{"id":75018,"date":"2013-06-01T10:40:41","date_gmt":"2013-06-01T10:40:41","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/01\/notes-sur-la-guerre-insaisissable\/"},"modified":"2013-06-01T10:40:41","modified_gmt":"2013-06-01T10:40:41","slug":"notes-sur-la-guerre-insaisissable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/01\/notes-sur-la-guerre-insaisissable\/","title":{"rendered":"Notes sur la \u201cguerre insaisissable\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notes sur la guerre insaisissable<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t1er juin 2013  Dans notre <em>Ouverture libre<\/em> de ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-syrie_guerre_insaisissable_30_05_2013.html\" class=\"gen\">30 mai 2013<\/a>, nous parlons effectivement d&rsquo;une guerre insaisissable, \u00e0 propos de la Syrie certes. Ce que nous en disons notamment est ceci, entre l&rsquo;introduction du th\u00e8me et sa conclusion :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Mais il y a autre chose, de beaucoup plus passionnant, qui se d\u00e9gage indirectement et plus profond\u00e9ment du texte de Cockburn, sans que lui-m\u00eame identifie pr\u00e9cis\u00e9ment cette question. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte d&rsquo;impuissance, d&rsquo;incapacit\u00e9 intellectuelle objective \u00e0 saisir l&rsquo;essence m\u00eame de cette guerre, sa signification, son identit\u00e9,  et cette fois, cela m\u00eame pour ceux qui per\u00e7oivent sans entrave et observent lucidement, et surtout sinon exclusivement pour ceux-l\u00e0 puisque les autres en restent docilement \u00e0 la narrative conformiste qui leur tient lieu de plat du jour&#8230;<\/em> [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Cela nous conduits \u00e0 la conclusion que la guerre syrienne, guillemets compris, est quelque chose d&rsquo;\u00e0 la fois insaisissable et non-identifiable. Il s&rsquo;agit certainement, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui est devenu le plus r\u00e9silient, le plus durable, \u00e0 la fois chaotique et apparemment explosif mais dont l&rsquo;explosion finale est sans cesse repouss\u00e9e, qui a rel\u00e9gu\u00e9 les autres au second rang,  notamment cette crise iranienne qui dominait la r\u00e9gion avant l&rsquo;affaire syrienne et qui est d\u00e9sormais en train de se modifier rapidement elle-m\u00eame. La Syrie est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement le plus actif de cette fameuse crise haute dont nul ne sait exactement quelles perspectives en attendre, et qui semble se cr\u00e9er et se d\u00e9finir comme quelque chose de diff\u00e9rent et d&rsquo;unique \u00e0 mesure qu&rsquo;elle progresse.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Cela introduit pour nous ce qui est l&rsquo;\u00e9nigme de cette guerre syrienne, au-del\u00e0 de toutes les sempiternelles explications sur les manuvres, les plans, les trahisons et les menaces des uns et des autres. De quoi s&rsquo;agit-il exactement, comment identifier ce que nous d\u00e9signerions bien comme un objet guerrier non identifi\u00e9 ? D&rsquo;abord, en exposant le d\u00e9sordre extraordinaire qui a encha\u00een\u00e9 sur le d\u00e9sordre d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gnant, qui s&rsquo;est prolong\u00e9, qui s&rsquo;est amplifi\u00e9, qui atteint des domaines parfois surprenants ou bien surr\u00e9alistes. Cette situation est en pleine acc\u00e9l\u00e9ration, alors que deux \u00e9v\u00e9nements appr\u00e9ci\u00e9s comme essentiels sont survenus ces derni\u00e8res semaines, qui devaient, qui auraient du marquer un point de rupture, l&rsquo;un vers la guerre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, l&rsquo;autre vers un arrangement n\u00e9goci\u00e9&#8230;<\/p>\n<h3>Le d\u00e9fil\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements importants<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa s\u00e9quence actuelle a en effet commenc\u00e9 par deux \u00e9v\u00e9nements successifs de grande importance,  ou qui sembl\u00e8rent tels lorsqu&rsquo;ils eurent lieu. Dire ce qu&rsquo;il en reste, aujourd&rsquo;hui, est une t\u00e2che compl\u00e8tement utopique, et le constat est plut\u00f4t qu&rsquo;on ne parvient pas \u00e0 fixer la guerre syrienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 en prendre (ou \u00e0 en reprendre) le contr\u00f4le&#8230; Le on concerne les directions politiques, les <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me, bref toutes les activit\u00e9s humaines attach\u00e9es \u00e0 la guerre syrienne, et toutes confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Voici donc les deux \u00e9v\u00e9nements importants de la s\u00e9quence et ce qu&rsquo;il en reste <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La ligne rouge du chimique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&#8217;emploi du chimique (\u00e9videmment par Assad, inutile de le pr\u00e9ciser), qui devait d\u00e9clencher une riposte et un passage \u00e0 une intervention militaire, \u00e9ventuellement des USA. La s\u00e9quence a commenc\u00e9 le 22 avril et s&rsquo;est rapidement enlis\u00e9 dans un chaos de r\u00e9v\u00e9lations, de d\u00e9clarations, d&rsquo;\u00e9valuations&#8230; (Voir le <a href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-obama_et_le_chimique_l_irak_et_les_rebelles_syriens_27_04_2013.html\" class=\"gen\">27 avril 2013<\/a>, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_le_chimique_syrien_comme_arme_de_communication_29_04_2013.html\" class=\"gen\">29 avril 