarck avait sign\u00e9 des conventions militaires secr\u00e8tes avec les &Eacute;tats du Sud, battus mais subjugu\u00e9s. La Grande Duchesse de Gerolstein, c&rsquo;\u00e9tait la circulaire de Lavalette<\/em> (1) <em>mise en musique par Offenbach. Elle eut beaucoup plus de succ\u00e8s que les nouvelles proph\u00e9ties de Thiers<\/em>&#8230;&raquo; (Thiers, <em>in illo tempore<\/em> sensible \u00e0 la fascination prussienne contre l&rsquo;alliance autrichienne, revenu sur terre en 1866 pour d\u00e9noncer l&rsquo;irr\u00e9sistible marche prussienne. Dans <em>Cette \u00e9trange guerre de 1870<\/em>, Henri Guillemin ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9 tardive, qu&rsquo;il jugera \u00e0 la fois tordue, machiav\u00e9lique, calculatrice et racoleuse. Bref, monsieur Thiers est un sale fusilleur r\u00e9actionnaire de droite. Tandis que les irresponsables qui applaudissent l&rsquo;Allemagne bismarckienne triomphant \u00e0 Sadowa n&rsquo;ont, eux, que l&rsquo;encre de leurs colonnes sur les mains. Et ils sont de gauche, on s&rsquo;en serait dout\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France de Louis-Napol\u00e9on, toute enti\u00e8re plong\u00e9e dans le psycho-drame du grand questionnement sur la d\u00e9mocratie \u00e0 propos du m\u00eame Louis-Napol\u00e9on, \u00e0 propos de la R\u00e9volution, \u00e0 propos de Paris, \u00e0 propos de l&rsquo;Univers qui attend le message de la France universelle, \u00e0 propos de tout en un mot, &mdash; la France vit dans un univers hors du vrai univers. Le m\u00eame Bainville cite avec ahurissement, en se pin\u00e7ant pour y croire, le texte de Victor Hugo \u00e9crit pour l&rsquo;opuscule de pr\u00e9sentation de l&rsquo;Exposition Universelle. Le texte hugolien est tellement significatif, qu&rsquo;il semble plus respirer avec des majuscules qu&rsquo;avec la ponctuation, et, nous aussi, comme Bainville, nous pin\u00e7ant pour y croire, &mdash; car cela est \u00e9crit \u00e0 trois ans de Sedan-1870, \u00e0 57 ans de la Marne-1914, \u00e0 72 ans de Sedan-1940.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Au vingti\u00e8me si\u00e8cle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l&#8217;emp\u00eachera pas d&rsquo;\u00eatre libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l&rsquo;humanit\u00e9. Elle aura la gravit\u00e9 douce d&rsquo;une a&icirc;n\u00e9e. Elle s&rsquo;\u00e9tonnera de la gloire des projectiles coniques, et elle aura quelque peine \u00e0 faire la diff\u00e9rence entre un g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;arm\u00e9e et un boucher ; le pourpre de l&rsquo;un ne lui semblera pas tr\u00e8s distincte du rouge de l&rsquo;autre. Une bataille entre Italiens et Allemands, entre Anglais et Russes, entre Prussiens et Fran\u00e7ais, lui appara&icirc;tra comme nous appara&icirc;t une bataille entre Picards et Bourguignons.<\/em> [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em> Cette nation aura pour capitale Paris, et ne s&rsquo;appellera point la France ; elle s&rsquo;appellera l&rsquo;Europe.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Elle s&rsquo;appellera l&rsquo;Europe au vingti\u00e8me si\u00e8cle, et, aux si\u00e8cles suivants, plus transfigur\u00e9e encore, elle s&rsquo;appellera l&rsquo;Humanit\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>L&rsquo;Humanit\u00e9, nation d\u00e9finitive, est d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent entrevue par les penseurs, ces contemplateurs des p\u00e9nombres ; mais ce \u00e0 quoi assiste le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est \u00e0 la formation de l&rsquo;Europe.<\/em> [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>L&rsquo;Europe, une, y germe. Un peuple, qui sera la France sublim\u00e9e, est en train d&rsquo;\u00e9clore. L&rsquo;ovaire du profond du progr\u00e8s f\u00e9cond\u00e9 porte, sous cette forme d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent distincte, palpite dans l&rsquo;Europe actuelle comme l&rsquo;\u00eatre ail\u00e9 dans la larve reptile. Au prochain si\u00e8cle, elle d\u00e9ploiera ses deux ailes, faites, l&rsquo;une de libert\u00e9, l&rsquo;autre de volont\u00e9.