{"id":74723,"date":"2012-05-22T16:23:57","date_gmt":"2012-05-22T16:23:57","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/05\/22\/vade-retro-veritas\/"},"modified":"2012-05-22T16:23:57","modified_gmt":"2012-05-22T16:23:57","slug":"vade-retro-veritas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2012\/05\/22\/vade-retro-veritas\/","title":{"rendered":"<em>Vade Retro, Veritas<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\"><em>Vade Retro, Veritas<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 mai 2012 &ndash; D&rsquo;abord, commen\u00e7ons par un souvenir de v\u00e9t\u00e9ran coutur\u00e9 de cicatrices du journalisme de l&rsquo;ancien temps, quand l&rsquo;Internet n&rsquo;existait pas et que la presse-Syst\u00e8me ne l&rsquo;\u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela se passait \u00e0 la fin de l&rsquo;hiver 1972-73. Il n&rsquo;\u00e9tait pas encore vraiment question du Watergate (bien que l&rsquo;affaire ait eu lieu \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1972, elle n&rsquo;avait pas encore pris une ampleur publique) ni du choc p\u00e9trolier (octobre 1973). Nixon venait d&rsquo;\u00eatre r\u00e9\u00e9lu, il \u00e9tait en train de clore l&rsquo;affaire vietnamienne pour ce qui concerne les USA et il s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9 dans l&rsquo;exercice p\u00e9rilleux d&rsquo;une r\u00e9duction du budget de la d\u00e9fense et d&rsquo;un d\u00e9sengagement des forces US \u00e0 travers le monde, coordonn\u00e9e avec une \u00ab\u00a0d\u00e9tente\u00a0\u00bb avec l&rsquo;URSS. (Cette politique \u00e9tant la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_coup_d_etat_permanent_et_la_chute_finale_03_02_2010.html\">vraie cause<\/a>, indirecte mais fondamentale, du Watergate.) Nous allions \u00e0 Mons, au quartier-g\u00e9n\u00e9ral militaire de l&rsquo;Alliance (SHAPE), pour une interview du SACEUR (le commandant en chef, toujours US, des forces de l&rsquo;OTAN), le g\u00e9n\u00e9ral <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Andrew_Goodpaster\">Goodpaster<\/a>. Tr\u00e8s vite, nous en v&icirc;nmes \u00e0 la question principale, qui concernait des rumeurs insistantes et de plus en plus comment\u00e9es, &ndash; avec une question dans ce genre : \u00ab\u00a0Est-ce que vous vous pr\u00e9parez une r\u00e9duction substantielle des forces US en Europe, voire un retrait complet ?\u00a0\u00bb (A cette \u00e9poque, les forces combattantes de l&rsquo;U.S. Army, qui comprenaient un corps de bataille, variaient entre 160.000 et 200.000 hommes en Allemagne.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9ponse de Goodpaster fusa (l\u00e0 aussi, r\u00e9ponse en substance) : \u00ab\u00a0Il n&rsquo;en est pas question ! Je me refuse \u00e0 faire quelque plan que ce soit&hellip; Rien n&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, et tant que les choses sont en l&rsquo;\u00e9tat, je consid\u00e8re que rien ne se passe et que rien ne se passera&hellip;\u00a0\u00bb Goodpaster expliqua alors que faire des plans pour une telle possibilit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait laisser entendre que la situation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne et la posture dissuasive de l&rsquo;OTAN pourraient se poursuivre avec des r\u00e9ductions massives sinon un retrait US d&rsquo;Europe, ce qui \u00e9tait irr\u00e9aliste selon lui, et ce qui revenait en outre \u00e0 donner un argument irr\u00e9sistible \u00e0 ceux qui plaidaient pour ce retrait contre ceux qui argumentaient qu&rsquo;un tel retrait serait catastrophique pour la d\u00e9fense europ\u00e9enne&hellip; Finalement, tout cela s&rsquo;estompa, ou plut\u00f4t fut balay\u00e9 dans le tourbillon du Watergate qui fit entrer l&rsquo;ex\u00e9cutif US dans une longue p\u00e9riode de paralysie, et suspendit tous les grands projets.