{"id":74777,"date":"2013-01-04T06:17:21","date_gmt":"2013-01-04T06:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/01\/04\/notes-sur-la-proximite-du-mal-ddecrisis\/"},"modified":"2013-01-04T06:17:21","modified_gmt":"2013-01-04T06:17:21","slug":"notes-sur-la-proximite-du-mal-ddecrisis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/01\/04\/notes-sur-la-proximite-du-mal-ddecrisis\/","title":{"rendered":"Notes sur la proximit\u00e9 du Mal (<em>dde.crisis<\/em>)"},"content":{"rendered":"<p><h2>Notes sur la proximit\u00e9 du Mal (<em>dde.crisis<\/em>)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Hors des explications (voir ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_les_cahiers_ddecrisis_31_12_2012.html\">31 d\u00e9cembre 2012<\/a>) qui importent concernant la situation de <em>dde.crisis<\/em> et son \u00e9volution vers une formule nouvelle sous la forme d&rsquo;une nouvelle collection (<em>Les Cahiers de dde.crisis<\/em>), nous abordons avec ce volume dat\u00e9 de janvier 2013 (*) la question de \u00ab\u00a0la proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb. Nous l&rsquo;annoncions le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_l_op_rationnalit_du_mal_et_la_russie_ddecrisis_10_09_2012.html\">10 septembre 2012<\/a>, en pr\u00e9cisant d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Nos travaux courants dans le cadre du site dedefensa.org montrent sans le moindre doute combien notre appr\u00e9hension de cette \u00e9poque se fait et se fera de plus en plus autour de la probl\u00e9matique du \u00ab\u00a0Mal\u00a0\u00bb, dont la repr\u00e9sentation structur\u00e9e est, pour nous, ce que nous nommons, d&rsquo;une mani\u00e8re effectivement op\u00e9rationnelle et structur\u00e9e, mais aussi d&rsquo;une mani\u00e8re symbolique et m\u00e9taphysique,<\/em> <strong><em>le Syst\u00e8me<\/em><\/strong><em>. (Les deux num\u00e9ros de dde.crisis du 10 juillet 2010 [voir aussi le 18 juillet 2010] et surtout du 10 septembre 2010 [voir aussi le 10 septembre 2010], annon\u00e7aient cette orientation de notre r\u00e9flexion.) Cette pr\u00e9pond\u00e9rance du th\u00e8me de la r\u00e9flexion est d&rsquo;ailleurs elle-m\u00eame explicit\u00e9e tout au long de ces r\u00e9flexions en cours et \u00e0 venir, comme r\u00e9pondant \u00e0 une particularit\u00e9 unique de ce temps m\u00e9tahistorique ; la pr\u00e9pond\u00e9rance absolue du Mal par le moyen du Syst\u00e8me, implique effectivement la \u00ab\u00a0pr\u00e9pond\u00e9rance du th\u00e8me de la r\u00e9flexion\u00a0\u00bb sur le Mal que nous avons chois, ou plut\u00f4t qui s&rsquo;est impos\u00e9 \u00e0 nous comme le choix \u00e9vident ; le reste suit&hellip;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Comme il est justement \u00e9crit : \u00ab\u00a0&hellip;notre appr\u00e9hension de cette \u00e9poque se fait et <strong>se fera de plus en, plus<\/strong> autour de la probl\u00e9matique du &lsquo;Mal'\u00a0\u00bb. Avec m\u00eame ces quelques mois depuis ce temps o&ugrave; nous avons \u00e9crit ces mots, notre conviction s&rsquo;est encore raffermie : aujourd&rsquo;hui, le probl\u00e8me le plus imm\u00e9diat, le plus imp\u00e9ratif, le plus actuel et le plus constant, en m\u00eame temps que le plus f\u00e9cond et le plus \u00e9l\u00e9vateur de l&rsquo;esprit, est bien le probl\u00e8me du Mal. Pour une part importante, et notamment pour la part \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb, la raison en est cette proximit\u00e9 du Mal, &ndash; \u00e0 tous \u00e9gards, proximit\u00e9 spatiale en un sens parce que le Mal est partout proche de nous, proximit\u00e9 psychologique parce que le Mal exerce une influence sans pr\u00e9c\u00e9dent sur nous, par le canal de la psychologie plus que par tout autre canal, proximit\u00e9 circulaire parce que cette pr\u00e9sence et cette influence nous encerclent herm\u00e9tiquement et nous emprisonnent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre propos ici est, notamment, d&rsquo;avancer qu&rsquo;on peut faire son avantage, voire sa vertu de cette proximit\u00e9. Il y a d&rsquo;abord un avantage fondamental dans cette proximit\u00e9 et cette omnipr\u00e9sence : il est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;un esprit \u00e9clair\u00e9 et effectivement pr\u00e9occup\u00e9 de l&rsquo;<strong>urgence primordiale et exclusive<\/strong> de cette question a l&rsquo;opportunit\u00e9 de ne pas se tromper. Le Mal omnipr\u00e9sent par proximit\u00e9 peut \u00eatre distingu\u00e9 et identifi\u00e9, parfois ais\u00e9ment par l&rsquo;usage de l&rsquo;exp\u00e9rience et l&rsquo;aide de l&rsquo;intuition. C&rsquo;est ainsi priver le Mal de son arme principale, sinon exclusive, de la tromperie sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb est le <strong>fondement op\u00e9rationnel<\/strong> de notre approche m\u00e9taphysique de ce qui nous para&icirc;t \u00eatre notre situation g\u00e9n\u00e9rale. Il nous semble que toutes les r\u00e9flexions possibles pour l&rsquo;ampleur de la perception du monde et de ce qui d\u00e9termine cette ampleur peuvent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es, pour le plus grand profit parce qu&rsquo;elles se trouvent ainsi directement li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 partir de cette situation du Mal par rapport \u00e0 nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb permet de rendre compte de quelques situations exceptionnelles. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, elle met le <em>sapiens<\/em> \u00e0 sa vraie place, \u00e0 rude \u00e9preuve en v\u00e9rit\u00e9, en mettant \u00e0 nu ses liens hypocrites <strong>et directs<\/strong> avec le Mal, dans nombre de ses postures et de ses conformismes, parmi ceux qui sont consid\u00e9r\u00e9s dans le cadre du Syst\u00e8me, comme les plus vertueux. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, elle rend compte, en mettant en \u00e9vidence l&rsquo;impuissance de l&rsquo;histoire courante \u00e0 mesurer la puissance et la hauteur de la trag\u00e9die qui nous submerge, de la n\u00e9cessit\u00e9 de la m\u00e9taHistoire, et de son intervention directe dans notre destin. Ainsi sommes-nous, nous-m\u00eames, oblig\u00e9s de <strong>penser haut<\/strong> si nous voulons ne pas \u00eatre engloutis par le Mal, notamment en haussant notre jugement au niveau de la m\u00e9taphysique&hellip; Seulement \u00e0 ces hauteurs trouve-t-on la force et l&rsquo;\u00e9lan de lutter contre le Mal si proche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>C&rsquo;est dans ce cadre exceptionnel que se pose la probl\u00e9matique de ce que nous nommons \u00ab\u00a0la proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb. L&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de cette \u00e9poque fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un concept \u00e0 la fois \u00ab\u00a0op\u00e9rationnel\u00a0\u00bb, &ndash; temporel, \u00e9v\u00e8nementiel, dans le cours de notre histoire pr\u00e9sente, &ndash; et d&rsquo;un concept \u00e9videmment m\u00e9taphysique. Pour nous, l&rsquo;hypoth\u00e8se est<\/em> <strong><em>enti\u00e8rement<\/em><\/strong> <em>rencontr\u00e9e selon laquelle le fonctionnement collectif et surpuissant de ce que nous nommons le Syst\u00e8me, \u00e0 cause de son universalit\u00e9 qui est un caract\u00e8re assur\u00e9, \u00e0 cause de sa sp\u00e9cificit\u00e9 unique et sans pr\u00e9c\u00e9dent,<\/em> <strong><em>produit<\/em><\/strong> <em>assur\u00e9ment le Mal dans ses influences, ses effets et ses cons\u00e9quences.<\/em> [&hellip;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Tout cela admis et son omnipr\u00e9sence \u00e9tant reconnue, on ne peut que conclure \u00e0 la proximit\u00e9 du Mal d&rsquo;une part, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en faire usage d&rsquo;autre part parce que cette \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb est le facteur \u00e9crasant de notre vie historique et m\u00e9tahistorique, pour ce qui est de l&rsquo;activit\u00e9 du Syst\u00e8me et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Syst\u00e8me. Or, il est av\u00e9r\u00e9 que, dans cette p\u00e9riode que nous estimons transitoire, le Syst\u00e8me enferme le monde et le contient absolument, donc que ses conditions sont celles du monde. Il est essentiel d&rsquo;avoir conscience de cette \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb, de s&rsquo;en d\u00e9fier bien entendu, de se situer par rapport \u00e0 elle d&rsquo;autre part, de s&rsquo;en servir enfin pour observer et comprendre la v\u00e9rit\u00e9 de la situation du monde ; observer son \u00e9volution, envisager ses perspectives, consid\u00e9rer l&rsquo;influence qu&rsquo;on peut avoir sur elle&#8230; On pourrait aller jusqu&rsquo;\u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;il faut savoir \u00ab\u00a0jouer au plus fin\u00a0\u00bb avec le Mal, se consid\u00e9rant comme immunis\u00e9 selon ses propres faiblesses et ses propres forces de caract\u00e8re par cette reconnaissance de lui o&ugrave; l&rsquo;on se trouve. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un exercice gratuit : puisque le Syst\u00e8me tient le monde dans son enti\u00e8ret\u00e9, qu&rsquo;il est producteur exclusivement de Mal, nous n&rsquo;\u00e9vitons pas cette proximit\u00e9 qu&rsquo;il faut savoir contenir et apprivoiser mais, par contre, nous pouvons avoir, gr\u00e2ce \u00e0 lui (le Mal), une r\u00e9f\u00e9rence formidable pour d\u00e9terminer la situation du monde.