{"id":74397,"date":"2012-01-07T10:32:28","date_gmt":"2012-01-07T10:32:28","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/01\/07\/faire-monde-par-dela-le-systeme-dialogues-33\/"},"modified":"2012-01-07T10:32:28","modified_gmt":"2012-01-07T10:32:28","slug":"faire-monde-par-dela-le-systeme-dialogues-33","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/01\/07\/faire-monde-par-dela-le-systeme-dialogues-33\/","title":{"rendered":"\u201cFaire monde\u201d par-del\u00e0 le Syst\u00e8me (<em>Dialogues-33<\/em>)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Faire monde par-del\u00e0 le Syst\u00e8me (<em>Dialogues-33<\/em>)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDans une premi\u00e8re partie (\u00ab De Joseph de Maistre \u00bb), qui n&rsquo;\u00e9tait initialement destin\u00e9 \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un post pour le forum, je r\u00e9agis au <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-nous_et_l_enorme_poids_du_rien__03_01_2012.html\" class=\"gen\">3 janvier 2012<\/a>, \u00ab<em>Nous et l&rsquo;\u00e9norme poids du Rien<\/em>\u00bb, \u00e0 la lumi\u00e8re et dans le cadre des th\u00e8ses de M. Grasset (lesquelles me conviennent par ailleurs parfaitement, en toute ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans une deuxi\u00e8me partie (\u00ab  \u00e0 sortir du Syst\u00e8me \u00bb), j&rsquo;encha\u00eene librement sur le th\u00e8me des nouveaux dialogues, \u00abSortir du Syst\u00e8me\u00bb, en profitant de la forme plus libre de cette rubrique. (L&rsquo;essai est une forme qui doit permettre d&rsquo;aller rapidement quelque part, de suivre une pens\u00e9e sans s&rsquo;alourdir par les pesantes formes acad\u00e9miques. On trouvera n\u00e9anmoins d&rsquo;abondantes notes, qui sont donc inutiles \u00e0 l&rsquo;essentiel du propos, mais qui constituent autant de pistes suivies pr\u00e9c\u00e9demment ou ouvrant ailleurs)<\/p>\n<h3>De Joseph de Maistre <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t(Le lecteur se r\u00e9f\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;article \u00ab<em>Nous et l&rsquo;\u00e9norme poids du Rien<\/em>\u00bb, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 ces quelques lignes [1].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe Maistre voyait grand, pensait grand &#8211; cherchant \u00e0 se lib\u00e9rer du boulet de \u00ab<em>l&rsquo;\u00e9norme poids du Rien<\/em>\u00bb, pour enfin voler haut dans le ciel, distinguer de ces hauteurs \u00e0 la fois les conditions psychologiques existentielles des humains et les courants m\u00e9tahistoriques dans lesquelles ils sont plong\u00e9s (ou mieux : distinguer <em>\u00e0 partir<\/em> de ces \u00ab conditions psychologiques existentielles \u00bb, v\u00e9cues dans sa chair, les courants m\u00e9tahistoriques de Maistre, cousin de Nietzsche ? Je le pense !)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais quid de son interpr\u00e9tation ? Savoir que \u00ab la joute grandiose [qui] emportait soudain l&rsquo;Histoire devenue m\u00e9tahistoire \u00bb (suite \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise) \u00e9tait \u00ab<strong>destin\u00e9e \u00e0 purger le monde de la d\u00e9viation<\/strong> o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tait enfonc\u00e9 le temps monarchique \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi on ne peut qu&rsquo;\u00eatre que d&rsquo;accord avec \u00ab la d\u00e9viation des temps monarchiques \u00bb (voir Ferrero, sur la dissolution du principe de l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique au cours du XVIII\u00e8 si\u00e8cle [2]), le monde fut-il pour autant, apr\u00e8s la R\u00e9volution, \u00ab purg\u00e9 \u00bb de toute d\u00e9viation ? S&rsquo;en trouva-t-il, pour autant, mieux ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est ind\u00e9niable qu&rsquo;il y eut par la suite (j&rsquo;entends <em>temporellement<\/em>, au cours des XIX et XX\u00e8 si\u00e8cle) des progr\u00e8s, et des h\u00e9ritages qu&rsquo;il nous faut aujourd&rsquo;hui sauvegarder et utiliser (en exer\u00e7ant droit d&rsquo;inventaire, intelligence et vie). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais <strong>globalement<\/strong>, l&rsquo;\u00e9pisode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise sur lequel l&rsquo;il de faucon de Maistre plane ne fut qu&rsquo;une <strong>\u00e9tape<\/strong> dans l&rsquo;\u00e9mergence et la diffusion de \u00ab <strong>l&rsquo;id\u00e9al de puissance<\/strong> \u00bb et sa condensation ult\u00e9rieure en esprit moderne, deuxi\u00e8me civilisation occidentale, Contre Civilisation puis Syst\u00e8me (th\u00e8se m\u00eame de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;histoire<\/em> [3]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa fatigue, l&rsquo;\u00e9puisement, la d\u00e9viation du \u00ab G\u00e9nie de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime \u00bb, auquel de Maistre attribue cet \u00ab \u00e9norme poids du Rien \u00bb, furent-ils ainsi r\u00e9ellement corrig\u00e9s par cet \u00e9pisode de la R\u00e9volution ? Ce qui d\u00e9boucha par la suite (l&rsquo;id\u00e9al de puissance br\u00fblant de son nihilisme la plan\u00e8te enti\u00e8re) ne fut-il pas, m\u00e9tahistoriquement, pire encore ? [4] <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question est purement rh\u00e9torique bien s\u00fbr, tant la r\u00e9ponse ne fait pas de doute. Mais alors il eut fallu que le regard d&rsquo;aigle de De Maistre pris encore de la hauteur (ce que cet esprit m\u00e9taphysique d\u00fb faire, je n&rsquo;en doute pas) pour embrasser deux si\u00e8cles en amont pour la cause du probl\u00e8me et, surtout, deux si\u00e8cles en aval pour voir le point o\u00f9 le monde pourrait avoir enfin, apr\u00e8s l&rsquo;avoir totalement \u00e9puis\u00e9, l&rsquo;occasion de rompre avec cette \u00ab fatigue psychologique \u00bb qui a atteint l&rsquo;Europe autour du XV-XVI\u00e8 si\u00e8cle et qui est la cause de la domination totale et absolue aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;id\u00e9al de puissance et de son nihilisme achev\u00e9 (ha, le dernier homme nietzsch\u00e9en !)<\/p>\n<h3>\u00e0 sortir du Syst\u00e8me.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons sur cette \u00ab fatigue psychologique \u00bb, laquelle est ce qui permit l&rsquo;installation de l&rsquo;id\u00e9al de puissance au cur de la premi\u00e8re civilisation europ\u00e9enne (th\u00e8se pr\u00e9sent\u00e9e dans le <em>dde.crisis<\/em> de juillet 2010 [5]). <\/p>\n<h4>Racines<\/h4>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient-elle, cette fatigue psychologique ? De <strong>l&rsquo;absence d&rsquo;une culture<\/strong> capable d&rsquo;offrir \u00e0 la psychologie et aux humains un \u00ab monde \u00bb, un <em>cosmos<\/em> au sens grec du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire un lieu qui permet de vivre de mani\u00e8re dense et ample, un lieu o\u00f9 vivre en intelligence et connivence avec la terre et les formes vivantes et intelligentes. Bref : un lieu o\u00f9 vivre, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00eatre vivant, pr\u00e9sent, attentif, acteur, auteur ! (Tout le contraire, pr\u00e9cis\u00e9ment, de \u00ab <em>cet \u00e9norme poids du Rien<\/em> \u00bb que de Maistre exprime de mani\u00e8re bien plus incisive que le malaise qui pousse tant de nos contemporains vers le d\u00e9veloppement personnel, l&rsquo;usage quasi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de m\u00e9dicaments psychotropes, etc., qui signalent tous une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9touffe).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour cette acceptation du terme \u00ab monde \u00bb, je renvoie \u00e0 Kenneth White et sa d\u00e9finition : \u00ab <em>Un monde, c&rsquo;est<\/em> <strong><em>ce qui \u00e9merge de la relation entre les humains et la terre<\/em><\/strong><em>. Si ce rapport est sensible, intelligent, complexe, le monde est un endroit sensible, intelligent, complexe ; le monde est monde au sens profond du mot : un bel espace o\u00f9 vivre pleinement. Si, par contre, ce rapport est inepte, insensible, pour ne pas dire brutal et exploiteur, le monde est inepte, insensible, brutal et exploiteur, un monde st\u00e9rile et vide, un im-monde<\/em> \u00bb [6]. En ce qui concerne mot \u00ab <em>terre<\/em> \u00bb, il faut bien s\u00fbr l&rsquo;entendre au sens large : l&rsquo;ensemble des vivants et des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents en un lieu donn\u00e9, ou le flux de la Vie et des Vivants, ou le Sauvage, ou le Dehors etc., bref tout cet \u00ab immense contexte non humain \u00bb qui d\u00e9passe de loin l&rsquo;acceptation galvaud\u00e9e du terme \u00ab nature \u00bb aujourd&rsquo;hui, et qui n&rsquo;est bien s\u00fbr pas un \u00ab contexte \u00bb mais un bout concentr\u00e9 d&rsquo;univers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant au r\u00f4le de la <strong>culture<\/strong>, \u00ab <em>culture au sens profond du terme<\/em> \u00bb, c&rsquo;est ce qui permet \u00e0 un monde d&rsquo;exister, de perdurer (et non un im-monde sans relation, sans contact, sans culture), en mettant en son cur ce que l&rsquo;intelligence po\u00e9tique aura exprim\u00e9 de cette relation premi\u00e8re entre les humains et la terre, et la vie (voir le m\u00eame auteur [7]). En son centre, une culture haute poss\u00e8de donc une <strong>intelligence po\u00e9tique<\/strong> [8], \u00e0 savoir <em>l&rsquo;exp\u00e9rience premi\u00e8re<\/em> puis <em>l&rsquo;expression<\/em> (en une <strong>forme<\/strong> culturelle centrale) d&rsquo;une relation in\u00e9dite, vivante, riche, r\u00e9elle, avec la terre (ou la flux de la Vie et des Vivants, ou le Sauvage, ou le Dehors etc.) [9]. Cette intelligence po\u00e9tique