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a un <em>post scriptum<\/em>. L&rsquo;interview, d&rsquo;une forme tr\u00e8s officielle, s&rsquo;\u00e9tait faite dans des conditions tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9es (double enregistrement, de la part des services du SACEUR et de notre part, contr\u00f4le des d\u00e9clarations, etc.). Soudain, Goodpaster demanda qu&rsquo;on coupe les enregistrements puis d\u00e9clara qu&rsquo;il allait nous dire ce qu&rsquo;il nierait toujours, officiellement, nous avoir dit ; il expliqua que sa tactique \u00e9tait celle du d\u00e9sespoir, qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus aucun argument, que des forces plus puissantes, \u00e0 la Maison-Blanche, au Congr\u00e8s, \u00e9taient en marche et qu&rsquo;il \u00e9tait contraint \u00e0 cette sorte de manoeuvre : dire qu&rsquo;on refuse de se pr\u00e9parer \u00e0 quoi que ce soit, en esp\u00e9rant qu&rsquo;en derni\u00e8re minute le d\u00e9sordre qui pourrait s&rsquo;en suivre les ferait reculer. (Notre conviction est que, si Goodpaster parlait si ouvertement, c&rsquo;est qu&rsquo;il esp\u00e9rait avoir un \u00e9cho aupr\u00e8s des pays europ\u00e9ens pour que ces pays fassent pression sur Washington pour un maintien des forces US ; au reste, il ne risquait plus grand&rsquo;chose, son d\u00e9part \u00e0 la retraite \u00e9tant pr\u00e9vu pour 1974.) Mais, comme d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, \u00ab\u00a0finalement, tout cela s&rsquo;estompa, ou plut\u00f4t fut balay\u00e9 dans le tourbillon du Watergate qui fit entrer l&rsquo;ex\u00e9cutif US dans une longue p\u00e9riode de paralysie, et suspendit tous les grands projets\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette anecdote pour observer que, dans les grandes batailles de la bureaucratie, lorsqu&rsquo;une bureaucratie de la puissance de la communaut\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale US prend cette voie, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est v\u00e9ritablement aux abois. Cela para&icirc;t \u00eatre exactement le cas du Pentagone lui-m\u00eame, aujourd&rsquo;hui, par les temps qui courent vers le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_rendez-vous_de_d_cembre_03_05_2012.html\">rendez-vous<\/a> de <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_usa_le_pentagone_vers_l_issue_d_cisive_et_le_reste_avec_12_05_2012.html\">d\u00e9cembre<\/a>, selon un tr\u00e8s int\u00e9ressant article du Washington <em>Times<\/em>, de Rowan Scarborough, ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.washingtontimes.com\/news\/2012\/may\/20\/how-to-cut-600b-not-on-the-radar-at-pentagon\/?page=all#pagebreak\">21 mai 2012<\/a>. Parlant de cette r\u00e9duction automatique (suppl\u00e9mentaire, en plus d&rsquo;une r\u00e9duction de $500 milliards sur dix ans d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9e) de $600 milliards sur dix ans, qui surviendra en d\u00e9cembre 2012 selon un automatisme institu\u00e9 en <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-fureur_du_pentagone_08_08_2011.html\">ao&ucirc;t 2011<\/a> pour la r\u00e9duction de la dette, Scarborough nous fait d\u00e9couvrir que les fonctionnaires et militaires affect\u00e9s au Pentagone s&rsquo;exposent \u00e0 des inculpations \u00ab\u00a0pour crime\u00a0\u00bb s&rsquo;ils abordent le sujet d&rsquo;une adaptation du Pentagone \u00e0 de telles r\u00e9ductions budg\u00e9taires. Les rares discussions qui ont lieu sur le sujet, ultra-secr\u00e8tes, ne permettent en aucun cas d&rsquo;esquisser une programmation et une planification s\u00e9rieuse ; si l&rsquo;on veut, c&rsquo;est comme si elles n&rsquo;avaient pas lieu et le Pentagone, litt\u00e9ralement, <strong>refuse<\/strong> de se pr\u00e9parer \u00e0 ces r\u00e9duictions budg\u00e9taires ; on rejoint la logique de Goodpaster.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Military planners are under strict orders not to devise scenarios for meeting the demands of \u00ab\u00a0sequestration,\u00a0\u00bb as the automatic, across-the-board spending reductions are called. Such paperwork, if leaked, would tell Congress there might be a way to deal with such drastic cuts. \u00ab\u00a0The department is not currently planning for sequestration,\u00a0\u00bb Air Force Lt. Col. Melinda Morgan, a Pentagon spokeswoman, told The Washington Times. The White House budget office \u00ab\u00a0has not directed agencies, including [the Defense Department], to initiate any plans for sequestration.