2013<\/a>,  avec, en sus, l&rsquo;\u00e9pisode de l&rsquo;attaque isra\u00e9lienne,  voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_une_guerre-_clair_en_coup_de_vent_07_05_2013.html\" class=\"gen\">7 mai 2013<\/a>.) Aujourd&rsquo;hui, cette question de l&#8217;emploi du chimique fait partie, dans son impact r\u00e9el de communication, de la chronique parisianiste, sans plus ; elle est d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La d\u00e9cision de convoquer une conf\u00e9rence dite Gen\u00e8ve-II, \u00e0 la suite d&rsquo;entretiens et d&rsquo;une entente entre les deux ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res russe et US, Lavrov et Kerry. (Voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sourires_de_lavrov_kerry_in_the_pocket_08_05_2013.html\" class=\"gen\">8 mai 2013<\/a>  et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_danse_de_saint-guy_du_bloc_bao_10_05_2013.html\" class=\"gen\">10 mai 2013<\/a>.) Depuis Lavrov et Kerry ne se quittent plus (quatre rencontres en un mois). La conf\u00e9rence Gen\u00e8ve-II reste d&rsquo;actualit\u00e9 (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-d_ner_aux_chandelles_entre_2_ou_3_amis_28_05_2013.html\" class=\"gen\">28 mai 2013<\/a>), mais elle a pour premier effet de d\u00e9clencher un d\u00e9sordre consid\u00e9rable alors qu&rsquo;elle est cens\u00e9e remettre de l&rsquo;ordre dans tout cela,  et, par cons\u00e9quent, les obstacles s&rsquo;amoncellent&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoyons de quelle sorte de d\u00e9sordre il s&rsquo;agit&#8230;<\/p>\n<h3>L&rsquo;\u00e9tonnant et tonitruant S-300<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSi nous nous int\u00e9ressons tant \u00e0 l&rsquo;affaire des missiles russes sol-air S-300 pour la Syrie et la jugeons si importante, c&rsquo;est parce que cette affaire est \u00e0 la fois int\u00e9ressante et importante&#8230; Mais monsieur de La Palice n&rsquo;ajoute pas que cet int\u00e9r\u00eat et cette importance n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec ces armes dans leur sp\u00e9cificit\u00e9, leur emploi, leur mission, leur r\u00f4le militaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes S-300 ont fait des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables avant qu&rsquo;un seul d&rsquo;entre eux soit non seulement tir\u00e9, ni m\u00eame d\u00e9ploy\u00e9 en tant que tel en Syrie. On peut rapidement mentionner ces d\u00e9g\u00e2ts, qui d\u00e9pendent de la perception, de l&rsquo;effet psychologique qui guide les politiques, et qui sont essentiellement \u00e0 l&rsquo;avantage des Russes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Conduite comme elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9, l&rsquo;affaire des S-300 a par\u00e9 cette arme d&rsquo;une efficacit\u00e9 presque surnaturelle, qu&rsquo;elle n&rsquo;a sans doute pas mais qu&rsquo;elle a peut-\u00eatre un peu apr\u00e8s tout. Le S-300 est une arme d\u00e9j\u00e0 ancienne (il y a, depuis, le S-400 et d&rsquo;autres syst\u00e8me en d\u00e9veloppement), mais sa r\u00e9putation uniquement diplomatique et de communication, d\u00e9j\u00e0 affirm\u00e9e pour bloquer les ventes russes \u00e0 l&rsquo;Iran, est devenue hyperbolique,  d&rsquo;autant qu&rsquo;il y a, d&rsquo;autre part, les supputations sur des versions avanc\u00e9es du S-300 qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es. (On appr\u00e9ciera les charmes de toutes ces incertitudes techniques.)&#8230; La responsabilit\u00e9 de ce statut de l&rsquo;arme revient \u00e0 l&rsquo;origine aux r\u00e9flexes bureaucratiques de l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne am\u00e9ricanis\u00e9e, qui recherche une s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 100% dans ses actions, et qui a horreur du risque, ce qui explique notamment que ses forces a\u00e9riennes ont probablement attaqu\u00e9 Damas, au d\u00e9but mai, avec des missiles \u00e0 longue port\u00e9e, \u00e0 partir de vols stationnaires au-dessus du Liban. (Cette arm\u00e9e, plus rien \u00e0 voir avec <em>Tsahal<\/em> d&rsquo;avant 1973 (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_syrie_r_v_le_isra_l_22_05_2013.html\" class=\"gen\">22 mai 2013<\/a>.) L&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne ne veut donc prendre aucun risque et entend tout faire pour \u00e9viter le d\u00e9ploiement des S-300 dans des pays hostiles. Ainsi s&rsquo;est construit un mythe autour du S-300, dont on peut simplement dire qu&rsquo;il n&rsquo;est peut-\u00eatre pas sans certains fondements op\u00e9rationnels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;affaire des S-300, suivant les attaques isra\u00e9liennes du d\u00e9but mai, ont mis Isra\u00ebl dans une position tr\u00e8s inhabituelle de qu\u00e9mandeur (aupr\u00e8s des Russes), et de grand d\u00e9sarroi strat\u00e9gique vis-\u00e0-vis de la Russie (et de la Syrie par cons\u00e9quent). La possibilit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e d&rsquo;un incident avec les Russes qui prendrait les allures d&rsquo;une attaque sp\u00e9cifique  (attaque contre les S-300 en cours de livraison) repr\u00e9sente une perspective folle pour Isra\u00ebl. Des encha\u00eenements vers une possibilit\u00e9 de conflit \u00e0 ce niveau rendent la situation encore plus surr\u00e9aliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Cette frustration isra\u00e9lienne s&rsquo;est exprim\u00e9e, depuis lundi, \u00e9galement contre les Europ\u00e9ens. Les Isra\u00e9liens estiment que la lev\u00e9e de l&#8217;embargo des armes europ\u00e9ennes vers les rebelles syriens donnent aux Russes un argument de tr\u00e8s grand poids pour la livraison des S-300, en plus d&rsquo;une efficacit\u00e9 douteuse, sinon contre-productrice si les armes europ\u00e9ennes arrivaient aux mauvais rebelles. Il est bien possible qu&rsquo;\u00e0 partir de l\u00e0, les relations d&rsquo;Isra\u00ebl avec les Europ\u00e9ens s&rsquo;aigrissent tr\u00e8s s\u00e9rieusement. Tout cela est d&rsquo;autant significatif et int\u00e9ressant que le seul point de vue des livraisons des armes repose sur une illusion compl\u00e8te concernant l&rsquo;effet dans le conflit de cet afflux d&rsquo;armement (voir le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_mythe_du_glaive_03_04_2013.html\" class=\"gen\">3 avril 2013<\/a>).