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>La proximit\u00e9 du Mal force au Bien et \u00e0 la hauteur<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans la suite imm\u00e9diatement logique de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on verra que cette proximit\u00e9 extr\u00eame du Mal et cette identification \u00e9vidente du Mal dans sa forme \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb du Syst\u00e8me \u00e9tant acquises comme pr\u00e9misses et donn\u00e9es fondamentales, il s&rsquo;en d\u00e9duit que tout peut et doit \u00eatre d\u00e9fini par rapport \u00e0 cela. Le d\u00e9veloppement est particuli\u00e8rement enrichissant, car cette omnipr\u00e9sence du Mal permet \u00e0 l&rsquo;esprit d&rsquo;envisager des initiatives audacieuses mais d&rsquo;un certain point de vue assur\u00e9es pour d\u00e9terminer le Bien, pour en faire sa r\u00e9f\u00e9rence, et ainsi mieux d\u00e9terminer sa posture pour d\u00e9noncer et affronter le Mal, enfin pour hausser sa pens\u00e9e \u00e0 un niveau m\u00e9taphysique qui est la seule position d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on puisse affronter le Mal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela est d&rsquo;autant plus \u00e9vident \u00e0 nos yeux que cette pr\u00e9sence massive du Mal rend, pour les m\u00eames esprits lucides, extr\u00eamement douloureuse l&rsquo;absence du Bien, et particuli\u00e8rement d\u00e9sirable l&rsquo;\u00e9lan pour y acc\u00e9der. Le m\u00eame raisonnement s&rsquo;applique \u00e9videmment \u00e0 tout ce qu&rsquo;il y a de haut et d&rsquo;\u00e9lev\u00e9, par rapport \u00e0 la bassesse que nous offre le Mal. De cette fa\u00e7on, la proximit\u00e9 du Mal force au Bien, autant qu&rsquo;il fait r\u00e9aliser les vertus de sauvegarde, de hauteur, d&rsquo;enrichissement de l\u00a0\u00bbessence de l&rsquo;\u00eatre, que procure cette alternative vers le Bien. La proximit\u00e9 du Mal permet au Bien tel que peut l&rsquo;accueillir l&rsquo;esprit lucide de d\u00e9velopper une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0dialectique de la n\u00e9cessit\u00e9 du Bien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Le paradoxe de la situation pr\u00e9sente, de la massivit\u00e9 de la pr\u00e9sence du Mal, devient alors que la pr\u00e9sence indirecte du Bien, sa \u00ab\u00a0pr\u00e9sence par absence\u00a0\u00bb et le manque qui s&rsquo;en fait sentir si l&rsquo;on veut, cette lourdeur de la psychologie qui est devenue par la force des choses le canal des seules impulsions du Mal et devient \u00e9galement porteuse d&rsquo;une souffrance continuelle en l&rsquo;absence du Bien, n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi fortes. Cet aspect est un compl\u00e9ment n\u00e9cessaire du pr\u00e9c\u00e9dent, qui conduit encore plus \u00e0 hausser son attitude personnelle face au Mal dans le champ de la conception et de l&rsquo;argumentation m\u00e9taphysiques. C&rsquo;est de ce point de vue, aujourd&rsquo;hui, que se manifeste le principal effet de la transformation de l&rsquo;histoire courante en une grande Histoire, n\u00e9cessairement m\u00e9tahistorique.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Avec ce que nous nommions plus haut \u00ab\u00a0le Mal n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Arriv\u00e9 \u00e0 ce point de subversion et de dissolution o&ugrave; nous nous trouvons, il devient impossible de s&rsquo;en passer\u00a0\u00bb), dans le cadre de cette pacotille de m\u00e9taphysique organis\u00e9e par le Syst\u00e8me, dans la n\u00e9cessit\u00e9 o&ugrave; nous nous trouvons de chercher \u00e0 nous hausser au niveau m\u00e9taphysique pour l&rsquo;affronter, pour regarder le Mal<\/em> <strong><em>les yeux dans les yeux<\/em><\/strong><em>, nous sommes plac\u00e9s dans la n\u00e9cessit\u00e9 de red\u00e9finir les enjeux de la bataille. Nous sommes conduits \u00e0 la conscience de ces enjeux et des outils de ces enjeux, pour identifier parfaitement les attributs essentiels du Mal et ne pas nous perdre avec des comparses d&rsquo;occasion, dans des affrontements accessoires et finalement dissolvants pour nous-m\u00eames. Cette n\u00e9cessit\u00e9 de la parfaite connaissance du Mal, per\u00e7ue d&rsquo;une hauteur m\u00e9taphysique, et de la connaissance n\u00e9cessaire de ses attributs, nous permet de transformer notre perception de la situation terrestre. Ainsi avons-nous coutume de consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9poque que nous vivons est directement m\u00e9tahistorique, et non plus historique.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Pourquoi notre \u00e9poque ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Abordant notre intervention suivante dans cette note, nous nous attachons au titre de la page 5 de ce <em>Cahier<\/em>, qui r\u00e9sume l&rsquo;interrogation de la cause de cette proximit\u00e9 du Mal caract\u00e9risant notre \u00e9poque : &laquo;<em>Pourquoi notre \u00e9poque est-elle si proche du Mal ? &#8230; Car, en fait, aucune \u00e9poque n&rsquo;en a jamais \u00e9t\u00e9 plus proche, jusqu&rsquo;\u00e0 faire croire qu&rsquo;elle<\/em> <strong><em>est<\/em><\/strong> <em>le Mal incarn\u00e9e<\/em>.