premi\u00e8re irrigue <em>ensuite<\/em> le reste du champ des activit\u00e9s intellectuelles et pratiques des hommes (arts, politique, m\u00e9decine, nourriture, \u00e9conomie, science, \u00e9cologie, commerce, droit, conflits, etc. etc.). C&rsquo;est ce cur de la culture (cette intelligence premi\u00e8re, cette sagesse, ce contact vivant), qui permet, qui structure, qui cadre tout le reste des activit\u00e9s. Non le contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut parler de cultures cosmopo\u00e9tiques, de cultures qui font mondes. Les exemples sont l\u00e0 (cf. l&rsquo;essai \u00ab Le projet postmoderne \u00bb, dans la troisi\u00e8me partie de <em>L&rsquo;Esprit nomade<\/em> [10]). <strong>Gary Snyder<\/strong> [11] est un autre auteur de la m\u00eame dimension, qui outre un obligatoire cheminement personnel, inscrit sa d\u00e9marche dans une pratique th\u00e9orique, une riche r\u00e9flexion v\u00e9cue sur la culture, sur ce faire communaut\u00e9 qui n&rsquo;est pas qu&rsquo;une communaut\u00e9 entre humains (le social : trop humain !) mais avec le reste de l&rsquo;univers \u00e9galement Un <strong>Pierre Rabhi<\/strong> qui veut \u00ab <em>replacer<\/em> l&rsquo;humain <em>et la<\/em> nature <em>au cur de nos pr\u00e9occupations<\/em> \u00bb [12], et qui abondamment pratiqu\u00e9 ce qu&rsquo;il dit l\u00e0 en d\u00e9veloppant l&rsquo;agro\u00e9cologie et en fondant diverses associations concr\u00e8tement impliqu\u00e9es dans cette pratique d&rsquo;agriculture \u00e9cologique pour la paysannerie [13], est \u00e0 placer dans la m\u00eame voie. Mais il faut l&rsquo;inscrire dans ce cadre plus grand encore de culture cosmopo\u00e9tique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme le dit un ma\u00eetre zen \u00e0 son disciple d\u00e9pit\u00e9 qui lui demandait si cela \u00e9tait tout : Tout est l\u00e0 ! <\/p>\n<h4>Causes proximales<\/h4>\n<p>Tout est l\u00e0, et c&rsquo;est cette relation, ce contact, ce cur que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 perdre en Europe, graduellement, itus et reditus (avec des aller et retour) autour du <strong>XV-XVI si\u00e8cle<\/strong>, au moment o\u00f9 l&rsquo;ancienne culture europ\u00e9enne aurait d\u00fb se r\u00e9inventer, r\u00e9actualiser son g\u00e9nie pour cr\u00e9er une <strong>culture nouvelle<\/strong>, \u00e0 m\u00eame de faire un <strong>monde ouvert<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;entrer en relation intelligente, subtile avec cette Am\u00e9rique nouvellement d\u00e9couverte, avec ces autres \u00eatres humains, cultures, animaux, v\u00e9g\u00e9taux, intelligences, milieux de vie et espaces rencontr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du globe (Lesquels n&rsquo;entraient assur\u00e9ment pas de mani\u00e8re satisfaisante dans l&rsquo;ancien \u00ab cadre de r\u00e9f\u00e9rence \u00bb, m\u00e9diterran\u00e9o-centr\u00e9, ou du \u00ab monde en T \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;en fut trop pour cette culture europ\u00e9enne, dont les \u00ab sages \u00bb, emport\u00e9s par cette dynamique trop rapide de d\u00e9couvertes d&rsquo;un globe entier, d&rsquo;une plan\u00e8te enti\u00e8re ! (chose totalement inconnue jusqu&rsquo;alors !!) puis\u00e8rent dans les ressources intellectuelles les plus imm\u00e9diatement disponible pour eux, celle de ce monde urbanis\u00e9 et litt\u00e9raire de la M\u00e9diterran\u00e9e, et ce fut ainsi que l&rsquo;on prit la <strong>raison humaine seule<\/strong> comme r\u00e9f\u00e9rence centrale et que naquirent le rationalisme et l&rsquo;humanisme. C&rsquo;est la th\u00e8se d\u00e9velopp\u00e9e dans <em>dde.crisis<\/em> de juillet et septembre 2010 [14] : la raison humaine fut mise (par une sorte de coup d&rsquo;\u00e9tat philosophique ou id\u00e9ologique <em>a posteriori<\/em>) \u00e0 la premi\u00e8re place des diff\u00e9rentes facult\u00e9s de la pens\u00e9e, r\u00e9cusant toutes les autres fa\u00e7ons d&rsquo;\u00e9couter, de voir, de regarder, d&rsquo;entendre, de rencontrer, de sentir, de comprendre, de penser, de <em>faire intelligence<\/em>  comme le dit D.H. Lawrence (qui l&rsquo;a appris au contact d&rsquo;autres), \u00ab <em>la pens\u00e9e, c&rsquo;est le surgissement de vie inconnue dans la conscience<\/em> \u00bb. Ce rationalisme fut incapable de cr\u00e9er un monde et une culture haute au sens donn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, ayant \u00e9vacu\u00e9 tout contact (sensible, intelligent, subtil, vivant) avec la terre et les non-humains, ayant surtout coup\u00e9 toute r\u00e9f\u00e9rence ext\u00e9rieure \u00e0 la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 humaine \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHumanisme et sciences modernes nous livr\u00e8rent assur\u00e9ment moult conceptualisations, savoirs et connaissances riches, in\u00e9dites, merveilleuses et belles [15]. Il ne faut, simplement, pas