<\/p>\n<h3>Il s&rsquo;agit de la G4G<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIci, on ne fera qu&rsquo;un rappel de nos textes du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_g4g_parle_assad_plus_fort_que_jamais_25_05_2013.html\" class=\"gen\">25 mai 2013<\/a> et du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_s-300_comme_baguette_magique_27_05_2013.html\" class=\"gen\">27 mai 2013<\/a> sur l&rsquo;aspect de guerre de 4\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (G4G de la Syrie au niveau op\u00e9rationnel et, surtout, non-op\u00e9rationnel, et le r\u00f4le qu&rsquo;y joue le S-300).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous mentionnons ces observations parce qu&rsquo;il est \u00e9vident que cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la G4G constitue un argument fondamental permettant d&rsquo;offrir le jugement que la guerre syrienne est une guerre insaisissable. Mais, dans ce cas, on voit que ce statut de G4G de la guerre syrienne est la cons\u00e9quence naturelle du fait qu&rsquo;en essence, si l&rsquo;on peut parler d&rsquo;essence, la guerre syrienne est au d\u00e9part une guerre insaisissable. Elle est <strong>naturellement<\/strong>, au niveau op\u00e9rationnel, une cr\u00e9ation purement de type-G4G. (M\u00eame l&rsquo;arm\u00e9e syrienne a reconnu implicitement cela, en faisant \u00e9voluer les caract\u00e8res de son intervention, en passant de la guerre conventionnelle pure \u00e0 des tactiques beaucoup plus diversifi\u00e9es. L&rsquo;intervention du Hezbollah, ma\u00eetre de cette forme de conflit, accentue cette acceptation du fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un conflit compl\u00e8tement de type G4G.)<\/p>\n<h3>Les \u00e9tonnements du ministre Lavrov<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Russes sont m\u00e9contents et parfois furieux. Ils parlent de double standard de la part de certains pays, ou, pourraient-ils dire, du bloc BAO. C&rsquo;est poursuivre une rengaine qui pourrait \u00eatre une devise, celle de l&rsquo;attitude du bloc dans l&rsquo;affaire syrienne. Les Russes font allusion \u00e0 cette r\u00e9solution que vient de voter l&rsquo;ONU, condamnant l&#8217;emploi de combattants \u00e9trangers (lire : le Hezbollah) en Syrie, par le gouvernement Assad bien entendu. De la part de pays (Qatar, Arabie, Turquie, USA) qui convoient des hommes et du mat\u00e9riel venant de groupes divers de tous les pays voisins, de Libye, etc., l&rsquo;accusation a irrit\u00e9 les Russes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLavrov, un peu sec, s&rsquo;est tourn\u00e9 vers son ami Kerry pour s&rsquo;informer puisque les USA ont fait beaucoup de promotion pour cette motion (les mots riment&#8230;). <em>Russia Today<\/em> rapporte (le <a href=\"http:\/\/rt.com\/news\/lavrov-us-syria-mercenaries-922\/\" class=\"gen\">30 mai 2013<\/a>), <em>texto<\/em>, cette d\u00e9claration de Lavrov \u00e0 propos de la r\u00e9action de Kerry (nous nous permettons l&#8217;emploi du gras car ce n&rsquo;est pas une d\u00e9claration courante dans le monde et le mode diplomatiques) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>To my great astonishment we have learned that in addition to the sponsors of this draft resolution the US delegation is promoting most vigorously this very unhelpful idea. I asked [US State Secretary] John Kerry about it in Paris, and<\/em> <strong><em>apparently he was not aware of this situation<\/em><\/strong>. <em>He promised to handle it, but I don&rsquo;t know whether he managed to do it&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre conviction est que Kerry n&rsquo;a pas invent\u00e9 cela, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait effectivement pas au courant. Est-ce le r\u00e9sultat de la promtion et de l&rsquo;action d&rsquo;une Noland ? Est-ce la machinerie bureaucratique en marche<D>? Comme nous l&rsquo;\u00e9crivions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-d_ner_aux_chandelles_entre_2_ou_3_amis_28_05_2013.html\" class=\"gen\">28 mai 2013<\/a>, cela \u00ab<em>&#8230; signifie que John Kerry, si l&rsquo;on consid\u00e8re qu&rsquo;il veut mener une politique de rapprochement avec la Russie, dans tous les cas sur l&rsquo;affaire syrienne, est isol\u00e9 au d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat sur les politiques essentielles dont on parle <\/em>[&#8230;] <em>Dans ce cas tr\u00e8s kafka\u00efen, on trouverait alors un Kerry isol\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de son minist\u00e8re&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;Europe et ses chocs syriens<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Europe a subi deux chocs successifs pendant le mois de mai, et ils n&rsquo;\u00e9taient pas dus \u00e0 