{"id":75038,"date":"2013-06-12T15:52:00","date_gmt":"2013-06-12T15:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/12\/le-jeu-russe-a-propos-du-whistleblower-et-des-usa\/"},"modified":"2013-06-12T15:52:00","modified_gmt":"2013-06-12T15:52:00","slug":"le-jeu-russe-a-propos-du-whistleblower-et-des-usa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/12\/le-jeu-russe-a-propos-du-whistleblower-et-des-usa\/","title":{"rendered":"Le jeu russe \u00e0 propos du <em>whistleblower<\/em> et des USA"},"content":{"rendered":"<p><h3 class=\"titrebloc\">Le jeu russe \u00e0 propos du <em>whistleblower<\/em> et des USA<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a peu encore, la Russie, fid\u00e8le \u00e0 ses engagements datant de la guerre froide transform\u00e9e en d\u00e9tente et de l&rsquo;URSS, ne se serait pas publiquement engag\u00e9e dans l&rsquo;affaire PRISM\/Snowden comme elle le fait. Il y avait, toujours du temps de la Guerre froide, lorsque les deux superpuissances voulurent \u00e9tablir des liens codifi\u00e9s (la d\u00e9tente), une sorte de <em>gentlemen&rsquo;s agreement<\/em> selon lequel on se gardait d&rsquo;exploiter de fa\u00e7on trop publique et trop sonore les d\u00e9boires int\u00e9rieurs de forme m\u00e9diatique et de la communication du partenaire. Cela entrait \u00e9galement dans la production de la politique principielle classique, qui entend observer une distance et une attitude de non-ing\u00e9rence par rapport \u00e0 la barri\u00e8re du principe de souverainet\u00e9 qui dit qu&rsquo;on ne s&rsquo;ing\u00e8re pas (pas trop) dans les affaires int\u00e9rieures des pays souverains. Ce temps-l\u00e0 est fini. Dans l&rsquo;affaire PRISM\/NSA\/Snowden, la Russie a montr\u00e9 qu&rsquo;elle pratiquait d\u00e9sormais elle aussi, avec vivacit\u00e9 et maestria, et \u00e9galement une bonne dose de prudence, la technique strat\u00e9gique de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_russie_en_guerre_douce_communication_contre_les_usa_10_12_2012.html\" class=\"gen\">agression douce<\/a> mise en place et <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-mcfaul_ambassadeur-syst_me_moscou_15_06_2012.html\" class=\"gen\">en pratique<\/a> par <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_agression_douce_devenue_id_al_de_puissance-douce__08_04_2013.html\" class=\"gen\">le bloc BAO<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l\u00e0 encore un aspect de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et des cons\u00e9quences positives de l&rsquo;humanisation de l&rsquo;affaire,  affaire PRISM devenant affaire PRISM\/Snowden, avec l&rsquo;affirmation publique du <em>whistleblower<\/em> Edward Snowden. D\u00e8s lors que Snowden se trouve \u00e0 Hong Kong, cherchant un asile politique dans un pays ou l&rsquo;autre, l&rsquo;affaire s&rsquo;internationalise effectivement. Or, le premier pays \u00e0 pr\u00e9senter spontan\u00e9ment une offre d&rsquo;appr\u00e9ciation de l&rsquo;asile politique est justement la Russie. Comme on le voit <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-prism_snowden_chronique_de_l_largissement_12_06_2013.html\" class=\"gen\">par ailleurs<\/a>, l&rsquo;offre a \u00e9t\u00e9 directement confirm\u00e9e, sous une forme volontairement neutre, par le bureau du bureau de presse du pr\u00e9sident Poutine ; cela a aussit\u00f4t repr\u00e9sent\u00e9, sans aucun doute et  quelle que soit la d\u00e9cision de Snowden, un acte politique puissant de la part de la Russie. La chose a \u00e9t\u00e9 presqu&rsquo;aussit\u00f4t renforc\u00e9e par une interview de Poutine, en visite dans les studios de <em>Russia Today<\/em> et convi\u00e9 \u00e0 une table-ronde avec des journalistes de la station. L&rsquo;article qui rend compte de cet entretien, en plus de la vid\u00e9o, est pr\u00e9sent\u00e9 sur le sujet de l&rsquo;affaire PRISM\/Snowden, alors que d&rsquo;autres sujets sont abord\u00e9s. L&rsquo;intervention de Poutine reste extr\u00eamement prudente et r\u00e9serv\u00e9e ; elle m\u00e9nage le principe de la surveillance et de l&rsquo;\u00e9coute, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme \u00e0 laquelle la Russie est extr\u00eamement sensible ; mais elle laisse une ouverture \u00e9vidente, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 exploit\u00e9e <em>in fine<\/em> dans l&rsquo;intervention de Poutine, pour une appr\u00e9ciation critique de la conduite des USA, dans le champ de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 du processus&#8230; (Dans <em>Russia Today<\/em>, le <a href=\"http:\/\/rt.com\/news\/putin-rt-visit-broadcasting-center-530\/\" class=\"gen\">11 juin 2013<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Data surveillance is an acceptable measure if done within the law, Russia&rsquo;s President Vladimir Putin told RT while visiting the channel in the capital. Speaking to RT the Russian president stressed that Snowden revealed nothing we didn&rsquo;t know before, adding that surveillance is becoming a global phenomenon in the context of combatting international terrorism, and that such methods are generally practicable. But Putin pointed out that the question is how well those security agencies are controlled by the public.