{"id":74943,"date":"2013-04-19T18:02:16","date_gmt":"2013-04-19T18:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/04\/19\/chronique-du-19-courant-le-grand-age\/"},"modified":"2013-04-19T18:02:16","modified_gmt":"2013-04-19T18:02:16","slug":"chronique-du-19-courant-le-grand-age","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/04\/19\/chronique-du-19-courant-le-grand-age\/","title":{"rendered":"Chronique du 19 courant\u2026 Le grand \u00e2ge"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Chronique du 19 courant&hellip; Le grand \u00e2ge<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>19 avril 2013&hellip; Voici donc un jeune lecteur, Vincent Abadie, qui envoie un courrier, le 25 mars 2013. Il s&rsquo;interroge et interroge le chroniqueur sur l'\u00a0\u00bbinconnaissance\u00a0\u00bb, puis sur la jeunesse et la jeunesse d\u00e9pass\u00e9e, en ces termes :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Je constate souvent, par mes r\u00e9actions sur certains sujets du moment, combien il est difficile d&rsquo;adopter la position de \u00ab\u00a0l&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb. Je me demande apr\u00e8s tout si le v\u00e9cu, l&rsquo;exp\u00e9rience n&rsquo;y aide pas un peu. Ma condition de jeune \u00e9tudiant ne facilite pas tellement les choses car, normalement, \u00e0 mon \u00e2ge, on a des id\u00e9aux, on est un peu na\u00eff, on est fougueux&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Moi, je suis un peu entre les deux: entre l&rsquo;imp\u00e9tuosit\u00e9 de la jeunesse et l&rsquo;inconnaissance que j&rsquo;apprivoise au fur et \u00e0 mesure. La cohabitation n&rsquo;est pas si simple d&rsquo;ailleurs&#8230; Cela m&rsquo;inspire une question: quelle est la situation la plus enviable en ces temps de chute du Syst\u00e8me? Celle du jeune fougueux ou celle de l&rsquo;observateur de notre \u00e9poque d\u00e9barrass\u00e9 des d\u00e9fauts de jeunesse?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Lisant une premi\u00e8re fois ce message, un peu vite, et d\u00e9cidant de m&rsquo;en saisir pour cette chronique, je l&rsquo;avais per\u00e7u comme concernant l&rsquo;inconnaissance et bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 traiter ce sujet d&rsquo;un point de vue plus personnel qu&rsquo;il en est fait habituellement. Le relisant plus attentivement, je d\u00e9couvre qu&rsquo;il est plut\u00f4t question de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2ge du capitaine\u00a0\u00bb, &ndash; et voil\u00e0 donc mes plans bien compromis ? Non finalement, d\u00e9cidai-je, c&rsquo;est des deux dont il sera question, &ndash; l&rsquo;inconnaissance, et la question tr\u00e8s vieille, aussi vielle qu&rsquo;<em>ecce homo<\/em> et m\u00eame au-del\u00e0, de la vieillesse, &ndash; ou disons, du grand \u00e2ge &hellip; Voyons ce que cela donnera.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le concept d&rsquo;inconnaissance a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 pour la premi\u00e8re fois sur ce site en juillet 2011 (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_l_inconnaissance_du_systeme_13_07_2011.html\">13 juillet 2011<\/a>). Il faudra y revenir, certes, et rapidement, pour une d\u00e9finition plus vaste et plus avanc\u00e9e (cela signifie un <em>Glossaire.dde<\/em> de plus)&hellip; Ses dimensions r\u00e9elles, jusqu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9taphysique et la spiritualit\u00e9 les plus hautes qu&rsquo;on puisse imaginer, n\u00e9cessitent un tel travail.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Personnellement, c&rsquo;est \u00e0 la fois d&rsquo;un point de vue op\u00e9rationnel et par la voie de l&rsquo;intuition que je m&rsquo;en suis rapproch\u00e9 ; \u00ab\u00a0personnellement\u00a0\u00bb, oui, car c&rsquo;est bien de ce point de vue tr\u00e8s subjectif que j&rsquo;entends ici, pr\u00e9cis\u00e9ment, embrasser cette affaire. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, je suis pass\u00e9 du \u00ab\u00a0besoin d&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb avant d&rsquo;en venir \u00e0 envisager l&rsquo;inconnaissance comme un concept. Le \u00ab\u00a0besoin d&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb traduisait simplement, en s&rsquo;en tenant \u00e0 la situation triviale des \u00e9v\u00e9nements courants, la position d&rsquo;une personne qui a pour but de tenter d&#8217;embrasser la situation du monde et qui, plac\u00e9e devant la masse d&rsquo;informations qui lui parvient, est amen\u00e9e \u00e0 effectuer un tri en d\u00e9cidant d&rsquo;une fa\u00e7on qu&rsquo;on esp\u00e8re responsable et exp\u00e9riment\u00e9e qu&rsquo;elle se passera de conna&icirc;tre tel type d&rsquo;information, tel avis de tel chroniqueur, tel et tel canaux de communication, etc. (Je parle ici de \u00ab\u00a0la situation du monde\u00a0\u00bb comme l&rsquo;on parle de la situation d&rsquo;une entit\u00e9, voire la situation d&rsquo;une \u00ab\u00a0connaissance qui serait d&rsquo;abord inconnaissance\u00a0\u00bb ; je veux dire que l&rsquo;essentiel se trouve dans la d\u00e9marche, plus que dans l&rsquo;objet de la d\u00e9marche.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette attitude envisag\u00e9e ici d&rsquo;un point de vue \u00ab\u00a0op\u00e9rationnel\u00a0\u00bb, pour suivre la voie inductive qui fut la mienne et que vient compl\u00e9ter l&rsquo;intuition, doit \u00eatre n\u00e9cessairement souple selon les circonstances, pour revenir sur un point pr\u00e9c\u00e9demment proscrit, mais elle a pour but de se d\u00e9charger d&rsquo;une masse de travail impossible \u00e0 porter, dont le rapport est douteux, dont l&rsquo;influence l&rsquo;est plus encore. Mais l&rsquo;on doit savoir bien entendu que la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb va bien plus loin et conduit \u00e0 consid\u00e9rer que certains types d&rsquo;information, certains chroniqueurs, certains canaux de communication, etc., sont non seulement inutiles \u00e0 conna&icirc;tre, mais dangereux \u00e0 conna&icirc;tre. (L\u00e0 aussi, la m\u00eame souplesse est requise.) C&rsquo;est alors qu&rsquo;appara&icirc;t le concept, qui est un \u00e9largissement et une mise en forme th\u00e9orique de cette \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb, mais aussi un passage du domaine de la simple \u00ab\u00a0inconnaissance\u00a0\u00bb critique de la communication, \u00e0 l'\u00a0\u00bbinconnaissance\u00a0\u00bb radicalement critique d&rsquo;un type beaucoup plus \u00e9labor\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9s subversives, d&rsquo;activit\u00e9s-Syst\u00e8me, affectant la psychologie en mena\u00e7ant de l&rsquo;infecter et de la d\u00e9structurer, l&rsquo;esprit en risquant de l&rsquo;invertir et de le dissoudre, etc. La d\u00e9marche est n\u00e9cessairement plus haute, elle quitte le domaine des faits pour celui des concepts, elle hausse l&rsquo;instrument de l&rsquo;exp\u00e9rience critique vers la lumi\u00e8re de l&rsquo;intuition haute. L&rsquo;appr\u00e9ciation critique constitue alors une approche du domaine m\u00e9taphysique ; il y est d&rsquo;ailleurs question du Syst\u00e8me qui, tel que nous le concevons, est per\u00e7u d&rsquo;un point de vue m\u00e9taphysique m\u00eame s&rsquo;il y a au d\u00e9part une d\u00e9marche op\u00e9rationnelle. On entre dans le domaine d\u00e9fini par cette appr\u00e9ciation extraite du texte r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 ci-dessus :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Notre position doit \u00eatre celle de l'\u00a0\u00bbinconnaissance\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0ni ignorance, ni connaissance\u00a0\u00bb) : on ne peut ignorer l&rsquo;existence du Syst\u00e8me, de son activit\u00e9, de son dessein ultime, etc. (\u00ab\u00a0ni ignorance\u00a0\u00bb), mais