&raquo; Nous r\u00e9pondons au terme de la premi\u00e8re d\u00e9marche suivant ce titre, en nous r\u00e9f\u00e9rant au ph\u00e9nom\u00e8ne du Syst\u00e8me, de sa cr\u00e9ation, de sa production :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>La r\u00e9ponse tient en un mot, que nous employons souvent, que nous ornons d&rsquo;une majuscule pour en marquer, d&rsquo;une part l&rsquo;importance universelle, d&rsquo;autre part le caract\u00e8re absolument sp\u00e9cifique et sans \u00e9quivalent. Il s&rsquo;agit du \u00ab\u00a0Syst\u00e8me\u00a0\u00bb&#8230; Le Syst\u00e8me est<\/em> <strong><em>\u00e0 la fois<\/em><\/strong> <strong><em>l&rsquo;enfant direct du d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re qui est pure repr\u00e9sentation du Mal, donc le Mal lui-m\u00eame ; et, d&rsquo;autre part, une construction en partie humaine, ou bien accept\u00e9e par le sapiens, et donc le repr\u00e9sentant&hellip;<\/em><\/strong>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette pr\u00e9sence de <em>sapiens<\/em> dans la cr\u00e9ation, la production et le fonctionnement du Syst\u00e8me comme repr\u00e9sentation op\u00e9rationnelle du Mal lui donne, justement, une <strong>position<\/strong> particuli\u00e8re dans le fait de la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb. Cela implique une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re, un risque plus important, mais aussi, par contraste et antith\u00e8se dans le sens qui anime toute notre logique, des opportunit\u00e9s&hellip; Tout est ambigu\u00eft\u00e9 et contradiction dans ce cas. Cela est au point o&ugrave;, reconnaissant que le Syst\u00e8me est, par son apparat \u00e0 la fois progressiste et moraliste et sa finalit\u00e9 monstrueuse, une \u00ab\u00a0ruse supr\u00eame\u00a0\u00bb, on peut en arriver \u00e0 se demander pour qui le Syst\u00e8me est-il une \u00ab\u00a0ruse supr\u00eame\u00a0\u00bb&hellip; &laquo;<em>La r\u00e9ponse est \u00e9videmment affirmative, &ndash; le Syst\u00e8me est la ruse supr\u00eame, &ndash; mais l&rsquo;on ne sait pr\u00e9cis\u00e9ment de qui et de quoi, et ainsi, la r\u00e9ponse tranchante qui ne nous permet pas de trancher. S&rsquo;agit-il de \u00ab\u00a0la ruse supr\u00eame du Mal\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0la ruse supr\u00eame de nous-m\u00eames contre le Mal\u00a0\u00bb?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale du Syst\u00e8me est largement d\u00e9crite dans ce passage. Elle nous concerne essentiellement, puisque nous sommes partie prenante du groupe <em>sapiens<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Le Syst\u00e8me est \u00e0 la fois la cr\u00e9ation du \u00ab\u00a0d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re\u00a0\u00bb, et du Mal par cons\u00e9quent, \u00e0 la fois une cr\u00e9ation humaine. Pour cette raison, le Syst\u00e8me est \u00e0 la fois notre tentation ultime, \u00e0 nous sapiens, et notre ultime avertissement, notre th\u00e9\u00e2tre glorieux et notre trag\u00e9die extr\u00eame, notre fiert\u00e9 (sinon notre vanit\u00e9) et notre \u00e9chec d\u00e9cisif. Il est aussi, bien entendu, la cause fondamentale de notre \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb, par cons\u00e9quent la chose qui nous place au terme de notre effondrement mais qui constitue \u00e9galement la seule possibilit\u00e9 de notre r\u00e9demption puisque la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb est tout cela \u00e0 la fois pour nous.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Pour cette raison, le Syst\u00e8me est une prison diabolique&hellip;<\/em> [selon la <em>d\u00e9finition que proposait Martin Heidegger<\/em>&hellip;] <em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est une sourici\u00e8re dont on ne peut s&rsquo;\u00e9chapper car, pendant qu&rsquo;on s&rsquo;en \u00e9chappe, elle se met \u00e0 l&rsquo;envers et l&rsquo;on se retrouve dedans.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>&#8230; Cette description rend compte du processus de l&rsquo;inversion qui est la caract\u00e9ristique dynamique fondamentale du Syst\u00e8me (jusqu&rsquo;\u00e0 son processus extr\u00eame de transformation de sa dynamique de surpuissance en dynamique d&rsquo;autodestruction). Mais cette inversion se retrouve dans tous les domaines, y compris, comme on ne cesse de le voir, la valeur invertie, \u00e0 la fois mal\u00e9fique et salvatrice, de la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb. Aussi, cette \u00ab\u00a0sourici\u00e8re\u00a0\u00bb, qui est sourici\u00e8re parce qu&rsquo;elle se retourne, peut l&rsquo;\u00eatre, si l&rsquo;on veut, selon la fa\u00e7on dont on proc\u00e8de,<\/em> <strong><em>en sens inverse<\/em><\/strong><em>, \u00e0 l&rsquo;avantage du sujet qui comprendrait \u00e0 la fois son fonctionnement et la fa\u00e7on d&rsquo;en user pour sa sauvegarde.