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans aucun doute, nous sommes dans le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Hugo\u00a0\u00bb, de notre \u00e9crivain national, de notre humaniste, de notre prince des po\u00e8tes, de ce talent tumultueux qui assure \u00e9galement un empire incontestable sur les esprits des intellectuels, et, accessoirement, ce qui fait tout le piment de la gloire de l&rsquo;esprit fran\u00e7ais, sur les fesses des dames. Bien que fait diantrement cocu par son ami, l&rsquo;horrible Sainte-Beuve (au sens propre : il \u00e9tait tr\u00e8s laid), Hugo n&rsquo;en est pas moins notre prince et il trouve tout le bonheur qu&rsquo;il m\u00e9ritait en trouvant sa Drouet. L\u00e9on Daudet, qui v\u00e9cut tr\u00e8s proche de la famille Hugo sur la fin du grand po\u00e8te, trace le portrait superbe et savoureux de notre grand po\u00e8te : &laquo;<em>Victor Hugo \u00e9tait beau, avec une face fi\u00e8re, des yeux bleus profonds, un vaste front, des cheveux ch\u00e2tains qui ondulaient, un port de taille \u00e9l\u00e9gant, des mains fines, des pieds cambr\u00e9s. Homme de lettres n\u00e9, il vivait, par l&rsquo;imagination et les m\u00e9taphores d&rsquo;une double vie, prosa\u00efque et prosodique, qu&rsquo;allumait, qu&rsquo;incendiait un constant d\u00e9sir du corps f\u00e9minin, de la voix de la femme, de la flatterie f\u00e9minine. Ami des contrastes faciles, il pr\u00e9tendait s\u00e9duire \u00e0 la fois la princesse, la bourgeoise, la servante. L&rsquo;ambition politique lui \u00e9tait venue, par l&rsquo;exemple de Lamartine, ainsi que le go&ucirc;t de l&rsquo;acclamation populaire, succ\u00e9dant aux applaudissements de th\u00e9\u00e2tre. Ici combattu, l\u00e0 encens\u00e9, il se voyait sur cette terre une mission g\u00e9niale et infinie, aux contours ind\u00e9termin\u00e9s de pr\u00e9dicant humanitaire et de vengeur de torts.<\/em>&raquo; (2)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ainsi, en r\u00e9alit\u00e9, que va la politique en France. Entre Lamartine (qui eut pourtant des finesses significatives d&rsquo;un bon politique), Hugo qui guettait l&rsquo;acclamation populaire comme on go&ucirc;te les applaudissements du parterre, et <em>La Grande Duchesse de Gerolstein<\/em>. C&rsquo;est une p\u00e9riode de grande futilit\u00e9 de l&rsquo;esprit politique en France, \u00e9puis\u00e9e par les aventures r\u00e9volutionnaire et napol\u00e9onienne (Louis-Napol\u00e9on n&rsquo;en fait pas partie). Bainville met bien en \u00e9vidence que la seule politique sage de la p\u00e9riode, c&rsquo;est celle de Louis-Philippe, qui se garde de la Prusse, cultive la proximit\u00e9 de l&rsquo;Autriche, refuse les aventures guerri\u00e8res qui conduiraient \u00e0 reformer la coalition europ\u00e9enne contre la France ; la trag\u00e9die est bien que cette sagesse est celle de la m\u00e9diocrit\u00e9, car ainsi est notre Louis-Philippe, notre roi-poire, sage et m\u00e9diocre souverain. Par contre, 1848, Lamartine (non sans qu&rsquo;il s&rsquo;avise tr\u00e8s vite des limites du courant politique, redisons-le), Louis-Napol\u00e9on, Hugo et la suite, &mdash; quel panache et quelle futilit\u00e9 ! Tocqueville, dans ses Souvenirs, sent bien cela. La fa\u00e7on qu&rsquo;il d\u00e9crit la racaille des faubourgs qui en prend \u00e0 son aise sur le pav\u00e9 parisien de f\u00e9vrier 1848, &laquo;<em>cela donne \u00e0 penser<\/em>&raquo;, comme dit Sainte-Beuve. Tocqueville a d\u00e9couvert la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique et, depuis, les Am\u00e9ricains encensent ce politologue qui a sembl\u00e9 leur dire, avec ses phrases d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance si fran\u00e7aise, qu&rsquo;ils avaient la clef du bonheur de l&rsquo;humanit\u00e9. Les universitaires am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas toujours la subtilit\u00e9 qu&rsquo;il faut. Ils n&rsquo;ont pas vraiment compris Tocqueville. Celui qui l&rsquo;a bien compris, c&rsquo;est donc l&rsquo;affreux Sainte-Beuve, toujours aussi laid, lorsqu&rsquo;il \u00e9crit, en guise d&rsquo;oraison fun\u00e8bre \u00e0 la mort de Tocqueville en 1859 : &laquo;<em>Tocqueville m&rsquo;a tout l&rsquo;air de s&rsquo;attacher \u00e0 la d\u00e9mocratie comme Pascal \u00e0 la Croix : en enrageant. C&rsquo;est bien pour le talent, qui n&rsquo;est qu&rsquo;une belle lutte ; mais pour la v\u00e9rit\u00e9 et la pl\u00e9nitude de conviction cela donne \u00e0 penser.