sa catastrophique situation int\u00e9rieure mais bien \u00e0 la Syrie. Le premier a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;accord entre les USA et la Russie pour une conf\u00e9rence Gen\u00e8ve-II, qui a pris l&rsquo;Europe par surprise et lui fait craindre de perdre son rang d&rsquo;acteur majeur de la crise syrienne,  puisque, effectivement, cette illusion perdure dans les milieux europ\u00e9ens et chez l&rsquo;une ou l&rsquo;autre grande nation qui la compose et pr\u00e9tend avoir une politique syrienne. Quoi qu&rsquo;il en soit, le choc fut rude et le soup\u00e7on vis-\u00e0-vis du partenaire US, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du bloc BAO, est d\u00e9sormais assez vif. Dans certains pays de l&rsquo;UE, plut\u00f4t petits, l&rsquo;incident a grandement nourri une antipathie grandissante pour le r\u00f4le que certains autres pays de l&rsquo;UE (les grandes nations d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es) veulent faire jouer \u00e0 l&rsquo;UE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me choc est venu avec la r\u00e9union de lundi dernier, aboutissant \u00e0 une lev\u00e9e anarchique de l&#8217;embargo de l&rsquo;UE des armes \u00e0 destination de la Syrie (des rebelles syriens). Le d\u00e9bat fut houleux, parfois agressif, parfois presque ferm\u00e9 tant les tenants des deux th\u00e8ses semblaient, chacun de leur c\u00f4t\u00e9, absolument sourds aux arguments oppos\u00e9s. L&rsquo;Europe est apparue tr\u00e8s fragment\u00e9e, peut-\u00eatre plus que face \u00e0 certains de ses plus graves probl\u00e8mes int\u00e9rieurs. Cela fait penser qu&rsquo;en cas de soudaine aggravation de la crise syrienne, par un de ces d\u00e9dales kafka\u00efens qui la caract\u00e9rise et qui interdit tout contr\u00f4le s\u00e9rieux, et l&rsquo;UE \u00e9tant impliqu\u00e9e au travers de certains de ses membres (encore plus possible avec la lev\u00e9e de l&#8217;embargo), on pourrait se retrouver avec des affrontements extr\u00eamement tendus portant sur un engagement guerrier bien r\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi on mesure la perspective \u00e0 l&rsquo;aune de l&rsquo;atmosph\u00e8re du d\u00e9bat de lundi dernier, on pourrait avancer que l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une coh\u00e9sion de l&rsquo;Europe menac\u00e9e par un probl\u00e8me ext\u00e9rieur qui devrait lui \u00eatre assez \u00e9tranger existe d\u00e9sormais tr\u00e8s s\u00e9rieusement. Il y a ce ph\u00e9nom\u00e8ne significatif, qui ne semble valoir que pour la Syrie, qui est un fait <strong>extraordinaire<\/strong> pour les us et coutumes europ\u00e9ens, et compl\u00e8tement illustr\u00e9 par le d\u00e9bat sur la lev\u00e9e de l&#8217;embargo : dans le d\u00e9bat syrien, l&rsquo;Europe semble avoir perdu sa vertu bureaucratique principale, qui a toujours r\u00e9ussi \u00e0 tenir ensemble cette usine \u00e0 gaz, qui est la capacit\u00e9 de toujours produire un compromis att\u00e9nuant les antagonismes et les rancurs. Lundi, il n&rsquo;y a pas eu de compromis, mais une d\u00e9cision par d\u00e9faut engendrant confusion et durables rancurs. <\/p>\n<h3>Un ferment de graves divisions<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;avons donc toujours pas compris pourquoi, et nombre de dirigeants europ\u00e9ens pas davantage, mais le fait est que l&rsquo;impr\u00e9visible crise syrienne est de plus en plus une menace compl\u00e8tement inattendue plant\u00e9e au cur de l&rsquo;Europe, dans le chef de sa coh\u00e9sion transform\u00e9e en division acrimonieuse et revendicative. On y ajoutera l&rsquo;hostilit\u00e9 d\u00e9sormais affich\u00e9e de certains pays-clef vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe, suite \u00e0 la d\u00e9cision sur l&#8217;embargo, notamment la Russie et Isra\u00ebl.. Cette remarque est si proche de la conclusion de notre <em>Note sur un gaullisme postmoderne<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_un_gaullisme_postmoderne_16_03_2013.html\" class=\"gen\">16 mars 2013<\/a> qu&rsquo;on dira que celle-ci n&rsquo;a pas pris une ride, qu&rsquo;elle semble m\u00eame avoir pris encore plus de couleur : \u00ab<em>Cette strat\u00e9gie&#8230; <\/em>[&#8230;] <em>finirait m\u00eame par amener les autres pays europ\u00e9ens \u00e0 reprocher \u00e0 la France (et au Royaume-Uni, mais comme acteur secondaire qui n&rsquo;est pas vraiment europ\u00e9en) de compromettre les maigres relations subsistant entre l&rsquo;Europe et la Russie&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>L&rsquo;inversion est compl\u00e8te et ainsi accomplie par la politique fran\u00e7aise transform\u00e9e en version salonarde de la politique-Syst\u00e8me.<\/em>\u00bb Le constat vaut encore plus pour la conclusion g\u00e9n\u00e9rale de cette Note, dont les termes n&rsquo;ont fait que s&rsquo;aggraver.