\u00a0\u00bb<\/em> [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Defense sources say the lack of planning goes even further: The armed services have talked of the dire consequences of sequestration, which would require deeper troop cuts and missions left undone. But they are not creating studies that would spell out specific reductions in weapons or programs for fear it sends a signal that such downsizing is doable.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>In April, for example, a group of outside analysts met with Army budget officials at the Pentagon to hear how the service will deal with known cuts. When analysts asked about the looming next stage, sequestration, the officials said they could not even begin to plan. \u00ab\u00a0They said they had all been ordered not to. It would be a violation. It would be a crime,\u00a0\u00bb one participant told The Times. An Army officer said, according to the participant: \u00ab\u00a0I would be disobeying orders. I would be violating my orders and essentially committing a criminal act if I did any analytics on sequestration at this point.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>There are rumors in the defense industry that the Pentagon has set up secret cells to write a sequestration budget &#8211; something military officials say is untrue. However, a source inside the Pentagon told The Times that senior leaders do meet to discuss unofficially what might have to go if sequestration happens. \u00ab\u00a0Small, tight-lipped groups at senior levels are informally discussing these issues behind closed doors,\u00a0\u00bb said this well-placed source. \u00ab\u00a0These discussions cannot be discussed formally or openly due to the political ramifications. Any leaks of what must be chopped or what must be protected would be derailed at this stage by D.C. politics. \u00ab\u00a0The cuts will be so devastating that they are being prioritized by pure military need with little concern for political patrons and their pet projects.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;ext\u00e9rieur, on confirme cette attitude du Pentagone, m\u00eame chez ceux qui ont l&rsquo;habitude d&rsquo;avoir les meilleures relations du monde avec le susdit Pentagone et tout ce qui, du complexe militaro-industriel, tourne autour. Par exemple, notre excellent ami Daniel Goure, du Lexington Institute : &laquo;<em>\u00ab\u00a0I can&rsquo;t even find anyone who will tell me even privately that they are doing any analysis,\u00a0\u00bb said Daniel Goure, an analyst at the Lexington Institute, a think tank focused on the defense industry. Why? \u00ab\u00a0If you plan for it, then it becomes more real, or then you can find a way of actually making it work,\u00a0\u00bb Mr. Goure said. \u00ab\u00a0Any planning for it makes it real. And their choice is to treat it as if it&rsquo;s unreal, at the highest levels. It&rsquo;s not going to happen. Congress will comes to its senses.\u00a0\u00bb<\/em> [&hellip;] <em>He added: \u00ab\u00a0A second reason is, OK, you start analyzing this, and you analyze it not in the worst way, but if I had my druthers here is how I would take the cuts. And that leaks out. Once that leaks out, you would have political firestorms all over the place.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mackenzie Eaglen, la brillante analyste de l&rsquo;American Enterprise Institute qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_usa_le_pentagone_vers_l_issue_d_cisive_et_le_reste_avec_12_05_2012.html\">consult\u00e9e<\/a>, croit \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 de l&rsquo;attitude du Pentagone et la juge comme juste politiquement, mais erron\u00e9e techniquement&hellip; &laquo;<em>\u00ab\u00a0Politically,<\/em> [<em>Department of Defense<\/em>] <em>leaders are rightly reluctant to want to begin, because the very process makes sequestration more acceptable and ultimately more likely,\u00a0\u00bb she said. \u00ab\u00a0But procedurally, the Pentagon is behind the eight ball in planning for sequestration, a prospect that grows more possible by the day. DoD should be building an alternate budget now in order to properly build an more informed budget for fiscal year 2014.