<\/em>&raquo; (Bien entendu, et pour enfoncer le clou, nous conseillons au lecteur, en nuan\u00e7ant \u00e0 peine la phrase de Sainte-Beuve, de mettre Am\u00e9rique \u00e0 la place de d\u00e9mocratie, et la citation fait encore mieux l&rsquo;affaire. On a tout compris. On est au c&oelig;ur du d\u00e9bat, et le d\u00e9bat qui concerne l&rsquo;Am\u00e9rique, certes, et encore plus, &ndash; la France en train de regarder l&rsquo;Am\u00e9rique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, le si\u00e8cle fait d\u00e9sordre et l&rsquo;on y trouve, sur le pav\u00e9 et dans les gazettes parisiennes, l&rsquo;encensement des fausses valeurs qui sont en vogue dans les salons. La politique se fait \u00e0 l&rsquo;avenant. Les autres n&rsquo;ont pas de ces faiblesses, et pr\u00e9cis\u00e9ment les Prussiens-Allemands, quand il y a un bougre comme Bismarck sur le sentier de la guerre. Comment s&rsquo;\u00e9tonner que le chancelier de fer ne fasse qu&rsquo;une bouch\u00e9e de l&#8217;empereur-Gerolstein, en l&rsquo;estourbissant dans une d\u00e9p\u00eache d&rsquo;Ems manipul\u00e9e fa\u00e7on-Roosevelt pr\u00e9parant Pearl Harbor? La France est hors de son si\u00e8cle. Elle n&rsquo;y comprend rien. Bainville enrage. On le comprend, lui. La France regarde le malheur du monde prendre forme sous son nez, en n&rsquo;y voyant rien, en laissant faire, et m\u00eame en applaudissant \u00e0 tout rompre, comme on applaudit les soirs de premi\u00e8re sur les Boulevards, comme on applaudissait ce fameux <em>Hernani<\/em> de monsieur Hugo ; elle seule, la France, qui avait les moyens, l&rsquo;autorit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 en un mot, pour y mettre le hol\u00e0 .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A partir de l\u00e0, tout est en marche ; de la Galerie des Glaces aux tranch\u00e9es de 14, du wagon de Compi\u00e8gne au wagon de Rethondes, \u00e0 la poign\u00e9e de mains de Montoire. Tout cela, ma foi, s&rsquo;est fait dans la plus parfaite vertu. Les commentaires de nos intellectuels en attestent. L&rsquo;auto flagellation des r\u00e9sistants de la plume, un gros demi-si\u00e8cle apr\u00e8s les faits et pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, pour couvrir Vichy d&rsquo;ordures diverses et gagner leurs brevets de patriotisme universaliste et progressiste, est \u00e9galement une entreprise vertueuses qui poursuit cette m\u00eame tendance de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 fran\u00e7aise, gauche et droite confondues. Qu&rsquo;importe le livret, le refrain est immuable. Avec quelques autres \u00e0 la pens\u00e9e ferme et \u00e0 la plume claire, Bainville nous manque cruellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>D\u00e9sormais, l&rsquo;erreur n&rsquo;est plus permise<\/em>&raquo;, s&rsquo;exclame Thiers apr\u00e8s Sadowa. C&rsquo;est un peu tard, pour ce vieillard qui, en 1840, grondait et d\u00e9non\u00e7ait les possibilit\u00e9s de rapprochement avec l&rsquo;Autriche contre les entreprises r\u00e9volutionnaires-progressistes de la Prusse en marche. Mieux vaut tard que jamais, certes. Encore, comme nous le disions, Henri Guillemin trouvera \u00e0 \u00ab\u00a0Monsieur Thiers\u00a0\u00bb toutes sortes de motifs cach\u00e9s et \u00e9videmment inavouables \u00e0 son analyse justifi\u00e9e et tardive du danger allemand. Paris sera toujours Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Notes<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(1) Bainville \u00e9crit quelques lignes plus haut : &laquo;<em>Lavalette, successeur<\/em> [du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res] <em>Drouyn de Lhyus, a laiss\u00e9 son nom \u00e0 cette incroyable circulaire par laquelle l&rsquo;Empire<\/em> [fran\u00e7ais] <em>faisait savoir \u00e0 l&rsquo;Europe qu&rsquo;il y avait lieu de regarder les victoires de la Prusse comme un bienfait.<\/em>&raquo; (Tout cela, in <em>Histoire de trois g\u00e9n\u00e9rations<\/em>, in <em>Heur et Malheur des Fran\u00e7ais<\/em>, Jacques Bainville, Nouvelle Librairie Nationale, Paris, 1924.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) L\u00e9on Daudet, <em>La tragique existence de Victor Hugo<\/em>, Albin Michel, Paris 1937.