{"id":75107,"date":"2013-07-20T05:20:21","date_gmt":"2013-07-20T05:20:21","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/07\/20\/deuxieme-livre-iii-passerelle-eschatologique-et-christianisme\/"},"modified":"2013-07-20T05:20:21","modified_gmt":"2013-07-20T05:20:21","slug":"deuxieme-livre-iii-passerelle-eschatologique-et-christianisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/07\/20\/deuxieme-livre-iii-passerelle-eschatologique-et-christianisme\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me livre : III. Passerelle eschatologique et Christianisme"},"content":{"rendered":"<p><h4>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/h4>\n<p>Le texte ci-dessous est la Deuxi\u00e8me Partie du deuxi\u00e8me Tome de l&rsquo;essai m\u00e9tahistorique de Philippe Grasset <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. La publication sur <em>dedefensa.org<\/em> a commenc\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-introduction_la_souffrance_du_monde_18_12_2009.html\" class=\"gen\">18 d\u00e9cembre 2009<\/a> (Introduction : \u00ab<em>La souffrance du monde<\/em>\u00bb), pour se poursuivre le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-premiere_partie_de_iena_a_verdun_25_01_2010.html\" class=\"gen\">25 janvier 2010<\/a> (Premi\u00e8re Partie : \u00ab<em>De I\u00e9na \u00e0 Verdun<\/em>\u00bb), le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-deuxieme_partie_le_reve_americain_et_vice-versa_03_04_2010.html\" class=\"gen\">3 avril 2010<\/a>  (Deuxi\u00e8me Partie : \u00ab<em>Le r\u00eave am\u00e9ricain et vice-versa<\/em>\u00bb), le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-troisieme_partie_1919-1933_du_reve_americain_a_l_american_dream_16_05_2010.html\" class=\"gen\">16 mai 2010<\/a> (\u00ab<em>Du r\u00eave am\u00e9ricain \u00e0 l&rsquo;American Dream<\/em>\u00bb), le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-quatrieme_partie_le_pont_de_la_communication_26_07_2010.html\" class=\"gen\">26 juillet 2010<\/a> (\u00ab<em>Le pont de la communication<\/em>\u00bb), et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-cinquieme_partie_la_transversale_du_technologisme_02_12_2010.html\" class=\"gen\">12 d\u00e9cembre 2010<\/a> (\u00ab<em>La transversale du technologisme<\/em>\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe deuxi\u00e8me Tome de l&rsquo;essai para\u00eet sous le titre \u00ab <MI>Contre-Civilisation et r\u00e9sistance. Les parutions pr\u00e9c\u00e9dentes de ce deuxi\u00e8me Tome ont eu lieu le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-deuxi_me_livre_i_m_thodologie_et_tat_de_l_esprit_02_03_2012.html\" class=\"gen\">2 mars 2012<\/a> (Introduction, \u00ab<em>M\u00e9thodologie et \u00e9tat de l&rsquo;esprit<\/em>\u00bb) et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-deuxi_me_livre_ii_renaissance_et_perspective_du_d_sastre_15_02_2013.html\" class=\"gen\">15 f\u00e9vrier 2013<\/a> : \u00ab<em>Mise en perspective du d\u00e9sastre : la Renaissance<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[ATTENTION : ce texte est d&rsquo;acc\u00e8s payant pour acc\u00e9der \u00e0 son enti\u00e8ret\u00e9. Une version en pdf est accessible \u00e9galement aux personnes ayant effectivement pay\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s au texte. Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 les formalit\u00e9s de souscription, vous verrez appara\u00eetre au-dessus de ce texte l&rsquo;option d&rsquo;activation de la version en pdf.]<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La passerelle eschatologique et le Christianisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">12 <\/span> Avant de poursuivre notre enqu\u00eate historique sur les avatars et les processus des voies et des moyens de notre trag\u00e9die du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 nos Temps Obscurs ; avant d&rsquo;aborder l&rsquo;\u00e9tape du persiflage du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, il importe extr\u00eamement de faire pleine lumi\u00e8re sur cette circonstance m\u00e9tahistorique,  m\u00e9lange de chronologie, de contexte \u00e9largi aux origines de notre trag\u00e9die et d&rsquo;interpr\u00e9tation intuitive,  ce que je baptise de l&rsquo;expression de passerelle eschatologique. Il s&rsquo;agit de montrer le lien puissant, eschatologique et m\u00e9tahistorique par cons\u00e9quent, qui tient plusieurs des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de notre rangement, qui donne ainsi une coh\u00e9rence beaucoup plus grande \u00e0 la situation pr\u00e9sente que nous jugeons directement comptable de la m\u00e9tahistoire ; un lien puissant, mais aussi une coh\u00e9rence, une logique, un encha\u00eenement tout aussi puissants<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;essence m\u00eame de notre rangement, comme l&rsquo;on dirait de son cur hurlant et grondant, on trouve le ph\u00e9nom\u00e8ne du <strong>surgissement du Mal<\/strong>, observ\u00e9 par nous comme un \u00e9v\u00e9nement sp\u00e9cifique d\u00e9terminant, une phase m\u00e9tahistorique \u00e9galement sp\u00e9cifique ; d\u00e9sign\u00e9 par nous comme le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, \u00e0 la jointure des XVIII\u00e8me et XIX\u00e8me si\u00e8cles. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement inexpugnable, terrible et fondamental, promis \u00e0 entreprendre une action attendue comme d\u00e9cisive La chose est pr\u00e9par\u00e9e, d\u00e9clench\u00e9e et suivie par des encha\u00eenements divers et tous d&rsquo;une importance et d&rsquo;une puissance incontestables. Dans cette occurrence pr\u00e9cise, cet encha\u00eenement que nous voyons ici, qui d\u00e9bouche sur le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et participe \u00e0 la pr\u00e9paration du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, pourrait \u00eatre d\u00e9crit, lorsqu&rsquo;il appara\u00eet \u00e0 la lumi\u00e8re de ses implications, comme le plus incontestable dans sa logique et le plus ample dans son orientation, et le plus ignor\u00e9 \u00e9galement. (Et ignor\u00e9 par nous-m\u00eames, durant une partie importante de l&rsquo;\u00e9laboration de ce r\u00e9cit.) En se r\u00e9f\u00e9rant au titre du passage et en en restant \u00e0 la stricte chronologie, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une passerelle d\u00e9cisive entre d&rsquo;une part les effets de la crise de la Renaissance qui organise la probabilit\u00e9 pressante de la modernit\u00e9 ; et d&rsquo;autre part, notre \u00e9poque pr\u00e9cis\u00e9ment, qui accomplit et subit \u00e0 fois la crise eschatologique supr\u00eame, dont l&rsquo;origine est alors \u00e9vidente. Cette passerelle donnant certes un meilleur \u00e9clairage sur tout ce qu&rsquo;elle surmonte, la crise du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re (1776-1825) nous confirme que cette probabilit\u00e9 pressante de la modernit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par la Renaissance est devenue s\u00fbret\u00e9, et que la chose est faite. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOriginellement, nous concevions cette Partie du r\u00e9cit, qui ne s&rsquo;est elle-m\u00eame impos\u00e9e que tardivement, d&rsquo;un point de vue qui para\u00eet d\u00e9sormais, le travail achev\u00e9, assez \u00e9troit. L&rsquo;esprit a pouss\u00e9 tout cela, faisant fructifier l&rsquo;apport de l&rsquo;intuition haute ; la conception originelle est devenue la base de la r\u00e9flexion, \u00e0 partir d&rsquo;o\u00f9 se ferait un \u00e9largissement du champ, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9tendre embrasser le ph\u00e9nom\u00e8ne <strong>historique<\/strong> du Christianisme (ph\u00e9nom\u00e8ne pris strictement dans sa dimension historique, sans ignorer un seul instant son <strong>incontestable<\/strong> dimension m\u00e9tahistorique). Nous allons, pour l&rsquo;instruction du lecteur, rappeler le parcours de l&rsquo;esprit instruit par l&rsquo;intuition haute Avant d&rsquo;\u00e9largir le champ, nous avions \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 nous en tenir \u00e0 la premi\u00e8re perspective concernant notre chronologie imm\u00e9diate, avec la mention de sa source symbolique autant que m\u00e9tahistorique dans la d\u00e9couverte de l&rsquo;Am\u00e9rique prise comme r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cieuse \u00e0 l&rsquo;esprit de la modernit\u00e9, et consid\u00e9r\u00e9e dans ses d\u00e9veloppements initiaux. Cette premi\u00e8re perspective nous conduisait jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle pour organiser la s\u00e9quence qui nous importe, qui ach\u00e8ve le Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;intol\u00e9rance en organisant, parall\u00e8lement, l&rsquo;ouverture, fondamentale pour notre propos, du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res Dans cette premi\u00e8re proposition de notre d\u00e9marche dans cette Partie du r\u00e9cit, on trouvait d&rsquo;une part, en toile de fond terrible et pressante, un esprit eschatologique qui marque nombre des \u00e9pisodes parmi les plus intenses de la p\u00e9riode, avec le r\u00f4le et la place des religions dans cette p\u00e9riode ; d&rsquo;autre part apparaissait un effort lib\u00e9rateur, dans tous les cas qu&rsquo;il est juste de qualifier de cette fa\u00e7on sans endosser la suggestion vertueuse du qualificatif de lib\u00e9rateur, cet effort qui na\u00eet du premier ph\u00e9nom\u00e8ne, et d&rsquo;une fa\u00e7on antagoniste de lui, pour s&rsquo;en proclamer \u00e0 la fois le quitte et le liquidateur. A ce moment, effectivement, pouvait s&rsquo;ouvrir le si\u00e8cle du persiflage, dit des Lumi\u00e8res. Ces diff\u00e9rentes consid\u00e9rations initiales sont demeur\u00e9es dans notre r\u00e9cit, on le verra, mais bient\u00f4t renforc\u00e9es, explicit\u00e9es, confort\u00e9es \u00e9norm\u00e9ment, par des \u00e9l\u00e9ments chronologiques et m\u00e9tahistoriques qui \u00e9largissent consid\u00e9rablement le th\u00e8me en lui donnant une dimension sup\u00e9rieure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit alors d&rsquo;un sujet consid\u00e9rable. Il va habiller notre th\u00e8se des atours de la dimension religieuse fondamentale, avec ce que nous jugeons \u00eatre la participation fautive de cette dimension religieuse \u00e0 l&rsquo;accident terrible et catastrophique du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re. C&rsquo;est la seconde proposition dans cette Partie, qui appara\u00eetra chronologiquement premi\u00e8re, parce que sa vastitude embrasse le reste. Avec le cas de la description bien comprise de cette \u00e9volution de la passerelle eschatologique, nous exposerons, dans un cadre bien plus large, ce qui nous para\u00eet \u00eatre la course d\u00e9crite comme <strong>temporelle<\/strong> du Christianisme, par le fait d&rsquo;une dynamique terrestre d&rsquo;inspiration originellement principielle mais o\u00f9 cette inspiration tendrait \u00e0 prendre ses distances. Nous y d\u00e9crirons notre vision du ph\u00e9nom\u00e8ne encha\u00een\u00e9 sur quatre \u00e0 cinq si\u00e8cles, de la fin du Temps des cath\u00e9drales apr\u00e8s le rappel n\u00e9cessaire depuis Julien l&rsquo;Apostat au IV\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;aube du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res qui pointe au terme du Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;intol\u00e9rance. Cette vision se caract\u00e9rise respectivement par l&rsquo;apog\u00e9e de la sublimit\u00e9 terrestre du Christianisme o\u00f9 celui-ci semble pouvoir unir la Terre au Ciel ; par sa crise fondamentale o\u00f9 le Christianisme semble se d\u00e9couvrir une seconde nature qui se r\u00e9v\u00e8lerait comme sa vraie nature au milieu de ce qui pourrait appara\u00eetre comme sa d\u00e9viation fondamentale, mais qu&rsquo;il n&rsquo;accomplit pas, qui ne parvient pas \u00e0 s&rsquo;imposer comme vraie nature si c&rsquo;est le cas ; enfin, par l&rsquo;entame irr\u00e9sistible de sa Chute. Dans cette chronologie et hors du seul d\u00e9compte objectif, notre appr\u00e9ciation est que, dans ces divers entretemps, le Christianisme fut investi par le Mal, le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re venu plus tard n&rsquo;\u00e9tant \u00e0 cet \u00e9gard, pour lui (le Christianisme), que la confirmation et le d\u00e9veloppement d\u00e9cisif de cette affreuse occurrence (l&rsquo;investissement par le Mal) Ainsi, au-dessus de cette passerelle eschatologique qui fournit l&rsquo;argument de cette digression fondamentale se dessine l&rsquo;immense architecture du Christianisme, dans laquelle nous ne pouvons une seconde manquer d&rsquo;inscrire l&rsquo;ensemble de notre propos. Pour bien embrasser le ph\u00e9nom\u00e8ne, il importe d&rsquo;investiguer aux origines de l&rsquo;incursion terrestre du Christianisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa fulgurance de ce que nous percevons comme l&rsquo;accident pr\u00e9cipitant le Christianisme de la sublimit\u00e9 \u00e0 la catastrophe, effleur\u00e9 ci-dessus, est imm\u00e9diatement abord\u00e9e, \u00e0 son origine m\u00eame. Ce cas sublime et tragique de l&rsquo;architecture du Christianisme forme l&rsquo;arri\u00e8re-plan \u00e9crasant et la structure fondamentale de notre propos transitionnel, de cette passerelle eschatologique ; et l&rsquo;on d\u00e9couvre que, sans cet arri\u00e8re plan et cette structure fondamentale, la passerelle eschatologique n&rsquo;est pas compl\u00e8tement compr\u00e9hensible, et, \u00e9galement, d&rsquo;une fa\u00e7on certaine finalement, le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re pas davantage. Notre approche de l&rsquo;histoire du Christianisme, qui s&rsquo;appuie sur une intuition durable de cet accident catastrophique, d\u00e9veloppe avec l&rsquo;instrument de la raison ainsi \u00e9clair\u00e9 une interpr\u00e9tation du d\u00e9roulement historique de la p\u00e9riode ; cette p\u00e9riode restant effectivement historique mais son interpr\u00e9tation s&rsquo;inscrivant dans la m\u00e9tahistoire. La raison mesure l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment historique tandis que l&rsquo;intuition lui apporte la lumi\u00e8re de la m\u00e9tahistoire. L&rsquo;observateur est neutre, volontairement mais sans s&rsquo;y contraindre ; il regarde le ph\u00e9nom\u00e8ne du Christianisme, \u00e0 la fois comme ce ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9tend lui-m\u00eame qu&rsquo;il est, \u00e0 la fois comme ce ph\u00e9nom\u00e8ne appara\u00eet dans la s\u00e9quence historique consid\u00e9r\u00e9e. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette intuition durable est sommaire dans le sens de la simplicit\u00e9 de la chose puissante, comme l&rsquo;est toute intuition haute qui offre son essence dans l&rsquo;inspiration qu&rsquo;elle dispense, que notre esprit a la tache sublime de faire fructifier gr\u00e2ce \u00e0 sa propre raison. Avec ce cas, le d\u00e9veloppement devient n\u00e9cessaire, pour mieux s&rsquo;expliquer du socle de la r\u00e9flexion, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on prendra l&rsquo;\u00e9lan qui importe pour d\u00e9velopper notre th\u00e8me. Il s&rsquo;agit, dans notre chef, de suivre l&rsquo;action historique et temporelle du Christianisme, hors des consid\u00e9rations qu&rsquo;on peut faire sur ses origines, sur son essence, sur ces divers caract\u00e8res qui sont pr\u00e9sent\u00e9s comme ayant tant d&rsquo;intimit\u00e9 avec l&rsquo;unicit\u00e9 cr\u00e9atrice du monde ; hors de la structure cosmique et rh\u00e9torique que forme le produit des penseurs, m\u00e9taphysiciens et th\u00e9ologiens du Christianisme, dont la puissance ne peut \u00eatre d\u00e9ni\u00e9e, qui ne peut \u00eatre que respect\u00e9e, admir\u00e9e et f\u00eat\u00e9e<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes alors conduits, pour pr\u00e9ciser d\u00e9cisivement notre m\u00e9thodologie, \u00e0 observer que rien ne peut \u00eatre tenu pour assur\u00e9 en aucune fa\u00e7on dans le niveau qualitatif, y compris jusqu&rsquo;au plus haut possible de ce qui nous est accessible dans notre <em>kosmos<\/em> (au sens que lui donnaient les Grecs d&rsquo;univers clos en soi, d&rsquo;entit\u00e9). Un sage, un initi\u00e9, un \u00eatre qui a rencontr\u00e9 la Lumi\u00e8re, une religion manifestement investie de l&rsquo;onction divine en ceci qu&rsquo;elle est ineffable comme le Roi qu&rsquo;elle couronne comme Roi du monde, tout cela dans toutes les manifestations possibles et qui fait pourtant partie de nous (de notre <em>kosmos<\/em>), ne peut \u00eatre assur\u00e9, \u00e0 tout instant, dans chaque mot et dans chaque pens\u00e9e, de la lumi\u00e8re qui l&rsquo;\u00e9claire en g\u00e9n\u00e9ral &#8230; La gr\u00e2ce peut vous toucher et vous distinguer \u00e0 jamais mais elle ne fait pas de vous et \u00e0 jamais un \u00eatre unique et compl\u00e8tement pacifi\u00e9, entr\u00e9 dans le domaine de l&rsquo;Ineffable. Rien de terrestre n&rsquo;est acquis hors de l&rsquo;incertitude terrestre, m\u00eame si, partout, r\u00e8gne l&rsquo;essence divine, et justement parce que cette essence divine entend que le domaine terrestre respecte ses propres caract\u00e8res \u00e0 lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a, dans une proclamation d&rsquo;infaillibilit\u00e9 comme celle qu&rsquo;affirme implicitement et explicitement l&rsquo;\u00c9glise, une immense inqui\u00e9tude dissimul\u00e9e dans la n\u00e9cessit\u00e9 o\u00f9 elle se <strong>devine<\/strong> de se proclamer telle, comme si la proclamation elle-m\u00eame constituait une sorte de d\u00e9fense pr\u00e9ventive, presque comme un acte de dissuasion comme l&rsquo;on dit en termes strat\u00e9giques, contre le soup\u00e7on de faillibilit\u00e9 L&rsquo;Ineffable qui est Un n&rsquo;a nul besoin de se proclamer unique, parce qu&rsquo;il est en soi l&rsquo;unit\u00e9. Cette contraction sur le Un de toute possibilit\u00e9 en la seule <strong>V\u00e9rit\u00e9<\/strong> possible ne peut nous \u00eatre donn\u00e9, ni \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise \u00e9galement ; le Je ne peux \u00eatre qu&rsquo;infaillibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise contredit la dispense donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Un infaillible de proclamer son \u00e9tat, puisque cette proclamation impliquerait le doute par d\u00e9finition de situation. Dans notre univers, notre <em>kosmos<\/em>, nous devons constamment proclamer ce que nous sommes, simplement en <strong>\u00e9tant<\/strong> et pour continuer \u00e0 \u00eatre, et cette n\u00e9cessit\u00e9 rend compte de notre incertitude d&rsquo;\u00eatre, d&rsquo;une fa\u00e7on continue, assur\u00e9e et, somme toute, infaillible. Ce n&rsquo;est pas un travers ni une faiblesse, ni un soup\u00e7on de ma part, encore moins une critique, ni une trag\u00e9die pour l&rsquo;\u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral, mais une simple \u00e9vidence du domaine terrestre. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 en craindre de catastrophique, d\u00e8s lors que l&rsquo;on sait, et que l&rsquo;on acquiesce \u00e0 ce savoir et \u00e0 la limite qu&rsquo;il implique, \u00e0 la fois de sa propre hauteur et de l&rsquo;incertitude de cette hauteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ressort, par cons\u00e9quent, que m\u00eame le plus proche de l&rsquo;ineffable parmi les plus \u00e9clair\u00e9s dans notre kosmos reste susceptible d&rsquo;une infaillibilit\u00e9 devenue faillible en un instant ou l&rsquo;autre, en un \u00e9clair de temps qui brouille paradoxalement la lumi\u00e8re qui l&rsquo;a distingu\u00e9, et m\u00eame dans un instant qui n&rsquo;a m\u00eame pas la dur\u00e9e d&rsquo;un \u00e9clair mais en conserve l&rsquo;intensit\u00e9 aveuglante. Il en reste pour l&rsquo;imm\u00e9diat et pour notre propos que, d\u00e8s lors que le Christianisme est consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un point de vue terrestre et d\u00e8s lors qu&rsquo;il est une part int\u00e9grante de notre <em>kosmos<\/em>, il est soumis aux contraintes et contingences terrestres. Il n&rsquo;a aucun droit de se retirer sous la tente richement orn\u00e9e de son ascendance principielle, dont nul par ailleurs ne doit se permettre de douter un instant. Cela s&rsquo;entend, pour notre propos, comme la d\u00e9claration de principe que nous entendons juger du Christianisme, dans ce cas et sans jamais perdre de vue la hauteur et la puissance de son essence, comme d&rsquo;une chose de notre <em>kosmos<\/em>, comme d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement terrestre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAussit\u00f4t, il nous faut compl\u00e9ter ce qui pr\u00e9c\u00e8de par un autre d\u00e9veloppement que nous jugeons <strong>essentiel<\/strong>, qui fonde un point d&rsquo;une extr\u00eame importance de notre m\u00e9thodologie,  l\u00e0 o\u00f9 la m\u00e9thodologie, lorsqu&rsquo;elle est d\u00e9velopp\u00e9e dans son fondement, devient m\u00e9taphysique pure&#8230; (Mais nous nous en tenons pour l&rsquo;instant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9finition de la m\u00e9thodologie.) L&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 sans nous y attarder le sujet de ce d\u00e9veloppement, dans la Partie pr\u00e9c\u00e9dente, lorsqu&rsquo;il fut question d&rsquo;Agrippa ; l&rsquo;on rappelle ce passage assez long qui met la question impliqu\u00e9e dans ses vraies dimensions,  cela, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 certains tourments d&rsquo;Agrippa sur la fin de sa vie lui-m\u00eame, apr\u00e8s avoir suivi plusieurs voies pour l&rsquo;esprit<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab  <em>Mais nous sommes<\/em> [nous, gens du XXI\u00e8me si\u00e8cle], <em>comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, dans une terrible situation par rapport \u00e0 celle du XVI\u00e8me si\u00e8cle (Agrippa), m\u00eame si l&rsquo;une et l&rsquo;autre ont tant de similitudes. La diff\u00e9rence est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;esprit, d&rsquo;une telle \u00e9vidence qu&rsquo;elle est rarement not\u00e9e. Nous sommes dans cette situation o\u00f9 nous ne pouvons m\u00eame pas renouveler dans un d\u00e9bat avec nous-m\u00eames les doutes et les incertitudes qu&rsquo;Agrippa agite pour lui-m\u00eame, pour repr\u00e9senter le malaise de son temps. Son biographe Nauert observe, \u00e0 son propos, \u00e0 propos de la fin de son odyss\u00e9e intellectuelle et tragique : Plus de vingt ans plus tard, en \u00e9crivant une d\u00e9dicace pour le Livre Trois de De occulta philosophia&rsquo;, Agrippa r\u00e9affirma que l&rsquo;esprit ne saurait accomplir son ascension vers Dieu, l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, s&rsquo;il se fie \u00e0 des choses uniquement terrestres plut\u00f4t qu&rsquo;aux choses divines. Cela, cette d\u00e9cision ultime de l&rsquo;ascension vers l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, ne nous est plus permis ni possible, dans le d\u00e9bat intellectuel et spirituel entre esprits ind\u00e9pendants des chapelles, en ce d\u00e9but de XXI\u00e8me si\u00e8cle. Pour acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;ultime v\u00e9rit\u00e9, dit Agrippa, il faut s&rsquo;appuyer sur des choses divines parce que les choses terrestres n&rsquo;y suffisent pas ; comment pourrions-nous faire, si nous voulions suivre cette exhortation quant \u00e0 nous, dans un univers o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que les choses divines n&rsquo;existent pas, leurs r\u00e9f\u00e9rences et leurs symboles class\u00e9s sans cr\u00e9dit ni consid\u00e9ration, objets de plaisanteries m\u00e9prisantes, rel\u00e9gu\u00e9s au sombre magasin des accessoires de la superstition.