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ce dernier point nous conduit \u00e0 la situation europ\u00e9enne elle-m\u00eame. L&rsquo;\u00e9trange initiative franco-britannique, encore plus \u00e9trange dans le chef de la France, s\u00e8me un consid\u00e9rable d\u00e9sordre et de s\u00e9rieuses inimiti\u00e9s au sein de l&rsquo;Europe communautaire. Cela l&rsquo;est d&rsquo;autant plus, \u00e9trange, que les m\u00eames Fran\u00e7ais,  d\u00e9cid\u00e9ment en vedette,  ont b\u00e2ti toute leur grande politique d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale de type-gaulliste postmoderne sur une all\u00e9geance compl\u00e8te \u00e0 l&rsquo;Europe, au principe europ\u00e9en, au dessein europ\u00e9en devenu ce qu&rsquo;on sait qu&rsquo;il est Cela est en accord logique avec l&rsquo;int\u00e9gration de la France dans le bloc BAO, mais le z\u00e8le \u00e0 ce propos conduit finalement \u00e0 introduire un non moins \u00e9trange motif de discorde dans les rangs europ\u00e9ens. Version fran\u00e7aise du fameux propos, transform\u00e9 du point de vue parisien en discorde chez l&rsquo;ami ou discorde chez soi-m\u00eame, sommet de l&rsquo;inversion puisque inversion parvenue \u00e0 l&rsquo;inversion d&rsquo;elle-m\u00eame<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Il serait ironique, ou bien disons int\u00e9ressant, que le mirage syrien introduise dans les rangs europ\u00e9ens une m\u00e9sentente telle que toute la belle unit\u00e9 d&rsquo;all\u00e9geance pour une politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;auto-\u00e9tranglement s&rsquo;en trouve brusquement perturb\u00e9e. L&rsquo;on pourrait alors voir que le pr\u00e9sident Hollande serait devenu une sorte d&rsquo;alli\u00e9 objectif de Beppe Grillo, dans son entreprise de sabotage anti-europ\u00e9enne. Les anti-europ\u00e9ens fran\u00e7ais, qu&rsquo;ils soient de gauche comme de droite, auraient donc leur divine surprise et l&rsquo;on entendrait alors un grand rire majestueux, celui du G\u00e9n\u00e9ral de dedans sa tombe.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;Arabie et les \u00c9mirats (sauf le Qatar) t\u00e9tanis\u00e9s<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre partie des acteurs de la guerre syrienne regroupe les pays arabes p\u00e9tro-conservateurs. On y trouve l&rsquo;exception qatari et le reste, ce reste comprenant de moins en moins le sens des entreprises du Qatar et observant avec terreur ses effets d\u00e9structurants. L&rsquo;Arabie, qui poursuit de son c\u00f4t\u00e9 une action d\u00e9stabilisante, le fait avec de moins en moins de conviction, et avec de plus en plus \u00e0 l&rsquo;esprit cette rancur qui n&rsquo;a jamais cess\u00e9 contre les Am\u00e9ricains depuis qu&rsquo;Obama a abandonn\u00e9 Moubarak. L&rsquo;Arabie a jou\u00e9 en Syrie, avec les effets du printemps arabe, la fameuse pi\u00e8ce du celui que tu ne peux \u00e9touffer, embrasse-le mais voit de moins en moins quelle strat\u00e9gie de sortie elle pourrait embrasser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes autres \u00c9mirats consid\u00e8re le Qatar avec une incompr\u00e9hension sans cesse grandissante. La plupart font des analyses catastrophiques sur la suite des \u00e9v\u00e9nements, alors que le Qatar continue \u00e0 jouer \u00e0 sembler \u00eatre un des moteurs de ces \u00e9v\u00e9nements. Les UAE, qui ont de fortes capacit\u00e9s technologiques, se sont adress\u00e9s \u00e0 des partenaires europ\u00e9ens de haut niveau pour co-d\u00e9velopper des syst\u00e8mes d&rsquo;arme avanc\u00e9s (des drones), de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir produire eux-m\u00eames ces syst\u00e8mes. Les arguments donn\u00e9s \u00e0 leurs interlocuteurs europ\u00e9ens (dont certains pourraient avoir des commandes importantes sur d&rsquo;autres syst\u00e8mes \u00e0 la suite de ce co-d\u00e9veloppement) sont que les EAU veulent avoir leur propre base de technologique structur\u00e9e en syst\u00e8mes pr\u00eats \u00e0 la production pour pouvoir d\u00e9velopper leurs propres capacit\u00e9s dans les conflits g\u00e9n\u00e9raux qui s&rsquo;annoncent. Dans leur d\u00e9marche, selon leurs m\u00eames interlocuteurs, on distingue la crainte d&rsquo;un grand conflit et de troubles profonds.<\/p>\n<h3>Les productions paradoxales de la guerre syrienne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes effets du conflit syrien, de la guerre libyenne, sont innombrables, avec les plus nombreux et les plus importants hors du cadre op\u00e9rationnel du conflit. C&rsquo;est ce point qui est essentiel, et dont il faudra appr\u00e9cier l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;il faut en tirer&#8230; Ainsi, voyons quelles sont les productions parfois \u00e9tranges, parfois inattendues, toujours int\u00e9ressantes, de cette guerre libyenne<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Apr\u00e8s autour de dix-huit mois d&rsquo;activit\u00e9s diverses, on peut dire que la guerre syrienne a fourni une d\u00e9monstration de l&rsquo;impuissance et de la paralysie du bloc BAO. Chacun des composants du bloc pratique ces sp\u00e9cialit\u00e9s de fa\u00e7on diff\u00e9rente, jusqu&rsquo;\u00e0 parfois se heurter entre eux, mais tous, USA et Europ\u00e9ens, montrent la m\u00eame pusillanimit\u00e9, le m\u00eame d\u00e9sarroi, la m\u00eame hypocrisie dans les fondements de leur action, et la m\u00eame illusion dans cette action qui se d\u00e9finit rapidement en une fa\u00e7on caract\u00e9ristique d&rsquo;\u00eatre inactif. La psychologie qui domine cela est celle d&rsquo;une sorte de pathologie de d\u00e9cadence, entre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_raison_devenue_idiote_utile_de_l_affectivit__11_06_2012.html\" class=\"gen\">affectivit\u00e9<\/a> et <a href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-glossairedde_infraresponsabilit__06_04_2013.html\" class=\"gen\">infraresponsabilit\u00e9<\/a>. A terme et en termes d&rsquo;influence et de prestige, la Syrie co\u00fbtera <strong>tr\u00e8s cher<\/strong> au bloc BAO, et nul ne voit comment le bloc pourrait parvenir \u00e0 s&rsquo;extraire de cet embourbement, voire \u00e0 m\u00eame songer vouloir s&rsquo;en d\u00e9sembourber.