{"id":75138,"date":"2013-08-06T11:34:36","date_gmt":"2013-08-06T11:34:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/08\/06\/de-democrite-a-little-boy-2\/"},"modified":"2013-08-06T11:34:36","modified_gmt":"2013-08-06T11:34:36","slug":"de-democrite-a-little-boy-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2013\/08\/06\/de-democrite-a-little-boy-2\/","title":{"rendered":"De D\u00e9mocrite \u00e0 \u201c<em>Little Boy<\/em>\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\">De D\u00e9mocrite \u00e0 <em>Little Boy<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tJe suis assis \u00e0 ma table. Le monde m&rsquo;entoure. Mes yeux voient, ma main touche les objets du monde. Je sors. Marche sur lui, admire ses couleurs, respire son air. Plus je vois, plus je fais, plus je bouge et plus il est en moi et plus je suis en lui. Nous sommes <em>cong\u00e9n\u00e8res<\/em>, n\u00e9s ensemble, faits de m\u00eame substance. La diff\u00e9rence entre nos mati\u00e8res, c&rsquo;est que la mienne pense et la sienne non. Bien s\u00fbr, je peux dire <strong>je suis mati\u00e8re<\/strong>, mais <em>Je<\/em> qui parle est non-mati\u00e8re. Pensant le monde je suis hors-monde mais par mon corps je suis boucl\u00e9 dedans. En mon cerveau nait la pens\u00e9e, nuage sans forme, sans poids, sans masse, sans consistance, sans but autre que celui que je lui donne et modifie \u00e0 mon gr\u00e9. C&rsquo;est mon statut d&rsquo;homme \u00ab du monde \u00bb : <strong>mati\u00e8re charnelle pensant des pens\u00e9es<\/strong>. Cela a-t-il toujours \u00e9t\u00e9 ainsi? Depuis quand l&rsquo;homme s&rsquo;est-il inqui\u00e9t\u00e9 de la Mati\u00e8re du Monde et de lui dessus? A partir de quand, son esprit qui plane au dessus et au dedans des choses, a-t-il pos\u00e9 cette question: qu&rsquo;est-ce que la <strong>Mati\u00e8re<\/strong> ? Et par quel chemin, quelle magie, ce Moi immat\u00e9riel, li\u00e9 \u00e0 ce corps de <em>mati\u00e8re<\/em>, en arrive-t-il \u00e0 cette interrogation ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe jour o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;interroge sur la nature du monde dans lequel il vit, il voit bien qu&rsquo;il en fait partie, qu&rsquo;il est lui aussi ce monde, constitu\u00e9 des m\u00eames \u00e9l\u00e9ments que lui, et que donc, \u00e0 la fois dans le monde et hors de lui, la question pos\u00e9e devient au moment m\u00eame o\u00f9 elle est pos\u00e9e, plus une \u00e9nigme qu&rsquo;une question. Et c&rsquo;est l&rsquo;<strong>Etonnement<\/strong>, du latin <em>attonnare<\/em>, frapp\u00e9 du tonnerre. Depuis, les si\u00e8cles passent, des \u00e9nigmes sont r\u00e9solues, d&rsquo;autres naissent, l&rsquo;\u00e9tonnement excite l&rsquo;esprit qui r\u00e9sout l&rsquo;\u00e9nigme qui en cache une autre&#8230; et cela, sans fin aucune pr\u00e9visible. L&rsquo;homme est <strong>Boanerg\u00e8s<\/strong> (1), \u00ab Fils du Tonnerre \u00bb en grec ; <em>Etonn\u00e9<\/em> du Monde en latin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qu&rsquo;il devenait ce monde, la connaissance qu&rsquo;il allait pouvoir d\u00e9velopper de lui, l&rsquo;homme en ignorait la future grandeur. De m\u00eame, ce qu&rsquo;il \u00e9tait ou croyait \u00eatre, ce qu&rsquo;il allait devenir, il ne pouvait l&rsquo;imaginer. L&rsquo;histoire de ces derniers 2500 ans a montr\u00e9 qu&rsquo;il a plus facilement acquis une connaissance du monde dans lequel il vit, qu&rsquo;une connaissance de lui-m\u00eame. D\u00e9j\u00e0 aux 6e et 5e si\u00e8cles avant J.C, le conseil invitant l&rsquo;homme \u00e0 \u00ab se conna\u00eetre \u00bb et qui para\u00eet-il \u00e9tait grav\u00e9 au fronton du temple de Delphes, \u00ab <strong>Connais-toi toi-m\u00eame et tu connaitras l&rsquo;univers et les dieux<\/strong> \u00bb, \u00e9tait un d\u00e9fi insurmontable. Il mettait sur le m\u00eame plan la connaissance de soi avec celle de ce qui n&rsquo;est pas soi, donnait la priorit\u00e9 \u00e0 la connaissance de soi sens\u00e9e ouvrir \u00e0 la connaissance du monde et des dieux! L&rsquo;ambition \u00e9tait grande. Apr\u00e8s tout, dans ce pays de philosophes n&rsquo;aurait-on pas pu avoir le contraire: <strong><em>Connais l&rsquo;univers<\/em><\/strong> (et les dieux si tu y tiens !) <strong><em>et tu te connaitras toi-m\u00eame<\/em><\/strong> ! Pourquoi d&rsquo;abord soi? Pourquoi \u00e0 cette \u00e9poque cette exhortation \u00e0 se conna\u00eetre? Avait-elle \u00e9t\u00e9 absente avant? Peut-on penser qu&rsquo;avant elle, il n&rsquo;y en avait aucune d&rsquo;aucune sorte? Que d&rsquo;un coup, elle aurait jailli du cur humain comme la fleur au printemps? N&rsquo;est-ce pas plut\u00f4t parce que elle d\u00e9clinait cette connaissance,  ou pire, \u00e9tait morte  que les \u00ab autorit\u00e9s \u00bb de Delphes jug\u00e8rent bon de la rappeler aux hommes? Le <em>Libert\u00e9, Egalite, Fraternit\u00e9<\/em> \u00e9crit aux frontons de nos mairies, t\u00e9moigne-t-il de l&rsquo;existence de ces trois surs ou \u00e9voque-t-il un id\u00e9al hors de port\u00e9e? Qu&rsquo;en \u00e9tait-il \u00e0 Halicarnasse, \u00e0 Sparte, \u00e0 Ath\u00e8nes, de cette connaissance-de-soi? Enfin, comment comprendre que la connaissance du monde d\u00fbt passer par la connaissance de soi? Pourquoi ce <em>devoir<\/em>? Qui est ce <em>Soi<\/em>? Qui sont ces Moi sur la terre qui posent la question de savoir qui ils sont? Ne pouvons-nous pas dire \u00e0 l&rsquo;inverse que si la connaissance du monde s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e jusqu&rsquo;au point atteint aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l&rsquo;homme a fait l&rsquo;impasse sur la connaissance de lui-m\u00eame, qu&rsquo;il s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 d&rsquo;abord \u00e0 la connaissance du monde? Quand D\u00e9dale invente la scie en observant les dents du poisson, pense-t-il \u00e0 se conna\u00eetre? A contrario, y a-t-il de nos jours des hommes ordinaires sup\u00e9rieurs \u00e0 Socrate ou Platon sur le plan de la connaissance de soi? Peu sans doute, car les humains ignorent volontiers l&rsquo;abime de leur ignorance, mais ne sont-ils pas innombrables nos contemporains qui \u00e0 raison s&rsquo;estimeraient sup\u00e9rieur \u00e0 Socrate sur le plan de la connaissance objective du monde ? Ce monde de Mati\u00e8re qui, plus on le connait, plus il nous \u00e9chappe ? Le meilleur exemple n&rsquo;est-il pas la structure atomique de la mati\u00e8re qui nous rend si fiers de nous-m\u00eames depuis qu&rsquo;un jour de 1943, en plein cur de Chicago, fut r\u00e9alis\u00e9e la premi\u00e8re fission nucl\u00e9aire, la destruction de ce noyau soi-disant ins\u00e9cable (a-tomos) qui produit soit des bombes, soit la lumi\u00e8re \u00e9lectrique qui illumine nos maisons et accroit la force de notre veille au chevet pr\u00e9cis\u00e9ment de ce monde ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu Ve si\u00e8cle av. J.C d&rsquo;\u00e9minents esprits s&rsquo;interrogent. D\u00e9mocrite est le plus connu des atomistes. Son nom veut dire \u00ab choisi par le peuple \u00bb. Co\u00efncidence f\u00e2cheuse car le philosophe