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans notre ouvrage, et de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 mesure que nous progressons, et tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment bien s\u00fbr avec ce travail sur le Christianisme, nous tentons ceci dans la substance et la forme m\u00eame de l&rsquo;esprit : accepter, et m\u00eame r\u00e9clamer pour nourrir la puissance de ce travail la conception g\u00e9n\u00e9rale m\u00eame, la conception cosmique qui baignerait toute une pens\u00e9e de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment divin comme une \u00e9vidence de la v\u00e9rit\u00e9 du monde. Il s&rsquo;agit de penser comme lorsqu&rsquo;on pensait effectivement de cette fa\u00e7on. (Pour suivre la r\u00e9f\u00e9rence et aller jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, sans restriction parce qu&rsquo;on ne restreint pas cette sorte de d\u00e9marche : il s&rsquo;agit de penser le XXI\u00e8me si\u00e8cle, au XXI\u00e8me si\u00e8cle, avec l&rsquo;esprit complet d&rsquo;un Agrippa du XVI\u00e8me si\u00e8cle, ou d&rsquo;un Plotin, ou d&rsquo;un Platon, certes, avec les choses divines <strong>baignant<\/strong> cet esprit.) Dans le cas qui nous occupe pr\u00e9sentement, il s&rsquo;agit de penser le Christianisme <strong>comme si<\/strong> la divine origine de ce ph\u00e9nom\u00e8ne constituait une v\u00e9rit\u00e9 acquise et admise sans \u00e9nervement de l&rsquo;esprit, pour notre fa\u00e7on de penser, pour mieux embrasser ce qu&rsquo;il nous importe de d\u00e9crire. Si cette latitude ne nous est pas <strong>imp\u00e9rativement<\/strong> accord\u00e9e, \u00e0 quoi sert de juger ? Comment juger avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 c\u00e9leste qui convient, avec aux pieds les boulets que nous nous sommes attach\u00e9s ? Comment prendre son envol ? A cause d&rsquo;une telle restriction, l&rsquo;esprit de la chose, le langage m\u00eame, interdisent un jugement \u00e9quitable en rendant par avance le verdict Il nous semble, enfin, que nous n&rsquo;avons, somme toute, aucune raison de moins pr\u00e9senter cela comme une \u00e9vidence, que le contraire ; en d&rsquo;autres termes, il nous para\u00eet moins \u00e9vident et imp\u00e9ratif de faire ce qu&rsquo;on nomme audacieusement quoique dans une langue courante et suspecte d&rsquo;approximation la preuve de l&rsquo;existence de Dieu, que de faire la preuve de la non-existence de Dieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(A ce point, il nous appara\u00eet n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper un avertissement important, dans ce passage sp\u00e9cifiquement et pour faciliter la perception de la signification de notre d\u00e9marche. Nous renouvelons en la pr\u00e9cisant l&rsquo;affirmation faite ci-dessus selon laquelle ce d\u00e9veloppement concerne essentiellement notre m\u00e9thodologie, mais une m\u00e9thodologie qui, d\u00e9velopp\u00e9e dans son fondement, deviendrait m\u00e9taphysique pure&#8230; Ajoutant : Mais nous nous en tenons pour l&rsquo;instant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9finition de la m\u00e9thodologie, nous laissons entendre (pour l&rsquo;instant) que nous reviendrons sur cette question en poussant effectivement cette m\u00e9thodologie dans son fondement. Nous d\u00e9veloppons cet avertissement \u00e0 peine sugg\u00e9r\u00e9 notamment \u00e0 propos des \u00e9l\u00e9ments de langage introduits dans le propos, tels que divine origine, existence de Dieu, plus loin th\u00e9isme et ath\u00e9isme, qui sont employ\u00e9s en conjonction avec la probl\u00e9matique du Christianisme telle que nous l&rsquo;envisageons, avec les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 notre temps et \u00e0 la mani\u00e8re dont il en est d\u00e9battu. Il ne s&rsquo;agit pour nous que de m\u00e9thodologie. Par contre, lorsque, plus loin, nous en viendrons au fondement qui est derri\u00e8re cette m\u00e9thodologie, nous amenderons pour notre compte certains concepts et \u00e9l\u00e9ments de langage utilis\u00e9s. Nous en serons alors \u00e0 une question <strong>primordiale<\/strong> pour nous, \u00e0 tous les titres possibles de la signification du qualificatif et au-del\u00e0 de la sp\u00e9cificit\u00e9 du sujet du Christianisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans nous d\u00e9voiler nous-m\u00eames en aucune fa\u00e7on, dans un sens ou dans l&rsquo;autre, de notre croyance ou de notre absence ou refus de croyance, pour aller d&rsquo;un extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;autre, nous voulons avancer ceci d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement objective : sans \u00eatre religieux (Chr\u00e9tien) de quelque fa\u00e7on que ce soit, ni pratiquant d&rsquo;une foi religieuse, ni ardent illumin\u00e9 ou m\u00eame raisonnable croyant de cette m\u00e9thode de la foi, sans m\u00eame rien de tout cela, nous voulons qu&rsquo;on puisse penser, <strong>presqu&rsquo;avec l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;esprit d&rsquo;un ath\u00e9e s&rsquo;il le faut<\/strong> et pour nous faire bien entendre jusqu&rsquo;aux plus sourds \u00e0 cet \u00e9gard, avec comme centralit\u00e9 du dispositif l&rsquo;id\u00e9e si puissante, si enrichissante, de l&rsquo;existence de l&rsquo;Unique, du Principe \u00e9ternel, de l&rsquo;Ineffable,  ou bien celle de l&rsquo;existence de Dieu, si vous voulez, pour faire bref selon le langage convenu Nous pr\u00e9f\u00e9rons cette voie royale de l&rsquo;intelligence et de l&rsquo;intuition haute \u00e0 la fausse libert\u00e9 et au soup\u00e7on policier impliqu\u00e9s par la surveillance vigilante de la sauvegarde de l&rsquo;hypoth\u00e8se de Sa non-existence. Nous croyons que l&rsquo;esprit s&rsquo;en porte bien mieux, qu&rsquo;il hume haut, qu&rsquo;il ne craint pas les cimes, qu&rsquo;il n&rsquo;a nul besoin de se contempler dans un miroir pour s&rsquo;\u00e9talonner et mesurer sa propre gloire, et continuellement arguer de sa propre grandeur acquise sans l&rsquo;aide de quiconque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, apr\u00e8s toutes ces consid\u00e9rations de conviction, il nous appara\u00eet qu&rsquo;il y a dans tous les cas, dans la voie que nous proposons, la nature m\u00eame ; nous voulons dire que la nature m\u00eame de la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine, par le fait de son imperfection \u00e9vidente, fait que l&rsquo;esprit, pour chercher, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et suppose l&rsquo;existence d&rsquo;une puissance sup\u00e9rieure ; choisir comme m\u00e9thodologie de la pens\u00e9e l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence de cette puissance sup\u00e9rieure (de notre point de vue humain) est la nature m\u00eame. Cela signifie que nous refusons de consid\u00e9rer le th\u00e9isme et l&rsquo;ath\u00e9isme,  selon les termes employ\u00e9s dans cette sorte de d\u00e9bat,  comme des doctrines, des id\u00e9ologies, etc.,  des choix, des engagements, etc. Nous tenons ces deux attitudes intellectuelles <strong>d&rsquo;abord<\/strong>, et exclusivement \u00e0 moins de l&rsquo;indication expresse qu&rsquo;elles sont consid\u00e9r\u00e9es et \u00e9tudi\u00e9es pour leurs contenus, comme des cadres de la pens\u00e9e, des r\u00e9f\u00e9rences essentielles et, pourrait-on dire, principielles, envisag\u00e9e avec une sorte de neutralit\u00e9. Dans ce cas, il va de soi que le cadre infini du th\u00e9isme est un territoire infiniment f\u00e9cond, la libert\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;esprit, avec l&rsquo;absence de ces bornes et de ces contraintes que l&rsquo;on trouve n\u00e9cessairement dans le cadre de l&rsquo;ath\u00e9isme, qui vous obligent \u00e0 une r\u00e9v\u00e9rence sans fin devant l&rsquo;imparfait humain, avec les contorsions sans fin pour se convaincre qu&rsquo;un de ces jours, un de ces lendemains qui chantent, sa perfection jaillira enfin Vous choisissez le cadre r\u00e9f\u00e9rentiel de votre r\u00e9flexion, th\u00e9iste avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un monde qui est cr\u00e9ation divine, d&rsquo;une puissance sup\u00e9rieure et d&rsquo;une Unit\u00e9 fondamentale, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ath\u00e9isme \u00e0 l&rsquo;inverse. Cela doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s objective ; cela pourrait aller jusqu&rsquo;\u00e0 une sorte de sophisme d&rsquo;apparence absurde mais qui devrait pouvoir \u00eatre soutenu : s&rsquo;affirmer non-croyant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cadre de r\u00e9flexion qu&rsquo;on a choisi th\u00e9iste. Si l&rsquo;on se place de ce point de vue compl\u00e8tement objectif, hors de toute opinion, croyance ou non-croyance, le cadre th\u00e9iste appara\u00eet alors pr\u00e9f\u00e9rable pour sa plus grande richesse, indubitablement selon mon appr\u00e9ciation que je d\u00e9pouille \u00e0 cet instant de toute intuition pour n&rsquo;en garder que la raison. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;usage de cette m\u00e9thodologie appara\u00eet \u00e9vident dans ce passage o\u00f9 nous tentons de donner une approche nouvelle de l&rsquo;histoire, du r\u00f4le, de la gloire et de la chute du Christianisme. Le ph\u00e9nom\u00e8ne terrestre et temporel nous importe essentiellement, mais il nous importe tout aussi essentiellement de l&rsquo;envisager avec son incontestable accointance divine, sa dimension ineffable qui font aussi partie de <strong>son histoire<\/strong> ; cela implique sans n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9monstration ni embarras de l&rsquo;esprit, \u00e0 aucun moment, que la divinit\u00e9 du monde habite tout notre propos comme tronc central et inspiration in\u00e9galable et infinie de notre pens\u00e9e. C&rsquo;est le principe m\u00eame de notre m\u00e9thodologie ; cela ne doit pas \u00e9mouvoir plus qu&rsquo;il ne faut, ni trop susciter d&#8217;emportement, \u00e9ventuellement d&rsquo;indignation ; cela est et cela suffit. Il n&rsquo;est pas assur\u00e9 que je sois pour autant un barbare sacril\u00e8ge ni un esprit p\u00eacheur par \u00e9vidence de l&rsquo;attentat contre le tabou principal que notre pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e dresse sur la voie de la m\u00e9ditation ; je fais m\u00eame la chose (le sacril\u00e8ge, le p\u00e9ch\u00e9) avec un naturel d\u00e9concertant. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">13 <\/span> Avec une certaine perception empathique de la vie et des ambitions de l&rsquo;Empereur Julien l&rsquo;Apostat (de 361 \u00e0 363 pour son r\u00e8gne incontest\u00e9, lorsqu&rsquo;il passa de la fonction du C\u00e9sar \u00e0 celle, supr\u00eame, de l&rsquo;Auguste), et l&rsquo;argument de ce que je per\u00e7ois de l&rsquo;action des chr\u00e9tiens vis-\u00e0-vis de lui, j&rsquo;ai appris, sans jamais voir ce sentiment faillir, se ternir ou s&rsquo;user, \u00e0 cultiver un fort jugement d&rsquo;une attitude chr\u00e9tienne sp\u00e9cifique et d&rsquo;une importance significative. Cela vaut pour le Christianisme dans la forme originelle de son action, lorsqu&rsquo;il se pr\u00e9sente comme opprim\u00e9 autant qu&rsquo;arm\u00e9 de sa saintet\u00e9, avec une telle certitude martel\u00e9e que cette affirmation aussi certaine finit par peser sur vous comme le ferait une sorte d&rsquo;il \u00e9tait dans la tombe et regardait Ca\u00efn, sans jamais cligner, assur\u00e9 de sa vertu et oppresseur \u00e0 mesure. Devrais-je pr\u00e9ciser que je ressens, au travers d&rsquo;une perception presque <strong>physique<\/strong>, pourtant comme dans une vision transhistorique ou m\u00e9tahistorique, comme une sorte d&rsquo;agitation p\u00e9remptoire quoique dissimul\u00e9e, anim\u00e9e d&rsquo;affirmations feutr\u00e9es et cat\u00e9goriques, r\u00e9pandues et proclam\u00e9es au long d&rsquo;installation en r\u00e9seaux, en structures, tout cela appuy\u00e9 sur une sorte de certitude supr\u00eame et incompressible de repr\u00e9senter la vertu et la justesse divines, et cette entreprise g\u00e9n\u00e9rale comme le feraient en v\u00e9rit\u00e9 des termites arm\u00e9es, ou se croyant telles, de l&rsquo;onction divine ? Devrais-je pr\u00e9ciser encore que je per\u00e7ois alors le Christianisme comme une irr\u00e9sistible puissance dissolvante de l&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime de la structure qui l&rsquo;accueille ? Le destin de cet Auguste, pour lequel on \u00e9prouve ais\u00e9ment une irr\u00e9sistible inclination, substantiv\u00e9e au long des lignes des meilleurs de ses biographes selon mon go\u00fbt (<em>Julien<\/em>, de Gore Vidal, <em>Julien, dit l&rsquo;Apostat<\/em>, de Lucien Jerphagnon), ce destin est celui d&rsquo;un Julien habit\u00e9 d&rsquo;une id\u00e9e immense, d&rsquo;une ambition \u00e0 mesure, d&rsquo;une volont\u00e9 tr\u00e8s grande, d&rsquo;une r\u00e9elle force de caract\u00e8re et aussi d&rsquo;une certaine ing\u00e9nuit\u00e9 ; mais, devant les Chr\u00e9tiens, que faire ? Julien appara\u00eet comme d\u00e9sarm\u00e9 face \u00e0 leur conscience mall\u00e9able et orientable selon le feu de la passion cach\u00e9e sous la conviction durcie de l&rsquo;intol\u00e9rance, qui nimbe de la vertu des \u00e2mes tremp\u00e9es dans la puissance de la communication,  je veux dire, de la communication de soi-m\u00eame, comme habit\u00e9 irr\u00e9sistiblement de la vertu et se pr\u00e9sentant comme tel Face \u00e0 cela, Julien n&rsquo;a aucune chance, pas une seule !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans sa <em>Nouvelle histoire romaine<\/em> (Hachette, 1936), l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero donne une description du Christianisme dans le fait sp\u00e9cifique de son action, \u00e0 la fois dans le cur et dans la substance de Rome, \u00e0 la fois contre Rome, dans le sens de la transmutation de l&rsquo;essence de Rome (disons, de l&rsquo;essence de l&rsquo;Empire),  et cette transmutation dans le sens de l&rsquo;\u00e9clairage de mon propos. \u00ab <em>Pendant ces cinquante ans<\/em> [250-300 apr\u00e8s J.C.], [le Christianisme] <em>se r\u00e9pandit partout, il p\u00e9n\u00e9tra dans les arm\u00e9es, au S\u00e9nat, dans toutes les classes sociales ; il conquit les pauvres et les riches, les ignorants et les lettr\u00e9s ; il constitua une hi\u00e9rarchie, simple mais solide, fond\u00e9e sur des principes rigoureusement autoritaires<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb  <em>La civilisation en Gr\u00e8ce et \u00e0 Rome avait \u00e9t\u00e9 aristocratique et politique ; elle avait essay\u00e9 de cr\u00e9er l&rsquo;\u00c9tat parfait, splendide, juste, cultiv\u00e9, qui devait \u00eatre l&rsquo;organe des plus hautes vertus de l&rsquo;esprit humain. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 morale des hommes \u00e9tait le principe sur lequel reposait le monde antique. Le Christianisme, en affirmant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 morale des hommes, d\u00e9truisait \u00e0 la racine toutes les formes aristocratiques de la soci\u00e9t\u00e9 et du gouvernement. En mettant le but de la vie dans un id\u00e9al de perfection personnelle, religieuse et morale, il d\u00e9clarait d\u00e9pourvues de toute importance la perfection et la puissance de l&rsquo;\u00c9tat, dans lesquelles les anciens avaient vu le plus grand des biens<\/em>&#8230; \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa formule de la dissolution par l&rsquo;abstention suscit\u00e9e par cette dynamique fut impitoyable : le Christianisme tenait toute la soci\u00e9t\u00e9, toute la hi\u00e9rarchie sous l&#8217;empire fascinatoire de son projet. Pourtant il ordonnait par suggestion psalmodi\u00e9e que l&rsquo;on ne fit rien qui f\u00fbt de la moindre compromission, dans le sens du partage de cette sorte de responsabilit\u00e9s, qui r\u00e9habilit\u00e2t l&rsquo;Empire menac\u00e9 de sa chute finale ; rien de fondamental ne fut accompli par les chr\u00e9tiens, fussent-ils des Romains de haute lign\u00e9e, qui e\u00fbt pu les compromettre avec les structures de l&rsquo;Empire au sein duquel ils pr\u00e9tendaient s&rsquo;int\u00e9grer. Si l&rsquo;on additionne le tout, on observe que cette action, ou plut\u00f4t cette inaction participative, revenait \u00e0 asphyxier l&rsquo;Empire, \u00e0 le dess\u00e9cher, \u00e0 le r\u00e9duire comme ces Indiens de l&rsquo;Amazonie font de la t\u00eate de leur adversaires \u00ab <MI>En effet, la nouvelle religion \u00e9tait pour l&#8217;empire une force<D< <strong><em>dissolvante<\/em><\/strong><em>, car elle pr\u00eachait que le chr\u00e9tien doit fuir les charges publiques, les honneurs, les fonctions qui mettaient sa foi en danger. Le Christianisme d\u00e9truisait l&#8217;empire par l&rsquo;<\/em><strong><em>abstention<\/em><\/strong> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est dire que lorsque Julien arriva aux plus hautes fonctions, devenu d&rsquo;abord C\u00e9sar en 359, puis Auguste, en 361, pour un r\u00e8gne plein de trois ann\u00e9es, il n&rsquo;avait aucune chance. Il trouva dans l&#8217;empire dont il h\u00e9ritait, qu&rsquo;il r\u00eavait de r\u00e9tablir dans toute sa gloire intellectuelle et spirituelle, dans toutes ses vertus du Temps des Anciens, une soci\u00e9t\u00e9 et des structures qui se montr\u00e8rent impitoyablement hostiles \u00e0 son dessein. M\u00eame ceux dont ils jugeaient qu&rsquo;ils seraient naturellement ses soutiens les plus ardents, les adeptes de la foi des Anciens qui avait \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par le Christianisme, ceux-l\u00e0 m\u00eame h\u00e9sit\u00e8rent tant \u00e0 s&rsquo;engager, pr\u00e9f\u00e9rant conserver les positions acquises dans les structures passivement christianis\u00e9es de l&#8217;empire, qu&rsquo;on peut diagnostiquer qu&rsquo;ils \u00e9taient irr\u00e9m\u00e9diablement gagn\u00e9s, eux-m\u00eames, par le poison chr\u00e9tien de l&rsquo;<strong>abstention<\/strong> \u00e0 l&rsquo;encontre de tout ce qui n&rsquo;est pas chr\u00e9tien. L&rsquo;acte du chr\u00e9tien par rapport \u00e0 l&rsquo;Empire \u00e9tait devenu que rien ne pouvait se faire sans lui mais qu&rsquo;il ne ferait rien en v\u00e9rit\u00e9 qui vint de lui pour l&rsquo;Empire sous cette forme qui n&rsquo;\u00e9tait pas absolument chr\u00e9tienne. Il y avait dans ces \u00e2mes fortes et pures des chr\u00e9tiens une sorte d&rsquo;intransigeance qui les inclinait \u00e0 consid\u00e9rer toute implication dans l&rsquo;action politique comme une compromission irr\u00e9versible, une salissure irr\u00e9m\u00e9diable de leurs \u00e2mes ; ainsi, par le jeu des positions relatives des uns et des autres, par les effets indirects obtenus, et d&rsquo;ailleurs sans calcul vicieux \u00e0 cet \u00e9gard mais par simple nature de la chose, suscite-t-on une de ces ma\u00eetresses politiques qui l&#8217;emportent. Ce fut le cas des chr\u00e9tiens, sans coup f\u00e9rir, et ainsi entr\u00e9s dans le royaume terrestre de Dieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de cela, il existe un tr\u00e8s fort courant pour affirmer qu&rsquo;en un sens, et souvent le sens le plus puissant qu&rsquo;on imagine, le Christianisme a sauv\u00e9 l&rsquo;Empire. Le sens le plus puissant, c&rsquo;est sans aucun doute celui qu&rsquo;exprime le m\u00e9taphysicien Ren\u00e9 Gu\u00e9non. Voici son interpr\u00e9tation de la sauvegarde providentielle que fut l&rsquo;intervention du Christianisme ; on s&rsquo;attachera, dans cet extrait, \u00e0 s\u00e9parer ce qui se r\u00e9f\u00e8re au grand cycle g\u00e9n\u00e9ral de notre civilisation, de ce qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;action sp\u00e9cifique du Christianisme vis-\u00e0-vis de l&#8217;empire romain ; car nous pr\u00e9tendons que l&rsquo;on peut bien \u00eatre d&rsquo;accord avec ceci (le grand cycle g\u00e9n\u00e9ral) et en d\u00e9saccord avec cela (le caract\u00e8re de redressement de l&rsquo;intervention providentielle du Christianisme). On s&rsquo;attache au second de ces deux aspects, qui implique \u00e9videmment le caract\u00e8re historique, d&rsquo;origine m\u00e9tahistorique, de l&rsquo;intervention du Christianisme,  car c&rsquo;est \u00e9videmment le domaine qui nous int\u00e9resse essentiellement dans ce passage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Si l&rsquo;on consid\u00e8re quel \u00e9tait, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dont il s&rsquo;agit, l&rsquo;\u00e9tat du monde occidental, c&rsquo;est \u00e0 dire de l&rsquo;ensemble des pays qui \u00e9taient alors compris dans l&#8217;empire romain, on peut facilement se rendre compte que, si le Christianisme n&rsquo;\u00e9tait pas descendu dans le domaine exot\u00e9rique, ce monde, dans son ensemble, aurait \u00e9t\u00e9 bient\u00f4t d\u00e9pourvu de toute tradition, celles qui y existaient jusque-l\u00e0, et notamment la tradition gr\u00e9co-romaine qui y \u00e9tait naturellement devenue pr\u00e9dominante, \u00e9tant arriv\u00e9es \u00e0 une extr\u00eame d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence qui indiquait que leur cycle d&rsquo;existence \u00e9tait sur le point de se terminer. Cette descente, insistons-y encore, n&rsquo;\u00e9tait donc nullement un accident ou une d\u00e9viation, et on doit au contraire la regarder comme ayant eu un caract\u00e8re v\u00e9ritablement providentiel, puisqu&rsquo;elle \u00e9vita \u00e0 l&rsquo;Occident de tomber d\u00e8s cette \u00e9poque dans cet \u00e9tat qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 en somme comparable \u00e0 celui o\u00f9 il se trouve actuellement. Le moment o\u00f9 devait se produire une perte g\u00e9n\u00e9rale de la tradition comme celle qui caract\u00e9rise proprement les temps modernes n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs pas encore venu ; il fallait donc qu&rsquo;il y e\u00fbt un redressement, et le Christianisme seul pouvait l&rsquo;op\u00e9rer, mais \u00e0 la condition de renoncer au caract\u00e8re \u00e9sot\u00e9rique et r\u00e9serv\u00e9 qu&rsquo;il avait tout d&rsquo;abord ; et ainsi le redressement n&rsquo;\u00e9tait pas seulement b\u00e9n\u00e9fique pour l&rsquo;humanit\u00e9 occidental, ce qui est trop \u00e9vident pour qu&rsquo;il y ait lieu d&rsquo;y insister, mais il \u00e9tait en m\u00eame temps, comme l&rsquo;est d&rsquo;ailleurs n\u00e9cessairement toute action providentielle intervenant dans le cours de l&rsquo;histoire, en parfait accord avec les lois cycliques elles-m\u00eames.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme nous l&rsquo;avons laiss\u00e9 entendre plus haut, nous laissons de c\u00f4t\u00e9 la question g\u00e9n\u00e9rale et cosmique du cycle et de ses lois que nous tenons pour notre part comme remarquablement coh\u00e9rents, pour ne nous attacher qu&rsquo;au caract\u00e8re historiquement providentiel de l&rsquo;intervention du Christianisme, appr\u00e9ci\u00e9e ici comme un redressement. Le point de vue est certes m\u00e9tahistorique, mais il intervient et s&rsquo;ancre dans une op\u00e9rationnalit\u00e9 historique qui est le cadre s\u00e9culier de l&rsquo;intervention du Christianisme, mais qui peut compter aussi comme effet de cette intervention. C&rsquo;est dans tous les cas de cette fa\u00e7on que nous l&rsquo;entendons, consid\u00e9rant l&rsquo;aspect m\u00e9tahistorique et l&rsquo;aspect historique comme li\u00e9s, de haut en bas, plus ou moins directement selon les \u00e9poques, sans que l&rsquo;on voit ce lien dans certaines \u00e9poques de continuit\u00e9, au contraire avec ce lien visible dans les \u00e9poques rompues, ou Moments de rupture. Dans cette portion de l&rsquo;Histoire qui nous importe, la description de Ferrero joue \u00e0 plein pour substantiver notre jugement sur le sens et les effets historiques de l&rsquo;intervention du Christianisme ; elle nous conduit \u00e0 nous interroger, par rapport \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de Gu\u00e9non : faut-il consid\u00e9rer le Christianisme comme le sauveur de l&rsquo;Occident en prenant in extremis le relais de l&rsquo;Empire en cours d&rsquo;effondrement, ou bien comme l&rsquo;usurpateur par rapport \u00e0 l&rsquo;Empire, qui acc\u00e9l\u00e9ra irr\u00e9sistiblement l&rsquo;effritement, la <strong>dissolution<\/strong> de l&rsquo;Empire, en offrant \u00e0 la place des vertus des Anciens ses propres vertus dont on a vu les caract\u00e8res effectivement acc\u00e9l\u00e9rateurs dans ce sens de la dissolution ? La question est aussi ouverte qu&rsquo;est d\u00e9battue, aujourd&rsquo;hui, la cause r\u00e9elle de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Empire de Rome ; et l&rsquo;on comprend que notre d\u00e9marche, dont nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 l&rsquo;orientation, nous pousse \u00e0 choisir le deuxi\u00e8me terme de l&rsquo;alternative offerte. L&rsquo;on comprend <strong>\u00e9galement<\/strong> que cette interpr\u00e9tation, elle non plus, ne contredit pas les grandes lois cycliques de la Tradition (cf. Gu\u00e9non) et que le cycle, lui, poursuit sa course jusqu&rsquo;\u00e0 nous ; et la question qui nous importe, et qui est trait\u00e9e selon notre approche, devenant alors : quelle place le Christianisme tient-il dans cette course ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;importe pour l&rsquo;heure, pour ce moment historique, et partageant en cela la peine surmont\u00e9e mais rest\u00e9e si profonde, la d\u00e9ception apais\u00e9e mais infinie de Julien, il n&rsquo;importe que d&rsquo;observer et de mesurer cette puissance dissolvante du Christianisme,  irr\u00e9sistible, incontr\u00f4lable, qui vous emporte et vous laisse, \u00e0 la fois ivre et comme sous son empire. Il n&rsquo;importe pour l&rsquo;heure que d&rsquo;observer ce qui <strong>doit<\/strong> appara\u00eetre \u00e0 nos yeux avertis d&rsquo;observateurs du XXI\u00e8me si\u00e8cle comme la <strong>puissance niveleuse (d\u00e9mocratique)<\/strong> du Christianisme, au travers de son \u00e9galitarisme fondamental et r\u00e9ducteur de l&rsquo;identit\u00e9,  de cette identit\u00e9 qui peut pourtant pr\u00e9tendre proc\u00e9der du Principe par sa vertu structurante,  de son universalit\u00e9 \u00e0 la fois au-del\u00e0 de tout horizon et compl\u00e8tement r\u00e9ductrice des identit\u00e9s elle aussi. Deux tiers de si\u00e8cle apr\u00e8s Ferrero, dans <em>La Barbarie int\u00e9rieure<\/em> de Jean-Fran\u00e7ois Mattei, on trouve exalt\u00e9e l&rsquo;arriv\u00e9e de Christianisme apr\u00e8s les \u00e9pisodes grec puis romain, et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation d\u00e9cisive du point de vue de la civilisation que cela implique selon cet auteur, remarquable connaisseur de Platon lui-m\u00eame ; il n&rsquo;y a plus d\u00e9sormais de diff\u00e9rences entre le Grec, ou le Romain, ou le Barbare : \u00ab <em>Il n&rsquo;y a plus de Juif ni de Grec, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;esclave ni d&rsquo;homme libre, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;homme ni de femme : car vous \u00eates tous en J\u00e9sus-Christ<\/em> \u00bb (Saint Paul) Et Mattei d&rsquo;expliquer : \u00ab <em>Alors que pour la tradition orphique grecque, encore pr\u00e9sente chez Platon, le corps n&rsquo;\u00e9tait que le tombeau de l&rsquo;\u00e2me,<\/em> [etc&#8230;] <em>le Christianisme enseigne que le corps lui-m\u00eame est un sanctuaire que chaque homme tient de Dieu, de telle sorte que l&rsquo;Esprit de Dieu habite r\u00e9ellement dans chaque corps.