{"id":74921,"date":"2013-04-05T11:21:21","date_gmt":"2013-04-05T11:21:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/04\/05\/regard-las-sur-la-republique-francaise\/"},"modified":"2013-04-05T11:21:21","modified_gmt":"2013-04-05T11:21:21","slug":"regard-las-sur-la-republique-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/04\/05\/regard-las-sur-la-republique-francaise\/","title":{"rendered":"Regard las sur la R\u00e9publique Fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Regard las sur la R\u00e9publique Fran\u00e7aise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIls pourraient parodier leur mot fameux du temps du sang contamin\u00e9 et nous dire, comme on pr\u00e9sente son coupe-file : Irresponsables, pas coupables. Cela sonnerait juste, parce que la France du temps pr\u00e9sent, dans le chef de ses \u00e9lites et de sa direction politique, n&rsquo;en finit pas de s&rsquo;effondrer avec une certaine lenteur \u00e9puis\u00e9e, avec contrition proclam\u00e9e, d\u00e9n\u00e9gations, impuissance, soupirs r\u00e9formistes et discours chantonnant le rythme soci\u00e9tal, les jambes trop courtes pour se retenir de toucher le fond, le souffle si court qu&rsquo;elle se noierait avant de se noyer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn dit bien la France, et pas Cahuzac, Ayraud, Hollande &#038; Tartempion, ou bien <em>Lib\u00e9<\/em>, <em>Le Grand Journal<\/em> &#038; <em>Le Figaro<\/em>, ou bien Cop\u00e9, Sarko &#038; Compagnie Il n&rsquo;y en a pas un pour accrocher le regard et faire na\u00eetre le go\u00fbt de la mal\u00e9diction, pour susciter des r\u00e9flexions hautes, pour vous plonger dans un ab\u00eeme de m\u00e9ditation grave et insondable sur la d\u00e9cadence des grandes choses, sur la fa\u00e7on dont les civilisations abandonnent leur histoire, sur le sens de cette civilisation-l\u00e0 devenue contre-civilisation. Il n&rsquo;y en a pas un qui soit <strong>\u00e0 la hauteur<\/strong> de leur chute et de la Chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn aurait pu \u00e9crire ces mots sans n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;incident du jour, sans l&rsquo;entra\u00eenement du brouhaha absolument indign\u00e9 de la panique pressante et pr\u00e9sente, de toutes ces vertus outrag\u00e9es et soudain \u00e9rig\u00e9es en guillotines postmodernes, le verbe moralisant au bout du poing, mais il se trouve que le larron fait l&rsquo;occasion. Le Cahuzac arrogant et portant beau, brillant et insupportable, et magouilleur en son temps comme il faut, et soudain plong\u00e9 dans un ab\u00eeme de d\u00e9sespoir effondr\u00e9, devenu malheureux homme jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abandon de soi, et pour la vie duquel les rares amis qui lui restent expriment toutes les craintes possibles, c&rsquo;est bien la triste occasion. Qu&rsquo;on ne compte pas sur le chroniqueur qui sait ce que mission veut dire pour pilonner le coupable, car ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un irresponsable comme eux tous, qui est aujourd&rsquo;hui un homme traqu\u00e9 par lui-m\u00eame, et soumis \u00e0 sa torture intime. L&rsquo;indignation qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, \u00e0 la hauteur d&rsquo;une Bastille encore debout et sur les mannes d&rsquo;une R\u00e9volution dont ils ne finissent pas de se parer de la vertu suppos\u00e9e, c&rsquo;est celle de la panique g\u00e9n\u00e9rale qui s&#8217;empare d&rsquo;eux ; ce que Cahuzac a fait, affichant le soi-disant mensonge d&rsquo;\u00c9tat comme mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre,  ce qui supposerait que l&rsquo;\u00c9tat existe encore,   c&rsquo;est t\u00e9moigner symboliquement que le roi devenu R\u00e9publique est nu, en symbolisant pour eux tous ce qu&rsquo;est devenu leur monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIls ne sont pas tous pourris, ce serait leur faire bien de l&rsquo;honneur et bien mal les consid\u00e9rer, et faussement sans nul doute. Ils sont absolument de leur temps pr\u00e9sent, de la m\u00eame mati\u00e8re folle et m\u00e9diocre, sans rien qui d\u00e9passe, bien en rang, bien pli\u00e9s comme ils disent. Je me demande m\u00eame s&rsquo;ils sont aussi