{"id":75062,"date":"2013-06-25T05:15:14","date_gmt":"2013-06-25T05:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/25\/vers-une-nouvelle-science\/"},"modified":"2013-06-25T05:15:14","modified_gmt":"2013-06-25T05:15:14","slug":"vers-une-nouvelle-science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/06\/25\/vers-une-nouvelle-science\/","title":{"rendered":"Vers une nouvelle science?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">Vers une nouvelle science? <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas excessif de penser que l&rsquo;humanit\u00e9 vit depuis quelques mois une r\u00e9volution technoscientifique qui sera aussi importante que celle de l&rsquo;atome et de l&rsquo;espace. Il s&rsquo;agit de ce que l&rsquo;on appelle d\u00e9sormais aux Etats-Unis la \u00ab science des donn\u00e9es \u00bb (data science ou big data science). Comme nous l&rsquo;avions indiqu\u00e9, notamment dans un article publi\u00e9 par Dedefensa (que nous remercions de son accueil) ,  il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a pris toute son ampleur en Am\u00e9rique et qui renforce consid\u00e9rablement le poids g\u00e9opolitique de celle-ci dans le monde, en d\u00e9pit d&rsquo;une concurrence accrue des autres grands puissances. Il d\u00e9coule de la domination acquise par les Etats-Unis, depuis au moins une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, dans les technologies de l&rsquo;information entendues au sens large, composants, ordinateurs, r\u00e9seaux, logiciels  tous domaines rappelons-le o\u00f9 la France des ann\u00e9es 70 aurait pu tenter de faire jeu \u00e9gal avec l&rsquo;Am\u00e9rique, compte-tenu de ses comp\u00e9tences initiales, mais qu&rsquo;elle a laiss\u00e9 p\u00e9ricliter par manque de vision g\u00e9ostrat\u00e9gique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;explosion toute r\u00e9cente de la science des donn\u00e9es tient nous l&rsquo;avons vu \u00e0 l&rsquo;alliance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de deux forces consid\u00e9rables, l&rsquo;une militaire et l&rsquo;autre civile. Concernant le domaine militaire, il s&rsquo;agit des centaines de milliards de dollars consacr\u00e9s, sous l&rsquo;\u00e9gide de la National Security Agency (NSA), \u00e0 la mise en place des centres de stockage des informations recueillies dans le monde entier selon les techniques dor\u00e9navant \u00e9prouv\u00e9es de l&rsquo;espionnage sous toutes ces formes, appliqu\u00e9es aux r\u00e9seaux num\u00e9riques et \u00e0 ceux qui s&rsquo;en servent. Le co\u00fbt du stockage est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme inf\u00e9rieur aux profits r\u00e9sultant de la valorisation des donn\u00e9es stock\u00e9es. La consigne est donc dor\u00e9navant de tout mettre en m\u00e9moire. Ceci n&rsquo;est pas rien, si l&rsquo;on admet que 5 quintillions de bits sont ainsi produits en 2 jours par les utilisateurs des r\u00e9seaux num\u00e9riques. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConcernant le domaine civil, il s&rsquo;agit des investissements \u00e9galement consid\u00e9rables consacr\u00e9s \u00e0 la mise en m\u00e9moire des donn\u00e9es recueillies par les entreprises du web (Google, Facebook, Youtube,Twitter, Skype&#8230;), toutes am\u00e9ricaines, aupr\u00e8s des milliards d&rsquo;utilisateurs qui leur confient gratuitement leurs donn\u00e9es personnelles, en \u00e9change d&rsquo;un certain nombre de services en ligne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tStocker ces donn\u00e9es ne serait pas tr\u00e8s utiles si, dans le m\u00eame temps, le gouvernement (NSA, CIA) et les entreprises du web n&rsquo;avaient pas consacr\u00e9 des moyens \u00e9galement consid\u00e9rable \u00e0 recruter des milliers d&rsquo;ing\u00e9nieurs et autres sp\u00e9cialistes de l&rsquo;Internet (Quants). L&rsquo;objet en est de transformer ces oc\u00e9ans de donn\u00e9es bruts en armes de pouvoir. Le terme de Quant d\u00e9signait initialement les sp\u00e9cialistes en analyse quantitative utilis\u00e9e en finance. Il s&rsquo;agit de math\u00e9matiques financi\u00e8res, souvent d\u00e9riv\u00e9es de la physique et des probabilit\u00e9s, servant \u00e0 mettre au point et utiliser des mod\u00e8les permettant aux gestionnaires de fonds et autres sp\u00e9cialistes financiers de traiter deux probl\u00e8mes essentiels: l&rsquo;analyse des actifs et l&rsquo;\u00e9volution des portefeuilles en fonction des risques et rentabilit\u00e9s observ\u00e9s ou pr\u00e9vus. On voit ais\u00e9ment qu&rsquo;en dehors de la finance ces techniques sont particuli\u00e8rement