<\/em> \u00bb Voil\u00e0 une immense affirmation de la civilisation chr\u00e9tienne, en totale universalit\u00e9, en compl\u00e8te \u00e9l\u00e9vation \u00e9galitaire de ce qu&rsquo;il y a de divin en tout homme. Le philosophe et le moraliste (Mattei) poursuivent l&rsquo;historien (Ferrero) dans la m\u00eame analyse, m\u00eame s&rsquo;ils ne s&rsquo;en doutent pas le moins du monde, pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Gu\u00e9non, lui, constate la chose, sans satisfaction particuli\u00e8re, croyons-nous. (Comment, lui, avec ce qu&rsquo;on sait de ses sentiments \u00e9lev\u00e9s et de ses jugements superbement droits contre la chose, pourrait-il appr\u00e9cier cette orientation d\u00e9mocratique ?) L&rsquo;explication qu&rsquo;il en donne est, pour une plume de son habituelle et exceptionnelle pr\u00e9cision, inhabituellement vague et sans substance, sinon le jugement de cons\u00e9quences regrettables qu&rsquo;il porte, qui confirme son peu d&rsquo;app\u00e9tence pour le ph\u00e9nom\u00e8ne : \u00ab <em>Il a d\u00fb s&rsquo;agir l\u00e0 d&rsquo;une adaptation qui malgr\u00e9 les cons\u00e9quences regrettables qu&rsquo;elle eut forc\u00e9ment \u00e0 certains \u00e9gards, fut pleinement justifi\u00e9e et m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9e par les circonstances de temps et de lieu.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">14 <\/span> Ainsi est-il av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;on trouve, dans l&rsquo;activit\u00e9 op\u00e9rationnelle et historique du Christianisme, une prodigieuse capacit\u00e9 d&rsquo;agitation, de contestation, une puissance inimaginable pour d\u00e9structurer et dissoudre l&rsquo;adversaire, n\u00e9cessairement par l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;autre et comme avec sa complicit\u00e9. On ne peut ni ne doit vouloir, par loyaut\u00e9 pour ce propos, \u00e9carter une image du Christianisme, dans son activit\u00e9 terrestre, comme dynamique subversive par excellence, sinon par d\u00e9finition. (Il n&rsquo;y a pas n\u00e9cessairement de connotation id\u00e9ologique ni rien de ce genre, m\u00eame si la porte reste ouverte ; mais nous en restons \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation technique, ou psychologique.) A c\u00f4t\u00e9 de cela r\u00e8gne l&rsquo;incontestable et consid\u00e9rable, et absolument magnifique envol\u00e9e du Christianisme, comme une gloire sublime de la pens\u00e9e humaine,  \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela irradie la puissance spirituelle et intellectuelle du Christianisme, transcendant \u00e9videmment les occurrences terrestres pour livrer une conception du destin du monde renvoyant \u00e0 l&rsquo;inspiration la plus haute, qui vous fait accepter sans vraiment vous interroger \u00e0 ce propos le lien divin de la chose. Cela soul\u00e8ve une contradiction formidable, puisque les traits fort terrestres qu&rsquo;on a d&rsquo;abord d\u00e9taill\u00e9s sont ceux qui sont les plus oppos\u00e9s qu&rsquo;on puisse imaginer \u00e0 la Tradition, au Principe unique, alors que le Christianisme, dans toute sa gloire et dans toute sa hauteur de pens\u00e9e, comme on l&rsquo;a rappel\u00e9 ensuite, est n\u00e9cessairement porteur de sa part de la Tradition, et illustration du Principe. En attendant de la voir surgir, cette contradiction, dans toutes ses cons\u00e9quences catastrophiques, nous devons exposer une conviction \u00e0 propos du Christianisme triomphant,  ce Christianisme qui domine, ma\u00eetrise et emporte le monde, qui est le m\u00eame qui conna\u00eetra ensuite des interf\u00e9rences catastrophiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCar s&rsquo;il est une chose terrestre, autant que spirituelle d&rsquo;ailleurs, et dans cet ordre inhabituel, la spirituelle comme un compl\u00e9ment de la situation terrestre, s&rsquo;il est une chose qu&rsquo;on ne peut pas ne pas relever c&rsquo;est la situation de puissance d&rsquo;influence dominatrice du Christianisme, de ma\u00eetresse inspiratrice du monde alors que s&rsquo;effrite et s&rsquo;effondre l&#8217;empire de Rome. A ce moment, autour des V\u00e8me et VI\u00e8me si\u00e8cles, on peut comprendre que le Christianisme se r\u00e9solve \u00e0 abandonner compl\u00e8tement les derniers restes <strong>visibles, trop visibles<\/strong>, de sa dynamique contestatrice et presque r\u00e9volutionnaire pour s&rsquo;installer dans toute la majest\u00e9 de sa structure quasiment imp\u00e9riale, et encore plus d&rsquo;ailleurs, cette majest\u00e9 imp\u00e9riale qui annoncerait celle de l&#8217;empire du monde alors que nous parlons d&rsquo;un empire divin en v\u00e9rit\u00e9. Sa structure quasiment imp\u00e9riale au sens de l&rsquo;inspiration porte en elle toute la grandeur et la sublime beaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation spirituelle, faisant de cette ma\u00eetrise du monde, parce que sans conqu\u00eate, sans v\u00e9ritable impuret\u00e9 de l&rsquo;action terrestre, quelque chose d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 sans-pareille.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus il faut bien me comprendre, et que je m&rsquo;explique pour cela une fois de trop plut\u00f4t qu&rsquo;une fois trop peu. Si je parle du Christianisme comme ma\u00eetre du monde, sans trop m&#8217;embarrasser des r\u00e9f\u00e9rences historiques classiques qui voient d&rsquo;autres forces, voire d&rsquo;autres religions s&rsquo;affirmer, c&rsquo;est qu&rsquo;il m&rsquo;importe de parler d&rsquo;une sorte de ma\u00eetrise qui s&rsquo;exprime dans une domination psychologique sans partage, qui vaut plus que n&rsquo;importe quelle autre sorte ; une domination psychologique qui est irr\u00e9sistible parce qu&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;esprit par le canal psychologique de la forme inconsciente, qui manifeste dans cet esprit o\u00f9 je la distingue un magist\u00e8re spirituel appliqu\u00e9 \u00e0 la situation terrestre. Ce n&rsquo;est point l&rsquo;heure d&rsquo;en discuter mais de l&rsquo;accepter, ce magist\u00e8re, dit cette domination psychologique qui semble prendre le monde entier dans ses mains. L&rsquo;id\u00e9e centrale de cette partie du propos, qu&rsquo;on retrouvera plus loin sous des formes diverses, globalement ou partie par partie, et aussi comme soutien \u00e0 d&rsquo;autres th\u00e8ses plus \u00e9lev\u00e9es, est qu&rsquo;avec le Christianisme <strong>et par<\/strong> le Christianisme, cette religion monoth\u00e9iste et irr\u00e9sistiblement universaliste, commence l&rsquo;\u00e8re totalitaire du monoth\u00e9isme transform\u00e9 en une dynamique historique, et inspirateur de plus en plus pressant de <strong>la forme de la pens\u00e9e<\/strong> gr\u00e2ce \u00e0 la puissance du courant psychologique. La force de cet entra\u00eenement, qui tend s&rsquo;\u00e9manciper de sa signification religieuse, est telle qu&rsquo;on en retrouve les effets directs au-del\u00e0 du fait religieux, avec la modernit\u00e9 transcrivant le monoth\u00e9isme en politique avec l&rsquo;id\u00e9ologie, jusqu&rsquo;au triomphe de notre temps o\u00f9 r\u00e8gne une seule id\u00e9ologie universaliste qui prend elle-m\u00eame des allures \u00e9videmment religieuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi faut-il rappeler, et comprendre sans la moindre g\u00eane pour le propos, que, dans la p\u00e9riode qui suivit la dissolution de l&#8217;empire de Rome, la domination du Christianisme ne s&rsquo;exprima pas n\u00e9cessairement dans les termes terrestres habituels ; il y avait d&rsquo;autres forces concurrentes, d&rsquo;autres ambitions, d&rsquo;autres voies qui promettaient le Ciel ; il y avait le d\u00e9sordre profond des Temps Sombres, la sauvagerie venue du fond des Temps, recommenc\u00e9e apr\u00e8s la chute de l&rsquo;Empire ; il y avait tout cela, et plus encore, mais hors les chr\u00e9tiens, nul ne pouvait se pr\u00e9valoir de ce privil\u00e8ge venu d&rsquo;on ne sait o\u00f9 selon lequel le Christianisme \u00e9tait n\u00e9cessairement le legs, l&rsquo;h\u00e9ritier et le d\u00e9miurge de la transmutation de l&rsquo;Empire du monde en Empire de l&rsquo;univers et en empire divin, et par cons\u00e9quent qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;esp\u00e9rance divine du monde. Apr\u00e8s Rome il y aurait n\u00e9cessairement Rome, mais ce serait une Rome nouvelle, plus glorieuse de la Gloire du Ma\u00eetre des Cieux, une Rome sublime, charg\u00e9e de sa pr\u00e9destination \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 comme l&rsquo;on est par\u00e9 des plus riches atours, ma\u00eetresse de la formule divine pour faire entrer le monde dans son \u00c2ge du Ciel&#8230; Tout cela ne s&rsquo;exprimait pas vraiment, ni ne se comprenait, ni ne se raisonnait ; tout cela s&rsquo;imposait, coupant court aux discours inutiles ; le g\u00e9nie du Christianisme n&rsquo;est pas l\u00e0 pour vous montrer qu&rsquo;il est un g\u00e9nie, mais pour vous laisser entendre, et sentir, et percevoir par-dessus tout, comment il exercera son g\u00e9nie comme le Ma\u00eetre de Toutes Choses exprime son empire sur l&rsquo;univers et sur le cosmos. Ainsi parle-t-on ici de cette domination psychologique, avec une dimension collective \u00e9vidente d&rsquo;une puissance jamais vue, car aucune autre force n&rsquo;avait pu se pr\u00e9valoir n\u00e9cessairement, non pas tant de cette onction divine, mais de cette onction divine n\u00e9cessairement destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 du monde, cette onction divine historicis\u00e9e et humanis\u00e9e, cette onction divine qui ne pouvait oindre que le Christianisme et rien d&rsquo;autre<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, le Christianisme r\u00e9ussit ce prodige de transmuter l&rsquo;effet de son extraordinaire dynamisme psychologique en une valeur spirituelle, puis en une superbe incursion dans un domaine d&rsquo;une si grande hauteur de conception, qui serait une pr\u00e9tention \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 terrestre, <strong>sans condition<\/strong>, sans autre force que <strong>l&rsquo;\u00e9vidence divine<\/strong> dont il se pr\u00e9tendait porteur et dont il se pr\u00e9sentait comme le porteur. Ce dynamisme psychologique \u00e9ventuellement subversif dans sa p\u00e9riode imp\u00e9riale-romaine, qui a fait de lui, le Christianisme, cette force de dissolution de l&rsquo;Empire, donc agissant comme force de subversion, soudain devient une force de rassemblement des \u00e2mes, du magist\u00e8re des esprits, dont l&rsquo;\u00e9cho va au-del\u00e0 des limites d&rsquo;une religion ; il s&rsquo;agit alors d&rsquo;une force de conqu\u00eate psychologique, et c&rsquo;est en cela que l&rsquo;on peut parler du ma\u00eetre du monde Le Christianisme d\u00e9ploie son universalit\u00e9 et l&rsquo;on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une universalit\u00e9 qui va au-del\u00e0 du constat de la situation du monde et de sa propre vertu ; l&rsquo;on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une universalit\u00e9 qui s&rsquo;affirme dans un sens chr\u00e9tien, qui l&rsquo;est donc, universelle, excluant n\u00e9cessairement toute autre pr\u00e9tention \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9. Cette certitude est inscrite dans une psychologie tr\u00e8s sp\u00e9cifique, qui devient sp\u00e9cifique au Christianisme. Elle est exprim\u00e9e par des caract\u00e8res psychologiques que je nommai \u00e0 un autre propos inculpabilit\u00e9 et ind\u00e9fectibilit\u00e9 ; il s&rsquo;agit respectivement d&rsquo;une sorte d&rsquo;injonction pressante de la psychologie, conjoncturelles ou pas et sp\u00e9cifiques ou pas \u00e0 des circonstances et \u00e0 des influences donn\u00e9es, de rendre impossible \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;elle alimente d&rsquo;envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se de sa propre culpabilit\u00e9, et l&rsquo;injonction pressante de cette psychologie de rendre impossible \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;elle alimente d&rsquo;envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il puisse faillir ou \u00eatre pris en d\u00e9faut  Cette double injonction pressante est-elle une application op\u00e9rationnelle et vertueuse traduisant dans ce domaine bien plus bas du terrestre une inspiration puissante, une intuition haute irr\u00e9sistible ? Ou bien s&rsquo;agit-il d&rsquo;un trait particulier d&rsquo;une psychologie sp\u00e9cifique, qu&rsquo;on pourrait alors soup\u00e7onner d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;un domaine bien plus vulgaire, jusqu&rsquo;\u00e0 la pathologie, et qui pourrait d&rsquo;ailleurs se d\u00e9finir par des concepts comme subversion et inversion, dans ce domaine o\u00f9 l&rsquo;on ignore si la pathologie ressort d&rsquo;un accident ou d&rsquo;une tactique ? Cette impossibilit\u00e9 de la culpabilit\u00e9 et de la faillite traduit-elle une certitude venue d&rsquo;en haut ou bien s&rsquo;agit-il d&rsquo;un tourment subversif de la psychologie r\u00e9duite \u00e0 elle-m\u00eame ? Cette question s&rsquo;impose comme fondamentale et elle tient toute la logique de notre propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;on sent bien que notre choix est fait lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de juger du Christianisme dans l&rsquo;ensemble historique et terrestre que nous envisageons jusqu&rsquo;au terme envisag\u00e9 sur la p\u00e9riode, et qu&rsquo;il porte malheureusement sur un glissement vers le deuxi\u00e8me terme de l&rsquo;alternative (le tourment subversif) ; l&rsquo;on sent bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit d\u00e9j\u00e0 des pr\u00e9misses de cet \u00e9tat psychologique qui, dans notre propos g\u00e9n\u00e9ral, ouvrira, plus tard et plus loin mais d\u00e9j\u00e0 dans cette logique, la porte de l&rsquo;esprit au persiflage et \u00e0 son action subversive. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;avoir d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;esprit que nous ne songeons pas une seconde \u00e0 une machination, un complot d&rsquo;humaine nature si l&rsquo;on veut, mais \u00e0 un processus infiniment plus complexe o\u00f9 des forces extrahumaines interf\u00e8rent sur les processus humains. Pour le reste, rien n&rsquo;est fait alors, durant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, dans le sens du bien ou dans celui du malheur. R\u00e8gne alors, temporairement, comme une sorte de puret\u00e9, et cette psychologie si particuli\u00e8re pourrait \u00eatre effectivement consid\u00e9r\u00e9e comme ayant des accointances infiniment vertueuses avec l&rsquo;inspiration puissante et l&rsquo;intuition haute irr\u00e9sistible dont nous parlions pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation durant cette p\u00e9riode de ce Christianisme per\u00e7u et affirm\u00e9 comme l&#8217;empire du monde semble compl\u00e8tement fondamentale jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d&rsquo;une beaut\u00e9 sans pareille. On doit en parler  comme l&rsquo;on fait de quelque chose de si admirable et de si m\u00e9ritant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accomplissement que rien ne peut lui \u00eatre compar\u00e9 dans cet instant et dans cette position, du diamant de la plus belle eau, d&rsquo;une Messe de Bach, du vol d&rsquo;un groupe d&rsquo;oies sauvages dans le couchant d&rsquo;un soleil qui grandit le monde aux dimensions de l&rsquo;univers ; et cela, d&rsquo;une influence profonde et d&rsquo;une importance capitale pour le destin du Christianisme, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait du temps qui lui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 comme l&rsquo;on dit d&rsquo;une gr\u00e2ce divine, d&rsquo;un choix fondamental \u00e0 faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans nous attacher aux avatars historiques de la p\u00e9riode, notre interpr\u00e9tation est qu&rsquo;il s&rsquo;agit du Moment fondamental du Christianisme,  le Moment fondamental et il n&rsquo;y en aura pas d&rsquo;autre,  ce Moment o\u00f9, pour sa mission terrestre, le Christianisme se trouve \u00e0 cette convergence des convergences et de l&rsquo;int\u00e9gration de toutes ses vertus, dans la pl\u00e9nitude de toutes ses vertus o\u00f9 l&rsquo;on oublie ses faiblesses qui ne sont encore ni des vices ni des erreurs fatales, \u00e0 ce point o\u00f9 il dispose du pouvoir de cette cr\u00e9ation haute de transmuter l&rsquo;histoire terrestre en une entreprise m\u00e9tahistorique dont il a, lui seul \u00e0 cet instant, la clef ; comme s&rsquo;il \u00e9tait v\u00e9ritablement, \u00e0 cet instant, le seul locataire de Dieu&#8230; Il y a sans le moindre doute cet <strong>\u00e9lan<\/strong> du Christianisme, qui est une transmutation prodigieuse de son incontestable dynamique de contestation, vertueusement transform\u00e9e d&rsquo;une douteuse tendance r\u00e9volutionnaire en un superbe \u00e9lan vers le haut ; et je ne veux surtout pas me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la haute pens\u00e9e du Christianisme, dont j&rsquo;ai reconnu toute la puissance, et qui est certainement un ph\u00e9nom\u00e8ne constant et, par cons\u00e9quent, nullement circonscrit \u00e0 cette p\u00e9riode ; je veux me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce que je per\u00e7ois du sens profond des \u00e9v\u00e8nements <strong>terrestres<\/strong> de cette p\u00e9riode, telle que leur intensit\u00e9 m\u00eame, leur \u00e9paisseur, devraient nous en instruire hors des programmes des mandarins universitaires. Pour ce jugement qui n&rsquo;a comme r\u00e9f\u00e9rence, je le r\u00e9p\u00e8te, que la seule intuition, la fin de la p\u00e9riode et ce Moment unique de la gloire du Christianisme sont en eux-m\u00eames l&rsquo;\u00e9tonnante manifestation <strong>physique<\/strong> et <strong>mat\u00e9rielle<\/strong> de son empire spirituel et m\u00e9taphysique que la psychologie lui a permis de b\u00e2tir, qui est son <strong>triomphe<\/strong> marquant l&rsquo;union du Ciel et de l&#8217;empire terrestre des choses.  Hors de toutes les consid\u00e9rations et appr\u00e9ciations de diverses circonstances (croisades, h\u00e9r\u00e9sies, etc.) qui restent pour moi compl\u00e8tement accessoires pour le temps consid\u00e9r\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire chronologiquement <strong>encore accessoires<\/strong> avant de devenir significatives, s&rsquo;impose le triomphe du Temps des cath\u00e9drales, qui est le triomphe dont je parle plus haut. Le Myst\u00e8re du Temps des cath\u00e9drales passe tout Cela n\u00e9cessite une pause.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">15 <\/span> <strong>Le Temps des cath\u00e9drales : une \u00e9poque totale <\/strong>  J&rsquo;ai rassembl\u00e9 dans mon esprit, sous le magist\u00e8re de l&rsquo;intuition haute, la somme de toutes mes convictions avec la ma\u00eetrise d&rsquo;\u00e9motions pourtant si pressantes et bouleversantes, pour contempler cette architecture unique et cet \u00e9lan ineffable, et consid\u00e9rer que la cath\u00e9drale est un rassemblement humain, intellectuel et esth\u00e9tique, d&rsquo;une fi\u00e8vre contenue et d&rsquo;une spiritualit\u00e9 sans retenue, concr\u00e9tis\u00e9 en une uvre monumentale plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et pourtant sans-pareille, un rassemblement du monde enfin r\u00e9concili\u00e9 avec le Ciel. Ce rassemblement est aussi celui de l&rsquo;humanit\u00e9, se pr\u00e9cipitant pour \u00e9difier ces constructions somptueuses, pleines de secrets architecturaux, de traces des nombres secrets, dress\u00e9es selon une g\u00e9ographie sacr\u00e9e. Tous les regards de mesure et tous les actes de conception t\u00e9moignent de leur grand&rsquo;uvre, toutes les pri\u00e8res et les <em>ex-voto<\/em> rendent gr\u00e2ce de leur <strong>bonheur<\/strong> ; tout cela venu des artisans valeureux comme des po\u00e8tes maudits et soudain r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, des soldats de la beaut\u00e9 de Dieu surgissant de nulle part, des bourgeois montrant les fastes d&rsquo;une dignit\u00e9 retrouv\u00e9e derri\u00e8re la logique comptable de leur richesse, des travailleurs des mati\u00e8res nobles soudain ennoblis par la mati\u00e8re, des barons et des princes songeant \u00e0 la grandeur de leurs \u00e2mes comme levier de leurs actes souverains, des clerg\u00e9s, du plus haut au plus bas, grandis d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 terrestre qui semblerait un don du Ciel. Cet \u00e9lan d\u00e9veloppa au plus fort de lui-m\u00eame sa dynamique pendant soixante ann\u00e9es, dans un cadre historique plus large qui embrasse la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XII\u00e8me si\u00e8cle et le XIII\u00e8me si\u00e8cle ; soixante ann\u00e9es, pour saluer la dur\u00e9e exceptionnelle de ce miracle collectif, soixante ann\u00e9es pour saluer la bri\u00e8vet\u00e9 avec laquelle se fit un tel rassemblement, dans sa dimension qualitative \u00e9pur\u00e9e de la trahison du sentiment, de la d\u00e9loyaut\u00e9 du comportement, comme dans une sorte d&rsquo;universalit\u00e9 sacr\u00e9e enfin r\u00e9alis\u00e9e, qui ne d\u00e9pare rien ni n&rsquo;abaisse, ni l&rsquo;identit\u00e9, ni le flux grandiose de l&rsquo;intuition, qui semble ainsi sur la voie de r\u00e9aliser la sublime int\u00e9gration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Que cela se passe en France, puisque cela se passe en France, rien de plus normal, en v\u00e9rit\u00e9, dans le sens d&rsquo;une normalit\u00e9 relevant du plus haut o\u00f9 portent les yeux de l&rsquo;esprit pour rencontrer l&rsquo;intuition haute. On s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 attard\u00e9 \u00e0 la France, on y reviendra. Elle est charg\u00e9e d&rsquo;une centralit\u00e9 terrestre sans exemple, pour tenir le lien avec le Ciel.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut tenir d&rsquo;autre chose que du prodige, avec la conjonction des circonstances terrestres et des conditions spirituelles, comme une sorte de symphonie universelle qui se d\u00e9veloppe selon son g\u00e9nie propre, d&rsquo;une composition int\u00e9rieure \u00e0 elle, n\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame et elle-m\u00eame ordonn\u00e9e comme expression de l&rsquo;entreprise universelle que les mots ne peuvent pr\u00e9tendre d\u00e9crire. Ainsi les pierres des cath\u00e9drales sont-elles muettes et, en m\u00eame temps, elles chantent dans le vent et elles chantent le vent comme une m\u00e9lodie c\u00e9leste ; musique divine, \u00e9l\u00e9vation sans fin, comme l&rsquo;esprit courant dans les cieux ; cela semblant comme si le Christianisme, puisqu&rsquo;il est au cur, s&rsquo;\u00e9tait saisi de ces pierres, comme s&rsquo;il avait trouv\u00e9 la voie, la voix et le geste, pour transformer la mati\u00e8re brute en une forme unique qui semblerait pouvoir renouer un lieu rompu avec la divinit\u00e9,  le Principe de toutes choses, et les choses devenues Principe m\u00eame<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame les rapports les plus anodins faits sur la p\u00e9riode, que nous choisissons \u00e0 dessein dans ce sens parce qu&rsquo;ils nous indiquent la perception commune, mettent en lumi\u00e8re la puissance originale et la singularit\u00e9 inou\u00efe de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Dans la seconde moiti\u00e9 du XII\u00e8me et au XIII\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9piscopat se renforce et entreprend de reconstruire ses cath\u00e9drales. La relative prosp\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie et des finances royales, et l&rsquo;appui fort de souverains  comme Philippe-Auguste, Louis VIII et Saint Louis  forment un contexte favorable \u00e0 ce projet (ce qui explique, pour l&rsquo;essentiel, que les cath\u00e9drales sont construites sur le domaine royal). Le concours \u00e9nergique des populations et l&rsquo;activit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par les \u00e9tablissements religieux allait lui venir en aide. Il est difficile aujourd&rsquo;hui de donner une id\u00e9e de l&#8217;empressement avec lequel les populations urbaines se mirent \u00e0 \u00e9lever des cath\u00e9drales. La foi avait certes son importance, mais il s&rsquo;y joignait un instinct tr\u00e8s juste d&rsquo;unit\u00e9 et de constitution civile<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb [L]<em>a p\u00e9riode pendant laquelle leur existence est pour ainsi dire un besoin, l&rsquo;expression d&rsquo;un d\u00e9sir irr\u00e9sistible, correspond \u00e0 une dur\u00e9e d&rsquo;environ 60 ans, comprise entre les ann\u00e9es 1180 et 1240. Ce qui surprend aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est qu&rsquo;en un temps aussi court on ait pu obtenir, sur un territoire aussi vaste, des r\u00e9sultats aussi surprenants ; car ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement des manuvres qu&rsquo;il fallait trouver, mais des milliers d&rsquo;artistes qui, la plupart, \u00e9taient des hommes dont le talent dans l&rsquo;ex\u00e9cution des uvres est pour nous aujourd&rsquo;hui un sujet d&rsquo;admiration.