est choisi par tout ce qu&rsquo;on veut sauf par le peuple qui, dans son esprit, n&rsquo;est qu&rsquo;un enfant aveugle. D\u00e9mocrite lui, il a <em>vu<\/em> (2), a donc expos\u00e9 ses vues sur le monde. La nature, l&rsquo;homme, se composent d&rsquo;apr\u00e8s lui de deux principes : les <strong>atomes<\/strong> (ce qui est plein, ne peut-\u00eatre coup\u00e9, <em>a-tomos<\/em>) et le vide, le N\u00e9ant. L&rsquo;existence des atomes n&rsquo;est bien s\u00fbr pas observable, elle est d\u00e9duite par une sorte de <em>principe logique<\/em> selon lequel \u00ab rien ne peut venir du n\u00e9ant, et rien, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit, ne peut y retourner. \u00bb Il y a ainsi toujours du plein, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00catre, le non-\u00eatre est le vide. \u00ab Les atomes de D\u00e9mocrite sont des corpuscules solides et indivisibles, s\u00e9par\u00e9s par des intervalles vides, et dont la taille fait qu&rsquo;ils \u00e9chappent \u00e0 nos sens. D\u00e9crits comme lisses ou rudes, crochus, recourb\u00e9s ou ronds (ils sont d\u00e9finis par leur forme, figure et grandeur), ils ne peuvent \u00eatre affect\u00e9s ou modifi\u00e9s \u00e0 cause de leur duret\u00e9. Ils se d\u00e9placent de mani\u00e8re tourbillonnaire dans tout l&rsquo;univers et sont \u00e0 l&rsquo;origine de tous les compos\u00e9s (du soleil \u00e0 l&rsquo;\u00e2me), ce qui comprend \u00e9galement tous les <em>El\u00e9ments<\/em> (feu, eau, air et terre). Les atomes se meuvent \u00e9ternellement dans le vide infini. Ils entrent parfois en collision et rebondissent au hasard ou s&rsquo;associent selon leurs formes, mais ne se confondent jamais. La g\u00e9n\u00e9ration est alors une r\u00e9union d&rsquo;atome, et la destruction, une s\u00e9paration, les atomes se maintenant ensemble jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une force plus forte vienne les disperser de l&rsquo;ext\u00e9rieur. C&rsquo;est sous l&rsquo;action des atomes et du vide que les choses s&rsquo;accroissent ou se d\u00e9sagr\u00e8gent : ces mouvements constituent les modifications des choses sensibles. L&rsquo;\u00eatre n&rsquo;est donc pas un, mais est compos\u00e9 de corpuscules. Le vide est le non-\u00eatre dans lequel se meuvent les atomes : il y a du vide non seulement dans le monde (intervalle entre atomes), mais en dehors de lui. Ainsi, \u00eatre et non-\u00eatre sont tout autant r\u00e9els \u00bb. Voil\u00e0 r\u00e9sum\u00e9e la th\u00e9orie du Grec. Elle ressemble curieusement \u00e0 la th\u00e9orie atomique actuelle, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tonnement des savants d&rsquo;aujourd&rsquo;hui !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPresque en m\u00eame temps, Socrate voit autre chose. Il <em>sait qu&rsquo;il ne sait rien<\/em> mais il ajoute <em>connais-toi<\/em>. Est-ce une ruse de son <em>da\u00eemon<\/em> que le <em>je ne sais rien<\/em> m\u00e8ne au <em>connais-toi<\/em>, ou l&rsquo;inverse? D\u00e9clar\u00e9 corrupteur de la jeunesse, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort. D\u00e9mocrite aussi mais c&rsquo;est lui qui \u00e9nonce le jugement. Quand il sent ses atomes pr\u00eats \u00e0 se regrouper hors de son corps, il s&rsquo;arr\u00eate alors de manger et meurt. O\u00f9 sont donc all\u00e9s les atomes de D\u00e9mocrite, les atomes de l&rsquo;\u00e2me de D\u00e9mocrite apr\u00e8s sa mort ? Car pour lui l&rsquo;\u00e2me aussi \u00e9tait faite d&rsquo;atomes ! \u00ab\u00a0Pour l&rsquo;homme, il convient de faire plus grand cas de