attendre d&rsquo;eux ce qu&rsquo;ils sont incapables de donner (et que ne les a-t-on accus\u00e9s d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 incapables d&rsquo;\u00e9viter les g\u00e9nocides et l&rsquo;arme atomique au XX\u00e8 si\u00e8cle !), \u00e0 savoir fonder une culture haute et faire un monde vivant. Certains grands esprits, depuis la Renaissance, essay\u00e8rent assur\u00e9ment de s&rsquo;inscrire dans une approche, une intelligence plus compl\u00e8te, en puisant dans d&rsquo;autres ressources que celle d&rsquo;une raison coup\u00e9e de sa source vive. Ces tentatives, isol\u00e9es et rest\u00e9es sans lendemain, sont cependant l\u00e0 comme autant de pistes \u00e0 reprendre<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste de l&rsquo;histoire est connue : en l&rsquo;absence d&rsquo;une culture profonde et ad\u00e9quate, le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9ducation sup\u00e9rieur et les sciences modernes finirent par laisser l&rsquo;efficacit\u00e9 technologique atteindre une puissance telle qu&rsquo;elle acquit une dynamique propre (les fameux syst\u00e8mes anthropotechniques laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames), incontr\u00f4lable, qui fit succomber toutes les autres cultures et mis \u00e0 mal plus d&rsquo;une surface vivante de la Terre. (J&rsquo;ai \u00e9crit \u00ab le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9ducation sup\u00e9rieur et les sciences modernes \u00bb, mais aucun autre segment de cette deuxi\u00e8me civilisation occidentale ne fit mieux, au contraire m\u00eame, certains justifiant ou travaillant \u00e0 promouvoir activement l&#8217;emploi absolument incons\u00e9quent de cette puissance).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, la t\u00e2che que ces \u00ab sages \u00bb et grands esprits entreprirent alors au point de rupture de la premi\u00e8re civilisation europ\u00e9enne (faire un nouveau monde, fonder une culture sur une relation intelligente \u00e0 la terre devenue Terre), elle nous est d\u00e9volue \u00e0 nous, maintenant, par-del\u00e0 cette premi\u00e8re tentative malheureuse ayant abouti \u00e0 l&rsquo;actuel Syst\u00e8me herm\u00e9tique, surpuissant et insens\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t***<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le pass\u00e9, chaque groupe d&rsquo;humains avait \u00ab son \u00bb monde (sa mani\u00e8re de vivre dans une relation intelligente, durable avec la terre et les vivants). Ce monde pouvait \u00eatre plus ou moins isol\u00e9 (tel celui, incroyable, des Inuits ; on en citera beaucoup d&rsquo;autres du m\u00eame acabit) ou chevauchant celui d&rsquo;autres cultures voisines, se m\u00e9langer \u00e0 celui-ci, s&rsquo;accommoder de celui-l\u00e0 pour en cr\u00e9er un autre, adopter celui de voisins plus dynamiques, etc. Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle o\u00f9 les techniques, les savoirs, les connaissances, les interactions nous ont mis, osera-t-on dire que le monde qui \u00e9mergera sera un monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te ? C&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de ce que tous les hommes ont aujourd&rsquo;hui tous en commun : essayer d&rsquo;habiter sur cette Terre <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Quant \u00e0 la question initiale, un peu th\u00e9orique, un peu provocatrice, \u00ab sortir du Syst\u00e8me \u00bb, le lecteur aura compris o\u00f9 je veux en venir. Il s&rsquo;agit de laisser le Syst\u00e8me s&rsquo;\u00e9vanouir de lui-m\u00eame  que cette th\u00e8se s&rsquo;av\u00e8re r\u00e9elle ou pas [16] ; nul besoin d&rsquo;esp\u00e9rer ou d&rsquo;attendre pour entreprendre !  en \u00e9tant assez lucide et capable de distinction pour ne pas entraver ce qui l&rsquo;affaiblit ni \u00e9tayer ce qui le renforce. Mais surtout, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette position, il s&rsquo;agit de travailler individuellement aux \u00e9l\u00e9ments qui permettent de revenir au contact avec la vie, la terre, les rythmes essentiels etc., et de travailler collectivement aux \u00e9l\u00e9ments et pratiques th\u00e9oriques (qu&rsquo;ils soient culturels, agro\u00e9cologiques, \u00e9nerg\u00e9tiques, \u00e9ducatifs etc.) qui permettront de s&rsquo;inscrire dans une intelligence capable de faire monde, et ce \u00e0 partir de chaque espace libre que laissera le Syst\u00e8me qui tr\u00e9buche et se fend. [17]).<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Christian Steiner<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h4>Notes.