il est inutile et dangereux de tenter de le conna&icirc;tre trop bien pour le d\u00e9truire \u00e9ventuellement, car l&rsquo;on risque d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9 par lui et de dispara&icirc;tre, au moins spirituellement, en lui (\u00ab\u00a0ni connaissance\u00a0\u00bb)<\/em>&hellip;&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans ce cas, l&rsquo;inconnaissance n&rsquo;est plus une facilit\u00e9 mais un devoir nouveau, qui est aussi une charge, qui demande de l&rsquo;attention et une tension constantes, qui prend une allure d&rsquo;aventure spirituelle ajout\u00e9e au parcours op\u00e9rationnel. La chose a, par rapport \u00e0 la d\u00e9marche initiale, compl\u00e8tement chang\u00e9 de fonction, de forme, de substance. Ce qui, au d\u00e9part, semblerait fait pour all\u00e9ger votre fardeau, aboutit \u00e0 vous charger d&rsquo;un fardeau bien plus lourd. Vous pouvez \u00e9carter bien des choses, d\u00e9tails, tromperies, faux-semblants, et encore avec \u00e0 chaque instant la possibilit\u00e9 d&rsquo;une erreur, mais c&rsquo;est pour mieux aborder ce myst\u00e8re majeur qu&rsquo;est le Syst\u00e8me ; et si c&rsquo;est pour le combattre en se gardant de trop le conna&icirc;tre, et m\u00eame en faisant en sorte de ne pas le conna&icirc;tre, c&rsquo;est bien entendu dans un but de le d\u00e9passer pour poursuivre une qu\u00eate plus haute qui, elle aussi, sera marqu\u00e9e de la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;inconnaissance\u00a0\u00bb&hellip; Mais je m&rsquo;arr\u00eate l\u00e0 sur la voie d&rsquo;une explication rang\u00e9e et tenue par la rationalit\u00e9 car je commence \u00e0 empi\u00e9ter sur le \u00ab\u00a0y revenir, certes, et rapidement, pour une d\u00e9finition plus vaste et plus avanc\u00e9e\u00a0\u00bb, mentionn\u00e9 plus haut. J&rsquo;en ai assez dit, je crois, sur l&rsquo;inconnaissance \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb pour passer \u00e0 la question de l&rsquo;\u00e2ge du capitaine dans la temp\u00eate qui agite notre monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet \u00e2ge importe-t-il ? En d&rsquo;autres termes, \u00ab\u00a0le v\u00e9cu, l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb, comme \u00e9crit notre jeune lecteur, jouent-ils un r\u00f4le essentiel ? La r\u00e9ponse est \u00e9vidente et positive parce qu&rsquo;on ne vit pas pour rien sinon ce n&rsquo;est pas vivre, mais elle ne se r\u00e9sume pas au constat qui pourrait \u00eatre, disons, celui de la \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb dans le sens commun pr\u00e9cis impliquant un certain apaisement de soi, c&rsquo;est-\u00e0-dire une certaine ma&icirc;trise de son propre destin intellectuel, &ndash; disons, comme si l&rsquo;on \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 une \u00e9tape, voire au terme, ou <em>terminus<\/em> d&rsquo;un destin et que l&rsquo;on pouvait contempler le chemin en-dessous de soi. Auguste dit &laquo;<em>Je suis ma&icirc;tre de moi comme de l&rsquo;univers<\/em>&raquo;, et cette parole r\u00e9sonne de la puissance ma&icirc;tris\u00e9e et apais\u00e9e, laquelle pourrait \u00eatre apparent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge dans ce qu&rsquo;il accumule v\u00e9cu et exp\u00e9rience pour en faire une synth\u00e8se qu&rsquo;il pourrait \u00e9clairer de son intuition haute. (A mon sens, Auguste ne dit pas cela avec orgueil et <em>hubris<\/em>, mais avec humilit\u00e9 et une certaine joie presque <strong>primesauti\u00e8re<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette compr\u00e9hension de cette parole, disons celle d&rsquo;Auguste de \u00ab\u00a0la puissance ma&icirc;tris\u00e9e et apais\u00e9e\u00a0\u00bb, est possible mais elle n&rsquo;implique <strong>en aucun cas<\/strong> que l&rsquo;esprit, la psychologie profonde qui nourrit l&rsquo;esprit, soient eux-m\u00eames apais\u00e9s. Le <em>terminus<\/em> est celui d&rsquo;un parcours d\u00e9termin\u00e9 et de rien d&rsquo;autre, et, pour poursuivre la mis\u00e9rable image ferroviaire, il peut aussi bien s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre une gare de d\u00e9part pour un nouveau parcours. Simplement \u00ab\u00a0le v\u00e9cu, l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb donnent la possibilit\u00e9 de la mesure, et par cons\u00e9quent la possibilit\u00e9 de se dire : \u00ab\u00a0certes, ceci a \u00e9t\u00e9 parcouru comme cela pouvait et devait l&rsquo;\u00eatre ; pour autant, on pourrait dire que <strong>rien<\/strong> n&rsquo;est fait, consid\u00e9rant le paysage immense, grandiose, infiniment \u00e9largi qui s&rsquo;offre \u00e0 soi, et qui est le champ nouveau qui doit \u00eatre explor\u00e9, et que seul l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ce <em>terminus<\/em> pouvait permettre de contempler\u00a0\u00bb. L\u00e0 o&ugrave; l&rsquo;\u00e2ge, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;exp\u00e9rience et la \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb selon ma conception, joue son r\u00f4le, c&rsquo;est bien de trouver dans ce \u00ab\u00a0<strong>rien<\/strong> n&rsquo;est fait\u00a0\u00bb motif et source de joie bien plus que l&rsquo;amertume du d\u00e9couragement. Le \u00ab\u00a0je sais que je ne sais rien\u00a0\u00bb n&rsquo;est en aucun cas une parole d&rsquo;abandon, encore moins de d\u00e9couragement, encore moins de d\u00e9sespoir, &ndash; billeves\u00e9es, tout cela, dans ce cas ! C&rsquo;est une sorte de renaissance, et une renaissance n&rsquo;est pas faite pour vous dispenser de l&rsquo;effort sous le pr\u00e9texte inf\u00e2me du repos, mais au contraire pour le renouveler, &ndash; et voici la voie sacr\u00e9e de l&rsquo;inconnaissance, certes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip; Bien entendu, je me promettais d&rsquo;exposer une attitude \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb, bien dans la concr\u00e9tude du sujet examin\u00e9 alors que je semble ne m&rsquo;y trouver nullement tout en croyant pourtant et fermement discourir de mon activit\u00e9 effectivement \u00ab\u00a0op\u00e9rationnelle\u00a0\u00bb. Mais l\u00e0 se trouve, justement, la magie qui na&icirc;t de la combinaison de l&rsquo;\u00e2ge et de l&rsquo;inconnaissance, &ndash; et, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on dont je suis bien conscient qu&rsquo;elle pourrait para&icirc;tre \u00e9nigmatique, la r\u00e9ponse qu&rsquo;il me semblerait enrichissante de proposer aux questions du jeune lecteur. L&rsquo;inconnaissance se d\u00e9gage d&rsquo;elle-m\u00eame avec l&rsquo;\u00e2ge <strong>si l&rsquo;\u00e9lan<\/strong> de la pens\u00e9e y pousse, et l&rsquo;\u00e2ge conduit effectivement \u00e0 trouver, non comme une porte de sortie mais comme une fen\u00eatre ouverte sur un nouvel \u00e9lan, une activit\u00e9 qui avait pris comme mot d&rsquo;ordre \u00ab\u00a0le savoir\u00a0\u00bb satisfait de lui-m\u00eame et qui ne s&rsquo;en satisfait plus. Il y a une certaine ironie, qui est, comme on dit aux jeunes gens irrespectueux, le \u00ab\u00a0privil\u00e8ge de l&rsquo;\u00e2ge\u00a0\u00bb, \u00e0 pouvoir dire : \u00ab\u00a0oui, oui, &lsquo;je sais&rsquo;, mais je sais aussi qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas s&rsquo;attacher \u00e0 ce savoir et de lui pr\u00e9f\u00e9rer &lsquo;je sais que je ne sais pas'\u00a0\u00bb ; et, disant cela (\u00ab\u00a0je sais que je ne sais pas\u00a0\u00bb), poursuivre en constatant que \u00ab\u00a0ce savoir-l\u00e0 vaut bien plus que le savoir tout court\u00a0\u00bb&hellip; Non, l&rsquo;\u00e2ge ne donne ni s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, ni apaisement dans ce cas, mais il permet, de fa\u00e7on paradoxale, d&rsquo;accepter plus ais\u00e9ment et d&rsquo;une fa\u00e7on plus ouverte, des paradoxes apparents qui, parce qu&rsquo;ils