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Le Syst\u00e8me bien plus habile que M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans son comportement g\u00e9n\u00e9ral, en tant que repr\u00e9sentation op\u00e9rationnelle du Mal, le Syst\u00e8me se montre d&rsquo;une extr\u00eame habilet\u00e9. On peut parler \u00e0 son \u00e9gard de \u00ab\u00a0ruse du Diable\u00a0\u00bb, essentiellement dans ses rapports avec le <em>sapiens<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre id\u00e9e est que, \u00e9voluant comme une entit\u00e9 qui serait une v\u00e9ritable \u00e9gr\u00e9gore, dot\u00e9 de capacit\u00e9s psychologiques et d&rsquo;analyse, le Syst\u00e8me a parfaitement compris \u00e0 qui il a affaire, avec <em>sapiens<\/em>. En un sens, c&rsquo;est \u00e0 la fois justice et logique puisqu&rsquo;il est, lui le Syst\u00e8me, en partie cr\u00e9ation de <em>sapiens<\/em>, de ce <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me qu&rsquo;on dit n\u00e9 de la modernit\u00e9&hellip; Justement, c&rsquo;est ce qui fait l&rsquo;essentiel de sa \u00ab\u00a0ruse supr\u00eame\u00a0\u00bb, dans une partie o&ugrave; il s&rsquo;av\u00e8re largement sup\u00e9rieur au M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s de Faust.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s dit \u00e0 Faust : \u00ab\u00a0Voici le march\u00e9, tu fais ce que tu veux et rencontre tes plus chers d\u00e9sirs, jouissant d&rsquo;une libert\u00e9 extr\u00eame pour t&rsquo;accomplir et acqu\u00e9rir toutes les puissances terrestres. En \u00e9change, je prends ton \u00e2me&#8230;\u00a0\u00bb Le Syst\u00e8me dit, au contraire : \u00ab\u00a0Voici le march\u00e9, tu fais ce que je veux et te conforme absolument \u00e0 mon organisation, qui t&rsquo;ouvre les portes de l&rsquo;accomplissement et de la puissance ; je ne prends pas ton \u00e2me car tu en fais toi-m\u00eame un miroir fid\u00e8le du Syst\u00e8me, de moi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Le Syst\u00e8me est bien plus s\u00e9ducteur que M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, et sa ruse qui ne prend aucune peine pour se dissimuler est d&rsquo;abord une s\u00e9duction. Il dit \u00e0 sapiens qu&rsquo;il va l&rsquo;\u00e9lever, le hausser \u00e0 sa propre puissance, et qu&rsquo;il va le faire au son de ces partitions magiques que l&rsquo;on nomme Progr\u00e8s et Modernit\u00e9, exactement comme le serpent fascine sa victime, ou bien comme le persiflage subvertit sa psychologie, &ndash; l&rsquo;une et l&rsquo;autre chose s&rsquo;\u00e9quivalant, au reste.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Le Syst\u00e8me n&rsquo;a nul besoin de le dire mais, par rapport au serpent et au persiflage, il dispose d&rsquo;un argument suppl\u00e9mentaire qui emporte tout&#8230; Le Syst\u00e8me cligne de l&rsquo;&oelig;il et sapiens, &ndash; disons le sapiens tout-venant car tout sapiens a du tout-venant en lui, &ndash; comprend aussit\u00f4t le reste de la plaidoirie, qui emporte tout, sans que l&rsquo;autre ait nul besoin de la d\u00e9velopper : \u00ab\u00a0car tu sais bien, lui dit encore le Syst\u00e8me, que je suis<\/em> <strong><em>aussi<\/em><\/strong> <em>cr\u00e9ation humaine, cr\u00e9ation de toi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Le M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s du docteur Faust lui-m\u00eame n&rsquo;aurait pas<\/em> <strong><em>os\u00e9<\/em><\/strong> <em>songer \u00e0 cela pour emporter la partie.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Totalitarisme du Syst\u00e8me, ou l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du Mal<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous attachons \u00e0 un autre point, \u00e0 partir du constat de l&rsquo;extr\u00eame \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb, de sa repr\u00e9sentation en tant que Mal sans maquillage ni dissimulation. Le Mal s&rsquo;exprime en effet dans l&rsquo;extr\u00eame totalitarisme du Syst\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il s&rsquo;exprime \u00e0 ciel ouvert. Il est ce qu&rsquo;il est et il ne s&rsquo;en cache pas, et le <em>sapiens<\/em> quand il devient <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me dans son \u00e9tat d&rsquo;extr\u00eame faiblesse, est \u00e0 l&rsquo;image du Syst\u00e8me. On a l&rsquo;exemple permanent de cette r\u00e9alit\u00e9 dans ces temps o&ugrave; l&rsquo;argent r\u00e8gne en ma&icirc;tre, au nom d&rsquo;une doctrine qui affiche son extr\u00e9misme d\u00e9structurant, nihiliste et entropique comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la <strong>pure vertu<\/strong>. C&rsquo;est bien en cela, dans cette d\u00e9couverture totale du Mal qu&rsquo;est le Syst\u00e8me, que r\u00e9side l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de la p\u00e9riode.