<\/h4>\n<p>[1] \u00ab Maistre ne fut jamais, ni un monarchiste ent\u00eat\u00e9, ni un conservateur born\u00e9, ni un r\u00e9actionnaire exalt\u00e9 ; il fut un m\u00e9taphysicien, un homme de l&rsquo;intuition haute, <strong>comprenant<\/strong> \u00e0 l&rsquo;expos\u00e9 sanglant de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, <strong>quelle joute grandiose emportait soudain l&rsquo;Histoire devenu m\u00e9tahistoire<\/strong> ; la tenant pour un acte indirect de la volont\u00e9 divine, <strong>destin\u00e9 \u00e0 purger le monde de la d\u00e9viation o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tait enfonc\u00e9 le temps monarchique<\/strong>, mais sans \u00e9videmment aucunement en partager le fondement qui est absolument l&rsquo;inversion m\u00eame, le double diabolique, du Principe de la Tradition. La R\u00e9volution fran\u00e7aise d\u00e9barrassa Maistre de \u00abl&rsquo;\u00e9norme poids du rien\u00bb \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[2] <em>Pouvoir. Les g\u00e9nies invisibles de la Cit\u00e9<\/em>. Guglielmo Ferrero, New-York : Brentano&rsquo;s, 1942. Les \u00ab G\u00e9nies de la Cit\u00e9 \u00bb sont ici les principes de l\u00e9gitimit\u00e9 qui, d&rsquo;apr\u00e8s Ferrero, sont \u00e0 la base de la pens\u00e9e et de la pratique politique et du gouvernement des hommes, de mani\u00e8re tellement radicale qu&rsquo;ils en sont implicites et m\u00e9connus \u00e0 la plupart d&rsquo;entre nous, et qu&rsquo;ils nous r\u00e9gissent inconsciemment. Il y a le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique, le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique, et d&rsquo;autres. Ferrero aborde \u00e9galement le point du processus historique complexe par lequel un principe se l\u00e9gitimise (phase de pr\u00e9l\u00e9gitimit\u00e9). Il distingue \u00e9galement l\u00e9gitimit\u00e9, ill\u00e9gitimit\u00e9 et quasi-l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne approche partielle en est donn\u00e9e dans un article qui traite incidemment d&rsquo;un autre sujet (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sur_l_autodestruction_de_notre_contre-civilisation_devenue_systeme_23_09_2011.html\" class=\"gen\">23 septembre 2011<\/a>). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[3] Pour la th\u00e8se centrale de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;histoire<\/em>, voir cette introduction, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_grace_de_l_histoire_ouverture_18_12_2009.html\" class=\"gen\">18 d\u00e9cembre 2009<\/a>. Voir aussi cet article du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-eschatologique_effectivement__14_08_2009.html\" class=\"gen\">14 ao\u00fbt 2009<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, elle fut bien d&rsquo;autres choses \u00e9galement. Mais elle fut ind\u00e9niablement une \u00e9tape cl\u00e9 de la diffusion dans monde de \u00ab l&rsquo;id\u00e9al de puissance \u00bb (voir par exemple <em>La premi\u00e8re guerre totale<\/em>, de <strong>David A. Bell<\/strong>, \u00e9dition Champ Vallon, 2007), et c&rsquo;est ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab m\u00e9tahistorique \u00bb (\u00e9clatement et diffusion de l&rsquo;id\u00e9al de puissance) qui constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment essentiel, majeur, \u00e9crasant de cet \u00e9pisode. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe livre de David A. Bell donne une bonne id\u00e9e du passage de la guerre telle que pratiqu\u00e9e et v\u00e9cue par les hommes dans le cadre de \u00ab l&rsquo;id\u00e9al de perfection \u00bb (murs, id\u00e9aux, formation, \u00e9ducation) puis dans le cadre de \u00ab l&rsquo;id\u00e9al de puissance \u00bb. A un niveau plus macrohistorique, il met <a href=\"http:\/\/clio-cr.clionautes.org\/spip.php?article3335\" class=\"gen\">en lumi\u00e8re<\/a> le passage de conflits limit\u00e9s \u00e0 la guerre d&rsquo;attrition illimit\u00e9e. Si ce deuxi\u00e8me aspect n&rsquo;apporte que peu de surprises depuis les \u00e9crits de et sur von Clausewitz, le premier aspect est bien plus int\u00e9ressant, car moins connu et se rapporte concr\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des individus et de la culture dans laquelle ils vivent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour Philippe Grasset, l&rsquo;id\u00e9al de puissance et tout ce qui s&rsquo;en est suivi, d\u00e9coule de l&rsquo;interaction des cons\u00e9quences de trois r\u00e9volutions, dans trois domaines diff\u00e9rents : la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la R\u00e9volution am\u00e9ricaine et la r\u00e9volution thermodynamique (en ce qui concerne notre puissance \u00e9nerg\u00e9tique). \u00c0 ce titre, on pourra utilement consid\u00e9rer le livre de David A. Bell comme l&rsquo;\u00e9quivalent, en ce qui concerne la R\u00e9volution fran\u00e7aise, du <em>Choix du feu<\/em> d&rsquo;Alain Gras [Paris : Fayard, 2007] en ce qui concerne la <a href=\"http:\/\/developpementdurable.revues.org\/4803\" class=\"gen\">r\u00e9volution thermodynamique<\/a>. Les deux ouvrages mettent \u00e0 mal bien des id\u00e9es \u00ab courantes \u00bb et truismes du Syst\u00e8me (ainsi, la technique n&rsquo;est pas ce qui dicte une psychologie C&rsquo;est une certaine psychologie qui est \u00e0 la base de l&rsquo;innovation, de la diffusion et de l&rsquo;utilisation \u00e0 grande \u00e9chelle d&rsquo;une technique particuli\u00e8re  ainsi celle de la combustion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui consiste \u00e0 <em>br\u00fbler<\/em> certaines ressources ; alors que le choix eut pu \u00eatre fait d&rsquo;utiliser, sans les d\u00e9truire, d&rsquo;autres types de ressources).