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Bismarck, h\u00e9ros prussien, h\u00e9ros allemand<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Otto von Bismarck est un h\u00e9ros prussien, un h\u00e9ros allemand, l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat \u00e0 la fois brutal et r\u00e9aliste. Il faut noter encore, ce qui n&rsquo;est pas inint\u00e9ressant y compris pour ce qui suit, que c&rsquo;est un h\u00e9ros allemand admir\u00e9, un peu comme l&rsquo;on dirait par tradition, d&rsquo;une partie non n\u00e9gligeable des hommes politiques et des intellectuels fran\u00e7ais convenables. On acclame en lui le soi-disant r\u00e9alisme de fer qui nous semblerait, \u00e0 nous Fran\u00e7ais, presque cart\u00e9sien ; la racl\u00e9e de Sedan-premi\u00e8re version est un peu moins am\u00e8re si elle est inspir\u00e9e et foutue par le r\u00e9alisme cart\u00e9sien d&rsquo;un hobereau prussien. Sans doute la haine coriace que Bismarck entretenait \u00e0 l&rsquo;encontre des Fran\u00e7ais est-il un d\u00e9but d&rsquo;explication pour ce jugement favorable des Fran\u00e7ais, qu&rsquo;on verra alors comme le produit du sentiment romantique plus que le produit de la sp\u00e9culation intellectuelle. Certains, des nostalgiques du Droit par la force peut-\u00eatre, inclineraient \u00e0 faire de Bismarck un h\u00e9ros europ\u00e9en ; il a fait l&rsquo;Allemagne, donc il a \u00e9t\u00e9 dans le sens de faire l&rsquo;Europe. L\u00e0 encore, on verra, le temps de faire l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous int\u00e9resse premi\u00e8rement d&rsquo;appr\u00e9cier Bismarck par rapport \u00e0 notre d\u00e9marche qui est l&rsquo;observation de l&rsquo;\u00e9volution de ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral que nous nommons pangermanisme, \u00e9tant admise cette conviction largement rencontr\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements que ce h\u00e9ros allemand tient n\u00e9cessairement un r\u00f4le de tout premier plan dans une aventure qui va mettre l&rsquo;Allemagne au premier rang des nations du monde. Ce h\u00e9ros allemand ne peut \u00eatre confin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Allemagne ; c&rsquo;est un \u00ab\u00a0h\u00e9ros allemand\u00a0\u00bb dont il faut mesurer le poids et l&rsquo;effet sur une \u00e9poque qui enfante la modernit\u00e9, sans restriction, et sur un continent qui est au centre de cette \u00e9poque et au c&oelig;ur de la modernit\u00e9. L&rsquo;importance du chancelier de fer ne nous \u00e9chappe pas, pas moins qu&rsquo;elle ne se discute. Au travers de lui, on comprend un peu mieux ce qu&rsquo;est le pangermanisme dont nous parlons ici. Pour autant, nous aurons affaire \u00e0 l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale qui marque cette aventure, et qui caract\u00e9rise aussi le chancelier tel que nous l&rsquo;avons per\u00e7u.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela \u00e9tabli pour d\u00e9broussailler l&rsquo;acc\u00e8s au personnage en signalant les points de vue officiellement accr\u00e9dit\u00e9s, voyons Bismarck en action. Notre constat g\u00e9n\u00e9ral est plein de cette ambigu\u00eft\u00e9 que nous signalons tout du long. Pour faire bref et ambigu, Bismarck nous para&icirc;t \u00eatre un homme d&rsquo;&Eacute;tat de g\u00e9nie dans ce que L\u00e9on Daudet nommait (titre d&rsquo;un de ses livres) <em>Ce stupide XIXe si\u00e8cle<\/em>, avec copieuse influence de l&rsquo;\u00e9poque sur l&rsquo;homme. Nous en trouverons beaucoup, dans l&rsquo;\u00e9poque moderne, de ces \u00eatres d&rsquo;un calibre hors du commun, dou\u00e9s de caract\u00e8res extr\u00eames par le brio, intelligents d&rsquo;une intelligence que les publicistes se plaisent \u00e0 qualifier de \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb, et qui enfantent des monstres dont l&rsquo;apparition jette aussit\u00f4t une ombre d\u00e9cisive sur la manifestation de cette intelligence, celle-ci alors confront\u00e9e au r\u00e9el dans la dur\u00e9e historique. (Un peu plus tard, en 1919, apr\u00e8s deux ans d&rsquo;exercice du pouvoir des bolch\u00e9viques, le beau fr\u00e8re de L\u00e9nine, ministre dans son gouvernement, dira de lui : &laquo;<em>Volodia est tr\u00e8s intelligent mais c&rsquo;est fou ce qu&rsquo;il dit comme b\u00eatises.