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation extr\u00eamement complexe et tr\u00e8s caract\u00e9ristique par ses contradictions et ses paradoxes. Le blocage n&rsquo;en est que plus affirm\u00e9 car il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un seul goulot d&rsquo;\u00e9tranglement mais d&rsquo;une sorte de n&oelig;ud qu&rsquo;on dirait presque gordien accumulant divers goulots d&rsquo;\u00e9tranglement eux-m\u00eames contradictoires ; et l&rsquo;on voit personne qui ait l&rsquo;audace et la force de caract\u00e8re de sortir son glaive et de le trancher (ce n&oelig;ud gordien).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il n&rsquo;y a aucun mouvement hostile au Pentagone et aux d\u00e9penses de d\u00e9fense, que ce soit du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain ou du c\u00f4t\u00e9 d\u00e9mocrate. On sait bien que Washington vit \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;obsession belliciste d&rsquo;une psychologie <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-leur_psychologie_terroris_e_16_04_2012.html\">terroris\u00e9e<\/a>. Au contraire, la situation est telle que des parlementaires tentent, en y parvenant plus qu&rsquo;\u00e0 leur tour, de rajouter des budgets suppl\u00e9mentaires pour la seule ann\u00e9e 2012 (apr\u00e8s, c&rsquo;est le d\u00e9luge annonc\u00e9), pour des programmes nouveaux qu&rsquo;ils veulent voir lancer (par exemple, entamer la construction de sites antimissiles sur la c\u00f4te Est des USA). Ce z\u00e8le belliciste et cette sollicitude pour la d\u00e9fense sont en r\u00e9alit\u00e9 catastrophiques pour le Pentagone parce qu&rsquo;ils l&rsquo;engagent dans de nouveaux programmes, donc de nouvelles lignes de cr\u00e9dit sur plusieurs ann\u00e9es avec des perspectives budg\u00e9taires tr\u00e8s serr\u00e9es, alors qu&rsquo;il parvient de plus en plus difficilement \u00e0 faire progresser ses propres programmes d\u00e9j\u00e0 en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le budget de la d\u00e9fense, acclam\u00e9s par tous, est en r\u00e9alit\u00e9 devenu l&rsquo;otage de tous (des deux partis, de l&rsquo;administration, du Congr\u00e8s). Chacun propose son compromis pour des accords permettant d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;automatisme des coupures budg\u00e9taires de la s\u00e9questration, mais chacun s&rsquo;oppose \u00e0 celui de l&rsquo;autre \u00e0 cause de d\u00e9saccords sur d&rsquo;autres postes de d\u00e9pense. Ainsi les r\u00e9publicains ont-ils une majorit\u00e9 \u00e0 la Chambre pour un programme \u00e9vitant la s\u00e9questration, mais ils savent que leur proposition se heurtera au veto d&rsquo;Obama \u00e0 cause de la r\u00e9partition des autres coupures budg\u00e9taires (sociales, notamment). Cette bataille est absolument radicale et sans piti\u00e9 parce que chaque parti en a fait un enjeu \u00e9lectoral et que la pens\u00e9e des directions politiques soumises au Syst\u00e8me est aujourd&rsquo;hui absolument, herm\u00e9tiquement verrouill\u00e9e dans la seule continuit\u00e9 de leur fonctionnement institutionnel et de leurs affirmations id\u00e9ologiques, chaque pens\u00e9e assortie d&rsquo;une haine inextinguible pour l&rsquo;autre parti, d&rsquo;autant plus inextinguible que cette haine semble compl\u00e8tement infond\u00e9e et irrationnelle (apr\u00e8s tout, les deux partis sont les deux ailes d&rsquo;un m\u00eame \u00ab\u00a0parti unique\u00a0\u00bb)&hellip; Cette puissante affirmation d&rsquo;un mode catastrophique, pr\u00e9dateur et suicidaire de la pens\u00e9e des directions politiques laisse croire qu&rsquo;il para&icirc;t effectivement quasi impossible d&rsquo;arriver \u00e0 un accord \u00e9vitant la s\u00e9questration d&rsquo;ici la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, qui est la date limite pour les coupures budg\u00e9taires automatiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Un spasme existentiel<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ecartons ici les affaires de comptabilit\u00e9s&hellip; Quelques dizaines de $milliards