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Or, nous disons que ce totalitarisme, cette \u00ab\u00a0sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du Mal est ce qui le perdra. En effet, ce qui fait la puissance du Mal, c&rsquo;est sa capacit\u00e9 \u00e0 simuler le Bien, \u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus lui-m\u00eame ; sa v\u00e9ritable sinc\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est son insinc\u00e9rit\u00e9. A partir du moment o&ugrave;, ivre de surpuissance, il abandonne ce caract\u00e8re, il est perdu (et sa surpuissance devient autodestruction). Il montre par l\u00e0 sa sottise intrins\u00e8que, sa stupidit\u00e9 finale, qui est largement d\u00e9montr\u00e9e dans sa volont\u00e9 de r\u00e9duire le monde \u00e0 la dissolution et \u00e0 l&rsquo;entropisation&hellip; (Nous ne manquons pas d&rsquo;observer combien ce processus d'\u00a0\u00bbentropisation\u00a0\u00bb suscit\u00e9 par le Mal, qui ne peut \u00eatre vraiment appr\u00e9ci\u00e9 que du point de vue de la m\u00e9taphysique, est traduit, du point de vue du \u00ab\u00a0comment ?\u00a0\u00bb s&rsquo;exprimant dans le monde physique, par la Troisi\u00e8me Loi de la Thermodynamique&hellip; &laquo;<em>Mais cela rejoint le ph\u00e9nom\u00e8ne physique d&rsquo;entropisation que d\u00e9crit la thermodynamique, et notamment la \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb sur \u00ab\u00a0la production maximale d&rsquo;entropie [MEP ou MaxEP : Maximum Entropy Production]. Les syst\u00e8mes producteurs d&rsquo;entropie sont des syst\u00e8mes ferm\u00e9s ou qui se ferment, qui produisent une sorte d'\u00a0\u00bb\u00e9nergie n\u00e9gative\u00a0\u00bb et dissolvante d&rsquo;eux-m\u00eames, jusqu&rsquo;\u00e0 leur mort.<\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un immense paradoxe. L&rsquo;exposition du Mal dans son incarnation dans le Syst\u00e8me, entit\u00e9 totalitaire, herm\u00e9tique et sans la moindre \u00e9chappatoire selon les conditions de contre-civilisation qu&rsquo;elle impose, constitue une immense ambigu\u00eft\u00e9. Comme on l&rsquo;a vu, la \u00ab\u00a0sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du Mal, c&rsquo;est sa propre tromperie, sa dissimulation, c&rsquo;est le masque qu&rsquo;il porte pour faire croire qu&rsquo;il est le Bien. Cette d\u00e9finition de sa \u00ab\u00a0sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb est la logique m\u00eame puisque la d\u00e9finition du Mal est fondamentalement l&rsquo;acte de l&rsquo;inversion. S&rsquo;il abandonne cet apparat pour para&icirc;tre ce qu&rsquo;il est, &ndash; para&icirc;tre et \u00eatre en m\u00eame temps, &ndash; le Mal devient objectivement insinc\u00e8re par rapport \u00e0 lui-m\u00eame, par rapport \u00e0 la cause qu&rsquo;il d\u00e9fend, et, par cons\u00e9quent, il verse dans la plus compl\u00e8te ambigu\u00eft\u00e9. En quelque sorte, il se ment \u00e0 lui-m\u00eame, il se trompe lui-m\u00eame&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Contrairement \u00e0 ce que pourraient croire les esprits (modernistes) cantonn\u00e9s au jugement quantitatif, il est \u00e9vident qu&rsquo;on ne peut dire que ce comportement du Mal se d\u00e9couvrant et s&rsquo;affirmant tel qu&rsquo;en lui-m\u00eame, le Mal dans toute sa dimension dissolvante et d&rsquo;entropisation, soit des plus habiles. Il place tous ceux qu&rsquo;il veut tenir sous son empire, les sapiens pour ce cas, dans un \u00e9tat de profond malaise, de torsion, voire de torture de leur psychologie, &ndash; puisque sapiens, on l&rsquo;a vu, n&rsquo;est pas le Mal en soi, mais ne peut qu&rsquo;en \u00eatre influenc\u00e9 par proximit\u00e9, &ndash; et de quelle proximit\u00e9 il s&rsquo;agit lorsque le Mal s&rsquo;affirme d&rsquo;une fa\u00e7on aussi \u00e9clatante, aussi \u00ab\u00a0souveraine\u00a0\u00bb qu&rsquo;il le fait avec le Syst\u00e8me !