<\/em>&raquo; Bien plus tard, Jean Cocteau dira d&rsquo;un autre dont on comprend de quelle sorte il s&rsquo;agit : &laquo;<em>Il \u00e9tait intelligent comme d&rsquo;autres sont b\u00eates.<\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet homme d&rsquo;&Eacute;tat, Bismarck, donne une d\u00e9finition de l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat qui montre aussit\u00f4t la pauvret\u00e9 d\u00e9cisive, les bornes imp\u00e9ratives o&ugrave; il enferme sa vision du monde : &laquo;<em>L&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat ressemble au promeneur qui peut s&rsquo;orienter dans un bois, mais ne conna&icirc;t pas le point exact o&ugrave; il d\u00e9bouchera. Comme lui, il devra suivre des sentiers pratiques s&rsquo;il ne veut s&rsquo;\u00e9garer.<\/em>&raquo; Cette remarque peut \u00eatre per\u00e7ue comme une exaltation raisonnable du r\u00e9alisme, ce qui n&rsquo;est pas mauvais sauf que le r\u00e9alisme est ici con\u00e7u comme la chose la plus \u00e9triqu\u00e9e du monde. C&rsquo;est une adaptation au monde r\u00e9el d\u00e9j\u00e0 foul\u00e9 au pieds, dans les normes, et sans rien de convainquant (sauf la prudence du boutiquier) pour justifier une telle duplication, et non une adaptation au monde r\u00e9el dans ce qu&rsquo;il peut avoir d&rsquo;inexplor\u00e9, et o&ugrave; l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat doit s&rsquo;aventurer parce qu&rsquo;ainsi devrait \u00eatre sa fonction ; l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat doit chercher des chemins que les autres ne connaissent pas et doit chercher \u00e0 deviner puis \u00e0 d\u00e9finir &laquo;<em>le point exact o&ugrave; il d\u00e9bouchera<\/em>&raquo;. On retrouve la m\u00eame pauvret\u00e9 lorsque Bismarck fait la le\u00e7on, c&rsquo;est-\u00e0-dire fustige les utopistes, les romantiques, pour mieux appuyer sa conception du r\u00e9alisme. &laquo;<em>La seule ligne de conduite d&rsquo;un grand &Eacute;tat &mdash; et c&rsquo;est la diff\u00e9rence entre un petit &Eacute;tat et lui &mdash; repose sur l&rsquo;\u00e9go\u00efsme politique et non sur l&rsquo;esprit romanesque.<\/em>&raquo; L&rsquo;\u00e9go\u00efsme politique, cela donne \u00e9videmment ceci, que l&rsquo;ambassadeur anglais \u00e0 Berlin, devant l&rsquo;explication que Bismarck d\u00e9veloppe de sa politique de 1870, ne peut s&#8217;emp\u00eacher de lancer sous forme d&rsquo;une exclamation horrifi\u00e9e : &laquo;<em>Mais c&rsquo;est une politique de brigandage!<\/em>&raquo; L&rsquo;art du faussaire, sans doute involontaire, de Bismarck, son enfermement dans les bornes, sa man&oelig;uvre habile et qui en jette, nous coincent dans une alternative dont les deux termes sont si pauvres pour l&rsquo;esprit politique, et il faudra bien se faire une vertu pour choisir le moins pauvre : entre l&rsquo;\u00e9go\u00efsme politique et l&rsquo;esprit romanesque, le premier ne fait pas un pli sans rien valoir pourtant. Cela, nous ne l&rsquo;acceptons pas ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on doit opposer \u00e0 la pi\u00e8tre alternative de Bismarck un troisi\u00e8me terme, qui est ce jugement de De Gaulle, dans ses <em>M\u00e9moires de Guerre<\/em> : &laquo;<em>Tout, un jour, peut arriver, m\u00eame ceci qu&rsquo;un acte conforme \u00e0 l&rsquo;honneur et \u00e0 l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 apparaisse, en fin de compte, comme un bon placement politique.<\/em>&raquo; Et il le prouve, de Gaulle, en reprenant simplement la tradition de la politique ext\u00e9rieure fran\u00e7aise. Sa politique, comme celle de Richelieu ou celle de Vergennes, ou celle de Talleyrand, consiste \u00e0 favoriser non pas le romanesque droit r\u00e9volutionnaire des peuples qui est d\u00e9structurant parce qu&rsquo;il renvoie \u00e0 une politique de rupture, mais la souverainet\u00e9 et l&rsquo;ind\u00e9pendance des nations qui est une politique structurante parce qu&rsquo;elle soutient les racines grandies au miel des traditions et de l&rsquo;acquis historique commun ; ce faisant et faisant un &laquo;<em>bon placement politique<\/em>&raquo;, l&rsquo;on conforte un principe qui est le fondement de la paradoxale stabilit\u00e9 fran\u00e7aise, et l&rsquo;on renforce la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9cisons