<\/em> \u00bb (<em>Wikip\u00e9dia<\/em>, article <em>L&rsquo;histoire des cath\u00e9drales en France<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe pense que les cieux furent cl\u00e9ments et que la terre fut bonne durant ces ann\u00e9es-l\u00e0, et les oiseaux chant\u00e8rent, et les beaut\u00e9s du monde furent hauss\u00e9es jusqu&rsquo;au sommet d&rsquo;elles-m\u00eames pour d\u00e9couvrir ce qui, en elles, les rendaient sacr\u00e9es. Ce fut le Temps des cath\u00e9drales, ce qu&rsquo;il y a de plus haut que l&rsquo;on puisse concevoir  Mon jugement s&rsquo;arr\u00eate-t-il \u00e0 ce flot d&rsquo;\u00e9motions indicibles, celui qui me submerge lorsque, en dehors des apparats du culte, hors de tout compagnonnage de quelque clerg\u00e9 que ce soit, je franchis le porche de la cath\u00e9drale de Reims que j&rsquo;imagine d\u00e9serte et vierge de toute entreprise terrestre, et qui l&rsquo;est sans doute, que je hausse le menton comme l&rsquo;on salue et comme l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9lance, et hausse mon regard vers le haut, et soudain embrassant mon \u00e2me qui est emport\u00e9e dans une irr\u00e9sistible ascension ? Ce temps-l\u00e0 est celui o\u00f9 le Christianisme n&rsquo;eut plus la moindre n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une religion pour \u00eatre le ma\u00eetre du monde, pour \u00eatre cela sans m\u00eame la n\u00e9cessit\u00e9 que la puissance du monde exist\u00e2t et se manifest\u00e2t en sa faveur. A ce Moment de l&rsquo;histoire du monde, tout \u00e9tait possible parce que tout \u00e9tait accompli.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes cath\u00e9drales semblaient ob\u00e9ir au doigt de Dieu, comme \u00e0 un commandement porteur de promesses indicibles. Comme pour nous confirmer, les hommes des cath\u00e9drales, de ce Temps des cath\u00e9drales, semblent \u00e0 notre esprit d&rsquo;une sp\u00e9cificit\u00e9 si exceptionnelle qu&rsquo;on en fit un type, nomm\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s le style architectural,  l&rsquo;homme gothique comme l&rsquo;on dit homme de Dieu, fait ainsi par gr\u00e2ce de la cath\u00e9drale. Dans <em>Le temps des cath\u00e9drales<\/em>, Georges Duby les d\u00e9crit, tels qu&rsquo;on les imagine, tels qu&rsquo;on les sent, au milieu de cet \u00e9lan jubilatoire de beaut\u00e9 et de hauteur qui les emporte vers la cr\u00e9ation de ces oratoires de Dieu sur la terre ; tels qu&rsquo;ils sont fix\u00e9s, ces oratoires, dans la pierre, la mati\u00e8re ainsi devenue sacr\u00e9e, la mati\u00e8re sortie d&rsquo;elle-m\u00eame, <strong>enfin devenue sacr\u00e9e<\/strong> \u00ab <em>Ce sont des \u00eatres sauv\u00e9s, appel\u00e9s \u00e0 ressusciter dans la gloire, lav\u00e9s de tout p\u00each\u00e9. D\u00e9j\u00e0 les rayons de Dieu les illuminent et les aspirent vers la joie. Sur leur visage de clart\u00e9 s&rsquo;\u00e9bauche le sourire des anges.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;homme gothique tr\u00f4ne au milieu d&rsquo;un monde sorti de ce qu&rsquo;il est coutume de d\u00e9signer comme la longue nuit de l&rsquo;An Mil, alors que des processus \u00e9conomiques se mettent en branle, alors que les fortunes de la chevalerie puis de la bourgeoisie vont couvrir d&rsquo;ors les grands \u00e9lans qui naissent, alors que la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;Eglise assist\u00e9e par de grands esprits et press\u00e9e par un sens dont la manifestation n&rsquo;est pas toujours pr\u00e9sente offre \u00e0 notre destin la grandeur d&rsquo;une coh\u00e9rence sans pareille, alors que l&rsquo;autorit\u00e9 royale commence \u00e0 s&rsquo;imposer et \u00e0 imposer dans le m\u00eame souffle le miracle qui se dessine parce qu&rsquo;elle devine qu&rsquo;elle tient l\u00e0 le mod\u00e8le de la nation, la Grande Nation elle-m\u00eame,  car tout cela se passe en France principalement. Alors l&rsquo;homme gothique tr\u00f4ne au milieu de son temps comme s&rsquo;il en \u00e9tait le ma\u00eetre. On sent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un <strong>temps de fusion<\/strong>, d&rsquo;o\u00f9 peut sortir une transmutation divine dont la cath\u00e9drale serait n\u00e9cessairement le signe, le v\u00e9hicule et le symbole. M\u00eame ce qui para\u00eetrait le plus vulgaire et le plus bas, et qui le sera plus tard effectivement, la g\u00e9ographie et la psychologie de l&rsquo;argent qu&rsquo;ils nommeront capitalisme, est partie prenante de ce temps-l\u00e0, et m\u00eame cela trouve judicieux, ou bien le fait sans le savoir, de se sacraliser \u00ab <em>Dans la cath\u00e9drale, on n&rsquo;entrait pas seulement pour prier, les associations de m\u00e9tiers s&rsquo;y rassemblaient D&rsquo;autre part, \u00eatre l&rsquo;homme de l&rsquo;\u00e9glise procurait des privil\u00e8ges et des exemptions douani\u00e8res dont les gros marchands savaient le prix. Les hommes d&rsquo;affaires ont donc consid\u00e9r\u00e9 ce monument comme leur. Ils l&rsquo;ont voulu splendide, ils l&rsquo;ont par\u00e9<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais peu importe le d\u00e9tail enfin, puisque s&rsquo;installe fermement l&rsquo;intuition que ce temps de fusion est ainsi une <strong>\u00e9poque totale<\/strong>, quelque chose qui, dans le champ du terrestre, laisse \u00e9clater une ouverture sublime, qui peut enlever l&rsquo;esprit vers des hauteurs insoup\u00e7onn\u00e9es et pourtant si longtemps esp\u00e9r\u00e9es qu&rsquo;elles en \u00e9taient \u00e9videmment attendues. Soudain, comme en un miracle cosmique, tout sur la terre, jusqu&rsquo;aux plus affreuses injustices, jusqu&rsquo;aux situations les plus inf\u00e2mes, jusqu&rsquo;aux souffrances les plus tourmenteuses, semble se fondre dans l&rsquo;ordre d&rsquo;une unit\u00e9 si parfaite qu&rsquo;elle ne peut \u00eatre que celle du Principe divin,  et ainsi, tout semblant \u00e9carter les pesanteurs terrestres et les prisons de la mati\u00e8re. Dans ce temps des cath\u00e9drales, sans aucun doute le Christianisme nous para\u00eet toucher, \u00e0 nous qui jugeons intuitivement, au fa\u00eete de lui-m\u00eame, au terme de sa mission d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des choses et des hommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au fa\u00eete de lui-m\u00eame, le Christianisme, dans des conditions g\u00e9ographiques, culturelles, sociales, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans des conditions <strong>terrestres<\/strong> qui sont elles-m\u00eames tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, comme s&rsquo;il \u00e9tait entendu que l&rsquo;ordre du Principe m\u00eame d\u00fbt r\u00e9gner partout. Comme rapidement mentionn\u00e9 plus haut, c&rsquo;est en France que tout cela se passe, cette France o\u00f9 vont s&rsquo;\u00e9riger, dans cette \u00e9blouissante p\u00e9riode, plus de 150 cath\u00e9drales ; o\u00f9 cette entreprise temporelle et gigantesque, mais \u00e9galement <strong>transcendantale<\/strong>, se fait avec, si j&rsquo;ose dire, l&rsquo;onction royale dans le cadre d&rsquo;une dynastie dont toute l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9mane de sa transcendance (royaut\u00e9 de droit divin), notamment avec le soutien du plus saint des saints rois de France (Louis IX, dit Saint-Louis) ; o\u00f9 la r\u00e9partition de cette architecture transcendantale que forment les cath\u00e9drales \u00e9pouse une g\u00e9ographie sacr\u00e9e qui est un sujet sans fin de d\u00e9lices dialectiques et \u00e9sot\u00e9riques pour les sp\u00e9cialistes du genre ; o\u00f9 la puissance esth\u00e9tique et monumentale trouve sa source dans ce que Duby nomme \u00ab <em>l&rsquo;art de France<\/em> \u00bb, qui devient le mod\u00e8le pour toute l&rsquo;Europe engag\u00e9e, \u00e0 la suite de la France, elle-m\u00eame mod\u00e8le de ce mouvement. \u00ab <em>Aussi l&rsquo;art nouveau fut-il reconnu par tous les contemporains comme \u00e9tant proprement l&rsquo;art de France. Il s&rsquo;\u00e9panouit dans la province qui portait alors ce nom, celle o\u00f9 Clovis \u00e9tait mort, entre Chartres et Soissons<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente, sur le plan de la doctrine elle-m\u00eame. La France est la Grande Nation, c&rsquo;est le mod\u00e8le m\u00eame de l&rsquo;identit\u00e9 nationale, de la sp\u00e9cificit\u00e9, en quelque sorte ; et, pour poursuivre en termes terrestres, l&rsquo;anti-mod\u00e8le du mod\u00e8le imp\u00e9rial et universel ; pourtant elle-m\u00eame, la France, \u00e9lev\u00e9e \u00e0 sa dignit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insistance du Principe lui-m\u00eame. Le paradoxe, ou l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 qui devrait avoir une r\u00e9sonnance th\u00e9ologique pour le Christianisme lui-m\u00eame, c&rsquo;est que la France, depuis le bapt\u00eame de Clovis, puis dans l&rsquo;affirmation terrestre progressive de la source divine de la fonction royale, est \u00e9galement la fille a\u00een\u00e9e de l&rsquo;Eglise. Elle est quelque chose qui s&rsquo;affirme venue de l&rsquo;Eglise certes, mais \u00e9galement distingu\u00e9e par l&rsquo;onction divine <strong>directement<\/strong>. C&rsquo;est au nom de cette sp\u00e9cificit\u00e9 que na\u00eet et s&rsquo;impose l&rsquo;inspiration du gallicanisme, qui est une version plus identitaire et sp\u00e9cifique que nationale du catholicisme, mais qui est \u00e9galement, du point de vue <strong>terrestre et politique<\/strong>, une affirmation de l&rsquo;ind\u00e9pendance fran\u00e7aise par rapport \u00e0 Rome, pr\u00e9tendument centre de toutes choses divines sur la terre. Jeanne, que l&rsquo;Eglise mettra cinq si\u00e8cles \u00e0 faire Sainte, agit en repr\u00e9sentante de la doctrine officielle du gallicanisme en disant aux \u00e9v\u00eaques qui la jugent que le Seigneur lui a parl\u00e9 directement, par la voix de ses Saintes, pour sauver le royaume de France. En 1930, dans <MI>Dieu est-il fran\u00e7ais ?, o\u00f9 il tente de comprendre et d&rsquo;expliquer \u00e0 sa fa\u00e7on \u00ab <em>ce pays magnifique et insupportable<\/em> \u00bb, dont l&rsquo;Allemagne moderne chercha vainement \u00e0 la fois le myst\u00e8re et la destruction, l&rsquo;Allemand nationaliste Friedrich Sieburg donnait une place pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 Jeanne pour expliquer l&rsquo;exceptionnalisme fran\u00e7ais et ce qu&rsquo;on pourrait d\u00e9signer comme son nationalisme mystique, qui se manifeste aussi bien sur la Marne qu&rsquo;\u00e0 Verdun, qu&rsquo;on retrouve bien entendu chez de Gaulle. Sieburg, comme Ernst Robert Curtius dans son <em>\u00c9tude de la France<\/em> en 1932,  estime que l&rsquo;un des plus grands r\u00e9sultats de l&rsquo;action <strong>temporelle<\/strong> de Jeanne d&rsquo;Arc est d&rsquo;avoir, en outrepassant le pouvoir de l&rsquo;\u00c9glise de Rome en France, forc\u00e9 la fraction fran\u00e7aise de l&rsquo;\u00c9glise \u00e0 se franciser de fa\u00e7on irr\u00e9sistible,  donc, Jeanne fondatrice et inspiratrice du gallicanisme&#8230; Jeanne a nationalis\u00e9 l&rsquo;\u00c9glise pour le compte de la France et donn\u00e9 \u00e0 la France un formidable ciment temporel, structurant et unificateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais nous parlons d&rsquo;un personnage, Jeanne, qui est bien au-del\u00e0 du Temps des cath\u00e9drales, bien que des th\u00e8mes essentiels en soient repris. Un autre jugement sur Jeanne nous ram\u00e8ne effectivement, mais \u00e0 front renvers\u00e9 on le verra, \u00e0 ce m\u00eame Temps des cath\u00e9drales : celui de George-Bernard Shaw, dans la longue pr\u00e9face \u00e0 sa pi\u00e8ce <em>Sainte Jeanne<\/em>, en 1924, o\u00f9 il fait de Jeanne la premi\u00e8re protestante de l&rsquo;histoire conduisant \u00e0 la R\u00e9forme, parce qu&rsquo;elle se passe des autorit\u00e9s et de la hi\u00e9rarchie de Rome, qu&rsquo;elle passe outre comme elle r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 son proc\u00e8s pour des questions qui l&rsquo;importunaient. On comprend aussit\u00f4t que ce lien que nous faisons, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce jugement, entre Jeanne et le Temps des cath\u00e9drales est \u00e0 contretemps historique, ce que nous avons qualifi\u00e9 de front renvers\u00e9. Jeanne affirme la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise dans une \u00e9poque qui, \u00e0 notre sens et cela \u00e0 l&rsquo;image de la proposition centrale de notre d\u00e9marche, a d\u00e9j\u00e0 bascul\u00e9 apr\u00e8s le Temps des cath\u00e9drales. A cette lumi\u00e8re r\u00e9trospective, et nullement elle-m\u00eame comme la premi\u00e8re protestante de Shaw mais comme la premi\u00e8re nationaliste mystique fran\u00e7aise, Jeanne se manifesterait alors dans son temps pour installer et prot\u00e9ger la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, la part divine de la France elle-m\u00eame, dans une \u00e9poque qui a d\u00e9j\u00e0,  en effet, tourn\u00e9 le dos \u00e0 l&rsquo;esprit du Temps des cath\u00e9drale pour se pr\u00e9cipiter dans cette autre voie, d&rsquo;abord l&rsquo;ensemble Renaissance-R\u00e9forme, puis la modernit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire cet ensemble m\u00e9tahistorique que nous jugeons \u00eatre la Chute du Christianisme, et la Chute d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale. Ici se dessine avec force la voute centrale de notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire et avant cette Chute, au Temps des cath\u00e9drales, la France offre sa sp\u00e9cificit\u00e9 comme mod\u00e8le o\u00f9 peut se forger le triomphe du Christianisme, <strong>contre<\/strong> les caract\u00e8res fondamentaux du Christianisme, notamment tels que les a d\u00e9crits Jean-Fran\u00e7ois Mattei que nous avons cit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement l&rsquo;universalit\u00e9 par homog\u00e9n\u00e9isation des identit\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9e comme fondamentale par la doctrine chr\u00e9tienne, contrebattue dans ce cas par l&rsquo;antith\u00e8se terrestre de l&rsquo;identit\u00e9 \u00e0 laquelle pr\u00e9tend l&rsquo;exceptionnalisme fran\u00e7ais. (Si la France est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme universaliste, et se pr\u00e9sente elle-m\u00eame de la sorte d&rsquo;ailleurs, il va sans dire, dans tous les cas selon sa part de  Tradition, que cet universalisme ne r\u00e9duit en rien les identit\u00e9s ; au contraire, il les pr\u00e9serve, il les favorise, parce qu&rsquo;il sait bien que l&rsquo;identit\u00e9 est dans ce cas la structure de l&rsquo;universalit\u00e9, sa colonne vert\u00e9brale, ce sans quoi l&rsquo;universalit\u00e9 est promise \u00e0 devenir comme le pr\u00e9sident McKinley d\u00e9crit par son vice-pr\u00e9sident Theodore Roosevelt : \u00ab Il a autant de colonne vert\u00e9brale qu&rsquo;un \u00e9clair au chocolat. \u00bb) Ce cas que nous observons et offrons en hypoth\u00e8se de ce qui aurait pu \u00eatre une sauvegarde du Christianisme est donc celui de la France qui, dans sa mission divine, offre au Christianisme une voie de sauvegarde de son propre destin et de triomphe de lui-m\u00eame, en modifiant subrepticement mais fondamentalement sa doctrine, sans qu&rsquo;on ne s&rsquo;en avise ni ne s&rsquo;y attache, comme un fait de nature, comme un encha\u00eenement sans avertissement, dont seuls les clercs, plus tard, feraient une th\u00e9orie, une fois le triomphe affirm\u00e9 ; et cette voie, qui ne peut \u00eatre que <strong>vers le haut<\/strong> par l&rsquo;\u00e9vidence de sa logique, s&rsquo;exprimant dans l&rsquo;\u00e9lancement sublime de la cath\u00e9drale. L&rsquo;on ne s&#8217;emp\u00eachera pas d&rsquo;observer que cette m\u00e9thode de l&rsquo;identit\u00e9, de la sp\u00e9cificit\u00e9 n\u00e9cessairement marqu\u00e9e dans l&rsquo;universalit\u00e9, retrouve les grandes expressions de la Tradition venue de nos origines, marqu\u00e9es elles-m\u00eames par les notions sp\u00e9cifiques des divers principes issus du Principe originel. L&rsquo;on parle de la hi\u00e9rarchie, de l&rsquo;autorit\u00e9, de l&rsquo;aristocratie, tout cela exprim\u00e9 dans le principe essentiel de la l\u00e9gitimit\u00e9 ; tout cela exprimant cet autre principe essentiel, issu du pr\u00e9c\u00e9dent et se confondant avec lui jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;en faire qu&rsquo;un, de la souverainet\u00e9 comme souverainet\u00e9 de soi ; l&rsquo;on parle de ce principe qui ne peut se manifester que par le contraire de cette tendance \u00e0 l&rsquo;uniformit\u00e9 qu&rsquo;implique l&rsquo;universalit\u00e9 sans les identit\u00e9s L&rsquo;on parle enfin de son rejet, par lui le Principe qui est l&rsquo;Unique, de cette tendance si vertueuse en apparence mais toujours grosse de son extr\u00eame catastrophique de la d\u00e9structuration, de la dissolution et de l&rsquo;entropisation, de la r\u00e9duction infinie au rien de l&rsquo;entropie ; de cette tendance dont on pourrait identifier la filiation dans les diverses doctrines qui s&rsquo;affirment d&rsquo;universalit\u00e9 mais qui en faussent le principe fondamental d\u00e8s lors que la structure de l&rsquo;identit\u00e9 lui est \u00f4t\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 ses legs d\u00e9cadents ultimes de l&rsquo;\u00e9poque postmodernes avec la chute dans la Mati\u00e8re d\u00e9cha\u00een\u00e9e que sont la globalisation et les doctrines de l&rsquo;ultralib\u00e9ralisme que nous subissons aujourd&rsquo;hui. Dieu sollicit\u00e9 ou pas, Christianisme consid\u00e9r\u00e9 ou non, cela fait l&rsquo;essentiel de nous dont l&rsquo;\u00eatre n&rsquo;a de sens structurel qu&rsquo;\u00e0 partir du champ principiel, emport\u00e9 par le chant sublime du Principe des principes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe r\u00f4le essentiel de la France est encore mieux mis en \u00e9vidence, dans la description qu&rsquo;on peut faire d&rsquo;elle, la Grande Nation, d&rsquo;outil transcendantal, ou de <em>alias<\/em>-passerelle eschatologique par rapport \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant le Temps des cath\u00e9drales. (Il s&rsquo;agirait d&rsquo;une sorte de r\u00e9plique ant\u00e9rieure de la passerelle eschatologique qui est l&rsquo;argument de d\u00e9part de cette partie de notre r\u00e9cit, auquel nous reviendrons \u00e0 son terme, parvenus \u00e0 notre rapide exploration du XVII\u00e8me si\u00e8cle). Dans ces temps ant\u00e9rieurs se d\u00e9veloppa la grande bataille de la Querelle des Investitures, entre l&rsquo;\u00c9glise et le Saint-Empire r\u00e9unissant la Bourgogne, la Germanie et l&rsquo;Italie jusqu&rsquo;aux terres vaticanes, cette querelle o\u00f9 l&rsquo;\u00c9glise, avec son Pape de la haine (<em>Le pape de la haine, Gr\u00e9goire VII, Canossa et le conflit des  Investitures, 1073-1122<\/em>, dit Jacques van Wijnendaele), atteignait le fa\u00eete de sa puissance en se posant comme concurrente de celui qui \u00e9tait en v\u00e9rit\u00e9 per\u00e7u comme l&rsquo;Empereur du monde. Dans cette partie, ce qui n&rsquo;\u00e9tait encore que le noyau de la France se tenait \u00e0 part, elle-m\u00eame comme indiff\u00e9rente \u00e0 cet affrontement supr\u00eame et supr\u00eamement terrestre, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9glise du Christ semblait distinguer son destin au milieu des ambitions et des agitations du <em>sapiens<\/em> ; cela, les ambitions terrestres, ce n&rsquo;\u00e9tait pas le jeu de la France (Philippe de Saint-Robert emploie l&rsquo;expression \u00e0 propos de la politique du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle). On pourrait appr\u00e9cier que tout bascula, avec un \u00e9v\u00e9nement terrestre consid\u00e9r\u00e9 du point de vue de notre symbolique, lorsque le Saint-Empire, au sortir de la Querelle des Investitures, voulut s&rsquo;en prendre \u00e0 la France et qu&rsquo;il se heurta \u00e0 un obstacle impr\u00e9vu et soudain fondamental, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la France devenant la France et, soudain, pr\u00e9parant l&rsquo;ouverture du Temps des cath\u00e9drales par sa r\u00e9sistance victorieuse. Dans son <em>\u00c9loge de la France<\/em>, Philippe Barthelet d\u00e9crit l&rsquo;occurrence terrestre que nous interpr\u00e9tons selon notre symbolique, sans contrainte ni la moindre d\u00e9loyaut\u00e9, d&rsquo;autant qu&rsquo;il cite Suger, l&rsquo;abb\u00e9 de Saint-Denis, l&rsquo;un des hommes clef du Temps des cath\u00e9drales : \u00ab [E]<em>n juillet 1124, quand l&#8217;empereur germanique mena\u00e7ait d&rsquo;envahir le royaume : Louis VI en appela aux chevaliers et aux communes, ce fut l&rsquo;adjuratio Franciae, l&rsquo;appel de la France. La mobilisation de Reims qui lui r\u00e9pondit fut si grande que, selon Suger, on e\u00fbt dit des sauterelles d\u00e9robant aux yeux la surface de la terre<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi doit-on distinguer ce signe fondamental d&rsquo;une sorte de transcendance de l&rsquo;histoire lorsqu&rsquo;elle se fait m\u00e9tahistoire, que la France et l&rsquo;\u00c9glise se soient retrouv\u00e9es, hors de cet \u00e9pisode des ambitions terrestres qui accablait l&rsquo;\u00e9volution du monde dans les traquenards et les affrontements de la Querelle des Investitures, dans cette \u00e9pop\u00e9e soudainement sublime du Temps des cath\u00e9drales, o\u00f9 les choses terrestres se marient soudain avec la perspective du Ciel ; o\u00f9 l&rsquo;histoire soudain se d\u00e9fait de ses querelles terrestres dans quoi l&rsquo;\u00c9glise se compromet, pour s&#8217;emporter et devenir m\u00e9tahistoire, pour offrir son envol\u00e9e vers le haut ; o\u00f9 s&rsquo;avance la sublime occurrence, peut-\u00eatre l&rsquo;unique et certainement la derni\u00e8re, par quoi l&rsquo;\u00c9glise aurait pu transcender sa fonction apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre faite terrestrement, selon les impulsions des forces sup\u00e9rieures, et offrir le Moment lui aussi sublime que sa Mission lui assignait. Mais cela ne se fit pas et vint le progr\u00e8s selon l&rsquo;entendement moderniste r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plus tard, qui devint Progr\u00e8s, qui r\u00e9gla tout cela <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c9lev\u00e9 par ce que nous jugerions \u00eatre une intuition irr\u00e9futable, Duby salue, dans la <em>Divine Com\u00e9die<\/em> de Dante, la derni\u00e8re cath\u00e9drale \u00ab <em>On peut tenir la Divine Com\u00e9die pour une cath\u00e9drale, la derni\u00e8re<\/em>. [] <em>Comme les grandes cath\u00e9drales de France, ce po\u00e8me conduit, par degr\u00e9s successifs, selon les hi\u00e9rarchies lumineuses de Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite et par l&rsquo;intercession de Saint Bernard, de Saint Fran\u00e7ois et de la Vierge, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;amour qui meut les \u00e9toiles<\/em> \u00bb Dans ce cas, l&rsquo;uvre unique de ce grand initi\u00e9 que fut Dante Alleghieri cl\u00f4t une \u00e9poque comme on ach\u00e8ve un Grand&rsquo; uvre, comme on met la derni\u00e8re sublime note \u00e0 une symphonie qui ne peut \u00eatre que sublime Effectivement, c&rsquo;en est fait, et quelques lignes plus loin Duby signale \u00e9galement que <em>la Divine Com\u00e9die<\/em> marque autre chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire exactement son contraire : ach\u00e8vement sublime comme l&rsquo;est la derni\u00e8re touche mise \u00e0 l&rsquo;entreprise, l&rsquo;uvre est aussi la fin d&rsquo;une \u00e9poque comme si cette \u00e9poque \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9e et sortie de son propos, et le d\u00e9but d&rsquo;une autre, prometteuse celle-l\u00e0, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la mani\u00e8re moderniste, presque comme les lendemains qui chantent<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Mais \u00e0 l&rsquo;aube du Trecento, le mouvement de croissance qui d\u00e9gageait insensiblement la pens\u00e9e d&rsquo;Europe de l&#8217;emprise des pr\u00eatres d\u00e9tournait d\u00e9sormais les hommes d&rsquo;Europe de la surnature. Il les menait vers d&rsquo;autres routes et vers d&rsquo;autres conqu\u00eates.