l&rsquo;\u00e2me que du corps ; car l&rsquo;excellence de l&rsquo;\u00e2me corrige la faiblesse du corps, alors que, sans la raison, la force corporelle est absolument incapable d&rsquo;am\u00e9liorer l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb disait-il. Quand l&rsquo;homme verra-t-il les atomes de son corps comme ceux de son \u00e2me se d\u00e9composer et se regrouper autrement ? Au Jugement Dernier ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuatre si\u00e8cles plus tard, en Palestine, on crucifie un homme. Une sorte de Socrate juif qui lui aussi accepte la mort pour un crime qu&rsquo;il n&rsquo;a pas commis. Mis au tombeau, quand ses amis viennent le lendemain l&#8217;embaumer, il a disparu. Seul reste le linceul. Se r\u00e9pand alors la rumeur que l&rsquo;homme est ressuscit\u00e9. D&rsquo;aucuns disent l&rsquo;avoir aper\u00e7u sur les routes de Galil\u00e9e. O\u00f9 est donc pass\u00e9e sa mati\u00e8re ? \u00c9tait-ce la mati\u00e8re de son \u00e2me qu&rsquo;on voyait marcher sur les chemins ? C&rsquo;est difficile \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de nier ou d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 ce myst\u00e8re qui a construit notre civilisation. Au fil des si\u00e8cles, se propagea la certitude que cela avait bien eu lieu, et m\u00eame la science dans son d\u00e9veloppement ne put la briser durablement. <em> Rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9\u00e9, tout se transforme<\/em>, dit Lavoisier. Un autre affirme que la mati\u00e8re est de l&rsquo;\u00e9nergie concentr\u00e9e, et que, par un traitement appropri\u00e9, elle peut la restituer. Il s&rsquo;appelle Une Pierre, Einstein. Il dit : <strong>E = mc\u00b2<\/strong>, l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9gale la masse multipli\u00e9e par le carr\u00e9 de la vitesse. Puis, un jour de 1978, coup de tonnerre ! Des illumin\u00e9s disent qu&rsquo;on a la preuve qu&rsquo;un corps humain fut dissout en \u00e9nergie et ils exhibent le fameux linceul dit \u00ab de Turin \u00bb, lequel est suppos\u00e9 avoir contenu le corps du Ressuscit\u00e9. Incr\u00e9dulit\u00e9 et coup de tonnerre encore quand des savants atomistes acceptent de passer le tissu \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de leurs instruments. Ils finissent par laisser entendre qu&rsquo;un corps humain qui devient une ombre imprim\u00e9e sur tissu, ce n&rsquo;est pas plus absurde \u00e0 concevoir que des \u00ab <em>trous noirs<\/em> \u00bb dans le Tissu-univers-en-expansion qui parfois se d\u00e9chire ! Platon ne disait-il pas po\u00e9tiquement : <em>L&rsquo;\u00e2me du monde est crucifi\u00e9e sur le corps du monde ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1945 ans apr\u00e8s le Christ, le 6 ao\u00fbt, \u00e0 six cent m\u00e8tres d&rsquo;altitude au dessus d&rsquo;Hiroshima, coup de tonnerre \u00e0 nouveau et \u00e9clair aveuglant volatilisent des hommes. La chose est attest\u00e9e par des observateurs d&rsquo;autant moins suspects qu&rsquo;ils connaissent les effets de Little Boy, nom c\u00e2lin de la bombe. C&rsquo;est ainsi que le monde apprit que d&rsquo;hommes d\u00e9ambulant dans le p\u00e9rim\u00e8tre du souffle il ne resta que des ombres projet\u00e9es sur les murs! Leurs atomes corporels avaient suivi une voie qui aurait laiss\u00e9 D\u00e9mocrite perplexe. Pourtant, nul philosophe \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ne s&rsquo;\u00e9tonna. Les scientifiques, amis de la mati\u00e8re, lou\u00e8rent la Science. Deux journalistes, un Fran\u00e7ais