en plus, quelques dizaines de $milliards en moins, ce n&rsquo;est pas le fond de l&rsquo;affaire. Le Pentagone est une usine \u00e0 gaz suant et soufflant sous le poids d&rsquo;un budget <strong>r\u00e9el<\/strong> qui doit se situer quelque part entre $1.100 et $1.200 milliards par an, &ndash; alors, quelques dizaines de $milliards&hellip; Mais si ce n&rsquo;est pas une question de budget, on aura tout de m\u00eame constat\u00e9 que l&rsquo;effet principal de ces budgets pharaoniques est aujourd&rsquo;hui d&rsquo;accentuer vertigineusement le gaspillage, les d\u00e9veloppements faussaires et suicidaires, la corruption autant v\u00e9nale que psychologique, la bureaucratisation, l&rsquo;amoncellement des structures inutiles imposant \u00e0 la fois des contraintes de sp\u00e9cification et des contraintes de paralysie&hellip; On constatera \u00e9galement que la situation est \u00e0 la fois compl\u00e8tement similaire dans ses attendus avec l&rsquo;exemple \u00e9voqu\u00e9 en t\u00eate de l&rsquo;analyse, et compl\u00e8tement diff\u00e9rente dans son op\u00e9rationnalit\u00e9 et ses cons\u00e9quence : la d\u00e9cision que refusait Goodpaster par simple n\u00e9gationnisme tactique concernait un processus qui pouvait \u00eatre am\u00e9nag\u00e9, prendre son temps, etc., donc qui n&rsquo;\u00e9tait pas cr\u00e9ateur de d\u00e9sordre m\u00eame s&rsquo;il avait lieu ; la d\u00e9cision qu&rsquo;on craint aujourd&rsquo;hui, et dont on nie la possibilit\u00e9 m\u00eame, est imm\u00e9diat et enfanterait aussit\u00f4t le d\u00e9sordre le plus complet, dans la susdite usine \u00e0 gaz qui survit d\u00e9j\u00e0 en mode de d\u00e9sordre complet, avec la seule particularit\u00e9 originale qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab\u00a0d\u00e9sordre immobile\u00a0\u00bb, d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0chaos paralys\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas une question de budget\u00a0\u00bb parce que c&rsquo;est d&rsquo;abord une question de psychologie. De ce point de vue, la \u00ab\u00a0question du budget\u00a0\u00bb telle qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente, avec la menace d&rsquo;une r\u00e9duction brutale et \u00e0 effets imm\u00e9diats, p\u00e8se d&rsquo;un poids psychologique \u00e9norme. M\u00eame si le Pentagone a adopt\u00e9 la tactique n\u00e9gationniste (la s\u00e9questration n&rsquo;aura pas lieu parce que c&rsquo;est trop grave), il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 ce qu&rsquo;il juge \u00eatre une catastrophe, si la s\u00e9questration avait <strong>tout de m\u00eame<\/strong> lieu. Qui plus est, le Pentagone s&rsquo;enferme dans une position extr\u00e9miste qui alimente encore son angoisse, d&rsquo;autant qu&rsquo;il se convainc lui-m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;en est aucune autre possible parce qu&rsquo;il n&rsquo;a plus gu\u00e8re de capacit\u00e9s d&rsquo;influence sur un pouvoir politique insaisissable et perdu dans des querelles internes o&ugrave; lui-m\u00eame n&rsquo;a aucune place (c&rsquo;est bien une \u00ab\u00a0tactique de d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb, comme disait Goodpaster).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La cons\u00e9quence, qui est largement \u00e9vidente dans divers programmes et proc\u00e9dures, est une attitude d&rsquo;attentisme et de prudence extr\u00eame, impliquant des freinages, des ralentissements, etc., avec des augmentations de co&ucirc;ts par cons\u00e9quent, et des retards dans les processus de modernisation. (Tandis que le Congr\u00e8s, lui, impose des programmes et processus suppl\u00e9mentaires qui n&rsquo;ont aucune place au Pentagone, m\u00eame dans la programmation minimale.) Ainsi le r\u00e9sultat est-il que le Pentagone suit l&rsquo;ordre qui lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de faire comme si la s\u00e9questration n&rsquo;aurait pas lieu en ne pr\u00e9parant rien pour ce cas, pour \u00e9viter de faire croire qu&rsquo;il est possible qu&rsquo;il vive avec de telles r\u00e9ductions, tandis qu&rsquo;au contraire sa vie bureaucratique se ralentit comme si, effectivement, la catastrophe \u00e9tait possible et peut-\u00eatre tout simplement probable, par simple r\u00e9flexe psychologique. Le Pentagone vit inconsciemment au ralenti, comme si le pire allait arriver, mais il ne pr\u00e9pare rien en fait d&rsquo;organisation, comme si rien n&rsquo;allait arriver. Il est impossible de d\u00e9terminer des conditions plus catastrophiques pour affronter la catastrophe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cas (s\u00e9questration effective, ce qui est, quoi qu&rsquo;on en veuille, l&rsquo;issue la plus probable), que pourrait-il se passer ? Comme en toutes choses aujourd&rsquo;hui, nous serions en <em>terra incognita<\/em>, o&ugrave; rien ne peut \u00eatre pr\u00e9vu. Une hypoth\u00e8se de plus en plus envisageable est qu&rsquo;on se trouverait dans un cas o&ugrave; le Pentagone ne pourrait pas surmonter cette crise tout seul, et qu&rsquo;il existerait la possibilit\u00e9 d&rsquo;une intervention du pouvoir ex\u00e9cutif supr\u00eame (le Pr\u00e9sident). On pourrait alors se trouver dans une situation semblable \u00e0 celle des ann\u00e9es 1947-1949, o&ugrave; le pr\u00e9sident \u00e9tait intervenu pour ordonner des bouleversements strat\u00e9giques dans les missions et les attributions des diverses armes, passant d&rsquo;abord par des bouleversements bureaucratiques de premi\u00e8re grandeur, voire des changements structurels fondamentaux. (En 1949, la crise du Pentagone, qui \u00e9tait alors en cours d&rsquo;\u00e9tablissement comme minist\u00e8re autonome, se concr\u00e9tisa par la \u00ab\u00a0r\u00e9volte des amiraux\u00a0\u00bb et le transfert des grandes missions strat\u00e9giques \u00e0 la seule U.S. Air Force.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore l&rsquo;analogie a-t-elle ses limites. En 1947-1949, malgr\u00e9 une situation \u00e9conomique difficile, les USA \u00e9taient \u00e0 la fois infiniment plus puissants (relativement \u00e0 la mesure de la puissance de l&rsquo;\u00e9poque) et, surtout, infiniment plus efficaces dans les rouages du pouvoir et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, du Syst\u00e8me. Aujourd&rsquo;hui, nous en sommes en pleine crise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement. En d\u00e9cembre 2012, on ne sait pas ce qu&rsquo;il en sera de la pr\u00e9sidence (BHO r\u00e9\u00e9lu ou battu ? Dans quel \u00e9tat, le processus de l&rsquo;\u00e9lection avec les troubles qui touchent le parti r\u00e9publicain ? Etc.) ; on ne sait pas ce qu&rsquo;il en sera de la crise financi\u00e8re et de l&rsquo;\u00e9tat de la dette par rapport au fonctionnement du gouvernement ; on ne sait pas ce qu&rsquo;il en sera des interventions ext\u00e9rieures (combien de guerres en cours ?)&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, &ndash; pas de pronostic, pour le Pentagone \u00e0 la psychologie si fragile, dans une atmosph\u00e8re de crise qui est comme une gigantesque pand\u00e9mie aux ramifications extraordinaires&hellip; Peut-\u00eatre d\u00e9cidera-t-on, ou sera-t-on oblig\u00e9 de d\u00e9cider, au milieu des ruines diverses, d&rsquo;appliquer une m\u00e9decine de choc come celle que pr\u00e9conise Winslow Wheeler, le fameux chef du clan des r\u00e9formistes. Fin 2008, peu avant l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Obama, Wheeler avait propos\u00e9 un <em>audit<\/em> d&rsquo;au moins six mois du Pentagone : arr\u00eat de tous les programmes, de tous les processus examen de leur \u00e9tat, de leur n\u00e9cessit\u00e9, etc., fixation des r\u00e9formes n\u00e9cessaires, application imm\u00e9diate de ces r\u00e9formes, &ndash; une sorte de \u00ab\u00a0r\u00e9volution culturelle\u00a0\u00bb&hellip; Nous pr\u00e9sentions ces id\u00e9es de r\u00e9forme de Wheeler le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_modele_pour_la_reforme_du_pentagone_13_10_2008.html\">13 octobre 2008<\/a>. La m\u00eame logique \u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, sous l&rsquo;expression de \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, par le Center for National Policy (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_option_de_la_pause_strategique__10_12_2008.html\">10 d\u00e9cembre 