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[4] Evacuons ici la question du principe de l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique qui est apparu et s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 par la suite, parce qu&rsquo;il est encore dans son enfance et qu&rsquo;il ne fut, pour l&rsquo;instant, pas \u00e0 la hauteur de l&rsquo;enjeu (M\u00eame si les authentiques germes plant\u00e9s, dans un futur procheici ou l\u00e0)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[5] \u00ab La raison face \u00e0 elle-m\u00eame \u00bb, <em>dde.crisis<\/em>, 25 (20), <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_de_la_raison_humaine_ddecrisis_18_07_2010.html\" class=\"gen\">10 juillet 2010<\/a>. R\u00e9sum\u00e9 accessible en ligne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[6] Librement adapt\u00e9 des vid\u00e9os de Kenneth White (voir ci-dessous) et de la page de pr\u00e9sentation de son site [<a href=\"http:\/\/www.kennethwhite.org\/geopoetique\/\" class=\"gen\">Page web<\/a>]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[7] Kenneth White (1994). <a href=\"http:\/\/www.geopoetique.net\/archipel_fr\/institut\/introgeopoetique\/textes_fond_geopoetiques1.html\" class=\"gen\">Consid\u00e9rations premi\u00e8res<\/a>. <strong>\u00c0 propos de culture<\/strong>. In <em>Cahier de l&rsquo;Atelier du h\u00e9ron<\/em> (1). Bruxelles : L&rsquo;atelier du H\u00e9ron<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[8] Pour l&rsquo;<strong>intelligence po\u00e9tique<\/strong> (<em>no\u00fbs po\u00eftikos<\/em>), voir <a href=\"http:\/\/www.geopoetique.net\/archipel_fr\/institut\/introgeopoetique\/textes_fond_geopoetiques2.html\" class=\"gen\">Kenneth White<\/a>. J&rsquo;ai essay\u00e9 sur ce site d&rsquo;effleurer le sujet, bien incompl\u00e8tement [le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_l_intelligence_geopoetique_ii_04_07_2010.html\" class=\"gen\">4 juillet 2010<\/a>]. Voir <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1gyon_kenneth-white_travel\" class=\"gen\">cette vid\u00e9o<\/a>, qui dure dix minutes et qui condense \u00e9norm\u00e9ment des propos de Kenneth White : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[9] Cette <strong>forme<\/strong> ou ce <strong>motif<\/strong> culturel <strong>central<\/strong>, issue de l&rsquo;exp\u00e9rience et de la traduction par une intelligence po\u00e9tique de ce rapport premier avec la terre et la vie (s.l.), c&rsquo;est ce \u00e0 quoi \u00ab le savant dans son cabinet aussi bien que le paysan dans son champ \u00bb se r\u00e9f\u00e8rent en commun (K.W.). C&rsquo;est ce qui fait le centre d&rsquo;une culture, c&rsquo;est ce qui traduit le monde, c&rsquo;est qui donne orientation, sens et motivations, c&rsquo;est ce qui donne espace de respiration, ressourcement, champ des possibles, c&rsquo;est ce qui permet aux \u00e9nergies de se d\u00e9ployer au quotidien aussi bien que dans les moments extraordinaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[10] Kenneth White, <em>L&rsquo;esprit nomade<\/em>. Paris : Grasset &#038; Fasquelle, 1987. Le livre de Poche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeux qui veulent \u00e9couter plus avant Kenneth White peuvent regarder ces deux vid\u00e9os (Une heure chacune environ) : \u00abLe grand paysage de l&rsquo;esprit\u00bb, <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xhwik5_le-grand-paysage-de-l-esprit-conference-de-kenneth-white_creation\" class=\"gen\">conf\u00e9rence<\/a> \u00e0 la Biblioth\u00e8que Municipale d&rsquo;Angers, en mars 2011. <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x9jzn0_le-poete-arpenteur-du-monde-rencont_creation\" class=\"gen\">Entretien<\/a> par Philippe Lapousterle, \u00e0 la Com\u00e9die du Livre 2009, Montpellier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[11] Gary Snyder. <em>Les Aristocrates sauvages<\/em> (Paris : Wildproject editions, 2011) pour une br\u00e8ve introduction, <em>Montagnes et rivi\u00e8res sans fin<\/em> (Monaco : Editions du Rocher, 2002) pour un approfondissement po\u00e9tique et, pour la m\u00eame chose mais exprim\u00e9es sous forme de prose et d&rsquo;essais, <em>La pratique sauvage<\/em> (Monaco : Editions du Rocher, 1999).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[12] Pierre Rabhi. <em>La part du colibri. L&rsquo;esp\u00e8ce humaine face \u00e0 son devenir<\/em>. La Tour d&rsquo;Aigues : \u00e9ditions de l&rsquo;Aube, 2009.