le portrait de Bismarck \u00e0 partir de ces nouveaux \u00e9l\u00e9ments : cet homme d&rsquo;&Eacute;tat est un tacticien de g\u00e9nie et un strat\u00e8ge nul, qui n&rsquo;a que faire de deviner &laquo;<em>le point exact o&ugrave; il d\u00e9bouchera<\/em>&raquo;, qui n&rsquo;imagine pas une seconde qu&rsquo;avec l&rsquo;habilet\u00e9 du grand artiste, honneur et honn\u00eatet\u00e9 finissent par devenir des bons placements en politique. Comme pur tacticien, il est brutal, cynique, impitoyable exploiteur des bonnes occasions et prompt \u00e0 faire le gros dos, quitte \u00e0 passer pour un couard, quand la prudence le lui conseille. Il est agit\u00e9 aussi, souvent col\u00e9reux, parfois hyst\u00e9rique, comme lorsqu&rsquo;il laisse aller un torrent de larmes vraies dans une attitude fabriqu\u00e9e et lance de fausses d\u00e9missions pour impressionner son roi\/empereur Guillaume Ier ; agit\u00e9, Bismarck, comme le tacticien grim\u00e9 en strat\u00e8ge qu&rsquo;il est, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;irresponsable qui ne r\u00eave que de foncer et tape du pied de ne point obtenir de ses autorit\u00e9s de tutelle (pas plus strat\u00e8ges que lui puisqu&rsquo;elles croient qu&rsquo;il est lui-m\u00eame le strat\u00e8ge de la bande) les moyens et le blanc-seing qu&rsquo;il r\u00e9clame. Il ne croit qu&rsquo;\u00e0 la force, \u00e9tant entendu, non pas qu&rsquo;elle outrepasse le droit, ce qui serait brutal mais franc, mais qu&rsquo;elle deviendra le droit, <em>illico presto<\/em>, quand l&rsquo;affaire sera dans le sac. Voil\u00e0 une tromperie de plus et la plus venimeuse : il r\u00e9clame &laquo;<em>le droit de conqu\u00eate reconnu comme un article de droit international<\/em>&raquo; et tient, par cons\u00e9quent, que &laquo;<em>les faibles sont l\u00e0 pour \u00eatre mang\u00e9s par les forts<\/em>&raquo;. La force en soi n&rsquo;est pas une mauvaise chose, ni bonne ni mauvaise d&rsquo;ailleurs rien qu&rsquo;un moyen, mais c&rsquo;est une horreur de lui pr\u00eater des vertus de substance telles qu&rsquo;elle deviendrait elle-m\u00eame, dans son action de brigandage, un article de droit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bismarck est d\u00e9stabilisant, d\u00e9structurant et nihiliste, comme tout tacticien laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, sans un strat\u00e8ge pour lui d\u00e9signer la direction vers quoi il doit tendre. Enfin, et c&rsquo;est l\u00e0 que Bismarck est peut-\u00eatre le plus de son temps qui est le \u00ab\u00a0stupide XIXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, il montre d&rsquo;insupportables pr\u00e9jug\u00e9s et un conservatisme de l&rsquo;esprit dont on a grand peine \u00e0 croire qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas jou\u00e9 un r\u00f4le important, et m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;essentiel, dans des circonstances politiques dont certaines sont capitales pour l&rsquo;avenir du monde. L\u00e0, Bismarck est pris dans de terribles contradictions qui mettent en grave questionnement ce qui fait sa grandeur, qui est son r\u00e9alisme. Comme r\u00e9aliste, il recommande fort justement de faire abstraction de ses sentiments, plus m\u00eame, de les \u00e9carter, de les r\u00e9duire \u00e0 rien. &laquo;<em>Mon devoir me commande une seule chose : servir la Prusse. Je n&rsquo;ai pas le droit de prendre pour crit\u00e9rium de mes actes les sympathies ou les antipathies que peuvent m&rsquo;inspirer des puissances ou des personnalit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. Agir ainsi signifierait presque manquer de fid\u00e9lit\u00e9 envers le ma&icirc;tre ou le pays que l&rsquo;on sert. En particulier, baser ses relations diplomatiques actuelles et le maintien d&rsquo;une entente pacifique sur ces sentiments-l\u00e0 ne serait plus faire de la politique, mais se guider d&rsquo;apr\u00e8s son libre arbitre.