et un Australien, \u00e9voqu\u00e8rent l&rsquo;horreur, tandis qu&rsquo;un Truman  <em>vrai homme<\/em>, en anglais,  cynique bureaucrate en fait, <em>homme-trou<\/em> en fran\u00e7ais, pensa qu&rsquo;avec la bombe, son pays, c&rsquo;est-\u00e0-dire lui, allait dominer le monde de la mati\u00e8re et des hommes ! Les survivants eux, atrocement mutil\u00e9s,  firent de leur mieux pour se cacher aux yeux d&rsquo;un monde qui ne voulait pas les voir&#8230; Il fallut un Tchernobyl russe en 1986 et un Fukushima japonais pire en 2011, pour que ce monde se demande enfin s&rsquo;il fallait encore laisser ces ombres imprimer leur horrible cachet sur le Monde. Des hommes d&rsquo;\u00e9tat, plus cyniques que le <em>true man<\/em> de 1945, dirent qu&rsquo;ils n&rsquo;y voyaient pas d&rsquo;inconv\u00e9nients, que tout cela \u00e9tait sans danger, que l&rsquo;atome \u00e9tait s\u00fbr. \u00ab <em>C&rsquo;est le malheur du temps que les fous guident les aveugles<\/em> \u00bb, disait Shakespeare dans le Roi Lear.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuarante sept ans plus t\u00f4t \u00e0 Paris, une Marie  polonaise naturalis\u00e9e fran\u00e7aise , est \u00e0 l&rsquo;origine de la d\u00e9couverte de cette ombre faiseuse d&rsquo;anges. \u00c7a commence par une faible et douce lumi\u00e8re. On est en 1898. La nuit est tomb\u00e9e, Marie, accompagn\u00e9e de son mari Pierre, p\u00e9n\u00e8tre dans un hangar de la banlieue parisienne qui lui sert de laboratoire. Pendant des mois elle s&rsquo;est fait livrer de Boh\u00eame des tonnes de minerai de pechblende (3) pour obtenir quelque chose de particulier et d&rsquo;inconnu. Par un travail acharn\u00e9, elle a atteint son but. Pass\u00e9e la porte, elle saisit Pierre par le bras et s&rsquo;\u00e9crie: <strong>N&rsquo;allume surtout pas!<\/strong> Dans le hangar sombre et froid, les pr\u00e9cieuses parcelles de <em>radium<\/em> en leurs minuscules r\u00e9cipients de verre sont pos\u00e9es sur la table qui lui sert de table de travail. Leur \u00eatre phosphorescent et bleu\u00e2tre brille, suspendu dans la nuit Regarde! r\u00e9p\u00e8te la jeune femme \u00e9merveill\u00e9e. La main de Pierre aurait alors effleur\u00e9 ses cheveux d&rsquo;une caresse. C&rsquo;est la sc\u00e8ne que raconte sa fille, Eve Curie, dans un livre consacr\u00e9 \u00e0 Marie. Engross\u00e9e de radium, cette lumineuse et pure Marie mourra en 1934 de leuc\u00e9mie au sanatorium savoyard de Sancellemoz au pied du Mont Blanc, dont le sommet \u00e9tincelait de blanche neige. Son enfant irradi\u00e9, ses ftus lumineux, ont depuis enfant\u00e9 d&rsquo;autres <em>petits gar\u00e7ons<\/em> qui en feront d&rsquo;autres, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les <em>true men<\/em> d\u00e9cident de la date du prochain Hiroshima.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 6 ao\u00fbt 1945 choisi pour l\u00e2cher <em>Little Boy<\/em> sur Hiroshima, est d&rsquo;ailleurs une date particuli\u00e8re. Dans le calendrier catholique c&rsquo;est la Transfiguration du Christ. Voici comment Matthieu l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste la raconte. La sc\u00e8ne a lieu sur le mont Thabor, modeste montagne qui domine le lac de Tib\u00e9riade de six cent m\u00e8tres et qui est situ\u00e9e au nord la ville actuelle de Nazareth :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>Et il fut transfigur\u00e9 devant eux, sa face brilla comme le soleil, ses<\/em>\/<em>v\u00eatements devinrent blancs comme la lumi\u00e8re<\/em> (Matt. XVII, 2).