<\/em> [] <em>Dante lui-m\u00eame, et les premiers qui l&rsquo;admir\u00e8rent, cinglaient vers de nouveaux rivages<\/em>. \u00bb Les lendemains qui chantent, disent-ils ? D\u00e9j\u00e0 pointe, en effet, ce qui s&rsquo;installera dans notre conscience, dans notre m\u00e9moire, dans notre raison bient\u00f4t subvertie, dans notre cur et dans notre \u00e9motion, et j&rsquo;irais jusqu&rsquo;\u00e0 dire,  qu&rsquo;on me pardonne,  <strong>dans nos tripes<\/strong>, dans les tripes de notre pens\u00e9e, la notion irr\u00e9sistible, fascinatoire, exaltante, ensorceleuse, racoleuse jusqu&rsquo;au plus profond de soi,  la notion de <strong>progressisme<\/strong>, comme si l&rsquo;on opposait soudain la gloire de l&rsquo;homme \u00e0 la gloire des cath\u00e9drales, comme si la dialectique humaine et bient\u00f4t humaniste avait trouv\u00e9 le <strong>vaccin<\/strong> irr\u00e9sistible contre toute forme approchante de cette gloire-l\u00e0 (celle des cath\u00e9drales) et en voie d\u00e9sormais d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9e pernicieuse comme serait un p\u00e9ch\u00e9 originel. Par la gr\u00e2ce soudain devenue ind\u00e9finissable du Christianisme qui semblera bient\u00f4t avoir trouv\u00e9 sa voie dans le d\u00e9lice paradoxal de la d\u00e9viation, le sapiens est engag\u00e9 sur la voie du pardon futur par l&rsquo;oubli \u00e0 venir de ce qu&rsquo;il commence \u00e0 entreprendre, par effacement par avance du p\u00e9ch\u00e9 qui s&rsquo;esquisse d\u00e9j\u00e0, par inexistence r\u00e9troactive de la faute puisque la faute esquiss\u00e9e aujourd&rsquo;hui, au cr\u00e9puscule du Temps des Cath\u00e9drales, deviendra vertu demain, une fois dig\u00e9r\u00e9 la parcours qui va de la Renaissance au d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re Cette fa\u00e7on d&rsquo;absoudre par ant\u00e9riorit\u00e9, cela fait la Chute moins raide.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">16 <\/span> Ici, il nous faut d\u00e9velopper une hypoth\u00e8se de plus pour la coh\u00e9sion du propos et l&rsquo;arsenal dialectique n\u00e9cessaire \u00e0 notre description de la m\u00e9tahistoire de cette civilisation devenant contre-civilisation, cette hypoth\u00e8se essentiellement \u00e0 propos de la France. Nous aurons l&rsquo;occasion d&rsquo;y revenir comme nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de nous y arr\u00eater parce que, en v\u00e9rit\u00e9, la France nous guette et nous contemple, nous conduit et nous prot\u00e8ge, tout au long de notre p\u00e9riple, comme l&rsquo;un des t\u00e9moins principaux de ce r\u00e9cit, et parfois en en devenant l&rsquo;acteur essentiel, le temps d&rsquo;une fulgurance exceptionnelle ou d&rsquo;un abaissement incroyable,  ce qui laisse \u00e0 penser \u00e0 propos de la place et du poids <strong>r\u00e9els<\/strong> de la France, \u00e9galement dans ce m\u00eame r\u00e9cit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t = L&rsquo;hypoth\u00e8se, sugg\u00e9r\u00e9e par le r\u00f4le de la France dans le Temps des cath\u00e9drales, qui est d&rsquo;offrir au Christianisme la voie unique vers l&rsquo;instauration sacramentelle de l&#8217;empire de la divinit\u00e9 dans notre destin\u00e9e, conduirait, contre la perception courante, \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 cette Nation choisie par Dieu sans l&rsquo;interm\u00e9diaire de son vicaire sur terre le r\u00f4le capital de successeur de l&rsquo;Empire de Rome. On peut renforcer cette conviction, m\u00eame d&rsquo;un emplacement terrestre o\u00f9 les signes ne manquent pas, notamment dans la multitude de liens qui se tiss\u00e8rent entre Rome et la Gaule ; dans cette fa\u00e7on que la Gaule s&rsquo;int\u00e9gra parfaitement dans le legs naturel que l&rsquo;Empire de Rome amenait avec lui dans chacune de ses conqu\u00eates, comme si la Gaule \u00e9tait pr\u00e9destin\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 \u00eatre l\u00e9gataire effectivement, plus que conqu\u00eate pure et simple ; dans la fa\u00e7on que la Gaule devenue France sut parfaitement faire passer en elle-m\u00eame des parts si importantes de l&rsquo;essence du g\u00e9nie romain, et particuli\u00e8rement dans sa langue, qui est l&rsquo;un des legs les plus essentiels de la France \u00e0 la civilisation Il y a une cha\u00eene dans tout cela, une continuit\u00e9, une p\u00e9rennit\u00e9, comme si, \u00e0 cet instant, dans les liens entre la Gaule et Rome, puis plus tard, \u00e0 cet autre instant du Temps des cath\u00e9drales, dans les liens entre la Gaule devenue France et Rome devenue chr\u00e9tienne, l&rsquo;histoire se faisait Histoire et m\u00e9tahistoire pour nous signaler la part transcendantale de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. La France porte avec elle, fortement affirm\u00e9e, plus qu&rsquo;en aucune autre nation, sa part principielle pr\u00e9sente dans sa forte identit\u00e9 qui fonde l&rsquo;essence de sa l\u00e9gitimit\u00e9 et l&rsquo;assure dans un r\u00f4le dont la m\u00e9taphysique n&rsquo;est jamais absente, qui lui donne un caract\u00e8re d&rsquo;une exemplaire fermet\u00e9, lui-m\u00eame assur\u00e9e de repousser le plus possible l&rsquo;influence du Mal gr\u00e2ce \u00e0 une structuration serr\u00e9e de la psychologie collective. On observerait justement que cette remarque faiblit devant les constats qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 dress\u00e9s \u00e0 propos de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qu&rsquo;on dressera plus loin \u00e0 propos du persiflage. Nous ne disons certainement pas que la France est sans vices et sans faiblesses horribles et presque uniques par leur soudainet\u00e9 et leur entra\u00eenement, notamment avec la pente souvent nihiliste de ses \u00e9lites, ni son histoire sans revers ni d\u00e9faites inf\u00e2mes ; nous disons, et dirons plus loin encore, plus en d\u00e9tails, que la France a, au fond d&rsquo;elle-m\u00eame, plus haut qu&rsquo;elle-m\u00eame, quelque chose d&rsquo;irr\u00e9fragable qui la rend ma\u00eetresse au bout du compte de ses faiblesses et victorieuse de ses vices, fussent-ils \u00e9pouvantables, chaque fois qu&rsquo;il faut faire les comptes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(A l&rsquo;inverse, il y a l&rsquo;entit\u00e9 qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 vue comme concurrente, l&#8217;empire suppos\u00e9 h\u00e9ritier de la Rome antique, en v\u00e9rit\u00e9 manipul\u00e9 par la Rome chr\u00e9tienne dans le courant de sa politique, pr\u00e9sentant d\u00e9j\u00e0 les caract\u00e8res \u00e9vanescents et dissolus du cas allemand ; il y a l&rsquo;id\u00e9e dans la phrase selon laquelle \u00ab <em>l&rsquo;Allemagne est un gaz<\/em> \u00bb, \u00e9ternellement \u00e0 la recherche de son identit\u00e9, maladroite dans l&rsquo;affirmation du Principe quand elle s&rsquo;y int\u00e9resse, toujours inclin\u00e9e \u00e0 c\u00e9der au d\u00e9mon de l&rsquo;expansion, par cons\u00e9quent vuln\u00e9rable \u00e0 la proximit\u00e9 du Mal, comme on l&rsquo;a vu d\u00e9j\u00e0 avec le destin de la Prusse devenant Allemagne, porteuse de la puissance d\u00e9structurante et dissolvante du d\u00e9chainement de la Mati\u00e8re Il n&rsquo;y a pas de psychologie plus vuln\u00e9rable que celle d&rsquo;une entit\u00e9 qui se veut nationale, voire conqu\u00e9rante et imp\u00e9riale, et qui n&rsquo;a en rien les structures d&rsquo;une nation, au contraire avec sa psychologie qui a la texture du gaz. Le m\u00eame cas se reproduit plus loin dans l&rsquo;Histoire, au centuple bien entendu, avec cette entit\u00e9 qui pr\u00e9f\u00e9ra au bapt\u00eame identitaire l&rsquo;identification acronymique des USA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous introduirons ici, comme subs\u00e9quente et cons\u00e9quente de la principale que nous exposons, une seconde hypoth\u00e8se selon laquelle la Gaule devenue France apportait au Christianisme ce dont le Christianisme lui-m\u00eame s&rsquo;\u00e9tait priv\u00e9 en investissant l&rsquo;Empire \u00e0 son profit. Parlant magistralement de saint Augustin, disciple de Plotin mais se s\u00e9parant de son ma\u00eetre sur la consid\u00e9ration du \u00ab <em>Dieu-\u00catre dont le Verbe s&rsquo;\u00e9tait fait chair<\/em> \u00bb qui faisait entrer la philosophie dans la religion, Lucien Jerphagnon observait (<em>Connais-toi toi-m\u00eame<\/em>, janvier 2012) qu&rsquo; \u00ab [a]<em>vec Augustin, l&rsquo;autonomie de la philosophie par rapport \u00e0 la religion prend fin. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale commence<\/em> \u00bb. Mais avec son Temps des cath\u00e9drales, la France change le nouveau rangement terrestre, non en ordonnant une nouvelle pens\u00e9e mais en transcendant une campagne architecturale sacr\u00e9e en une philosophie fondamentale ; elle tourne l&rsquo;arbitraire destin ordonn\u00e9 par le Christianisme, contourne l&rsquo;obstacle, redresse le socle de l&rsquo;\u00e9quilibre des n\u00e9cessit\u00e9s terrestres et sacr\u00e9es pour lui rendre sa droiture ; elle inscrit cette sublime manuvre dans la pierre Le Temps des cath\u00e9drales n&rsquo;est alors rien de moins qu&rsquo;une manufacture, par un autre moyen, de la philosophie fondamentale de la Tradition, retrouvant son autonomie de la religion par la d\u00e9monstration et l&rsquo;exposition, dans la mati\u00e8re elle-m\u00eame, celle de la pierre, de son <strong>\u00eatre<\/strong> lui-m\u00eame,  la Mati\u00e8re vaincue dans ce qu&rsquo;elle a de plus bas, devenant sacr\u00e9e, la pierre de la cath\u00e9drale \u00e9lev\u00e9e \u00e0 cette sacralit\u00e9 comme la philosophie fondamentale peut elle-m\u00eame y parvenir, par entreprise humaine. ([L]a mati\u00e8re ainsi devenue sacr\u00e9e, la mati\u00e8re sortie d&rsquo;elle-m\u00eame, <strong>enfin devenue sacr\u00e9e<\/strong>, \u00e9crivions-nous plus haut.) Dans cette situation devenue supra-humaine et m\u00e9taphysique, et ralliant \u00e0 elle le Christianisme tout en en restant autonome puisque hors des rigoureux processus et du contr\u00f4le minutieux de la religion et de son dogme, France s&rsquo;instituait comme la v\u00e9ritable h\u00e9riti\u00e8re, par l&rsquo;esprit de la chose de l&rsquo;Empire, dans ce que l&rsquo;Empire avait eu de grec et de philosophique en lui malgr\u00e9 tout, dont on pouvait croire qu&rsquo;il semblait l&rsquo;avoir perdu \u00e0 jamais face au Christianisme triomphant. Dans ce march\u00e9 m\u00e9tahistorique autant que m\u00e9taphysique, les deux y gagneraient, ou disons y auraient gagn\u00e9 l&rsquo;essence m\u00eame de la plus haute destin\u00e9e en tentant l&rsquo;acte de sauvegarde du monde : le Christianisme en se redressant de sa faiblesse d&rsquo;orgueil et de puissance (d&rsquo;<em>hubris<\/em>, certes), la France en ressuscitant l&rsquo;Empire d\u00e9barrass\u00e9 avec le privil\u00e8ge de son ascendance grecque de son orgueil et de sa puissance (son <em>hubris<\/em>, certes)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, France, d\u00e9sign\u00e9e fille a\u00een\u00e9e de l&rsquo;\u00c9glise, disons par arrangement, pour ne choquer ni ne froisser personne, s&rsquo;est pass\u00e9e de cet interm\u00e9diaire de l&rsquo;autorit\u00e9 de la religion glorieusement institutionnalis\u00e9e pour se voir confier sa Mission. Dans notre hypoth\u00e8se, on comprend combien nous avons tendance \u00e0 repousser les manigances entre le Saint-Empire et l&rsquo;\u00c9glise telles que nous les avons rapport\u00e9es, \u00e0 les juger accessoires, \u00e0 prendre au contraire comme essentielle la rencontre entre France et l&rsquo;\u00c9glise \u00e0 l&rsquo;occasion du Temps des cath\u00e9drales, comme la <strong>seule<\/strong> chance, et la <strong>derni\u00e8re<\/strong> chance par cons\u00e9quent, que l&rsquo;\u00c9glise f\u00eet rencontrer le sublime destin au Christianisme, en le d\u00e9gageant du destin terrestre du Christianisme. Mais non, le sublime destin ne le voulut pas ainsi, et je soup\u00e7onne de coupables faiblesses dans le chef de l&rsquo;\u00c9glise qui n&rsquo;avait pas m\u00e9nag\u00e9 les signes pour manifester sa puissance, et qui devait par cons\u00e9quent en \u00eatre submerg\u00e9e comme par une ivresse, dans cette fracture de son histoire o\u00f9 elle laissa aller, pr\u00e9f\u00e9rant de facto la voie terrestre du Progr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9lan de la tradition s&rsquo;\u00e9levant vers les hauteurs du Ciel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s lors, les rapports de l&rsquo;\u00c9glise et de sa soi-disant fille a\u00een\u00e9e (re)devinrent de pure convention, avec tout de m\u00eame l&rsquo;obligation pour l&rsquo;\u00c9glise de rendre compte de ses devoirs sacramentels aupr\u00e8s du souverain de France, dont le lien divin devait \u00eatre \u00e0 chaque occasion n\u00e9cessaire r\u00e9affirm\u00e9 comme il se doit. Depuis, elles ne se sont plus quitt\u00e9es dans leur antagonisme dissimul\u00e9, je veux dire l&rsquo;\u00c9glise et sa fille a\u00een\u00e9e, li\u00e9es par une ambig\u00fcit\u00e9 fondamentale qui ne peut \u00e9carter le malaise historique que nous avons identifi\u00e9 par absence de conscience m\u00e9tahistorique au moment qui importait. Elles ne sont plus quitt\u00e9es en se quittant, la grande occasion perdue, chacune \u00e0 sa fa\u00e7on plac\u00e9e devant le <em>diktat<\/em> de la poursuite de la course historique d\u00e9barrass\u00e9e des exigences sublimes de la m\u00e9tahistoire ; alors que se pr\u00e9cisaient les premiers jalons de cette course historique, de ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini plus haut comme la notion de <strong>progressisme<\/strong> dont chacune d&rsquo;elles s&rsquo;arrangerait pour en faire son miel \u00e0 sa fa\u00e7on Ainsi tout se passa-t-il comme si l&rsquo;on opposait soudain la gloire de l&rsquo;homme \u00e0 la gloire des cath\u00e9drales, comme si la dialectique humaine bient\u00f4t fard\u00e9e en doctrine pseudo-humaniste avait trouv\u00e9 le <strong>vaccin<\/strong> irr\u00e9sistible contre toute forme approchante cette gloire-l\u00e0 (celle des cath\u00e9drales) et en voie d\u00e9sormais d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9e aussi pernicieuse que l&rsquo;est un p\u00e9ch\u00e9 originel. On sait d&rsquo;ailleurs que cette m\u00e9tahistoire, ainsi \u00e9cart\u00e9e, ne se priverait pas, plus tard, de se manifester \u00e0 nouveau<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">17 <\/span> Duby note effectivement, correctement par rapport \u00e0 l&rsquo;Histoire dans son cheminement logique et temporel : \u00ab [L]<em>e mouvement de croissance qui d\u00e9gageait insensiblement la pens\u00e9e d&rsquo;Europe de l&#8217;emprise des pr\u00eatres<\/em> \u00bb Nous objecterions, du point de vue de la forme qui a ici une importance consid\u00e9rable, que c&rsquo;est plut\u00f4t de l&rsquo;offrande que repr\u00e9sente ce Moment de v\u00e9rit\u00e9 que sont le Temps des cath\u00e9drales et le mod\u00e8le transcendantal fran\u00e7ais que se d\u00e9gage \u00ab <em>insensiblement la pens\u00e9e d&rsquo;Europe<\/em> \u00bb, et que, pour se d\u00e9faire de l&#8217;emprise de ces pr\u00eatres-l\u00e0, \u00e0 la grandeur si admirable, \u00e0 la beaut\u00e9 si apaisante, elle (l&rsquo;Europe) trouverait rapidement sur sa route d&rsquo;autres guides, c&rsquo;est-\u00e0-dire <strong>d&rsquo;autres pr\u00eatres<\/strong> tout aussi acquis \u00e0 leur religion. L&rsquo;amour moderniste de la libert\u00e9 fait se r\u00e9jouir un peu vite de circonstances plus suspectes qu&rsquo;elles ne paraissent, de m\u00eame que la libert\u00e9 exigerait souvent d&rsquo;\u00eatre pes\u00e9e avec un peu moins d&rsquo;ivresse moderniste dans le jugement, avant son adoubement comme la marque d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00eatre. L&rsquo;exp\u00e9rience enseigne que l&rsquo;ivresse m\u00e8ne en g\u00e9n\u00e9ral au contraire de ce qu&rsquo;elle sugg\u00e8re. Pour quitter cette soi-disant emprise des pr\u00eatres, l&rsquo;Europe n&rsquo;en \u00e9pouserait pas moins, par l&rsquo;interm\u00e9diaire des pr\u00eatres \u00e0 suivre, une autre religion, bien plus contraignante, bien plus corset\u00e9e dans une destin\u00e9e parfaitement identifiable d\u00e9sormais, aguichante sur le moment mais dont les fruits dont nous go\u00fbtons aujourd&rsquo;hui la catastrophique amertume disent combien elle \u00e9tait ouverte aux effets du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re en s&rsquo;activant bient\u00f4t \u00e0 le pr\u00e9parer<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe fait, que l&rsquo;on devinera \u00e0 la lumi\u00e8re de ces commentaires r\u00e9serv\u00e9s, le fait est que notre hypoth\u00e8se nous sugg\u00e8re de situer \u00e0 cette charni\u00e8re le basculement des choses pour le Christianisme. Nous suivons la comptabilit\u00e9 de Duby, pour le confort du lecteur en armant son esprit d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence dat\u00e9e, autour de 1300, c&rsquo;est-\u00e0-dire pass\u00e9 le paroxysme sublime du Temps des cath\u00e9drales. Les termes employ\u00e9s par Duby correspondent parfaitement \u00e0 l&rsquo;esprit de la chose et nous dispensent d&rsquo;un commentaire qui ferait long, pour simplement embrasser l&rsquo;\u00e9vidence historique,  la description portant essentiellement sur l&rsquo;\u00e9volution des psychologies, des murs, de la pens\u00e9e, des liens entre le jugement et son objet,  ou bien encore, l&rsquo;\u00e9volution des \u00e2mes chr\u00e9tiennes si l&rsquo;on veut. La p\u00e9riode est d\u00e9crite comme un d\u00e9sordre, un temps de brassage, de bouleversement de l&rsquo;ordre et des structures, de d\u00e9rangement des choses. Il y a \u00ab <em>les malheurs du XIV\u00e8me si\u00e8cle<\/em> \u00bb qui s&rsquo;annoncent, mais la plume qui observe \u00e0 partir de notre temps en acquies\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution qui est venue jusqu&rsquo;\u00e0 nous n&rsquo;y voit pas que du mal ; au contraire, elle y distingue les jeunes pousses de temps nouveaux, qui, parce que nouveaux, ont cette sorte de vertu d&rsquo;\u00eatre vertueux par d\u00e9finition qui va avec cet \u00e9tat (la nouveaut\u00e9). Nous dirions, nous, un temps de d\u00e9structuration, et nous nous expliquerons sans cesse des caract\u00e8res dissolvants que nous lui pr\u00eatons,  lesquels affleurent dans le passage ci-dessous qui rapproche irr\u00e9sistiblement des mots tels qu&rsquo;affaissement, effritement, effondrement, vertige, d\u00e9sordre,  et, au-dessus de tout, pour chapeauter, pour inspirer, pour griser, pour emporter irr\u00e9sistiblement, le mot magique en v\u00e9rit\u00e9, <strong>modernit\u00e9<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Voici pourquoi, malgr\u00e9 la stagnation de la production et le marasme des \u00e9changes, la propension au luxe, loin de fl\u00e9chir, s&rsquo;exasp\u00e9ra. Enfin, et surtout, l&rsquo;affaissement des structures mat\u00e9rielles provoqua l&rsquo;effritement, l&rsquo;effondrement d&rsquo;un certain nombre de valeurs qui avaient encadr\u00e9 jusque-l\u00e0 la culture d&rsquo;Occident. Ainsi s&rsquo;\u00e9tablit un d\u00e9sordre, mais qui fut rajeunissement et, pour une part, d\u00e9livrance.  Tourment\u00e9s, les hommes de ce temps le furent certainement plus que leurs anc\u00eatres, mais par les tensions et les luttes d&rsquo;une lib\u00e9ration novatrice. Tous ceux d&rsquo;entre eux capables de r\u00e9flexion eurent en tout cas le sentiment, et parfois jusqu&rsquo;au vertige, de<\/em> <strong><em>la modernit\u00e9<\/em><\/strong> <em>de leur \u00e9poque. Ils avaient conscience d&rsquo;ouvrir des voies, de les frayer. Ils se sentaient des hommes nouveaux<\/em>. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn v\u00e9rit\u00e9, notre incr\u00e9dulit\u00e9 est \u00e0 cette mesure qui nous arr\u00eate, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;appr\u00e9cier comme l&rsquo;on perce un myst\u00e8re,  si l&rsquo;on peut,  et l&rsquo;on pourra vite, myst\u00e8re de polichinelle Cette incr\u00e9dulit\u00e9 s&rsquo;adresse au commentateur par ailleurs si \u00e9clair\u00e9 (Duby) lorsqu&rsquo;il d\u00e9crit le Temps des cath\u00e9drales : comment peut-on, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 l&rsquo;homme gothique, cet \u00eatre sauv\u00e9, illumin\u00e9 par les rayons de Dieu et avec son visage sur la clart\u00e9 duquel s&rsquo;\u00e9bauche le sourire des anges, comment peut-on accueillir l&rsquo;affaissement et l&rsquo;effondrement de tout cela presque avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 satisfaite Ces mots, progr\u00e8s, modernit\u00e9, ont en eux la puissance de la magie noire du mal\u00e9fice, n&rsquo;est-ce pas, sa fascination, l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;attirance irrationnelle qu&rsquo;elle exerce sur nos psychologies soudain affaiblies par la musique de la chose, comme Ulysse par le chant des sir\u00e8nes ; mais le rus\u00e9 Ulysse, lui, avait pris la m\u00e2le pr\u00e9caution de se faire lier au mat de son navire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce vaste mouvement affleurent d\u00e9j\u00e0 toutes les tensions, les audaces, les bouillonnements, les ivresses novatrices de la Renaissance ; allant de pair avec cet \u00e9lan de la modernit\u00e9, se forment les exigences de r\u00e9forme qui vont accompagner ce mouvement de la Renaissance que l&rsquo;\u00c9glise porte sur ses fonds baptismaux. On a vu dans la Partie pr\u00e9c\u00e9dente le caract\u00e8re paradoxal des positions de Rome et de la R\u00e9forme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Renaissance, lorsque tous les acteurs eurent \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s, au XVI\u00e8me si\u00e8cle. L\u00e0 aussi, selon l&rsquo;exigence de puret\u00e9 qu&rsquo;appelle la vertueuse dynamique de la modernit\u00e9, se d\u00e9veloppent dans l&rsquo;\u00c9glise les diverses contradictions que la Renaissance mettra bient\u00f4t \u00e0 nu et \u00e0 vif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ce que nous voulons mettre en \u00e9vidence, nous, au cur de notre hypoth\u00e8se, c&rsquo;est qu&rsquo;un mouvement <strong>inattendu<\/strong> s&rsquo;\u00e9tait manifest\u00e9 avec le Temps des cath\u00e9drales, comme une sorte d&rsquo;exhortation sublime qu&rsquo;on ne pouvait songer \u00e0 repousser, quelque chose qui d\u00e9passait l&rsquo;histoire. Toutes les querelles, tous les d\u00e9s\u00e9quilibres, toutes les incompatibilit\u00e9s apparus au sein de l&rsquo;Eglise dans sa totalit\u00e9 hi\u00e9rarchique et sa puissance imp\u00e9riale, et en dehors d&rsquo;elle dans ses rapports avec les la\u00efcs, particuli\u00e8rement durant la terrible Querelle des Investitures, tout cela s&rsquo;\u00e9tait dissip\u00e9 devant la puissance transcendantale du mouvement tel que nous l&rsquo;avons d\u00e9crit, au cur de la France, de la Grande Nation si proche des cieux. Ce mouvement \u00e9tait une entreprise sublime, une voie offerte pour transcender l&rsquo;histoire en une m\u00e9tahistoire qui romprait notre destin en le retenant au bord de l&rsquo;ab\u00eeme, puisque tout est ab\u00eeme en ce bas-monde. Il \u00e9tait \u00e9crit que la voie offerte par cette offrande magnifique du Temps des cath\u00e9drales sur la terre de France, en une occurrence d\u00e9barrass\u00e9e pour cet instant sublime des querelles terrestres \u00e0 propos de l&rsquo;exclusivit\u00e9 de la repr\u00e9sentation explicit\u00e9e de l&rsquo;Ineffable, ne serait pas saisie. Le mouvement vint \u00e0 son terme sans provoquer une de ces ruptures qui interrompent le cours de l&rsquo;histoire, pour pr\u00e9senter l&rsquo;alternative sublime vers la m\u00e9tahistoire. Si l&rsquo;Histoire a un destin, alors qu&rsquo;elle reprenne \u00e0 son compte le mot que l&rsquo;on pr\u00eate au premier des C\u00e9sars : <em>Alea jacta est !