2008<\/a>). Enfin, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-alerte_rouge_a_propos_du_coming_crash_du_pentagone_25_10_2008.html\">25 octobre 2008<\/a>, nous mentionnions une intervention du National Business Board, association institutionnelle rattach\u00e9e au Pentagone, s&rsquo;alarmant des conditions de gestion budg\u00e9taire catastrophiques du Pentagone. Toutes ces r\u00e9flexions tournaient autour de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un <em>coming crash<\/em> du Pentagone (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_coming_crash_du_pentagone_un_calendrier_31_10_2008.html\">31 octobre 2008<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Wheeler est m\u00eame partisan, semble-t-il (il a fort peu exprim\u00e9 publiquement ces id\u00e9es sacril\u00e8ges, mais elles sont bien l\u00e0) d&rsquo;un \u00e9clatement du Pentagone en plusieurs structures ind\u00e9pendantes, &mdash; ce qui serait retrouver en partie le sch\u00e9ma d&rsquo;avant la grande r\u00e9forme rassemblant toutes les forces arm\u00e9es en un seul minist\u00e8re, en 1947, \u00e0 partir d&rsquo;un d\u00e9partement de la guerre et d&rsquo;un d\u00e9partement de la marine existant auparavant. Il faut bien entendu rappeler que ces id\u00e9es datent de l&rsquo;automne 2008, aliment\u00e9es bien s&ucirc;r par la crise financi\u00e8re, avec une situation bien pire aujourd&rsquo;hui&hellip; Notre appr\u00e9ciation est que le <em>coming crash<\/em> du Pentagone a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 eu lieu, mais <em>softly<\/em> comme tout aujourd&rsquo;hui dans le Syst\u00e8me \u00e0 l&rsquo;agonie, comme l&rsquo;effondrement de l'\u00a0\u00bbindustrie financi\u00e8re\u00a0\u00bb par exemple. (Cette id\u00e9e est g\u00e9n\u00e9rale chez nous, face aux questions r\u00e9currentes pour savoir quand le Syst\u00e8me s&rsquo;effondrera : cette id\u00e9e que l&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me n&rsquo;est pas \u00e0 attendre dans une explosion \u00e9tourdissante, \u00e0 date et heure fix\u00e9es, mais qu&rsquo;il se fait sous nos yeux, \u00e0 sa fa\u00e7on, <em>softly<\/em> pour notre perception justement, mais en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s rapidement, &ndash; si rapidement que les adeptes de la th\u00e9orie du \u00ab\u00a0chaos cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb provoqu\u00e9 sciemment sont oblig\u00e9s chaque jour de remettre \u00e0 jour leur th\u00e9orie pour y ajouter un d\u00e9sordre suppl\u00e9mentaire, \u00e9videmment provoqu\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9.) Selon cette ligne de pens\u00e9e, nous dirions qu&rsquo;un <em>audit<\/em> gigantesque du Pentagone serait op\u00e9r\u00e9 non pas sur un monstre aux abois mais sur un non moins gigantesque cadavre en putr\u00e9faction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;On pourrait donc comprendre, \u00e9galement, les consignes formelles de la direction du Pentagone de ne rien pr\u00e9parer en cas de s\u00e9questration comme une sorte de refus non pas de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une possible s\u00e9questration, mais de la propre <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du Pentagone. Dans ces consignes, ce serait le Syst\u00e8me lui-m\u00eame, dans sa version pentagonesque, qui parlerait, comme s&rsquo;il \u00e9tait dot\u00e9 d&rsquo;une psychologie propre, et d&rsquo;une pens\u00e9e par cons\u00e9quent, en se refusant \u00e0 consid\u00e9rer cette <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> de lui-m\u00eame. Le <em>Vade Retro, Veritas<\/em> est un spasme de r\u00e9sistance existentiel, rien de moins&hellip;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vade Retro, Veritas 22 mai 2012 &ndash; D&rsquo;abord, commen\u00e7ons par un souvenir de v\u00e9t\u00e9ran coutur\u00e9 de cicatrices du journalisme de l&rsquo;ancien temps, quand l&rsquo;Internet n&rsquo;existait pas et que la presse-Syst\u00e8me ne l&rsquo;\u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait&hellip; Cela se passait \u00e0 la fin de l&rsquo;hiver 1972-73. 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