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[13] <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Rabhi\" class=\"gen\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Rabhi<\/a>. Voir aussi son dernier ouvrage, <em>Eloge du g\u00e9nie cr\u00e9ateur de la soci\u00e9t\u00e9 civile<\/em>. Arles : Edition Actes Sud, 2011.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[14] \u00ab<em>La raison face \u00e0 elle-m\u00eame<\/em>\u00bb, <em>dde.crisis<\/em>, 25 (20), 10 juillet 2010 ; \u00ab<em>Par del\u00e0 le bien et le mal<\/em>\u00bb, <em>dde.crisis<\/em> 26 (1), 10 septembre 2010. A d\u00e9faut d&rsquo;acheter les num\u00e9ros de <em>dde.crisis<\/em> (pour soutenir l&rsquo;auteur !), on trouvera les r\u00e9sum\u00e9s qu&rsquo;il a la gr\u00e2ce de mettre en libre acc\u00e8s, respectivement : le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_de_la_raison_humaine_ddecrisis_18_07_2010.html\" class=\"gen\">18 juillet 2010<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_source_de_tous_les_maux_ddecrisis_10_09_2010.html\" class=\"gen\">10 septembre 2010<\/a>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[15] Voir Jean-Fran\u00e7ois Matt\u00e9i pour la sp\u00e9cificit\u00e9 de la culture de l&rsquo;Europe \u00ab classique \u00bb (<em>Le proc\u00e8s de l&rsquo;Europe. Grandeur et mis\u00e8re de la culture europ\u00e9enne<\/em>. Paris : Presses universitaires de France, 2011).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe suis moi-m\u00eame g\u00e9ologue, et en tant que tel totalement h\u00e9ritier des ces sciences modernes et de cette \u00e9ducation ; et bien que je me sois sorti de cette deuxi\u00e8me civilisation occidentale pour aller ailleurs, je ne voudrai pas ne pas poss\u00e9der ces beaux savoirs et belles pratiques que sont la g\u00e9ologie, la biologie, l&rsquo;\u00e9thologie, l&rsquo;\u00e9cologie, la pal\u00e9ontologie, l&rsquo;anthropologie, l&rsquo;oc\u00e9anographie, l&rsquo;astronomie, etc. ; elles font partie de moi. Simplement, je les place dans un cadre plus vaste encore, dans une relation autrement plus riche au monde, dans laquelle elles ont toutes leur place, mais en compl\u00e9mentarit\u00e9, en connivence avec une pratique qui me met en contact avec la vie, les <em>pr\u00e9sences<\/em>, le Dehors, l&rsquo;intrins\u00e8quement irr\u00e9ductible [\u00e0 notre raison seule])<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conceptualisation, l&rsquo;abstraction, le recul critique, la m\u00e9diation (<em>logos<\/em>) que cite Jean-Fran\u00e7ois Matt\u00e9i dans son ouvrage comme sp\u00e9cialit\u00e9 de la culture europ\u00e9enne classique, doivent s&rsquo;allier, se conjuguer, laisser de la place \u00e0 une pratique, un acc\u00e8s \u00e0 la vie, \u00e0 l&rsquo;instant (<em>\u00e9ros<\/em>) qui nous permette de revenir \u00e0 la terre, \u00e0 ce proche et cet im-m\u00e9diat (non m\u00e9diat) duquel nous nous \u00e9tions \u00e9loign\u00e9s, bref, de faire monde (<em>cosmos<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 effleur\u00e9 ce sujet de la relation entre abstraction et retour \u00e0 la vie, cette  tension entre m\u00e9diat (m\u00e9diatis\u00e9 par l&rsquo;activit\u00e9 mentale) et im-m\u00e9diat (acc\u00e8s \u00e0 la vie brute, \u00e0 l&rsquo;instant libre)  qui n&rsquo;est pas \u00e9tranger \u00e0 la pratique du po\u00e8te, \u00e0 toutes les formes de m\u00e9ditations, d&rsquo;\u00e9veil, etc.,   dans cet article le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-diversite_culturelle_et_liens_au_monde_27_09_2011.html\" class=\"gen\">27 septembre 2011<\/a>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(L\u00e0 o\u00f9 la civilisation europ\u00e9enne a peut-\u00eatre le mieux r\u00e9ussit ce \u00ab retour au monde \u00bb apr\u00e8s l&rsquo;abstraction la plus haute, cette alliance entre m\u00e9diat et imm\u00e9diat, entre logos et \u00e9ros, pour atteindre cet \u00e9tat au-del\u00e0, c&rsquo;est dans sa musique. Matt\u00e9i cite bien s\u00fbr la musique \u00e0 la plus haute place dans son ouvrage. Et voil\u00e0 que je d\u00e9couvre \u00e0 l&rsquo;instant ces lignes, qui disent bien mieux ma pens\u00e9e :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab Commen\u00e7ons par noter que la musique est, de tous les lieux, le plus haut des arts. Pourquoi ? Parce qu&rsquo;elle unit, le nombre et l&rsquo;\u00e2me, la proportion et l&rsquo;\u00e9motion, le chiffre et l&rsquo;extase, l&rsquo;intelligible et le sensible. Elle est absolument pr\u00e9cise, et pourtant ne raisonne point, ni n&rsquo;\u00e9dicte, ni ne l\u00e9gif\u00e8re ; elle est absolument ferme et pourtant n&rsquo;oblige point, ni ne limite, ni ne d\u00e9signe ; elle est sans concepts, sans id\u00e9es, sans th\u00e8se, sans morale, mais elle sonde les \u00e2mes au plus profond. Elle est absolument immat\u00e9rielle pourtant elle vit dans notre sang. Elle bat aux tempes de notre intelligence, et c&rsquo;est de volont\u00e9 qu&rsquo;elle nous gonfle le cur. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMagnifique extrait d&rsquo;Etienne Barilier (Piano chinois. Duel autour d&rsquo;un r\u00e9cital, Gen\u00e8ve : Editions Zo\u00e9, 2011. Barilier parle de la musique pendant une heure dans cette \u00e9mission d&rsquo;Espace 2 (o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 lu cet extrait), et il vaut la peine de l&rsquo;\u00e9couter en entier, ici, le <a href=\"http:\/\/www.rsr.ch\/#\/espace-2\/programmes\/musique-en-memoire\/?date=05-01-2012\" class=\"gen\">5 janvier 2012<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t16] Sur la probable dynamique de surpuissance et d&rsquo;autodestruction \u00e0 l&rsquo;uvre dans le Syst\u00e8me, voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_autodestruction_du_systeme_ddecrisis_13_06_2011.html\" class=\"gen\">13 juin 2011<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sur_l_autodestruction_de_notre_contre-civilisation_devenue_systeme_23_09_2011.html\" class=\"gen\">23 septembre 2011<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[17] Et pour \u00eatre tout \u00e0 fait clair : une culture haute au sens profond du terme, un monde, ce n&rsquo;est <strong>pas un syst\u00e8me<\/strong>. Syst\u00e8mes et \u00e9cosyst\u00e8mes sont des <em>repr\u00e9sentations<\/em> de choses, pas les choses elles-m\u00eames, qui sont bien plus riches, bien plus complexes. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn monde, c&rsquo;est une pratique et un v\u00e9cu, une rencontre et un jeu entre plusieurs formes vivantes, une rencontre et un jeu entre plusieurs esprits vivants qui impliquent pr\u00e9cis\u00e9ment le recours et l&rsquo;usage d&rsquo;autres pratiques que celle de la seule raison ; c&rsquo;est un espace d&rsquo;\u00e9nergies qui se d\u00e9ploient et vivent. (C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;un monde requiert une intelligence po\u00e9tique ! C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;elle est affaire de sages tous po\u00e8tes, puisque la premi\u00e8re qualit\u00e9 du po\u00e8te est l&rsquo;\u00e9coute (l&rsquo;\u00e9coute des autres, humains <em>et<\/em> non-humains), l&rsquo;interaction, puis l&rsquo;expression de ceci dans une parole vivante !)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn monde, \u00e7a se vit d&rsquo;abord, et c&rsquo;est donc irr\u00e9ductible \u00e0 la seule repr\u00e9sentation mentale, irr\u00e9ductible \u00e0 la seule raison (Vielle critique de Wittgenstein : \u00ab il y a les chose qui s&rsquo;\u00e9noncent, et il y a les choses qui se montrent \u00bb). Au contraire, un \u00e9cosyst\u00e8me est une notion scientifique qui cherche \u00e0 <em>repr\u00e9senter<\/em> un nombre fini et quantifiable de relations r\u00e9duites \u00e0 leurs aspects mesurables, pas le v\u00e9cu ni le sentiment de vie, ni les motivations des vivants, ni ce qu&rsquo;ils font avec leur libert\u00e9. Les repr\u00e9sentations mentales explicites (notions, concepts, mod\u00e8les th\u00e9oriques) ont une utilit\u00e9 et un champ d&rsquo;application <em>d\u00e9finis<\/em>. Hors de ceci, elles n&rsquo;ont plus la m\u00eame pertinence, elles deviennent m\u00eame parfois handicapantes, aveuglantes, nous rendent sourds.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt donc ce n&rsquo;est <strong>pas<\/strong> un syst\u00e8me (surtout avec son sens courant d&rsquo;ing\u00e9nierie sociale r\u00e9duisant la chose \u00e0 une repr\u00e9sentation explicite, formalisable, mod\u00e9lisable, et ma\u00eetrisable par les seuls humains) qui doit remplacer \u00ab le \u00bb Syst\u00e8me (MI>sensu<D> Ph. Grasset). Le Syst\u00e8me ne s&rsquo;\u00e9croule que pour laisser enfin et \u00e0 nouveau place \u00e0 ce que les \u00eatres humains (et les autres vivants) font depuis 200.000 ans, \u00e0 savoir faire un monde. Le Syst\u00e8me ne peut \u00eatre remplac\u00e9 que par un monde (sinon, c&rsquo;est le Syst\u00e8me qui perdure).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faire monde par-del\u00e0 le Syst\u00e8me (Dialogues-33) Dans une premi\u00e8re partie (\u00ab De Joseph de Maistre \u00bb), qui n&rsquo;\u00e9tait initialement destin\u00e9 \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un post pour le forum, je r\u00e9agis au F&#038;C du 3 janvier 2012, \u00abNous et l&rsquo;\u00e9norme poids du Rien\u00bb, \u00e0 la lumi\u00e8re et dans le cadre des th\u00e8ses de M. Grasset (lesquelles me&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[9787,4596,2878,2647,7872,3014,3403],"class_list":["post-74397","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-kenneth","tag-maistre","tag-monde","tag-nouveau","tag-steiner","tag-systeme","tag-wright"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74397\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}