vils qu&rsquo;ils le paraissent, et bien entendu je ne le crois pas une seule seconde. Ils sont aussi bien affreusement prisonniers que m\u00e9diocres profiteurs, autant absolument angoiss\u00e9s de leur sort qu&rsquo;avec l&rsquo;illusion futile de l&rsquo;impunit\u00e9 du pouvoir. Simplement, ils ont perdu leur colonne vert\u00e9brale et ils ont fourr\u00e9 le fameux \u00e9clair au chocolat de Teddy Roosevelt \u00e0 la place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIls n&rsquo;osent dire tout haut ce qu&rsquo;ils n&rsquo;osent m\u00eame pas savoir avant que le monde le leur fasse conna\u00eetre. Je ne savais pas que la crise allait durer si longtemps, disait ce Pr\u00e9sident apr\u00e8s tout plein de bonnes et vaines intentions, quelques jours avant la crise du jour. Son \u00e9tonnement discr\u00e8tement interloqu\u00e9 nous cloue sur notre chaise et suspend un instant notre plume : lui et moi, parlons-nous du m\u00eame monde ? Il lui a fallu une \u00e9lection et quelques mois d&rsquo;exercice de ce pouvoir qu&rsquo;ils nomment supr\u00eame pour saisir au vol cette \u00e9vidence qui \u00e9crase notre temps ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe jeune Emile Michel Cioran \u00e9crivait en 1941, et peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois en roumain avant de passer au fran\u00e7ais, un texte court et fulgurant (*) qui est un paradoxe m\u00eame pour le jugement courant, mais qui est si \u00e9vident pour qui m\u00eale l&rsquo;intuition \u00e0 l&rsquo;intelligence ; un texte d\u00e9bordant d&rsquo;amour et d&rsquo;estime haute pour la France, et d&rsquo;un accablement d\u00e9sol\u00e9 et irr\u00e9pressible de devoir \u00e9prouver un tel m\u00e9pris d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour la France,  en un seul souffle, en une seule \u00e9motion, ceci et cela Le jeune Cioran mesure avec minutie et sans ciller bien que les larmes ne soient pas loin, ce qui fut et ce qui est. Auparavant dans son texte, avant la citation qui nous importe, il avait observ\u00e9 que l&rsquo;un des deux Moments de la France, o\u00f9 la Gloire de la grande Nation fut la plus haute, se trouvait dans cette \u00ab<em>\u00e9poque de la construction des cath\u00e9drales<\/em>\u00bb, ce que Georges Duby nomma le Temps des cath\u00e9drales ; il y revient indirectement plus loin, au constat de la d\u00e9solation de la France, et du monde avec elle. (Puisque la France reste exemplaire dans la d\u00e9cadence et l&rsquo;effondrement, m\u00eame inspiratrice de cela pour les autres, et Cioran en lui lan\u00e7ant cette terrible accusation du d\u00e9clin ultime scellait en m\u00eame temps son amour <strong>nouveau<\/strong> et d\u00e9sormais irr\u00e9fragable pour elle,  vous voyez bien qu&rsquo;il ne faut jamais d\u00e9sesp\u00e9rer d&rsquo;elle, m\u00eame dans le paradoxe de la gloire et de la chute m\u00eal\u00e9es. Disant pays avanc\u00e9 dans l&rsquo;extrait ci-dessous, Cioran disait avanc\u00e9 dans la civilisation, tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 et longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme la r\u00e9f\u00e9rence de cette civilisation, avanc\u00e9 jusqu&rsquo;au-del\u00e0 de la civilisation, jusqu&rsquo;\u00e0 repr\u00e9senter la d\u00e9cadence terrible de cette civilisation, quand toutes les amarres sont rompues&#8230;) : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Un pays avanc\u00e9 ne souffre d&rsquo;aucune complicit\u00e9 avec un quelconque id\u00e9al. Il rassemble en lui tout ce qui pourrait constituer une n\u00e9gation du gothique, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e9lan, de la transcendance, de la hauteur. Son \u00e9nergie ne tend pas<\/em> <strong><em>vers le haut<\/em><\/strong><em>, elle penche. La France est Notre-Dame refl\u00e9t\u00e9e dans la Seine  une cath\u00e9drale refusant le ciel.