<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa puissance institutionnelle de l&rsquo;Eglise est d\u00e9sormais confront\u00e9e \u00e0 son destin s\u00e9culier, c&rsquo;est-\u00e0-dire confront\u00e9e \u00e0 la <strong>loi fondamentale de la modernit\u00e9<\/strong>, la <strong>Loi de la Dissolution<\/strong>. (Si l&rsquo;on voulait \u00eatre trivial ou scientifique, on parlerait, pour proposer une \u00e9quivalence op\u00e9rationnelle, d&rsquo;une sorte de Troisi\u00e8me Loi de la thermodynamique, d\u00e9signant dans ce cas ce que nous nommerions et nommerons d\u00e9sormais une entropisation, qui \u00e9tendrait d&rsquo;une fa\u00e7on institutionnelle,  la Loi elle-m\u00eame,  et op\u00e9rationnelle,  la progression vers l&rsquo;entropie,  ce ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel de l&rsquo;entropie. Ce serait la Chute par l&rsquo;entropisation.) L&rsquo;\u00c9glise avait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e dans l&rsquo;ambition de son expansion extr\u00eame ; \u00e0 sa place, nullement la mort du Christianisme, mais justement le retournement psychologique du Christianisme vers le comportement de ses origines, vers son activisme dissolvant, vers sa volont\u00e9 d\u00e9mocratique de puret\u00e9 doctrinale. Et <strong>rien, absolument rien<\/strong> ne nous dit qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une trahison, ou d&rsquo;une d\u00e9cadence, ou d&rsquo;une chute de la doctrine terrestre du Christianisme. Nous choisissons r\u00e9solument la r\u00e9ponse contraire : avec la Renaissance enfantant la R\u00e9forme comme premi\u00e8re \u00e9tape, comme on l&rsquo;a vu, avec le passage du XVII\u00e8me si\u00e8cle dont on dit peu de choses de cons\u00e9quence habituellement sinon de le percevoir enfant\u00e9 dans la dynamique du si\u00e8cle qui le pr\u00e9c\u00e8de, alors qu&rsquo;il est pourtant essentiel pour notre r\u00e9cit du Christianisme,  le processus historique se poursuit et nous conduit \u00e0 la pr\u00e9paration ultime de son entr\u00e9e dans sa voie dissolvante \u00e0 lui, qui est son \u00e2ge d&rsquo;or de l&rsquo;inversion pour le Christianisme, qui est le temps du XVIII\u00e8me si\u00e8cle ; et il s&rsquo;agit en v\u00e9rit\u00e9 du <strong>Christianisme<\/strong> que nous dirions <strong>authentique<\/strong> dans son aspect originel, qui s&rsquo;exprima sous la forme d&rsquo;un courant nouveau, d\u00e9gag\u00e9 des coutumes et murs de la Tradition, emport\u00e9 par la vertu humaniste, cette sensation en v\u00e9rit\u00e9 vertigineuse, m\u00eame avec le masque de la raison, d&rsquo;ouvrir la saison paradisiaque de la maturit\u00e9 humaine qui conduirait au bout du compte au constat de l&rsquo;homme de la science moderne. (D\u00e9sormais, Dieu n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire comme l&rsquo;on dirait d&rsquo;un cric pour enlever une roue, comme l&rsquo;ont d\u00e9termin\u00e9 les scientifiques-philosophailleurs, comme Dawkins avec son <em>Pour en finir avec Dieu<\/em>,  bien pire que le Dieu est mort de Nietzsche, sinon l&rsquo;inverse de cela, et d&rsquo;essence v\u00e9ritablement nihiliste, au contraire de cette seconde proclamation qui porte plut\u00f4t sur la foi,  la foi en Dieu est morte, constate Nietzsche, et cela \u00e0 nos risques et p\u00e9rils, sugg\u00e8re-t-il,  et cela parce que nos psychologies ont perdu toute leur force, sugg\u00e9rerions-nous.)  Ce courant, dont on a charg\u00e9 le protestantisme de toute la responsabilit\u00e9, se forme en v\u00e9rit\u00e9, et en toute lucidit\u00e9 de la part des protagonistes, dans l&rsquo;alliance d&rsquo;un protestantisme devenu de plus en plus politique et religieusement plus mod\u00e9r\u00e9 avec une aile lib\u00e9rale du catholicisme qui va se d\u00e9gager du poids des exigences de la Tradition. Le Christianisme est entr\u00e9 dans sa compl\u00e8te phase terrestre, qu&rsquo;il entend sublimer par ce qu&rsquo;il pr\u00e9tend \u00eatre encore sa spiritualit\u00e9, qui le tiendrait fermement li\u00e9 \u00e0 la transcendance de la Tradition et \u00e0 la haute pens\u00e9e de ses origine, sans se douter que cette sublimation sera politique d\u00e9sormais, et accord\u00e9e aux voies de la modernit\u00e9,  en un mot puis un autre, inversion et dissolution, et d&rsquo;abord des liens transcendantaux avec la Tradition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, passons \u00e0 ce XVII\u00e8me si\u00e8cle que nous jugeons, dans ce cas, plus important qu&rsquo;on a coutume d&rsquo;en dire, du point de vue de la crise religieuse et du destin du Christianisme. Nous laissons la Renaissance, que nous avons largement observ\u00e9e dans la Partie pr\u00e9c\u00e9dente, et nous nous rapprochons du terme essentiel de la transition n\u00e9cessaire vers le XVIII\u00e8me si\u00e8cle et son persiflage. Ce qu&rsquo;il nous importe de montrer, c&rsquo;est la continuit\u00e9 remarquable dans la dynamique perverse de la Chute du Christianisme ; et cette dynamique faisant, sur l&rsquo;essentiel, que le XVIII\u00e8me ne pourrait \u00eatre ce qu&rsquo;il fut, comme nous le voyons, sans que s&rsquo;impose, avant lui, le XVII\u00e8me si\u00e8cle tel que nous le d\u00e9couvrons S&rsquo;ouvrirait alors cette p\u00e9riode qui pourrait \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e de la fa\u00e7on la plus imag\u00e9e par cette courte phrase, tir\u00e9e d&rsquo;une complainte de fortune et de circonstance, o\u00f9 se fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;op\u00e9rationnalisation de nos esprits en qu\u00eate de pseudo-\u00e9l\u00e9vation, \u00e0 propos d&rsquo;une si futile exaltation ; phrase tir\u00e9e de sa chanson C&rsquo;est extra, du compositeur anarchiste L\u00e9o Ferr\u00e9, par ailleurs fort bienveillant, qui eut dans sa carri\u00e8re et dans son destin, sans \u00eatre mauvais lui-m\u00eame un seul instant, des accointances qui pouvaient malheureusement le conduire \u00e0 de telles professions de foi,  quelle \u00e9trange expression, n&rsquo;est-ce pas, que profession de foi dans ce cas : \u00ab <em>Et ce mal<\/em> [ce Mal] <em>qui nous fait du bien<\/em>. \u00bb (Comment dire : mal ou Mal ? Poser cette question, c&rsquo;est montrer que nous sommes d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 passer au si\u00e8cle de persiflage, dit-des Lumi\u00e8res, lorsque nous aurons d\u00e9couvert notre XVII\u00e8me si\u00e8cle comme nous allons le faire.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">18 <\/span> Le XVII\u00e8me si\u00e8cle semblerait un si\u00e8cle o\u00f9 la question du Christianisme sous sa forme furieuse et pol\u00e9mique du temps des Guerres de Religion perd de son acuit\u00e9 et de son importance, tandis que, selon l&rsquo;image habituelle qui pr\u00e9tendrait \u00e0 la vertu rapide du clich\u00e9, les d\u00e9veloppements des sciences et de l&rsquo;esprit de raison s&rsquo;installeraient au premier rang des caract\u00e8res du si\u00e8cle et installeraient les pr\u00e9misses de la modernit\u00e9. Emprisonn\u00e9 dans cette fatalit\u00e9, le Christianisme r\u00e9duit \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une religion dont le grand et cruel d\u00e9chirement avait \u00e9branl\u00e9 le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, serait enferm\u00e9e sous le label de <em>Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance<\/em>. Une autre perspective, nourrie \u00e0 quelques faits historiques qu&rsquo;on peut relever et interpr\u00e9ter avec le plus grand profit,  pour notre compte, avec le livre <em>Le Grand Si\u00e8cle des \u00e2mes<\/em>, de monsieur Robert Sauzet,   invite \u00e0 retourner le sch\u00e9ma et \u00e0 donner au XVII\u00e8me si\u00e8cle une place importante dans la poursuite de l&rsquo;aventure de la rupture religieuse de notre civilisation ; avec la poursuite parfois pressante, souvent tragique, presque toujours politique et toujours eschatologique, de l&rsquo;antagonisme non d\u00e9pourvu d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des relations entre catholiques et protestants. Ainsi nous inviterait-il, ce si\u00e8cle, \u00e0 aller plus \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame de notre embrassement, aussi bien de l&rsquo;accident catastrophique de la perversion du Christianisme que du d\u00e9veloppement catastrophique de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cadre diff\u00e9rent, on retrouve une continuation des guerres de religion par des moyens et des mouvements d&rsquo;intensit\u00e9s et selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes, o\u00f9 l&rsquo;Edit de Nantes et sa R\u00e9vocation, s&rsquo;ils ont des effets politiques et symboliques, voire d\u00e9mographiques, tous importants, ne r\u00e9solvent en rien ni ne pacifient vraiment les deux fr\u00e8res ennemis du Christianisme ; tout juste dira-t-on qu&rsquo;ils fixent les bornes de la suite et de la fin des agitations connues tout au long des guerres de religion. On remarquera aussit\u00f4t que le cadre est toujours celui de la France, qui est l&rsquo;une des sc\u00e8nes principales de l&rsquo;Europe et de ses d\u00e9chirements o\u00f9 la religion tient un r\u00f4le si important, et une sc\u00e8ne dont la centralit\u00e9 europ\u00e9enne et l&rsquo;influence p\u00e9renne sont affirm\u00e9es. A cause de ce qu&rsquo;il est et dans la mesure \u00e9galement o\u00f9 il est une repr\u00e9sentation remarquable de l&rsquo;Europe, ce pays continue \u00e0 tenir, avec le meilleur et le pire de lui-m\u00eame, un r\u00f4les essentiel dans la pi\u00e8ce terrible de l&rsquo;effondrement du Christianisme au cur de la civilisation, et de la rupture de la civilisation qui va avec. Venue du Temps des Cath\u00e9drales et des Guerres de Religion, la France, avant d&rsquo;\u00eatre une des principales machineries du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re avec le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res (du persiflage) et la grande R\u00e9volution ; figurant ainsi tous les c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;affreuse trag\u00e9die, le noir et le blanc d&rsquo;on ne sait quelle palette, d\u00e9signant on ne sait quel diable et on ne sait quel ange, \u00e0 la fois Nation du fond des abysses et Nation des sublimit\u00e9s sans limites. Enfin, la condition culturelle et politique de ce XVII\u00e8me connu \u00e9galement comme si\u00e8cle de Louis XIV renforce cette logique selon laquelle la France repr\u00e9sente de la plus remarquable des fa\u00e7ons, historiquement et symboliquement, les termes de l&rsquo;affrontement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais affrontement continu\u00e9, certes, venu des fureurs du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent et h\u00e9ritant de ses caract\u00e8res. Les doctrines et les conceptions sont plus que jamais emport\u00e9es par l&rsquo;exc\u00e8s, chacune enferm\u00e9e dans son intol\u00e9rance favorite. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entente possible et, d&rsquo;ailleurs, personne ne la cherche vraiment, comme s&rsquo;il y avait honneur et grandeur \u00e0 poursuivre dans cette voie de l&rsquo;absolu ; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entente possible et, pourtant, il y a une certaine communaut\u00e9 d&rsquo;esprit, une proximit\u00e9 plus extr\u00eame que paradoxale, qui commence d&rsquo;ailleurs par cet extr\u00e9misme semblable. Enfin ! Ces gens luttent pour la m\u00eame chose, ils en appellent \u00e0 l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;\u00c9glise du Christ et la consid\u00e8rent comme la leur propre, chacun ayant son id\u00e9e de la m\u00eame chose, d&rsquo;une communaut\u00e9 universelle, du Christianisme r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 son exemple Au reste, on trouve, en certaines occasions, ces ennemis irr\u00e9ductibles ais\u00e9ment rassembl\u00e9s en une communaut\u00e9 pour un combat sacr\u00e9, lorsqu&rsquo;il prend au monde occidental l&rsquo;esprit de retrouver celui des croisades ; lorsque le pape Alexandre VII appelle, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1660, \u00e0 une exp\u00e9dition sacr\u00e9e contre une nouvelle lign\u00e9e particuli\u00e8rement belliqueuse de vizirs de la Sublime Porte, et que Louis XIV lui r\u00e9pond positivement ; dans les guerriers qui se crois\u00e8rent, il y avait des Protestants et des Catholiques, ennemis d&rsquo;hier r\u00e9concili\u00e9s contre l&rsquo;Infid\u00e8le commun. On se trouve justifi\u00e9, en cons\u00e9quence, de quelque doute sur le <strong>r\u00e9el<\/strong> antagonisme des deux branches du Christianisme, issues du schisme en apparence fondamental de la Renaissance-R\u00e9forme ; on y trouve, apr\u00e8s tout, le m\u00eame esprit chez les uns et les autres, les m\u00eames exc\u00e8s, la m\u00eame passion absolument exclusive pour la chose divine, etc. ; bref, on y trouve la m\u00eame universalit\u00e9, par ailleurs r\u00e9duite au consentement r\u00e9clam\u00e9 avec des arguments de poids des populaces ext\u00e9rieures \u00e0 la gr\u00e2ce ainsi offerte. Certes, on opposerait l&rsquo;argumentation sans fin, incontestable et irr\u00e9futable, du refus des Protestants de la hi\u00e9rarchie, du refus de l&rsquo;\u00c9glise ma\u00eetresse de nos destins, du refus de l&rsquo;organisation civilisatrice, etc. Mais la th\u00e8se est ici que cette hi\u00e9rarchie est entr\u00e9e dans une agonie qui vient du Temps des cath\u00e9drales, avec cette sublime opportunit\u00e9 de la transcendance sacr\u00e9e \u00e9gar\u00e9e et abandonn\u00e9e pour des illusions progressistes. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du Temps des cath\u00e9drales, la hi\u00e9rarchie n&rsquo;a cess\u00e9 de faillir, elle a vu sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9rod\u00e9e, min\u00e9e comme par des termites, devenue usurpation par le fait ; son autorit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on subreptice mais assur\u00e9e par la faillite de sa l\u00e9gitimit\u00e9, figurant d\u00e9sormais dans le train des illusions perdues. <strong>Le r\u00e9formisme protestant ne met pas en cause une autorit\u00e9 supr\u00eame, il s&rsquo;accouche lui-m\u00eame d&rsquo;une autorit\u00e9 d\u00e9faillante<\/strong>. Il s&rsquo;en d\u00e9duit que cette argumentation du refus de la hi\u00e9rarchie, incontestable et irr\u00e9futable en son temps, et sans aucun doute tr\u00e8s honorable, n&rsquo;a ni sa place ni sa raison d&rsquo;\u00eatre dans notre propos qui consid\u00e8re cette histoire en faisant centrale l&rsquo;hypoth\u00e8se de la subversion g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ensemble des cadres du Christianisme. Ce constat nous conduit par cons\u00e9quent \u00e0 des r\u00e9flexions inhabituelles parce que d&rsquo;un ordre diff\u00e9rent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re d&rsquo;entre ces r\u00e9flexions est que le r\u00e9formisme, qu&rsquo;il soit luth\u00e9rien, calviniste, etc., jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on se fixe, par entente intellectuelle g\u00e9n\u00e9rale sur le mot protestant, est certes moins une rupture qu&rsquo;on croit. (Il y eut ce pasteur, g\u00e9n\u00e9ral dans sa mission, dans les Forces Arm\u00e9es Belges, arr\u00eatant l&rsquo;auteur, dans une conversation, sur le mot protestant interpr\u00e9t\u00e9 selon la meilleure foi du monde comme une protestation <strong>contre<\/strong>, et le reprenant sur la chose : \u00ab <em>Pas du tout Au d\u00e9part, le mot protestant vient de la description de la d\u00e9marche des r\u00e9formistes aupr\u00e8s du Saint Si\u00e8ge, r\u00e9formistes qui<\/em> <strong><em>protestaient de leur bonne foi<\/em><\/strong><em>, au propre et au figur\u00e9<\/em> \u00bb) Le mot qu&rsquo;on a dit doit \u00eatre m\u00e9dit\u00e9 : le r\u00e9formisme protestant ne met pas en cause une autorit\u00e9 supr\u00eame, il s&rsquo;accouche lui-m\u00eame d&rsquo;une autorit\u00e9 d\u00e9faillante. L&rsquo;impression retir\u00e9e du spectacle de ces agitations est \u00e0 la fois celle d&rsquo;une irr\u00e9m\u00e9diable opposition de l&rsquo;expression des extr\u00eames, \u00e0 la fois celle d&rsquo;une proximit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 identit\u00e9 de foi, de z\u00e8le, d&rsquo;amour divin, se traduisant par des d\u00e9cha\u00eenements de passions et d&rsquo;intol\u00e9rances r\u00e9ciproques ; cela sans que le cur des choses, le rapport \u00e0 Dieu, s&rsquo;en trouv\u00e2t affect\u00e9 ou f\u00fbt \u00e0 aucun moment concern\u00e9 par la querelle de doctrine. Ainsi se juge-t-il assez vite que ces gens qui s&rsquo;\u00e9tripent, s&rsquo;excommunient et s&rsquo;\u00e9charpent sans merci sont, au fond, faits pour s&rsquo;entendre. S&rsquo;ils ne s&rsquo;entendent pas, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9coutent pas les uns les autres et qu&rsquo;ils ont des facult\u00e9s d&rsquo;audition diff\u00e9rentes, mais c&rsquo;est la m\u00eame Voix venue d&rsquo;En-Haut qui les soul\u00e8ve dans leur indicible et similaire fureur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA partir de ces constats, et parce que nous connaissons les prolongements du drame et pr\u00e9tendons avoir les clefs de la trag\u00e9die, il nous faut aller plus loin Il nous faut avancer que cet activisme des extr\u00eames et des purs n&rsquo;est <strong>plus rien du tout<\/strong>, alors qu&rsquo;il aurait pu \u00eatre tout ; qu&rsquo;il n&rsquo;est que l&rsquo;agitation ultime, les derniers soubresauts d&rsquo;un grandiose cadavre agonisant ; qu&rsquo;il n&rsquo;est que les restes de ce qui faillit pr\u00e9tendre, avec de bien solides arguments, \u00e0 l&rsquo;Empire du Monde d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le Ciel \u00e0 l&rsquo;occasion de la Querelle des Investitures, de ce qui parut concevoir, selon nous, de rejoindre le Ciel \u00e0 partir de l&rsquo;aventure terrestre par le tournant sublime du Temps des cath\u00e9drales ; qu&rsquo;il n&rsquo;est plus, enfin, que le reste de ce qui, \u00e0 chaque fois, \u00e9choua ou ne sut distinguer la lumi\u00e8re. Selon cette appr\u00e9ciation, le protestantisme n&rsquo;est <strong>pas du tout<\/strong> cette force r\u00e9formiste radicale et r\u00e9volutionnaire qui va \u00eatre jug\u00e9e, bien souvent, comme la force d\u00e9sint\u00e9gratrice de la v\u00e9ritable structure de la Tradition qui est au cur du Christianisme. Il est, dans cette repr\u00e9sentation du XVII\u00e8me si\u00e8cle, de m\u00eame nature, de m\u00eame texture que l&rsquo;\u00c9glise de Rome ; la R\u00e9forme engendre la Contre-r\u00e9forme, et il y a entre les deux des liens que nul ne peut rompre, et aucune dissolution de l&rsquo;essence de la chose. Pour comprendre et, pour nous-m\u00eames, pour nous ins\u00e9rer dans notre sch\u00e9ma, il nous faut <strong>autre chose<\/strong>. Nous l&rsquo;avons, il suffit de se baisser pour ramasser les indices&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement appara\u00eet un autre courant, qui troque le tumulte et l&rsquo;intransigeance sectaire pour la belle conscience et la tol\u00e9rance. Le nom de Louis Bayle suffit \u00e0 le symboliser, les dates de 1680 \u00e0 1715 \u00e0 en donner les bornes (la seconde n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;une graine qui germera tout au long des Lumi\u00e8res). (Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand \u00e9crivit \u00e0 Voltaire, le 10 f\u00e9vrier 1767 : \u00ab <em>Bayle a commenc\u00e9 le combat, une foule d&rsquo;Anglais l&rsquo;a suivi, votre vocation est de l&rsquo;achever<\/em>. \u00bb) L&rsquo;expression de R\u00e9publique des Lettres propos\u00e9e par Sauzet pour caract\u00e9riser le courant suffit \u00e0 assurer qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un avant-go\u00fbt de ce qui nous attend, qui est fran\u00e7ais, europ\u00e9en avec le lien d&rsquo;Amsterdam dont on s&rsquo;expliquera plus loin, moderniste et \u00e9ventuellement huguenot mais pas seulement, qui peut rallier des catholiques beaux esprits et qui le fait, qui est enfin et essentiellement ouvert sur les Lumi\u00e8res qui brillent d\u00e9j\u00e0 au travers de lui. Le mouvement que symbolise Louis Bayle, qui peut aussi se parer, au titre de parrainage et d&rsquo;influence fondamentale, de l&rsquo;\u00e9tiquette vertueuse d&rsquo;\u00e9rasmisme du XVII\u00e8me si\u00e8cle, est, lui, la <strong>v\u00e9ritable rupture<\/strong> que nous attendons dans le cours de ce r\u00e9cit depuis l&rsquo;ascension avort\u00e9e du Temps des cath\u00e9drales, depuis que la Chute du Christianisme est en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Il n&rsquo;est bien entendu pas indiff\u00e9rent, ni du au hasard, \u00e0 notre sens et d&rsquo;une fa\u00e7on qu&rsquo;on jugera \u00e0 la r\u00e9flexion de celle de l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame, que John Locke publie en m\u00eame temps,  en 1690, au cur de l&rsquo;expansion du mouvement symbolis\u00e9 par Louis Bayle,  son <em>Second Trait\u00e9<\/em>, tenu pour la Bible originelle de l&rsquo;organisation \u00e9conomiste et lib\u00e9rale de la modernit\u00e9 d&rsquo;avec le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, par nombre de fid\u00e8les de cette Sainte-Chapelle. Les pi\u00e8ces du puzzle s&rsquo;assemblent, si bien qu&rsquo;il y en aurait pour croire qu&rsquo;il y a l\u00e0 la main de Dieu,  passant la main aux march\u00e9s et aux <em>banksters<\/em> qui organisent notre monde du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Cela doit \u00eatre not\u00e9 pour mieux organiser notre vision de la crise g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;effondrement dans notre temps.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBayle est n\u00e9 protestant, il va \u00e9tudier chez les J\u00e9suites, il se convertit au catholicisme \u00e0 21 ans, revient aux r\u00e9form\u00e9s l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s ; par cons\u00e9quent il quitte la France parce qu&rsquo;il y est relaps, y revient, en repart avec la R\u00e9vocation de l&rsquo;\u00c9dit de Nantes d&rsquo;octobre 1685, enfin trouve son havre de libre parole \u00e0 Amsterdam Enfin, il le croit. Il disposait d&rsquo;une modeste fonction de professeur \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole Illustre o\u00f9 il diffusait un enseignement de tol\u00e9rance sans gu\u00e8re de pr\u00e9c\u00e9dent, qu&rsquo;il \u00e9tendait \u00e0 toutes les religions, aux ennemis jur\u00e9s catholiques eux-m\u00eames, et m\u00eames aux ath\u00e9es pourvu que ceux-l\u00e0 s&rsquo;engageassent \u00e0 ne pas faire de pros\u00e9lytisme. Ainsi diffusait-il sa philosophie d&rsquo;extr\u00eame tol\u00e9rance qui s&rsquo;opposait, non aux catholiques ennemis des r\u00e9form\u00e9s, mais \u00e0 tous les extr\u00e9mismes et \u00e0 toutes les intol\u00e9rances. Selon cette logique impeccable et implacable, c&rsquo;est un Protestant assez extr\u00eame,  un Fran\u00e7ais \u00e9migr\u00e9 comme lui, le pasteur Pierre Jurieu,  qui, \u00e0 Amsterdam m\u00eame, monta contre lui une cabale pour d\u00e9noncer ce pros\u00e9lytisme. Il eut sa t\u00eate et Bayle dut quitter son poste, signant ainsi, au travers de quelques p\u00e9rip\u00e9ties qu&rsquo;il s&rsquo;agit de ne pas prendre au tragique mais qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer comme symboliques, un parcours qui renvoyait dos \u00e0 dos les uns et les autres,  extr\u00e9mistes catholiques et extr\u00e9mistes protestants,  dans une semblable opprobre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, le symbole n&rsquo;est l\u00e0 que pour l&rsquo;agr\u00e9ment ; ce qui nous importe est que Bayle, philosophe d&rsquo;une incomparable influence psychologique et politique, avec peu d&rsquo;entrain pour Saint Augustin et une grande admiration pour Saint Thomas, fut le point de fusion d&rsquo;une \u00e9cole de pens\u00e9e novatrice qui avait sa gazette, les <em>Nouvelles de la R\u00e9publique des Lettres<\/em>, dont on reconna\u00eet le nom ; qui avait son h\u00e9ros, cette statue de bronze d&rsquo;Erasme \u00e0 Amsterdam, \u00ab <em>mon camarade de bronze<\/em> \u00bb, disait Bayle ; qui avait sa voie trac\u00e9e, qui serait celle d&rsquo;ouvrir le monde au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, abandonnant les bruits et les fureurs des intol\u00e9rances devenues intol\u00e9rables Ce que nous voulons montrer, qui s&rsquo;impose d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;il averti, c&rsquo;est que l&rsquo;esp\u00e8ce de voie sacr\u00e9e qui allume les Lumi\u00e8res du Si\u00e8cle (le XVIII\u00e8me) destin\u00e9es \u00e0 \u00e9clairer nos consciences, qui va nous r\u00e9v\u00e9ler la modernit\u00e9, puis nous y conduire, cette voie sacr\u00e9e tourne le dos \u00e0 <strong>leur sacr\u00e9<\/strong>,  celui de Bayle et de ses amis, dont ils pr\u00e9tendent assurer le salut par la tol\u00e9rance ; elle tourne le dos \u00e0 <strong>leur sacr\u00e9<\/strong> bien qu&rsquo;elle soit le fait d&rsquo;eux-m\u00eames, gens d&rsquo;esprit qui ne sont \u00e9videmment pas indiff\u00e9rents \u00e0 la question religieuse, qui sont en v\u00e9rit\u00e9 des gens de foi, et de <strong>bonne foi<\/strong> si l&rsquo;on peut dire. Cette voie sacr\u00e9e qui ne l&rsquo;est nullement au bout du compte et qu&rsquo;ils ouvrent comme si elle l&rsquo;\u00e9tait, finira par cons\u00e9quent par les trahir. Certes, cette voie sacr\u00e9e n&rsquo;a rien de commun avec la lutte entre protestantisme et catholicisme qui d\u00e9chire le Christianisme depuis deux si\u00e8cles ; mais il n&rsquo;y faut pas voir aussit\u00f4t une d\u00e9viation et hausser les \u00e9paules en maudissant le complot de la modernit\u00e9,  et l\u00e0 appara\u00eet, soudain en pleine lumi\u00e8re, le <strong>nud central<\/strong> de l&rsquo;intrigue. La R\u00e9publique des Lettres, ce chemin de Bayle ralliant \u00e0 lui protestants mod\u00e9r\u00e9s et libres parleurs, et catholiques raisonneurs et raisonnables, tous bons esprits et (encore) croyants sinc\u00e8res, tout cela est porteur de valeurs profond\u00e9ment chr\u00e9tiennes, celles que nous rappelait Jean-Fran\u00e7ois Mattei et celles que la superbe plume de Saint Thomas nous d\u00e9crit. Bayle ne parle pas diff\u00e9remment que faisait Ab\u00e9lard, quatre si\u00e8cles plus t\u00f4t, il est de la m\u00eame veine <strong>progressiste<\/strong> que nous signalait d\u00e9j\u00e0 Duby, au dernier d\u00e9tour du Temps des cath\u00e9drales et abandonnant ainsi la voie du Temps des cath\u00e9drales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a donc, chez Bayle &#038; compagnie, en rien d\u00e9viation ou trahison du Christianisme. Au contraire, ces gens s&rsquo;appuient sur la vertu m\u00eame du mouvement qu&rsquo;ils croient honorer en l&rsquo;incurvant vers l&rsquo;humanit\u00e9, ou disons l&rsquo;humanitarisme sous la forme politique du lib\u00e9ralisme. Ils ne peuvent, \u00e0 cet instant, mesurer combien cette ouverture,  ouverture sur le monde, comme l&rsquo;on dit,  telle qu&rsquo;ils voient la chose, rec\u00e8le en fait une ouverture de leurs psychologies \u00e0 des menaces \u00e9pouvantables. Certes, c&rsquo;est par cette trou\u00e9e, qui ne compte alors que par sa b\u00e9ance et nullement par sa vertu, que va bient\u00f4t se pr\u00e9cipiter l&rsquo;influence du Mal, et confronter l&rsquo;homme \u00e0 cette proximit\u00e9 qui, comme l&rsquo;exprime Plotin, fait de certains des messagers et des porteurs du Mal sans les rendre mauvais en rien du tout,  \u00ab <em>mais les autres, ceux qui participeraient de lui et s&rsquo;y assimileraient, deviennent mauvais, n&rsquo;\u00e9tant pas mauvais en soi.