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>I can tell you that, at least in Russia, you cannot just go and tap into someone&rsquo;s phone conversation without a warrant issued by court, Putin said answering the question of RT&rsquo;s Editor-in-Chief Margarita Simonyan. That&rsquo;s more or less the way a civilized society should go about fighting terrorism with modern-day technology. As long as it is exercised within the boundaries of the law that regulates intelligence activities, it&rsquo;s alright. But if it&rsquo;s unlawful, then it&rsquo;s bad. Commenting on Obama&rsquo;s statement that You can&rsquo;t have 100 per cent security and 100 per cent privacy, Putin disagreed, saying it is possible if done within the law.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette intervention, \u00e0 RT, est certainement beaucoup plus impressionnante et significative que l&rsquo;offre d&rsquo;asile politique. Elle engage Poutine personnellement, et bien entendu d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment comme on s&rsquo;en doute : le pr\u00e9sident russe a voulu parler de l&rsquo;affaire PRISM\/Snowden, et il a voulu que l&rsquo;\u00e9cho soit important. Sa mise en cause concerne l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 des m\u00e9thodes et nullement la forme des m\u00e9thodes, ce qui est une mani\u00e8re d&rsquo;adresser une critique bien pr\u00e9cise de la situation aux USA, qui s&rsquo;\u00e9tend au bloc BAO par extension, dans le cadre du Syst\u00e8me. (En m\u00eame temps, Poutine \u00e9carte <em>de facto<\/em> les critiques du bloc BAO contre lui puisqu&rsquo;il affirme que l&rsquo;important est de respecter les lois qu&rsquo;on s&rsquo;est donn\u00e9, cela signifiant implicitement que chacun se donne les lois qu&rsquo;il choisit lui-m\u00eame.) Il y a plusieurs ann\u00e9es que les Russes estiment que le bloc BAO est compl\u00e8tement subverti par le Syst\u00e8me, conduit par lui, entra\u00een\u00e9 par lui dans des politiques et des pratiques n\u00e9cessairement ill\u00e9gales, et par cons\u00e9quent d\u00e9structurantes et dissolvantes. (Le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-epoque_des_evidences_cachees_contradictoires_et_peut-etre_irresistibles_04_08_2008.html\" class=\"gen\">4 ao\u00fbt 2008<\/a>, nous citions le cas de Rogozine affirmant que la politique de l&rsquo;OTAN \u00e9tait guid\u00e9e par le technologisme, et donc r\u00e9pondant \u00e0 des forces mat\u00e9rielles et m\u00e9caniques incontr\u00f4lables.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;il en soit de la forme de cette intervention de Poutine, le fait de l&rsquo;intervention, s&rsquo;ajoutant  \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de l&rsquo;asile politique offert \u00e0 Snowden, en plus d&rsquo;une agitation sans dissimuler des milieux politiques \u00e0 Moscou, montrent que la Russie a r\u00e9solument choisi la voie de l&rsquo;interventionnisme dans l&rsquo;affaire PRISM\/Snowden,  interventionnisme doux, comme il y a agression douce, d&rsquo;abord et essentiellement au niveau de la communication. A notre sens, on doit placer ce constat dans une double perspective.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La premi\u00e8re perspective est la continuit\u00e9 de l&rsquo;affirmation de la puissance et de l&rsquo;influence russes, telles qu&rsquo;elles s&rsquo;imposent dans la crise syrienne par exemple. Mais le cas Snowden et l&rsquo;\u00e9vocation hypoth\u00e9tique d&rsquo;un asile politique ont un effet sp\u00e9cifique important,  que cet effet ait \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9 consciemment ou pas importe peu. L&rsquo;hypoth\u00e8se signifie aux USA, et \u00e0 la puissance au service de la politique-Syst\u00e8me qu&rsquo;ils d\u00e9ploient dans le monde sans le moindre souci de la souverainet\u00e9, pratiquant les pressions et les interventions sans le moindre frein, que ces activit\u00e9s ont au moins une limite, qui s&rsquo;appelle la Russie. (On pense \u00e9videmment au cas de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une intervention ill\u00e9gale et arbitraire contre Snowden par une \u00e9quipe d&rsquo;une CIA ou l&rsquo;autre.) Face \u00e0 la Russie, les habituelles m\u00e9thodes US d&rsquo;interventionnisme et d&rsquo;ignorance de la souverainet\u00e9, des incursions des forces sp\u00e9ciales aux drones et aux pratiques de kidnapping de la CIA, se trouvent devant un obstacle r\u00e9put\u00e9 infranchissable. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;intervention russe dans ce cas est qu&rsquo;il utilise effectivement la technique strat\u00e9gique de l&rsquo;agression douce pour signifier au cr\u00e9ateur de cette technique qu&rsquo;il peut lui-m\u00eame se trouver dans un cas o\u00f9 l&rsquo;agression douce ne suffirait pas, qu&rsquo;il se trouverait dans l&rsquo;obligation d&rsquo;envisager des m\u00e9thodes d&rsquo;agression brutale mais qu&rsquo;il se trouverait \u00e9galement dans un cas o\u00f9 de telles m\u00e9thodes brutales constitueraient un risque consid\u00e9rable, sinon une impossibilit\u00e9. Bref, il s&rsquo;agit de signifier aux USA-Syst\u00e8me qu&rsquo;il exister un espace o\u00f9 l&rsquo;impunit\u00e9 de son action interventionniste habituelle trouve ses limites irr\u00e9m\u00e9diables, et que c&rsquo;est la Russie et sa puissance qui en sont les constituants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La seconde perspective rejoint ce qu&rsquo;on a dit plus haut de la r\u00e9alisation par la Russie de la subversion de la politique-Syst\u00e8me du bloc BAO, par le Syst\u00e8me justement. En montrant son int\u00e9r\u00eat pour le sort d&rsquo;Edward Snowden, la Russie montre \u00e9galement son int\u00e9r\u00eat pour un acte qui s&rsquo;attaque d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la structure de surveillance et de contr\u00f4le policier et de renseignement qui a atteint, aux USA, une existence quasiment autonome. Dans ce sens, il y a moins d&rsquo;agressivit\u00e9 contre les USA en tant que puissance et \u00e9ventuellement partenaire, et notamment moins d&rsquo;agressivit\u00e9 \u00e9ventuellement contre l&rsquo;administration Obama et le pr\u00e9sident. On rejoint l&rsquo;inqui\u00e9tude souvent exprim\u00e9e par la Russie de voir les politiques du bloc BAO conduites par des impulsions incontr\u00f4lables, \u00e9manant souvent de forces m\u00e9caniques et technologiques, comme le fameux technologisme selon Rogozine. De ce point de vue, Snowden est aussi un homme qui a mis \u00e0 jour d&rsquo;une fa\u00e7on spectaculaire, et d&rsquo;une fa\u00e7on extr\u00eamement qualifi\u00e9e pour \u00eatre mise en lumi\u00e8re par le syst\u00e8me de la communication, l&rsquo;existence de cette structure autonome de surveillance, la <em>United Stasi of America<\/em> de Daniel Ellsberg, laquelle devrait \u00eatre comprise, selon les Russes, aussi bien comme un danger pour la direction politique des USA que pour le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe cette fa\u00e7on, la politique russe dans cette affaire est bien d\u00e9finie et elle appara\u00eet \u00e9videmment comme \u00e9quilibr\u00e9e, justifi\u00e9e et en m\u00eame temps affirmative d&rsquo;une r\u00e9elle puissance. La volont\u00e9 russe est moins celle d&rsquo;une domination, celle de la mise en \u00e9chec des USA, celle d&rsquo;une \u00e9ventuelle victoire, bref celle d&rsquo;une agression (douce ou pas, et bien qu&rsquo;elle utilise la technique de l&rsquo;agression douce), que celle d&rsquo;une tentative de production et de protection du sch\u00e9ma de rangement et d&rsquo;\u00e9quilibrage des relations internationales. Cela est dans la mesure o\u00f9 elle revient \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 des tendances d\u00e9structurantes et dissolvantes. Bien entendu, et d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s logiquement, le Syst\u00e8me (les USA dans nombre de centres de pouvoir) ne l&rsquo;entendra pas de cette oreille et y verra au contraire une volont\u00e9 de confrontation et de domination, et une provocation enfin. Cela rejoint notre appr\u00e9ciation habituelle : la politique russe est la bonne mais elle ne peut rien de d\u00e9cisif, \u00e0 elle seule, contre le Syst\u00e8me ; mais elle peut et doit exacerber encore la fureur du Syst\u00e8me pour le pousser \u00e0 produire sa dynamique de surpuissance se transformant en autodestruction, et h\u00e2ter ainsi son sort fatal.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 12 juin 2013 \u00e0 154H46<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jeu russe \u00e0 propos du whistleblower et des USA Il y a peu encore, la Russie, fid\u00e8le \u00e0 ses engagements datant de la guerre froide transform\u00e9e en d\u00e9tente et de l&rsquo;URSS, ne se serait pas publiquement engag\u00e9e dans l&rsquo;affaire PRISM\/Snowden comme elle le fait. 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