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des bellig\u00e9rances p\u00e9riph\u00e9riques par rapport \u00e0 la Syrie, qui occupaient des places tr\u00e8s importantes en elles-m\u00eames sur leurs zones d&rsquo;activit\u00e9, se sont d\u00e9plac\u00e9es vers la Syrie et s&rsquo;expriment sur ce th\u00e9\u00e2tre, affirmant des positions de puissance et de contestation qui semblaient enferm\u00e9es dans une aire contrainte. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;Iran et du Hezbollah, mais aussi de groupes islamistes, notamment venus d&rsquo;Irak. La Syrie permet \u00e9galement au probl\u00e8me kurde d&rsquo;\u00e9voluer en prenant une posture unitaire concr\u00e8te, sans que l&rsquo;on sache pour quel destin. On voit combien la guerre syrienne semble attirer vers elle la manifestations des conflits ext\u00e9rieurs \u00e0 elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;affirmation russe, qu&rsquo;on sent, depuis le retour de Poutine, devenir \u00e0 la fois irr\u00e9sistible et n\u00e9cessaire pour la stabilit\u00e9 de cette puissance dans l&rsquo;environnement de crise g\u00e9n\u00e9rale install\u00e9e qui se d\u00e9veloppe, prend toute sa dimension dans le cadre de la crise syrienne. La Syrie est, pour la Russie, un formidable r\u00e9v\u00e9lateur du r\u00f4le que cette puissance peut jouer. Cela va bien au-del\u00e0 de ses int\u00e9r\u00eats ou m\u00eame de son influence ; c&rsquo;est, pour la Russie, une question ontologique face au d\u00e9sordre que r\u00e9pand le bloc BAO.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Avec sa strat\u00e9gie forc\u00e9e de l\u00e2cher sa proie iranienne et de se concentrer sur la Syrie, et d&rsquo;appara\u00eetre ainsi comme une strat\u00e9gie vide de sens par les contradictions qu&rsquo;elle rec\u00e8le (menace des groupes islamistes, notamment si Assad perd le pouvoir), Isra\u00ebl appara\u00eet pour ce qu&rsquo;il est (y compris pour les <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_strat_gie_de_la_marne_23_03_2013.html\" class=\"gen\">critiques<\/a> isra\u00e9liens du pouvoir politique) : tactiquement ma\u00eetre de soi (attaques contre la Syrie), strat\u00e9giquement en plein d\u00e9sarroi. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 vu, la Syrie r\u00e9v\u00e8le Isra\u00ebl (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_syrie_r_v_le_isra_l_22_05_2013.html\" class=\"gen\">22 mai 2013<\/a>) et force ce pays \u00e0 affronter sa v\u00e9ritable situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t &#8230; Plus encore pour Isra\u00ebl, appara\u00eet un probl\u00e8me singulier avec la question de ses relations avec la Russie. Les Isra\u00e9liens d\u00e9couvrent, en fonction du r\u00f4le qu&rsquo;acquiert la Russie, que leurs relations avec la Russie est d&rsquo;une importance vitale, et pourraient m\u00eame prendre, en des occasions importantes, la pr\u00e9\u00e9minence en termes d&rsquo;importance strat\u00e9gique sur la question de leurs relations avec les USA. Isra\u00ebl peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer ses liens avec les USA d&rsquo;un point de vue statique, comme \u00e9tant captifs gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 d&rsquo;influence (AIPAC, lobbying), tandis que l&rsquo;aspect dynamique de leur strat\u00e9gie se d\u00e9velopperait du c\u00f4t\u00e9 de la Russie. Du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien, un courant se d\u00e9veloppe, qui dit que des liens constructifs avec la Russie devraient devenir une priorit\u00e9 au moins \u00e9quivalente \u00e0 la priorit\u00e9s des liens avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les pays p\u00e9troliers, \u00e9mirats &#038; compagnie, se trouvent dans l&rsquo;obligation d&rsquo;envisager des reclassements non \u00e0 cause de l&rsquo;Iran mais \u00e0 cause de la Syrie, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec une influence US largement diminu\u00e9e relativement \u00e0 l&rsquo;importance en r\u00e9duction de l&rsquo;influence des USA lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit du conflit syrien. Cela implique pour eux la perspective de devoir se d\u00e9finir, \u00e9galement et imp\u00e9rativement dans ce cadre nouveau, en fonction de leurs rapports avec la Russie qui a le r\u00f4le qu&rsquo;on voit en Syrie, et peut-\u00eatre avec ces rapports prenant autant sinon plus d&rsquo;importance que leurs rapports avec les USA. <\/p>\n<h3>La Syrie, ou comment saisir l&rsquo;insaisissable<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn passant en revue la fa\u00e7on dont la guerre syrienne influence un nombre \u00e9lev\u00e9 de probl\u00e8mes sans pourtant les forcer \u00e0 s&rsquo;exprimer brutalement, une premi\u00e8re question, qui serait plut\u00f4t un premier constat, vient \u00e0 l&rsquo;esprit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat d&rsquo;inversion : au lieu d&rsquo;\u00eatre un facteur potentiel d&rsquo;expansion op\u00e9rationnel de son propre d\u00e9sordre, la guerre syrienne ne repr\u00e9sente-t-elle pas plut\u00f4t un ph\u00e9nom\u00e8ne de contraction de la r\u00e9gion en elle-m\u00eame ? Tout se passe comme si la r\u00e9gion se contractait pour se r\u00e9sumer et s&rsquo;exprimer dans la guerre syrienne,  et d&rsquo;ailleurs, bien plus que la r\u00e9gion puisque des acteurs largement ext\u00e9rieurs \u00e0 la r\u00e9gion sont concern\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230;Mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9volution psychologique bien plus que d&rsquo;une \u00e9volution g\u00e9opolitique. Les affrontements et m\u00e9sententes, les alignements et les