reposent effectivement sur une exp\u00e9rience irr\u00e9fragable, se d\u00e9gagent vite de cette gangue du jeu de l&rsquo;esprit qu&rsquo;est souvent le paradoxe pour permettre d&rsquo;explorer des voies nouvelles et int\u00e9ressantes ; que dis-je, des voies nouvelles qui vous font deviner une hauteur stup\u00e9fiante et qui vous offrent parfois un instant rare d&rsquo;exaltation et d&rsquo;exultation o&ugrave; vous pouvez croire que l&rsquo;on pourrait tenir le monde dans ses mains et le comprendre, et l&rsquo;entendre comme l&rsquo;on entend des chants sacr\u00e9s, et que cet entendement serait justement le fait de l&rsquo;inconnaissance. Le grand \u00e2ge, &ndash; cette expression m\u00e9lange d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9nigmatique deux significations tr\u00e8s diff\u00e9rentes, si l&rsquo;on y songe, &ndash; le grand \u00e2ge de l&rsquo;homme c&rsquo;est le privil\u00e8ge de pouvoir d\u00e9signer comme \u00ab\u00a0voie nouvelle\u00a0\u00bb une impulsion qui retrouve des tendances et des savoirs tr\u00e8s anciens, venus de la Tradition, tout ce qui est le contraire superbe et triomphant de notre pi\u00e8tre et absurde concept de la \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9\u00a0\u00bb. Tout le reste est banalit\u00e9 et jeunesse prolong\u00e9e en une vieillesse sans \u00e2ge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela veut dire que je ne suis pas exempt, moi non plus, de tomber dans le pi\u00e8ge s\u00e9duisant de la fougue, que j&rsquo;ai l&rsquo;humeur parfois trop batailleuse, que mon caract\u00e8re m&#8217;emporte \u00e0 telle ou telle occasion sous l&rsquo;argument un peu facile qu&rsquo;il pose au caract\u00e8re emport\u00e9. Mais je sais bien, comme le vieux marin qui conna&icirc;t le rivage du monde et qui sait qu&rsquo;il y a, ici ou l\u00e0, dans ces falaises tourment\u00e9es de pierres rouges et d&rsquo;arbres curieusement plant\u00e9es, l&rsquo;ouverture d&rsquo;une calanque o&ugrave; il pourra se mettre hors de port\u00e9e de la tornade si elle surgissait, que je pourrai trouver l&rsquo;inconnaissance comme un refuge, non tel refuge pour se reposer comme on \u00e9teint sa pens\u00e9e mais ce refuge-l\u00e0 \u00e0 flanc des plus hauts sommets avant de poursuivre, pour se lib\u00e9rer des pesanteurs terrestres et observer le ciel. Peut-\u00eatre m&rsquo;est-il arriv\u00e9, dans mon extr\u00eame jeunesse, quand la navigation \u00e9tait encore de la vraie voile antique sans besoin de <em>sponsor<\/em>, et avec comme compagne la solitude du monde, de me trouver \u00e0 bord d&rsquo;un tel navire dont le gr\u00e9ement d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab\u00a0cotre\u00a0\u00bb relevait d&rsquo;une architecture venue des vieilles recettes antiques, et de remonter dans le c&oelig;ur d&rsquo;une calanque exactement comme si j&rsquo;allais passer entre les colonnes d&rsquo;Hercule. Vous savez, la M\u00e9diterran\u00e9e, la nuit, \u00e0 la grande et belle saison, para&icirc;t aussi sombre que de l&rsquo;encre et r\u00e9ussit pourtant ce miracle d&rsquo;une sublime phosphorescence venue d&rsquo;elle-m\u00eame ; la voute \u00e9toil\u00e9e qui p\u00e9n\u00e8tre dans cette ombre \u00e9paisse de l&rsquo;eau profonde, la ressuscite en une eau vive dispensant une lumi\u00e8re dont on n&rsquo;a pas id\u00e9e. Avec son clair-obscur, Rembrandt n&rsquo;a fait qu&rsquo;essayer&hellip; Je ne connais rien de plus accord\u00e9 aux structures du monde qu&rsquo;une coque au profil a\u00e9rien qui chuinte en fendant la mer comme on \u00e9pouse une forme parfaite et en y trouvant naturellement sa place, avec l&rsquo;\u00e9cume qui scintille, la nuit, des mille rayons d&rsquo;un soleil qui serait en-dedans d&rsquo;elle. La nuit, en mer, quand le monde s&rsquo;ouvre, le ciel et la terre se confondent pour ne faire plus qu&rsquo;Un, la multiplicit\u00e9 et les d\u00e9tails se diluent et se