<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>L&rsquo;inconnaissance, formule de la r\u00e9sistance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A partir de ce point (page 8) de notre travail dans ce <em>Cahier<\/em> de <em>dde.crisis<\/em>, nous consid\u00e9rons comme achev\u00e9e l&rsquo;exploration du ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb, tel que nous l&rsquo;avons identifi\u00e9 et que nous consid\u00e9rons comme d\u00e9finissant et fixant absolument notre \u00e9poque. Nous pr\u00e9sentons alors la derni\u00e8re partie de notre d\u00e9marche qui est l&rsquo;identification et la description du moyen et de la posture fondamentale que nous jugeons ad\u00e9quats, non seulement pour lutter contre cette \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb, mais pour en faire notre profit, nous renforcer, nous \u00e9lever en comprenant ce ph\u00e9nom\u00e8ne (la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb) dans sa dimension m\u00e9taphysique. Ce \u00ab\u00a0moyen et [cette] posture fondamentale\u00a0\u00bb sont \u00e9videmment ce que nous d\u00e9signons comme l&rsquo;<strong>inconnaissance<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Regarder \u00ab\u00a0le Mal les yeux dans les yeux\u00a0\u00bb et n&rsquo;y pas succomber une seconde, et m\u00eame se camper presque avec la joie de la mission supr\u00eame \u00e0 mener \u00e0 bien, c&rsquo;est faire le choix de l&rsquo;essentiel pour s&rsquo;armer dans cette bataille, et r\u00e9solument repousser l&rsquo;accessoire. C&rsquo;est l\u00e0 d\u00e9finir la position de l&rsquo;inconnaissance&#8230; Ce que nous nommons \u00ab\u00a0essentiel\u00a0\u00bb revient effectivement \u00e0 identifier sans la moindre h\u00e9sitation le Mal, porter toute son attention, toute sa dialectique, toute sa conviction \u00e0 son endroit, exercer son \u00e9lan vital sans s&rsquo;arr\u00eater un instant \u00e0 chercher \u00e0 comprendre, \u00e0 conna&icirc;tre le Mal. Son identification pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement son inconnaissance : vous savez qui il est, il importe de vous garder de vous attarder \u00e0 lui. Frapper joyeusement sur lui, \u00ab\u00a0philosopher \u00e0 coups de marteau\u00a0\u00bb, \u00e0-la-Nietzsche. Moins vous comprendrez le Mal, dans le sens de vous partager avec lui, plus fort vous serez pour l&rsquo;affronter. Il est essentiel de l&rsquo;identifier, de la d\u00e9crire, de l&rsquo;appr\u00e9hender, il est vital de ne pas le conna&icirc;tre et de ne pas le comprendre, &ndash; car le contraire, sa connaissance et sa compr\u00e9hension serait absurde et conduire \u00e0 une n\u00e9antisation de soi, une r\u00e9duction au rien par proximit\u00e9 du Mal.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>L'\u00a0\u00bbaccessoire\u00a0\u00bb, ce qu&rsquo;il faut absolument repousser pour se tenir dans sa vertu d&rsquo;inconnaissance, renvoie \u00e0 des occurrences diverses qui veulent donner l&rsquo;impression d&rsquo;affronter le Syst\u00e8me et qui, en fait, s&rsquo;attachent \u00e0 lui, pour finalement se soumettre. Nous citions ces &laquo;\u00e9tiquettes [&#8230;] caract\u00e9ris\u00e9es par leur vacuit\u00e9 doucereuse, leur emploi faussaire, leur subversion constante de l&rsquo;esprit, leur potentialit\u00e9 dissolvante d\u00e9sormais \u00e9vidente : Progr\u00e8s, modernit\u00e9, d\u00e9mocratie, \u00ab\u00a0droitdel&rsquo;hommisme\u00a0\u00bb, etc.&raquo; Ces mots d&rsquo;ordre, prolong\u00e9s de quelques autres qui se voudraient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment employ\u00e9s par l&rsquo;activisme antiSyst\u00e8me, qui sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des cris de ralliement antiSyst\u00e8me, entrent en v\u00e9rit\u00e9 dans la dialectique du Syst\u00e8me pour l&rsquo;\u00e9pouser. D\u00e9nonciateurs de \u00ab\u00a0complots\u00a0\u00bb, d\u00e9chiffreurs de \u00ab\u00a0plans de subversion\u00a0\u00bb formidables du Syst\u00e8me, qui ne font finalement que parer le Syst\u00e8me de vertus qu&rsquo;il n&rsquo;a pas et qu&rsquo;il n&rsquo;eut jamais, et se soumettre \u00e0 lui, reconna&icirc;tre son empire ; qui <\/em><strong><em>conna&icirc;t<\/em><\/strong><em> le Syst\u00e8me est foudroy\u00e9 par lui, comme Ulysse le serait par le chant des sir\u00e8nes s&rsquo;il n&rsquo;avait pris la pr\u00e9caution se faire lier au mat de son navire, &ndash; ce qui est, pour lui, <\/em><strong><em>une forme d&rsquo;inconnaissance<\/em><\/strong><em>&#8230;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>Actualit\u00e9 de l&rsquo;inconnaissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A notre \u00e9poque, dans notre temps, dans ces quelques ann\u00e9es si intenses, si puissantes et si bouleversantes qu&rsquo;elles forment \u00ab\u00a0une \u00e9poque\u00a0\u00bb \u00e0 elles seules (de la m\u00eame fa\u00e7on que Maistre fait de la R\u00e9volution, sur les six ann\u00e9es qu&rsquo;il consid\u00e8re principalement, &laquo;<em>une \u00e9poque<\/em>&raquo; en soi), l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;inconnaissance a l&rsquo;avantage formidable d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la fois m\u00e9taphysique et \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on peut \u00e0 la fois la penser comme un concept incontestablement \u00e9lev\u00e9 et qui fait partie du domaine m\u00e9taphysique du Bien, et qu&rsquo;on peut le vivre comme un moyen d&rsquo;affronter le Mal et de lui opposer une r\u00e9sistance exceptionnellement efficace.