<\/em> \u00bb Il se trouve \u00e9videmment qu&rsquo;on pourrait m\u00eame, et c&rsquo;est notre cas, plaider que ce courant anim\u00e9 par Bayle est le v\u00e9ritable h\u00e9ritier du Christianisme, au contraire des intol\u00e9rables folies des ultras catholiques et r\u00e9form\u00e9s,  et l&rsquo;argument semble bel et bien irr\u00e9sistible. Pour notre compte, nous ajoutons qu&rsquo;il en est si bien le v\u00e9ritable h\u00e9ritier que ce courant se r\u00e9v\u00e8le dans la retrouvaille avec la psychologie fondamentale des Chr\u00e9tiens de l&rsquo;origine, ceux qui conquirent Rome en y infiltrant la vie sociale et celle des murs civiques pour se l&rsquo;approprier, et en <strong>s&rsquo;abstenant<\/strong> d&rsquo;y prendre la moindre responsabilit\u00e9. L\u00e0 est bien le <strong>caract\u00e8re principal<\/strong> du nud central de l&rsquo;intrigue&#8230; Relisez Ferrero et appliquez l&rsquo;esprit du comportement qu&rsquo;il d\u00e9crit, en modifiant les d\u00e9tails de circonstance et de comportement qui sont accessoires puisque seulement moyens de r\u00e9aliser le ph\u00e9nom\u00e8ne : \u00ab <em>En effet, la nouvelle religion \u00e9tait pour l&#8217;empire une force<\/em> <strong><em>dissolvante<\/em><\/strong><em>, car elle pr\u00eachait que le chr\u00e9tien doit fuir les charges publiques, les honneurs, les fonctions qui mettaient sa foi en danger. Le Christianisme d\u00e9truisait l&#8217;empire par<\/em> <strong><em>l&rsquo;abstention<\/em><\/strong> \u00bb Bayle &#038; Cie proc\u00e8dent de m\u00eame. Ils fuient les actes publics que sont les agitations des ultras, les anath\u00e8mes collectifs, les interventions g\u00e9n\u00e9rales, furieuses ou approbatrices, par rapport aux institutions. Ils <strong>s&rsquo;abstiennent<\/strong> Mais quelle puissance, d\u00e9j\u00e0, est la leur, eux devant qui vont s&rsquo;ouvrir toutes grandes les portes lambriss\u00e9es des salons des grandes dames d&rsquo;esprit, qui abritent d\u00e9j\u00e0 les esquisses des soci\u00e9t\u00e9s de pens\u00e9e, lesquelles fa\u00e7onneront bient\u00f4t la toute nouvelle et toute vertueuse opinion publique&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ajouterons que cette retrouvaille de la psychologie fondamentale du Christianisme se conforte d\u00e9cisivement d&rsquo;une compl\u00e8te conformit\u00e9 avec la doctrine universaliste qui en est plus que jamais l&rsquo;essence. Retrouver cette psychologie des origines, c&rsquo;est retrouver les fondements du Christianisme, qui se rassemblent dans l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;ouverture au monde, impliquant l&rsquo;absence d&rsquo;engagements dans les choix et les identit\u00e9s diverses qui r\u00e9pondent aux contradictions du monde dont le Christianisme se veut lib\u00e9r\u00e9, comme il veut en \u00eatre le lib\u00e9rateur. L\u00e0-dessus, il est entendu, et m\u00eame comme allant de soi, que, pour garder toute leur vertu, ceux qui r\u00e9pondront \u00e0 l&rsquo;appel du Christianisme devront naturellement se ranger sous l&rsquo;aile bienfaisante et bienheureuse de l&rsquo;aspect op\u00e9rationnel de sa doctrine ; qu&rsquo;ils s&rsquo;abstiendront de toute responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;administration et la direction d&rsquo;entit\u00e9s marqu\u00e9es par leurs caract\u00e8res propres, leurs identit\u00e9s, leurs souverainet\u00e9s sp\u00e9cifiques, auxquelles le Christianisme entend passer outre ; qu&rsquo;ils deviendront par cons\u00e9quence et par la gr\u00e2ce de l&rsquo;abstention, Chr\u00e9tiens \u00e0 part enti\u00e8re, r\u00e9pondant \u00e0 ce qui est affirm\u00e9 dans leur chef comme le Principe, qui prend curieusement l&rsquo;allure de la n\u00e9gation des divers principes sur lesquels les hommes s&rsquo;appuient pour tenter de progresser vers leur identit\u00e9 principielle propre<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBayle et ses compagnons, modernes abstentionnistes de l&rsquo;entreprise politique en cours mais pugnaces critiques de la vie publique qui s&rsquo;en d\u00e9duit, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;image des intellectuels \u00e0 venir, nous apparaissent comme les pendants modernes des premiers Chr\u00e9tiens triomphants de l&rsquo;Empire. Ils sont au cur de la citadelle, honor\u00e9s dans elle, consid\u00e9r\u00e9s comme vertueux. Ils n&rsquo;ont pas de franche remarque \u00e0 l&rsquo;encontre ou en faveur de l&rsquo;architecture et de l&rsquo;infrastructure de la forteresse parce qu&rsquo;il semble bien que, chacun \u00e0 leur fa\u00e7on, ils se jugent trop investis de la gr\u00e2ce pour condescendre ; pourtant sourcilleux, sinon soup\u00e7onneux quant \u00e0 la vie qu&rsquo;on y m\u00e8ne, quant au climat qu&rsquo;il y fait, \u00e0 la forme puis au fond des opinions qu&rsquo;on y professe. Comme les premiers Chr\u00e9tiens, les gens de Louis Bayle sont investis de cette <strong>gr\u00e2ce<\/strong> de la foi r\u00e9volutionnaire qui ne cesse de d\u00e9baucher les curs et les humeurs au nom de la vertu de l&rsquo;\u00e2me, je veux dire la gr\u00e2ce de la foi de la tol\u00e9rance qui s&rsquo;attache les esprit et la morale au nom de la puissance tranquille de la conviction, que cette conviction se nomme foi naissante dans sa puret\u00e9, qu&rsquo;elle se nomme foi rationnelle ; ce sont les m\u00eames, enfin, premiers Chr\u00e9tiens comme gens de Louis Bayle Chez les uns et les autres, on retrouve, sous une forme \u00e0 peine modifi\u00e9e, disons sous une forme objectiv\u00e9e, ces traits psychologique de l&rsquo;inculpabilit\u00e9 et de l&rsquo;ind\u00e9fectibilit\u00e9, dont nous avons parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment et qui forment une part consid\u00e9rable de l&rsquo;arsenal du z\u00e8le r\u00e9volutionnaire pour d\u00e9structurer le monde qu&rsquo;il entend orienter \u00e0 sa guise. Ces traits psychologiques donnent au groupe, bient\u00f4t \u00e9tendu aux diverses \u00e9clats des Lumi\u00e8res, cette sorte de certitude tranquille d&rsquo;\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 du Bien du monde, de l&rsquo;avenir du monde, et de ce que ce Bien du monde en toutes choses ne peut \u00eatre que progressiste. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel et nous ne faisions dans ce cas que nous rafra\u00eechir la m\u00e9moire ; l&rsquo;essentiel est, bien s\u00fbr, dans ce que les Lumi\u00e8res, h\u00e9rit\u00e9es de cette veine du Christianisme qui en est le fleuron et le legs le plus lumineux, celui de la pure origine dans sa manifestation terrestre et h\u00e9ro\u00efque \u00e0 la gloire de Dieu, vont conduire r\u00e9guli\u00e8rement, avec une force constante, avec une conviction sans faille, la m\u00eame sorte d&rsquo;attaque contre ce que l&rsquo;on nommera plus tard l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, que celle que leurs lointains anc\u00eatres men\u00e8rent contre l&rsquo;Empire de Rome.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi voit-on, par la seule force du raisonnement selon les attendus que nous avons propos\u00e9s, comment on en vient \u00e0 conclure que les Lumi\u00e8res sont les d\u00e9positaires des vertus et des conceptions du Christianisme tel que nous l&rsquo;avons per\u00e7u selon les prolongements de sa doctrine mise dans le domaine temporel ; et, dans ce sens doit-on voir \u00e9galement les Lumi\u00e8res, comme parfait accomplissement du Christianisme, et pareillement, dans une m\u00eame logique, dans un m\u00eame mouvement, dans une m\u00eame \u00e9poque, le <strong>lib\u00e9ralisme<\/strong>, le <strong>progressisme<\/strong>, dont les noms sont \u00e9pel\u00e9s avec leurs vertus proclam\u00e9es, applications terrestres de la chose ; et, au bout du compte, la modernit\u00e9 elle-m\u00eame comme parfait accomplissement du Christianisme On comprend ais\u00e9ment l&rsquo;incongruit\u00e9 compl\u00e8te, que certains jugeraient monstrueuse, du propos par rapport \u00e0 ce qui est per\u00e7u habituellement des rapports entre le Christianisme, les Lumi\u00e8res, la modernit\u00e9, la R\u00e9volution et le grand \u00e9lan furieux contre l&rsquo;\u00c9glise et son Dieu, et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une logique infernale, dans laquelle l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est mise et a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e, coupable contre elle-m\u00eame, complice de sa propre perte, c\u00e9dant \u00e0 la terrible dynamique de l&rsquo;autodestruction Il est remarquable que, lorsque nous lisons une argumentation fi\u00e9vreuse et splendidement \u00e9rudite, indubitablement r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e, remarquablement document\u00e9e, et enfin des plus orthodoxes sur le fond par rapport au catholicisme traditionnel de l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne, le r\u00e9sultat nous conduise vers ce constat compl\u00e8tement inverti de la modernit\u00e9. Voici donc la pi\u00e8ce de cette \u00e9tonnante et, peut-\u00eatre, attristante d\u00e9monstration, <em>L&rsquo;\u00c9glise au risque de l&rsquo;histoire<\/em>, de Jean Dumont, publi\u00e9 en 1984. Contre les n\u00e9o-paganistes de la Nouvelle Droite et l&rsquo;hagiographe du syst\u00e8me lib\u00e9ral, protestant et anglo-saxon que se fit lui-m\u00eame le catholique Alain Peyrefitte dans <em>Le mal fran\u00e7ais<\/em> (1974), Dumont fait une magnifique d\u00e9monstration. Il montre que la plupart des proc\u00e8s faits \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise rel\u00e8vent de la propagande, soit protestante, soit la\u00efque, soit encore des courants de n\u00e9o-droite ; soit m\u00eame, parfois et pourquoi pas, de fractions avanc\u00e9es de l&rsquo;\u00c9glise&#8230; Ces proc\u00e8s sont outranciers, orient\u00e9s, mal intentionn\u00e9s, orient\u00e9s \u00e0 charge avec la condamnation \u00e0 l&rsquo;esprit avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre instruits. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des dossiers de l&rsquo;\u00c9glise face \u00e0 Rome, face aux h\u00e9r\u00e9sies, de l&rsquo;Inquisition espagnole, de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de l&rsquo;Am\u00e9rique latine, des guerres de religion, de l&rsquo;attitude de l&rsquo;\u00c9glise face \u00e0 la science <strong>moderne<\/strong>, toutes les accusations d&rsquo;obscurantisme et d&rsquo;aveuglement r\u00e9trograde, sans parler des horreurs qui vont avec, p\u00e2lissent diablement sans qu&rsquo;on ait \u00e0 forcer le trait. Nous ne doutons pas un instant de la validit\u00e9 de la plupart des d\u00e9monstrations \u00e9rudites qui nous sont expos\u00e9es, appuy\u00e9es sur une multitude vertigineuse de documents incontestables. Force nous est alors de reconna\u00eetre que les condamnations forcen\u00e9es de la <strong>modernit\u00e9<\/strong> contre l&rsquo;\u00c9glise sont infond\u00e9es, qu&rsquo;au contraire nous sommes conduits \u00e0 la conclusion du constat de la recherche de la <strong>modernit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral<\/strong> par l&rsquo;\u00c9glise au long de son histoire, et <strong>malgr\u00e9<\/strong> son histoire qui la pousserait au contraire. Il n&rsquo;y a dans cette affirmation, nulle ironie, pas le moindre sarcasme. Le fait nous appara\u00eet patent, et il l&rsquo;est enfin dans le texte et en toutes lettres de la part de ce catholiques dit traditionnaliste (Jean Dumont) lorsque, dans une page o\u00f9 l&rsquo;autre, l&rsquo;auteur nous livre ce qui peut tenir lieu de conclusion pour cette d\u00e9monstration Page 153, par exemple, Dumont \u00e9crit : \u00ab <em>Ainsi l&rsquo;\u00c9glise, pr\u00e9tendument fig\u00e9e dans la r\u00e9incarnation de Romulus,<\/em> <strong><em>n&rsquo;a-t-elle cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une modernit\u00e9<\/em><\/strong><em>. En d\u00e9finitive,<\/em> <strong><em>elle est la modernit\u00e9<\/em><\/strong><MI>, traduction n\u00e9cessaire de la Parole \u00e9ternelle qu&rsquo;elle livre. \u00bb Tout cela est bel et bon, au point que l&rsquo;on se dit : Mais alors, plus rien ne diff\u00e9rencie l&rsquo;\u00c9glise de Bayle &#038; Cie, eux qui sont la modernit\u00e9 m\u00eame, et tout est bien,  ou plut\u00f4t, pour notre compte, tout est dit, et ce qui est dit n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment la messe que certains auraient pu croire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que nous disons, nous, c&rsquo;est que, si l&rsquo;on suit la logique de ce que nous montre l&rsquo;accomplissement terrestre de la doctrine, et notamment pour ce qui est de la pr\u00e9tention magnifique du Christianisme \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9, alors l&rsquo;esprit de l&rsquo;ouverture au monde et de la tol\u00e9rance constitue le pilier m\u00eame de la vertu et de la sp\u00e9cificit\u00e9 chr\u00e9tiennes et il nous conduit \u00e0 la R\u00e9publique des Lettres, \u00e0 Louis Bayle, aux Lumi\u00e8res, \u00e0 la R\u00e9volution et \u00e0 la modernit\u00e9,  qui sont, en v\u00e9rit\u00e9, tels qu&rsquo;ils se sont finalement manifest\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 nous, jusqu&rsquo;\u00e0 nos terribles si\u00e8cles de la modernit\u00e9 pour en venir jusqu&rsquo;\u00e0 notre temps m\u00e9tahistorique, le contraire m\u00eame de ce que pr\u00e9tend \u00eatre le Christianisme. Il y a l\u00e0 un m\u00e9canisme diabolique ; on y reconna\u00eet l&rsquo;inversion, une des inventions favorites du Mal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette contradiction nous renvoie \u00e0 notre grand tournant du Temps des cath\u00e9drales, o\u00f9 nous pr\u00e9tendons que l&rsquo;\u00c9glise et le Christianisme se perdirent en ratant la bifurcation ouvrant la voie sacr\u00e9e qui aurait d\u00fb \u00eatre leur accomplissement, non plus terrestre, mais liant le domaine terrestre au Ciel, en r\u00e9conciliant le premier avec le deuxi\u00e8me. C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 que nous devons, pour ce qui est du Christianisme, consid\u00e9rer ce qui suit, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accomplissement d\u00e9cisif avec le persiflage des Lumi\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 la catastrophe finale du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re qui s&rsquo;affirma entre 1776 et 1825. Ce XVII\u00e8me si\u00e8cle, ce <em>Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance<\/em> est l&rsquo;observatoire final \u00e0 partir duquel nous pourrons entrer dans la m\u00eal\u00e9e de la modernit\u00e9 dont le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re est le premier paroxysme, et le paroxysme fondateur. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">19 <\/span> Il est temps enfin d&rsquo;observer, pour justifier plus directement le titre de cette partie, qu&rsquo;en plus de ce que nous avons succinctement d\u00e9crit du <em>Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance<\/em>, nous rencontrons, au cours du XVII\u00e8me si\u00e8cle, plusieurs occurrences d&rsquo;eschatologisation des sentiments et des \u00e9lans de foi. Divers courants eschatologiques, dont nombre sont \u00e9videmment li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9misme des affrontements entre ultra catholiques et ultra protestants, parcourent le si\u00e8cle. La plus digne d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, pour notre propos, est cette flamme eschatologique grondante qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e dans l&rsquo;aventure pleine de r\u00e9f\u00e9rences mystiques et religieuses de la d\u00e9couverte du Nouveau Monde, entr\u00e9e dans sa phase active, inaugurant l&rsquo;intense modernit\u00e9 du domaine, au d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle ; il s&rsquo;agit \u00e0 la fois d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement temporel compl\u00e8tement ind\u00e9pendant des guerres de religion, \u00e0 la fois d&rsquo;une des veines essentielles de notre th\u00e8se, l&rsquo;un des trois composants du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re et l&rsquo;un des facteurs essentiels de la crise g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de l\u00e0. Le Nouveau Monde est un des moteurs grondants et le symbole fondamental de notre aventure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>D\u00e8s l&rsquo;origine<\/em>, \u00e9crit Sauzet, <em>la d\u00e9couverte de l&rsquo;Am\u00e9rique fut v\u00e9cue comme un signe manifeste de l&rsquo;imminence des \u00e9preuves annonc\u00e9es par l&rsquo;Apocalypse. Christophe Colomb en est l&rsquo;exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre. Il a expos\u00e9 lui-m\u00eame que son projet de rejoindre les Indes par l&rsquo;ouest devait aboutir \u00e0 la conversion des peuples d&rsquo;Asie<\/em>. [] <em>Seulement cent cinquante-deux ans, estime-t-il en 1501, doivent s&rsquo;\u00e9couler avant la disparition du monde pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une \u00e8re de paix, les ultimes efforts des puissances diaboliques et le Jugement dernier<\/em>. []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Il \u00e9tait n\u00e9cessaire de situer ce climat eschatologique car nous le retrouvons un si\u00e8cle<\/em> [et demi] <em>plus tard, en Nouvelle-France<\/em>. [] <em>L&rsquo;esp\u00e9rance angoiss\u00e9e des \u00e9preuves de la consommation des temps, le sentiment de l&rsquo;imminence de cette sortie dramatique et glorieuse de l&rsquo;Histoire devaient se manifester avec beaucoup de force dans les ann\u00e9es 1660 au XVII\u00e8me si\u00e8cle, chez les religieux de la Nouvelle-France, au moment de la grande guerre des Iroquois.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPoussant notre d\u00e9marche intuitive \u00e0 son terme pour cette s\u00e9quence, il nous importe de montrer ici le parall\u00e9lisme antagoniste entre le mouvement victorieux de transformation du Christianisme vers la modernit\u00e9 de Louis Bayle, d&rsquo;une part ; et, d&rsquo;autre part, ce mouvement que nous qualifierions de d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, de l&rsquo;eschatologisation, d&rsquo;une force symbolique singuli\u00e8re avec cette apparition du Nouveau Monde enfantant rapidement (l&rsquo;espace d&rsquo;un gros si\u00e8cle, \u00e0 cette charni\u00e8re historique fondamentale pour notre propos) un d\u00e9sir, un besoin, une n\u00e9cessit\u00e9 eschatologique exprim\u00e9e bien s\u00fbr par cette id\u00e9e de la venue de la Fin des Temps. (L&rsquo;on observera sans surprise excessive que ce d\u00e9sir-besoin-n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;eschatologisation, s&rsquo;il touche les catholiques extr\u00eames dans la citation rapport\u00e9e, touche \u00e9galement les protestants extr\u00eames, dans le chef des Puritains d\u00e9barqu\u00e9s dans la Nouvelle-Angleterre et qui font de la bataille pour l&rsquo;\u00e9limination ou la dispersion des Indiens, ces sauvages ext\u00e9rieurs au Christianisme, leur bataille ultime pour leur eschatologie, et la Fin des Temps pour eux aussi. On retrouve l&rsquo;unit\u00e9 des extr\u00eames d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e plus haut, quels que soient les moyens de cette eschatologisation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans notre interpr\u00e9tation, il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire et de l&rsquo;\u00e9tape ultime qui accomplit la mort de la tentative terrestre du Christianisme. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il y a le mouvement victorieux de Louis Bayle avec sa promesse d&rsquo;universalit\u00e9 lib\u00e9ratrice, conduisant \u00e0 la modernit\u00e9 fossoyeuse du Christianisme tout en suivant les pr\u00e9ceptes terrestres les plus glorieux de l&rsquo;op\u00e9rationnalit\u00e9 de la religion terrestre ; de l&rsquo;autre, il y a le mouvement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 avec sa n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;eschatologisation, constituant une tentative effectivement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de forcer le destin en pr\u00e9cipitant l&rsquo;Apocalypse qui \u00e9viterait la perversion et la chute de la transformation dans la modernit\u00e9. Mais l&rsquo;on comprend que les victorieux de Bayle ne pouvaient que l&rsquo;\u00eatre, puisque ce sont eux qui disent le <strong>vrai<\/strong> d&rsquo;un Christianisme qui n&rsquo;a cess\u00e9 de basculer dans la Chute apr\u00e8s la tentative avort\u00e9e du Temps des cath\u00e9drales, qui n&rsquo;a plus cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre <strong>moderne<\/strong> ; de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, nous savons bien qu&rsquo;on ne force pas le destin divin, qu&rsquo;on ne peut forcer la main de Dieu avec cette contradiction en soi qui est de chercher \u00e0 provoquer l&rsquo;eschatologisation dans les mati\u00e8res humaines et par les mani\u00e8res humaines <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa tentative \u00e9tait effectivement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e mais elle nous laisse, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, avec un monstre au berceau Il s&rsquo;agit du Nouveau Monde, dont on esp\u00e9rait qu&rsquo;en l&rsquo;interpr\u00e9tant comme l&rsquo;ultime conqu\u00eate terrestre du peuple de Dieu, o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9duirait les derniers sauvages qui repoussent la Loi divine, on conduirait ce peuple ainsi r\u00e9uni \u00e0 la rupture eschatologique ma\u00eetresse de tout ; au contraire ! On d\u00e9couvre, dans un sens compl\u00e8tement oppos\u00e9 et \u00f4 combien plus assur\u00e9 d&rsquo;un symbolisme si puissant, \u00e0 l&rsquo;image du Diable lui-m\u00eame, que le Nouveau Monde ne va plus tarder \u00e0 prendre nos \u00e2mes dans les rets de sa fascination, cette fascination par l&rsquo;image, fard\u00e9e de <em>technicolor<\/em> et gonfl\u00e9e de <em>cin\u00e9rama<\/em>, projet\u00e9e par la machinerie hollywoodienne sur la paroi r\u00e9nov\u00e9e et ripolin\u00e9 de la caverne en carton bouilli d&rsquo;un Platon usurp\u00e9 par un acteur de S\u00e9rie B ; on d\u00e9couvre qu&rsquo;il va \u00eatre, le Nouveau Monde, le premier des accoucheurs, par la gr\u00e2ce au forceps de la r\u00e9volution am\u00e9ricaniste, chronologiquement premier \u00e9l\u00e9ment du d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re. C&rsquo;est bien l&rsquo;acte, ce d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, qui donne son vrai visage \u00e0 la modernit\u00e9, qui est celui de la Chute, qui est la voie vers la Fin des Temps, vers la crise eschatologique qui nous embrase et nous emporte aujourd&rsquo;hui Ainsi s&rsquo;agit-il bien, pour nous, de la passerelle eschatologique lanc\u00e9e par ces d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s du XVII\u00e8me si\u00e8cle, venue jusqu&rsquo;\u00e0 nous, surmontant et entra\u00eenant ce flux formidable de la modernit\u00e9 qui n&rsquo;est nulle autre chose, au terme de la Chute, que l&rsquo;antichambre de notre grande crise, de notre crise haute ; qui n&rsquo;est rien de moins, enfin, que cette terrible et d\u00e9cisive crise terminale de la contre-civilisation. Cette passerelle eschatologique n&rsquo;est pas dress\u00e9e entre la Renaissance et le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, ou <strong>contre<\/strong> cette connexion fondamentale, mais bien entre l&rsquo;\u00e9chec de ces d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s du XVII\u00e8me si\u00e8cle et notre \u00e9poque de la crise terminale de notre contre-civilisation, comme la suggestion, ou la pr\u00e9monition pour notre Fin des Temps c&rsquo;est selon, de la voie eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne nous importe pas, ici, de faire l&rsquo;apologie de ces d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s du Grand Si\u00e8cle de l&rsquo;Intol\u00e9rance en reconnaissant la passerelle qu&rsquo;ils ont lanc\u00e9e vers nous dans la dimension religieuse qu&rsquo;ils auraient voulu lui donner par simple logique, mais de reconna\u00eetre cette passerelle pour <strong>ce qu&rsquo;elle est<\/strong> : le signe puissant que notre temps est <strong>aussi<\/strong> un temps d&rsquo;eschatologisation, un temps o\u00f9 le destin h\u00e9site et consid\u00e8re cette issue de la Chute finale. Il faut, sinon accepter ce sch\u00e9ma, du moins consid\u00e9rer la possibilit\u00e9 de cette issue,  surtout quand les \u00e9v\u00e9nements nous pressent de le faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi le Christianisme terrestre, moribond comme on le voit, sur le point de se faire <em>hara-kiri<\/em>,  ce qu&rsquo;il fait tout au long du XVIII\u00e8me,  a-t-il succomb\u00e9, dans un dernier spasme, semant le germe de la Fin des Temps qui scelle son destin comme il scelle le n\u00f4tre. L&rsquo;on comprend alors que cette lugubre destin\u00e9e de la sublime aventure (celui du Christianisme) n&rsquo;est pas sans appel ni sans effet, qu&rsquo;elle semble <strong>aussi<\/strong> \u00eatre une pi\u00e8ce, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait m\u00eame d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment essentiel, d&rsquo;un vaste dessein qui nous d\u00e9passe en embrassant la m\u00e9tahistoire du cycle o\u00f9 nous avons notre place.