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTrois jours plus tard, le 9, Truman, vrai <em>homme-trou<\/em>, true hole, nous offre le l\u00e2cher de <em>Fat Man<\/em>, l&rsquo;Homme Gras, sur Nagasaki. Trois jours apr\u00e8s la transfiguration c&rsquo;est, dans le m\u00eame calendrier, la f\u00eate du Saint Amour. Entre le 6 et le 9 donc, trois jours. Entre le Vendredi Saint et le lundi de P\u00e2ques trois jours aussi. Par ces co\u00efncidences que personne ne rel\u00e8ve, on ressent comme un \u00e9trange symbole qui se l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;horizon du monde universel (katholikos).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que peu de gens savent aussi c&rsquo;est que Los Alamos, le bidonville qui allait devenir le berceau du petit j\u00e9sus atomique, fut \u00e9difi\u00e9 sur un des plateaux du d\u00e9sert du Nouveau Mexique appel\u00e9 <em>mesa<\/em>, table en espagnol, suite de celle de Marie \u00e0 Paris o\u00f9 brillaient doucement les mortels lumignons. A Los Alamos, les Am\u00e9ricains, fid\u00e8les \u00e0 leurs coutumes, y mettent les pieds dessus et font grandir la bougie. Les historiens nous apprennent par ailleurs, que cette mesa avait \u00e9t\u00e9 un sanctuaire indien. Une de ces tables des dieux, dress\u00e9e par la nature, se pr\u00eatant particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;accomplissement de sacrifices et de pri\u00e8res. Sur elle donc, fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en grand secret un culte o\u00f9 des hommes-m\u00e9decins en blouses blanches fabriqu\u00e8rent un poison mortel pour des milliers de leurs fr\u00e8res humains. Tandis que sur cet autel les c\u00e9l\u00e9brants pr\u00e9paraient le pain uranium \u00e0 sa douloureuse transsubstantiation, la nature retenait son souffle. Une s\u00e8cheresse insupportable s&rsquo;installa. A l&rsquo;horizon, derri\u00e8re le massif appel\u00e9 <em>Sangre de Christo<\/em> (sang du Christ), le ciel \u00e9tait en permanence peupl\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairs et secou\u00e9 de tonnerre. La premi\u00e8re explosion eut lieu \u00e0 Trinity, nom on ne peut plus chr\u00e9tien du polygone d&rsquo;essai. Il \u00e9tait \u00e0 quatre heures de voiture de Los Alamos. Tous s&rsquo;y rendirent car aucun ne voulait manquer le spectacle. Ils mirent leurs lunettes sp\u00e9ciales et attendirent comme les ap\u00f4tres la lumineuse Trinity au v\u00eatement de blanche lumi\u00e8re. Elle parut, magique, et pour que le spectacle soit complet, elle fut suivie du Nuage, le merveilleux nuage-champignon, signe m\u00e9taphysique de l&rsquo;intelligence myc\u00e9lienne de l&rsquo;homme. Oppenheimer, le grand pr\u00eatre de la bombe, le comprit. Il d\u00e9clara dans un moment d&rsquo;extra-lucidit\u00e9 que la bombe d\u00e9clencha en son \u00e2me: <strong><em>Nous avons accompli le travail du diable<\/em><\/strong>. Pendant ce temps, les Folamour en blouses blanches sautaient de joie et se congratulaient. Avec ces donn\u00e9es effac\u00e9es des m\u00e9moires, on comprend mieux <em>Qui<\/em> a d\u00e9cid\u00e9 du 6 et du 9 ao\u00fbt, quel r\u00f4le a jou\u00e9 l&rsquo;<em>Homme trou<\/em>, quel r\u00f4le fut celui de l&rsquo;<em>Open Eimer<\/em> (\u00ab seau ouvert \u00bb en anglo-allemand) pour la fabrication du <em>Petit gar\u00e7on<\/em> et de l&rsquo;<em>Homme gras<\/em>. On comprend autrement les trois jours de rel\u00e2che offerts au fils de l&rsquo;Homme apr\u00e8s le sacrifice de son Petit Gar\u00e7on le 6 ao\u00fbt, afin d&rsquo;atteindre au Saint Amour de l&rsquo;Homme Gras