orientations, semblent pouvoir s&rsquo;exprimer sans violence pour eux-m\u00eames (par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme potentiel de violence dont ils sont porteurs). Ils ont surtout comme effet de faire \u00e9voluer la psychologie \u00e0 la mesure de leur propre \u00e9volution, et d&rsquo;influencer \u00e0 mesure \u00e9galement l&rsquo;\u00e9volution politique fondamentale. Il \u00e9tait impensable, il y a deux ans, de concevoir et de percevoir l&rsquo;importance du r\u00f4le de la Russie, non seulement en Syrie mais dans le Moyen-Orient et en M\u00e9diterran\u00e9e, tel qu&rsquo;il est con\u00e7u et per\u00e7u aujourd&rsquo;hui, selon une appr\u00e9ciation qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame. Il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;affrontement pour cela, et m\u00eame l&rsquo;affaire des S-300 montre d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9galement kafka\u00efesque qu&rsquo;un tel r\u00e9sultat, m\u00eame au niveau de la puissance militaire, est atteint par des manipulations de communication extr\u00eamement complexes, dont nul ne peut \u00eatre \u00e9carter l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;elles sont tout simplement naturelles aux techniques de communication, et le simple produit des pressions du syst\u00e8me de la communication sans gu\u00e8re de manipulations coh\u00e9rentes, sinon pour l&rsquo;effet tactique imm\u00e9diat et momentan\u00e9, des acteurs impliqu\u00e9s. Les cons\u00e9quences psychologiques sont impressionnantes, en fixant les politiques sur des th\u00e8mes souvent accessoires, ou dilatoires, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas du S-300 est effectivement exemplaire dans ses fondements&#8230; L&rsquo;importance du S-300 vient apr\u00e8s tout d&rsquo;une obsession isra\u00e9lienne qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame, sans aucune exp\u00e9rimentation au combat, comme le souligne une source russe proche du minist\u00e8re de la d\u00e9fense, cit\u00e9e par Reuters : \u00ab<em>A Russian defence ministry source has told Reuters he knew of no qualified Syrians trained by Moscow to use the S-300s, putting the completion of the anti-aircraft system in Syria at six to 12 months from now. He added that the Israelis likely have a million ways to combat the S-300 electronically, but said that since these methods had not been tested in war<\/em> <strong><em>whether the S-300 would fail or not cannot be known.<\/em><\/strong>\u00bb Mais le syst\u00e8me de la communication emporte tout \u00e0 cet \u00e9gard, et le cas du S-300 qui est celui d&rsquo;une quincaillerie \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation incertaine et contradictoire en vient \u00e0 influencer d\u00e9cisivement, et d&rsquo;une fa\u00e7on chaotique, les orientations strat\u00e9giques d&rsquo;une politique g\u00e9n\u00e9rale. <\/p>\n<h3>Une mobilisation r\u00e9v\u00e9latrice<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCertains aspects de cette guerre syrienne et surtout autour d&rsquo;elle entretiennent son aspect \u00e9nigmatique. L&rsquo;extraordinaire mobilisation de toutes les structures-Syst\u00e8me (les directions politiques et les \u00e9lites-Syst\u00e8me des syst\u00e8mes du technologisme et de la communication) qui a accompagn\u00e9 ce conflit est un fait exceptionnel. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un plan, d&rsquo;une machination, d&rsquo;une conspiration-Syst\u00e8me, etc., du type qu&rsquo;on lit chez nombre de sources alternatives mais aussi dans les pages les plus distingu\u00e9es de la presse-Syst\u00e8me (le <em>Financial Times<\/em> sur le Qatar), est d&rsquo;autant plus affaiblie, et paradoxalement en apparence, que cette mobilisation est unanime, impeccable, spontan\u00e9e et nullement l&rsquo;objet d&rsquo;une manipulation, marqu\u00e9e d&rsquo;une conviction extraordinaire chez tous les acteurs politiques, culturels, bureaucrates, une conviction compl\u00e8tement ferm\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de la situation,  qui n&rsquo;exprime en fait aucun argument sinon celui de son existence, celui d&rsquo;\u00eatre une mobilisation unanime. (Cette unanimit\u00e9 s&rsquo;effrite compl\u00e8tement lorsque l&rsquo;un ou l&rsquo;autre <em>sapiens<\/em>-Syst\u00e8me sort de son cercle ou de son rythme et entreprend justement de consid\u00e9rer certains faits de la v\u00e9rit\u00e9 de la situation : ce type d&rsquo;unanimit\u00e9 extraordinaire est d&rsquo;une fragilit\u00e9 aussi extr\u00eame qu&rsquo;est la conviction-Syst\u00e8me qui l&rsquo;ordonne, dans le sens de mettre en ordre. Cet ordre est le r\u00e9sultat d&rsquo;une tr\u00e8s puissante pouss\u00e9e m\u00e9canique exprim\u00e9e par un conformisme de fer et terrorisant, mais il ne repose sur nulle base coh\u00e9rente, d&rsquo;o\u00f9 sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 paradoxale.