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<span class=\"lettrine\">20 <\/span> Mon propos g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9, dans la gen\u00e8se et m\u00eame dans le cours de cette partie du r\u00e9cit, de traiter principalement du Christianisme, y compris du point de vue sp\u00e9cifique de l&rsquo;histoire de cette religion et de la place qu&rsquo;elle occupe dans notre civilisation, non plus que du point de vue plus \u00e9lev\u00e9 de sa th\u00e9ologie ; donc, en traitant du Christianisme comme je l&rsquo;ai fait tout de m\u00eame, je ne traitai pas du Christianisme au sens o\u00f9 l&rsquo;on entend cette d\u00e9marche ; en traitant du Christianisme, enfin, ma d\u00e9marche d\u00e9couverte au fil du propos et de la pens\u00e9e \u00e9tait bien de traiter du Mal, par tentative de d\u00e9monstration de ce que le Mal a fait au Christianisme, et de ce qu&rsquo;il a fait du Christianisme. C&rsquo;est sous le magist\u00e8re et l&#8217;empire <strong>qu&rsquo;aurait d\u00fb imposer<\/strong> le Christianisme pour \u00eatre digne de son ambition que le Mal a surgi, dans un \u00e9lan et un jaillissement conduisant au d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, cela d&rsquo;une intensit\u00e9 telle qu&rsquo;elle semblerait parfois pouvoir faire croire que nul, jamais, ne pourra revenir l\u00e0-dessus et avoir raison de lui. Sans aller pour l&rsquo;instant plus avant dans l&rsquo;examen de cette hypoth\u00e8se de savoir si le Mal pourrait \u00eatre install\u00e9 \u00e0 jamais ou s&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une impression faussaire dispens\u00e9e par la force de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dans des psychologies fragiles, ce qui est \u00e9videmment (le deuxi\u00e8me terme de l&rsquo;alternative) l&rsquo;orientation naturelle de mon jugement, mais pour ce qui est du Christianisme dans sa repr\u00e9sentation terrestre et de la situation m\u00e9tahistorique que nous avons d\u00e9crite, la d\u00e9marche de cette partie du r\u00e9cit revint donc \u00e0 traiter de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame, et que l&rsquo;on doit estimer d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 <strong>fatale<\/strong>, du Christianisme au Mal. Comme il est essentiel de le voir dans tous les cas, ce constat constitue bien le <strong>fait central<\/strong> du propos dans cette Partie du r\u00e9cit et il en marque sa conclusion centrale, jusqu&rsquo;\u00e0 en venir s&rsquo;il le faut \u00e0 notre temps pr\u00e9sent, ou courant<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>A-parte<\/em><\/strong> du temps courant <D>  En effet, le r\u00e9cit portant ici sur la passerelle eschatologique entre le XVII\u00e8me si\u00e8cle et notre XXI\u00e8me si\u00e8cle, il n&rsquo;est pas illogique de mentionner une appr\u00e9ciation succincte sur ce XXI\u00e8me si\u00e8cle, du point de vue du Christianisme comme nous l&rsquo;avons \u00e9voqu\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire par rapport \u00e0 la progression du Mal. Parcourant ces lignes \u00e0 nouveau, avant la premi\u00e8re publication dite en ligne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2013, la tentation s&rsquo;est ajout\u00e9e \u00e0 la logique d&rsquo;y mettre quelques consid\u00e9rations sur les \u00e9v\u00e9nements les plus r\u00e9cents, les plus conjoncturels, les plus \u00e9loign\u00e9s de la r\u00e9flexion qui cherche profondeur et dur\u00e9e plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9clat et fugacit\u00e9 ; et ceci, sans nul doute, nullement pour d\u00e9florer cela, bien entendu&#8230; La tentation existe parce que ces \u00e9v\u00e9nements ne contredisent en rien le <strong>fait central<\/strong> du propos de cette partie du r\u00e9cit ; malheureusement, ils le renforcent, l&rsquo;\u00e9clairent d&rsquo;une lumi\u00e8re sinistre et suscitent un jugement de la plus grande bassesse sur le sort de l&rsquo;Eglise de Rome.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une troublante similitude entre le sort de cette \u00c9glise emport\u00e9e dans une crise de dissolution qui fait craindre l&rsquo;effondrement, et le Syst\u00e8me lui-m\u00eame, lanc\u00e9 sur une course similaire. On ne peut se lib\u00e9rer d&rsquo;un malaise devant cette occurrence qui semblerait <strong>rassembler<\/strong> ces deux entit\u00e9s fondamentales, comme si m\u00eame un march\u00e9 pouvait avoir \u00e9t\u00e9 conclu entre les deux, pour tenter de freiner cette chute effrayante en additionnant et combinant ce qui leur reste de forces. L&rsquo;\u00c9glise apporterait au Syst\u00e8me repr\u00e9sentatif de notre contre-civilisation, ce qu&rsquo;on nomme lestement un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me, ou d&rsquo;apparence d&rsquo;\u00e2me, comme on donne une caution, comme pour sembler lui donner un sens ; le Syst\u00e8me offrirait \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise une pseudo-s\u00fbret\u00e9 en lui reconnaissant une sorte de magist\u00e8re moral, exprim\u00e9 essentiellement dans le vacarme du syst\u00e8me de la communication, par le prestige de l&rsquo;institution papale, par la fascination \u00e9prouv\u00e9e pour l&rsquo;institution papale, si \u00e9vidente lors de l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;un nouveau pape (cas de mars 2013 justement, apr\u00e8s les circonstances inhabituelles et n\u00e9cessairement troublantes de la d\u00e9mission de Beno\u00eet XVI) Les deux s&rsquo;adoubant ainsi l&rsquo;un l&rsquo;autre feraient de cette hypoth\u00e8se d&rsquo;une sorte de march\u00e9 une chose malheureuse, qu&rsquo;on pourrait juger \u00e0 juste titre d&rsquo;une extr\u00eame bassesse. Il n&rsquo;est pas question d&rsquo;ajouter ici une critique de circonstance port\u00e9e contre le Christianisme ; il est question d&rsquo;observer que le Christianisme, qui a sembl\u00e9 se contracter dans l&rsquo;\u00c9glise elle-m\u00eame, n&rsquo;oppose aucune r\u00e9sistance s\u00e9rieuse \u00e0 un courant qui met en cause l&rsquo;essence m\u00eame de son origine,  ce courant qu&rsquo;il a lui-m\u00eame contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er, d&rsquo;une fa\u00e7on si regrettable ; au contraire, il continuerait \u00e0 y contribuer par souci de tactique sans la moindre \u00e9laboration, mais quoi, <em>persevere diabolicum<\/em> quoi qu&rsquo;il en soit. Cela nous conduit \u00e0 une remarque d&rsquo;importance, encore plus en y ajoutant le constat de la longue p\u00e9riode que nous avons observ\u00e9e et en consid\u00e9rant ce qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 le combat constant de l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;hypoth\u00e8se th\u00e9orique et sp\u00e9culative du rapprochement du Christianisme avec la force du Syst\u00e8me qui est n\u00e9cessairement ath\u00e9e par rapport \u00e0 la spiritualit\u00e9 renvoyant au Principe et \u00e0 l&rsquo;Unique, ne se d\u00e9ment pas d&rsquo;elle-m\u00eame parce que nous percevons d&rsquo;une fa\u00e7on assez \u00e9vidente cette chose inattendue que ce rapprochement n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement contre-nature. De l\u00e0 notre conclusion, pour nos futures r\u00e9flexions, \u00e0 propos de ce destin terrestre de l&rsquo;\u00c9glise, passant par son manquement \u00e0 l&rsquo;accomplissement de sa Mission au Temps des cath\u00e9drales, puis ce qui a suivi,  conclusion suivant laquelle l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est bien plus pr\u00e9occup\u00e9e des croyances, des religions et des particularit\u00e9s y compris internes concurrentes d&rsquo;elle-m\u00eame telle qu&rsquo;elle se con\u00e7oit, qu&rsquo;elle a constamment soup\u00e7onn\u00e9es, combattues, d\u00e9nonc\u00e9es, tent\u00e9 d&rsquo;amadouer \u00e0 son avantage, etc., que des forces anti-spirituelles et modernistes engag\u00e9es pourtant dans la furieuse et hurlante bataille contre le Principe qui a accompagn\u00e9 le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re. On en d\u00e9duirait effectivement que l&rsquo;alliance \u00e9voqu\u00e9e ici est moins contre-nature qu&rsquo;elle ne para\u00eet, et alors son principe qui ne serait pas rejet\u00e9 accomplirait compl\u00e8tement le destin catastrophique du Christianisme en rendant compte des soup\u00e7ons les plus profonds.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on encore plus g\u00e9n\u00e9rale, nous sommes conduits \u00e0 une autre conclusion, certes \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;aventure chr\u00e9tienne mais avec le Christianisme consid\u00e9r\u00e9 comme les autres religions telles qu&rsquo;elles existent au sein du Syst\u00e8me, pour la situation de ce d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 la religion d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale est brandie partout comme acteur principal, \u00e0 proscrire et \u00e0 d\u00e9truire ou \u00e0 magnifier c&rsquo;est selon. Cette conclusion g\u00e9n\u00e9rale, c&rsquo;est que le fait de la religion comme force et comme structure dont on a rappel\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e courante qu&rsquo;elles sont celles d&rsquo;un acteur principal, est devenue <strong>au contraire<\/strong> un outil dans un gigantesque \u00e9branlement du monde qui la d\u00e9passe ; et nous disons, certes, <strong>bien plus<\/strong> \u00e9branlement du monde qu&rsquo;affrontement ; et la religion outil et rien d&rsquo;autre, et certainement pas acteur ; et la religion outil de l&rsquo;\u00e9branlement du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire outil du d\u00e9sordre  En un sens, si l&rsquo;on inclut dans notre d\u00e9veloppement sur le Christianisme et dans ce bref coup d&rsquo;il sur la situation actuelle, les agitations des autres grandes religions monoth\u00e9istes, ce \u00e0 quoi l&rsquo;on assiste aujourd&rsquo;hui ne serait nullement tout ceci,  ni un affrontement de religions [de civilisations, moins encore !], ni une affirmation des religions,  mais <strong>au contraire une  d\u00e9route compl\u00e8te<\/strong> des religions monoth\u00e9istes qui ont toutes plus ou moins eu un r\u00f4le, et surtout le r\u00f4le exclusif du spirituel, dans l&rsquo;accouchement de notre civilisation devenue contre-civilisation. Cette d\u00e9route compl\u00e8te accompagne celle du Syst\u00e8me que ces religions ont contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er, sans doute le plus involontairement qui soit, par le seul fait de leur affirmation monoth\u00e9iste ; parce que, selon cette approche, cette affirmation monoth\u00e9iste appara\u00eet m\u00e9thodologiquement inspiratrice de l&rsquo;exclusivisme herm\u00e9tique du Syst\u00e8me et m\u00eame de la source dont il proc\u00e8de (le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re grosse de lui d\u00e8s qu&rsquo;elle se manifeste), de leur jaillissement et de leur existence m\u00eame Nous nous en tenons l\u00e0 dans cette incursion dans notre temps courant, \u00e0 propos de questions et de remarques qui laissent \u00e0 penser, qui nous solliciteront par cons\u00e9quent \u00e0 nouveau, non sans noter combien cette passerelle eschatologique qui a fait le th\u00e8me de circonstance de cette partie du r\u00e9cit poss\u00e8de de bien diverses facettes, et diverses fa\u00e7ons de s&rsquo;affirmer. Effectivement, elle vient jusqu&rsquo;\u00e0 nous pour nous interpeller \u00e0 propos de son propre destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Justification du propos. <\/strong>  Allons plus avant en retrouvant notre chronologie qui, paradoxalement, nous ram\u00e8ne en arri\u00e8re. Ce qui nous a guid\u00e9 dans cette partie du r\u00e9cit en proposant, comme nous l&rsquo;\u00e9crivons \u00e0 son d\u00e9but, de penser le Christianisme <strong>comme si<\/strong> la divine origine de ce ph\u00e9nom\u00e8ne constituait une v\u00e9rit\u00e9 acquise et admise sans \u00e9nervement de l&rsquo;esprit, c&rsquo;est notre inqui\u00e9tude et notre incompr\u00e9hension originelle \u00e0 propos des conditions extraordinaires de ce que nous estimons \u00eatre une catastrophe affectant le destin du Christianisme. Comment une entit\u00e9 de si haute intelligence et de spiritualit\u00e9 si fervente, manifestement inspir\u00e9e par une injonction divine, si puissante, si admirablement construite, si incontestable dans son magist\u00e8re de la civilisation inspir\u00e9e par elle, par cons\u00e9quent \u00e0 la fois ma\u00eetresse et responsable des \u00e9v\u00e8nements se d\u00e9veloppant sous son empire, comment le Christianisme a-t-il pu laisser se d\u00e9velopper la modernit\u00e9, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en r\u00e9jouir pour mieux confondre ses soi-disant adversaires et ses diffamateurs souvent int\u00e9ress\u00e9s, parfois m\u00eame semblant s&rsquo;y complaire apr\u00e8s tout ? Notre r\u00e9ponse est que le Mal, qui est pour nous \u00e0 la fois la modernit\u00e9 et le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re qui l&rsquo;a ranim\u00e9 d\u00e9cisivement sous la forme d&rsquo;une entit\u00e9, le Mal qui a manifestement exerc\u00e9 toute son influence pour permettre cette d\u00e9viation vient pour une part de lui-m\u00eame, du Christianisme ; non pas le Mal comme cr\u00e9ation du Christianisme pr\u00e9cipit\u00e9 dans sa d\u00e9cadence jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inversion certes, mais comme proximit\u00e9 du Christianisme conduisant, pour les \u00e2mes les plus inqui\u00e8tes et contre les esp\u00e9rances sans fin mises dans cette c\u00e9l\u00e9bration du divin, jusqu&rsquo;\u00e0 sa confusion avec le Christianisme lui-m\u00eame. (Plotin : \u00ab <em>mais les autres, ceux qui participeraient de lui<\/em> [du Mal] <em>et s&rsquo;y assimileraient, deviennent mauvais, n&rsquo;\u00e9tant pas mauvais en soi<\/em> \u00bb Le Christianisme, conduit par ses errements terrestres \u00e0 s&rsquo;assimiler au Mal, sans \u00eatre mauvais en soi mais ayant agi terrestrement de cette fa\u00e7on que tout s&rsquo;est pass\u00e9 comme si le Mal jaillissait de lui-m\u00eame [du Christianisme]. On reconna\u00eet la ruse centrale du Mal et son efficacit\u00e9 sans cesse renouvel\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe Christianisme, dans son op\u00e9rationnalit\u00e9 terrestre et au contraire de son essence purement accord\u00e9e \u00e0 la transcendance, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 perm\u00e9able au Mal op\u00e9rant sous sa repr\u00e9sentation de la modernit\u00e9 par\u00e9e des atours du progressisme, o\u00f9 la vertu s\u00e9culi\u00e8re se paie du sacrifice des principes transcendantaux. Cela fut essentiellement accompli par le biais d&rsquo;une psychologie complexe, imp\u00e9tueuse et s\u00fbre d&rsquo;elle-m\u00eame, extraordinairement efficace mais trop ma\u00eetresse de ses effets jusqu&rsquo;\u00e0 la passion pour eux, pour voir que son brio l&rsquo;entra\u00eenait \u00e0 favoriser les germes de ce qui deviendrait, pour le Christianisme, l&rsquo;inversion de lui-m\u00eame. Ce brio \u00e9tait paradoxalement la faiblesse m\u00eame, et cette psychologie d&rsquo;apparence puissante dissimulait cette faiblesse effectivement mortelle pour la destin\u00e9e envisag\u00e9e, sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la pression et \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration du Mal. Le Christianisme terrestre se jugeait peut-\u00eatre de trop belle extraction, de trop haute lign\u00e9e et de transcendance trop affirm\u00e9e pour mener \u00e0 bien sa fortune terrestre sans pr\u00eater le flanc aux entreprises d&rsquo;un M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s habile \u00e0 se dissimuler ; pour entreprendre ses op\u00e9rations terrestres, c&rsquo;est comme s&rsquo;il \u00e9tait venu de trop haut ; emport\u00e9 par la s\u00fbret\u00e9 de son origine, il tr\u00e9bucha. Par cons\u00e9quent et pire encore, le Christianisme chuta Sans doute faut-il songer \u00e0 lui pardonner, tant son origine semble marqu\u00e9e de vertus superbes, mais pour autant on se retiendra de le f\u00e9liciter car les grandes vertus ont leurs responsabilit\u00e9s dans la conduite indigne de leur destin o\u00f9 elles se fourvoient parfois, et elles doivent \u00eatre pr\u00eates, s&rsquo;il est n\u00e9cessaire, \u00e0 en r\u00e9pondre d&rsquo;une certaine fa\u00e7on. Le Christianisme reste l&rsquo;enfant de ses origines magnifiques mais l&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il ne fut pas insensible \u00e0 l&rsquo;orgueil dont il sait pourtant, lui le premier semble-t-il nous dire, qu&rsquo;il est un p\u00each\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;un point de vue plus g\u00e9n\u00e9ral, que l&rsquo;on pourrait qualifier de cyclique, ce destin malheureux et fautif du Christianisme doit finir par trouver sa place dans l&rsquo;arrangement g\u00e9n\u00e9ral des choses et du monde. On peut en effet observer que, selon notre approche, le Christianisme prend, <em>volens nolens<\/em>, une part fondamentale au d\u00e9veloppement des choses de cette fa\u00e7on que le Mal sous la forme du Syst\u00e8me prenne sa place en pleine lumi\u00e8re et nous apparaisse dans toute sa puissance mal\u00e9fique, avec le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re, sans plus rien dissimuler de sa surpuissance de dissolution et ainsi pr\u00e9parant sa course autodestructrice ; en favorisant involontairement mais d\u00e9cid\u00e9ment le d\u00e9veloppement du modernisme, qui donne un cadre historique coh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution consid\u00e9r\u00e9e avec le d\u00e9cha\u00eenement de la Mati\u00e8re ; en imposant par les conditions de sa propre Chute une dimension m\u00e9tahistorique promise \u00e0 transformer le destin que nous vivons de l&rsquo;apparente promesse moderniste transform\u00e9e en impasse de la modernit\u00e9, en l&rsquo;in\u00e9luctable issue eschatologique que nous devinons ; enfin, en nous d\u00e9livrant, par sa d\u00e9viation sinon son inversion m\u00eame, de son exclusivit\u00e9 parfois dictatoriale de la repr\u00e9sentation terrestre des accointances divines par lui-m\u00eame, et en ouvrant le champ par cons\u00e9quent \u00e0 une nouvelle libert\u00e9 dans la qu\u00eate de l&rsquo;ineffable, du moins pour ceux que la chose int\u00e9resse. Pour admettre ce sch\u00e9ma, effectivement, il faut admettre d\u00e9cid\u00e9ment la s\u00e9paration du Christianisme de ses origines glorieuses et si hautes, pour consid\u00e9rer sa branche terrestre devenue tronc central, son aventure purement exot\u00e9rique et s\u00e9culi\u00e8re, comme un destin promis \u00e0 se g\u00e2ter au contact des aventures terrestres, un destin sacrifi\u00e9 \u00e0 la mise en \u00e9vidence du Mal, pour assurer son identification puis sa destruction. A la lumi\u00e8re de notre enqu\u00eate, il nous semble que le Christianisme accomplit parfaitement cette mission-l\u00e0 (qui n&rsquo;a tout de m\u00eame nul besoin de majuscule). Plus qu&rsquo;aucune autre dynamique historique, il a su mettre en \u00e9vidence les ambitions du Mal autant que le Mal lui-m\u00eame, avec sa repr\u00e9sentation principale qu&rsquo;est la modernit\u00e9, et y r\u00e9pondant par sa propre Chute conduisant \u00e0 l&rsquo;issue eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe constat entra\u00eene aussit\u00f4t le propos \u00e0 ajouter, au simple encha\u00eenement de notre chronologie retrouv\u00e9e, l&rsquo;encha\u00eenement de la progression du Mal. Nous passons de cette partie o\u00f9 l&rsquo;on embrasse le Christianisme \u00e0 celle que je nomme la Partie du persiflage principalement au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, qui est aussi celle d&rsquo;une des offensives majeures du Mal ; celle o\u00f9 le Mal mit enfin en place sa tactique magistrale de p\u00e9n\u00e9trer les esprit, de les affaiblir, de les pervertir et de les asservir, non par les id\u00e9es ni par quelque autre chose intelligible que ce soit o\u00f9 la raison garde la possibilit\u00e9 de l&rsquo;affronter, mais <strong>par le chemin tortueux et vicieux de l&rsquo;infection de la psychologie<\/strong>, auparavant pervertie, amollie, dissoute, ouverte comme une fille qui s&rsquo;offre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que l&rsquo;on est conduit \u00e0 constater, c&rsquo;est qu&rsquo;il (le Mal) peut ainsi op\u00e9rer avec la plus grande efficacit\u00e9, non seulement parce que la d\u00e9cadence du Christianisme a pr\u00e9par\u00e9 les Lumi\u00e8res avec quelle minutie, avec quelle efficacit\u00e9, mais surtout parce que cette d\u00e9cadence a compl\u00e8tement ressuscit\u00e9 la psychologie du Christianisme des premiers \u00e2ges historiques, du temps de l&rsquo;Empire ; la psychologie qui s&rsquo;ouvre \u00e0 la subversion et \u00e0 la dissolution en pr\u00e9tendant \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;inculpabilit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9fectibilit\u00e9 qui donnent une illustre vertu ; la psychologie de cette force diffuse et dissolue qui tient toutes les responsabilit\u00e9s des autorit\u00e9s dans ses rets et qui pr\u00e9tend ne pr\u00e9tendre \u00e0 rien en fait de responsabilit\u00e9 Le fait est qu&rsquo;elle servit, cette force, \u00e0 assurer le plus grand triomphe terrestre qu&rsquo;on put jamais imaginer pour un mouvement de cette apparente humilit\u00e9, avec la seule puissance de l&rsquo;onction Tr\u00e8s-Haute elle-m\u00eame, qui est le Christianisme, et qu&rsquo;elle conduit aussi s\u00fbrement \u00e0 son effondrement. La d\u00e9marche qui doit nous importer d\u00e9sormais est d&rsquo;observer ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans l&rsquo;encha\u00eenement qui suit, dans les effets conduits par des chemins incertains et indirects, que permit et m\u00eame favorisa cette religion \u00e9videmment ennemie du Mal, devenant par ces catastrophiques circonstances son plus grand alli\u00e9 en lui garantissant l&rsquo;investissement de l&rsquo;esprit humain Ainsi s&rsquo;avance vers nous, non le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res mais Le Si\u00e8cle du persiflage.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire Le texte ci-dessous est la Deuxi\u00e8me Partie du deuxi\u00e8me Tome de l&rsquo;essai m\u00e9tahistorique de Philippe Grasset La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. La publication sur dedefensa.org a commenc\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 2009 (Introduction : \u00abLa souffrance du monde\u00bb), pour se poursuivre le 25 janvier 2010 (Premi\u00e8re Partie : \u00abDe I\u00e9na \u00e0 Verdun\u00bb), le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[12306,2963,2631,7548,2957,12305,12307,3716],"class_list":["post-75107","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-grace-de-lhistoire","tag-bayle","tag-christianisme","tag-de","tag-eschatologie","tag-grand","tag-lintolerance","tag-passerelle","tag-siecle"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75107"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75107\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}