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La vertu formidable de l&rsquo;inconnaissance est de se poser comme un fait m\u00e9taphysique fondamental, et en m\u00eame temps d&rsquo;\u00eatre <strong>totalement<\/strong> impliqu\u00e9 dans la temporalit\u00e9 de son caract\u00e8re op\u00e9rationnel. L&rsquo;inconnaissance pose comme principe de refuser la connaissance du Mal (un peu comme l&rsquo;on dirait \u00ab\u00a0je refuse de faire votre connaissance\u00a0\u00bb), donc de refuser d&rsquo;observer toutes les intrigues du Mal pour tenter de les comprendre ; car, pour comprendre le Mal, il faut tenter d&rsquo;<strong>\u00eatre<\/strong> le Mal et, par cons\u00e9quent, il faut accepter la proximit\u00e9 du Mal non comme un d\u00e9fi mais comme un accommodement o&ugrave; la puissance du Mal emportera n\u00e9cessairement le <em>sapiens<\/em> dans toutes ses faiblesses. L&rsquo;inconnaissance refuse de conna&icirc;tre le Mal et se contente de le d\u00e9signer du doigt : \u00ab\u00a0toi, le venin\u00a0\u00bb&hellip; Et tout est dit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par rapport au Syst\u00e8me, qui est la repr\u00e9sentation op\u00e9rationnelle du Mal, l&rsquo;incontestable avantage de cette posture est qu&rsquo;elle permet de refuser d&rsquo;\u00eatre <strong>dans<\/strong> le Syst\u00e8me en refusant de le conna&icirc;tre, tout en y \u00e9tant pour le combattre. Face \u00e0 cela, le Syst\u00e8me, qui ne peut refuser d&rsquo;accueillir un <em>sapiens<\/em> puisqu&rsquo;il est pr\u00e9tendument construit par lui et pour lui (le <em>sapiens<\/em>), est oblig\u00e9 de se d\u00e9couvrir, de mettre \u00e0 nu les caract\u00e8res qui l&rsquo;apparentent \u00e9videmment au Mal. Face \u00e0 l&rsquo;inconnaissance, ses capacit\u00e9s de tromperie lui sont d\u00e9ni\u00e9es. Dans certains cas, il appara&icirc;t m\u00e9diocre, stupide, compl\u00e8tement insens\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire emport\u00e9 lui-m\u00eame par ses monstrueuses contradictions ; lui, le surpuissant dans une mesure inimaginable, appara&icirc;t assez vain pour faire en sorte, par simple m\u00e9canique, que de sa surpuissance naisse l&rsquo;autodestruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;inconnaissance permet de regarder le Mal avec un petit air de d\u00e9rision qui n&rsquo;est pas sa plus mince victoire. Seule la proximit\u00e9 du Mal permet de comprendre et d&rsquo;op\u00e9rationnaliser cela (l&rsquo;inconnaissance). En un sens, l&rsquo;inconnaissance pourrait bien s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre la \u00ab\u00a0ruse supr\u00eame\u00a0\u00bb du Bien&#8230; Bien entendu, &ndash; et cela pour annoncer une partie importante de notre travail \u00e0 venir, &ndash; nous reviendrons sur l&rsquo;inconnaissance en tant que telle, notamment dans sa signification fondamentale pour celui qui la choisit comme attitude fondamentale, parce qu&rsquo;elle fait partie de la situation de \u00ab\u00a0proximit\u00e9 du Mal\u00a0\u00bb qui est le caract\u00e8re d\u00e9finissant \u00e0 lui seul, et exclusivement, cette \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb au sens maistrien.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Note<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(*) Bien entendu, le premier num\u00e9ro (janvier 2013) des <em>Cahiers du dde.crisis<\/em> est disponible en <em>pdf<\/em>, depuis le 3 janvier 2013. Il suffit de cliquer sur la couverture pr\u00e9sente sur la colonne de gauche de notre page d&rsquo;accueil pour t\u00e9l\u00e9charger le document.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur la proximit\u00e9 du Mal (dde.crisis) Hors des explications (voir ce 31 d\u00e9cembre 2012) qui importent concernant la situation de dde.crisis et son \u00e9volution vers une formule nouvelle sous la forme d&rsquo;une nouvelle collection (Les Cahiers de dde.crisis), nous abordons avec ce volume dat\u00e9 de janvier 2013 (*) la question de \u00ab\u00a0la proximit\u00e9 du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[15320,8254,12356,11201,4596,2673,10032,9141],"class_list":["post-74777","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-cahiers","tag-dde-crisis","tag-faust","tag-inconnaissance","tag-maistre","tag-metaphysique","tag-plotin","tag-ulysse"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74777","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74777"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74777\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74777"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74777"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74777"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}