n\u00e9cessaires au renseignement militaire et politique, pour analyser la pertinence des donn\u00e9es recueillies et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique des cibles. <\/p>\n<h3>Les deux jambes de la grande marche en avant am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa force des Etats-Unis dans ce domaine tient \u00e0 la puissance de ses universit\u00e9s et de ses entreprises high tech, dont la Silicon Valley a \u00e9t\u00e9 longtemps une source quasi exclusive. La Silicon Valley a drain\u00e9 toute la mati\u00e8re grise mondiale disponible en ces domaines, y compris en provenance de la Chine qui s&rsquo;efforce actuellement de reprendre son ind\u00e9pendance. Des cr\u00e9dits paraissant aujourd&rsquo;hui encore illimit\u00e9s (au regard des restrictions budg\u00e9taires frappant tous les autres secteurs), permettent de recruter et faire travailler ces experts. Le budget de la NSA, bien que confidentiel, est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 8 ou 10 milliards de dollars par an. Quant aux profits per\u00e7us par les entreprises priv\u00e9es du web, et tout de suite r\u00e9investis, ils sont au moins \u00e9quivalents. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi s&rsquo;est instaur\u00e9 un va-et-vient permanent entre la NSA et les entreprises am\u00e9ricaines du web. Ce va-et vient concerne autant l&rsquo;encadrement sup\u00e9rieur que les \u00e9quipes techniques. Les soci\u00e9t\u00e9s ont recrut\u00e9 des directeurs de la NSA ou de la CIA, tandis que se faisait en m\u00eame temps le mouvement inverse. Il s&rsquo;est construit de la sorte en quelques ann\u00e9es, voire en quelques mois, un potentiel humain irrempla\u00e7able, militaire et civil. Aucune autre puissance au monde n&rsquo;a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de moyens aussi convergents pour se doter d&rsquo;une force de frappe. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeci ne veut pas dire que tous ces brillants sp\u00e9cialistes, souvent eux-m\u00eames recrut\u00e9s au sein des communaut\u00e9s de hackers, adh\u00e9rent sans objections \u00e0 des politiques de mise en tutelle du reste de l&rsquo;humanit\u00e9. Ils manifestent de temps \u00e0 autres quelques r\u00e9serves, concernant notamment concernant les dangers d&rsquo;un espionnage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, pouvant \u00e9ventuellement se retourner contre eux et leurs convictions citoyennes. La d\u00e9couverte r\u00e9cente du programme PRISM, \u00e9clair\u00e9e par les r\u00e9v\u00e9lations de Edward Snowden, a suscit\u00e9 quelques \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais Snowden n&rsquo;a pas fait d&rsquo;\u00e9mules \u00e0 ce jour. Dans l&rsquo;ensemble la logique globale du syst\u00e8me l&#8217;emporte, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;un sentiment nationaliste toujours fort, doubl\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9pris certain pour le reste du monde, continue \u00e0 inspirer la toute jeune \u00e9lite ainsi constitu\u00e9e. La coop\u00e9ration entre la d\u00e9fense et les compagnies du web, bien qu&rsquo;officiellement contenue dans le cadre de mandats judiciaires explicites, se fait en fait sans difficult\u00e9s, tant sur le plan des \u00e9changes scientifiques que concernant la fourniture de donn\u00e9es priv\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est la construction progressive de cette nouvelle science du data mining et des donn\u00e9es qui motive d\u00e9sormais tous ces chercheurs. Toute nouvelle science g\u00e9n\u00e8re de nouveaux enthousiasmes, comme ce fut le cas il y a quelques d\u00e9cennies dans le nucl\u00e9aire et le spatial. La science des donn\u00e9es appara\u00eet ainsi \u00e0 la fois comme source de profits abondants et source de connaissances quasi-illimit\u00e9es sur le monde. Les chercheurs semblent \u00e9prouver une foi sans faille en la validit\u00e9 des r\u00e9sultats de leur pratique, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais \u00e0 des th\u00e8mes aux bases th\u00e9oriques encore incertaines, comme le diagnostic g\u00e9n\u00e9tique appliqu\u00e9 en m\u00e9decine, en \u00e9ducation, en criminologie, en sports et dans bien d&rsquo;autres domaines sociaux. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi en m\u00e9decine , les g\u00e9n\u00e9ticiens adeptes de la nouvelle science des donn\u00e9es esp\u00e8rent pouvoir pr\u00e9ciser par des faits d&rsquo;observations concrets les hypoth\u00e8ses encore largement th\u00e9oriques faites actuellement concernant le r\u00f4le d\u00e9terminant des g\u00e8nes et s\u00e9quences de g\u00e8nes. Pour prendre un exemple un peu caricatural, on pourra v\u00e9rifier telle hypoth\u00e8se relative aux pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques de l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 ou du diab\u00e8te chez un individu donn\u00e9 en compilant les donn\u00e9es concernant les achats de celui-ci en produits gras ou sucr\u00e9s. Inutile de pr\u00e9ciser que de telles recherches risqueront de prouver a posteriori ce que l&rsquo;on voulait a priori d\u00e9montrer. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoiqu&rsquo;il en soit, l&rsquo;objectif sera d&rsquo;abord de collationner avec des m\u00e9thodes d&rsquo;intelligence artificielle am\u00e9lior\u00e9e les milliards de donn\u00e9es brut provenant des sources traditionnelles ou r\u00e9centes, pages web, recherches effectu\u00e9s \u00e0 partir des moteurs, signaux \u00e9mis par de multiples capteurs ou objets intelligents, smartphones, GPS, cam\u00e9ras de surveillance. Il faudra ensuite en tirer de nouveaux faits d&rsquo;observation et d&rsquo;exp\u00e9rimentation \u00e0 partir desquels seront formul\u00e9es des hypoth\u00e8ses puis des lois. Un nouveau type de \u00ab r\u00e9el \u00bb, se superposant \u00e0 celui aujourd&rsquo;hui connu, deviendra alors mati\u00e8re \u00e0 exploration th\u00e9orique pour les nouveaux scientifiques. Chaque science ayant besoin de faits d&rsquo;observation constamment renouvel\u00e9s, ce sera sur des faits puis\u00e9s dans les r\u00e9seaux num\u00e9riques que s&rsquo;appuiera la nouvelle science des donn\u00e9es. `<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais dira-t-on, toute science, pour rester fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al d&rsquo;universalit\u00e9, doit \u00eatre ouverte. Chacun doit pouvoir acc\u00e9der librement aux faits d&rsquo;observation et, au del\u00e0, \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 observ\u00e9e, qu&rsquo;elle soit naturelle ou pas. Or manifestement, m\u00eame si les big data sont en principe accessibles \u00e0 tous, les recueillir et les interpr\u00e9ter n\u00e9cessite, nous l&rsquo;avons montr\u00e9 dans d&rsquo;autres articles, un dispositif mondial organis\u00e9 pilot\u00e9 quant \u00e0 ses finalit\u00e9s derni\u00e8res par des organismes relevant de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9. Les tiers n&rsquo;ont acc\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 ce que ces organismes d\u00e9cident de diffuser. De plus, ces m\u00eames organismes sont majoritairement am\u00e9ricains. Ils le resteront longtemps, vu les investissements qu&rsquo;ils ont consentis pour \u00eatre et demeurer les premiers. Si science des donn\u00e9es il doit y avoir, ce sera donc dans l&rsquo;ensemble une science am\u00e9ricaine  ressemblant par bien des aspects \u00e0 une propagande de guerre. Mais qu&rsquo;importent diront les alli\u00e9s de l&rsquo;Am\u00e9rique. Cette derni\u00e8re n&rsquo;a-t-elle pas depuis des d\u00e9cennies pris le contr\u00f4le de la plupart des domaines scientifiques, sans gu\u00e8re susciter de r\u00e9actions du reste du monde. Ceci pour notre bien, \u00e9videmment. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAjoutons qu&rsquo;en termes de nouveaux financements et emplois, les perspectives sont consid\u00e9rables. 24 milliards de dollars seront consacr\u00e9s \u00e0 ce secteur en 2016, selon une estimation d&rsquo;IDC. Le McKinsey Global Institute a pour sa part estim\u00e9 que les Etats-Unis devront avoir besoin vers 2020 de 140 \u00e0 190.000 nouveaux experts en techniques analytiques. S&rsquo;y ajouteront 1.500.000 sp\u00e9cialistes dot\u00e9s de connaissances approfondies en gestion et exploitation des donn\u00e9es. On con\u00e7oit que des pays menac\u00e9s par un sous-emploi chronique, Etats-Unis en premier lieu, consid\u00e8rent toutes ces perspectives avec le plus grand int\u00e9r\u00eat. Il est peu probable que des appels \u00e0 une prudence inspir\u00e9e par l&rsquo;\u00e9thique y trouvent beaucoup d&rsquo;\u00e9chos.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers une nouvelle science? Il n&rsquo;est pas excessif de penser que l&rsquo;humanit\u00e9 vit depuis quelques mois une r\u00e9volution technoscientifique qui sera aussi importante que celle de l&rsquo;atome et de l&rsquo;espace. Il s&rsquo;agit de ce que l&rsquo;on appelle d\u00e9sormais aux Etats-Unis la \u00ab science des donn\u00e9es \u00bb (data science ou big data science). 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