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;argument p\u00e9remptoire et terrible de ce pamphlet d&rsquo;amour d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de Cioran, c&rsquo;\u00e9tait la France abaiss\u00e9e, humili\u00e9e de la d\u00e9faite et de la capitulation. Sa r\u00e9elle port\u00e9e transcendante fait que c&rsquo;est aussi, et m\u00eame bien plus encore, la France de notre temps. Un autre po\u00e8te embastill\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre fusill\u00e9 pour avoir \u00e9t\u00e9 du parti de cette France abaiss\u00e9e, humili\u00e9e et s&rsquo;en \u00eatre trouv\u00e9 satisfait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;outrecuidance et l&rsquo;inhumanit\u00e9, disait du fond de sa cellule de Fresnes, et montrant en cela qu&rsquo;il restait d&rsquo;une humaine nature, revenu de sa faiblesse coupable pour affronter le martyre : \u00ab<em>Mon pays m&rsquo;a fait mal.<\/em>\u00bb C&rsquo;est qu&rsquo;il faut savoir souffrir pour lui, selon ce que l&rsquo;on fut et selon ce que l&rsquo;on fit. On ne parle pas ici de la justice des hommes, on parle de la trag\u00e9die de l&rsquo;Histoire et de la transcendance du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question qui nous d\u00e9vore devant cette France du temps pr\u00e9sent, cette France des restes de ce qu&rsquo;elle fut, est bien celle-ci : tous, ceux-l\u00e0 qui manigancent, qui discourent, qui paniquent, qui moralisent, qui s&rsquo;\u00e9gaient, qui s&rsquo;affolent, qui se tordent les mains d&rsquo;une angoisse soudaine, soudain horrifi\u00e9s et d\u00e9rang\u00e9s dans leurs discours quotidiens, tous ceux-l\u00e0 savent-ils encore souffrir avec et pour leur pays et savent-ils encore ce qu&rsquo;est la souffrance du monde ?  Cioran \u00e9crit une cath\u00e9drale refusant le ciel ; pour \u00e9pouser notre temps courant et parce que 2013 n&rsquo;est pas 1941, l&rsquo;on dirait plut\u00f4t mais bien plus lourdement, mais logiquement cette lourdeur certes,  Notre-Dame embrassant le ciel faussaire refl\u00e9t\u00e9 dans la Seine par l&rsquo;illusion de l&rsquo;inversion. Sauront-ils, en m\u00eame temps que d\u00e9couvrir la souffrance du monde, en m\u00eame temps que leur propre souffrance, sauront-ils d\u00e9chirer le voile qui les b\u00e2illonne, qui les aveugle, qui les subvertit et les invertit, et qui les emprisonne ? Questions sans r\u00e9ponse, tout cela, ce qui n&rsquo;est m\u00eame pas fa\u00e7on de r\u00e9pondre, ce qui est suspendre le temps et son vol,  et attendre le verdict<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue dire encore ? Le S\u00e9nat continue \u00e0 travailler sur le mariage pour tous. La R\u00e9publique fonctionne, que diable ; la d\u00e9rision lui r\u00e9pond en \u00e9cho : au travail la belle, et plus <em>soft<\/em> sera la chute vertigineuse Pas si s\u00fbr d&rsquo;ailleurs, car l&rsquo;on annonce que le vote sera si serr\u00e9 qu&rsquo;on n&rsquo;est plus s\u00fbr du tout qu&rsquo;il soit acquis ; et certains de dire, dans ces temps du soup\u00e7on, que cela r\u00e9percute \u00e0 la fa\u00e7on d\u00e9mocratique et postmoderne ce qui semblerait finalement bien \u00eatre une crise ; parce qu&rsquo;un \u00e9chec m\u00eame temporaire du vote sur le mariage pour tous, voyez-vous, ce serait pour tous ces gens un symbole terrible et le signe ultime dans le ciel vertueux de la R\u00e9publique la\u00efque. Pas si <em>soft<\/em>, finalement, la chute ? Ces temps-l\u00e0 sont sans piti\u00e9&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<h4>Note<\/h4>\n<p>(*) <em>De la France<\/em>, republi\u00e9 \u00e0 L&rsquo;Herne en 2009.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Regard las sur la R\u00e9publique Fran\u00e7aise Ils pourraient parodier leur mot fameux du temps du sang contamin\u00e9 et nous dire, comme on pr\u00e9sente son coupe-file : Irresponsables, pas coupables. Cela sonnerait juste, parce que la France du temps pr\u00e9sent, dans le chef de ses \u00e9lites et de sa direction politique, n&rsquo;en finit pas de s&rsquo;effondrer&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12059,12058,9517,12060,3423,3203,9054,12061,2784,3286,9178],"class_list":["post-74921","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-brasillach","tag-cahuzac","tag-cathedrales","tag-cioran","tag-civilisation","tag-hollande","tag-inversion","tag-mariage","tag-notre-dame","tag-pour","tag-tous"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74921"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74921\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}