<\/em>&raquo; Allons donc ! Les beaux principes que voil\u00e0 ! Et sa haine des Fran\u00e7ais ? Elle s&rsquo;exprimera continuellement, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une obsession, encourag\u00e9e par sa femme la comtesse, qui voue elle-m\u00eame aux &laquo;<em>Gaulois<\/em>&raquo; une &laquo;<em>haine f\u00e9roce<\/em>&raquo; et &laquo;<em>voudrait les voir tous morts, jusqu&rsquo;aux enfants en bas \u00e2ge<\/em>&raquo; ; et alors il est vraiment impossible de ne pas croire une seconde qu&rsquo;un sentiment de cette force, si n\u00e9gatif, si constant dans le c&oelig;ur, n&rsquo;envahisse pas l&rsquo;esprit et ne presse pas le jugement vers des appr\u00e9ciations injustifi\u00e9s par les seuls faits. Quelle faute, enfin, de vouer un sentiment d&rsquo;ex\u00e9cration de cette force \u00e0 un pays qui est \u00e0 votre fronti\u00e8re, et un pays de la puissance du fran\u00e7ais ; non, pire encore, sentiment vou\u00e9 aux habitants de la France, promis \u00e0 ne s&rsquo;\u00e9teindre qu&rsquo;avec le dernier &laquo;<em>enfant en bas \u00e2ge<\/em>&raquo;, comme pr\u00e9cise la comtesse dans sa rage ! Cela, n&rsquo;est-ce pas &laquo;<em>manquer de fid\u00e9lit\u00e9<\/em>&raquo; aux int\u00e9r\u00eats de son pays, qui doit \u00e9videmment envisager \u00e0 chaque instant, \u00e0 chaque man&oelig;uvre diplomatique, un cas d&rsquo;alliance, une opportunit\u00e9 d&rsquo;arrangement, une perspective de trait\u00e9, o&ugrave; il faudrait para&icirc;tre aimer la France parce que ce serait bonne politique ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>* * *<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette guerre de 1870 est, pour eux [les Fran\u00e7ais], encore plus une rupture qu&rsquo;elle n&rsquo;appara&icirc;t \u00eatre selon la seule appr\u00e9ciation historique : elle rompt l&rsquo;ivresse fran\u00e7aise qui a parcouru ce si\u00e8cle, l&rsquo;ivresse r\u00e9volutionnaire et romantique, laiss\u00e9e intacte par l&rsquo;aventure napol\u00e9onienne, ponctu\u00e9e par les journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9meute de 1830 et, surtout, la grande ann\u00e9e 1848 et ses projets formidables ; favoris\u00e9e, en un sens, par un Louis-Napol\u00e9on qui fournit la situation confortable de monter la pi\u00e8ce d&rsquo;un r\u00e9gime autoritaire contre lequel on peut ferrailler tout en partageant secr\u00e8tement les principaux \u00e9lans de cet adversaire politique qui a pour vous les tendresses d&rsquo;une attirance secr\u00e8te. Pour la France, la guerre de 1870-71 est une sorte de \u00ab\u00a0retour au r\u00e9el\u00a0\u00bb, ponctu\u00e9 par la boucherie de la Commune. Les Fran\u00e7ais n&rsquo;ignorent plus, au fond d&rsquo;eux-m\u00eames, qu&rsquo;ils sont pris dans un encha&icirc;nement fatal qui est le d\u00e9sordre de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Allemands, c&rsquo;est le contraire. La victoire de 1870, la proclamation de l&rsquo;Empire de 1871 transcendent leurs illusions et semblent ouvrir la voie \u00e0 l&rsquo;accomplissement de leurs projets les plus fous. La circonstance imp\u00e9rative de l&rsquo;histoire \u00e9carte leurs derni\u00e8res h\u00e9sitations. Il n&rsquo;est plus tr\u00e8s loin, le moment o&ugrave; Bismarck va se trouver d\u00e9pass\u00e9 par le monstre qu&rsquo;il a tant contribu\u00e9 \u00e0 enfanter. La dynamique allemande, la machine, n&rsquo;a plus besoin de son h\u00e9ros, elle n&rsquo;a plus besoin de personne, elle commence \u00e0 fonctionner toute seule, et \u00e0 merveille. Cette p\u00e9riode est celle du d\u00e9marrage d&rsquo;une expansion magnifique. C&rsquo;est celle o&ugrave; Nietzsche, jusqu&rsquo;alors admirateur \u00e9bahi du grand Wagner, rompt avec lui et commence \u00e0 \u00e9crire avec rage contre l&rsquo;Allemagne et le nationalisme allemand apr\u00e8s avoir fait la guerre de 1870, et s&rsquo;enferme dans sa solitude et dans les tourments de sa maladie et de sa cr\u00e9ation. Lorsque Nietzsche \u00e9crit &laquo;<em>L&rsquo;&Eacute;tat, ce monstre froid<\/em>&raquo;, c&rsquo;est l&rsquo;&Eacute;tat allemand qu&rsquo;il d\u00e9signe, celui qui porte toute la puissance n\u00e9e de la Prusse, et, par cons\u00e9quent, toute cette dynamique qui emporte les esprits ; c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;Allemagne qu&rsquo;il pense, l&rsquo;Allemagne enfant\u00e9e par la Prusse et transform\u00e9e par elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Transform\u00e9e ? D\u00e9cid\u00e9ment, ce n&rsquo;est pas tant de puissance temporelle, de limites g\u00e9ographiques agrandies, de statut historique chang\u00e9 que nous parlons. L&rsquo;Allemagne