dissolvent, r\u00e9v\u00e9lant leur futilit\u00e9 et leur banalit\u00e9 ; vous savez alors et vous ne l&rsquo;oublierai plus, que vous avez eu \u00e0 cet instant acc\u00e8s \u00e0 la magie de l&rsquo;inconnaissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus haut, je parlai de l&rsquo;inconnaissance comme \u00e9tant \u00ab\u00a0la m\u00e9taphysique et la spiritualit\u00e9 les plus hautes qu&rsquo;on puisse imaginer\u00a0\u00bb. J&rsquo;avais \u00e0 l&rsquo;esprit cette phrase du Pseudo-Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite, de son <em>Conna&icirc;tre l&rsquo;inconnaissable<\/em> que j&rsquo;ai d\u00e9couvert si r\u00e9cemment et si \u00e0-propos, &ndash; et cela, sans m&rsquo;attacher un instant \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence biblique du personnage qui y est nomm\u00e9 ; simplement, en me r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;\u00e9nigmatique dimension du verbe, de cette phrase qui n&rsquo;en finit pas, et en la mettant instinctivement dans l&rsquo;esprit et dans le verbe de celui qui, en mer, la nuit comme je l&rsquo;ai dit, \u00e9pousant la mer comme on fait d&rsquo;une forme parfaite alors que le monde ne semble plus faire qu&rsquo;Un&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>C&rsquo;est alors seulement que, d\u00e9passant le monde o&ugrave; l&rsquo;on est vu et o&ugrave; l&rsquo;on voit, Mo\u00efse p\u00e9n\u00e8tre dans la T\u00e9n\u00e8bre v\u00e9ritablement mystique de l&rsquo;inconnaissance : c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il fait taire tout savoir positif, qu&rsquo;il \u00e9chappe enti\u00e8rement \u00e0 toute saisie et \u00e0 toute vision, car il appartient tout entier \u00e0 Celui qui est au-del\u00e0 de tout, car il ne s&rsquo;appartient plus lui-m\u00eame ni n&rsquo;appartient \u00e0 rien d&rsquo;\u00e9tranger, uni par le meilleur de lui-m\u00eame \u00e0 Celui qui \u00e9chappe \u00e0 toute (<s>inconnaissance<\/s>) connaissance, ayant renonc\u00e9 \u00e0 tout savoir positif, et gr\u00e2ce \u00e0 cette inconnaissance m\u00eame connaissant par del\u00e0 toute intelligence.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&hellip; Si je parle par \u00e9nigme(s), pardonnez-moi. Sachez seulement que l&rsquo;\u00e9nigme, dans ce cas du grand \u00e2ge, et en ce qu&rsquo;elle rappelle une lointaine jeunesse et semble contracter le temps entier d&rsquo;une vie en un instant d&rsquo;inconnaissance superbe, sachez que cette sorte d&rsquo;\u00e9nigme vous d\u00e9livre pour un instant, &ndash; mais quel instant ! &ndash; de l&rsquo;angoisse humaine, trop humaine. Ce sont les seuls instants o&ugrave;, selon mon exp\u00e9rience, l&rsquo;on n&rsquo;a plus peur d&rsquo;\u00eatre libre, connaissant enfin ce qu'\u00a0\u00bb\u00eatre libre\u00a0\u00bb veut dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique du 19 courant&hellip; Le grand \u00e2ge 19 avril 2013&hellip; Voici donc un jeune lecteur, Vincent Abadie, qui envoie un courrier, le 25 mars 2013. Il s&rsquo;interroge et interroge le chroniqueur sur l&rsquo;\u00a0\u00bbinconnaissance\u00a0\u00bb, puis sur la jeunesse et la jeunesse d\u00e9pass\u00e9e, en ces termes : &laquo;Je constate souvent, par mes r\u00e9actions sur certains sujets du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[12102,11201,12100,12101,10176],"class_list":["post-74943","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivesphg","tag-abadie","tag-inconnaissance","tag-navigation","tag-pseudo-denys","tag-vincent"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74943","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=74943"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/74943\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=74943"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=74943"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=74943"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}