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes les situations conflictuelles, dans notre \u00e9poque rendue insaisissable (!) par les effets d&rsquo;une dynamique m\u00e9tahistorique puissante hors du contr\u00f4le humain, sont l&rsquo;objet de telles sp\u00e9culations concernant des ma\u00eetres-plan et des machinations humaines, et le fait que leur aboutissement n&rsquo;est jamais ni d\u00e9montr\u00e9, ni achev\u00e9 ne d\u00e9courage en rien, dans un domaine o\u00f9 l&rsquo;exp\u00e9rience n&rsquo;est gu\u00e8re consult\u00e9e au profit de la fi\u00e8vre de rationalisation. Cette fois, l&rsquo;hypoth\u00e8se est fortement amoindrie d\u00e8s son \u00e9nonc\u00e9, sinon annihil\u00e9e, par l&rsquo;absence d&rsquo;une clique, d&rsquo;un mot d&rsquo;ordre coh\u00e9rent et sophistiqu\u00e9, d&rsquo;un rangement justement dans une dynamique ordonn\u00e9e (si l&rsquo;on prend tous les acteurs du bloc BAO, leurs buts sont contradictoires, antagonistes, inexistants, incompr\u00e9hensibles, etc.). L&rsquo;unanimit\u00e9 de mobilisation dont on parle, qui est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;automatisme psychologique, est justement le signe de l&rsquo;absence d&rsquo;une coh\u00e9sion rationalis\u00e9e selon un plan pr\u00e9cis de la dynamique g\u00e9n\u00e9rale ; cette dynamique ne trouve plus sa coh\u00e9rence que dans une sorte d&rsquo;hyst\u00e9rie collective r\u00e9duite \u00e0 un slogan primaire ayant une fonction de drogue (Assad est un monstre), et aboutissant \u00e0 un rien du tout par rapport aux bavardages guerriers,  ni intervention, ni n\u00e9gociations, ni contr\u00f4le de la r\u00e9bellion, ni chute d&rsquo;Assad, etc. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Syrie reste une \u00e9nigme si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 la rationalit\u00e9 strat\u00e9gique, \u00e0 la g\u00e9opolitique, \u00e0 l&rsquo;argument rationnel. Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;explorer d&rsquo;autres logiques explicatives. Il existe, du c\u00f4t\u00e9 du bloc BAO, notamment dans les courants conformistes des \u00e9lites-Syst\u00e8me, un automatisme extraordinaire d&rsquo;engagement en Syrie ; avec des manipulations extraordinairement impudentes, souvent faites avec une certaine innocence de la conviction de la bonne cause, et qui sont d\u00e9sormais aussit\u00f4t mises \u00e0 jour sans changer rien \u00e0 cette conviction. L&rsquo;ensemble a pour r\u00e9sultat d&rsquo;impliquer toujours plus avant les pays concern\u00e9s, essentiellement du bloc BAO, dans une position de plus en plus d\u00e9licate et improductive. En m\u00eame temps, leurs propres crises int\u00e9rieures s&rsquo;aggravent et aggravent les cons\u00e9quences de leurs engagements. Le tout accompagne et accentue la crise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<h3>La guerre syrienne devenue crise haute<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe constat que nous proposons est celui du d\u00e9placement op\u00e9rationnel de ce que nous nommons la crise haute &#8230; La <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_voie_de_la_syrie_a_la_crise_haute__08_02_2012.html\" class=\"gen\">Syrie<\/a> a d\u00e9finitivement remplac\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_crise_haute_03_02_2012.html\" class=\"gen\">l&rsquo;Iran<\/a> en tant que foyer op\u00e9rationnel de la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_haute_ddecrisis_20_02_2012.html\" class=\"gen\">crise haute<\/a>. C&rsquo;est l\u00e0, si l&rsquo;on veut, une question d&rsquo;opportunit\u00e9 m\u00e9tahistorique. (La m\u00e9tahistoire ne d\u00e9daigne pas, s&rsquo;il le faut, de faire preuve d&rsquo;opportunisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque nous donnions une premi\u00e8re d\u00e9finition de la crise haute, en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_crise_haute_ddecrisis_20_02_2012.html\" class=\"gen\">f\u00e9vrier 2012<\/a>, \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;un travail commenc\u00e9 fin 2011, la crise syrienne n&rsquo;existait pas en tant que telle, dans les dimensions o\u00f9 on la voit aujourd&rsquo;hui, tandis que la crise iranienne \u00e9tait en pleine \u00e9volution. Nous observions alors : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>&#8230;Mais la substance de la crise haute, sa forme, son essence, ce qu&rsquo;on nommerait son mod\u00e8le, ne d\u00e9pendent en aucun cas de la crise iranienne ni d&rsquo;aucune autre crise identifi\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re limitative. Nous parlerions plut\u00f4t du processus inverse. C&rsquo;est l&rsquo;essence m\u00eame de la crise haute, qui s&rsquo;est form\u00e9e \u00e0 l&rsquo;image de la crise g\u00e9n\u00e9rale du Syst\u00e8me, qui inspire l&rsquo;extension de la crise iranienne dans les dimensions qu&rsquo;on lui voit prendre, pr\u00e9cipitant les \u00e9v\u00e8nements de reclassements fondamentaux. Il nous para\u00eet essentiel de souligner le sens de ce processus parce que cela revient \u00e0 bien fixer la valeur et la signification du renversement qui s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 cette occasion.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA partir de f\u00e9vrier 2012, justement (4 f\u00e9vrier 2012, vote \u00e0 l&rsquo;ONU et veto sino-russe), la crise syrienne a pris le dessus (le relais) dans la dynamique crisique, en devenant cette insaisissable guerre syrienne. La crise haute s&rsquo;est alors fix\u00e9e sur elle. Le signe le plus \u00e9vident de cette nouvelle disposition, c&rsquo;est que la crise iranienne, pour se d\u00e9velopper d\u00e9sormais, s&rsquo;exporte vers la Syrie comme on l&rsquo;a vu. A cette lumi\u00e8re, la guerre syrienne devient saisissable : elle est ce qu&rsquo;elle est parce qu&rsquo;elle est la repr\u00e9sentation op\u00e9rationnelle de la crise haute, donc de la crise d&rsquo;effondrement du Syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur la guerre insaisissable 1er juin 2013 Dans notre Ouverture libre de ce 30 mai 2013, nous parlons effectivement d&rsquo;une guerre insaisissable, \u00e0 propos de la Syrie certes. 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