nouvellement cr\u00e9\u00e9e est aussi transform\u00e9e en substance, et la substance d\u00e9passe les hommes qui ont contribu\u00e9 \u00e0 cette transformation, d&rsquo;abord Bismarck et son vieux roi Guillaume, puis le jeune Guillaume, le second du nom, l&rsquo;Empereur. Tout le monde est \u00e0 la fois prisonnier et complice de cette dynamique ainsi lanc\u00e9e, et alors on a bien l&rsquo;impression qu&rsquo;ils sont tous \u00e0 son service bien plus qu&rsquo;ils ne la contr\u00f4lent et ne la dirigent. (Guillaume II le 23 mars 1905: &laquo;<em>Le bon Dieu ne se serait jamais donn\u00e9 tant de peine pour la patrie allemande s&rsquo;il ne nous r\u00e9servait une grande destin\u00e9e. Nous sommes le sel de la terre. &#8230; Dieu nous a fait pour civiliser le monde&#8230;<\/em>&raquo;. Et, cinq jours plus tard, le leader social-d\u00e9mocrate Bebel, parlant des projets d&rsquo;expansion coloniale comme s&rsquo;il r\u00e9pondait \u00e0 l&rsquo;Empereur : &laquo;<em>Non seulement les sociaux-d\u00e9mocrates n&rsquo;opposeront pas de r\u00e9sistance au gouvernement de l&rsquo;Empire mais en plus ils l&rsquo;aideront dans son effort.<\/em>&raquo;) En juillet-ao&ucirc;t 1914, ces hommes qui croient conduire ce grand vaisseau-amiral allemand devront c\u00e9der \u00e0 la foule et d\u00e9clarer la guerre, parce qu&rsquo;on ne r\u00e9siste pas \u00e0 cette foule qui r\u00e9clame la guerre ; cette foule gagn\u00e9e par l&rsquo;ivresse que dispense le rythme de la machine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les ann\u00e9es 1870-1900, l&rsquo;Allemagne acquiert le rythme de fonctionnement d&rsquo;une machine gigantesque, un rythme qui est une tension vers l&rsquo;avant, une ardeur m\u00e9canique, un hal\u00e8tement gigantesque. Nous ne disons pas que la puissance allemande d\u00e9vore tout et \u00e9crase tout le reste, que la domination allemande p\u00e8se in\u00e9luctablement sur l&rsquo;Europe, car les chiffres sont moins imp\u00e9ratifs (notamment les chiffres entre Allemagne et France) ; nous sugg\u00e9rons que la psychologie allemande s&rsquo;\u00e9carte rapidement des r\u00e9alit\u00e9s europ\u00e9ennes, elle cr\u00e9e une Europe puis un monde qui sont les siens, qui sont autre chose que la r\u00e9alit\u00e9, qui sont extirp\u00e9s de l&rsquo;histoire pour \u00eatre transcend\u00e9s par le rythme allemand. L&rsquo;esprit pangermaniste a pris son envol.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1904, un abb\u00e9, Felix Klein, intitule le livre qu&rsquo;il rapporte d&rsquo;Am\u00e9rique : <em>Am\u00e9rique, pays de la vie intense<\/em>. Il aurait pu utiliser ce m\u00eame titre pour l&rsquo;Allemagne, s&rsquo;il avait \u00e9crit l\u00e0-dessus. Il y a, entre les deux pays, cette similitude de syst\u00e8me, du rythme de la machine grondante, de la psychologie emport\u00e9e par l&rsquo;ivresse. Il y a, pour solliciter notre attention, cette similitude historique, &mdash; en parall\u00e8le certes, mais qui est aussi une rencontre pour qui veut y pr\u00eater attention, de la sorte qui nous importe qui est celle des psychologies, entre Allemagne et Am\u00e9rique.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ArchivesPhG-1 : De Sadowa \u00e0 Bismarck Le texte que nous publions ce 5 d\u00e9cembre 2011 sur la crise europ\u00e9enne, o&ugrave; il a \u00e9t\u00e9 beaucoup fait mention de Bismarck du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, nous a donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de publier deux extraits d&rsquo;un texte de Philippe Grasset, rest\u00e9 dans des tiroirs n\u00e9cessairement poussi\u00e9reux&hellip; Dans la foul\u00e9e, une id\u00e9e&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[3078,3065,11758,2631,8854,6607,2622,11757,8855,11754,11755,11756,3098,11252],"class_list":["post-74311","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-bainville","tag-bismarck","tag-daudet","tag-de","tag-dechainement","tag-hugo","tag-la","tag-leon","tag-matiere","tag-sadowa","tag-sedan","tag-taine","tag-tocqueville","tag-victor"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74311","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74311"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74311\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}