le 9. Loin de Trinity, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du monde, les corps humains souffl\u00e9s par la bombe connurent en un milli\u00e8me de seconde une r\u00e9surrection si rapide que le Diable entrevu par Oppenheimer alla raconter aux amateurs de science fiction, que les hommes souffl\u00e9s eurent le temps de se voir ombre sur les murs avant de mourir. La Machine \u00e0 devancer le temps humain venait d&rsquo;\u00eatre invent\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSoixante sept ans plus tard, en cette fin 2013, certains de ces true men pensent que l&rsquo;\u00e9tat appel\u00e9 Iran, a vocation \u00e0 \u00eatre un nouveau Japon. Ils propagent \u00e0 mezza voce dans les media vendus au crime, qu&rsquo;on pourrait lui jeter sur la t\u00eate des Fat men, plus que gras, des ob\u00e8ses! Apr\u00e8s l&#8217;emploi syst\u00e9matique pendant les deux guerres du golfe de 1991 et 2003, d&rsquo;obus et missiles \u00e0 l&rsquo;uranium appauvri qui ont pollu\u00e9 le delta du Tigre et de l&rsquo;Euphrate pour des si\u00e8cles, assisterons-nous \u00e0 un bombardement des sites nucl\u00e9aires iraniens avec de l&rsquo;uranium tr\u00e8s riche au risque de contaminer pour toujours cette r\u00e9gion? Il n&rsquo;est pas interdit de le penser. Les Europ\u00e9ens, ces fanatiques mous de la concurrence libre et non fauss\u00e9e, seront-ils complices de cet assassinat au nom des droits de l&rsquo;homme, de la paix et de la protection du Saint des Saints appel\u00e9 Isra\u00ebl? L&rsquo;histoire nous le dira.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn attendant ce jour, m\u00e9ditons sur les visages grima\u00e7ants des true men que nous avons mis au pouvoir, en nous rappelant la lumi\u00e8re du Mont Thabor en Palestine o\u00f9, toujours selon Matthieu, 17, 3-5 : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em> Les ap\u00f4tres virent Mo\u00efse et Elie parler avec J\u00e9sus tandis qu&rsquo;une nu\u00e9e lumineuse le couvrait<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa nu\u00e9e lumineuse de l&rsquo;entendement humain brille aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une obscure clart\u00e9. Elle produit pourtant une lumi\u00e8re aveuglante pour ceux qui ont des yeux capables de voir dans la nuit de la sous-Mati\u00e8re, jusqu&rsquo;au cur atomique des choses.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Marc G\u00e9belin<\/p>\n<\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>(1) Boanerg\u00e8s : \u00ab Fils du tonnerre \u00bb en grec. Surnom donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste Marc par le Christ, dans l&rsquo;Evangile du m\u00eame nom.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(2) eidon : \u00ab il voit \u00bb en grec. <em>eid\u00f4s<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de eidon, se traduit par id\u00e9e, apparence, forme. Le Grec \u00ab voit \u00bb ses id\u00e9es. Le verbe voir est pour lui une sorte de verbe <em>penser<\/em>. Le Grec ancien \u00ab\u00a0pense par la vue\u00a0\u00bb, voit ses pens\u00e9es !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(3) Pechblende : dioxyde d&rsquo;uranium qui se trouve en quantit\u00e9 dans les mines d&rsquo;argent de Boh\u00eame.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De D\u00e9mocrite \u00e0 Little Boy Je suis assis \u00e0 ma table. Le monde m&rsquo;entoure. Mes yeux voient, ma main touche les objets du monde. Je sors. Marche sur lui, admire ses couleurs, respire son air. 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